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dimanche 22 octobre 2023

Invocation du Précieux Sang de Jésus contre les blocages dus à des maléfices


Saint Pierre en prison


Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.


J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur tous les blocages de ma vie afin que je sois libéré(e) de tout mal.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur ma vie spirituelle afin que j'aie le goût des choses divines.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur ma vie intellectuelle afin de posséder toutes mes capacités.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur ma vie psychologique afin d'être délivré(e) de mes phobies, mes angoisses, mes traumatismes, et guéri(e) de toutes mes blessures intérieures.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur mon corps afin de recouvrer la santé et l'énergie nécessaires à l'accomplissement de mon devoir d'état.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur mes organes internes et externes afin que soit assuré leur bon fonctionnement et que le démon ne puissent plus les opprimer.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur mon corps, mon âme et mon esprit afin qu'ils soient libérés de l'influence de Satan et de ses suppôts.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur ma vie matérielle afin que j'aie de quoi vivre décemment.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur tous mes biens, temporels et spirituels, afin qu'ils soient protégés des jalousies, du mauvais œil, de la malice du diable, des impies et sorciers qui le servent.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur tous mes appareils électriques afin que le démon ne puisse plus les infester.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur mes ressources financières afin que je sorte de la misère et des échecs à répétition.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur ma vie de couple, afin que nous nous aimions en vérité et puissions enfin nous multiplier.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur ma vie familiale afin qu'elle soit paisible et que le démon ne puisse plus y mettre la discorde.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur ma vie professionnelle afin qu'elle porte de bons fruits.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur mes projets afin que le démon ne puisse plus les entraver, et qu'ils aboutissent.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur ma vie relationnelle afin qu'elle soit aisée et que se créent des liens de sincères amitiés et de parfaite charité.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur mon passé afin qu'il ne me bloque en rien.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur mon présent afin qu'il soit heureux.
Sang du Christ, sauvez-nous.

J'invoque le Précieux Sang de Jésus sur mon avenir afin qu'il me prépare à la vie éternelle.
Sang du Christ, sauvez-nous.


V/ Vous nous avez rachetés, Seigneur, par votre Sang,
R/ Et vous avez fait de nous le royaume de Dieu.


PRIONS

Dieu éternel et tout-puissant qui avez constitué votre fils unique Rédempteur du monde, et avez voulu être apaisé par son sang, faites, nous vous en prions, que, vénérant le prix de notre salut et étant par lui protégés sur la terre contre les maux de cette vie, nous recueillions la récompense éternelle dans le Ciel. Par le même Jésus-Christ, Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Dieu soit béni. Alléluia.



Reportez-vous à Prière contre les cages maléfiques, Prière pour casser toute magie et affaiblir les forces sataniques, Neuvaine de protection contre les attaques de magie, Summis desiderantes affectibus, Bulle apostolique du Pape Innocent VIII, contre l'hérésie des sorcières, Transmission de la sorcellerie, Halloween, fête satanique ou comment inciter vos enfants à glorifier les ténèbres, Les démons incubes appelés familièrement « Maris de nuit », Exorcisme de Saint François de Sales pour les époux dont la fécondité du mariage est entravée par le démon ou par des maléfices, Saint Philippe Benizi, invoqué pour préserver les enfants des maléfices, Vie de Saint Cyprien et Sainte Justine, Martyrs à Nicomédie, et Exorcisme de Saint Cyprien contre les maléfices, Satan veut déformer l'homme, afin d'effacer en lui l'image de Dieu, et le façonner à sa propre image, Comment Satan a égaré l’humanité dans ses voies, après lui avoir fait perdre la connaissance du vrai Dieu : magie naturelle, magie noire, idolâtrie, divination, mystères et sociétés secrètes, Sur le magnétisme, Mediums et faux exorcistes : disciples de Satan, État religieux et moral de l'univers au temps de l'établissement du Christianisme, Les efforts incessants de Satan pour se reformer une Cité, Culte de la pierre, de l'arbre, et de la source : traditions et origines magiques de ces dieux (1/4), L'existence du surnaturel et du surhumain, Résultats du spiritisme : la folie et le suicide - Dernier obstacle à l'envahissement satanique : la papauté, La terre se couvrit de ronces et d'épines, Méditation transcendantale, hypnose... et forces démoniaques, et La communication de Satan avec l'homme, un dogme de foi aussi certain que l'Incarnation.











samedi 21 octobre 2023

Prière contre les cages maléfiques



Libération de Saint Pierre


Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.



