IIe Point. Les saints, dans le Ciel, ne sont pas seulement exempts de tous les maux de la vie présente, ils jouissent encore de la plénitude de tous les biens. Là, tous leurs désirs sont satisfaits, et le vide de leur âme, ce vide immense que nous éprouvons tous et que rien ne peut remplir ici-bas, est pour jamais comblé. Il l'est par Dieu lui-même, qui seul pouvait le remplir. Et Dieu, en se donnant à ses élus, leur donne tous les biens avec lui. Il leur communique son propre bonheur, sa paix, sa gloire, son amour, et les fait vivre de sa propre vie. Nul ne peut donc exprimer la félicité, les joies toujours renaissantes dont sont enivrés les bien-aimés du Père céleste. Ce n'est pas seulement la joie du Seigneur qui est entrée dans ces âmes bienheureuses ; quelque grandes qu'elles soient, leur capacité ne l'eût pas été assez pour la contenir. Ce sont elles qui sont entrées dans cette joie du Seigneur, qui sont plongées, submergées, abîmées dans cet océan sans rivages et sans fond, dont nul ne peut sonder les insondables abîmes. C'est là qu'elles vivent et qu'elles vivront éternellement, sans que la satiété puisse jamais les atteindre, sans qu'elles puissent se lasser d'une félicité qui leur semblera toujours nouvelle. Pour elles plus de passé, plus d'avenir, plus rien que le moment toujours présent de leur immuable éternité. Le moment a commencé pour elles au jour où elles sont entrées en possession de leur bonheur, et il ne doit plus finir. Là, où elles sont arrivées, la course fugitive du temps a cessé, le jour qui a lui pour elles n'aura pas de soir, pas de nuit. Au ciel, les heures ne succèdent pas aux heures les mois aux mois, les années aux années, les siècles aux siècles, tout cela passe, fuit comme un songe ; là-haut, rien ne passe, rien ne change, tout est stable, permanent, immuable comme Dieu lui-même.
Pendant leur séjour sur la terre, l'âme des saints était comme la nôtre dévorée du triple besoin de connaître, d'aimer et de posséder. Mais rien ici-bas ne put satisfaire aux aspirations de ces grandes âmes. Elles avaient soif de vérité, soif d'amour, soif de Dieu et ne trouvant dans les créatures que mensonge, vanité et néant, elles languissaient ici-bas comme des exilés languissent loin de leur patrie, et soupirant sans cesse après la fin de leur exil, elles étaient étrangères au milieu du monde, y vivaient comme n'y vivant pas puisque toutes leurs pensées, toutes leurs espérances, toutes leurs affections étaient fixées dans le ciel. Aujourd'hui leurs vœux sont accomplis et le triple besoin de leur cœur est satisfait.
En effet, la soif qu'avaient les saints de connaître Dieu est étanchée. Ils s'abreuvent aux sources de la lumière et de la vérité. Les voiles obscurs de la foi sont tombés pour eux, toutes les ombres qui obscurcissaient leur intelligence se sont dissipées aux brillants rayons du soleil de justice. Ils voient Dieu tel qu'il est et cette vision intuitive de Dieu les plonge dans un immortel ravissement, dans des extases d'admiration et d'amour qui se renouvellent et s'augmentent à chaque nouvelle beauté qu'ils découvrent en celui qui est seul la vérité, la vie, la beauté infinie. Je ne veux pas dire que les saints comprennent l'essence de Dieu, aucune créature quelque pure, quelque élevée en gloire qu'elle soit ne la comprendra jamais ; mais Dieu se montre à ses élus, ils le voient tel qu'il est, ils le connaissent, et cette connaissance est proportionnée au degré de sainteté qu'ils ont acquis sur la terre et à l'amour qu'ils ont eu pour lui.
Les saints comprennent le mystère de l'adorable Trinité devant lequel ils ont autrefois abaissé les lumières de leur faible raison et qu'ils ont adoré sans le comprendre. Ils voient comment Dieu le Père est le principe du Verbe et engendre éternellement ce Fils qui lui est égal en toutes choses ; ils voient également comment l'Esprit saint, amour du Père et du Fils procède de l'un et de l'autre et leur est égal en puissance, en grandeur et en sainteté. Ils comprennent enfin comment ces trois adorables personnes parfaitement distinctes l'une de l'autre ne forment pourtant qu'un seul et même Dieu. Ils connaissent de même tous les autres mystères qui ont été ici-bas l'exercice de leur foi et l'objet de leur contemplation et de leur amour. La charité de Dieu dans les divers mystères de l'Incarnation et de la Rédemption leur est révélée dans toute son étendue, ils sondent les profondeurs de cet incompréhensible amour d'un Dieu pour de misérables créatures et cette vue excite en eux des transports d'admiration et de reconnaissance qu'il n'est pas possible à une langue mortelle d'exprimer.
Dans le ciel Dieu justifie sa providence aux yeux de ses élus. Ils voient en lui pourquoi ses amis sont éprouvés sur la terre, pourquoi les croix, les afflictions les plus pesantes leur sont en quelque sorte réservées. Pourquoi il semble les abandonner si souvent à la méchanceté et à l'oppression de leurs persécuteurs et se montre sourd à leurs gémissements et à leurs prières. Pourquoi le juste languit dans la souffrance, dans les humiliations, dans l'indigence, tandis que tout prospère à l'impie, qu'il nage au sein de l'opulence, qu'il regorge des biens du monde et s'enivre de la vaine fumée de la gloire humaine. L'infinie sagesse qui a réglé cette distribution si inégale de biens et de maux est dévoilée aux yeux des bienheureux ; ils l'admirent, ils la bénissent avec amour et comprennent pourquoi Dieu a voulu cette inégalité qui fait si souvent blasphémer l'impie et murmurer l'âme peu affermie dans la foi.
Enfin les saints voient tout en Dieu, ils connaissent en lui tous les secrets de sa grâce, toutes les avances de sa miséricorde, toutes les inventions de son amour. Ils connaissent également tous les secrets de la nature, toutes les merveilles de la création et le dernier des élus en sait plus sur toutes ces choses que le savant qui a consumé sa vie dans l'étude des astres et des secrets de la nature. Oui les sciences n'ont plus ni obscurités, ni mystère pour les saints ; ils les connaissent toutes sans rien ignorer, ils connaissent clairement et distinctement les lois qui régissent tous les corps qui composent ce vaste univers et d'un coup d'œil ils embrassent tout ce qui s'est passé dans le monde depuis sa création. Ils voient de même dans la lumière de Dieu les besoins spirituels et temporels de ceux qui les invoquent, leurs afflictions, leurs épreuves, leurs tentations, les grâces qu'ils reçoivent et celles qui leur sont nécessaires pour correspondre aux desseins de Dieu sur eux et atteindre la fin pour laquelle il les a créés. Cette vue enflamme leur charité et les porte à se faire auprès du Seigneur les intercesseurs de ceux qui réclament leur assistance et les prient avec ferveur et confiance.
Les saints jouissent encore dans le ciel de la vue de la sainte humanité de Jésus, de ce Jésus qui fut sur la terre l'appui de leur espérance et le plus tendre objet de leur amour. Ils le voient non plus souffrant et rassasié d'opprobre comme aux jours de sa douloureuse passion, mais impassible, glorieux et immortel. Ah ! si un seul rayon de cette gloire inhérente à la divinité que le Sauveur laissa sur le Thabor éclater sur sa sainte humanité suffit pour jeter les apôtres dans une extase d'admiration et de ravissement et arracha à saint Pierre ce cri qui peint si bien le bonheur qui remplissait son âme : Seigneur il fait bon ici ; souffrez que j'y dresse trois tentes, une pour vous, une pour Moïse et l'autre pour Élie ! quel ne doit donc pas être le ravissement, la joie, le bonheur de ces âmes bienheureuses qui voient non pas un reflet de la gloire de l'Homme-Dieu, mais qui le voient dans tout l'éclat de sa gloire, couronné de toutes les splendeurs de la divinité, élevé au-dessus de tous les chœurs des anges et assis à la droite de son Père sur un trône éclatant de lumière, recevant sans cesse les hommages et les adorations de toute la cour céleste, l'éclairant comme un radieux soleil de sa divine lumière, et laissant tomber sur cette multitude d'élus, qui tous lui doivent leur bonheur et leur gloire, un éternel regard de bienveillance et d'amour. Ah ! c'est là un bonheur que notre cœur comprend. Voir Jésus, l'aimer, en être aimé, le posséder, être sûr que rien ne pourra plus jamais nous séparer de lui, ne plus le voir offensé, mais au contraire aimé, loué, béni par des millions d'esprits célestes et d'âmes bienheureuses. Cette félicité toute seule est déjà le ciel.
La vue de Marie leur douce et tendre mère augmente encore le bonheur des élus. Ils la voient assise sur un trône de gloire, tout à côté de celui de son Fils, revêtue de la lumière de ce soleil de justice qu'elle a donné au monde, portant dans ses mains le sceptre de la clémence et dominant de sa douce majesté l'auguste assemblée des saints, jouissant du bonheur de toutes ces âmes qui après Jésus lui doivent leur salut, comme une tendre mère jouit du bonheur de ses enfants.
