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mardi 25 juillet 2023

La politesse est indissociable de la charité, Considérations sur la nature, les principes, les règles fondamentales, la nécessité de la bienséance et de la civilité


La politesse, on le constate, se fait de plus en plus rare dans ce monde, mais aussi malheureusement chez les catholiques, plus encore chez ceux qui crient haut et fort détenir la bonne doctrine... ce ne sont pas des mots qui font un catholique, mais l'esprit de Dieu qui l'anime et les actes qui en découlent ; d'où selon nous la nécessité de rappeler que la politesse est indissociable de la charité. Sans politesse donc, nulle charité. Espérons que ce rappel soit une source de motivation pour ceux qui ont oublié l'importance de la politesse et de la civilité pour être agréables à Dieu et aux hommes.


Sainte Anne et Saint Joachim instruisant Marie


Considérations sur la nature, les principes, les règles fondamentales,
la nécessité de la bienséance et de la civilité


La Bienséance, telle que nous la considérons dans ce traité, est la convenance qui règle nos rapports extérieurs avec Dieu, avec le prochain, avec nous-mêmes.
La Civilité, cette partie de la bienséance qui ne s'occupe que des rapports mutuels des hommes entre eux, ajoute aux convenances naturelles auxquelles nous sommes tenus à l'égard des autres, certaines règles arbitraires qui varient avec les temps et les lieux. Elle emprunte à la Politesse ce qu'elle peut avoir, dans le mode, d'aisé, de fin et de délicat.
Fondées sur la nature des choses, les règles de bienséance sont immuables, elles obligent tous les hommes, et elles ne peuvent être enfreintes sans un désordre plus ou moins grave.
Quant aux lois de la civilité et de la politesse qui changent suivant les pays et les temps, elles doivent être respectées d'après les principes de la bienséance générale. Celle-ci, en effet, tout en gardant le silence sur les formes arbitraires du respect et de la bienveillance extérieure, prescrit indirectement l'observation de ces règles, précisément par l'obligation qu'elle impose de se montrer bon et honnête à l'égard des autres.
L'infraction de ces lois dépendant des usages, peut provenir ou de l'ignorance : elle annonce une mauvaise éducation ; ou de l'oubli : il dévoile un esprit léger, et peu fait pour sentir vivement les convenances ; ou de la grossièreté : elle ne se trouve que dans un cœur sans vertus, et nullement susceptible de se plier à la politesse extérieure ; ou bien enfin d'un caractère plein d'orgueil : abaissant les autres à ses propres yeux, il se croit dispensé des règles de l'honnêteté ; froissé dans sa vanité, il ne garde plus aucune mesure à l'égard de ceux qui l'on blessé.
Toutefois, gardez-vous de cette civilité purement extérieure, telle qu'elle se trouve ordinairement dans le monde. On croit avoir gardé toutes les règles, lorsque, sous des formes pleines de politesse, sous les protestations réitérées d'une bienveillance hypocrite et d'un respect apparent, on cache le mépris ou l'indifférence, souvent même la haine.
La civilité, pour un chrétien, doit puiser son principe dans la charité, seul lien d'union solide entre les hommes. Le chrétien, non content d'y chercher ces motifs si puissants qui le portent à regarder dans les autres hommes des chefs-d’œuvre sortis des mains du Créateur, des enfants, comme lui, de ce père commun, des frères régénérés avec lui dans le sang du Sauveur, dont ils sont appelés à partager ensemble le royaume et la gloire ; le chrétien, dis-je, trouvera encore dans les caractères de la vraie charité, des règles qui le guideront avec d'autant plus de sûreté dans ses rapports avec ses frères, qu'elles lui sont données par l'Esprit-Saint lui-même.
Formée sur ces divins enseignements, la civilité du chrétien sera donc, comme sa charité, pleine de patience et de douceur ; dans ses procédés, elle ne fera paraître ni précipitation ni orgueil ; apprenant à fouler aux pieds ses propres intérêts, elle ne cachera jamais des desseins ambitieux. Au lieu de montrer de l'aigreur contre ceux qui auraient pu le piquer, celui qui règle sa civilité sur l'amour de ses frères supporte tout, souffre tout ; loin de témoigner des défiances injurieuses, par une louable simplicité et une noble franchise, il croit et il espère toute espèce de bien des autres. Si quelquefois il blâme le mal, plus souvent et avec plus de complaisance il relève les belles actions. Sa civilité, comme sa charité, ne lui fait jamais défaut ; elle répand sur toute sa conduite les charmes les plus attrayants.
Tels sont les principes, telles sont les règles de cette civilité véritable dont la politesse du monde n'est qu'une froide et pâle image.
L'esprit de charité qui inspire, qui vivifie la civilité et la politesse de tout chrétien, doit surtout se faire remarquer chez un ecclésiastique, obligé, par état, à une vie de dévouement, de zèle et de charité. Appelé à continuer et à perpétuer, sur la terre, la mission d'amour et de sacrifice de son divin maître, il imitera son humilité et sa douceur. Dans tous ses rapports avec le prochain devront se faire remarquer et sa modestie et sa bienveillance. Au-dessus du monde, par son caractère et ses fonctions ; hors du monde, par un esprit vraiment sacerdotal qui l'éloigne des habitudes de la société mondaine, le prêtre, cependant, vit au milieu du monde : aussi doit-il se plier à ces règles de bienséance, d'ailleurs indifférentes, mais auxquelles il est soumis comme les autres, et qu'il ne pourrait enfreindre sans s'exposer au mépris, au discrédit des gens du monde, et sans compromettre le succès d'un ministère laborieux et sanctifié même par de grandes vertus. Cependant, se souvenant toujours de sa dignité et de son caractère, il ne doit se prêter à rien de bas ni de trop mondain : ce serait une autre manière de tomber dans le mépris que d'affecter une politesse mondaine, contraire à ce que les gens du monde eux-mêmes attendent des mœurs graves d'un ecclésiastique.
Nous faisons connaître au jeune élève du sanctuaire le caractère spécial de la civilité pour un ecclésiastique, afin que, de bonne heure, il s'accoutume à cette bienveillance, à cette modestie, à cet esprit de dévouement, et à cette sage réserve qui devront, plus tard, paraître tout particulièrement dans ses rapports avec ses frères.
Exposer les principes et les règles fondamentales de la civilité chrétienne, n'est-ce pas faire sentir toute son utilité, toute son importance ? En effet, l'exercice de la civilité, telle que nous l'entendons, n'est autre chose que l'exercice des plus belles vertus chrétiennes : la patience, le renoncement à soi-même, l'humilité, la modestie, la douceur, en un mot la charité.
De l'observation consciencieuse des règles de la bienséance naît comme nécessairement cette habitude d'une sainte contrainte qui dispose à tous les sacrifices que demande la pratique des vertus.
La vigilance que nous devons avoir sur nous-mêmes et sur toutes nos démarches pour ne manquer à aucune convenance, facilité cette autre vigilance plus rigoureuse avec laquelle nous devons garder notre cœur et nos sens ; elle facilité aussi l'attention continuelle que nous devons apporter à l'accomplissement de nos devoirs.
De tout ce que nous venons de dire, il est facile de conclure combien il est important, combien il est nécessaire de s'exercer de bonne heure à la pratique de la civilité.
Elle forme, nous venons de le voir, aux habitudes les plus propres à faire naître et à entretenir les vertus. Pratiquée dès le jeune âge, la civilité préserve souvent les enfants, les jeunes gens, de ces vices grossiers qui ne trouvent pas de prise sur un cœur formé, par la bienséance, à la délicatesse et à l'honnêteté. Combien de fois un air de modestie et d'une honnête retenue n'a-t-il pas préservé un jeune homme du contact des méchants, qui fuient à l'aspect de la vertu ?
La considération de ne pouvoir se former plus tard que très-difficilement à ces habitudes d'honnêteté qu'il n'aurait pas contractées dans sa jeunesse, doit déterminer un jeune homme à s'accoutumer à l'exercice de la civilité et de la politesse, et à redresser, de bonne-heure, les mauvais plis qu'il réussirait avec peine à réformer dans la suite.
Un jeune élève se fera donc un devoir d'étudier avec attention les règles de la bienséance, et les différents usages de la société dans laquelle il est appelé à vivre. Ce sera surtout par la pratique qu'il parviendra à la connaissance de ces règles et de ces coutumes.
Une grande vigilance sur soi-même, sans préoccupation gênante ; l'observation attentive des bons procédés et des bonnes manières dans les personnes civiles et délicates ; la bonne volonté de profiter des avis ou des corrections par lesquelles un supérieur, un ami, cherchent à réformer des défauts contraires à la civilité et à la politesse : tous ces moyens seront employés avec zèle, et conséquemment avec profit, par les jeunes gens qui sentiront l'importance et la nécessité de se former aux bienséances et à la politesse.

