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jeudi 3 octobre 2019

Vehementer exultamus, Bulle de Sa Sainteté le Pape Pie-XI, sur la canonisation de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus


Fidèle représentation de l'expression du visage et de la pose de la tête
de sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus aussitôt après sa mort


Vehementer exultamus


Bulle de Sa Sainteté le Pape Pie XI


Sur la canonisation de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus


(17 mai 1925)




PIE ÉVÊQUE, SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU. Pour perpétuelle mémoire


C'est avec les sentiments d'une joie véhémente et de la plus vive allégresse qu'en ce jour, et au cours de cette année de miséricorde, Nous, qui avons mis au nombre des Vierges Bienheureuses la jeune Thérèse de l'Enfant-Jésus, moniale de l'ordre des carmélites déchaussées, et l'avons proposée aux Fils très aimés de l'Église, comme un très aimable modèle, Nous célébrons, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des Saints Apôtres Pierre et Paul et de Notre propre autorité, sa solennelle canonisation.

Cette Vierge véritablement sage et prudente parcourut la voie du Seigneur dans la simplicité et l'ingénuité de son âme, et, consommée en peu de temps, a fourni une longue carrière. Encore dans la fleur de sa jeunesse, elle s'envola au Ciel, appelée à recevoir la couronne que l'Époux céleste lui avait préparée pour l'éternité. Connue de peu de personnes pendant sa vie, aussitôt après sa mort précieuse, elle étonna l'Univers chrétien du bruit de sa renommée et des miracles innombrables obtenus de Dieu par son intercession. Comme elle l'avait prédit avant sa mort, elle semblait répandre sur la terre une pluie de roses. C'est à cause de ces merveilles que l'Église décida de lui accorder les honneurs réservés aux saints, sans attendre les délais ordinaires et fixés.

Elle naquit à Alençon, ville du diocèse de Séez, le deux janvier mil huit cent soixante-treize, de parents honorables : Louis-Stanislas Martin, et Marie-Zélie Guérin, remarquables par leur singulière et fervente piété. Le quatre du même mois, elle reçut le baptême avec les noms de Marie-Françoise-Thérèse.

Âgée de quatre ans et sept mois, à sa douleur immense, sa mère lui fut ravie et la joie s'éteignit dans son cœur. Son éducation fut alors confiée à ses deux sœurs aînées Marie et Pauline, auxquelles elle s'efforça d'être parfaitement soumise, et elle vécut sous la garde assidue et vigilante de son père très aimé. A leur école, Thérèse s'élança comme un géant dans la voie de la perfection. Dès ses plus jeunes années, elle faisait ses délices de parler souvent de Dieu, et vivait dans la pensée constante de n'attrister l'Enfant Jésus en quoi que ce soit.

Ayant conçu, par une prévenance du divin Esprit, le désir de mener une vie toute sainte, elle prit la ferme résolution de ne jamais refuser à Dieu rien de ce qu'il paraîtrait lui demander, et y demeura fidèle jusqu'à la mort.

Quand elle eut atteint sa neuvième année, on la confia pour son instruction aux religieuses du monastère de l'Ordre de Saint-Benoît, à Lisieux. Elle y passait la journée entière pour assister aux leçons, et le soir revenait à la maison. Si elle cédait en âge à ses compagnes du pensionnat, elle les dépassait toutes en progrès et en piété. Elle apprenait les mystères de la religion avec tant de zèle et de pénétration, que l'aumônier de la communauté l'appelait « la théologienne » ou le « petit Docteur ». Dès ce temps-là, elle apprit de mémoire et en entier le livre de l'Imitation de Jésus-Christ, et l'Écriture sainte lui devint si familière que, dans ses écrits, elle la cite souvent avec autorité.

Une mystérieuse et grave maladie la fit beaucoup souffrir. Elle en fut miraculeusement délivrée, ainsi qu'elle-même l'a raconté, par le secours de la Bienheureuse Vierge Marie qui lui apparut souriante, au cours d'une neuvaine où elle était invoquée sous son titre de Notre-Dame des Victoires. Alors, pleine d'une angélique ferveur, elle mit tous ses soins à se préparer au banquet sacré où le Christ se donne en nourriture.

Dès qu'elle eut goûté au Pain Eucharistique, elle éprouva une faim insatiable de cet aliment céleste. Aussi, comme inspirée, elle priait Jésus, en qui elle trouvait ses délices, de « changer pour elle en amertume toutes les consolations humaines ». Dès lors, toute brûlante d'amour pour le Christ et pour l'Église Catholique, elle n'eut bientôt de plus grand désir que d'entrer dans l'ordre des carmélites déchaussées, afin, par son immolation et ses continuels sacrifices, « d'aider les prêtres, les missionnaires, toute l'Église », et de gagner à Jésus-Christ des âmes sans nombre, comme, près de mourir, elle promit de continuer à le faire auprès de Dieu.

Au cours de sa quinzième année, elle éprouva de grandes difficultés, de la part de l'autorité ecclésiastique, pour embrasser la vie religieuse, à cause de sa grande jeunesse. Elle les surmonta cependant avec une force d'âme incroyable, et, malgré sa timidité naturelle, elle exposa son désir à Notre Prédécesseur Léon XIII, d'heureuse mémoire, lequel, cependant, remit la chose à la décision des supérieurs. Frustrée dans son espoir, Thérèse en conçut une grande douleur, mais elle acquiesça pleinement à la volonté divine.

Après cette dure épreuve de sa patience et de sa vocation, le neuf avril de l'année mil huit cent quatre-vingt-huit, elle entra enfin, avec l'approbation de son évêque et dans toute la joie de son âme, au monastère du carmel de Lisieux.

Là, Dieu opéra d'admirables ascensions dans le cœur de Thérèse, qui, imitant la vie cachée de la Vierge Marie à Nazareth, produisit, comme un jardin fertile, les fleurs de toutes les vertus, surtout d'un amour brûlant pour Dieu, et d'une éminente charité pour le prochain, car elle avait parfaitement compris ce précepte du Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Dans son désir de plaire le plus possible à Jésus-Christ, et ayant lu et médité cette invitation de la Sainte Écriture : « Si quelqu'un est tout petit qu'il vienne à moi », elle résolut de devenir petite selon l'esprit, et, en conséquence, avec la plus filiale et la plus entière confiance, elle se livra pour toujours à Dieu comme au Père le plus aimé. Cette voie de l'enfance spirituelle, selon la doctrine de l'Évangile, elle l'enseigna aux autres, spécialement aux novices, dont ses supérieures lui avaient confié la formation aux vertus religieuses ; et ensuite, par ses écrits pleins de zèle apostolique, elle enseigna, avec un saint enthousiasme, à un monde enflé d'orgueil, n'aimant que la vanité et recherchant le mensonge, la voie de la simplicité évangélique.

Son divin Époux Jésus l'enflamma encore du désir de la souffrance du corps et de l'âme. Considérant, de plus, avec une profonde douleur, combien l'amour de Dieu est méconnu et rejeté, — deux ans avant sa précieuse mort, — elle s'offrit spontanément en victime à son « amour miséricordieux ». Elle fut alors, selon qu'il est rapporté, blessée d'un trait de feu céleste. Enfin, consumée d'amour, ravie en extase, et répétant avec une ferveur extrême : « mon Dieu, je vous aime », elle s'envola joyeuse vers son Époux, le trente septembre de l'an mil huit cent quatre-vingt-dix-sept, à l'âge de vingt-quatre ans, méritant ainsi l'éloge si connu — déjà précité — du Livre de la Sagesse « consommée en peu de temps, elle a fourni une longue carrière ».

Inhumée au cimetière de Lisieux, avec les honneurs convenables, elle commença aussitôt à être célèbre dans l'univers entier et son sépulcre devint glorieux.

La promesse qu'elle avait formulée avant de mourir de « faire tomber sur la terre une pluie de roses » — c'est-à-dire de grâces, — à peine montée au Ciel, elle la réalisa à la lettre par d'innombrables miracles, et elle la réalise encore de nos jours. Cette insigne servante de Dieu qui, durant sa vie, s'était acquis la sympathie de tous ceux qui l'approchaient, a vu, depuis sa mort, ce sentiment prendre une force et une extension prodigieuses.

Émus d'un tel renom de sainteté, un grand nombre de cardinaux de la sainte Église romaine, des patriarches, archevêques et évêques, de France en particulier, beaucoup aussi de vicaires apostoliques, de supérieurs de congrégations, d'abbés de monastères et de supérieures de religieuses, adressèrent à notre prédécesseur, Pie X, de sainte mémoire, des Lettres postulatoires pour obtenir l'Introduction de la cause de la sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, les accompagnant de beaucoup d'instances et de témoignages.

Ce pontife les accueillit très favorablement, et, le neuf juin de l'an mil neuf cent quatorze, il signa, de sa propre main, la commission de l'introduction de la cause, confiée au très diligent postulateur général de l'ordre des carmes déchaussés, le R.P. Rodrigue de Saint-François de Paule.