V. Notre secours est dans le Nom du Seigneur.
R. Qui a fait le ciel et la terre.
V. Sauvez vos serviteurs.
R. Qui espèrent en vous, ô mon Dieu.
V. Envoyez-leur votre secours, Seigneur, de votre saint lieu.
R. Et de Sion, protégez-les.
V. Soyez-leur, Seigneur, une tour de puissante protection.
R. En face de l'ennemi.
V. Que l'ennemi ne gagne rien sur eux.
R. Et que le fils d'iniquité n'arrive pas à leur nuire.
V. Seigneur, exaucez ma prière.
R. Et que mon cri parvienne jusqu'à vous..


Au Nom de Jésus-christ,
par la puissance de son Précieux Sang et de sa Sainte Croix, que soient brisées toutes les cages maléfiques qui emprisonnent ma vie matérielle, intellectuelle et spirituelle.

Au Nom de Jésus-christ, par la puissance de son Précieux Sang et de sa Sainte Croix, que soient brisées toutes les cages maléfiques qui emprisonnent ma vitalité, ma santé et ma fertilité.

Au Nom de Jésus-christ, par la puissance de son Précieux Sang et de sa Sainte Croix, que soient brisées toutes les cages maléfiques qui emprisonnent mon mariage, ma vie de couple (ou ma vie sentimentale).

Au Nom de Jésus-christ, par la puissance de son Précieux Sang et de sa Sainte Croix, que soient brisées toutes les cages maléfiques qui emprisonnent ma vie familiale.

Au Nom de Jésus-christ, par la puissance de son Précieux Sang et de sa Sainte Croix, que soient brisées toutes les cages maléfiques qui emprisonnent ma vie professionnelle.

Au Nom de Jésus-christ, par la puissance de son Précieux Sang et de sa Sainte Croix, que soient brisées toutes les cages maléfiques qui emprisonnent ma vie sociale.

Au Nom de Jésus-christ, par la puissance de son Précieux Sang et de sa Sainte Croix, que soient brisées toutes les cages maléfiques qui emprisonnent mes projets et les empêchent d'aboutir.

Au Nom de Jésus-christ, par la puissance de son Précieux Sang et de sa Sainte Croix, que soient brisées toutes les cages maléfiques qui emprisonnent les ressources financières de mon foyer.

Au Nom de Jésus-christ, par la puissance de son Précieux Sang et de sa Sainte Croix, que soient brisées toutes les cages maléfiques qui m'empêchent de recevoir les bénédictions divines.


Venez, Esprit-Saint,
Remplissez le cœur de vos fidèles,
Et allumez en eux le feu de votre amour.
Envoyez votre Esprit-Saint, Seigneur,
Et délivrez-nous du Mal.
Ainsi soit-il.

Dieu soit béni. Alléluia.



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vendredi 24 juillet 2020

Quelles sont les causes dispositives et applicatives du malin esprit au corps de l'Énergumène ?


Saint Ignace délivrant un jeune possédé


I. Ce mal si étrange arrive aucunefois à raison du seul péché originel.
Et aucunefois pour les péchés actuels, ceux mêmes qu'on estime légers.
Un saint personnage à sa propre requête, fut mis en la possession de Satan, pour un mouvement de vanité.


II.
Il ne faut pas trouver étrange qu'un péché soit puni d'un si grand tourment.
Et même un péché léger ; car en la balance divine, une légère faute pèse plus qu'une griève peine.