(Politesse et Bienséances, par l'Abbé Théodore de Beauvois)







dimanche 20 mars 2022

Dieu est présent partout



C'est une grande et divine vérité, dont la certitude ne souffre point de doute ; dont l'ignorance ou le peu d'application demande des torrents de larmes. Trois sortes de personnes ne l'ont pas connue. Il y a eu de certains Philosophes qui disaient que Dieu étant dans le ciel, n'était ici-bas en terre que par la connaissance qu'il en avait : mais le grand Saint Cyrille prouve qu'ils sont inexcusables dans leurs erreurs, par la seule lumière naturelle de plusieurs autres Philosophes, qui n'ont pas ignoré la présence de Dieu en toutes choses : et il cite sur ce sujet, Orphée, Pythagore et Mercure Trismegiste. Il faut, s'écrie ici Saint Grégoire de Nysse, avoir l'esprit bien puéril, pour ne pas voir dans la conduite si réglée de l'Univers un Dieu qui le gouverne, et qui le remplit. C'est lui qui y conserve et qui y soutient tous les êtres, et qui assiste à tous leurs mouvements ; et pour cela, il faut qu'il s'y trouve intimement présent.
Il y a eu de certains Juifs particuliers qui ont aussi ignoré cette vérité : car ils s'imaginaient ridiculement sans beaucoup considérer leur sentiment qui était insoutenable, que Dieu dans ce bas monde demeurait dans leur Temple, comme si en quelque manière il y eût été enfermé. Saint Jérôme les combat d'une manière convaincante, leur faisant voir qu'un Temple ne peut pas renfermer un Dieu, comme s'il n'était pas autre part, que le ciel et la terre ne peuvent pas comprendre.
Il y a eu encore de certains Chrétiens, qui étant peu instruits des vérités de notre sainte Religion, n'ont pas bien entendu celle de la présence de Dieu en toutes choses : car ils ont pensé que cet être suradorable, n'était ici-bas en terre, que comme le soleil qui y est par ses rayons et par ses influences : ou comme un grand Monarque qui est partout dans son Royaume, par son autorité, par son pouvoir, par ses ministres qu'il y envoie, et par ses ordres qu'il y donne. Chose étonnante, qu'un Ecclésiastique Confesseur fût même dans cette erreur, que sainte Thérèse consulta pour s'éclaircir sur ce sujet, selon le témoignage de la même Sainte ! Erreur qui se trouve encore présentement dans plusieurs, par le défaut d'explication des vérités qu'on leur enseigne. On les a instruits dès leur jeunesse que Dieu est présent partout par son essence, par sa présence, par sa puissance ; mais comme on leur apprend seulement ces choses par mémoire, ce sont pour eux des mots qu'ils répètent sans les entendre. Abus qui règne de tous côtés, et qui est cause qu'un grand nombre de personnes, particulièrement dans les campagnes, vivent dans une ignorance grossière. Cependant parce qu'elles savent répéter par mémoire la Doctrine Chrétienne, on les croit fort instruites, quoique souvent elles ignorent les fondements de la Religion ; ce que nous avons connu par notre propre expérience dans nos visites. C'est à quoi il serait fort à désirer que l'on apportât le remède. Il y a présentement assez de Catéchismes, on apprend assez mot à mot ce qu'ils contiennent ; et après cela ceux qui sont seulement enseignés de la sorte, à peine ont-ils une juste idée de Dieu. C'est ce qui nous a pressé de donner au public un Traité sur ce sujet, intitulé : La science sacrée du Catéchisme, dans lequel nous avons montré la manière dont les Pasteurs doivent instruire.
Mais après avoir rapporté ces erreurs à l'égard de la présence de Dieu, écoutons le Saint-Esprit, qui nous déclare par le Prophète Jérémie, que Dieu remplit le ciel et la terre ; et il est vrai qu'il n'y a aucune créature, quelque petite qu'elle soit, dans laquelle il ne se trouve. Il le faut bien dire, puisqu'il est infiniment grand, et que son immensité est essentiellement sans fin, et sans aucun terme. L'être de Dieu est donc intimement présent dans tous les êtres. On pourrait ici demander ce que l'on entend par cette intime présence.
Pour y répondre, il faut savoir que la substance d'une chose est présente à l'autre, quand il n'y a rien entre elles qui les sépare. Or, c'est de cette manière que l'être de Dieu est présent dans tous les êtres. Il nous renferme en lui-même, il nous environne, il nous remplit, il nous est plus intime que nous-mêmes. Nous sommes en lui, nous vivons en lui, nous faisons toutes nos actions en lui. Ainsi le grand Apôtre enseigne, qu'il n'est pas loin de chacun de nous : car c'est en lui que nous vivons, que nous mouvons et que nous sommes.
Ce n'est donc pas seulement une pensée pieuse, ou la doctrine de quelques Pères, mais c'est une vérité de foi. Ô qu'elle est peu connue et qu'il y a peu de personnes qui en soient bien pénétrées ! Qu'on aurait grand sujet de crier à grand nombre de Chrétiens ce que saint Jean-Baptiste reprochait aux Juifs, leur parlant de leur aveuglement à l'égard du Messie notre bon Sauveur Jésus-Christ : vous avez au milieu de vous celui que vous ne connaissez point, ou au moins que vous ne voyez point !
Ô mon Seigneur et mon Dieu, je vous demande en toute humilité avec le pauvre aveugle dont il est parlé dans votre Évangile : Faites que je vous voie. Que je vous dise avec le Psalmiste : Où irai-je pour me cacher de votre esprit, et où fuirai-je de devant votre face ? Si je monte dans le ciel, je vous y trouve, si je descends jusqu'aux enfers, vous vous y trouvez présent : comme les oiseaux qui volent changent de lieu, mais volent toujours dans l'air ; comme les poissons qui nagent dans les mers, trouvent des eaux partout, et en sont environnés de toutes parts, de même changeons de lieu tant qu'il nous plaira, allons partout où nous voudrons, partout nous trouverons Dieu ; et Dieu, dit Saint Augustin, sera plus au-dedans de nous, que nous-mêmes.

(Dieu présent partout, par M. H-M Boudon)


Reportez-vous à Dieu qui est partout, y est tout ce qu'il est, Méditation sur la présence de DieuMéditation sur l'oubli de la présence de DieuMéditation sur l'attention continuelle à la présence de Dieu, De la présence de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Acte de la présence de Dieu en l'honneur de Saint Joseph.












vendredi 30 juillet 2021

De la crainte de Dieu : et que cette crainte salutaire est un souverain remède contre les tentations d'impureté



Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, dit l'Apôtre. Un moyen qui peut encore beaucoup contribuer à nous conserver dans l'esprit de pureté, et généralement à nous maintenir dans la grâce, c'est de marcher toujours dans la crainte de Dieu : de nous défier toujours de nous-mêmes, et de mettre toute notre confiance en Dieu seul. J'ai appris par expérience, dit Saint Bernard, que rien n'est plus propre à attirer la grâce de Dieu, a la conserver quand on l'a acquise, ou à la recouvrer quand on l'a perdue, que de ne présumer jamais de soi-même : mais de marcher toujours devant Dieu avec un esprit de crainte, suivant ces paroles de l'Écriture, Heureux l'homme qui est toujours dans la crainte. Plusieurs personnes célèbres en piété, ne sont tombées que pour s'être confiées en elles-mêmes, et parce qu'elles n'avaient pas eu vivement cette crainte présente à l'esprit. Le Saint-Esprit nous avertit que le sage craint et civile le péril... Nous portons les trésors de la grâce dans des vases de terre : ces vases semblables à des vaisseaux d'argile, sont à toute heure en danger de se briser : la foule du monde qui nous presse, et les tempêtes dont cette mer orageuse est sans cesse agitée, nous font à tout moment rencontrer des écueils où nous n'allons que trop souvent échouer. Ceux qui ne connaissent point assez la fragilité et la faiblesse de la nature, ne prennent point assez de précautions : ils se perdent par leur négligence, et par la sécurité que cette ignorance leur inspire. Ceux au contraire qui connaissent parfaitement leur cœur, et qui marchent sans cesse avec crainte, se tiennent sur leurs gardes, et sont pas conséquent beaucoup plus en sûreté : de manière que si l'on peut compter sur quelque sûreté en cette vie, elle est infailliblement pour ceux qui sont pénétrés de cette crainte.
L'Écriture Sainte et les écrits des Pères nous fournissent une infinité d'exemples de cette nature. « Je ne me souviens qu'en tremblant, dit Saint Augustin, de plusieurs grands hommes que nous avons vus, ou dont nous avons oui parler, qui, après s'être élevés par leurs vertus jusques dans le Ciel, et après y avoir établi en quelque sorte leur demeure, sont tombés ensuite jusques dans le fond des abîmes, et se sont endurcis dans le péché. Nous avons vu, Seigneur, des étoiles et des lumières de votre Église tomber du Ciel par l'effort du dragon infernal : et nous en avons vu d'autres qui semblaient ensevelis dans la poussière, s'élever miraculeusement tout-à-coup par le secours de votre main toute-puissante. Combien avons-nous vu de ces prodiges de sainteté, qui, après avoir longtemps mangé le pain des Anges à votre table, se sont trouvés réduits par leurs désordres à se remplir de la nourriture des pourceaux ! Combien en avons-nous vu, qui, après avoir longtemps vécu dans une chasteté pure et sans tache, se sont ensuite, plongés dans toutes sortes d'infamies et dans les plus honteux excès ! »
Apprenons, par ces exemples, à agir toujours avec crainte et tremblement : malheur à celui qui marche avec présomption : on peut bien pleurer dès à présent sa perte, car il ne manquera pas de tomber en peu de temps. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Saint-Esprit lui-même : Si vous ne demeurez, dit-il, fermement dans la crainte du Seigneur, votre maison sera bientôt renversée : c'est-à-dire, si vous ne me cherchez toujours avec beaucoup de circonspection et de crainte, si vous n'avez soin de vous tenir éloigné du péril, d'éviter les occasions, de rejeter de bonne heure les mauvaises pensées, et de vous préparer pour le temps de la tentation, vous tomberez infailliblement bientôt.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Avantages que produit la crainte de Dieu, Quelques autres remèdes contre les tentations d'impureté, La Mortification et la Pénitence sont aussi un remède très-efficace contre les tentations de l'impureté, De quelques remèdes contre les tentations de l'impureté, Aspiration dans les tentations, Prière à Saint Joseph, Père et Protecteur des Vierges, Moyens pour conserver la chasteté : la garde des sens, et surtout celle des yeux, Excellence de la chasteté, Qu'il ne faut rien négliger en matière de Pureté, Des tentations, Des tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle, Le malheur du monde dans les dangers où il se trouve et Conduite à tenir à l'égard des tentations.














lundi 19 juillet 2021

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, DEUXIÈME PARTIE, Leçon XVII : Notre-Seigneur, Nouvel Adam


ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE

DEUXIÈME PARTIE

Contenant l'histoire et l'explication de la Religion

depuis la Naissance du Messie jusqu'à son Ascension


XVIIe LEÇON

NOTRE-SEIGNEUR

NOUVEL ADAM



Q. Quel est le but de notre union avec Notre-Seigneur, le nouvel Adam ?
R. Le but de notre union avec Notre-Seigneur, le nouvel Adam, c'est la délivrance du mal, par conséquent le bonheur de l'homme et la gloire de Dieu dans le temps et dans l'éternité.