Dans le ciel, la soif d'amour qui dévorait le cœur des saints est pleinement étanchée. Ici bas, ils se plaignaient avec douleur de l'impuissance où ils étaient d'aimer comme ils auraient voulu le faire l'objet divin qui seul leur paraissait aimable et cette parole : Nul ne sait s'il est digne d'amour ou de haine, les remplissait de crainte et les faisait languir dans les angoisses d'une sainte tristesse. Mais aujourd'hui plus de craintes, plus d'inquiétudes, l'incertitude a cessé, ils savent maintenant qu'ils étaient dignes d'amour, et que le Dieu si bon qui les a couronnés les aime et les aimera éternellement. Pour eux aussi l'impuissance a cessé, Dieu a étendu leurs facultés aimantes, et il a centuplé leur puissance d'aimer, dilaté sans mesure la capacité de ces âmes bienheureuses et à peine le Seigneur s'est-il découvert à elles que le feu du divin amour les a pénétrées tout entières, il s'est attaché à toutes leurs puissances, il les a transformées, identifiées en celui qu'elles aimaient ; et comme Dieu est amour, on peut dire aussi qu'elles sont devenues tout amour.
Ah ! si le sentiment de l'amour de Dieu nous rend déjà si heureux sur la terre, si une seule goutte de cet amour suffit pour adoucir les plus poignantes douleurs, pour remplir d'une sainte énergie et d'un invincible courage les âmes les plus faibles et les plus timides, qu'est-ce donc que l'amour du ciel, que Dieu ne verse plus goutte à goutte, mais qu'il fait entrer par torrents dans l'âme de ses élus. Ils ne boivent pas seulement à cette source de délices, ils se baignent, ils se plongent dans les vagues brûlantes de cet océan de la charité d'un Dieu, ils s'enfoncent, ils se perdent dans ses divines profondeurs et plus ils s'y enfoncent, plus les horizons qui s'ouvrent devant eux s'agrandissent ; sans cesse ils découvrent de nouvelles beautés, de nouvelles amabilités dans celui qu'ils aiment : aussi plus ils l'aiment, plus ils veulent l'aimer et cet acte d'amour béatifique commencé à leur entrée dans le ciel se continuera pendant toute l'éternité toujours plus ardent, plus intense et les remplissent toujours de nouvelles délices, de nouveaux ravissements, parce que cette éternité avec son interminable durée ne suffira pas à leur révéler tout ce qu'il y a de grandeurs, de beautés et de perfections en Dieu.
(Méditations pour l'Octave de la Toussaint et pour tout le mois de Novembre)
Reportez-vous à BONHEUR DES SAINTS DANS LE CIEL : Dans le ciel, les saints possèdent Dieu, BONHEUR DES SAINTS DANS LE CIEL : Les saints bénissent Dieu des souffrances et des épreuves qu'ils ont eues à subir, Sentiments qui doivent nous animer et résolutions à prendre le jour de la Toussaint, Sur l'institution de la fête de la Toussaint, Culte des Saints, Grandeur des Saints, Les Attributs de Dieu qui font la Béatitude des Saints dans le Ciel, Sur la sainteté, Prière à la Très Sainte Trinité, Du Mystère de la très Sainte Trinité, Pensons souvent à notre destination, Méditation sur la Fête de tous les Saints : Vous devez être Saints, parce que moi-même je suis Saint, Instruction sur la Fête de tous les Saints, Le Jour de la Toussaint : Méditation sur le bonheur du ciel, 1re Méditation pour la Fête de Tous les Saints : Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux, 2e Méditation pour la Fête de Tous les Saints : J’entendis dans le ciel comme la voix d'une grande multitude, 3e Méditation pour la Fête de Tous les Saints : Application des sens, et Méditation pour le Jour de la Commémoration des morts.
mardi 1 novembre 2022
BONHEUR DES SAINTS DANS LE CIEL : Dans le Ciel, Dieu justifie sa providence aux yeux de ses élus, et étanche la soif d'amour qui dévorait le coeur des saints
jeudi 24 juin 2021
ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, DEUXIÈME PARTIE, Leçon VII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année
ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE
DEUXIÈME PARTIE
Contenant l'histoire et l'explication de la Religion
depuis la Naissance du Messie jusqu'à son Ascension
VIIe LEÇON
VIE PUBLIQUE DE NOTRE-SEIGNEUR
DEUXIÈME ANNÉE
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| Jésus remettant les clefs de son Église à Pierre |
Q. Que fit le Sauveur après la guérison du serviteur du Centenier ?
R. Après la guérison du serviteur du Centenier, le Sauveur opéra plusieurs autres miracles. Il guérit une femme atteinte d'une perte de sang, depuis bien des années, ressuscita une jeune fille âgée de douze ans, et donna au peuple un grand nombre d'instructions salutaires.
Q. Que fit-il encore ?
R. Pour jeter les fondements de la hiérarchie ecclésiastique, il s'associa un certain nombre de disciples qui devaient, dans la suite, travailler à la prédication de l'Évangile sous les Apôtres ; et, afin de les former à leurs emplois, il voulut les avoir pour coopérateurs et pour témoins de ses merveilles.
Q. Quelles merveilles opéra-t-il en leur présence ?
R. Il opéra en leur présence plusieurs merveilles entre autres, il ressuscita le fils de la veuve de Naïm, qu'on portait en terre. Notre-Seigneur le rencontra à la porte de la ville, et s'approchant du cercueil, dit au mort : Jeune homme, levez-vous, c'est moi qui vous l'ordonne. À l'instant le mort se leva et commença à parler ; Jésus le rendit à sa mère, et tout le peuple s'écria ; Le grand Prophète a paru parmi nous et Dieu a visité son peuple. Ces expressions désignaient la venue du Messie.
Q. À quoi ce miracle donna-t-il lieu ?
R. Ce miracle donna lieu au Sauveur de prouver sa divinité aux disciples de Jean-Baptiste, et de faire l'éloge de son Précurseur qui était alors en prison, où il fut mis à mort par ordre du coupable Hérode.
Q. Où se rendit ensuite le Sauveur ?
R. Le Sauveur se rendit ensuite à Capharnaum ; puis, dans le désert voisin de cette ville.
Q. Quel miracle y opéra-t-il ?
R. Le Sauveur y nourrit miraculeusement cinq mille hommes avec cinq petits pains et deux poissons : ce miracle, tout grand qu'il était, n'était que l'annonce d'un autre plus admirable encore.
Q. Quel est ce miracle ?
R. Ce miracle, c'est la multiplication du corps et du sang du Sauveur dans l'Eucharistie. De retour à Capharnaum, Notre-Seigneur annonça au peuple l'institution de l'auguste sacrement de l'autel, en disant : Je suis le pain vivant descendu du Ciel. Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breuvage. La chair que je vous donnerai à manger est la même qui sera immolée pour le salut du monde.
Q. Quelle promesse le Sauveur fit-il à saint Pierre ?
R. Après son discours sur l'Eucharistie, le Sauveur parcourut les différents cantons de la Galilée, et il promit à saint Pierre de l'établir chef de son Église, en lui disant : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle.
Q. Que lui annonça-t-il ensuite ?
R. Le Sauveur annonça ensuite à saint Pierre et à ses autres disciples sa passion et sa mort, et les prémunit contre le scandale de ses humiliations.
Q. Que fit-il pour cela ?
R. Pour cela il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, fils de Zébédée, les mêmes qui devaient être témoins de son agonie. Il monta avec eux sur une haute montagne, et se transfigura devant eux. Son visage devint rayonnant comme le soleil, et ses habits plus blancs que la neige ; Moïse et Élie parurent pour lui rendre témoignage. En même temps on entendit une voix du Ciel, qui disait ; C'est ici mon Fils bien-aimé, l'objet de toutes mes délices, écoutez-le. Ensuite le Sauveur descendit de la montagne.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je ne veux rien négliger pour me préparer à une sainte communion.
Deuxième Partie : Leçon I : État du monde à la venue du Messie, Leçon II : Naissance du Messie, Leçon III : Vie cachée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon IV : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon V : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VI : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VIII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année.
