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mardi 17 août 2021

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, DEUXIÈME PARTIE, Leçon XXVIII : Espérance et Grâce


ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE

DEUXIÈME PARTIE

Contenant l'histoire et l'explication de la Religion

depuis la Naissance du Messie jusqu'à son Ascension


XXVIIIe LEÇON


DE NOTRE UNION AVEC NOTRE-SEIGNEUR,

LE NOUVEL ADAM, PAR L'ESPÉRANCE.

ESPÉRANCE ET GRÂCE.


Mort de Judas, tombé dans le désespoir

Q. Suffit-il de croire pour être sauvé ?
R. Il ne suffit pas de croire pour être sauvé, parce que la foi n'est que le premier moyen de nous unir à Notre-Seigneur ; le second, c'est l'espérance.

Q. Qu'est-ce que l'espérance ?
R. L'espérance est un don de Dieu et une vertu surnaturelle, par laquelle nous attendons avec confiance, en vertu des mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tous les biens que Dieu nous a promis.

Q. Est-il nécessaire d'espérer ?
R. Il est nécessaire d'espérer, car Dieu nous le commande, sous peine de damnation éternelle.

Q. En qui devons-nous espérer ?
R. Nous devons espérer en Dieu seul, parce qu'il est la source de tous les biens.

Q. Comment devons-nous espérer ?
R. Nous devons espérer fermement et sans hésiter, parce que Dieu est tout-puissant, bon et fidèle dans ses promesses et que les mérites de Notre-Seigneur sont infinis.

Q. Quels sont les péchés opposés à l'espérance ?
R. Les péchés opposés à l'espérance sont la présomption et le désespoir. On pèche par présomption, lorsqu'on se flatte d'arriver au ciel sans prendre les moyens nécessaires : par exemple, sans observer fidèlement les commandements de Dieu et de l'Église.

Q. Quel est le second péché opposé à l'espérance ?
R. Le second péché opposé à l'espérance, c'est le désespoir. On pèche par désespoir, lorsqu'on regarde ses fautes comme trop grandes pour en obtenir le pardon, ses passions comme trop fortes pour les réprimer ; enfin, lorsqu'on se laisse aller à une trop grande inquiétude pour les choses nécessaires à la vie.

Q. Que devons-nous espérer ?
R. Nous devons espérer tout ce que Dieu nous a promis, sa grâce en ce monde, et sa gloire dans l'autre ; c'est-à-dire le bonheur de le posséder pendant l'éternité, et tous les moyens d'y parvenir.

Q. Qu'est-ce que la grâce ?
R. La grâce est un secours surnaturel que Dieu nous donne gratuitement en vue des mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour faire notre salut.

Q. Pouvons-nous faire notre salut sans la grâce ?
R. Sans la grâce, nous ne pouvons faire notre salut, ni avoir la foi, l'espérance, la charité, ni même une seule bonne pensée méritoire pour le ciel.

Q. La grâce nous sauve-t-elle toute seule ?
R. La grâce ne nous sauve pas toute seule, il faut que nous en profitions en agissant d'après ses inspirations.

Q. La grâce détruit-elle notre liberté ?
R. La grâce ne détruit pas notre liberté, elle la perfectionne en la fortifiant et la rendant capable de faire le bien et d'éviter le mal.

Q. Qu'est-ce que la grâce sanctifiante ou habituelle ?
R. La grâce sanctifiante ou habituelle est un principe divin qui nous fait enfants de Dieu et héritiers du ciel.

Q. Qu'est-ce que la grâce actuelle ?
R. La grâce actuelle est un secours passager que Dieu nous donne pour faire quelque bien ou éviter quelque mal.

Q. Pouvons-nous avoir la grâce de nous-mêmes ?
R. Nous ne pouvons pas avoir la grâce de nous-mêmes ; mais nous pouvons toujours l'obtenir de Dieu, surtout par la prière et par les Sacrements.


Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je serai très fidèle à la grâce dans les petites choses.




Deuxième Partie : Leçon I : État du monde à la venue du Messie, Leçon II : Naissance du Messie, Leçon III : Vie cachée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon IV : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon V : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VI : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon VIII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon IX : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon X : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XI : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XII : Passion de Notre-Seigneur, Leçon XIII : Passion de Notre-Seigneur, Suite, Leçon XIV : Sépulture et Résurrection de Notre-Seigneur, Leçon XV : Vie glorieuse de Notre-Seigneur, Leçon XVI : Notre-Seigneur Réparateur du monde, Leçon XVII : Notre-Seigneur, Nouvel Adam, Leçon XVIII : Union de notre esprit avec Notre-Seigneur, le nouvel Adam, par la Foi, premier et deuxième articles du Symbole, Leçon XIX : Troisième, quatrième et cinquième articles du Symbole, Leçon XX : Le Purgatoire, Leçon XXI : Sixième et septième articles du Symbole, Leçon XXII : Huitième article du Symbole, Leçon XXIII : Neuvième article du Symbole, l'Église, Leçon XXIV : Neuvième article du Symbole, Leçon XXV : Dixième article du Symbole, Leçon XXVI : Onzième article du Symbole, Leçon XXVII : Douzième article du Symbole, Leçon XXIX : Premier moyen d'obtenir la grâce, la prière.