Q. En quoi consiste cette union ?
R. Cette union consiste à vivre de sa vie et à lui ressembler sur la terre, afin de partager sa gloire dans le Ciel.

Q. Comment s'opère cette union ?
R. Cette union s'opère par la foi, par l'espérance et par la charité ; c'est-à-dire que, pour nous unir à Notre-Seigneur, nous devons faire trois choses : croire en lui, espérer en lui et l'aimer de tout notre cœur.

Q. Quelle est la première chose que nous devons faire pour nous unir à Notre-Seigneur et pour être sauvés ?
R. La première chose que nous devons faire pour nous unir à Notre-Seigneur et pour être sauvés, c'est de croire.

Q. Qu'est-ce que la foi ?
R. La foi est un don de Dieu et une vertu surnaturelle, par laquelle nous croyons fermement tout ce que l'Église nous enseigne, parce que Dieu l'a dit et qu'il est la vérité même. Celui qui croit soumet son esprit à celui de Notre-Seigneur, et, en s'unissant à lui, il se délivre de l'ignorance.

Q. La foi du chrétien est-elle raisonnable ?
R. La foi du chrétien est raisonnable, puisqu'elle repose sur un fondement solide, qui est la parole de Dieu, attestée par des miracles incontestables, scellée du sang de plusieurs millions de martyrs, et admise par le monde entier depuis l'origine des siècles.

Q. Quelles sont les principales vérités de la foi ?
R. Les principales qualités de la foi sont : 1° la fermeté: nous devons croire sans hésiter ; 2° l'universalité : notre foi doit s'étendre à toutes les vérités révélées de Dieu et enseignées par l'Église ; 3° la simplicité : nous devons croire sans raisonner, sans discuter : quand Dieu a parlé, notre raison doit se taire et se soumettre.

Q. Quels sont les avantages de la foi ?
R. Les avantages de la foi sont : 1° de dissiper les ténèbres dans lesquelles le péché du premier Adam nous a plongés ; 2° de nous faire connaître les vérités de l'ordre surnaturel ; 3° de nous préserver de l'erreur et de guérir notre esprit de son orgueil.

Q. Que faut-il faire pour obtenir et conserver la foi ?
R. Pour obtenir la foi, il faut la demander à Dieu, étudier la Religion, éviter le mal, et, pour la conserver, en faire les œuvres et fuir les occasions de la perdre.

Q. Quels sont les péchés opposés à la foi ?
R. Les péchés opposés à la foi, c'est-à-dire qui empêchent ou qui rompent l'union de notre esprit avec le second Adam, sont : l'infidélité, l'apostasie, l'hérésie, le doute volontaire et l'ignorance.


Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je veux faire souvent des actes de foi.


Deuxième Partie : Leçon I : État du monde à la venue du Messie, Leçon II : Naissance du Messie, Leçon III : Vie cachée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon IV : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon V : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VI : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon VIII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon IX : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon X : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XI : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XII : Passion de Notre-Seigneur, Leçon XIII : Passion de Notre-Seigneur, Suite, Leçon XIV : Sépulture et Résurrection de Notre-Seigneur, Leçon XV : Vie glorieuse de Notre-Seigneur, Leçon XVI : Notre-Seigneur Réparateur du monde.

Première Partie :
Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu, Leçon XV : Connaissance des Anges, Leçon XVI : Chute de l'homme, Leçon XVII : Accord de la justice et de la miséricorde divine dans la punition et dans la transmission du péché d'Adam, Leçon XVIII : Nécessité et perpétuité de la Foi au Mystère de la Rédemption, Histoire de Job, Leçon XIX : Connaissance de la Religion, Nature et définition de la Religion, Leçon XX : Connaissance de la Religion, Que la Religion est une Loi, Leçon XXI : Le Messie promis et figuré : Adam et Abel, Leçon XXII : Le Messie promis et figuré, Noé, Troisième Figure du Messie, Leçon XXIII : Deuxième promesse et quatrième figure du Messie, Melchisédech, Leçon XXIV : Isaac, cinquième Figure du Messie, Leçon XXV : Le Messie promis et figuré, Jacob, Sixième Figure du Messie, Leçon XXVI : Le Messie promis et figuré, Joseph, Septième Figure du Messie, Leçon XXVII : L'Agneau pascal, Huitième Figure du Messie, Leçon XXVIII : La Manne, Neuvième Figure du Messie, Leçon XXIX : Les sacrifices et le serpent d'airain, Dixième et onzième Figure du Messie, Leçon XXX : Moïse, Douzième Figure du Messie, Leçon XXXI : Josué, Treizième Figure du Messie, Leçon XXXII : Gédéon, quatorzième Figure du Messie, Leçon XXXIII : Samson, Quinzième Figure du Messie, Leçon XXXIV : Sixième Promesse du Messie, Leçon XXXV : David, Seizième Figure du Messie, Leçon XXXVI : Salomon, Dix-septième Figure du Messie, Leçon XXXVII : Jonas, Dix-huitième Figure du Messie, Leçon XXXVIII : Le Messie prédit, Prophéties de David, Leçon XXXIX : Le Messie prédit, Prophéties d'Isaïe, Leçon XL : Le Messie prédit, Prophéties d'Osée, de Michée, de Joël et de Jérémie, Leçon XLI : Le Messie prédit, Prophéties d'Ézéchiel, Leçon XLII : Le Messie prédit, Prophéties de Daniel, Leçon XLIII : Le Messie prédit, Prophéties d'Aggée, de Zacharie et de Malachie, Leçon XLIV : Résumé général et application des promesses, des figures et des prophéties, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon XLV : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Leçon XLVI : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Histoire de Judith, Leçon XLVII : Le Messie préparé, Histoire de Tobie, Leçon XLVIII : Le Messie préparé, Monarchie des Perses, Histoire d'Esther, Leçon XLIX : Le Messie préparé, Monarchie des Grecs et des Romains, Leçon L : Le Messie préparé, Histoire des Machabées, Leçon LI : Unité de la Religion et de l’Église.

















samedi 17 juillet 2021

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, DEUXIÈME PARTIE, Leçon XVI : Notre-Seigneur Réparateur du monde


ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE

DEUXIÈME PARTIE

Contenant l'histoire et l'explication de la Religion

depuis la Naissance du Messie jusqu'à son Ascension


XVIe LEÇON

NOTRE-SEIGNEUR RÉPARATEUR DU MONDE



Q. Pourquoi le Messie devait-il venir sur la terre ?
R. Suivant les Prophètes, le Messie devait venir sur la terre pour ôter le péché du monde ; c'est-à-dire : 1° pour expier le péché ; 2° pour en réparer les suites ; 3° pour nous fournir les moyens de ne plus le commettre et d'arriver au bonheur éternel.

Q. Notre-Seigneur a-t-il expié le péché par rapport à Dieu ?
R. Notre-Seigneur a expié le péché par rapport à Dieu, puisqu'il s'est humilié jusqu'à l'anéantissement, et qu'il a pleinement satisfait à la justice de Dieu son Père.

Q. Notre-Seigneur a-t-il réparé les suites du péché ?
R. Notre-Seigneur a réparé les suites du péché.

Q. Quelles sont-elles ?
R. La première suite du péché, par rapport à l'homme, c'est l'ignorance. Dans la personne de Notre-Seigneur, l'homme a recouvré toutes ses connaissances primitives ; car Notre-Seigneur, en tant qu'homme, a possédé toutes les connaissances du premier Adam, et même de plus grandes.

Q. Quelle est la seconde suite du péché ?
R. La seconde suite du péché, c'est la concupiscence ou le penchant au mal, et l'amour de nous-mêmes et des créatures. Notre-Seigneur a réparé cette seconde suite du péché, c'est-à-dire qu'en tant qu'homme, il a été parfaitement affranchi de la concupiscence.

Q. Quelle est la troisième suite du péché ?
R. La troisième suite du péché, c'est la mort, les maladies, tous les maux temporels. Notre-Seigneur a réparé cette troisième suite du péché, parce que, après avoir porté nos infirmités et souffert la mort, il est devenu, en tant qu'homme, immortel, impassible, glorieux, triomphant dans le ciel pour toute l'éternité.

Q. Notre-Seigneur a-t-il ôté le péché par rapport à Dieu et à l'homme tout ensemble ?
R. Notre-Seigneur a ôté le péché par rapport à Dieu et à l'homme tout ensemble, puisque Dieu et l'homme, séparés par le péché, se sont réunis dans la personne de Notre-Seigneur de la manière la plus étroite.

Q. Notre-Seigneur a-t-il ôté le péché par rapport aux créatures ?
R. Notre-Seigneur a ôté le péché par rapport aux créatures ; car dans sa personne toutes les créatures ont été ramenées à leur fin, puisque Notre-Seigneur les a toutes fait servir à la gloire de Dieu.