Première Partie : Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu, Leçon XV : Connaissance des Anges, Leçon XVI : Chute de l'homme, Leçon XVII : Accord de la justice et de la miséricorde divine dans la punition et dans la transmission du péché d'Adam, Leçon XVIII : Nécessité et perpétuité de la Foi au Mystère de la Rédemption, Histoire de Job, Leçon XIX : Connaissance de la Religion, Nature et définition de la Religion, Leçon XX : Connaissance de la Religion, Que la Religion est une Loi, Leçon XXI : Le Messie promis et figuré : Adam et Abel, Leçon XXII : Le Messie promis et figuré, Noé, Troisième Figure du Messie, Leçon XXIII : Deuxième promesse et quatrième figure du Messie, Melchisédech, Leçon XXIV : Isaac, cinquième Figure du Messie, Leçon XXV : Le Messie promis et figuré, Jacob, Sixième Figure du Messie, Leçon XXVI : Le Messie promis et figuré, Joseph, Septième Figure du Messie, Leçon XXVII : L'Agneau pascal, Huitième Figure du Messie, Leçon XXVIII : La Manne, Neuvième Figure du Messie, Leçon XXIX : Les sacrifices et le serpent d'airain, Dixième et onzième Figure du Messie, Leçon XXX : Moïse, Douzième Figure du Messie, Leçon XXXI : Josué, Treizième Figure du Messie, Leçon XXXII : Gédéon, quatorzième Figure du Messie, Leçon XXXIII : Samson, Quinzième Figure du Messie, Leçon XXXIV : Sixième Promesse du Messie, Leçon XXXV : David, Seizième Figure du Messie, Leçon XXXVI : Salomon, Dix-septième Figure du Messie, Leçon XXXVII : Jonas, Dix-huitième Figure du Messie, Leçon XXXVIII : Le Messie prédit, Prophéties de David, Leçon XXXIX : Le Messie prédit, Prophéties d'Isaïe, Leçon XL : Le Messie prédit, Prophéties d'Osée, de Michée, de Joël et de Jérémie, Leçon XLI : Le Messie prédit, Prophéties d'Ézéchiel, Leçon XLII : Le Messie prédit, Prophéties de Daniel, Leçon XLIII : Le Messie prédit, Prophéties d'Aggée, de Zacharie et de Malachie, Leçon XLIV : Résumé général et application des promesses, des figures et des prophéties, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon XLV : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Leçon XLVI : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Histoire de Judith, Leçon XLVII : Le Messie préparé, Histoire de Tobie, Leçon XLVIII : Le Messie préparé, Monarchie des Perses, Histoire d'Esther, Leçon XLIX : Le Messie préparé, Monarchie des Grecs et des Romains, Leçon L : Le Messie préparé, Histoire des Machabées, Leçon LI : Unité de la Religion et de l’Église.
samedi 25 juillet 2020
Méditation pour la Fête de Saint Jacques Le Majeur
MÉDITATION
POUR LA FÊTE DE SAINT JACQUES LE MAJEUR
(25 juillet)
Pourrez-vous boire le calice que je boirai ?
I. PRÉLUDE. — Me représenter saint Jacques près de son divin Maître, avec Pierre et Jean, soit sur le Thabor, où il fut témoin de sa gloire, soit dans le jardin des Olives, où il partagea sa tristesse.
II. PRÉLUDE. — Saint Apôtre, qui fûtes préparé à de grandes épreuves par des faveurs spéciales, obtenez-moi la grâce de profiter également des consolations et des souffrances, et de me faire des nues et des autres autant de moyens pour m'attacher étroitement à Jésus-Christ.
I. POINT. — L'exemple de saint Jacques m'apprend avec quelle sagesse Jésus prépare ses élus aux épreuves qu'ils doivent un jour soutenir.
Jésus avait choisi Pierre, Jacques et Jean, pour les rendre témoins de sa gloire sur le Thabor ; ce fut ces trois mêmes Disciples qu’il conduisit au jardin des Olives, pour leur révéler les angoisses mortelles dont son âme était oppressée. Sa profonde sagesse les avait préparés, par des preuves plus éclatantes de sa divinité, à soutenir la vue de ses abaissements et de ses faiblesses apparentes. C'est ainsi qu'il en a toujours usé à l'égard des âmes qui sont à lui : lorsqu’il veut les soumettre à de grandes épreuves, il affermit auparavant leur foi et leur amour par des grâces particulières, afin qu'elles ne succombent pas à la tentation, mais qu'elles en retirent au contraire de précieux avantages. Cette conduite du Seigneur m'apprend encore une autre vérité : c'est que les consolations dont il favorise quelquefois ses élus doivent être suivies de pénibles épreuves, et que dans ces heureux moments l'âme fidèle doit songer à se préparer au combat. Cœur de Jésus, faites que je comprenne d’une manière pratique ces grands principes de la vie spirituelle, et que, m’attachant à vous dans la joie comme dans la tristesse, je puisse défier toutes les créatures de me séparer de votre saint amour.
II. POINT. — L'exemple de saint Jacques m’apprend avec quel soin l'âme fidèle doit profiter de tout pour avancer dans l'amour de Jésus.
Les faveurs signalées que saint Jacques reçut sur le Thabor, et les leçons importantes qu'il dut recueillir au jardin des Olives, ne demeurèrent pas infructueuses en lui. Plein d'un tendre amour pour son divin Maître, fidèle imitateur des vertus qui lui sont les plus chères, il se dévoua avec zèle à la prédication de l’Évangile, et scelle sa foi de son sang. Quelles que soient les voies par lesquelles il plaise au Seigneur de me conduire, je dois me rappeler sans cesse que tout ce qui vient de sa main tend à me sanctifier et à me faire accomplir ses desseins. Plus je serai fidèle à profiter des grâces qu’il m’accorde et des épreuves qu'il me ménage, plus je lui procurerai de gloire, et plus je m’enrichirai moi-même de mes mérites, quel que soit d’ailleurs le succès de mes bonnes œuvres. Saint Jacques n'eut pas, comme les autres Apôtres, la consolation de voir ses prédications couronnées de fruits abondants ; il n’en obtint pas moins la récompense des ministres de l’Évangile. C’est ainsi que Dieu en use à l'égard de ses serviteurs : il ne juge pas de leurs œuvres sur les effets qu'elles produisent, mais sur les motifs intérieurs dont elles sont animées ; et plus leur amour est véhément, plus aussi la couronne qu'il leur prépare est riche et précieuse.
COLLOQUE avec saint Jacques. — Le féliciter de la prédilection particulière dont Jésus l'honora, et de son zèle pour la gloire de ce divin Maître. — Le supplier de m’obtenir de sa bonté la grâce de profiter de tout, pour m’attacher inviolablement à lui, et me dévouer à son service et à sa gloire.
RÉSOLUTIONS. — Recevoir de la main de Dieu avec d’égales actions de grâces les consolations et les épreuves.
BOUQUET SPIRITUEL. — Je bénirai le Seigneur en tout temps, et sa louange sera toujours dans ma bouche.
PRIÈRE. — Recevez, Seigneur, toute ma liberté sans restriction ; daignez accepter toute ma mémoire, tout mon entendement, toute ma volonté. Je n'ai rien, je ne possède rien qui ne soit un don de votre libéralité ; je vous remets le tout, j'abandonne le tout sans réserve à votre volonté, afin que vous en disposiez comme il vous plaira. L'unique chose que je vous supplie de m'accorder avec votre grâce, c'est un véritable amour pour vous. Si je l'ai, je suis assez riche, et je ne demande rien de plus.
vendredi 17 janvier 2020
Discours aux jeunes époux, de Sa Sainteté le Pape Pie XII, sur les mauvaises lectures, le 7 août 1940
Lorsque sous le radieux soleil du mois d'août, l'enfant quitte sa famille pour la colonie de vacances, son père jugerait superflu de lui dire : « Mon cher enfant, n'emporte point de serpent dans ta petite valise ; et si jamais tu en rencontres un dans tes promenades, garde-toi de le prendre dans tes mains pour l'examiner. »
Toutefois l'amour paternel Nous inspire à votre adresse un conseil semblable. Nous avons à l'audience de mercredi dernier exposé brièvement l'utilité des bonnes lectures. Aujourd'hui Nous voudrions vous rappeler le péril des mauvaises ; péril contre lequel l'Église n'a jamais cessé d'élever la voix, mais dont néanmoins nombre de chrétiens méconnaissent ou contestent la gravité.
Vous devez donc vous persuader qu'il y a de mauvais livres, des livres mauvais pour tous, comme il y a des poisons contre lesquels personne ne saurait se dire assuré. En tout homme la chair est sujette aux faiblesses et l'esprit prompt aux rébellions ; ainsi de pareilles lectures constituent un danger pour n'importe qui. Durant la prédication de saint Paul à Éphèse, racontent les Actes des Apôtres, nombre d'auditeurs qui s'étaient adonnés aux pratiques superstitieuses, apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tout le peuple ; en estimant la valeur de ces livres de magie ainsi réduits en cendres, on trouva cinquante mille pièces d'argent (Act. 19, 19).
Plus tard, durant le cours des siècles, les papes prirent soin de faire publier un catalogue, ou Index, des livres dont la lecture est interdite aux fidèles, et ils ajoutent en même temps que beaucoup d'autres livres, dont l'Index ne contient aucune mention expresse, tombent sous la même condamnation et prohibition, parce que nuisibles à la foi et aux mœurs. Qui donc s'étonnerait de voir les gardiens de la santé spirituelle des fidèles recourir à une pareille défense ? La société civile ne travaille-t-elle point, elle aussi, par de sages mesures législatives et prophylactiques, à empêcher dans l'économie domestique et industrielle l'action délétère des substances toxiques ? N'entoure-t-elle pas de mesures de précautions la vente et l'usage des poisons, et tout spécialement des plus nocifs ?