III. Ce mal arrive quelquefois sans aucun sujet apparent en la personne ; comme aux petits enfants baptisés.
Combien que ce mal arrive sans aucun sujet en la personne des petits enfants après le Baptême : ce n'est pas néanmoins sans aucun sujet au regard de leur Nature, tributaire à l'ennemi depuis la chute d'Adam.


IV. Comme ce mal a diverses causes dispositives, aussi en a-t-il diverses applicatives.
Aucunefois Dieu même expédie à Satan pouvoir sur la personne.
Le châtiment de Nabuchodonosor, selon quelques Auteurs, fut une espèce de possession maligne.


V. Autrefois c'est un saint Personnage qui livre le pécheur à Satan : comme fit S. Paul au regard du Corinthien incestueux, et des deux Hérésiarques Hymenée et Alexandre.

VI. Assez souvent ce sont les Magiciens et les Sorciers. Comme en l'Église Chrétienne, le S. Esprit est donné à l'homme par l'homme : ainsi Satan, singe de Dieu, se plaît à voir qu'en son État, les malins esprits soient appliqués aux hommes par le moyen des hommes.



Parce que le droit duquel nous venons de parler, et qui est le point constitutif de la possession, n'est point appuyé en la nature : Il a pour supplément deux causes, dont l'une est morale, l'autre réelle ; l'une est de la part de l'homme qui est possédé, l'autre de la part de Satan qui possède ; l'une est le sujet qui donne entrée au malin esprit, et l'autre est la cause instrumentale qui l'applique. Voyons quelque particularité de l'une et de l'autre : et observons quant à la première,
QUE comme dans les maladies ordinaires, les unes viennent d'une indisposition héréditaire, les autres des excès du malade, et quelques-unes par la condition de notre nature, sans que la personne y ait donné aucun sujet : Ainsi ce mal étrange et extraordinaire arrive quelquefois à raison de la coulpe originelle, non encore effacée par le Baptême, dont on peut voir une histoire en Beda : quelquefois en punition des péchés actuels, comme en cette fille que Prosper raconte avoir été possédée d'un esprit immonde, pour un regard impudique jeté sur l'image de Venus ; et comme cette Dame Romaine de laquelle Tertulien écrit : Theatrum adiit et inde cum doemonio rediit. Itaque in exorcismo cum oneraretur immundus spiritus quod ausus esset fidelem aggredi : Constanter et iustissimè feci (inquit) in meo eam inveni. Même Cassian observe que les plus légers excès jettent aucunefois l'homme en l'accès de ce mal furieux : Corporaliter traditos Satanoe et viros sanctos novimus pro levissimis delictis, cum in illis ne tenuissimum quidem noevum in illo iudicy die patitur invenire divina clementia, omnem cordis corum scoriam secundum Prophetoe, imo Dei sententiam, excoquens in presenti : et lui-même en allègue un exemple d'un saint Personnage de son siècle possédé d'un esprit malin et furieux, pour une rude parole qu'il avait prononcée. Et un Auteur plus grave et ancien que lui en rapporte une histoire bien mémorable, d'un homme de rare vertu (Sulpitius Severus. I Dial. c. 14), d'abstinence miraculeuse, de recommandation singulière envers les premiers Prélats de l'Église, et de pouvoir grand envers les démons, qui à sa propre requête fut mis en la possession de Satan, pour un mouvement de Vanité qu'il avait senti et non accepté. Je la représenterai plus dignement par ses paroles que par les miennes. Sancto viro (dit Sulpitius Severus) ut ex virtute honor, ita ex honore vanitas coepit obrepere. Quod malum ille ubi primùm sensit, diu multùm que discutere conatus est : sed repelli penitùs vel tacita conscientia vanitas perseverante virtute non potuit. Ubique nomen eius doemones fatebantur : excludere à se confluentium populos no valebat : virus interim latens serpebat in pectore, et cuius nutu ex aliorum corporibus doemones fugabantur, seipsum occultis cogitationibus vanitatis purgare non poterat. Totis igitur precibus conversus ad dominum fertur orasse, ut permissa in se mensibus quinque, diaboli potestate, similis his fieret quos ipse curaver at. Quid multis morer ? Ille prepotens, ille qui signis et virtutibus toto Oricte vulgatus, ille ad cuius limina populi ante confluxerant, ad cuius feres summa istius soeculi se prostraver at Potestates, correptus à demone est, tentus in vinculi, omnia illa quoe Energumeni solent ferre, perpessus. Quinto demum mense purgatus est non tantum doemone, sed quod illierat utilius et optatius, Vanitate. C'est cette considération à mon avis qui a fait tenir à S. Augustin ce langage : Quid dicam de his qui doemonu patiuntur incursus ? Quis confidit hoc malum evenire non posse sapienti in hac vita ? parce que les plus accomplis sont sujets à ces fautes légères, et les plus élevés ne sont pas hors des atteintes de la Vanité, qui naît de leur même Vertu.