Première Partie :
Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu, Leçon XV : Connaissance des Anges, Leçon XVI : Chute de l'homme, Leçon XVII : Accord de la justice et de la miséricorde divine dans la punition et dans la transmission du péché d'Adam, Leçon XVIII : Nécessité et perpétuité de la Foi au Mystère de la Rédemption, Histoire de Job, Leçon XIX : Connaissance de la Religion, Nature et définition de la Religion, Leçon XX : Connaissance de la Religion, Que la Religion est une Loi, Leçon XXI : Le Messie promis et figuré : Adam et Abel, Leçon XXII : Le Messie promis et figuré, Noé, Troisième Figure du Messie, Leçon XXIII : Deuxième promesse et quatrième figure du Messie, Melchisédech, Leçon XXIV : Isaac, cinquième Figure du Messie, Leçon XXV : Le Messie promis et figuré, Jacob, Sixième Figure du Messie, Leçon XXVI : Le Messie promis et figuré, Joseph, Septième Figure du Messie, Leçon XXVII : L'Agneau pascal, Huitième Figure du Messie, Leçon XXVIII : La Manne, Neuvième Figure du Messie, Leçon XXIX : Les sacrifices et le serpent d'airain, Dixième et onzième Figure du Messie, Leçon XXX : Moïse, Douzième Figure du Messie, Leçon XXXI : Josué, Treizième Figure du Messie, Leçon XXXII : Gédéon, quatorzième Figure du Messie, Leçon XXXIII : Samson, Quinzième Figure du Messie, Leçon XXXIV : Sixième Promesse du Messie, Leçon XXXV : David, Seizième Figure du Messie, Leçon XXXVI : Salomon, Dix-septième Figure du Messie, Leçon XXXVII : Jonas, Dix-huitième Figure du Messie, Leçon XXXVIII : Le Messie prédit, Prophéties de David, Leçon XXXIX : Le Messie prédit, Prophéties d'Isaïe, Leçon XL : Le Messie prédit, Prophéties d'Osée, de Michée, de Joël et de Jérémie, Leçon XLI : Le Messie prédit, Prophéties d'Ézéchiel, Leçon XLII : Le Messie prédit, Prophéties de Daniel, Leçon XLIII : Le Messie prédit, Prophéties d'Aggée, de Zacharie et de Malachie, Leçon XLIV : Résumé général et application des promesses, des figures et des prophéties, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon XLV : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Leçon XLVI : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Histoire de Judith, Leçon XLVII : Le Messie préparé, Histoire de Tobie, Leçon XLVIII : Le Messie préparé, Monarchie des Perses, Histoire d'Esther, Leçon XLIX : Le Messie préparé, Monarchie des Grecs et des Romains, Leçon L : Le Messie préparé, Histoire des Machabées, Leçon LI : Unité de la Religion et de l’Église.