Si Nous vous rappelons ce grave devoir, c'est que Nous y sommes poussé par l'extension du mal, extension que favorisent actuellement l'incessant développement de la librairie et la liberté que beaucoup s'attribuent de lire n'importe quoi. Or, il ne saurait exister une liberté de lire tout, pas plus que n'existe la liberté de manger et de boire tout ce qui vous tombe sous la main, fût-ce de la cocaïne ou de l'acide prussique.
Chers époux, cette mise en garde s'adresse spécialement à vous, qui vous trouvez pour la plupart dans l'âge et l'état d'esprit où l'on se complaît aux récits romanesques, où la foule des désirs trouve une pâture en des bonheurs parfois imaginaires et où la douceur des rêves atténue la rudesse de la réalité. Certes, il ne vous est pas interdit de goûter le charme des récits de pure et saine tendresse humaine ; l'Écriture Sainte elle-même offre des scènes de ce genre, qui ont conservé à travers les siècles leur fraîcheur idyllique : telles la rencontre de Jacob et de Rachel (Gen. 29, 9-12), les fiançailles du jeune Tobie (Tob., 7), l'histoire de Ruth (Ruth, 3). Et il y a eu même des auteurs de grand talent qui ont écrit de bons et honnêtes romans ; qu'il suffise de citer notre Manzoni. Mais à côté de ces fleurs pures, quelle végétation de plantes vénéneuses dans le vaste domaine des œuvres d'imagination ! Or, trop souvent les hommes cueillent ces plantes vénéneuses, plus accessibles et plus voyantes ; trop souvent ils préfèrent aux fleurs pures le parfum pénétrant et enivrant de ces plantes vénéneuses.
« Je ne suis plus une enfant — dit cette jeune femme — et je connais la vie. Il me faut donc la connaître encore mieux, et j'en ai le droit. » Pauvre jeune femme ! Elle ne remarque point qu'elle tient le langage d'Ève en face du fruit défendu ! Croit-elle peut-être que, pour mieux connaître et aimer la vie, et pour en tirer profit, il soit nécessaire d'en scruter tous les abus et déformations ?
« Je ne suis plus un enfant — dira également ce jeune homme — et à mon âge les descriptions sensuelles et les scènes voluptueuses ne font plus rien. » En est-il bien sûr, tout d'abord ? Et puis, s'il en était ainsi, ce serait l'indice d'une inconsciente perversion, fruit de mauvaises lectures antérieures. Ainsi, racontent certains historiens, Mithridate, roi du Pont, cultivait des herbes vénéneuses ; il préparait et expérimentait sur lui-même des poisons auxquels il voulait s'habituer ; d'où le nom de mithridatisme.
Mais n'allez pas croire, jeunes hommes et jeunes femmes, que si vous vous laissez parfois entraîner à lire, en cachette peut-être, des livres suspects, n'allez pas croire que le poison de ces ouvrages ne produise plus d'effet sur vous ; craignez plutôt que pour n'être pas immédiat, cet effet n'en soit que plus malfaisant. Il existe dans les pays tropicaux de l'Afrique des insectes diptères connus sous le nom de mouches tsé-tsé ; leur piqûre ne cause point la mort aussitôt, mais une simple et passagère irritation locale. Cependant elle inocule dans le sang des trypanosomes délétères, et, lorsque les symptômes du mal apparaissent clairement, il est parfois trop tard pour y porter remède par les médicaments de la science. Pareillement les images impures et les pensées dangereuses que produit en vous un mauvais livre semblent parfois entrer dans votre esprit sans causer de blessure. Vous serez sujets alors à récidiver, et vous ne vous rendrez pas compte qu'ainsi, par la fenêtre de vos yeux, la mort pénètre dans la maison de votre âme (Jer. 9, 21) ; à moins d'une réaction immédiate et vigoureuse, votre âme, tel un organisme engourdi par la « maladie du sommeil » glissera, languissante, dans le péché mortel et dans l'inimitié de Dieu.
Sous certains aspects, le danger des mauvaises lectures est plus funeste que celui des mauvaises compagnies : à la façon d'un traître, le mauvais livre sait se rendre familier. Que de jeunes filles et de jeunes femmes, seules dans leur chambre avec le livre en vogue, se laissent dire crûment par lui des choses qu'elles ne permettraient à personne de murmurer en leur présence, ou se laissent décrire des scènes dont pour rien au monde elles ne voudraient être les actrices ou les victimes ! Hélas ! Elles se préparent à le devenir demain ! D'autres, chrétiens ou chrétiennes qui dès leur enfance ont marché dans la bonne voie, gémissent parfois de voir se multiplier soudain les tentations qui les oppriment et devant lesquelles ils se sentent toujours faibles. S'ils interrogeaient avec sincérité leur conscience, ils devraient peut-être reconnaître qu'ils ont lu un roman sensuel, parcouru une revue immorale, attaché le regard sur des illustrations indécentes. Les pauvres âmes ! Peuvent-elles, en toute loyauté et logique, se plaindre qu'un flot de fange menace de les submerger, quand elles ont ouvert les digues d'un océan de poison ?
Au surplus, chers jeunes époux, vous préparez maintenant votre avenir et implorez de Dieu entre autres la bénédiction de la fécondité sur votre union ; songez que l'âme de vos enfants sera le reflet de la vôtre. Vous êtes certes résolus à leur donner une éducation chrétienne et à ne leur inspirer que de bons principes. Excellente résolution. Mais suffira-t-elle toujours ? Hélas non ! Il arrive parfois que des parents ont donné à un fils ou à une fille une éducation soignée, les ont tenus à l'écart des plaisirs dangereux et des mauvaises compagnies, et qu'ils les voient, à l'âge de 18 ou 20 ans, victimes de chutes misérables ou même scandaleuses ; l'ivraie a étouffé le bon grain semé par les parents. Quel est l'inimicus homo, l'ennemi qui a fait pareil mal ? Le rusé tentateur s'est furtivement introduit au foyer domestique lui-même, dans ce petit paradis terrestre, et il a trouvé déjà cueilli, pour l'offrir à ces mains innocentes, le fruit corrupteur : un livre laissé par négligence sur le bureau du père a miné dans le fils la foi baptismale ; un roman oublié par la mère sur le sofa ou le fourneau a terni dans la fille la pureté de la première communion. Et le mal se découvre, avec épouvante, d'autant plus difficile à guérir que la tache faite à la candeur d'une âme vierge est plus tenace.
Mais à côté des écrits qui propagent l'impiété et l'inconduite, Nous ne pouvons omettre de mentionner ceux qui répandent le mensonge et provoquent la haine. Le mensonge, abominable aux yeux de Dieu et détesté de tout homme droit (Prov. 6, 17 et Prov. 13, 5), l'est encore davantage lorsqu'il propage la calomnie et sème la discorde parmi les frères (Prov. 6, 19). Comme les maniaques des lettres anonymes ruinent par leur plume trempée de fiel et de fange la félicité des familles et l'union des foyers, une certaine presse semble avoir pris à tâche de détruire, dans la grande famille des peuples, les relations fraternelles entre les fils du même Père céleste, œuvre de haine qui s'accomplit par le livre, et plus souvent encore, par le journal.
Que dans la hâte fiévreuse du travail quotidien il échappe une erreur à un écrivain, qu'il accepte une information peu sûre, qu'il émette une appréciation injuste, tout cela bien souvent peut paraître et peut être légèreté plutôt que faute. Qu'il pense pourtant que de pareilles légèretés et inadvertances peuvent suffire, surtout en des époques de tensions aiguës, à produire de graves répercussions. Plaise à Dieu que l'histoire n'enregistre aucune guerre provoquée par un mensonge habilement propagé !
Un publiciste conscient de sa mission et de sa responsabilité se sent le devoir, s'il a répandu l'erreur, de rétablir la vérité. Il s'adresse à des milliers de lecteurs sur qui ses écrits peuvent produire un effet, et il est tenu de ne point ruiner en eux et autour d'eux le patrimoine sacré de vérité libératrice et de pacifiante charité que dix-neuf siècles de christianisme, dix-neuf siècles de labeur, ont apporté au genre humain. On a dit que la langue a tué plus d'hommes que l'épée (Eccl. 28, 22). Pareillement la littérature mensongère peut devenir plus homicide que les chars blindés et les bombardiers.
L'Évangile de la Transfiguration du Seigneur que nous avons lu hier à la sainte messe, raconte comment, pour révéler sa gloire à ses trois apôtres préférés, le divin Maître commença par les conduire seuls, à l'écart, sur une haute montagne (Marc, 9, 1). Si vous voulez assurer à vos foyers la bénédiction de Dieu, la protection spéciale de son Cœur, les grâces de paix et d'union promises à qui l'honore, séparez-vous de la foule en repoussant les publications mauvaises et corruptrices. Cherchez le bien en ce domaine comme dans les autres, prenez l'habitude de vivre sous le regard de Dieu et dans la fidélité à sa loi : vous ferez alors de votre foyer un Thabor intime et inaccessible aux miasmes de la plaine et où vous pourrez dire avec saint Pierre : « Maître, il nous est bon d'être ici ! (Marc, 9, 4) ».