Or le sentiment du Paganisme étant arrivé jusque-là d'estimer que ceux desquels la conscience est opprimée sous la pesanteur de plusieurs faits énormes, ont en eux des géhennes, des supplices, voire des enfers mêmes, que l'art des Poètes représentait sous un voile, feignant et peignant des furies avec leurs torches allumées, avec leurs fléaux, et avec leurs cheveux de serpents, tenir dès ce monde comme une espèce de garnison en eux : la lumière du Christianisme comme plus entière et parfaite conduit plus outre, et apprend qu'un seul péché qui démérite l'enfer, peut bien démériter cette vengeance temporelle. Et si elle est élevée par la considération des sévères jugements de Dieu, elle acquiescera sans difficulté, quand même les fautes légères provoquent cet éclat de la fureur de Dieu, selon les histoires que nous venons de proposer. Que si le sens humain y trouve à redire ; et s'il lui semble qu'un tel tourment qui est l'image de l'enfer, et une espèce de torture extraordinaire, est réservé par un juste Juge aux plus énormes crimes : Qu'il sache avant que l'éprouver hors l'état de cette vie, que le jugement de Dieu est bien différent du notre ; que ce que nous estimons léger, est de grand poids en la balance divine, en laquelle pèse plus une légère faute, qu'une griève peine.

Que même ce Juge souverain fait plus, ordonnât aucunes-fois que cette géhenne soit appliquée sans sujet préalable en la personne, comme aux petits enfants. Chose étrange ! mais non sans preuve, et dans l’Écriture, et dans les Pères : Car le lunatique au rapport de S. Marc est possédé dès son enfance : Et à ce propos saint Augustin se plaint de la condition humaine après le péché : Grave iugum super filios Adam à die exitus de ventre matris eorum usque in diem sepulturoe, usque adeo impleri necesse est, ut ipsi paruuli per lavacrù regenerationis ab originalis peccati, quo solo tenebantur, vinculo soluti, mala multa patientes NON NULLI etiam INCURSUS SPIRITUUM malignorum aliquando patiantur. Et avant lui S. Jérôme s'écrie : Quoe causa est ut soepè bimuli, trimulive uber a materna lactates, à DAEMONIO corripiatur ? Invisibilia hoec inscrutabili altissimi iudicio sunt relinquenda.
Car il n'en apparaît point de sujet en leur PERSONNE exempte de péché actuel par la bassesse de leur âge, et purgée de l'originel par les remèdes du salut. Toutefois ce n'est pas sans quelque sujet au regard de leur NATURE, laquelle est tributaire à l'ennemi, depuis qu'il la tira hors du Paradis terrestre, jusqu'à ce qu'elle soit établie dans le Ciel, n'y ayant que la vive splendeur de la gloire qui éteigne du tout les scintilles de la servitude. Car le Libérateur nous donne bien ici l'espérance, mais non la possession d'une pleine liberté ; et comme il lui a plu laisser en la nature l'aiguillon du péché, aussi a-t-il voulu en laisser la peine, l'un comme cicatrice de la première plaie, et l'autre comme relique de l'ancienne servitude. Dont l'ennemi tire le tribut, tantôt par le moyen des causes naturelles qui nous affligent, et tantôt par lui-même qui nous tourmente, soit au-dehors comme Job, soit au-dedans comme Saül. Et encore que nous soyons pupiles et en bas âge, si a-t-il le droit d'exiger sur nous ces intérêts de dette que le Père commun a créée par le passé pour toute sa postérité.