vendredi 7 août 2020

De la pensée de l'éternité


L'on s'effraye de la pensée de l'éternité, et, dans un sens, on a grandement raison ; car cette pensée est effrayante au souverain degré. Mais si l'on savait s'en effrayer utilement, si l'on tirait, pour la conduite de la vie, les justes conséquences qui naissent de cet effroi, bientôt on se familiariserait avec la pensée de l'éternité ; on s'y plairait, on y trouverait de la consolation. Car si cette pensée a son côté effrayant, elle a aussi son côté consolant, et souverainement consolant. Puis donc que cette pensée nous est naturelle, qu'elle tient si étroitement à l'idée d'une Divinité et de la religion, qu'on ne peut s'en séparer, qu'il nous est impossible de nous en défaire, et que malgré nous elle nous poursuit partout, il est de la dernière importance de l'envisager comme il faut, afin qu'elle ne nous inspire d'abord qu'un trouble salutaire, et qu'ensuite, loin de nous troubler, elle nous inspire du courage et de la joie.
La pensée de l'éternité effraye et doit effrayer ceux qui, livrés à leurs passions, sont résolus de les contenter à quelque prix que ce soit. Mais puisque cette pensée importune jette de l'amertume dans leurs plaisirs, au lieu de la rejeter comme ils font, et d'écarter avec soin tout ce qui peut la leur rappeler, ils devraient examiner de sang-froid quel est le fondement de cette pensée, s'il est solide, également démontré par la raison et la révélation. Après s'en être convaincus, il leur serait aisé de conclure que, puisqu'ils ne sont pas faits pour le temps, mais pour l'éternité, ils sont les plus insensés des hommes de sacrifier à des objets présents et passagers leur destinée éternelle. De cette conclusion à une parfaite conversion il n'y aurait qu'un pas à faire. Car, enfin, si l'éternité est réelle, que gagnent-ils à s'étourdir, et à en éloigner le souvenir de leur esprit ? Une vérité à laquelle on ne pense pas, à laquelle on ne veut pas penser, en est-elle moins une vérité ? Et si elle doit avoir les plus grandes suites pour nous, détournerons-nous ces suites en nous obstinant à ne pas les envisager ?
La pensée de l'éternité effraye et doit effrayer ceux qui, sans être des libertins déterminés, sont néanmoins trop attachés aux choses de cette vie et à la vie même. Mais qu'ils fassent réflexion que, s'il est des objets éternels dont ils sont destinés à jouir, leur cœur doit se porter vers ces objets, et que toute attache immodérée aux choses présentes est un désordre. Qu'ils pensent combien il est déraisonnable de se passionner pour ce qui leur échappera sans cesse et qu'ils perdront un jour sans retour, et d'être froids, indifférents pour ce qui doit durer éternellement, et faire à jamais leur bonheur ou leur malheur. L'éternité, considérée ainsi, ne sera plus pour eux un objet alarmant ; mais ils se diront à eux-mêmes : Je ne suis pas fait pour la terre ; pourquoi donc y prendre un si vif intérêt ? Une autre vie qui ne finira jamais doit succéder à celle-ci ; pourquoi donc ne ferais-je pas tout ce qui dépend de moi pour m'assurer la jouissance des biens que la religion me promet dans cette autre vie ? Alors plus d'empressement pour acquérir une fortune périssable ; on use selon les vues de Dieu des biens de ce monde, mais on ne s'y attache pas ; tous les efforts de notre esprit et de notre cœur, toutes nos affections se portent vers l'éternité.
La pensée de l'éternité effraye encore des âmes chrétiennes et timorées, mais qui servent Dieu avec un esprit d'intérêt, qui le craignent plus qu'elles ne l'aiment, qui sont toujours inquiètes sur leur salut, et qui voudraient avoir sur ce point des assurances qu'il ne leur est pas possible de se procurer. Je puis être damnée, se disent-elles ; je puis être éternellement malheureuse ; j'ignore si je suis en état de grâce, si je ne mourrai pas en péché mortel. Cette pensée les glace, les consterne, les jette dans l'abattement et le désespoir. C'est bien contre l'intention de Dieu qu'elles se troublent ainsi ; et la pensée de l'éternité ne devrait pas produire en elles cet effet. Qu'elles se persuadent que Dieu les aime plus qu'elles ne s'aiment elles-mêmes ; qu'il veut leur salut plus qu'elles ne le veulent ; que les moyens de l'assurer sont entre leurs mains, qu'elles n'ont qu'à en bien user, et qu'elles peuvent après cela se reposer tranquillement sur Dieu de leurs intérêts éternels. Elles ne voient pas que ces craintes excessives viennent de l'amour-propre, et de ce qu'elles rapportent Dieu à elles-mêmes, au lieu de se rapporter à lui. Dans leur salut, elles n'envisagent que leur propre intérêt ; ce n'est point l'amour de Dieu, la gloire de Dieu, la volonté de Dieu qui est leur fin et leur centre : c'est leur propre béatitude en tant qu'elle se termine à elles. Qu'elles corrigent ce désordre ; qu'elles s'élèvent un peu au-dessus d'elles-mêmes, et que, sans négliger leurs intérêts, elles les subordonnent à un plus grand intérêt, qui est celui de Dieu : bientôt l'amour prendra la place de la crainte ; elles mettront en Dieu toute leur confiance ; elles attendront leur salut, non de leurs mérites, mais de sa bonté et de sa miséricorde ; elles serviront Dieu en paix, et la pensée de l'éternité ne les effrayera plus.
Mais ce n'est pas assez que cette pensée ne nous porte point à l'effroi et au découragement, il faut qu'elle nous devienne douce et consolante, en sorte que l'âme aime à se la rappeler, qu'elle ne la perde même jamais de vue ; qu'elle s'en serve pour se soutenir, pour s'animer dans les traverses et les maux de la vie présente. Et que faut-il faire pour cela ? Être bien pénétrés de cette pensée de saint Paul : Nos afflictions, qui ne sont que momentanées et légères, nous produisent un poids immense et éternel de gloire.
Qu'est-ce que cette vie ? doit-on se dire à soi-même. Un temps d'épreuve, où je dois mériter un bonheur éternel. Dieu m'a destiné à la possession éternelle de lui-même, c'est-à-dire de la source et du centre de tous les biens. Quelle destinée pour un être tiré du néant ! qu'elle est grande et supérieure à toutes nos vues et nos désirs ? Comment, après cela, peut-on s'abaisser aux choses de la terre ? comment peut-on s'y attacher ? comment daigne-t-on les regarder ? Je suis né pour ce qui est éternel, et je m'arrête à ce qui passe ? Je suis né pour posséder Dieu, et je livre mon cœur à la créature !
Mais Dieu veut me donner cette possession éternelle de lui-même à titre de récompense. Et que me demande-t-il ? Que dès ici-bas je m'occupe du bonheur de le posséder un jour ; qu'en vue d'un si grand bienfait, d'une si sublime destination, je l'adore, je l'aime, je le serve de tout mon cœur ; que, si j'ai le malheur de l'offenser, je revienne bientôt à lui, et que j'écoute au fond de mon âme sa voix qui me rappelle à mon devoir ; que, dans l'espérance de cette bien heureuse éternité, je souffre - volontiers pour l'amour de lui toutes les peines de la vie présente, et que je méprise ses faux plaisirs, ou du moins que j'en use selon les vues de Dieu. Voilà uniquement ce qu'il me demande.
Or, peut-il y avoir une pensée plus douce, plus consolante que celle de l'éternité ainsi envisagée ? En est-il une plus propre à élever l'âme au-dessus d'elle-même, au-dessus des illusions d'un monde trompeur, au-dessus des tentations, des difficultés que l'on rencontre dans la pratique de la vertu ? Tout ce que j'éprouve ici-bas de privations, de mortifications, de croix de toute espèce, durât-il cent ans, durât-il cent mille ans, n'est qu'un moment en comparaison de l'éternité. Mes maux, fussent-ils mille fois plus grands, ce sont des maux légers au prix du poids immense de gloire et de félicité qui m'attend.
Courage, mon âme ! Tout ce qui passe n'est rien quand il est passé ; tu ne dois compter pour vrai bien et pour vrai mal que celui qui dure éternellement. La privation de ce plaisir me sous trait à une peine éternelle ; à quoi m'exposerait sa jouissance ? La pratique de cette vertu qui me coûte tant d'efforts me procurera un bien sans bornes et sans terme. Est-il un mal que cette pensée n'adoucisse, une tentation qu'elle ne puisse surmonter, un acte de vertu qu'elle ne rende aisé ? Pourquoi donc craint-on tant l'éternité, puisque c'est le plus grand motif de consolation que nous puissions avoir ici-bas, le motif le plus sublime, le plus encourageant ?
Que fait cela à l'éternité ? disait un grand Saint. Cela contribuera-t-il à mon bonheur éternel ? cela y nuira-t-il ? Voilà une règle de conduite bien sûre, bien décisive, et qui peut s'appliquer à toutes les circonstances de la vie. Proposons-nous de suivre cette règle ; rappelons-nous-la tous les jours, rendons-nous-la familière, nous vivrons ici-bas en citoyens de l'éternité, et nous en goûterons les délices d'avance, par la paix de la conscience ? et la satisfaction intime d'agir en tout selon la droite raison et la religion.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à Sur la pensée de la mort, Raisons pour lesquelles nous pouvons, sans péché, désirer la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.