Toutes les phases du procès ayant été parcourues selon les règles, et la question de l'héroïcité des vertus examinée, la congrégation générale se tint, le deux août mil neuf cent vingt et un, en présence du pape Benoît XV, notre prédécesseur, d'heureuse mémoire. Le très éminent et très révérend cardinal Antoine Vico, ponent de la cause, y proposa à la discussion le doute suivant : « Est-il certain que les vertus théologales de foi, d'espérance et de charité envers Dieu et le prochain, ainsi que les vertus cardinales de prudence, de justice, de force et de tempérance, et les vertus annexes, ont été pratiquées à un degré héroïque par la servante de Dieu Thérèse de l'Enfant-Jésus, dans le cas et pour l'effet dont il s'agit ? » Tous les cardinaux de la sainte Église romaine présents et les pères consulteurs, donnèrent chacun leur sentiment. Le même pontife, les ayant écoutés avec bienveillance, réserva cependant son suprême jugement, voulant d'abord implorer de Dieu une plus grande lumière dans une chose de tant d'importance.

La veille de la fête de l'assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, notre prédécesseur manifesta enfin sa décision et prononça solennellement : « Il est certain que les vertus théologales de foi, d'espérance et de charité, envers Dieu et le prochain, ainsi que les vertus cardinales de prudence, de justice, de force et de tempérance et les vertus annexes, ont été pratiquées par la vénérable servante de Dieu, Thérèse de l'Enfant-Jésus et à un degré héroïque. »

Il ordonna d'en publier le décret, de l'insérer parmi les actes de la sacrée congrégation des rites sous la date du quatorze août mil neuf cent vingt et un.

Cette Cause avait une marche si rapide et si heureuse, accompagnée de tant d'allégresse, que deux miracles furent aussitôt proposés à l'examen, choisis entre une multitude de divers prodiges que l'on disait avoir été obtenus dans tout l'Univers chrétien, par l'intercession puissante de la vénérable Thérèse. Le premier concerne la sœur Louise de Saint-Germain, de la congrégation des Filles de la Croix, souffrant d'une maladie organique, à savoir : d'une lésion anatomique et pathologique, c'est-à-dire d'un ulcère très grave de l'estomac, de forme hémorragique. Après avoir imploré l'intercession auprès de Dieu de la vénérable Thérèse de l'Enfant-Jésus, la malade recouvra une parfaite santé, comme trois éminents médecins le reconnurent unanimement, ayant chacun donné son sentiment, par écrit, à la demande de la Sacrée Congrégation des Rites. Le second miracle, assez semblable au premier, est la guérison du jeune séminariste, Charles Anne, malade de tuberculose pulmonaire hémoptysique en période cavitaire. Il invoqua avec confiance l'aide de la servante de Dieu et guérit parfaitement, comme cela résulte avec évidence des conclusions de trois médecins et de la série d'arguments sur lesquels se basait leur décision.

Aussi tous ceux qui étaient appelés à donner leur sentiment furent en mesure, après avoir mûrement pesé toutes choses, de formuler un jugement certain et indubitable sur la question soumise à l'examen. Après donc les deux congrégations anté-préparatoire et préparatoire, vint la congrégation générale, le trente janvier mil neuf cent vingt-trois, dans laquelle fut discuté, en Notre présence, le doute suivant : « Y a-t-il certitude de miracles, et de quels miracles, dans le cas et pour l'effet dont il s'agit ? » Les cardinaux de la sainte Église romaine présents, et les pères consulteurs exposèrent, chacun à leur tour, leur manière de voir. Après les avoir écoutés avec attention, Nous avons cru pouvoir suspendre notre décision, suivant l'usage, pour obtenir, en une chose si grave, un secours plus abondant du père des lumières.

Enfin, le dimanche de la quinquagésime, fête de l'apparition de l'Immaculée Vierge Marie, à Lourdes, et veille du premier anniversaire de notre couronnement, nous avons voulu, en ce jour doublement heureux, manifester notre décision ; et, en présence de l'éminentissime cardinal Antoine Vico, Évêque de Porto et de Sainte-Rufine, préfet de la sacrée congrégation des rites et ponent de la cause, ainsi que des autres dignitaires de cette congrégation, nous avons déclaré solennellement : « II y a certitude de miracle dans les deux cas proposés, à savoir : la guérison instantanée et parfaite de la Sœur Louise de Saint-Germain, de la Congrégation des Filles de la Croix, d'un très grave ulcère de l'estomac, de forme hémorragique, et la guérison instantanée et parfaite du séminariste Charles Anne, d'une tuberculose pulmonaire hémoptysique en période cavitaire. » Et nous avons donné ordre d'en publier le décret et de l'insérer dans les Actes de la Sacrée Congrégation, le onze février de l'an mil neuf cent vingt-trois.

Peu de temps après, c'est-à-dire le six mars de la même année, dans une réunion générale de la même congrégation, le même cardinal-Ponent de la cause proposa, en notre présence, la question suivante : « Étant donné la reconnaissance des vertus et des deux miracles, peut-on, en toute sûreté, procéder à la solennelle béatification de la vénérable servante de Dieu, sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus ? » Tous les assistants répondirent d'une même voix : « on le peut en toute sûreté. »

Pour prononcer cependant notre jugement définitif, nous avons choisi le jour heureux de la Fête du saint patriarche Joseph, illustre époux de la Bienheureuse Vierge Marie et patron de l'Église universelle, et nous avons solennellement déclaré : « On peut, en toute sûreté, procéder à la béatification de la vénérable servante de Dieu, sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus. »

Et nous avons ordonné d'en publier le décret et de l'insérer dans les actes de la sacrée congrégation des rites, à la date du dix-neuf mars mil neuf cent vingt-trois, et d'expédier des lettres apostoliques, en forme de Bref, pour la célébration des cérémonies de la béatification dans la basilique vaticane.

Ces solennités de la béatification furent célébrées dans la basilique patriarcale de Saint-Pierre, prince des apôtres, le vingt-neuf avril suivant, avec un grand concours de clergé et de peuple et dans l'effusion de la joie universelle.

Sur le récit de nouveaux prodiges de la bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus, nous avons ordonné à sa sacrée congrégation des rites, le vingt-cinq juillet de l'an mil neuf cent vingt-trois, de reprendre la cause de cette même bienheureuse. Deux miracles ayant été proposés à son examen, les procès instruits et les témoins entendus, la sacrée congrégation rendit ce décret : « On est assuré de la validité des procès accomplis, par l'autorité apostolique, dans les diocèses de Parme et de Malines, au sujet de miracles attribués à l'intercession de la bienheureuse Thérèse qui avait été sollicitée, dans le cas et pour l'effet dont il s'agit. » Ce décret a été ratifié et confirmé par Nous, le onze juin de l'an mil neuf cent vingt-quatre.

Les deux miracles proposés à la discussion étaient les suivants : le premier est la guérison de Gabrielle Trimusi, le second, la guérison de Maria Pellemans.

Gabrielle, entrée à vingt-trois ans dans la congrégation des « Pauvres Filles des Sacrés-Cœurs », dont la maison-mère est dans la ville de Parme, commença à souffrir du genou gauche en mil neuf cent treize. Employée aux travaux domestiques, elle avait coutume de briser sur son genou, à la force de son bras, le bois à brûler. La répétition de cet acte finit par produire, sans qu'elle s'en aperçût, une lésion à la jointure, qui dégénéra en affection tuberculeuse. Elle n'éprouva d'abord qu'une sensation de douleur sourde, puis vinrent un tremblement du genou, la perte de l'appétit et l'amaigrissement de la malade.

Deux médecins appelés visitèrent la sœur et ordonnèrent des remèdes, mais sans aucun succès, si bien qu'au bout de trois ans, elle fut envoyée à Milan où l'on employa l'héliothérapie, les bains, les vésicatoires, les injections et autres choses semblables, sans aucun résultat; au contraire, au bout de quatre ans, l'épine dorsale était atteinte à son tour. La sœur Gabrielle revint à Parme où plusieurs médecins qui la visitèrent reconnurent une lésion de nature tuberculeuse, et ordonnèrent des remèdes généraux. Le médecin ordinaire de la communauté, constatant que l'état de l'épine dorsale allait aussi en empirant, conseilla de conduire la malade à l'hôpital. En attendant, il effectua l'examen radioscopique du genou malade et constata une périostite du sommet du tibia. Reçue à l'hôpital, elle fut de nouveau soumise à l'application des rayons X. Pendant ce séjour à l'hôpital de Milan, atteinte de la grippe, dite espagnole, elle éprouva dans la partie dorsale de la colonne vertébrale de nouvelles douleurs qui allèrent toujours en augmentant.

Comme tous les remèdes restaient inutiles, un ecclésiastique qui la visitait conseilla, le treize juin mil neuf cent vingt-trois, de faire une neuvaine en l'honneur de la Bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus, devant une petite image où était aussi imprimée une prière à la Bienheureuse.