CHACUNE donc de ces vexations diaboliques à quelque sujet, ou en la Nature, ou en la Personne, lequel donne entrée au malin esprit : Et chacune aussi a quelque cause particulière qui l'applique immédiatement à ce corps. Quelquefois c'est Dieu même qui expédie à Satan le pouvoir sur la personne, comme jadis sur Job affligé en son corps aussi bien que l'Énergumène, et de la main d'un même bourreau ; et comme il dénonça et appliqua lui-même le châtiment à ce grand Roi de Chaldée, lorsque pour un mouvement orgueilleux, il le punit d'un mal si extraordinaire, dépeint en Daniel. Châtiment que je rapporte d'autant plus volontiers qu'Épiphane et un Auteur moderne le réfèrent à une espèce de possession du malin esprit, altérant le tempérament de ce Prince, et transformant son discernement naturel. Et non sans quelque apparence, puisque c'est un mal le plus approchant de celui des Énergumènes, qu'aucun autre qui soit dans le ressort et de la nature, et de la permission actuelle de Dieu. Car l'Écriture même nous spécifie en particulier qu'il a été destitué de son sens, en cette parole de reconnaissance, Sensus meus redditus est mihi, et privé de la forme et figure humaine, par conséquence semblable de ce Texte qui suit, Figura mea ad me reversa est. Et généralement elle nous le représente plus sauvage, que les plus furieux démoniaques de l'Évangile qui habitaient dans les Sépulcres ; plus aliéné de la condition humaine, que beaucoup de possédés qui ont bien le discernement naturel saisi et occupé, mais non pas transformé en un discernement bestial, comme Nabuchodonosor qui a été fait semblable aux bêtes, et quant au tempérament et quant à la figure, et quant au sens naturel : Et en somme plus misérable que les Énergumènes qui ont des intervalles en leur malheur, au lieu que ce grand Prince est affligé d'un mal qui étant si extraordinaire, est continu par un si long espace d'années (Septem teporamutabuntur super te, dit Daniel à Nabucodonosor, c. 4. Idest septe anni secundùm omnes fere Christianes et Hebraes interpretes).

Autrefois ce sera quelque saint Personnage, lequel aura livré le pécheur à Satan, comme saint Paul livra l'Incestueux selon l'Épitre aux Corinthiens, en deux mots de laquelle les deux points constitutifs de la possession sont marqués, à savoir le droit de la résidence que l'esprit malin acquiert sur la personne, exprimé en ce terme, Tradidi illum Satana : et l'altération ou vexation qui la suit, insinué en l'autre, In interitum carnis : Et comme le même livra les deux Hérésiarques, Hymenée et Alexandre, afin dit-il, qu'ils apprennent à ne plus blasphémer. À quoi le seul retranchement spirituel, c'est-à-dire l'excommunication n'eut pas beaucoup servi (envers eux spécialement qui d'eux-mêmes se retranchaient du corps de l'Église, et se faisaient chefs de part) sans cette peine honteuse, visible et manifeste, laquelle a fait dire à saint Chrysostome, Que les Apôtres se servaient des démons comme des bourreaux pour châtier et amender les pécheurs.