Q. Notre-Seigneur a-t-il réparé pour lui seul le péché et les suites du péché ?
R. Notre-Seigneur n'a pas réparé pour lui seul le péché et les suites du péché, mais encore pour nous, en nous procurant les moyens de ne plus le commettre.

Q. Que faut-il faire pour profiter de ces moyens de salut ?
R. Pour profiter de ces moyens de salut, il faut nous unir à Notre-Seigneur ; car c'est notre union avec le premier Adam qui nous a rendus coupables et malheureux, et c'est notre union avec le Sauveur, qui est le second Adam, qui nous rendra justes et heureux.

Q. Que faut-il conclure de tout cela ?
R. Il faut conclure de tout cela : 1° que Notre-Seigneur a fait tout ce que le Messie devait faire, qui était d'ôter le péché du monde ; 2° que nous devons faire tous nos efforts pour nous unir à lui.


Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je veux faire toutes mes actions en union avec Notre-Seigneur.


Deuxième Partie : Leçon I : État du monde à la venue du Messie, Leçon II : Naissance du Messie, Leçon III : Vie cachée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon IV : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon V : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VI : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon VIII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon IX : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon X : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XI : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XII : Passion de Notre-Seigneur, Leçon XIII : Passion de Notre-Seigneur, Suite, Leçon XIV : Sépulture et Résurrection de Notre-Seigneur, Leçon XV : Vie glorieuse de Notre-Seigneur, Leçon XVII : Notre-Seigneur, Nouvel Adam.

Première Partie :
Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu, Leçon XV : Connaissance des Anges, Leçon XVI : Chute de l'homme, Leçon XVII : Accord de la justice et de la miséricorde divine dans la punition et dans la transmission du péché d'Adam, Leçon XVIII : Nécessité et perpétuité de la Foi au Mystère de la Rédemption, Histoire de Job, Leçon XIX : Connaissance de la Religion, Nature et définition de la Religion, Leçon XX : Connaissance de la Religion, Que la Religion est une Loi, Leçon XXI : Le Messie promis et figuré : Adam et Abel, Leçon XXII : Le Messie promis et figuré, Noé, Troisième Figure du Messie, Leçon XXIII : Deuxième promesse et quatrième figure du Messie, Melchisédech, Leçon XXIV : Isaac, cinquième Figure du Messie, Leçon XXV : Le Messie promis et figuré, Jacob, Sixième Figure du Messie, Leçon XXVI : Le Messie promis et figuré, Joseph, Septième Figure du Messie, Leçon XXVII : L'Agneau pascal, Huitième Figure du Messie, Leçon XXVIII : La Manne, Neuvième Figure du Messie, Leçon XXIX : Les sacrifices et le serpent d'airain, Dixième et onzième Figure du Messie, Leçon XXX : Moïse, Douzième Figure du Messie, Leçon XXXI : Josué, Treizième Figure du Messie, Leçon XXXII : Gédéon, quatorzième Figure du Messie, Leçon XXXIII : Samson, Quinzième Figure du Messie, Leçon XXXIV : Sixième Promesse du Messie, Leçon XXXV : David, Seizième Figure du Messie, Leçon XXXVI : Salomon, Dix-septième Figure du Messie, Leçon XXXVII : Jonas, Dix-huitième Figure du Messie, Leçon XXXVIII : Le Messie prédit, Prophéties de David, Leçon XXXIX : Le Messie prédit, Prophéties d'Isaïe, Leçon XL : Le Messie prédit, Prophéties d'Osée, de Michée, de Joël et de Jérémie, Leçon XLI : Le Messie prédit, Prophéties d'Ézéchiel, Leçon XLII : Le Messie prédit, Prophéties de Daniel, Leçon XLIII : Le Messie prédit, Prophéties d'Aggée, de Zacharie et de Malachie, Leçon XLIV : Résumé général et application des promesses, des figures et des prophéties, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon XLV : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Leçon XLVI : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Histoire de Judith, Leçon XLVII : Le Messie préparé, Histoire de Tobie, Leçon XLVIII : Le Messie préparé, Monarchie des Perses, Histoire d'Esther, Leçon XLIX : Le Messie préparé, Monarchie des Grecs et des Romains, Leçon L : Le Messie préparé, Histoire des Machabées, Leçon LI : Unité de la Religion et de l’Église.