PIE XII, Pape.
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samedi 5 octobre 2019
De l'amour admirable du Père Surin pour les souffrances, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ
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| R.-P. Jean-Joseph Surin |
La voix du Père Éternel se fait entendre sur cette sainte montagne, qui le déclare son Fils bien-aimé ; et au lieu de s'entretenir des grandeurs infinies que cette qualité lui donne, s'il fait entendre sa voix, c'est pour parler des tourments de sa mort, la même voix du Père Éternel déclare, qu'il l'a glorifié, et qu'il le glorifiera encore, et en présence de tout le Peuple qui est venu au-devant de lui, sur le bruit de la résurrection du Lazare, Jésus commence un discours où il parle de sa mort. Nous lisons en Saint Luc, qu'une grande foule de peuple s'étant assemblée autour de lui, en sorte qu'ils marchaient les uns sur les autres ; ayant commencé un long discours, tout à coup il s'écrie en interrompant la suite ; il y a un Baptême duquel je dois être baptisé ! Ô qu'il me tarde qu'il ne s'accomplisse. C'est qu'en ne soupirant et ne respirant qu'après les souffrances, il ne pensait et ne s'entretenait d'autre chose ; et il en était si fortement occupé et avec l'excès d'un amour si ravissant, que ses transports étaient admirables ; c'est une chose étonnante, mais qui fait toujours bien voir la pente incompréhensible qu'il avait pour les Croix. Cet aimable Sauveur parlant à ses disciples, selon ses inclinations ordinaires, des tourments du Calvaire, et Saint Pierre par un amour de tendresse lui ayant dit, à Dieu ne plaise Seigneur, cela ne vous arrivera point ; il s'en fâcha de telle manière qu'il l'appela : scandaleux et Satan, parce qu'il n'entrait pas dans sa plus pressante inclination ; il traite de la sorte son cher disciple, parce qu'il résiste à sa passion, et il ne laisse pas de l'aimer lorsqu'il blasphème et qu'il le renie. Ô mon âme ! il n'est pas possible de passer outre sans nous laisser aller à un amour si touchant. Arrêtons-nous ici par un amour capable d'arrêter tous les cœurs, et de les enlever entièrement, ô mon Sauveur ! c'est de la sorte que vous aimez les Croix ; mais c'est pour moi, c'est pour le reste des hommes que vous aimez à souffrir en cette manière. Ô Chrétien ! pourras-tu après cela te persuader que tu es uni à Jésus ; sans être uni à ses plus fortes inclinations ; sans avoir de l'amour pour les souffrances. Je vois bien (mon adorable Maître) la nécessité de la loi que vous imposez à tous ceux de votre suite, qui est de porter sa croix. Le Père Surin dans son union intime avec ce divin Chef, ne pouvait pas qu'il n'eût de grands mouvements pour les peines. Nous avons écrit dans notre livre des saintes voies de la Croix, qu'il fallait souffrir avec joie, avec étonnement, avec actions de grâces. Écrivons-en présentement la pratique dans le fidèle serviteur d'un Dieu crucifié.
Mais remarquons auparavant que si les ardents désirs d'une chose, en marquent le grand amour, il faut dire qu'il a bien aimé les souffrances, puisqu'il les a souhaitées avec tant d'ardeur. Il ne faut pas conseiller de les demander à Dieu dans les voies ordinaires, à cause de la faiblesse de la créature ; il suffit de les laisser entièrement entre les mains de la divine providence, pour souffrir sans réserve toutes les Croix qu'il lui plaira d'envoyer ; car il est infiniment juste que Dieu soit le maître absolu de toutes ses conduites, et la créature doit toujours être prête de s'y soumettre sans aucune exception. Mais il y a des âmes généreuses qui par des instincts particuliers du Saint-Esprit, désirent et demandent à Dieu avec instance la grâce et l'honneur des souffrances. (Je parle de la sorte, car en vérité c'est un honneur incomparable) Le Père Surin avait raison de dire, qu'il ne pouvait faire de prières pour la délivrance des ses maux ; mais qu'il en pouvait bien faire, et qu'il en faisait effectivement pour en obtenir de la bonté miséricordieuse de Dieu. Il les appelait les biens de la vie, et les consolations que l'on y peut goûter. C'est pourquoi il priait notre Seigneur de l'élever à la haute fortune de ses favoris, c'est-à-dire à tout ce qu'il y a de plus affligeant à la nature.
Il nommait les Croix le festin délicieux où étaient introduits ceux qui sont de la plus grande faveur auprès de l'adorable crucifié. Il a écrit que dans cet heureux état de souffrances, les sentiments du divin amour l'absorbaient comme dans un Océan de biens ineffables. Ce qui lui semblait une félicité commencée. Il souffrait dans des joies qui tenaient quelque chose de celles du Paradis. Il écrit ailleurs : Encore que la langue et la plus ne puissent expliquer les délicieux plaisirs que les peines lui donnent ; la béatitude de cet état est un bien si ravissant, que si Dieu ne le bornait, l'âme s'y trouverait comme perdue et abîmée : c'est ce qui lui fait encore écrire, qu'il ne peut représenter combien est suave l'état de son âme quoiqu'il soit combattu par les hommes, par les infirmités de la vie, par la privation des appuis que l'on y peut avoir, et des consolations que l'on y peut goûter ; qu'il souffrait non seulement en patience non seulement avec joie, mais dans une surabondance de joie. Ce fut dans le temps de ses plus grandes peines, qu'il composa ses Cantiques Spirituels, et lorsque le Démon tourmentait plus cruellement, durant les intervalles où il avait quelque liberté ; il en chantait de conformes à ses inclinations pour les souffrances, et qui marquaient admirablement bien les désirs véhéments d'endurer pour son Dieu.
Mais il faut remarquer, que la joie qui coulait quelquefois à torrents sur sa partie inférieure, et par rapport à l'état de son divin Maître sur le Thabor, était ordinairement renfermée comme celle de cet aimable Rédempteur, dans la partie suprême de son âme, et que même il ne l'y apercevait pas, comme il sera aisé de le voir en la troisième partie de cet ouvrage, où nous traiterons de ses peines. Ce qui lui a fait écrire que l'intérieur de l'homme est si éloigné de l'extérieur qu'à peine peut-il venir des nouvelles de l'un à l'autre, ainsi la joie ou la divine parole nous exhorte ; même dans les souffrances, et qui selon l'Apôtre, doit être une joie continuelle, c'est-à-dire qui ne nous quitte jamais, en quelque état pénible que nous puissions être, n'est nullement une joie sensible, mais une joie qui réside dans la cime de l'âme, et qui compatit avec toutes les plus grandes peines de la partie inférieure, non seulement sensitive : mais encore raisonnable, comme il se voit manifestement en notre adorable Sauveur ; à l'imitation duquel notre âme dans sa partie supérieure doit toujours être contente, quelque peine qu'elle souffre en sa partie inférieure : au reste la divine parole nous enseignant en l'Épître de Saint Jacques qui se nomme Catholique, c'est-à-dire générale pour tous les Chrétiens ; et non seulement pour quelques personnes d'un certain Pays ou de certaines conditions, qu'il faut tenir pour un sujet de très-grande joie, les différentes afflictions qui nous arrivent. Le Chrétien n'a donc plus à douter sur ce sujet, et il doit savoir qu'un des principes de sa créance, est que beaucoup de peines sont la matière de beaucoup de joie. N'est-ce pas encore dans le même sens que parle notre Maître en Saint Luc, lorsqu'entretenant ses Disciples de tout ce qu'il y a de plus affligeant dans la vie, comme d'y être haï, chassé, injurié, et d'y être même en abomination, il leur dit : Réjouissez-vous en ce jour-là, et soyez transportés de joie. En vérité ce divin Maître nous recommandant d'avoir une si grande joie dans des maux si sensibles, il nous fait bien voir que c'est un incomparable bonheur. Ô Chrétien ! où est votre foi ? où est votre Religion ? vous qui croyez si peu les vérités, et qui les pratiquez encore moins.
La vive foi du Père Surin lui causait la joie dont il a été parlé et en même temps une paix divine, qui selon la Doctrine de Saint Paul, surpasse tout sentiment ; aussi dans la meilleure partie de sa vie, les sens n'y ont eu aucune part. Il a dit que la paix qu'il avait dans son fond, était merveilleuse ; et il le fallait bien, puisque dans tous les changements de ses états extérieurs et intérieurs, elle ne la jamais quitté ; puisqu'il y a toujours été content ; qu'il y a toujours été dans une entière indifférence, ne voulant que la volonté de Dieu, et demeurant dans un entier assujettissement à sa grâce. C'était une de ses grandes maximes ; qu'il fallait venir au point ou rien de tous les accidents de la vie ne nous pût donner de l'émotion, par notre établissement en Dieu : il assurait aussi, qu'il ne s'était pas inquiété (il faut l'entendre dans son fond) de tous les tourments que les Diables lui avaient fait souffrir ; que quelquefois, même au milieu des troubles et d'une extrême tristesse qu'ils lui causaient, il expérimentait une grande douceur ; qu'il n'a trouvé l'oraison gère plus facile, que dans le temps ou les Démons l'agitaient, et lui roulaient le corps sur la terre : et que pendant même qu'il a souffert le plus par les impressions malignes d'infidélité, de désespoir, et de réprobation, qu'ils lui faisaient porter, il a toujours conservé cette paix qui surpasse tout sentiment.