Quelquefois ce seront les Magiciens, lesquels comme ils se servent des esprits malins pour endommager l'homme, tantôt en ses biens, ainsi qu'il apprend en la Loi ancienne des douze Tables. In eos qui messes excantassent, tantôt en l'usage de la raison, ainsi que suppose ce Canon inféré dans le recueil de saint Yves : Malefici vel Incantatores, vel Immissores tempestatum, vel qui per invocationem doemonum MENTES hominum perturbant, Anathematizati abyciantur.
Et ce vers de l'AEneide.
Hoec se carminibus promittit solvere mentes.
Tantôt en lui faisant perdre la vie par des ensorcellements, comme l'expérience nous fait voir ; Et comme témoigne ce Canon d'un ancien Concile : Si quis MALEFICIO interficiat aliquem, eo quod sine idololatria perficere non potuit scelus ; nec in fine impartiendam illi esse Communionem.
Ainsi les emploient-ils quelquefois à tourmenter par une possession, comme plusieurs histoires apprennent ; et entre autres, deux racontées par S. Jérôme, et toutes deux référées par la confession même des démons aux Magiciens, l'un desquels pour abuser d'une fille, tormenta quoedam verborum et portentosas figuras sculptas in oeris cyprÿ lamina, defôdit. Dont étant possédée, en l'effort de l'exorcisme, vlulat et confitetur doemon : vim sustinus, inuitus abductus sum, ô cruces, ô tormenta que patior ! exire me cogis, et ligatus subter limenteneor. Non exce, nisi me adolesces qui tenel, dimiserit. Et un même esprit possédant le favori de l'Empereur Constance dès son bas âge, confesse devant Hilarion. Quo in eum intrasset ordine, multasque incantationum occasiones, et magicarum artium necessitates obtendebat. Je remarque une pareille confession extorquée du démon en la torture de l'exorcisme, dont le rapport est fait au long par Theodoret Auteur grave et ancien. Et en faveur de ceux qui donnent plus de temps à lire les Auteurs profanes, qu'à voir les divins ouvrages de nos Saints Pères, j'adjoindrai à ces deux témoins Ecclésiastiques, Un moderne, grand en sa profession, célèbre en ses écrits, qui en rapporte deux histoires mémorables, arrivées en son temps, desquelles l'une est d'un Gentilhomme de marque lequel il traita longuement selon les règles de son Art, jusqu'à ce qu'enfin le démon se manifesta et déclara se in hoc corpus iniectum à quodam. Dont il conclut non solùm morbos, verùm etiam doemonas, scelerati homines immittunt.
CES histoires recueillies de témoins assurés, font que je trouve moins étrange ce que dit Anstasius Nicaenus de Simon Magus qu'il avait le pouvoir de livrer à Satan ceux qui le nommaient Imposteur, au cas qu'il peut entrer en conversation avec eux, et user de ses sortilèges. Joint que d'ailleurs il y a de l'apparence, que comme l'Église Chrétienne le Saint-Esprit est donné à l'homme par le moyen des hommes : Ainsi Satan, Singe de Dieu, Chef de cette sienne milice des Magiciens, se complait à voir en son État que les malins esprits soient appliqués aux hommes, par le moyen des hommes.


Extrait de Traité des Énergumènes par l'Illustrissime et Révérendissime Cardinal De Berulle, Instituteur et premier Supérieur  Général de la Congrégation de l'Oratoire de Jésus.


Reportez-vous à Quel est le Dessein de Satan envers celui qu'il possèdeQuelle est la Qualité précise de cette vexation du malin esprit, Que la Misère est grande de l'homme possédé de Satan, qui livre un combat furieux à son Âme, et donne un tourment extrême à son Corps, Que cette sorte de Communication, en laquelle Satan s'incorpore dedans l'homme, est fréquente, même depuis le Mystère de l'incarnation, Que Satan communique avec l'homme depuis l'état du péché, et jusqu'où arrive cette communication, Les possessions démoniaques sont rares uniquement pour ceux qui ne combattent pas le démon, De la conduite qu'il faut tenir à l'égard des Énergumènes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, SCIENCE EXPÉRIMENTALE DES CHOSES DE L'AUTRE VIE, Acquise par le Père Jean-Joseph Surin, Exorciste des Religieuses Ursulines de Loudun, Des opérations malignes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (2/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (3/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (4/4), Réflexions sur la nature et les forces des Démons, et sur l'économie du Royaume des ténèbres, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Amour du Père Surin pour tout ce que Notre-Seigneur a aimé, et premièrement de sa grande dévotion à la très-sainte Vierge, Du grand Amour du Père Surin pour les Saints Anges, dans l'union avec notre Seigneur Jésus-Christ, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Les Possédés d'Illfut : Les victimes, Les Possédés d'Illfurt : Satan et les fêtes, bals et danses, Les Possédés d'Illfut : Les victimes, Les possédés d'Illfurt : Perte du Ciel et peines de l'Enfer, Miracles de Sainte Hildegarde, Pouvoir de Saint François de Sales : Délivrance de Françoise Favre, possédée du Démon, Pouvoir de Saint François de Sales : Délivrance d'Antonie Durand, possédée du Démon, Exemple de la grande puissance de Frère Junipère contre les démons, et Des fruits merveilleux des Confessions générales au Laus ; délivrance de plusieurs possédés par l'intercession de la très-Sainte Vierge.