La malade s'y unit, plus préoccupée de la santé des autres sœurs que de la sienne propre. Comme le dernier jour de cette neuvaine coïncidait avec la clôture d'un triduum solennel, célébré en l'honneur de la bienheureuse dans l'église des carmes, toute proche du couvent, quelques-unes des sœurs, et la malade elle-même, demandèrent la permission d'y aller. Au retour, après avoir parcouru cette courte distance d'un pas lent et très douloureux, la sœur Trimusi entra dans la chapelle de la communauté où les autres sœurs étaient réunies, comme de coutume. La supérieure exhorta la malade à prier avec confiance, et lui enjoignit de regagner sa place. Chose merveilleuse ! l'infirme, inconsciemment, se mit à genoux sans ressentir aucune douleur et, sans plus de difficulté que s'il avait été parfaitement sain, resta ainsi, reposant sur son genou malade, et ne s'apercevant pas de cette merveille, parce que son attention était absorbée par les douleurs dorsales qui, à ce moment, la tourmentaient plus cruellement. Elle alla au réfectoire avec les sœurs. Le repas fini, elle monte l'escalier avec lenteur, entre dans la première chambre qu'elle rencontre, enlève son appareil et crie à haute voix : « Je suis guérie ! Je suis guérie ! »

Aussitôt, elle reprit les emplois et les travaux de sa condition et les exercices de la vie religieuse, sans aucune souffrance, ni fatigue, rendant grâce à Dieu du miracle opéré par l'intercession de la bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Les médecins, désignés par la sacrée congrégation, discutèrent longuement cette guérison, et statuèrent que la lésion du genou était une arthrosynovite chronique, et celle de l'épine dorsale, une spondylite également chronique. Ces deux lésions organiques, rebelles à tous les remèdes, ont cédé à la toute-puissance de Dieu, et sœur Gabrielle a recouvré par miracle la santé, et y a persévéré.

L'histoire du second miracle, telle que l'a racontée Maria Pellemans qui en fut favorisée, est plus courte. Au mois d'octobre mil neuf cent neuf, elle était malade d'une tuberculose pulmonaire bien constatée ; puis se déclarèrent une entérite et une gastrite, également de nature tuberculeuse. Elle reçut les soins des médecins, d'abord chez elle, puis dans un sanatorium appelé « La Hulpe ». Revenue à sa maison, elle entreprit, au mois d'août mil neuf cent vingt, un pèlerinage au sanctuaire de Lourdes, dans l'espoir d'obtenir sa guérison, mais ce fut sans succès. Au mois de mars mil neuf cent vingt-trois, elle se joignit à un groupe de pèlerins qui visitaient le Carmel de Lisieux, et, sur le tombeau de la bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus, ayant invoqué avec confiance son intercession, elle recouvra aussitôt une parfaite santé.

Trois médecins, convoqués d'office par la Sacrée Congrégation des Rites pour donner leur avis sur ces deux miracles, exprimèrent tous, et par écrit, une réponse favorable.

Dans ces guérisons, la vérité du miracle apparut hors de doute, elle brilla même avec une splendeur inaccoutumée, à cause des particularités dont ces prodiges étaient entourés. C'est pourquoi ceux qui ont été appelés à donner leur suffrage ont pu le faire, en s'appuyant sur l'autorité qui résulte de l'accord unanime des hommes de l'art ; dans la congrégation générale, tenue, en notre présence, le dix-sept mars de l'année courante, et au cours de laquelle notre cher fils Antoine Vico, cardinal de la sainte Église romaine, ponent de la cause, proposa le doute suivant : « Y a-t-il certitude de miracle, et de quels miracles, dans le cas et pour l'effet dont il s'agit ? » Les révérendissimes pères cardinaux de la sainte Église romaine, les prélats et les pères consulteurs exprimèrent leur avis, chacun à son tour. Après les avoir entendus, dans la joie de notre âme, nous avons cependant sursis à faire connaître notre pensée, voulant implorer encore, par d'instantes prières, pour une décision si importante, un secours plus puissant et plus efficace du père des lumières.

Peu après, cependant, nous avons choisi et fixé le dix-neuvième jour de mars, auquel l'église se réjouit en la fête du saint patriarche Joseph, époux de la Bienheureuse Vierge Marie et patron de l'Église universelle, et, en présence du cardinal préfet de la sacrée congrégation des rites et des principaux dignitaires, nous avons prononcé solennellement : « Il y a certitude de miracle dans les deux cas proposés. »

Puis, le vingt-neuvième jour du même mois, après avoir recueilli les suffrages unanimes des cardinaux de la sainte Église romaine et des pères consulteurs, nous avons solennellement déclaré : « on peut en toute sûreté procéder à al canonisation solennelle de la bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus, vierge, moniale professe de l'ordre des carmélites déchaussées, du monastère de Lisieux. »

Après tous ces préliminaires et ces décrets, afin d'observer jusqu'au bout toutes les sages prescriptions de nos Prédécesseurs en vue de la célébration et de l'éclat d'une si auguste cérémonie, nous avons d'abord convoqué nos chers fils, les cardinaux de la sainte Église romaine, à un consistoire secret, le trente du mois de mars, pour leur demander leur avis. Dans ce consistoire, notre vénérable frère Antoine Vico, cardinal de la sainte Église romaine, évêque de Porto et de Sainte-Rufine, et préfet de la sacrée congrégation des rites, nous exposa éloquemment, à nous, et aux cardinaux de la sainte Église romaine, la vie et les miracles de la bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus et des autres nouveaux saints, et demanda avec beaucoup d'ardeur qu'elle fût élevée aux suprêmes honneurs. Ce discours achevé, nous avons recueilli les suffrages des cardinaux de la sainte église romaine sur cette question : « Faut-il en venir à la canonisation solennelle de cette bienheureuse ? » et chacun des Cardinaux exprima son avis.

Puis, le second jour d'avril, nous avons tenu un consistoire public dans lequel, après avoir entendu avec plaisir un très savant discours sur la bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus, de notre cher fils Jean Guasco, avocat de notre cour consistoriale, tous les cardinaux de la sainte église romaine, d'une voix unanime, nous ont exhorté à la décision suprême de cette cause.

Nous avons pris soin encore d'expédier des lettres de la sacrée congrégation consistoriale aux vénérables évêques, non seulement aux plus voisins, mais même aux plus éloignés, pour les aviser de cette solennité, afin, que, s'il leur était possible, ils vinssent près de nous, pour nous donner aussi leur sentiment. Il en vint de divers pays, et ils assistèrent, le vingt-deux du mois d'avril, à un consistoire semi-public, en notre présence, après avoir pris connaissance de la cause, par un résumé, qui fut remis à chacun, tant de la vie, des vertus et des miracles de la bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus, que de tous les actes faits en notre présence et dans la sacrée congrégation des rites. Et, non seulement nos chers fils, les cardinaux de la sainte Église romaine, mais aussi nos vénérables frères les patriarches, archevêques et évêques, d'un accord unanime, nous ont pressé de célébrer cette canonisation. De tous ces suffrages, nos chers fils, les protonotaires apostoliques, ont dressé les actes pour être conservés dans les archives de la sacrée congrégation des rites.

Nous avons donc décidé de célébrer la solennité de cette canonisation en ce jour, dix-septième du mois de mai, en la basilique vaticane, et, en attendant, nous avons vivement exhorté les fidèles du Christ à redoubler de ferventes prières, spécialement dans les églises où le très saint sacrement est exposé à l'adoration ; afin qu'eux-mêmes goûtent plus abondamment les fruits d'une si grande solennité, et que le Saint-Esprit daigne nous assister plus efficacement dans un si grave exercice de notre charge.

En ce jour donc, si heureux et si désiré, les ordres du clergé séculier et régulier, les prélats et les dignitaires de la curie romaine et tout ce que Rome compte de cardinaux, patriarches, archevêques, évêques et abbés, se rassemblèrent dans la Basilique Vaticane magnifiquement ornée. En leur présence, nous fîmes nous-même notre entrée.

Alors notre vénérable frère Antoine Vico, cardinal de la sainte Église romaine, évêque de Porto et de Sainte-Rufine, préfet de la sacrée congrégation des rites et préposé à la poursuite de cette cause de canonisation, après un discours de notre cher fils Virgile Jacoucci, avocat de notre cour consistoriale, nous présenta les vœux et les prières de l'épiscopat et de tout l'ordre des carmes déchaussés, pour que nous mettions au nombre des saints la bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus que nous avons déjà déclarée patronne des missions et des noviciats de l'ordre du carmel.

Le même cardinal et le même avocat renouvelèrent une seconde et une troisième fois leur demande avec une plus grande et suprême instance. Nous, alors, ayant imploré avec ferveur la lumière céleste, « pour l'honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour l'accroissement et la gloire de la foi catholique, par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, les saints apôtres Pierre et Paul et la nôtre, après mûre délibération et du suffrage de nos vénérables frères les cardinaux de la sainte église romaine, ainsi que les patriarches, archevêques et évêques, nous avons déclaré que ladite bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus, moniale professe de l'ordre des carmélites déchaussées, est sainte et doit être inscrite au catalogue des saints. »

Nous avons ordonné que sa mémoire de cette sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus soit célébrée chaque année, le trois octobre, et notée au martyrologe romain.