samedi 4 juillet 2020

Faiblesse et corruption du cœur humain


Caïn et abel (Vergara)
Après avoir considéré combien l'entendement de l'homme est aveugle, il faut voir combien son cœur est faible et corrompu. J'entends faible, quand il s'agit du bien ; car il n'est que trop fort quand il est question du mal.
Cette volonté, que Dieu avait créée droite, s'est pervertie par le péché originel, et nous naissons tous dans cette malheureuse perversité. L'ordre de la création a été renversé. Notre cœur avait une inclination naturelle à aimer Dieu par-dessus toutes choses. Depuis le péché, tout notre amour se porte vers nous-mêmes, et nous n'aimons rien que par rapport à nous. Encore, si l'amour que nous avons pour nous était raisonnable, si nous entendions nos véritables intérêts, l'amour de nous-mêmes nous ramènerait bien vite à Dieu, notre premier principe, notre dernière fin. Mais ce n'est plus la raison, ce ne sont point nos vrais intérêts qui règlent notre amour-propre. Cet amour est déréglé, parce qu'il nous constitue centre de tout; il est contraire à nos vrais intérêts, parce qu'il n'envisage que le bien présent, le bien sensible, et qu'il perd absolument de vue le bien spirituel, le bien surnaturel.
Il arrive de là que, dès la plus tendre enfance, nous nous portons de toutes nos forces vers les objets terrestres ; que nous ne cherchons de bonheur que dans leur jouissance ; que les besoins du corps, que ses plaisirs nous entraînent et nous asservissent ; que notre âme, enfoncée, pour ainsi dire, dans la matière, ou ne s'élève point, ou ne s'élève qu'avec les plus grands efforts vers les objets spirituels.
De là cette terrible concupiscence, source de presque tous nos péchés. Les Saints la connaissent et en gémissent, parce qu'ils sentent combien elle est avilissante pour eux, à combien de tentations elle les expose, et combien elle est contraire à l'ordre primitif qui soumettait l'âme à Dieu, et le corps à l'âme. Mais la plupart des hommes, même des chrétiens, loin de gémir de cette cruelle maladie, la chérissent, s'en font gloire, et se croiraient malheureux s'ils n'y étaient sujets. L'homme sans passion leur paraît un être sans mouvement et sans vie. L'homme qui combat ses passions, au lieu de leur céder, passe, à leurs yeux, pour un insensé, pour un ennemi de son bonheur.
De là cette effroyable difficulté que l'on trouve à comprendre, à goûter, à pratiquer la morale chrétienne, dont le but est d'anéantir en nous le règne de la concupiscence. Si cette morale nous semble belle, raisonnable, digne de l'homme, il ne faut pas croire que nous en soyons redevables à nos lumières naturelles. Jamais elle ne nous paraîtrait telle, si un rayon de la grâce ne nous éclairait. Mais qu'il y a loin de là à la pratique ! Nous formons, à l'aide de la grâce, des résolutions ; nous protestons à Dieu de notre fidélité ; nous nous croyons fermes et inébranlables ; mais à la première occasion nous succombons ; la moindre difficulté nous épouvante ; l'attrait du bien sensible nous fait tout oublier ; en un mot, nous tombons à chaque pas, et il nous est impossible de nous-mêmes de nous relever. Quelle faiblesse ! qu'elle est humiliante ! Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas.
Encore, si je veux le bien, quoique faiblement, si je ne veux pas le mal, est-ce un bienfait de la grâce ; car la corruption et la malignité de ma volonté est telle, que ses premiers mouvements naturels l'éloignent du bien et la portent au mal. Il ne faut pas s'être étudié longtemps pour reconnaître en soi cette malheureuse disposition. Le cœur est presque toujours, chez nous, en guerre avec la raison. Celle-ci nous conseille une chose, la passion nous conseille le contraire. Nous voyons, nous approuvons le meilleur parti : nous suivons le plus mauvais. Un païen même l'a remarqué. Ce conflit de la raison et des passions tient l'âme dans une agitation continuelle.
Mais ce n'est là que le commencement de notre malignité. Elle s'irrite de la défense du mal ; elle s'emporte contre Dieu, auteur de cette défense. Elle s'épuise en raisonnements, en subtilités, pour se persuader qu'une telle défense est injuste, tyrannique, et que l'homme a droit de se livrer, sans frein et sans mesure, à toutes ses passions. Écoutez l'amour-propre : il veut être maître de tout, il prétend que tout lui appartient ; il ne respecte point le droit d'autrui. Toute résistance qu'on oppose à ce qu'il désire, lui paraît une injustice. Il envie aux autres tout ce qu'ils ont et qu'il n'a pas ; et non-seulement il le leur envie, mais il tente tous les moyens pour le leur arracher. Et il est certain que la passion ne respecterait rien, si elle était assez forte pour franchir toutes les barrières. Ce n'est jamais Dieu qui l'arrête, c'est la crainte des hommes et des lois humaines. Aussi substitue-t-elle, tant qu'elle peut, la fraude et la séduction à la violence. Au moins le crime est-il consommé dans le cœur, si l'on manque de courage ou de moyen pour l'exécuter. Il se commet bien des désordres dans le monde ; mais il s'en commet incomparablement plus dans le secret du cœur, qui ne passent jamais à l'effet faute d'occasions et de ressources. Qui verrait à découvert tout ce que les hommes convoitent, résolvent, trament dans leur intérieur, les jugerait mille fois plus mauvais qu'ils ne le paraissent.