jeudi 2 avril 2020

Explication du premier commandement de Dieu


Adoration perpétuelle, illustration


INSTRUCTION


Explication du premier commandement de Dieu


Un seul Dieu tu adoreras, et aimeras parfaitement



À l'effet de mériter la vie éternelle, tout chrétien doit adorer Dieu comme son commencement et sa fin. Cette adoration doit être accompagnée, 1. de la foi, de sorte que l'entendement et la volonté adorent humblement, et embrassent toutes les vérités que Dieu a enseignées, quelque obscures et incompréhensibles qu'elles puissent être pour notre faiblesse ; 2. de l'espérance, qui honore le pouvoir infini, la bonté, la miséricorde de Dieu, et la vérité de ses promesses, et en ce monde, élève l'âme vers l'attente de la miséricorde, de la grâce et du salut, par les mérites de Jésus-Christ ; 3. de la charité, qui nous apprend à aimer Dieu de tout notre cœur pour lui-même, et notre prochain comme nous-mêmes pour l'amour de Dieu ; 4. de la religion, dont les principaux actes, l'adoration, la louange, l'action de grâce, l'oblation de nous-mêmes à Dieu, le sacrifice et la prière, doivent être les occupations journalières d'une âme chrétienne. Nous devons fuir toute idolâtrie, toute fausse religion, toute superstition, et sous ce dernier nom sont comprises toutes les espèces de divination, toute prétention à dire la bonne aventure, tous sortilèges, charmes, caractères magiques, observation des augures, etc. Ces choses sont païennes et contraires au culte du Dieu vrai et vivant.

(Instruction tirée de Vie des Bienheureux et des Saints de Bretagne)



Reportez-vous à Instruction sur la CharitéExplication du deuxième commandement de DieuExplication du quatrième commandement de DieuExplication du cinquième commandement de DieuLes deux Commandements de charité contiennent tous les enseignements contenus dans l'Écriture sainte pour notre perfection, Voyez devant Dieu comment vous devez vous comporter pour vous acquitter du devoir de charité, Le Commandement d'aimer le prochain est semblable au Commandement d'aimer Dieu, Aimez Dieu comme il veut être aimé de vous au temps et en l'éternité, Aimez Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, et de tout votre esprit, Méditation sur l'outrage que nous faisons à Dieu par le péché, Des dix Commandements, Des trois premiers Commandements, Du Décalogue, Méditation sur la crainte de Dieu, Méditation sur l'observation des Lois de Dieu, Du voyage dans le désert et de la Loi écrite, et De la Foi, de l'Espérance et de la Charité.














mercredi 15 janvier 2020

Manichéisme, Schisme et Hérésies ; Continuation du culte de Satan au sein du Christianisme


Extrait de "Histoire Satan" par M. l'Abbé Lecanu :