Enfin, nous avons rendu au Dieu très bon et très grand de ferventes actions de grâces pour un si grand bienfait, et nous avons célébré solennellement le saint sacrifice, et accordé très affectueusement une indulgence plénière à tous les assistants : et, pour perpétuelle mémoire, nous avons ordonné de rédiger et publier les présentes lettres qui seront signées de notre main et des cardinaux de la sainte Église romaine.

Fidèles du Christ, l'église vous présente aujourd'hui un nouveau et admirable modèle de vertus que tous vous devez contempler sans cesse, car le caractère propre de la sainteté à laquelle Dieu appela Thérèse de l'Enfant-Jésus, consiste surtout en ce qu'ayant entendu l'appel de Dieu, elle lui obéit avec la plus grande promptitude et la plus entière fidélité. Sans que sa manière de vivre sortît de l'ordinaire, elle suivit sa vocation et la consomma avec tant de ferveur, de générosité et de constance qu'elle atteignit à l'héroïcité des vertus.

C'est de notre temps, où les hommes recherchent avec tant de passion les biens temporels, que vécut cette jeune vierge, dans la pratique sereine et courageuse des vertus, en vue de la vie éternelle et pour procurer la gloire de Dieu. Puisse son exemple, confirmer dans l'exercice des vertus, non seulement ceux qui habitent les cloîtres, mais les fidèles qui vivent dans le monde, et les conduire à une vie plus parfaite !

Implorons tous, en nos nécessités présentes, la protection de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, afin que, sur nous aussi, par son intercession, descende une pluie de roses, c'est-à-dire les grâces dont nous avons besoin.

De science certaine, et dans toute la plénitude de notre autorité apostolique, nous affirmons et confirmons tout ce qui précède, et de nouveau nous le décrétons et ordonnons, et nous voulons que les copies de ces lettres, même imprimées, pourvu cependant qu'elles soient signées d'un notaire public et munies du sceau d'un personnage constitué en dignité ecclésiastique, aient la même valeur que si nos Lettres originales elles-mêmes étaient produites ou montrées.

Que personne donc n'ose attaquer ou contredire ces lettres de notre décision, décret, mandat ou volonté ; si quelqu'un avait la témérité de le tenter, qu'il sache qu'il encourrait l'indignation du Dieu Tout-Puissant et de ses saints apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome près Saint-Pierre, l'an du Seigneur mil neuf cent vingt-cinq, le dix-septième jour du mois de mai, de notre Pontificat l'an quatrième.

Pie XI, Pape.



Reportez-vous à Prière de LA TOUTE PETITE Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Litanies de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et Méditation pour la Fête de Notre-Dame des Victoires.














vendredi 13 septembre 2019

Unigenitus, Bulle de Sa Sainteté le Pape Clément XI, condamnant l'hérésie janséniste




UNIGENITUS


Bulle de Sa Sainteté le Pape Clément XI

Condamnant l'hérésie janséniste


(8 septembre 1713)




CLÉMENT ÉVÊQUE, SERVITEURS DES SERVITEURS DE DIEU, À TOUS LES FIDÈLES CHRÉTIENS, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.


Lorsque le Fils Unique de Dieu, qui s’est fait Fils de l’Homme pour notre Salut, et pour celui de tout le monde, enseignait à ses Disciples la doctrine de vérité, et lorsqu’il instruisait l’Église universelle dans la personne de ses Apôtres, il donna des préceptes pour former cette Église naissante ; et prévoyant ce qui devait l’agiter dans les Siècles futurs, il sut pourvoir à ses besoins par un excellent et salutaire avertissement ; c’est de nous tenir en garde contre les faux Prophètes, qui viennent à nous revêtus de la peau des brebis ; et il désigne principalement sous ce nom, ces maîtres de mensonges, ces séducteurs pleins d’artifices, qui ne font éclater dans leur discours les apparences de la plus solide piété, que pour insinuer imperceptiblement leurs dogmes dangereux, et que pour introduire sous les dehors de la sainteté, des sectes qui conduisent les hommes à leur perte ; séduisant avec d’autant plus de facilité ceux qui ne se défient pas de leurs pernicieuses entreprises, que comme des Loups, qui dépouillent leur peau pour se couvrir de la peau des brebis, ils s’enveloppent, pour ainsi parler, des maximes de la loi divine, des préceptes des Saintes Écritures, dont ils interprètent malicieusement les expressions, et de celles même du Nouveau Testament, qu’ils ont l’adresse de corrompre en diverses manières pour perdre les autres, et pour se perdre eux-mêmes : Vrais fils de l’ancien père de mensonge, ils ont appris par son exemple et par ses enseignements, qu’il n’est point de voie plus sure ni plus prompte pour tromper les âmes, et pour leur insinuer le venin des erreurs les plus criminelles, que de couvrir ses erreurs de l’autorité de la Parole de Dieu. Pénétrés de ces divines instructions, aussitôt que nous eûmes appris dans la profonde amertume de notre cœur, qu’un certain Livre imprimé autrefois en langue française, et divisé en plusieurs tomes, sous ce titre, le Nouveau Testament en français, avec des Réflexions morales, etc... Que ce Livre, quoique l’eussions déjà condamné parce qu’en effet les Vérités Catholiques y sont confondues avec plusieurs dogmes faux et dangereux, passait encore dans l’opinion de beaucoup de personnes pour un Livre exempt de toute sorte d’erreurs : qu’on le mettait partout entre les mains des fidèles et qu’il se rependait de tous cotés par les soins affectés de certains esprits remuants, qui font de continuelles tentatives en faveur des nouveautés : qu’on l’avait même traduit en Latin afin que la contagion de ses maximes pernicieuses passa, s’il était possible, de nation en nation, et de Royaume en Royaume : Nous fûmes saisis d’une très vive douleur de voir le troupeau du Seigneur, qui est commis à nos soins, entrainé dans la voie de perdition par des insinuations si séduisantes et si trompeuses : ainsi donc également excités par nos sollicitudes Pastorales, par les plaintes réitérées des personnes, qui ont un vrai zèle pour la Foi orthodoxe, surtout par les Lettres et par les prières d’un grand nombre de nos vénérables frères les Évêques de France, nous avons pris la résolution d’arrêter par quelque remède le cours d’un mal qui croissait toujours et qui pourrait avec le temps produire les plus funestes effets. Après avoir donné toute notre application à découvrir la cause d’un mal si pressant, et après avoir fait sur ce sujet, de mûres et de sérieuses réflexions, Nous avons enfin reconnu très distinctement que le progrès dangereux qu’il a fait et qui s’augmente tous les jours, vient principalement de ce que le venin de ce livre est très caché, semblable à un abcès dont la pourriture ne peut sortir qu’après qu’on y a fait des incisions. En effet, à la première ouverture du livre, le Lecteur se sent agréablement attiré par de certaines apparences de piété. Le style de cet ouvrage est plus doux et plus coulant que l’huile : mais ses expressions sont comme ces traits prêts à partir d’un arc, qui n’est tendu que pour blesser imperceptiblement ceux qui ont le cœur droit. Tant de motifs nous ont donné lieu de croire que nous ne pouvons rien faire de plus à propos ni plus salutaire, après avoir jusqu’à présent marqué en général la doctrine artificieuse de ce Livre, que d’en découvrir les erreurs en détail ; et que de les mettre plus clairement et plus distinctement devant les yeux de tous les Fidèles, par un extrait de plusieurs propositions contenues dans l’ouvrage où nous leur feront voir l’ivraie dangereuse séparée du bon grain qui la couvrait. Par ce moyen nous dévoilerons, et nous mettrons au grand jour, non seulement quelques-unes de ces erreurs ; mais nous en exposerons un grand nombre des plus pernicieuses, soit qu’elles aient été déjà condamnées, soit qu’elles aient été inventées depuis peu. Nous espérons que le Ciel bénira nos soins ; et que nous ferons si bien connaître et si bien sentir la vérité, que tout le monde sera forcé de suivre ses lumières. Ce ne sont pas seulement les Évêques ci-dessus mentionnés, qui nous ont témoigné que par ce moyen nous ferions une chose très utile et très nécessaire pour l’intérêt de la Foi Catholique et pour le repos des consciences et que nous mettrions fin aux diverses contestations, qui se sont élevées principalement en France, et qui doivent leur origine à de certains esprits, qui veulent se distinguer par une doctrine nouvelle, et qui tâchent de faire naître dans ce Royaume florissant des divisions encore plus dangereuses ; mais même notre très-cher fils en Jésus-Christ, Louis Roi de France Très-Chrétien, dont nous ne pouvons assez louer le zèle pour la défense et pour la conservation de la Foi Catholique, et pour l’extirpation des hérésies ; ce Prince par ses instances réitérées et dignes d’un Roi Très-Chrétien, nous a fortement sollicité de remédier incessamment au besoin pressant des âmes par l’autorité d’un Jugement Apostolique. Touchés de ces raisons, aminés par le Seigneur, et mettant notre confiance en son divin secours, nous avons cru devoir faire une si sainte entreprise, et nous y sommes attachés avec le soin et toute l’application, que l’importance de l’affaire pouvait exiger. D’abord, nous avons fait examiner par plusieurs Docteurs en Théologie, en présence de deux de nos vénérables frères Cardinaux de la Sainte Église Romaine, un grand nombre de propositions extraites avec fidélité et respectivement des différentes éditions dudit Livre, tant françaises que latines dont nous avons parlé ci-dessus : Nous avons ensuite été présents à cet examen : Nous y avons appelé plusieurs autres Cardinaux pour avoir leurs avis. Et après avoir confronté pendant tout le temps et avec toute l’attention nécessaire chacune des propositions avec le texte du livre, Nous avons ordonné qu’elles fussent examinées, et discutées très soigneusement, dans plusieurs Congrégations, qui se sont tenues à cet effet. Les propositions dont il s’agit, sont celles qui suivent.