C'est ce qui faisait qu'il ne se plaignait jamais ni de tout ce qui lui arrivait à l'extérieur, ni de tout ce qu'il souffrait dans l'intérieur ; dans tous les traitements qu'on lui a faits, sois pour l'éprouver, soit parce qu'on l'en jugeait digne, soit qu'ils lui soient arrivés par la malice des Hommes ou des démons ; jamais il n'a eu la moindre aigreur contre personne ; jamais il n'a fait paraître aucun mécontentement quand il a été libre, car quelques fois les Démons lui faisaient dire et faire plusieurs choses extérieurement, où il n'avait aucune liberté ; mais au contraire son esprit et son cœur ont toujours été remplis d'une douceur, et d'une charité incroyable pour toutes sortes de personnes (quoiqu'il s'aperçût très bien de tout ce qu'on lui faisait) son intérieur demeurant libre encore qu'il ne le parut pas, il y en à plusieurs exemples dignes d'une grande admiration. Entre ce grand nombre nous en rapporterons un bien surprenant et qui fera voir évidemment son extrême douceur et sa profonde paix dans tout ce qu'il y a de plus capable de donner de l'aigreur et du trouble. Comme ses peines ont duré bien des années et à l'égard de l'esprit et à l'égard du corps, il s'est trouvé en plusieurs endroits différents, et quelquefois chez des personnes de piété et de confiance ; ainsi, quoi que pour l'ordinaire il demeurât toujours dans les maisons de son Ordre (comme il était bien raisonnable) cependant on lui permettait en quelques occasions à cause des infirmités de son corps qui étaient extrêmes de prendre l'air dans quelque maison de personnes amies et pieuses. Or il arriva qu'étant dans un de ces lieux, ses infirmités ne lui permettant en aucune façon ni de marcher ni de se remuer, on fût obligé de lui donner une personne pour le servir dans ses besoins : et cette personne poussée par l'esprit du Démon, comme il a bien de l'apparence, entra dans une telle aigreur contre le Père, quoiqu'il ne lui en donnât pas le moindre sujet, que non seulement elle le maltraitait de paroles, mais encore d'effet, avec une cruauté qui donne de l'horreur, car c'était for ordinaire de la battre à coup de poing, et de le souffleter impitoyablement, y ajoutant souvent des coups de bâtons qu'elle lui déchargeait avec furie sur la tête et sur le visage ; on ne peut nier que ce procédé ne soit tout-à-fait extraordinaire, car a-t-on jamais ouïe dire qu'un pauvre malade dans une chambre sans pouvoir se remuer, au lieu d'être servi et assisté dans ses besoins, par une personne destinée à son service, en soit traitée cruellement ? Ce serait encore une assez grande inhumanité que d'abandonner un pauvre infirme sans aucun secours, particulièrement quand il est incapable de s'en procurer par soi-même ; mais de le battre, et d'une manière cruelle, je ne sais pas où l'on pourra trouver une chose semblable.
Voilà l'état où était réduit ce bon Père ; et qu'avec tout cela portait alors des peines intérieures épouvantables, comme nous le dirons avec le secours divin voilà une croix incomparable, il est vrai que le Saint Homme Job miroir de patience, était moqué de sa femme et des ses amis au milieu de toutes ses peines ; mais nous ne lisons pas qu'il en fût battu. Nous lisons bien du Job de nos derniers siècles, le Bienheureux Jean de la Croix (car c'est ainsi qu'i a été appelé avec grande justice) que la Divine Providence en disposant de la sorte, permit que ceux qui l'assistaient dans sa dernière maladie, le traitèrent d'une manière très rude et très affligeante, mais non pas qu'ils l'aient jamais frappé, ni à coups de main ni à coups de bâton. Ô fidèle serviteur de Dieu ! vous pouviez bien dire pour lors avec le Prophète : Les méchants m'ont imprimé des coups sur le dos, ils y ont tiré de longs sillons ; je payais ce que je ne devais pas, mais c'est pour l'amour de vous que j'ai souffert cet opprobre et que j'ai le visage couvert de contusion. Ajoutez-y : des meurtrissures sanglantes. Les Maîtres s'apercevaient bien de ces meurtrissures. Mais Dieu qui en voulait faire un spectacle d'admiration à ses Anges qui en étaient les seuls témoins, permettait qu'on crût que par quelque accident, soit de chute ou autrement, le Père se les eût faites lui-même ; après tout, il n'avait qu'à dire une seule parole, qui eut découvert la vérité des choses, pour être aussitôt délivré d'un martyre si sensible, et qui a duré si longtemps ; mais cet homme de douleurs à l'imitation de son bon Maître, se taisait, et comme un innocent Agneau qu'on mène à la boucherie, il n'ouvrit pas la bouche pour crier ou se plaindre des mauvais traitements de ce cruel serviteur, qui très assurément aurait souffert, si le Père en eût fait connaître la moindre chose. Jamais il n'en dit rien ; jamais il ne lui en fit plus mauvais visage. Ô patience achevée et tout-à-fait admirable ! ah ! qu'il faut bien dire que son amour pour les souffrances était inépuisable ! Mais quelle douceur. Quelle charité. Cependant Dieu qui souffre qu'on maltraite ses saints pour un temps, en sait bien faire la justice lui-même ; car ce serviteur qui avait fait souffrir tant de douleurs à la tête du Père, par les coups qu'il lui donnait, mourut d'un furieux mal de tête, sans aucune fièvre, ni aucun indice d'autre maladie.
C'est ainsi que le Père Surin possédait son âme en patience, dans l'ardent amour qu'il avait pour les souffrances, et qui lui venait de la haute estime qu'il en faisait. Voici ses sentiments sur ce sujet : Il se plait dans une lettre, de ce qu'il ne trouve point de terme qui puisse expliquer l'estime qu'il a pour les croix, et les hautes idées qu'il a conçues des trésors qui sont renfermés dans les peines : Il proteste que tout ce qu'il en dit est bien au-dessous de ce qu'il en connaît, et qu'après en avoir dit tout ce qu'il en peut dire, il n'est pas encore satisfait. Il assure que les actions des saints le consolent beaucoup ; mais surtout, celles de saint François d'Assise et de sainte Thérèse (qu'il lisait en particulier) parce qu'elles expriment bien mieux que toutes ses paroles, l'estime et l'amour qu'ils ont eus pour les souffrances, et les goûts délicieux qu'ils y trouvaient ; que ces goûts ne sont pas des consolations sensibles, des élévations extraordinaires, ou des grâces gratuites ; mais des grâces qui portent à Dieu et qui séparent de la créature. Toutes mes peines, disait-il, sont un effet des plus grandes grâces et des plus grandes obligations que j'ai à la bonté de Dieu ; ce qui m'éloigne bien des sentiments de ceux qui me portent compassion ; il assurait que l'assortiment parfait de toutes les grâces est quand notre Seigneur permet pour ornement, que l'ont ait part à ses croix ; et que l'âme parmi toutes les richesses de la grâce, soit assez heureuse, d'avoir la croix d'une fausse réputation, qui la rende méprisable devant les hommes ; mais que si elle arrive au point d'être suspecte, et d'être tenue pour méchante et abominable, on peut bien dire alors, que sa bonne fortune est jusqu'à son comble.
Quel sujet de bénédiction pour moi, s'écrit-il, de me voir je jouet des Hommes et des Diables. Je vois combien les voies de Dieu sont différentes des nôtres ; le commun des hommes qui me voient, regardent mon emploi de Loudun comme un malheur ; pour avoir été le sujet du mal qui m'a tant tourmenté, et moi tout au contraire ; je vois et j'expérimente manifestement que tout le mal qui en est venu est extérieur, mais que le bien qui m'en est arrivé et qui ne se voit pas, est plus grand que l'on ne peut penser. Je ne voudrais pas changer ma fortune avec une autre, ayant une forme persuasions qu'il n'y a rien de meilleur, que d'être réduit à de grandes extrémités, et qu'à proportion des humiliations, des rebuts, des délaissements et autres souffrances, les bénédictions et les trésors de grâces donnent abondamment. C'est pourquoi quand on lui parlait des Personnes qui avaient de grandes croix, il disait : C'est ce qui me fait espérer qu'il leur arrivera des grands biens de grâces. Un de ses souhaits était que ceux qui ont à souffrir, connussent le trésor des croix ; qu'ils sussent que c'est avoir Jésus dans le sein ; que se propres douleurs qui ont été si précieuses à la divine Majesté leur sont appliquées, et comme imprimées. Il remarquait que pour bien avoir ces vues il ne fallait pas regarder les causes secondes qui nous font souffrir, mais Jésus seul, et il soupirait de ce que la doctrine de la croix (qui est la première leçon que notre divin Maître nous fait) est la dernière que nous apprenons. Le grand Apôtre l'entendait parfaitement dit un ancien, puisqu'il fait de ses croix le premier caractère de son Apostolat, et qu'il le met auparavant les signes et les miracles. Les preuves de mon Apostolat, écrit cet homme Apostolique aux Corinthiens, ont paru par une continuelle patience. Le Père Surin avait grande raison d'appeler les souffrances sa bonne fortune ; puisque le même Apôtre y met toute sa gloire ; parlant de ceux qui travaillent dans des pareilles fonctions que les siennes ; il dit, sont-ils ministres de Jésus-Christ ; je le suis aussi, et pour parler comme un insensé, je le suis plus qu'eux ; j'ai supporté plus de travaux ; j'ai été plus souvent en prison, j'ai reçu beaucoup plus de blessures.