samedi 24 avril 2021

Le malheur du Monde, en ce qu'il ne connaît point Dieu, et son Fils Jésus-Christ



C'est une vérité que l'on aurait peine à croire, si notre divin Maître, qui est la vérité même, ne nous l'avait enseignée. Et c'est ce qu'il a déclaré parlant à son Père, à qui il dit : Père juste, le monde ne vous a point connu. Le Saint-Esprit l'avait déjà enseigné par ces paroles du Prophète Roi : Le Seigneur a jeté les yeux du haut du Ciel sur les enfants des hommes, pour voir s'il y en a quelqu'un qui connaisse Dieu et qui le cherche : ils se sont tous égarés. Il était dans le monde, écrit saint Jean l’Évangéliste ; et c'est lui qui a fait le monde, et le monde ne l'a pas connu. Oui même, après qu'il a été vu en la terre, selon la prédiction du Prophète Baruch, et qu'il a conversé avec les hommes, il est venu chez soi, car toute la terre lui appartient, et tous ceux qui l'habitent ; et les siens l'ont si peu connu, qu'ils ne l'ont pas reçu.
C'est bien ici qu'il faudrait répandre des torrents de larmes sur le malheur du monde, qui n'est pas, qui ne vit pas, qui ne marche pas seulement dans les ténèbres à l'égard des vérités de la Religion, des moyens du salut, des occasions de la damnation éternelle, à l'égard des illusions dont il est rempli, ce que nous avons déploré dans le Chapitre précédent ; mais à l'égard de Dieu même, et de son Fils Jésus-Christ. C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si nous avons dit que sa présence en toutes choses et sa divine providence lui étaient inconnues. Certainement le grand Apôtre prononce avec bien de la justice, qu'il est les ténèbres mêmes.
Voilà le dernier malheur du monde, et la cause de son malheur éternel. Car comme la connaissance de Dieu est absolument nécessaire pour arriver à notre fin, ce qui fait tout notre bonheur ; le défaut de cette connaissance, nous en mettant dans la privation, nous jette dans un mal infini. La vie éternelle consiste, dit notre divin Maître parlant à son Père, à vous connaître, vous qui êtes le seul dieu, et Jésus-Christ que vous avez envoyé ; et on ne peut parvenir à la vie éternelle sans cette connaissance. Il faut connaître Dieu, il faut connaître Jésus-Christ. Personne ne va à son Père que par lui ; et celui qui le voit, voit aussi son Père. Je suis, nous déclare-t-il, la lumière qui suis venu au monde ; afin que quiconque croit en moi, ne demeure pas dans les ténèbres. La plénitude de la véritable science consiste dans cette connaissance de Dieu et de son Fils Jésus-Christ : c'est ce que les Pères de l'Église enseignent. Ceux qui en sont plus divinement éclairés, ce sont les savants aux yeux de Dieu et de ses Anges. C'est ce qu'on appelle la science des Saints, que Dieu donne aux petits et humbles de cœur, aux personnes vraiment détachées d'elles-mêmes, du siècle, et de tout ce que le siècle estime ; dans laquelle il a rendu admirables des gens sans lettres, de simples femmes, pendant que cette science est cachée aux sages et aux prudents du monde. Nous avons connu un célèbre Docteur qui disait qu'il avait été longtemps sans connaître Dieu avec toute sa doctrine ; il voulait dire qu'il ne le connaissait pas par la science des Saints.
Or si c'est dans la connaissance de Dieu et de Jésus-Christ que consiste la vie éternelle, comme l'on n'en peut douter, on doit nécessairement convenir que c'est ce qui fait tout notre bonheur, et à même temps demeurer d'accord que son ignorance est la cause de tous nos maux. Et voilà le malheur, comme il a été déjà dit, et le très-grand malheur du monde, selon le témoignage que notre divin Maître en a rendu.
On aurait donc bien sujet d'aller crier de ville en ville, et de village en village, Au Dieu inconnu. Autrefois l'Apôtre l'a fait dans Athènes, le pays des savants du siècle, et au milieu d'un sénat, l'un des plus sages de la terre. Mais on peut le prêcher parmi le peuple Chrétien. On peut le crier, qu'il adore Dieu sans le connaître : car est-ce le connaître que de lui insulter jusque devant ses Autels où il réside corporellement, profanant la sainteté de ses Temples par les irrévérences que l'on y commet, s'y tenant en des situations peu modestes ? ce que l'on remarque assez communément, lorsque l'on s'assemble pour entendre les Sermons, dont il ne faut pas être surpris, si l'on en voit si peu d'effets, s'y préparant d'une si étrange manière. Est-ce le connaître, de n'avoir pas de honte de le traiter avec si peu de respect, et de n'oser ouvrir la bouche pour empêcher qu'il ne soit déshonoré de la sorte ? Ceux mêmes qui doivent élever leur voix, comme le son d'une trompette, pour me servir des expressions de l'Écriture, pour crier contre ces profanations, souvent demeurent muets, et quelquefois les commettent avec plus de hardiesse. Voici ce qu'on lit sur ce sujet dans les Sentences Chrétiennes et Cléricales de feu Monsieur Bourdoise Prêtre de la Communauté de saint Nicolas de Chardonnet, dont saint François de Sales a eu une si haute estime, et dont il se servait quand il allait prêcher dans Paris pour lui tenir compagnie. C'est lui qui parle dans ces Sentences que l'on a données au public. J'ai une fois en ma vie mis hors et chassé d'une Cathédrale cent treize causeurs en deux heures, et en aurais bien mis davantage, si le cent quatorzième qui se présenta, n'eût été un Prêtre Bénéficié de cette Église ; car alors je trouvai à qui parler, et là toute mon autorité et mon zèle furent trop courts. Là j'expérimentai qu'il n'y a rien à gagner aux Prêtres. Ces profanations, aussi bien que l'ignorance de Dieu nous ont obligés, assistés des miséricordes de notre bon Sauveur, et de la protection de son immaculée Mère Vierge, de donner au public deux Traités, dont l'un est de Dieu inconnu, et l'autre des horreurs des profanations des Églises.
Est-ce connaître Dieu, de faire si peu d'état de l'honneur qu'il nous fait, vermisseaux de terre que nous sommes, non seulement nous permettant de l'entretenir quand il nous plaît, mais nous y exhortant, qu'il semble que ce nous soit une peine de converser avec sa Majesté suradorable par l'oraison ; qu'une demi-heure que dure une Messe où il se trouve présent avec son sacré Corps et son précieux Sang, paraît un temps trop long, que l'on s'en ennuie. En userait-on de la sorte avec les Rois de la terre, s'ils permettaient de les entretenir, et de leur parler ? On passe la plupart des jours dans la conversation des viles créatures, on se plaint si l'on est seul, et dans leur privation ; et on crie contre la longueur d'une demi-heure s'il la faut donner à Dieu ; et encore comment la lui donne-t-on ?
Est-ce connaître Dieu, de négliger la divine Communion de son sacré corps ? Est-ce le croire ? Doute-t-on que tous les véritables trésors n'y soient renfermés ? Que ferait-on, si on avait le pouvoir de quelque trésor précieux d'or ou d'argent ? Mais il faut être dignement disposé pour participer à cette Communion vivifiante, il est vrai. Hé ! comment ne fait-on pas tout pour s'y préparer ? Je mourrai sans le pouvoir comprendre, comment il est possible de perdre une seule Communion par négligence ; je dis par négligence, puisque c'est se priver d'un trésor infini qui vaut mieux que le ciel et la terre.
Est-ce connaître Dieu, de lui préférer la créature, des voluptés criminelles aux plaisirs divins de son Paradis ; de lui préférer un peu d'or, d'argent, de biens temporels, des honneurs passagers : ce que fait tous les jours le monde par l'avarice, l'ambition, la vie sensuelle. En vérité c'est ne le pas connaître, de faire moins d'estime de sa possession, ou de sa perte, que des viles choses de la terre, pour lesquelles on s'embarrasse tant, ou pour les gagner, ou pour ne les pas perdre, et pour lesquelles on l'offense si criminellement.
Est-ce connaître Dieu, que de négliger ses divins intérêts, pendant que tout le monde est dans la recherche des siens propres, et des intérêts des autres créatures ? Les Intendants envoient des ordres pour les intérêts des Princes. On les exécute avec la dernière exactitude, et il est juste, et il le faut faire. Les mêmes Princes donnent des ordres pour punir les blasphémateurs, pour empêcher les profanations des Églises ; qui s'applique à leur exécution ? quelle attention y donnent les Magistrats et les autres Officiers ? Hélas ! à peine y pense-t-on. On blasphème, on profane la sainteté des Églises ; on n'y remédie point. Les plus pauvres, les gens de la plus basse condition trouvent des Avocats, des Procureurs qui plaident pour leurs intérêts : où sont les Avocats, les Procureurs qui plaident pour soutenir la cause d'un Dieu, qui entreprennent ses affaires ? Il est vrai, il y a les gens du Roi : où trouverons-nous les gens de Dieu ? Si l'on attaque les droits honorifiques, soit des Ecclésiastiques, soit des séculiers, on fait de grands et de longs procès. Chacun dit : Je suis obligé de garder mes droits. Ô mon Seigneur et mon Dieu, faites-nous penser et garder les vôtres. A la moindre nouvelle que l'on apprend que ces droits des créatures sont blessés, aussitôt on prend des mesures pour y remédier, pour en empêcher la continuation. On avertit, on sait mille et mille désordres que l'on commet contre la Majesté de Dieu ; ou l'on demeure comme insensible aux outrages de cette Majesté infinie, ou l'on s'y applique bien peu. On y fait peu de réflexion, on les oublie aisément ; ou les soins que l'on en prend, sont bien médiocres.
Après cela cessons de nous étonner si Dieu s'adresse même aux choses inanimées de ce qu'il n'est point connu, et par son peuple qu'il a élevé et nourri comme son enfant, et qu'il a comblé de ses bienfaits. Cieux, écoutez, dit-il par le Prophète Isaïe ; et toi terre, prête l'oreille. C'est de la sorte qu'il parle à ce qui n'a pas de sentiment, pour faire connaître aux hommes leur aveuglement. Il ajoute : Le bœuf connaît celui à qui il est, et l'âne l'étable de son maître ; mais Israël ne m'a pas connu, et mon peuple a été sans entendement. Dieu fait encore le même reproche par le Prophète Jérémie, dans lequel il appelle pour témoins de la perfidie de son peuple, les oiseaux du ciel. Moïse animé de son saint Esprit, appelle en témoignage le ciel et la terre. On peut remarquer ici que les ténèbres du pécheur son bien épaisses, la dureté de son cœur bien étrange, son insensibilité bien extrême, puisque Dieu s'en plaint même à ce qui et dépourvu d'intelligence.
Le saint Prophète Roi a dit de lui, qu'il a imité les bêtes qui sont sans raison, et qu'il leur est devenu semblable. Et lui parlant il s'écrie : Ne devenez pas comme le cheval et le mulet qui sont sans raison. Mais il est encore au dessous des bêtes, et plus stupide, puisque le bœuf et l'âne connaissent leur maître ; car ils les servent, et leur obéissent comme ils veulent, quoiqu'entre les animaux ils soient les plus stupides. C'est ce que remarque Saint Jérôme, qui pense que Dieu s'en sert pour ce sujet.
Mais puisque Dieu veut bien se servir de la comparaison de ces animaux, voici une chose assez surprenante à cet égard, et rapportée par une personne qui l'a vue, et qui en a été le témoin oculaire. Un esclave s'étant enfui de Rome, et s'étant caché dans une solitude, y rencontra un lion à qui il ôta une épine qui lui perçait le pied. A quelque temps de là cet esclave étant repris, il fut condamné à la mort, et exposé aux lions dans l'amphithéâtre de Rome selon la coutume de ce temps-là. Or il arriva que le lion qu'on lui lâcha pour le dévorer, était celui à qui il avait tiré l'épine du pied, et que l'on avait pris et enfermé avec les autres pour le supplice des criminels. Ce fut un spectacle bien surprenant à toute le peuple Romain assemblé dans l'amphithéâtre ; car à la vue de ce misérable esclave qui était presque déjà sans sentiment dans la crainte de la mort qui l'avait saisi, le lion qui le reconnut s'arrêta quelque temps comme immobile, et ensuite s'approchant de lui il commença à le flatter de sa queue comme les chiens font ordinairement, et à le lécher avec sa langue. Pour lors il se fit de grands cris d'une exclamation générale de tout le peuple étonné : on crie la liberté de l'esclave, et on l'obtient. L'Empereur même voulant savoir la cause d'un événement si singulier, l'apprit de la bouche de l'esclave ; ensuite on laissa le lion libre aussi bien que l'esclave, qui le conduisant comme un chien après lui dans les rues, on jetait des fleurs à pleine main sur le lion.
Que cet exemple est pressant ! Un lion a tant de reconnaissance pour un homme qui lui a tiré une épine du pied ; et nous qui devons tout à Dieu, et qui nous a délivrés de l'enfer, bien loin de reconnaître sa bonté infinie, nous le crucifions derechef, pour parler avec l'Apôtre, nous rendant coupables de sa mort par nos péchés qui en sont la cause. Saint Antoine de Padoue, pour convertir un hérétique, fit reconnaître la présence du sauveur en la sainte Hostie, d'une manière miraculeuse, par un cheval, qu'on avait laissé un temps considérable sans manger, et à qui présentant de l'avoine devant le très-saint Sacrement de l'Autel, il n'y toucha point, et la laissa pour se tenir en la manière qu'il pouvait en respect devant ce Sacrement adorable. Saint François d'Assise avait un agneau qui fléchissait les genoux, lorsqu'on les levait au très saint Sacrifice de la Messe. Malheur au monde, à la nation pécheresse, à la race corrompue des hommes qui ont si peu de respect pour ce Dieu caché en la divine Eucharistie.
A ces vues, ou il faut renoncer à avoir plus de cœur, ou il faut qu'il ne respire plus que pour le divin amour. Ah, que nous avons bien d'autres sujets que les anciens Prophètes de nous adresser aux Cieux et à la Terre, d'appeler à témoins les animaux en témoignage de ce que les hommes ni ne connaissent Dieu, ni ne l'aiment. Dieu ne nous élève plus, il ne nous nourrit plus d'une manne faite par le ministère des Anges, mais de son propre corps, de son propre sang, après qu'il s'est immolé sur une croix pour nous, et nous a donné jusqu'à la dernière goutte de son sang. Écoutez, pierres ; écoutez, rochers, vous avez bien amolli votre dureté, vous vous êtes bien brisés, lorsque cet aimable Sauveur a souffert. Ah, ce n'était pas pour vous, c'était pour les hommes, ces ingrats qui sont toujours insensibles à ses bienfaits. Tous les éléments, dit saint Grégoire, ont connu ce Dieu Sauveur en leur manière : les cieux par la nouvelle étoile qui a paru, la mer qui a obéi à sa voix, la terre qui a tremblé à sa mort, le soleil qui s'est éclipsé, les pierres qui se sont brisées, la mort par la résurrection de ceux qui étaient privés de vie. Et après cela le monde ne le connaît point.
Ici S. Bernard s'écrie : Que devons-nous donc faire pour le connaître ? Il répond : Nous avons plus besoin d'un cœur contrit et humilié, que de beaucoup d'étude. Nous avons plus besoin de soupirer et de pleurer, que de raisonner et d'étudier, de l'oraison que de la lecture. Il faut donner plus de temps à la contemplation des choses célestes, qu'à l'occupation des choses de la terre. Approchez-vous de Dieu, dit le Psalmiste, et soyez éclairés.
Que l'homme ne cherche point d'excuse dans son ignorance. Les hommes ont toujours été sans excuse, nous enseigne l'Apôtre aux Romains ; car par la connaissance que les créatures de ce monde ont des choses qui ont été faites, ce qui est invisible en Dieu, leur devient visible, même sa puissance éternelle et sa divinité. Il parle des Infidèles, qu'il appelle les créatures de ce monde, à la différence des Chrétiens qui sont appelés dans l’Écriture, la nouvelle créature. Le Saint-Esprit nous révèle que la lumière véritable éclaire tout homme venant en ce monde ; c'est-à-dire, tout homme capable de lumière, lorsque la raison est assez forte en son âme, pour être digne ou de punition, ou de gloire ; Dieu l'éclaire intérieurement et l'échauffe, en sorte que s'il ne manque pas à cette première grâce, il l'augmente et accomplit son œuvre, lorsque le jugement lui est venu à une juste maturité, et qu'il est obligé de se convertir à Dieu.
Mais entre tous les hommes, les Chrétiens qui connaissent et qui aiment peu Dieu, seront plus châtiés : car ils sont ce peuple qui marchait dans les ténèbres, et qui a vu une grande lumière, sur qui le jour s'est levé lorsqu'il habitait dans la région de l'ombre de la mort, à qui la lumière a été aussi claire que le soleil en plein midi. C'est le sujet de leur condamnation, comme nous le dit l’Évangile ; car ils ont aimé mieux les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait mal, hait la lumière, et il ne se présente point à la lumière, de peur qu'il ne soit repris de ses œuvres.