1. Que reste-t-il à une âme, qui a perdu Dieu et sa grâce, sinon le péché et ses suites, une orgueilleuse pauvreté et une indigence paresseuse, c'est-à-dire, une impuissance générale au travail, à la prière, et à tout bien ? Luc 16, 3 (éditions 1693, 1699)

2. La grâce de Jésus-Christ, principe efficace de toute sorte de bien, est nécessaire pour toute bonne action, grande ou petite, facile ou difficile, pour la commencer, la continuer et l’achever. Sans elle, non seulement on ne fait rien, mais on ne peut rien faire. Jean 15, 5 (édition 1693)

3. En vain vous commandez, Seigneur, si vous ne donnez vous-même ce que vous commandez. Actes des Apôtres 16,10 (éditions 1693, 1699)

4. Oui, Seigneur, tout est possible à celui à qui vous rendez tout possible, en le faisant en lui. Marc 9, 22 (éditions 1693, 1699)

5. Quand Dieu n’amollit pas le cœur par l’onction intérieure de sa grâce, les exhortations et les grâces extérieures ne servent qu’à l’endurcir davantage. Romains 9, 18 (édition 1693)

6. Quelle différence, ô mon Dieu, entre l’alliance Judaïque et l’alliance Chrétienne ! L’une et l’autre ont pour condition le renoncement au péché et l’accomplissement de votre Loi : mais là, vous l’exigez du pécheur en le laissant dans son impuissance ; ici vous lui donnez ce que vous lui commandez en le purifiant par votre grâce. Romains, 11, 27 (éditions 1693, 1699)

7. Quel avantage y a-t-il pour l’homme dans une alliance, où Dieu le laisse à sa propre faiblesse, en lui imposant sa Loi ? Mais quel bonheur n’y a-t-il point d’entrer dans une alliance où Dieu nous donne ce qu’il demande de nous ? Hébreux 8, 7 (éditions 1693, 1699)

8. Nous n’appartenons à la nouvelle alliance, qu’autant que nous avons part à cette nouvelle grâce qui opère en nous ce que Dieu nous commande. Hébreux 8, 10 (éditions 1693, 1699)

9. Ce n’est que par la grâce de Jésus-Christ que nous sommes à Dieu ; Grâce souveraine sans laquelle on ne peut jamais confesser Jésus-Christ, et avec laquelle on ne le renie jamais. 1 Corinthiens 12, 3 (édition 1693)

10. La compassion de Dieu sur nos péchés, c’est son amour pour le pécheur ; cet amour la source de la grâce, cette grâce une opération de la main toute-puissante de Dieu, que rien ne peut empêcher ni retarder. Matthieu 20, 34 (éditions 1693, 1699)

11. La grâce peut tout réparer en un moment, parce que ce n’est autre chose que la volonté toute puissante de Dieu, qui commande et qui fait tout ce qu’il commande. Marc 2, 11 (éditions 1693, 1699)

12. Quand Dieu veut sauver l’âme, en tout temps, en tout lieu, l’indubitable effet suit le vouloir d’un Dieu. Marc 2, 11 (éditions 1693, 1699)

13. Quand Dieu veut sauver une âme, et qu’il la touche de la main intérieure de sa grâce, nulle volonté humaine ne lui résiste. Luc 5, 13 (édition 1693)

14. Quelque éloigné que soit du salut un pécheur obstiné, quand Jésus se fait voir à lui par la lumière salutaire de sa grâce, il faut qu’il se rende, qu’il accoure, qu’il s’humilie, et qu’il adore son Sauveur. Marc 5, 6-7 (édition 1693)

15. Quand Dieu accompagne son commandement et sa parole extérieure de l’onction de son esprit, et de la force intérieure de sa grâce, elle opère dans le cœur l’obéissance qu’elle demande. Luc 9, 60 (éditions 1693, 1699)

16. Il n’y a point de charmes qui ne cèdent à ceux de la grâce, parce que rien ne résiste au Tout-puissant. Actes des Apôtres 8, 12 (éditions 1693, 1699)

17. La grâce est donc cette voix du Père, qui enseigne intérieurement les hommes, et les fait venir à Jésus-Christ. Quiconque ne vient pas à lui, après avoir entendu la voix extérieure du Fils, n’est point enseigné par le Père. Jean 6, 45 (éditions 1693, 1699)

18. La semence de la parole, que la main de Dieu arrose, porte toujours son fruit. Actes des Apôtres 11, 21 (éditions 1693, 1699)

19. La grâce de Dieu n’est autre chose que sa volonté toute-puissante. C’est l’idée que Dieu nous en donne lui-même dans toutes ses Écritures. Romains 14, 4 (éditions 1693, 1699)

20. La vraie idée de la grâce est que Dieu veut que nous lui obéissions, et il est obéi ; il commande, et tout se fait ; il parle en Maître, et tout est soumis. Marc 4, 39 (éditions 1693, 1699)

21. La grâce de Jésus-Christ est une grâce... divine, comme créée pour être digne du Fils de Dieu, forte, puissante, souveraine, invincible, comme étant l’opération de la volonté toute-puissante, une suite et une imitation de l’opération de Dieu incarnant et ressuscitant son Fils. 2 Corinthiens 5, 21 (éditions 1693, 1699)

22. L’accord de l’opération toute-puissante de Dieu dans le cœur de l’homme, avec le libre consentement de sa volonté, nous est montré d’abord dans l’Incarnation, comme dans la source et le modèle de toutes les autres opérations de miséricorde et de grâce, toutes aussi gratuites et aussi dépendante de Dieu que cette opération originale. Luc 1, 38 (éditions 1693, 1699)

23. Dieu, dans la foi d’Abraham à laquelle les promesses étaient attachées, nous a donné lui-même, l’idée qu’il veut que nous ayons de l’opération toute-puissante de sa grâce dans nos cœurs, en la figurant par celle, qui tire les créatures du néant, et qui redonne la vie aux morts. Romains, 4, 17 (éditions 1693, 1699)

24. L’idée juste qu’a le Centenier de la toute-puissance de Dieu et de Jésus-Christ sur les corps, pour les guérir par le seul mouvement de sa volonté, est l’image de celle qu’on doit avoir de la toute-puissance de sa grâce, pour guérir les âmes de la cupidité. Luc 7, 7 (éditions 1693, 1699)

25. Dieu éclaire l’âme et la guérit, aussi bien que le corps par sa seule volonté ; il commande, et il est obéi. Luc 18, 42 (éditions 1693, 1699)

26. Point de grâces que par la Foi. Luc 8, 48 (éditions 1693, 1699)

27. La Foi est la première grâce et la source de toutes les autres. 2e Épitre de Pierre 1, 3 (éditions 1693, 1699)

28. La première grâce que Dieu accorde au pécheur, c’est le pardon de ses péchés. Marc 11, 25 (éditions 1693, 1699)

29. Hors d’elle, l’Église, point de grâce. Luc 10, 35-36 (éditions 1693, 1699)

30. Tous ceux que Dieu veut sauver par Jésus-Christ ; le sont infailliblement. Jean 6, 40 (éditions 1693, 1699)

31. Les souhaits de Jésus ont toujours leur effet : il porte la paix jusques au fonds des cœurs quand il la leur désire. Jean 20, 19 (éditions 1693, 1699)

32. Assujettissement volontaire, médicinal et divin de Jésus-Christ.... De se livrer à la mort, afin de délivrer pour jamais par son sang les ainés, c'est-à-dire les élus, de la main de l’ange exterminateur. Épitre aux Galates, 4, 4, 5 et 6,7 (éditions 1693, 1699)

33. Combien faut-il avoir renoncé aux choses de la terre et à soi-même, pour avoir la confiance de s’approprier, pour ainsi dire, Jésus-Christ son amour, sa mort, et ses Mystères, comme fait saint Paul en disant : il m’a aimé et s’est livré pour moi. Épître au Galates 2, 20 (éditions 1693, 1699)