Non-seulement la défense du mal irrite l'homme, mais elle lui est un attrait pour le commettre. La loi, loin d'arrêter la volonté, l'excite ; et le grand charme du péché est dans le péché même. Saint Paul l'a dit, l'expérience journalière nous l'apprend : il suffit qu'on nous défende une chose, pour nous donner envie de la faire. Une lecture, un tableau, un spectacle qu'on nous interdit, piquent notre curiosité, et nous n'avons point de repos qu'elle ne soit satisfaite. Ce qu'on nous cache, est ce que nous désirons le plus de savoir. Ce qu'on nous refuse est ce que nous désirons le plus d'avoir. Il semble que toute loi, toute gêne est un attentat contre notre liberté, et que ni Dieu ni les hommes n'ont aucun droit sur nos désirs. Peut-on porter plus loin la corruption et la malignité ?
Le comble est, qu'au lieu de rougir de toutes ces misères, on s'en fait gloire ; c'est qu'au lieu de les condamner, de les excuser du moins, on se les justifie; on se vante, et du mal qu'on a fait, et de celui qu'on n'a pas fait ; on se donne pour plus méchant que l'on n'est. Le triomphe des libertins entre eux n'est-il pas d'en chérir ainsi les uns sur les autres ? Et n'ont-ils pas honte lorsqu'ils se voient surpassés par d'autres dans l'art de la volupté et de la débauche ?
Si nous ne nous sentons pas capables de tous ces excès, nous ne nous connaissons qu'imparfaitement. Le fond de corruption est le même dans tous les cœurs ; et il ne faut qu'une seule passion à laquelle on se livre, pour le développer. Sondons un peu l'abîme de notre cœur ; rappelons-nous ce qui s'y est passé en telle et telle circonstance ; voyons où nous auraient conduits tel désir, tel penchant, tel mouvement, si l'éducation, si la crainte, si la religion ne les avaient pas réprimés, ou si l'occasion ne nous avait pas manqué. Rendons-nous justice, et soyons persuadés que, si Dieu n'avait veillé spécialement sur nous, il n'est pas de crime où notre corruption ne nous eût précipités. Remercions Dieu, et des péchés qu'il nous a pardonnés, et de ceux dont il nous a préservés. Et disons, avec saint Augustin, qu'il n'est pas de crime commis par un homme, dont un autre homme ne soit capable, et qu'il ne commît en effet, sans l'assistance divine.
Le fond de notre misère est si grand, que nous ne sommes pas capables d'en soutenir la vue ; et si Dieu nous le découvrait à plein, lorsque nous commençons à nous donner à lui, cela nous jetterait dans le désespoir. Aussi ne nous le montre-t-il que par degrés et avec une réserve pleine de sagesse. Mais, comme cette connaissance est absolument nécessaire pour nous rendre humbles, vigilants, pleins de défiance de nous-mêmes et de confiance en Dieu, à mesure que nous nous fortifions et que nous avançons dans la vertu, il nous met sous les yeux notre corruption et notre faiblesse. Par la grandeur du mal, il nous a fait juger du prix du remède; il nous approche de l'abîme d'où sa grâce nous a retirés, et nous en montre toute la profondeur. Ainsi fit-il voir à sainte Thérèse la place qu'elle aurait occupée dans l'enfer, s'il ne l'avait appelée à lui dans sa miséricorde. C'est ainsi que les péchés que nous avons commis ou que nous aurions pu commettre, servent de base à notre humilité et à notre sainteté.
Mais Dieu ne s'en tient pas là pour les âmes qu'il destine à une haute perfection ; il ne se borne pas à une connaissance spéculative de leur misère, il leur en donne une connaissance expérimentale. Pour cela, il attend que leur volonté soit assez confirmée dans le bien, pour qu'il ne soit plus à craindre qu'elles pèchent. Alors il leur fait éprouver le sentiment de leur corruption ; il permet que de mauvaises pensées et de mauvais désirs de toute espèce occupent leur esprit et leur cœur ; toutes leurs passions se déchaînent ; le démon joint ses noires suggestions aux penchants de la nature corrompue. Ces âmes si pures, si pleines d'aversion pour le mal, y sont plongées et enfoncées ; elles croient s'y plonger et s'y enfoncer elles-mêmes ; elles se voient toutes couvertes, en apparence, des péchés les plus horribles ; elles s'imaginent y avoir consenti, quoiqu'elles en soient plus éloignées que jamais. Leur directeur, qui connaît à fond leurs dispositions intimes, ne saurait venir à bout de les rassurer. Dieu les tient en cet état jusqu'à ce qu'elles aient acquis une humilité proportionnée au degré éminent de sainteté auquel il les destine. La vie d'un grand nombre de Saints fait foi de la vérité de cet état ; les mystiques ont donné des règles pour en faire le discernement, et pour conduire les âmes qui passent par cette épreuve. Saint Paul dit de lui-même que, pour l'empêcher de s'enorgueillir de la grandeur de ses révélations, Dieu lui faisait sentir l'aiguillon de la chair, et le livrait aux soufflets de l'ange de satan. Il ajoute, qu'ayant demandé trois fois à Dieu d'en être délivré, il lui avait répondu : Ma grâce te suffit ; car, la vertu se perfectionne dans la faiblesse, c'est-à-dire que le sentiment de notre propre faiblesse sert à faire éclater la force de la grâce et à épurer la vertu de l'homme.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vousAveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.