(Extrait de Le malheur du Monde, par M. Henri-Marie Boudon)


Reportez-vous à Le malheur du Monde dans ses richesses, Le malheur du Monde dans les ténèbres, Ce que l'on entend par le Monde, Aveuglement de l'homme, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph SurinCe qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliquesDu mondeMéditation sur les dangers du mondeMéditation sur l'amour de la retraiteMéditation sur les moyens de se sanctifier dans le mondeMéditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.
















lundi 16 mars 2020

Nous sommes des grands blessés




Il nous est loisible à présent de nous adonner à la connaissance de nos misères. Il y a d’abord celles qui dérivent en ligne directe du péché originel. Ce péché a laissé dans notre être de nature des BLESSURES profondes. Considérons-les l’une après l’autre. Plus nous les connaîtrons, plus nous aurons à cœur de leur appliquer les REMÈDES de l’ascèse chrétienne.

Continuons d’invoquer l’Esprit-Saint et son Épouse immaculée. En raison même de sa préservation du péché originel, Marie – bien plus profondément que nous – est capable de comprendre notre misère morale ; et toute sa maternelle compassion ne demande qu’à nous secourir.


Les BLESSURES du péché originel


Adam, dans l’état d’innocence, ne possédait pas seulement la grâce sanctifiante en son âme ; il jouissait encore, par surcroît, de privilèges magnifiques qui perfectionnaient sa nature et le rendaient plus apte à vivre avec sécurité et joie son rôle de chef du genre humain.

Ces privilèges – dons absolument gratuits – étaient la science infuse, qui le rapprochait des anges ; la maîtrise des passions, c’est-à-dire l’exemption de la concupiscence ou l’inclination au mal ; l’impassibilité, c’est-à-dire l’exclusion de la maladie et de toute souffrance ; l’immortalité, c’est-à-dire l’exemption de la mort corporelle. Le temps de l’épreuve écoulé, Adam devait passer sans heurt du paradis terrestre au paradis céleste. Mais, par sa désobéissance grave, il perdit d’un seul coup et la grâce sanctifiante et tous les privilèges que Dieu lui avait accordés.

Le sacrement de baptême nous rend la grâce sanctifiante avec le droit au bonheur du Ciel ; il ne nous restitue pas les dons préternaturels qui l’accompagnaient. Nous demeurons ainsi dans un état de déchéance, de disgrâce, d’appauvrissement, subissant dans notre nature ce qu’on appelle les blessures du péché originel : l’ignorance, la concupiscence, la souffrance et la mort.

Dans notre intelligence, l’ignorance a remplacé la science infuse. Le premier homme avait reçu de Dieu la révélation des vérités surnaturelles que comportait son état de justice, ainsi qu’un ensemble de connaissances sur les choses nécessaires à la vie, en raison de sa condition de chef et d’éducateur du genre humain. Cette science ayant été perdue, nous devons y remédier par la science acquise. Nous ignorons tout en venant au monde : notre intelligence est aussi nue qu’une plaque de marbre bien lisse où rien n’est gravé, ou qu’un panneau uni sur lequel il n’y a rien de peint. Tout devra commencer par nous venir des sens, et durant notre vie entière il nous faudra apprendre.

Un dur et continuel labeur s’impose, car l’ignorance, surtout celle des vérités importantes pour la direction de notre vie morale et de notre vie spirituelle, n’est pas facilement vaincue. C’est un fait que le plus grand nombre des baptisés se montre rétif à entretenir et développer en eux les enseignements du catéchisme ; On se contente de peu, on ne comprend pas qu’il ne faudrait jamais de déshabituer de l’étude des vérités révélées. Aussi, que de déficiences, que de lacunes, que d’erreurs dans les esprits en matière religieuse !

Même chez ceux qui se portent résolument vers la connaissance de Dieu et des choses divines, qui s’appliquent à réduire autant que possible l’ignorance native par l’intelligence des mystères de la foi et par les clartés provenant des dons du Saint-Esprit, une très grande part d’obscurité demeure. Ils n’avancent qu’à tâtons vers la pleine lumière réservée à la gloire, sachant bien qu’ils se livrent à l’étude d’une science sans fin, mais qui fait leur béatitude ici-bas. « Ô Seigneur, suppliait saint Augustin, que vos Écritures soient toujours mes chastes délices. Que je boive de vos eaux salutaires, depuis le commencement du Livre sacré où l’on voit la création du ciel et de la terre jusqu’à la fin où l’on contemple la consommation du Règne perpétuel de votre Cité sainte ». Saint Augustin était pourtant un grand génie. Que penser alors de nous-mêmes et de nos ignorances humiliantes.

Avec la science infuse, le péché originel nous a fait perdre également la maîtrise de nos passions. La volonté d’Adam innocent, spécialement fortifié par la grâce, maintenait facilement l’ordre parmi les tendances des facultés inférieures. « Telle était la puissance de l’image de Dieu en l’âme, écrit Bossuet, qu’elle tenait tout dans le respect ». Le corps était soumis à l’âme, comme l’âme était soumise à Dieu.

La grâce disparaissant, la maîtrise des passions disparut avec elle. Nos facultés sensitives réclament, impérieusement parfois, leur satisfactions. Nos sens extérieurs, nos regards, par exemple, se portent avec avidité vers ce qui flatte la curiosité ; nos oreilles écoutent avec empressement les nouvelles qui se présentent ; notre toucher recherche les sensations agréables, et cela bien souvent au-delà des limites permises par la loi morale. Il en est de même de nos sens intérieurs : l’imagination nous représente toutes sortes de scènes plus ou moins sensuelles ; la sensibilité convoite des jouissances inférieures ; Tous ces sujets révoltés essaient d’entraîner le consentement de la volonté. C’est la tyrannie de la CONCUPISCENCE, l’inclination violente vers le mal, l’attrait désordonné vers le plaisir défendu.

Assurément, la volonté peut résister ; mais elle-même se ressent de la désobéissance de notre premier père. Elle a peine à se soumettre à Dieu et à ses représentants sur la terre. Elle a des prétentions à l’indépendance : volontiers elle croit pouvoir se suffire ; Aussi, que d’efforts lui faut-il pour vaincre les obstacles qui s’opposent à la réalisation du bien. Que de faiblesse, que d’inconstance dans ces efforts ! Que de fois elle se laisse entraîner par le sentiment et les passions !

Saint Paul (Rom. VII, 19-25) a décrit, en termes frappants, cette déplorable faiblesse : « Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas… Car je vois dans mes membres une autre loi qui lutte contre la loi de la raison, et qui me rend captif de la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis. Qui me délivrera de ce corps de mort ?… (Voir Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique, N° 74 et 75) ». C’est la lutte de la chair contre l’esprit. Tout fils d’Adam l’expérimente à vif dans son âme. La grâce baptismale, se développant dans une vie chrétienne vraiment vertueuse, corrige, atténue cette propension au péché ; elle ne la guérit jamais entièrement. La maîtrise d’eux-mêmes, presque sans défaillance, que nous admirons chez les saints, est le résultat de luttes héroïques et de patients efforts, soutenus par une grâce puissante.

Quant aux deux autres blessures du péché originel, la souffrance et la mort, elles demeurent inéluctables et implacables pour tous. Il nous faut manger notre pain à la sueur de notre front, exposés aux maladies et infirmités de touts sorte ; en attendant de retourner un jour à la terre dont nous avons été pris. Mais ici encore, avec la grâce rédemptrice mise à profit, nous pouvons sanctifier la souffrance et adoucir ce que la mort comporte d’effrayant et de cruel. Rappelons-nous ce que dit le Père de Montfort au sujet de la mort des fidèles esclaves de Marie : elle est douce et tranquille, la Vierge y assiste ordinairement pour les conduire elle-même dans les joies de l’éternité (VD, n° 200).