Enfin l'amour du Père Surin pour les souffrances, l'en rendaient insatiable, à l'exemple de notre Seigneur Jésus-Christ qui après avoir souffert ce qui surpasse toute pensée, en désirait davantage (c'est en ce sens que Saint Bernard explique la soif de notre Sauveur sur la croix) et comme saint François Xavier qui criait dans les consolations, Seigneur c'est assez, et dans les peines, Seigneur encore plus. Le Père disait aux Démons, que les peines qu'ils lui faisaient ne servaient qu'à lui en augmenter le désir. Tous les tourments que tu me fais disait-il à Isacaron, tous ceux qui me menacent, ne font que me donner de nouvelles envies d'endurer et de souffrir, je m'offre à Dieu tout de nouveau ; pour souffrir en toute manière. Au milieu des torrents de peines qui l'inondaient, il demeurait toujours plus animé à porter de nouvelles croix, cet amour pour les peines croissait à mesure qu'elles s'augmentaient, il protestait que ses désirs pour les tourments n'avaient aucune borne ; et il disait que notre Seigneur ne l'avait pas assez consolé sur ce sujet, c'est-à-dire qu'il ne lui avait pas assez fait souffrir de croix ; qu'elles faisaient en lui comme une heureuse antipéristase, qui servait à lui accroître l'ardeur de son amour, par une plus grande abondance de grâce ; qu'il n'y avait que du triomphe à être décrié et maltraité ; que les enfants de Dieu, quoiqu'il les aime beaucoup, ne sentaient jamais le vieux battu (ce sont ces termes) mais qu'ils doivent bien prendre garde que la tiédeur ne s'y glisse, parce qu'elle leur serait une source de grands maux. De vrai quand nous lisons dans l'Apocalypse les menaces que Dieu fait à l'Ange ou l'Évêque d'Éphèse à cause qu'il s'était relâché de sa première ferveur, il faut être bien assuré pour ne pas trembler, si l'on considère que cet Évêque était Saint Timothée, à qui l'Apôtre donne tant d'éloges, et qui effectivement était un grand Saint et un véritable homme Apostolique, on ne peut croire autre chose de cet homme de Dieu, car l'Apôtre le nomme ainsi, sinon que par inadvertance il s'était laissé aller à quelque tiédeur légère, et cependant Dieu le menace fortement de le châtier, s'il ne fait pénitence, et ne rentre dans sa première ferveur, quoiqu'il eut beaucoup souffert pour son nom.
Reportez-vous à Éclaircissement touchant la possession des Religieuses Ursulines, et de quelques autres personnes de la Ville de Loudun, Prière dans l'affliction ou Credo de la douleur, De l'amour du Père Surin pour la pauvreté, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'amour étonnant du Père Surin pour l'abjection, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Du grand Amour du Père Surin pour les Saints Anges, dans l'union avec notre Seigneur Jésus-Christ, De l'Amour du Père Surin pour tout ce que Notre-Seigneur a aimé, et premièrement de sa grande dévotion à la très-sainte Vierge, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), De la vie intérieure, et de la familiarité avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Science expérimentale des choses de l'autre vie, acquise par le Père Jean-Joseph Surin.
lundi 25 mars 2019
Saint Joseph choisi de Dieu pour être le chef de la Sainte-Famille
Saint Joseph s'employait avec joie à tout ce qui concernait l'éducation de Jésus. (S. Irénée, IV, Contre les hérésies.)
Il est, dans les fastes sacrés de l'Église, des saints dont les prérogatives sont si sublimes, le mérite si éminent qu'il n'est pas donné à la parole humaine de pouvoir en expliquer l'excellence et la vertu ; la louange languit auprès des grands noms et le silence de l'admiration est la seule ressource de notre faiblesse.
Mais pour suppléer à notre insuffisance, le Ciel, jaloux de proclamer la gloire de ces illustres Serviteurs de Dieu, se charge lui-même de relever leur grandeur et de faire leur panégyrique ; Ainsi notre divin Maître a exalté dans des termes magnifiques la sainteté de son saint Précurseur. Ainsi l'Esprit saint a caractérisé en deux mots les prérogatives incommunicables du glorieux saint Joseph , en l'appelant chaste Époux de Marie et Père de Jésus.
Jésus et Marie sont les deux chefs-d'œuvre de la toute-puissance divine, et Joseph est choisi de Dieu pour être le protecteur et le guide de la Reine du Ciel, le tuteur et le père nourricier du Verbe Incarné, le gardien du Conservateur des mondes. Quand je médite ces choses, quand je pense au bonheur de saint Joseph, je n'ai point de parole pour exprimer l'étonnement que me cause la vocation de ce saint Patriarche à qui Dieu lui-même daigne confier les plus précieux trésors du Ciel et de la terre.
Ne nous plaignons donc plus du silence des Évangélistes sur saint Joseph : ne suffit-il pas qu'ils nous apprennent ce qu'il est à Jésus et à Marie pour nous donner une idée sublime de ses qualités et de sa gloire ?
Dieu ayant choisi une nation pour en faire particulièrement son peuple, il a voulu parmi ce peuple avoir une famille où s'accomplit le grand ouvrage que sa sagesse avait résolu dans l'éternité, que la puissance de son bras devait exécuter dans la plénitude des temps et où sa miséricorde et sa justice devaient également paraître. Mais qui la composera cette famille privilégiée du Très-Haut ? Ce sera d'un côté une créature devenue la Mère de son Créateur, une Vierge féconde sans perdre sa pureté angélique, une fille de la tribu de Juda, l'Épouse auguste de l'Esprit adorable ; et de l'autre, un Dieu fait chair, et une chair élevée jusqu'à la Divinité ; l'Éternel devenu un petit Enfant, et un Enfant Tout-Puissant, malgré la faiblesse de l'enfance. Et c'est Joseph qui est choisi de Dieu pour être le Chef de cette Sainte Famille où éclatent tant de prodiges. C'est à lui que s'adressent les ambassadeurs du Ciel ; c'est à lui que les Anges portent les ordres de Dieu ; c'est à lui que le Seigneur se communique dans le sommeil pour l'avertir de sauver son Fils de la cruauté d'Hérode ; c'est à lui qu'on déclare le nom qu'on doit donner à ce divin Enfant (1).
(1) L'Ange du Seigneur fut envoyé à Joseph et lui dit : Joseph, fils de David, ne craignez pas de prendre avec vous Marie, votre épouse ; car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit.