mardi 16 juin 2020

Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin


Extrait du CATÉCHISME SPIRITUEL DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE, TOME I, Composé par le R. P. J. J. SURIN, de la Compagnie de Jésus :




Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit



Quels sont ces avis ?

Le premier est d'empêcher un demi-consentement que le démon tâche de tirer de la personne qui souffre ces peines intérieures. Pour bien comprendre ceci, il faut savoir que le malin esprit dans ces occasions, porte les hommes à l'impureté ou au désespoir, ou à l'aversion contre le prochain. Mais outre ces tentations grossières, il fait tout ce qu'il peut pour leur persuader de s'adonner à leur humeur, et de se renfermer en eux-mêmes, pour s'y occuper de leurs peines. On se raidit contre les premières tentations, qui sollicitent visiblement au mal, et on succombe aisément à la dernière, où l'on ne voit point de péché : c'est ce que j'appelle un demi-consentement, qu'il est d'une très-grande importance de refuser à l'ennemi. Pour cela, il ne suffit pas de ne point se laisser aller à l'humeur chagrine et impatiente à laquelle on se sent porté ; il faut se mettre dans une disposition de joie spirituelle et de douceur envers le prochain, si bien qu'il ne paraisse rien au dehors de la peine qu'on souffre au-dedans. Outre que par cette conduite on remporte une entière victoire sur le démon, on en tire encore deux grands avantages, qui sont, d'avancer beaucoup dans la voie de la perfection, et d'acquérir bientôt une grande supériorité sur l'ennemi.


Quel est le second avis ?

C'est de ne faire nulle attention à la peine que l'on souffre, imitant ceux qui marchent sur la cime des montagnes, lesquels fixent la vue sur le chemin qu'ils doivent tenir, sans la détourner jamais pour regarder les précipices qui les environnent de tous côtés. On remarque que saint Pierre marcha sur l'eau sans enfoncer, tandis qu'il n'envisagea que Notre-Seigneur qui l'attendait sur le bord ; et que dès qu'il fit réflexion au danger, il commença à enfoncer ; ce qui lui attira ce reproche de la part de Jésus-Christ : Homme de peu de foi, pourquoi avez-vous douté ?


De quoi sert à l'âme de ne point envisager ses peines ?

Elle évite par là plusieurs dangers et plusieurs inconvénients dans lesquels elle donnerait en gardant une autre conduite. Ces peines, soit qu'elles viennent du côté de Dieu, ou du côté du démon, ou du côté des hommes (comme nous l'avons dit au Chapitre sixième de la quatrième Partie) que peut-on gagner à les considérer ? Dés que vous ferez réflexion au mépris et aux mauvais traitements que vous recevez de la part des hommes, vous rendrez votre Croix plus pesante, à force de vous la représenter vivement et de grossir les choses dans votre imagination. Si vous raisonnez sur les assauts que le démon vous livre en matière d'impureté ou de désespoir, tous vos raisonnements n'aboutiront qu'à rendre la tentation plus pressante, et à la faire entrer plus avant dans votre âme : et si vous vous avisez de considérer attentivement les abîmes de la grandeur et de la justice de Dieu, il est à craindre que vous n'en soyez englouti.
Voilà pourquoi les âmes sujettes à des peines intérieures, et surtout à ces peines extraordinaires dont nous avons parlé ailleurs ; ces âmes, dis-je, n'ont rien de mieux à faire que de s'interdire toute réflexion sur les peines qu'elles souffrent, pour donner toute leur attention à la vie de Jésus-Christ, et aux autres saints objets qui sont capables de les consoler. Elles ne doivent ouvrir les yeux, que pour voire chemin où elles marchent, sans détourner leur vue ailleurs. Cette personne m'a maltraité ; cette croix est accablante ; ce précipice est affreux : à quoi peuvent servir ces réflexions, qu'à aigrir le cœur, et à mettre le trouble dans l'esprit ? N'est-il pas plus sûr et plus doux de souffrir sa peine sans se donner d'autre soin que celui d'envisager la bonté de Dieu, et de s'étudier à la résignation et à la patience ?


D'où vient que les personnes qui souffrent, sont portées à considérer leur peine ?