34. La grâce d’Adam... ne produisait que des mérites humains. 2 Corinthiens, 5, 21 (édition 1693) et Jean 1, 16 (éditions 1693, 1699)

35. La grâce d’Adam est une suite de la création et était due à la nature saine et entière. 2 Corinthiens 5, 21 (éditions 1693, 1699)

36. C’est une différence essentielle de la grâce d’Adam et de l’état d’innocence d’avec la grâce Chrétienne, que chacun aurait reçu la première en sa propre personne ; au lieu qu’on ne reçoit celle-ci qu’en la personne de Jésus-Christ ressuscité à qui nous sommes unis. Romains 7, 4 (éditions 1693, 1699)

37. La grâce d’Adam le sanctifiant en lui-même, lui était proportionnée : la grâce Chrétienne nous sanctifiant en Jésus-Christ est toute puissante et digne du Fils de Dieu. Éphésiens 1, 6 (éditions 1693, 1699)

38. Le pécheur n’est libre que pour le mal sans la grâce du Libérateur. Luc 8, 29 (éditions 1693, 1699)

39. La Volonté qu’elle, la grâce, ne prévient point, n’a de lumière que pour s’égarer, d’ardeur que pour se précipiter, de force que pour se blesser ; capable de tout mal, impuissante à tout bien. Matthieu, 20, 3-4 (éditions 1693, 1699)

40. Sans laquelle, cette grâce de Jésus-Christ, nous ne pouvons rien aimer qu’à notre condamnation. 2 Thessaloniciens, 3, 18 (éditions 1693, 1699)

41. Toute connaissance de Dieu, même naturelle, même dans les philosophes païens, ne peut venir que de Dieu ; sans la grâce, elle ne produit qu’orgueil, que vanité, qu’opposition à Dieu même, au lieu des sentiments d’adoration, de reconnaissance et d’amour. Romains 1, 19 (éditions 1693, 1699)

42. Il n’y a que la grâce de Jésus-Christ qui rende l’homme propre au sacrifice de la foi ; sans cela, rien qu’impureté, rien qu’indignité. Actes des Apôtres, 11, 9 (éditions 1693, 1699)

43. Le premier effet de la grâce, du baptême, est de nous faire mourir au péché ; en sorte que l’esprit, le cœur, les sens, n’aient non plus de vie pour le péché, que ceux d’un mort pour les choses du monde. Romains 6, 2 (édition 1699)

44. Il n’y a que deux amours d’où naissent toutes nos volontés et toutes nos actions ; l’amour de Dieu qui fait tout pour Dieu et que Dieu récompense ; l’amour de nous même et du monde, qui ne rapporte pas à Dieu ce qui doit lui être rapporté, et qui par cette raison même devient mauvais. Jean 5, 29 (éditions 1693, 1699)

45. Quand l’amour de Dieu ne règne plus dans le cœur, du pécheur, il est nécessaire que la cupidité charnelle y règne, et corrompe toutes ses actions. Luc 15, 13 (édition 1693)

46. La cupidité ou la charité rendent l’usage des sens bon ou mauvais. Matthieu 5, 28 (éditions 1693, 1699)

47. L’obéissance à la Loi doit couler de source, et cette source c’est la charité. Quand l’amour de Dieu en est le principe intérieur et sa gloire la fin, le dehors est net ; sans cela ce n’est qu’hypocrisie, ou fausse justice. Matthieu 23, 26 (éditions 1693, 1699)

48. Que peut-on être autre chose que ténèbres, qu’égarement, et que péché sans la lumière de la Foi, sans Jésus-Christ, sans la charité ? Éphésiens 5, 8 (éditions 1693, 1699)

49. Nul péché sans l’amour de nous-mêmes, comme nulle bonne œuvre sans l’amour de Dieu. Marc 7, 22-23 (éditions 1693, 1699)

50. C’est en vain qu’on crie à Dieu, mon père, si ce n’est point l’esprit de charité qui crie. Romains 8, 15 (éditions 1693, 1699)

51. La foi justifie quand elle opère ; mais elle n’opère que par la charité. Actes des Apôtres 13, 39 (éditions 1693, 1699)

52. Tous les autres moyens de salut sont renfermés dans la foi, comme dans leur germe et leur semence : mais ce n’est pas une foi sans amour et sans confiance. Actes des Apôtres 10, 43 (éditions 1693, 1699)

53. La seule charité les fait, les actions chrétiennes, chrétiennement par rapport à Dieu et à Jésus-Christ. Colossiens 3, 14 (éditions 1693, 1699)

54. C’est elle seule, la charité, qui parle à Dieu ; c’est elle seule que Dieu entend. I Corinthiens 13, 1 (éditions 1693, 1699)

55. Dieu ne couronne que la charité ; qui court par un autre mouvement et un autre motif, court en vain. I Corinthien 9, 24 (éditions 1693, 1699)

56. Dieu ne récompense que la charité, parce que la charité seule honore Dieu. Matthieu, 25, 36 (éditions 1693, 1699)

57. Tout manque à un pécheur quand l’espérance lui manque ; et il n’y a point d’espérance en Dieu où il n’y a point d’amour de Dieu. Matthieu 27, 5 (éditions 1693, 1699)

58. Il n’y a ni Dieu, ni Religion, où il n’y a point de charité. Jean 4, 8 (éditions 1693, 1699)

59. La prière des impies est un nouveau péché ; et ce que Dieu leur accorde un nouveau jugement sur eux. Jean, 10, 25 (éditions 1693, 1699)

60. Si la seule crainte du supplice anime le repentir, plus ce repentir est violent, plus il conduit au désespoir. Matthieu, 27, 5 (éditions 1693, 1699)

61. La crainte n’arrête que la main ; et le cœur est livré au péché, tant que l’amour de la justice ne le conduit point. Luc 26, 19 (éditions 1693, 1699)

62. Qui ne s’abstient du mal que par la crainte du châtiment, le commet dans son cœur, et est déjà coupable devant Dieu. Matthieu, 21, 46 (éditions 1693, 1699)

63. Un baptisé est encore sous la Loi comme un Juif, s’il l’accomplit point la Loi ou s’il l’accomplit par la seule crainte. Romains, 6, 14 (éditions 1693, 1699)

64. Sous la malédiction de la Loi, on ne fait jamais le bien, parce qu’on pèche, ou en faisant le mal ou ne l’évitant que par la crainte. Galates, 5, 18 (éditions 1693, 1699)

65. Moïse et les Prophètes, les Prêtres et les Docteurs de la Loi, sont morts sans donner d’enfants à Dieu, n’ayant fait que des esclaves par la crainte. Marc 12, 19 (éditions 1693, 1699)

66. Qui veut s’approcher de Dieu, ne doit ni venir à lui avec des passions brutales, ni se conduire par un instinct naturel, ou par la crainte comme les bêtes, mais par la foi et par l’amour comme les enfants. Hébreux, 12, 20 (éditions 1693, 1699)

67. La crainte servile ne se le représente, Dieu, que comme un maître dur, impérieux, injuste, intraitable. Luc, 19, 21 (édition 1693)

68. Quelle bonté de Dieu d’avoir ainsi abrégé la voie du salut, en renfermant tout dans la foi et dans la prière ! Actes des Apôtres, 2, 21 (éditions 1693, 1699)

69. La foi, l’usage, l’accroissement et la récompense de la foi, tout est un don de votre pure libéralité. Marc 9, 22 (éditions 1693, 1699)

70. Dieu n’afflige jamais des innocents ; et les afflictions servent toujours ou à punir le péché ou à purifier le pécheur. Jean 9, 3 (éditions 1693, 1699)

71. L’homme peut se dispenser pour sa conservation, d’une loi que Dieu a faite pour son utilité. Marc 2, 28 (éditions 1693, 1699)

72. Marques et propriétés de l’Église chrétienne. Elle est... catholique, comprenant et tous les Anges du Ciel et tous les élus et les justes de la Terre et de tous les siècles. Hébreux, 12, 22-24 (éditions 1693, 1699)

73. Qu’est-ce que l’Église, sinon l’assemblée des enfants de Dieu, demeurant dans son sein, adoptés en Jésus-Christ, subsistants en sa personne, rachetés de son sang, vivants de son esprit, agissant par sa grâce, et attendant la paix du siècle à venir. 2 Thessaloniciens, 1,2 (éditions 1693, 1699)

74. L’Église, ou le Christ entier, qui a pour chef le Verbe Incarné, et pour membres tous les saints. 1 Timothée, 3, 16 (éditions 1693, 1699)

75. Unité admirable de l’Église. C’est... un seul homme composé de plusieurs membres dont Jésus-Christ est la tête, la vie, la subsistance et la personne... un seul Christ composé de plusieurs saints, dont il est le sanctificateur. Éphésiens, 2, 14-16 (éditions 1693, 1699)

76. Rien de si spacieux, que l’Église de Dieu, puisque tous les Élus et les Justes de tous les siècles la composent. Éphésiens, 2, 22 (éditions 1693, 1699)