LES REMÈDES de l’ascèse chrétienne. Connaissant les blessures que nous portons en notre nature humaine, il nous faut non seulement croire au dogme du péché originel, mais en conséquence entretenir en nous d’une manière habituelle une grande humilité d’esprit. Cette humilité sera le premier remède à notre misère native : on ne conçoit pas des êtres déchus qui s’exaltent.

Sans doute, notre nature n’est pas corrompue en elle-même. Les expressions, souvent fortes, de la tradition chrétienne sur la déchéance originelle, doivent s’entendre de l’homme par rapport à sa condition première, non de la nature considérée en elle-même. Celle-ci, même après le péché, n’est pas intrinsèquement mauvaise ; elle garde son libre arbitre, elle est encore capable de quelque bien dans son ordre. Il reste cependant que nous sommes des êtres affaiblis, appauvris, dégradés, défigurés, privés de dons magnifiques : la nature était faite pour la grâce. Qui dit privation dit une chose qui manque, alors qu’elle devrait être ; et, par là même, c’est un mal, c’est un désordre qu’elle manque. C’est un désordre devant Dieu, c’est le désordre du péché originel entraînant toutes les suites que nous avons signalées (Voir Ecclesia (Boud et Gay, 1929), p. 119, 2e colonne). Bien que, personnellement, nous n’en soyons pas coupables, nous devons nous en humilier. C’est l’attitude qui nous convient : elle va nous aider maintenant à mieux connaître les tendances mauvaises qui prédominent en nous et s’opposent à l’acquisition des vertus. Elles sont la cause la plus fréquente de nos péchés actuels.

Ces tendances, appelées communément défauts dominants, ne sont pas autre chose que l’attache à soi-même, enracinée plus fortement dans l’une ou l’autre des trois grandes convoitises qui nous entraînent vers le mal : l’orgueil, la convoitise de la chair et celle des yeux. Il importe de bien les connaître, afin d’être à même de les mieux combattre (Voir Tanquerey, ouvrage cité, n° 818 et suivants).

L’orgueil nous entraîne vers un amour excessif de notre personne. Cet amour se manifeste de plusieurs manières : sous forme d’égoïsme, ou de vanité, ou de présomption, ou encore d’ambition avec désir de dominer.

Certaines natures offrent un égoïsme très accentué, toujours prêt à se montrer : soi d’abord. On ramène tout à soi, on ne se préoccupe et on ne s’inquiète que de soi, on s’enferme en soi comme si on se faisait son centre. On ne pense pas aux autres, on ne s’intéresse pas à eux, on ne sympathise pas. Ce défaut fait beaucoup souffrir l’entourage. Vous ne pouvez rien dire, ni une peine, ni une joie, ni évoquer un souvenir ou raconter vos impressions, sans qu’aussitôt votre interlocuteur, n’en tenant aucun compte, vous ramène à ce que lui-même a vu, connu, éprouvé : moi ceci, moi cela… C’est toujours le moi mis en avant.

D’autres natures sont vaniteuses : elles recherchent l’estime, l’approbation, la louange. La vantardise ne les gêne pas : on parle de soi avec avantage, de son intelligence, de ses capacités, de ses talents, de son savoir-faire ; et aussi de sa famille, de ses relations, de ses succès qui ont toujours dépassé les succès des autres. On aime encore attirer sur soi l’attention par certaines manières d’agir, de se vêtir, de paraître, par un faste qu’on déploie à l’occasion, ou par des singularités qu’on se permet. Maigres satisfactions qui privent l’âme de beaucoup de mérites.

D’autres présentent le défaut de présomption : c’est une confiance illimitée en soi-même, en ses facultés naturelles, en sa science, en sa force, et même en ses vertus. D’où la tendance à s’élever au-dessus des autres, à vouloir faire des choses qui vous dépassent ; et plus encore à vouloir toujours avoir raison, à ne pas reconnaître ses torts, à ne pas tenir compte des avertissements reçus ; à ne pas plier, ne pas céder ; bien plus, à tenir tête envers et contre tout. Et devant une résistance, on s’emporte, on se fâche, on monte parfois jusqu’à la colère qui vous fait perdre le contrôle de vos facultés. Ce défaut, nous l’avons vu, était celui de l’apôtre Simon-Pierre, le chef du collège apostolique. Faute de le reconnaître, il s’est exposé à la tentation sans précautions ni garanties, et il est tombé dans un triple péché grave. Ajoutons, à sa louange, qu’après avoir reconnu et pleuré ses reniements, il est devenu le plus humble de tous, comme l’a témoigné sa mort en croix.

L’ambition et le désir de dominer dérivent de la même source. On aime et on recherche les honneurs, les dignités. On veut arriver aux premières charges ; et pour cela, on se montre flatteur, louangeur, cherchant les bonnes grâces de ceux qui sont haut placés. Quand, en fait, on y parvient, on ne craint pas, pour s’y maintenir, d’éloigner les personnes qui vous gênent et l’on s’entoure d’autres qui vous adulent. L’envie ou la jalousie entre alors en jeu envers quiconque exerce un ascendant, capable de renverser votre situation élevée ou de rivaliser avec les qualités brillantes qu’on admire en soi. On éprouve de la peine en entendant louer les autres ; on s’efforce d’atténuer ces éloges par des critiques malignes.

Tel est le triste étalage du défaut d’orgueil. Comme on le voit, il s’oppose en tout premier lieu à l’esprit d’humilité.

La convoitise de la chair nous porte à aimer le corps plus qu’il ne faut : c’est une tendance très prononcée à se rechercher dans les satisfactions qui l’affectent. Ceux en qui domine cette convoitise ont à lutter plus que d’autres contre la paresse, la gourmandise, et contre les affections sensibles. La paresse fait reculer devant tout effort corporel : le travail assidu, les corvées, les emplois qui réclament un courage persévérant. Par contre, elle se complaît dans ce qui favorise le repos du corps, son bien-être, comme le sommeil prolongé, les bains fréquents, l’usage des parfums, les vêtements légers, les promenades agréables, les visites sans raison. Cette paresse, si elle n’est combattue, expose à bien des tentations.

La gourmandise décèle un abus du plaisir légitime que Dieu a voulu attacher au manger et au boire : soit en prenant de la nourriture ou de la boisson sans besoin, en dehors des repas, pour le plaisir de se satisfaire ; soit en recherchant dans les repas ce qu’il y a de meilleur, les mets les mieux apprêtés, comme le font les gourmets ; soit en prenant une quantité trop grande d’aliments, au risque de compromettre sa santé (combien de maladies proviennent des excès de table !) ; soit encore en mangeant avec avidité, un peu comme les bêtes qui se précipitent sur ce qu’on leur donne. Que de fautes on commet ainsi contre la mortification.

Les affections ou amitiés sensibles, recherchées pour elles-mêmes, sans autre raison que la satisfaction du cœur, sont toujours dangereuses, car la limite est vite franchie, qui passe du sensible au sensuel, et du sensuel au charnel. On s’attache, on ne surveille pas son imagination, sa sensibilité, ses regards et surtout le sens du toucher. C’est le défaut dominant de certaines natures qui peuvent être très riches, mais qui sont en même temps très faibles. Il faut savoir y mettre ordre dès le commencement, sinon on court au-devant de chutes regrettables. Ces sortes d’affections ne sont permises qu’entre ceux qui ont la liberté et l’intention de s’unir dans l’état du mariage.

La convoitise des yeux incline à l’avarice, que nous entendons ici comme l’attache exagérée aux biens que l’on possède ou dont on peut disposer. On a tendance à garder jalousement son argent une fois acquis. On ne dépense qu’à regret, avec lésinerie. On refuse d’aider les siens, on ne donne rien ou presque rien aux pauvres, et aux bonnes œuvres. Au lieu d’économiser sagement, on capitalise outre mesure par peur de manquer et sans faire confiance au Père des Cieux qui veille sur nos besoins. Ainsi, petit à petit, les yeux se rivent à la terre, comme si on devait y demeurer toujours. Aimons donner, aimons faire l’aumône.

Tous ces défauts ne sont pas des péchés en eux-mêmes, mais ils nous font commettre quantité de fautes, fautes vénielles le plus souvent ; et dans la mesure où nous leur accordons satisfaction, ils se fortifient et deviennent de plus en plus exigeants. Ils peuvent alors nous entraîner aux péchés graves, et même se transformer en habitudes vicieuses tyrannisantes. C’est alors qu’aux suites du péché originel s’ajoutent les suites autrement accentuées des péchés personnels.

Le précepte évangélique du renoncement s’impose. Il nous faut, dit Montfort, « renoncer aux opérations des puissances de notre âme » (VD, n° 81). En ce qui concerne notre INTELLIGENCE, renoncer à ce mal qu’est l’ignorance religieuse. Appliquons-nous à connaître ce qui se rapporte à Dieu, notre fin dernière, et aux moyens de l’atteindre. Cette connaissance est primordiale : il serait déraisonnable de s’occuper des sciences humaines et de négliger celle du salut. Que de baptisés, très instruits dans telle ou telle branche du savoir humain, n’ont qu’une connaissance bien imparfaite des vérités chrétiennes.

Renoncer à cette vaine curiosité, qui recherche avant tout et d’une manière excessive les lectures qui plaisent, comme celles des romans, des journaux et de certaines revues à la mode où l’âme ne trouve rien qui puisse l’élever ou l’enrichir. On fait passer ainsi l’agréable avant l’utile et le nécessaire, on perd un temps précieux, on transforme ce qui devrait être moment de détente en une occupation creuse qui se prolonge et nuit grandement au bon emploi de la journée.