Cette attention vient d'un soin empressé qu'elles ont pour elles-mêmes ; et de ce que manquant de confiance en Dieu, elles attendent leur délivrance de leur propre industrie. C'est la tentation ordinaire des âmes qui portent des croix intérieures : elles veulent se mettre en repos ; elles cherchent sans cesse le remède au mal qui les afflige, et elles ne voient pas que cet empressement ne fait qu'augmenter leur peine, et les jeter dans un nouvel embarras. Le parti qu'elles doivent prendre, c'est de se désoccuper d'elles-mêmes, pour s'abandonner entièrement à la miséricorde de Dieu, disant comme le Prophète David : j'aurai toujours les yeux attachés sur le Seigneur, persuadé qu'il me délivrera des pièges de mes ennemis.


Quel est le troisième avis au sujet des peines d'esprit ?

C'est qu'on s'encourage à les supporter, en vue des avantages qui doivent en revenir. Car ces peines, et surtout celles qu'on appelle extraordinaires, sont suivies de plusieurs dons surnaturels, d'une grande paix, d'une parfaite liberté de cœur, de consolations ineffables, d'une fermeté constante à se maintenir dans le bien, et à suivre en tout le mouvement de la grâce. Nous pouvons ajouter à ce que nous en avons dit dans la quatrième Partie, que c'est des personnes qui ont passé par ces épreuves qu'il est dit dans l'Apocalypse : Qu'elles ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau ; qu'elles n'auront ni faim ni soif ; que le Soleil, ni aucune autre chose ne les incommodera plus ; parce que l'agneau qui est au milieu du trône, sera leur Pasteur, et qu'il les conduira aux fontaines des eaux vives.
On peut dire de ces âmes, qu'elles ont vu la fin de leurs maux, et qu'elles recevront désormais tous les biens en abondance. Le plus grand de ces biens, est que Dieu établira en elles sa demeure, selon la promesse de l'Évangile : Nous viendrons à lui, etc. Jésus-Christ devenu leur guide, les conduira aux fontaines de sa sagesse et de son amour, où elles puiseront sans cesse : de sorte que leur vie ne sera plus qu'un festin continuel, et un avant-goût du Paradis.
Nous avons exhorté ailleurs les personnes, qui sont dans ces épreuves, à être fidèles à Dieu malgré leurs extrêmes souffrances, et les fréquentes tentations de l'ennemi : et comme cet avis est le plus nécessaire, nous les ferons souvenir ici que leur fidélité consiste, 1°. À résister courageusement au démon sans consentir jamais au mal. 2°. À persévérer constamment dans leurs exercices spirituels, et à ne point s'en dispenser sous prétexte qu'elles souffrent de grandes peines. 3°. À n'omettre aucune des bonnes œuvres qu'elles avaient coutume de faire, ou de leur propre choix, ou pour satisfaire aux devoirs de leur état, ou pour obéir aux mouvements de la grâce.


Ces avis ne sont-ils que pour les personnes qui souffrent des peines extraordinaires ?

Toutes sortes de personnes peuvent en profiter, et on peut dire à celles qui n'éprouvent que des souffrances et des tentations ordinaires, qu'elles croîtront en grâce et en vertu, à mesure qu'elles augmenteront en résignation et en patience, et qu'elles se conformeront à ces avis.


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Jean-Joseph Surin, De la Réparation de l'Intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du vrai Progrès, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelle manière on doit aider les personnes faibles, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Ordre de la vie spirituelle pour les Directeurs, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des maladies de l'âme, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander l'humilité, Du Recueillement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des secours qu'il faut donner au Peuple dans les Missions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et prière pour les Missions, Soin que l'état de maladie demande, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la conduite qu'il faut tenir à l'égard des Énergumènes, par le R.-P. 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Jean-Joseph Surin, De l'amour étonnant du Père Surin pour l'abjection, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De la vie Apostolique, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques industries cachées qui conduisent bientôt à la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Réponse à quelques doutes touchant la Pénitence, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Pénitence et de l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du bon Directeur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'heureux état d'une âme qui a établi sa perfection et sa félicité dans l'acquiescement au bon plaisir de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la conduite des âmes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'étude des Lettres, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Réponse à quelques doutes touchant l'Oraison, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Ce qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Oraison et de la Contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction pour les personnes qui entrent dans la voie d'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Que les âmes lâches fassent tous leurs efforts pour acquérir la bonne volonté qui leur manque, Ce qu'est l'oraison mentale, par le R.P. D. Laurent Scupoli, Clerc Régulier Théatin, De l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Oraison qui convient à la voie extraordinaire, et Avis nécessaires à ceux qui sont dans cette voie, par le R.-P Jean-Joseph Surin, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin (1), Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin (2), Des qualités qui sont propres dans la voie extraordinaire, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la voie surnaturelle ou extraordinaire, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'avancement de l'âme et des principaux moyens qui peuvent le procurer, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens extérieurs qui aident à acquérir la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens intérieurs qui aident à la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Quels sont les devoirs de piété dont il faut s'acquitter envers les Saints ?, Des exercices de piété, par le R.-P. 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Jean-Joseph Surin, En quoi consiste la perfection chrétienne : pour l'acquérir il faut combattre, et pour sortir victorieux de ce combat, quatre choses sont nécessaires, Du devoir des Veuves, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur la nécessité des progrès dans la vertu, De la Réduction des Hérétiques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques moyens de bien faire l'oraison mentale, et Pour la direction et la progression spirituelles : Quel chrétien êtes-vous ?.












samedi 16 mai 2020

Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (5/6)