Elle enfantera un fils et vous lui donnerez le nom de « Jésus ». Pourquoi « vous » ? Vous n'en êtes pas le père ; il n'a de père que Dieu, mais Dieu vous a transmis ses droits. Vous tiendrez lieu de père à Jésus-Christ ; vous serez son père en effet d'une certaine manière, puisque, formé par le Saint-Esprit dans celle qui était à vous, il est aussi à vous par ce titre. Prenez donc, avec l'autorité et les droits du père, un cœur paternel pour Jésus. Dieu, « qui fait en particulier tous les cœurs des hommes, » fait aujourd'hui en vous un cœur de père ; heureux, puisqu'en même temps il donne pour vous à Jésus un cœur de fils ! Vous êtes le vrai époux de sa sainte Mère ; vous partagez avec elle ce Fils bien-aimé, et les grâces qui sont attachées à son amour. Allez donc, à la bonne heure nommez cet Enfant ; donnez-lui le nom de Jésus pour vous et pour nous, afin qu'il soit notre Sauveur comme le vôtre. (Bossuet)
En un mot, Dieu le traite toujours comme le Chef de la famille. Marie, Reine du Ciel et de la terre, lui rend en toutes choses ses respects et sa soumission la plus entière, et reconnaît en lui l'autorité de Dieu. Si saint Joseph veut aller en Égypte ou à Jérusalem, ou bien se retirer en Galilée, Marie le suit, et non-seulement elle ne contredit pas, mais elle juge que ce que ce saint Époux ordonne est ce qu'il y a de plus parfait ; elle regarde sa volonté comme la règle de la sienne, elle reçoit sa parole comme un commandement du Ciel. Joseph est la loi extérieure et visible ; c'est un oracle vivant pour qui elle a le même respect et la même déférence que pour Dieu dont il tient la place. Celle que les Anges et les Séraphins révèrent, devant laquelle l'Archange Gabriel a fléchi le genou, aux pieds de laquelle l'Église militante et l'Église triomphante se prosternent, la Fille bien-aimée du Père Éternel, la très-digne Mère du Fils de Dieu, le sanctuaire inviolable du Saint-Esprit a honoré Joseph en toute humilité, elle s'est abaissée devant lui et lui a rendu les plus humbles services. Ce n'est pas assez : le Verbe incréé, la sagesse du Père, a lui-même respecté Joseph et lui a obéi comme le fils le plus soumis. C'est une humilité sans exemple, dit saint Bernard, qu'un Dieu obéisse à un homme ; mais de voir qu'un homme commande à Dieu, c'est une gloire sans pareille. Ce bienheureux Patriarche, pour remplir dignement un ministère si sublime, a réuni en sa personne toutes les faveurs et tous les privilèges accordés aux autres saints: il a eu les lumières des Prophètes pour reconnaître les secrets de l'incarnation du Fils de Dieu ; les soins amoureux des patriarches pour élever et nourrir un Homme-Dieu ; la pureté des Vierges pour vivre avec la plus sainte et la plus parfaite de toutes les créatures, devenue la Mère d'un Dieu ; la foi des Apôtres pourvoir, à travers les humiliations du plus pauvre de tous les hommes, les grandeurs cachées d'un Dieu anéanti ; le zèle des Confesseurs et le courage des Martyrs pour défendre et sauver, au péril de sa vie, celle du Fils de Dieu.
Heureux serviteur qui, par sa fidélité à répondre à ces grâces signalées, a mérité d'avoir Dieu lui-même pour panégyriste et d'être appelé juste par celui qui découvre des taches dans les Intelligences qui environnent son trône et à qui seul il appartient de juger la vertu et d'apprécier le vrai mérite : car c'est à cette justice héroïque qui fait le caractère particulier de ce grand Saint, que se rapportent tous les avantages qu'il a eus d'être le dépositaire des secrets du Père Éternel, le Père adoptif de son Fils, l'Époux et le Protecteur de la très-sainte Vierge, Avantages bien grands et singuliers, mais qui, séparés de la justice, lui eussent été fort inutiles ; il fallait qu'il fût juste à un souverain degré pour vivre avec Marie comme il y a vécu ; il fallait qu'il fût juste par excellence pour aimer Jésus comme il l'a aimé.
Quels progrès dans la sainteté et dans la justice ne dot pas faire ce bienheureux Patriarche pendant les trente ans qu'il lui fut donné de passer dans la plus grande intimité avec la Vérité incréée !
« Quel charme devaient avoir pour Joseph les paroles de Jésus ! s'écrie un pieux auteur. Ce n'est pas la Mère de la Sagesse qui parle, c'est la Sagesse elle-même, c'est le Verbe de Dieu. Une seule parole de Jésus suffit autrefois pour entraîner les Apôtres à sa suite : il captivait tellement les Juifs, qu'ils s'écriaient : « Jamais homme n'a parlé comme lui. » Toutes ses paroles étaient esprit et vie. L'Évangile en a recueilli quelques-unes comme des perles d'un prix inestimable ; mais combien sont restées inconnues ! Il a été donné au seul Joseph d'entendre avec Marie les paroles que le Verbe fait chair proféra pendant trente ans. Ô bienheureux Joseph ! quelles douces et salutaires impressions faisait sur votre âme la voix de Jésus ! avec quelle fidélité vous conserviez ses paroles dans votre cœur, et les méditiez dans le silence de l'oraison ! »
Oh ! qui pourra dire le bonheur dont jouissait Joseph dans une telle familiarité avec ce que la terre a jamais eu de plus aimable, avec Jésus, dont le Père dit au Thabor : « Voici mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances ; » avec Jésus dont la divine présence est pour les anges un objet d'envie. In quem desiderant Angeli prospicere.
Si le soleil malgré son grand éloignement de la terre y produit néanmoins les richesses et les merveilles que nous admirons, quelle intelligence créée pourra comprendre les grâces ineffables que dut communiquer à Marie et à Joseph le divin Soleil de justice qui répandit sur eux seuls pendant trente ans tous ses rayons bienfaisants ; durant tout ce temps, son zèle immense fut borné à sanctifier ces deux grandes âmes. Et si durant sa vie il s'appliqua ensuite avec tant de soins, d'ardeur et de constance à instruire les Apôtres, cœurs grossiers et terrestres, avec quelle consolation ne dut-il pas se prêter à l'instruction de Marie et de Joseph, cœurs tout célestes et si bien disposés à recevoir la divine rosée !
EXEMPLE
Le vénérable P. Louis Lallemant, connu par plusieurs ouvrages d'un grand mérite, désirant faire des progrès dans la vie intérieure, se mit sous la direction de saint Joseph, dont il s'appliquait à méditer continuellement les vertus et les exemples ; il faisait tous les jours quatre exercices de piété en son honneur. Le Seigneur, pour récompenser son zèle à honorer saint Joseph, lui avait accordé une grâce extraordinaire pour inspirer aux autres la plus tendre dévotion au chaste Époux de Marie, et telle était sa confiance en lui qu'il n'y avait point de faveur qu'il n'en sût obtenir. Aussi, quand il engageait les fidèles à honorer saint Joseph, il leur conseillait en même temps de lui demander quelque grâce particulière, en les assurant qu'infailliblement ils obtiendraient tout de sa bonté. En voici un exemple remarquable : pendant qu'il était recteur du collège de Bourges, il distingua deux jeunes régents des classes inférieures qui se faisaient remarquer par leur piété. Quelques jours avant la solennité de saint Joseph, les ayant appelés auprès de lui, il leur promit d'obtenir de ce grand Saint pour chacun d'eux la grâce qu'ils désiraient le plus, pourvu qu'ils exhortassent leurs élèves à la plus tendre dévotion envers lui, et à lui rendre quelques hommages particuliers le jour de sa fête. Les deux régents acceptèrent de grand cœur une proposition si avantageuse ; et leurs pieuses exhortations furent si efficaces que, le jour de saint Joseph, les deux classes entières firent la communion en son honneur. Le même jour les deux religieux se rendirent chez le P. Recteur, et chacun d'eux lui déclara en secret la grâce qu'il désirait obtenir par l'intercession de saint Joseph. Le premier, c'était le célèbre P. Nouet, demanda la grâce de savoir écrire et parler dignement de Notre-Seigneur ; tous ceux qui ont lu ses beaux ouvrages sur les excellences de Jésus-Christ, si remplis d'onction et d'amour, peuvent dire s'il a reçu la plénitude de la grâce qu'il avait demandée par l'entremise du Père nourricier du Verbe Incarné ; le second fut aussi exaucé, mais il ne crut pas devoir faire connaître la faveur qu'il avait obtenue. Ces exemples suffisent pour montrer que le P. Lallemant était un des plus chers favoris de saint Joseph, et qu'il disposait à son gré de tous ses trésors. Pour témoigner sa tendre dévotion à son saint Protecteur, il demanda dans sa dernière maladie que l'on mît son image avec lui dans le tombeau, comme s'il eût voulu étendre son amour envers lui après sa mort, ou que cette sainte image dût lui servir comme de passeport pour la bienheureuse éternité.
PRATIQUE
Regardez saint Joseph comme le chef et le gardien de votre famille.
Reportez-vous à Miracle de guérison obtenu par Saint Joseph, Prééminence de saint Joseph dans le Ciel, Saint Joseph élevé au-dessus de tous les saints, Pouvoir de Saint Joseph, Saint Joseph à Nazareth, Union admirable de Jésus, Marie et Joseph, Saint Joseph, patron et modèle des âmes intérieures, Tendresse de saint Joseph pour Jésus, Du Devoir des Pères de famille, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Neuvaine de prières à Saint Joseph, Neuvaine à Saint Joseph, pour se préparer à ses Fêtes, et obtenir quelque grâce spéciale pendant la vie et une bonne mort, Les Sept Dimanches de Saint Joseph, Excellence du saint nom de Joseph, Saint Joseph patron et modèle des religieux, Hymne en l'honneur de Saint Joseph, Prière pour obtenir la pureté, Litanies de la paternelle protection de Saint Joseph, Litanies des souffrances de Saint Joseph, Litanies de Saint Joseph, Prière efficace en l'honneur de Saint Joseph, Courtes prières à Saint Joseph, Chapelet de Saint Joseph, Acte de consécration au glorieux Saint Joseph, Prière de Saint Pie X au glorieux Saint Joseph modèle des travailleurs, Sermon pour la Fête de Saint Joseph, Marie est donnée en mariage à Saint Joseph, Litanies de l'amour de Marie, Supplique à Saint Joseph, Oraison pour présenter son cœur à saint Joseph et Méditations et Exemples pour le Mois de Saint Joseph.