77. Qui ne mène pas une vie digne d’un enfant de Dieu ou d’un membre de Jésus-Christ, cesse d’avoir intérieurement Dieu pour Père, et Jésus-Christ pour Chef. I Jean, 2, 22 (édition 1693)

78. Le peuple juif était la figure du peuple élu dont Jésus-Christ est le Chef. L’excommunication la plus terrible est de n’être point de ce peuple et de n’avoir point de part à Jésus-Christ. On s’en retranche aussi bien en ne vivant pas selon l’Évangile qu’en ne croyant pas à l’Évangile. Actes des Apôtres, 3, 23 (éditions 1693, 1699)

79. Il est utile et nécessaire en tout temps, en tous lieux et à toutes sortes de personnes, d’en étudier, de l’Écriture, et d’en connaître l’esprit, la piété, et les mystères. II Corinthiens, 14, 15 (éditions 1693, 1699)

80. Celle, la lecture, de l’Écriture sainte, entre les mains même d’un homme d’affaires et de finances, marque qu’elle, est pour tout le monde. Actes des Apôtres, 8, 28 (éditions 1693, 1699)

81. L’obscurité sainte de la parole de Dieu, n’est pas aux laïques une raison, pour se dispenser de la lire. Actes des Apôtres, 8, 31 (éditions 1693, 1699)

82. Le Dimanche, qui a succédé au Sabbat, doit être sanctifié par des lectures de piété et surtout des saintes écritures. C’est le lait du chrétien et que Dieu même qui connaît son œuvre lui a donné. Il est dangereux de l’en vouloir sevrer. Actes des Apôtres, 15, 21 (éditions 1693, 1699)

83. C’est une illusion de s’imaginer que la connaissance des mystères de la religion ne doivent pas être communiquée à ce sexe par la lecture des Livres Saints, après cet exemple de la confiance, avec laquelle, la Samaritaine, Jésus-Christ se manifeste à cette femme. Ce n’est pas de la simplicité des femmes, mais de la science orgueilleuse des hommes qu’est venue l’abus des Écritures, et que sont nées les hérésies. Jean, 4, 26 (éditions 1693, 1699)

84. C’est la fermer aux Chrétiens, la bouche de Jésus-Christ, que de leur arracher des mains ce Livre saint, ou de leur tenir fermé, en leur ôtant le moyen de l’entendre. Matthieu 5, 2 (éditions 1693, 1699)

85. En interdire la lecture, de l’Écriture et particulièrement de l’Évangile, aux Chrétiens, c’est interdire l’usage de la lumière aux enfants de lumière et leur faire souffrir une espèce d’excommunication. Luc, 11, 33 (éditions 1693, 1699)

86. Lui ravir, au simple peuple, cette consolation d’unir sa voix à celle de toute l’Église, c’est un usage contraire à la pratique apostolique et aux desseins de Dieu. I Corinthiens, 14, 16 (éditions 1693, 1699)

87. C’est une conduite pleine de sagesse, de lumière et de charité, de donner aux âmes le temps de porter avec humilité et de sentir l’état du péché ; de demander l’esprit de pénitence et de contrition ; et de commencer au moins à satisfaire à la justice de Dieu, avant que de les réconcilier. Actes des Apôtres 9, 9 (éditions 1693, 1699)

88. On ne sait ce que c’est que le péché et la vraie pénitence quand on veut être rétabli d’abord dans la possession des biens, dont le péché nous a dépouillés et qu’on ne veut point porter la confusion de cette séparation. Luc, 17, 11-12 (éditions 1693, 1699)

89. Le quatorzième degré de la conversion du pécheur, est qu’étant réconcilié, il a droit d’assister au sacrifice de l’Église. Luc 15, 23 (éditions 1693, 1699)

90. C’est l’Église qui en a l’autorité, de l’excommunication, pour l’exercer par les premiers Pasteurs, du consentement au moins présumé de tout le Corps. Matthieu, 18, 17 (éditions 1693, 1694)

91. La crainte même d’une excommunication injuste ne nous doit jamais empêcher de faire notre devoir... On ne sort jamais de l’Église lors même qu’il semble qu’on en soit banni par la méchanceté des hommes, quand on est attaché à Dieu, à Jésus-Christ, et à l’Église même par la charité. Jean, 9, 22-23 (éditions 1693, 1699)

92. C’est imité saint Paul, que de souffrir en paix l’excommunication et l’anathème injuste, plutôt que de trahir la vérité, loin de s’élever contre l’autorité ou de rompre l’unité. Romains, 9, 3 (éditions 1693, 1699)

93. Jésus guérit quelquefois les blessures que la précipitation des premiers Pasteurs fait sans son ordre ; il rétablit ce qu’ils retranchent par un zèle inconsidéré. Jean 18, 11 (éditions 1693, 1699)

94. Rien ne donne une plus mauvaise opinion de l’Église à ses ennemis, que d’y voir dominer sur la foi des fidèles, et y entretenir des divisions pour des choses qui ne blessent ni la foi ni les mœurs. Romains, 14, 16 (éditions 1693, 1699)

95. Les vérités sont devenues comme une langue étrangère à la plupart des chrétiens et la manière de les prêcher est comme un langage inconnu ; tant elle est éloignée de la simplicité des Apôtres et au-dessus de la portée du commun des Fidèles ; et on ne fait pas réflexion que ce déchet est une des marques les plus sensibles de la vieillesse de l’Église et de la colère de Dieu sur ses enfants. I Corinthiens, 14, 21 (éditions 1693, 1699)

96. Dieu permet que toutes les Puissances soient contraires aux prédicateurs de la Vérité, afin que sa victoire ne puisse être attribuée qu’à sa Grâce. Actes des Apôtres, 17, 8 (éditions 1693, 1699)

97. Il n’arrive que trop souvent que les membres le plus saintement et le plus étroitement unis à l’Église sont regardés et traités comme indignes d’y être ou comme en étant déjà séparés ; mais le juste vit de la foi de Dieu, et non pas de l’opinion des hommes. Actes des Apôtres, 4, 11 (éditions 1693, 1699)

98. Celui, l’État, d’être persécuté et de souffrir comme un hérétique, un méchant, un impie, est ordinairement la dernière et la plus méritoire, comme celle qui donne plus de conformité à Jésus-Christ. Luc, 22, 37 (éditions 1693, 1699)

99. L’entêtement, la prévention, l’obstination à ne vouloir ni rien examiner, ni reconnaître qu’on s’est trompé, changent tous les jours en odeur de morts, à l’égard de bien des gens, ce que Dieu, a mis dans son Église pour y être une odeur de vie ; comme les bons Livres, les instructions, les saints exemples, etc... 2 Corinthiens, 2, 16 (éditions 1693, 1699)

100. Tant déplorable, où on croit honorer Dieu en persécutant la Vérité et ses disciples. Ce temps est venu... Être regardé et traité par ceux qui en sont les ministres, de la Religion, comme un impie, indigne de tout commerce avec Dieu, comme un membre pourri, capable de tout corrompre dans la société des saints ; c’est pour les personnes pieuses une mort plus terrible que celle du corps. En vain, on se flatte de la pureté de ses intentions, et d’un zèle de religion, en poursuivant des gens de bien à feu et à sang, si on est ou aveuglé par sa propre passion, ou emporté par celle des autres, faute de vouloir rien examiner. On croit souvent sacrifier à Dieu un impie, et on sacrifie au Diable un serviteur de Dieu. Jean, 16, 2 (éditions 1693, 1699)

101. Rien n’est plus contraire à l’esprit de Dieu et à la doctrine de Jésus-Christ que de rendre communs les serments dans l’Église ; parce que c’est multiplier les occasions des parjures, dresser des pièges aux faibles et aux ignorants : et faire quelquefois servir le nom et la vérité de Dieu aux desseins des méchants. Matthieu, 5, 37 (éditions 1693, 1699)