5°. UN PÈRE TENDRE ET COMPATISSANT POUR SES ENFANTS. De combien de périls il les garantit ! combien de fois il les arrête sur le bord de l'abîme ! avec quelle tendre sollicitude il veille sur eux dans tous les instants de leur vie ! Comme il sait écarter les obstacles à la vertu, éloigner les occasions du vice, briser les liens de l'iniquité ! À combien de tentations et de malheurs il les arrache ! Sa miséricorde, plus abondante à mesure que leurs iniquités augmentent, redouble de soins et d'empressements. Ô mon Dieu, vous avez renouvelé à mon égard tous ces prodiges ; et néanmoins j'ai outragé votre bonté, j'ai insulté à votre amour !!! Mais, ô Dieu infiniment bon, vous n'avez répondu à mes outrages que par de nouveaux bienfaits ; et mon ingratitude n'a jamais suspendu les effets de votre tendresse pour moi. Que de miracles de bonté ! que de secrets ressorts de charité ! que de tendres démarches ! que d'aimables attentions ! quelle patience, quand je me suis égaré loin de vous ! quelle tendresse, quand je suis revenu à vous !... Comme un père tendre, à qui la joie de revoir son fils fait oublier tous ses égarements et tous ses torts, Dieu a couru au-devant de moi, il m'a embrassé, il m'a pardonné, avant même que j'eusse demandé le pardon ; il m'a rétabli dans tous mes anciens droits ; et la seule chose qu'il a exigé de moi, c'est que mon retour fût sincère ; que, comme il avait toujours eu pour moi le cœur d'un père, je reprisse pour lui le cœur d'un fils, sans conserver de liaisons secrètes avec le péché, son ennemi. Ô clémence paternelle, que nous ne saurions ni imiter, ni comprendre !... ô dureté de mon cœur, qu'une telle bonté ne touche et n'amollit point !... Mon Dieu, il me semble cependant que je suis maintenant plus touché de l'excès de ma misère, et en même temps de cet abîme de miséricorde qui la surpasse. Ô vous, qui aimez à chercher ce qui était égaré, à sauver ce qui était perdu, à remettre dans votre sein tendre et paternel, ce qui était loin de vous et livré aux passions ; ô divin pasteur, je sens renaître ma confiance, et je m'abandonne à votre amour. Hé quoi ! serais-je encore susceptible de quelque impression de découragement ou de désespoir ? Ah ! ne permettez pas, ô mon Dieu, que je me livre jamais à un sentiment qui vous outrage, dans celle de vos perfections dont vous êtes le plus jaloux ; apprenez-moi, dans mes chutes, à espérer toujours, à ne me décourager jamais, puisque la source des miséricordes ne tarit point pour les cœurs pénitents. Ô grâce du Sauveur, éclatez partout en moi, pour mieux montrer votre puissance. Ô amour, vous voulez des âmes livrées à vos transports, des âmes qui ne se promettent rien d'elles-mêmes, et qui osent tout en vous. Me voici, Seigneur, je suis une pierre dure et insensible, qui ne puis être taillée que sous les coups redoublés du ciseau ; me voici rebelle, indocile, et incapable de tout bien ; taillez, coupez, retranchez ce qui s'oppose en moi à votre amour. Ô Seigneur, prenez cette pierre ; glorifiez-vous ; amollissez mon cœur ; animez-le de votre esprit ; rendez-le sensible à vos bontés ; enfin pénétrez-le, embrasez-le d'amour pour vous.


(Extrait de Manuel du Pénitent ou conduite pour la Contrition)



Reportez-vous à Ne vous mettez donc pas en peine, en disant que mangerons-nous ? ou que boirons-nous ?, Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (1/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (2/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (3/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (4/6)Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (6/6)Conduite pour la Contrition, Premier Motif de Contrition : La Majesté de Dieu, Deuxième Motif de Contrition : La Justice de Dieu, Instruction sur la Contrition, Prière pour obtenir de Dieu miséricorde, Instruction sur la Grâce, De l'examen de conscience, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Cinq points dans l'examen général de la conscience, Trois temps pour l'examen particulier, Prière à Saint Louis de Gonzague pour demander la contrition, Bien choisir le sujet sur lequel on doit faire l’examen particulier, Combien l'examen de notre conscience est important, Méditation pour la Fête de Sainte Marie-Madeleine, Prière pour obtenir la persévérance dans le jeûne et la pénitence, Méditation sur la promptitude et la vivacité de la vraie pénitence, Méditation sur le souvenir des jours que l'on a passé dans l'oubli de Dieu et de ses devoirs, Méditation sur la miséricorde de Dieu, Méditation sur la pénitence du cœur, Psaumes de la Pénitence, Méditation sur la mort dans le péché, Méditation sur la confiance qu'un Chrétien doit avoir en la miséricorde de Dieu, Hymne du Carême, Méditation sur la réparation du péché, Méditation sur l'expiation du péché, Méditation sur la miséricorde de Dieu, Exercice pour la confession, Litanies de Sainte Marie-Madeleine, Méditation sur la promptitude et la vivacité de la vraie pénitence, Méditation sur la vraie pénitence, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la confession, Réponse à quelques doutes touchant la Pénitence, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulier, Les peines du Purgatoire conformes aux fautes commises La conversion renvoyée au soir de la vie conduit l'âme à la cruelle faim du Purgatoire, Troisième méditation de préparation à la mort : Que me présenteront le passé, le présent et l'avenir ?, Instruction sur la Prière, Explication du premier commandement de Dieu, Explication du deuxième commandement de Dieu, Explication du quatrième commandement de Dieu, et Explication du cinquième commandement de Dieu.