Renoncer aussi et surtout à cette particularité d’orgueil de l’esprit, qui prétend se suffire et s’incline difficilement devant les enseignements de la foi ou les directives du Magistère, comme aussi devant l’obéissance due aux Supérieurs. On raisonne, on critique, on tient à ses propres idées, on ne consulte pas l’autorité, on n’a confiance qu’en son jugement, on traite avec dédain les opinions des autres. On sème ainsi la division, au lieu d’entretenir la paix et la concorde.

En ce qui concerne la VOLONTÉ, qui est en nous la faculté maîtresse, la cause de nos mérites ou démérites, nous devons renoncer à suivre les exigences des facultés inférieures, afin de toujours soumettre parfaitement notre vouloir à celui de Dieu ; ce qui demande bien des sacrifices, en particulier le sacrifice de nos goûts, de nos caprices, de nos empressements naturels.

Renoncer à l’irréflexion qui nous fait suivre l’impulsion du moment, l’emportement ou encore la routine. On ne réfléchit pas avant d’agir, on ne se demande pas ce que Dieu réclame de nous.

Renoncer à la nonchalance, à l’indécision, au manque de ressort moral, toutes choses qui paralysent les forces de la volonté. Il importe d’acquérir, de développer les convictions de foi, qui stimulent notre vouloir et le déterminent à choisir ce qui est conforme au vouloir divin.

Renoncer à la peur de l’insuccès : elle est un manque de confiance, et par là même, elle diminue singulièrement nos forces. Il faut, au contraire, se souvenir qu’avec le secours de la grâce, on est sûr d’aboutir à de bons résultats.

Renoncer aussi à cette autre peur qu’est le respect humain : en craignant les critiques ou les railleries des autres, on s’appuie moins sur le jugement de Dieu, le seul qui compte : on affaiblit ainsi sa volonté.

Quant aux mauvais exemples, nous devons leur résister avec force, car ils nous entraînent d’autant plus facilement qu’ils correspondent à une propension de notre nature. Nous l’avons vu dans nos méditations des Jours préliminaires, c’est Notre-Seigneur que nous devons imiter, non pas le monde.

« Il faut de plus, nous dit Montfort, « renoncer aux opérations des sens de notre corps », c’est-à-dire qu’il nous faut voir comme si on ne voyait point, entendre comme si on n’entendait point, se servir des choses de ce monde comme si on ne s’en servait point » (VD, n° 81). C’est la doctrine de l’apôtre saint Paul dans sa première Épître aux Corinthiens (VII, 29-31).

Il va de soi que nous devons renoncer aux regards gravement coupables, ceux qui sont commandés par de mauvais désirs. Notre-Seigneur les réprouve énergiquement lorsqu’il dit : « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il vaut mieux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps tout entier ne soit point jeté dans la géhenne » (Matth. V, 29). Ce qui ne veut pas dire qu’on doive se crever les yeux, mais qu’il faut savoir arracher son regard à la vue de personnes ou objets qui sont un sujet de scandale.

Mais nous devons encore renoncer aux regards simplement curieux : ils peuvent susciter des tentations ; ils sont toujours cause d’une foule de souvenirs et d’images qui dissipent l’âme, encombrent la mémoire et occasionnent la plupart de nos distractions dans la prière. Purifions nos regards en les reposant sur tout ce qui est de nature à élever notre âme et à nous faire bénir le Créateur.

En ce qui concerne les paroles contraires à la pureté ou à la charité, si nous ne pouvons éviter de les entendre, du moins ne les écoutons pas, ne leur prêtons pas une oreille attentive ; et surtout n’interrogeons pas pour entamer ou prolonger une conversation déjà mauvaise en soi. Il est bien rare que des conversations déshonnêtes ou contraires à la charité ne produisent pas des effets désastreux chez ceux qui les écoutent. Les premières allument des désirs mauvais et provoquent au péché ; les secondes entraînent à des bavardages qui nuisent à la réputation du prochain : on est tant porté à répéter ce qu’on a entendu. Aimons les entretiens qui sont lumière et bienveillance, en même temps que sage délassement.

Ainsi nous userons de ce monde comme n’en usant pas, sachant que tout y est passager, caduc, éphémère. C’est ce que saint Paul appelle mourir tous les jours ; Quotidie morior (I Cor. XV, 31). Jésus, recourant à une comparaison qui lui est familière, avait déjà dit : « Si le grain de froment ne tombe dans la terre pour y mourir, il reste seul, impuissant à se reproduire ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jean, XIV, 24). Si nous ne mourons à nous-mêmes, explique Montfort, et si nos dévotions les plus saintes ne nous portent à cette mort nécessaire et féconde, nous ne porterons point de fruit qui vaille pour la vie éternelle, nos dévotions nous deviendront inutiles, toutes nos œuvres de justice seront souillées par notre amour-propre et par notre volonté, ce qui fera que Dieu aura en abomination les plus grands sacrifices et les meilleures actions que nous puissions faire. À notre mort, nous nous trouverons les mains vides de vertus et de mérites ; nous n’aurons pas une étincelle du pur amour, qui n’est communiqué qu’aux âmes mortes à elles-mêmes, dont la vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu (VD, n° 81).

Ayons donc le courage, avec la grâce divine, de ne point reculer devant l’austère précepte du renoncement à soi : il est la condition première et indispensable de notre marche à la suite du divin Maître. Mais, comme la grâce divine ne nous est donnée que par Marie, les méditations qui vont suivre – tout en continuant de nous découvrir nos misères – nous montreront quel puissant secours est la Très Sainte Vierge, si nous savons mettre à profit son rôle providentiel de Médiatrice. Loin de nous appuyer sur nos seuls efforts personnels, nous aurons à cœur de recourir continuellement à son aide et intercession. Ainsi, nous entretiendrons et développerons en nous la vertu d’humilité ; et Marie nous sera très présente pour fortifier notre volonté dans la lutte contre nous-mêmes et contre les ennemis qui s’opposent à notre avancement spirituel.

(Père Dayet, Exercices préparatoires à la consécration de Saint Louis-Marie de Montfort)


Lorsque ce pernicieux esprit du monde gouverne une âme, toute conversion semble impossible, la foi étant rejetée de ses derniers refuges. S’il n’y avait dans cette âme que des œuvres de péché, la grâce divine pourrait en triompher encore, car le sang du Christ efface les fautes ; mais il n’y a pas de place pour le repentir, puisque le péché n’est plus l’offense de Dieu et que toute croyance au dogme de la vie future s’est évanouie. Le mondain subit alors cet esclavage de l’esprit qui est le plus effroyable, il vit sous la tyrannie de l’erreur et du mensonge et, dans cette servitude, il n’a plus de goût que pour les choses de la chair (Rom. VIII, 5). Ainsi, dit saint Augustin, « l’homme qui devrait être spirituel, même dans la chair, est devenu charnel même dans l’esprit (De Civitate Dei, lib. XIV, cap. XV) ». (Père Dayet)

Regardons en haut, bien au-dessus des hommes et de nous-mêmes ! Regardons l’adorable et aimable Jésus, la Sagesse éternelle et incarnée, qui nous a rachetés au prix de tout son sang. Rendons-lui grâces de ce qu’il s’est anéanti lui-même, en prenant la forme d’un esclave, pour nous tirer du cruel esclavage du démon. Demandons-lui, par sa sainte Mère, la contrition et le pardon de nos fautes, et offrons-nous généreusement à tous les renoncements qu’exige notre divine appartenance. (Père Dayet)

Voilà le travail de notre purification première. Et cette purification doit être radicale. La tendance la plus funeste pour l’âme serait de vouloir concilier entre elles les choses les plus inconciliables : accommoder Jésus-Christ avec le monde, et s’engager dans une voie de perfection tout en conservant quelque affection pour le siècle. Il n’y a pas d’accord possible. Le choix de l’âme doit être définitif, son élection doit être sans retour. (Père Dayet)

Nos œuvres surnaturelles et méritoires sont tellement le bien de Notre-seigneur, que « Jésus a donné sa malédiction au figuier infructueux (Matth., XXI, 19) et porté condamnation contre le serviteur inutile (Matth., XXV, 24-30) qui n’avait pas fait valoir son talent » (VD, n° 68). L’arbre était le bien du Maître, ainsi que l’esclave et le talent donné ; le Maître était donc en droit d’attendre des fruits de son arbre et des revenus du travail de son esclave. S’il ne les recueille ni ne les perçoit, il se trouve frustré en rigueur de justice, et c’est pourquoi il maudit et il condamne.
« Tout cela, ajoute saint Louis-Marie de Montfort, nous prouve que Jésus-Christ veut recevoir quelques fruits de nos chétives personnes, savoir nos bonnes œuvres, parce que ces bonnes œuvres lui appartiennent uniquement (notre coopération à la grâce étant elle-même le résultat d’une grâce) : creati in operibus bonis in christo Jesu, nous avons été créés pour faire des bonnes œuvres en Jésus-Christ ». Notre régénération est, en effet, une création nouvelle dans le Christ, dont le but est de nous faire produire les œuvres nouvelles que Dieu attend de nous et qui sont en nous le fruit de sa grâce. Ainsi « Jésus-Christ est l’unique principe et doit être l’unique fin de toutes nos bonnes œuvres » (VD, n° 68). Nous lui appartenons entièrement. (Père Dayet)



Reportez-vous à Sur la vaine curiosité, L'inimitié entre Satan et Marie, La terre se couvrit de ronces et d'épines, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur le péché, Je comparerai mes péchés aux péchés d'Adam, et Grand Catéchisme historique, Leçon II : Du péché.