À CES CAUSES, après avoir reçu tant de vive voix que par écrit, les suffrages des susdits cardinaux, et de plusieurs autres Théologiens, et après avoir ardemment imploré le secours du Ciel, par des prières particulières, que nous avons faites, et par des prières publiques, que nous avons ordonnées à cette intention, nous déclarons par la présente constitution, qui doit avoir son effet à perpétuité, que nous condamnons et réprouvons, toutes et chacune les propositions ci-dessus rapportées, comme étant respectivement fausses, captieuses, malsonnantes, capables de blesser des oreilles pieuses, scandaleuses, pernicieuses, téméraires, injurieuses à l’Église et ses usages, outrageantes, non seulement pour elle, mais pour les puissances séculières ; séditieuses, impies, blasphématoires, suspectes d’hérésie, sentant l’hérésie, favorables aux hérétiques, aux hérésies, et au schisme, erronées, approchantes de l’hérésie et souvent condamnées ; enfin comme hérétiques, et comme renouvellement diverses hérésies, principalement, celles qui sont contenues dans les fameuses Propositions de Jansénius, prises dans le sens, auquel elles ont été condamnées. Nous défendons à tous les Fidèles de l’un et de l’autre sexe, de penser, d’enseigner, ou de parler sur lesdites Propositions autrement qu’il n’est porté dans cette Constitution ; en sorte que quiconque enseignerait, soutiendrait, ou mettrait au jour ces Propositions, ou quelques-unes d’entre elles, soit conjointement, soit séparément, ou qui en traiterait même par manière de dispute, en public ou en particulier, si ce n’est peut être pour les combattre, encoure, ipso facto, et sans qu’il soit besoin d’autre déclaration, les Censures Ecclésiastiques et les autres peines portaient de droit contre ceux, qui font de semblables choses. Au reste, par la condamnation expresse et particulière que nous faisons des susdites Propositions, Nous ne prétendons nullement approuver ce qui est contenu dans le reste du même Livre, d’autant plus que dans le cours de l’examen que nous en avons fait, Nous y avons remarqué plusieurs autres propositions, qui ont beaucoup de ressemblance et d’affinité avec celles que nous venons de condamner, et qui sont toute remplies des mêmes erreurs : De plus, Nous y en avons trouvé beaucoup d’autres, qui sont propres d’entretenir la désobéissance et la rébellion qu’elles veulent insinuer insensiblement sous le faux nom de patience chrétienne par l’idée chimérique qu’elles donnent au Lecteur d’une persécution qui règne aujourd’hui : Mais nous avons cru qu’il serait inutile de rendre cette Constitution plus longue, par un détail particulier de ces Propositions : Enfin, ce qui est plus intolérable. Nous y avons vu le texte sacré au Nouveau Testament altéré d’une manière, qui ne peut être trop condamnée ; et conforme en beaucoup d’endroit à une traduction dite de Mons, qui a été censurée depuis longtemps ; il y est différent, et s’éloigne en diverses façons de la version vulgate, qui est en usage dans l’Église depuis tant de siècles, et qui doit être regardée comme authentique, par toutes les personnes orthodoxes ; et l’on a porté la mauvaise foi jusqu’au point de détourner le sens naturel du texte, pour y substituer un sens étranger, et souvent dangereux.

Pour toutes ces raisons, en vertu de l’Autorité Apostolique, Nous défendons de nouveau par ces présentes et condamnons derechef ledit Livre, sous quelque titre et en quelque langue qu’il ait été imprimé : de quelque édition, et en quelque version qu’il ait paru, ou qu’il puisse paraître dans la suite (ce qu’à Dieu ne plaise) Nous le condamnons comme étant très capable de séduire les âmes simples par des paroles pleines de douceur et par des bénédictions, ainsi que s’exprime l’Apôtre, c’est-à-dire, par les apparences d’une instruction remplie de piété. Condamnons pareillement, tous les autres Livres ou libelles, soit manuscrits soit imprimés, ou (ce qu’à Dieu ne plaise) qui pourraient s’imprimer dans la suite, pour la défense dudit Livre ; Nous défendons à tous les Fidèles de les lire, de les copier, de les retenir, et d’en faire usage, sous peine d’excommunication, qui sera encourue ipso facto, par les contrevenants.

Nous ordonnons de plus à Nos Vénérables Frères, les Patriarches, les Archevêques et Évêques et autres Ordinaires des lieux, comme aussi aux Inquisiteurs de l’hérésie, de réprimer et de contraindre par les censures, par les peines susdites, et par tous les autres remèdes de droit et de fait, ceux qui ne voudraient obéir ; et même d’implorer pour cela, s’il en est besoin, le secours du bras séculier.

Voulons aussi que même foi soit ajoutée aux copies des présentes, même imprimées, pourvu qu’elles soient signées, de la main d’un Notaire publique, et scellées du sceau de quelque personne constituée en dignité Ecclésiastique, que celle que l’on aurait à l’Original Secret s’il était montré et représenté.

Que personne donc ne se donne la licence d’enfreindre en aucune manière les Déclaration, Condamnation, Ordonnance, et Défense que dessus, et n’ait la témérité de s’y opposer : Que si quelqu’un ose commettre cet attentat, qu’il sache qu’il encourra l’indignation du Dieu Tout puissant, et des bienheureux Apôtres saint Pierre et saint Paul.

Donné à Rome, à Sainte-Marie Majeure, l’an de l’Incarnation de Notre Seigneur 1713, le 8 septembre et de notre Pontificat le 13e.

I. Cardinal Prodataire
F. Olivieri
Visa de la Cour L. Sergardi
La place † du sceau
Registré dans la Secrétairerie des Brefs L. Martinetti.

L’an de la Nativité de N. Seigneur Jésus-Christ 1713, Indiction 6, le 10 du mois de septembre et la 13e année du Pontificat de Notre Très Saint Père en Jésus-Christ, Clément, par la Providence de Dieu, Pape XI du Nom ; Ces Lettres apostoliques ont été affichées et publiées aux portes de l’église de Saint-Jean de Latran et de la Basilique de Saint-Pierre, Prince des Apôtres, de la Chancellerie Apostolique, de la Cour général au Mont Cittorio, dans le Champ de Flore, et aux autres lieux ordinaires et accoutumés de Rome, par Moi, Pierre Romulatio, Curseur Apostolique. Ant. Piacentino, Maître des Curseurs.



Reportez-vous à Méditation : Dehors séduisants des hérétiquesOraison universelle du Pape Clément XI, État religieux et moral de l'univers au temps de l'établissement du Christianisme, Miserentissimus Redemptor, du Pape Pie XI, sur notre devoir de réparation envers le Sacré-Cœur de Jésus, Cum ex apostolatus officio, Bulle du Pape Paul IV, et Quas primas, du Pape Pie XI.














mardi 8 novembre 2016

Postquam verus, Bulle de Sixte-Quint sur la création des cardinaux




POSTQUAM VERUS


BULLE DE SIXTE-QUINT


(3 décembre 1586)


Extrait


(Traduction du texte du grand Bullarium latin par le Professeur Gabriel Chabot, de Lausanne)




Création de Cardinaux :
nombre, ordre, âge et qualités. Désignation de six églises cathédrales conférées aux Cardinaux.


Sixte, Évêque, Serviteur des serviteurs de Dieu, décrète à perpétuité.


Préambule.

1. – Le Pontife Romain doit créer Cardinaux des hommes d’élite.

2.
– Surtout parce que le Souverain Pontife doit être choisi dans le Collège des Cardinaux.

3.
– Aussi, cette Constitution, à savoir...

4.
– Les circonstances, les temps et l’occasion ont amené à s’éloigner de l’antique coutume de n’admettre dans le Sacré-Collège qu’un très petit nombre de membres ; aujourd’hui, le nombre des Cardinaux dépasse celui que l’antique coutume cooptait dans ce même Collège.

D’une part, selon le décret du Concile général de Trente, il faut tenir compte de toutes les nations de la Chrétienté ; d’autre part beaucoup de membres du Sacré-Collège, pour cause de vieillesse ou de maladies, faiblesse de la nature humaine, ne peuvent pas facilement et assidûment supporter le poids d’une si lourde charge. (...) Afin que l’image de l’antique Synagogue corresponde à la réalité de la sainte Église Apostolique, Nous voulons suivre le commandement du Seigneur à Moïse, à savoir de réunir soixante-dix vieillards d’Israël, connus de lui comme anciens du peuple et compétents, afin de porter avec lui le poids de tout le peuple et ne pas rester seul à en être chargé. Ils furent amenés à la porte du Tabernacle, y entendirent la voix du Seigneur et l’Esprit-Saint descendit sur eux.

D’accord avec nos frères susdits, Nous statuons, Nous ordonnons à perpétuité que, dorénavant, le nombre total des Cardinaux de tout ordre — évêques, prêtres, diacres, — qui le sont aujourd’hui ou seront créés à l’avenir, ne dépasse jamais tous ensemble et à la fois, le nombre de soixante-dix. Sous aucun prétexte, occasion ou cause, même d’urgence, ce nombre ne pourra être dépassé.

Que s’il advenait à l’avenir, soit par Nous-même, soit par le Pontife Romain régnant à ce moment-là, qu’un Cardinal, ou plusieurs soit élu, ou créé, ou proclamé, outre le nombre ci-dessus fixé, Nous décrétons qu’une telle élection, création, proclamation, sera nulle vaine et annulée et considérée comme telle.

Aucun droit, aucun titre, ni de fait, ni de nom, ne pourra être acquit par un tel élu — ou de tels élus — et nul ne pourra et ne devra être considéré ou réputé comme Cardinal.

Sa prétendue élection, création, proclamation, invalide dès le début, par le fait d’avoir dépassé le nombre fixé, restera à perpétuité, comme au début, dépourvu de toute force et de toute valeur, sans validation possible, même au cas où, par la suite, la mort d’un ou de plusieurs Cardinaux rendait incomplet le Sacré-Collège.

23. – Sanction contre les contrevenants à ces lettres :

Il ne sera permis à personne, absolument, de contrevenir à cette page etc. Si quelqu’un, pourtant, osait y attenter, il encourrait l’indignation du Dieu Tout-Puissant et des bienheureux Apôtres Pierre et Paul etc. ...




Source : Guide doctrinal.






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