Saint Athanase piétinant Arius
Organisés en société secrète, de même que les gnostiques, les manichéens avaient un triple signe de reconnaissance: la parole, le geste et l’attouchement (Signa oris, manuum et sinus.  (August.) — Manicheorum alter alteri obviam factus, dextras dant sibi ipsis signi causa. (Epiphan.)). A couvert sous les apparences extérieures du christianisme, l’œil vigilant des pasteurs de l’Église avait souvent peine à les discerner, à moins qu’ils ne se trahissent par la manifestation de quelqu’une des superstitions qui leur étaient spéciales, telles que le jeûne du dimanche en l’honneur du soleil.
Leur entêtement pour les pratiques de la magie ne saurait être contesté, nonobstant ce que Beausobre en a dit dans son Histoire de Manichée. Saint Augustin les accuse positivement ; saint Léon dit la même chose des priscillianites (Epist. 91 ad Turb. episc. Hisp), l’une des principales sectes du manichéisme, en particulier, et de toutes en général. Le savant Mosheim n’a pas eu de peine à démontrer que la magie était une conséquence naturelle de leurs principes (Institut. Hist. christ. IIa pars, cap. III. — C. f. August. Hæres. cap. XLVI. — Bayle, Dict. crit., art. Manichée. — D’Herbelot, Bibl. orient., art. Manichée. — Matter, Hist. du Manich, sect. III, ch. III).
Les premiers empereurs chrétiens poursuivirent avec ardeur les restes des superstitions du paganisme, et spécialement les pratiques de la magie. La persévérance de leurs efforts est la meilleure preuve de la persistance de l’abus qu’ils combattaient. Déjà, dès avant la naissance du christianisme, la magie était proscrite parles lois ; mais de funestes exemples venaient trop souvent empêcher l’effet de la législation. Marc-Aurèle avait des enchanteurs à sa suite dans la guerre des Marcomans ; il leur fit consacrer des talismans, qu’il enterra sur l’extrême frontière de l’empire, afin d’y arrêter les ennemis : ce qui prouve que la sagesse et la philosophie ne sont pas la même chose.
En 319 et en 337, Constantin renouvela les édits contre la magie (Lex v, tit. vm. — Lex vi) ; Constantin II en 357. Valentinien, Valens, Théodose les renouvelèrent à leur tour ; Arcadius en ajouta de nouveaux (Lex III, tit. VIII) en 389 ; mais tous la proscrivirent de manière à lui donner plus d’importance, parce qu’ils s’inclinaient devant son pouvoir. Constantin révoqua même en partie ses premières ordonnances, déclarant qu’il n’avait pas entendu proscrire la magie utile, c’est-à-dire celle qui aide à préserver la terre des fléaux du ciel. Constance bannissait les magiciens sous le prétexte que la magie trouble le repos des morts, l’harmonie des éléments et des saisons, détruit les récoltes et cause les épidémies. Était-il plus puissante et plus solennelle recommandation ?
Julien la remit en honneur.
Léon crut lui porter un dernier coup, mais il s’inclinait encore devant son pouvoir (Novella LXV).
Elle existait donc dans toute sa puissance par tout l’empire au quatrième siècle, et des mesures maladroites ajoutaient à son prestige une espèce de consécration légale.
Le manichéisme apparut, la recueillit, l’abrita dans son sein et la grandit de ses propres progrès.
Une femme, nommée Agapé, disciple d’un Égyptien nommé Marc, très-versé dans les secrets de la magie, au rapport de saint Jérôme, et qui avait été disciple de Manès, introduisit le manichéisme en Espagne avant la fin du quatrième siècle. Elle gagna le rhéteur Helpidius, et plus tard le célèbre Priscillien, qui devint fondateur d’une nouvelle secte, et répandit ses pratiques dans toutes les provinces méridionales de la Gaule (Sulpit. Sever. Histor. sacr. 1. II, cap. XLVI. — Iren. 1. 1, cap. IX. — Hieronim. epist. xxix ad Theod. ; — advers. Pelag. ; — ad Ctesiph.).
Il y avait des manichéens à Rome, lorsque saint Augustin y arriva, c’est-à-dire en 383. Le nombre en fut considérablement augmenté lors de la destruction de Carthage, en 439 , parce que beaucoup d’habitants de cette ville, infestée de l’hérésie, vinrent chercher un refuge en Italie. Saint Léon les poursuivit avec tout le zèle dont il était animé, et dissipa leurs assemblées. L’empereur Valentinien joignit ses efforts à ceux du pontife ; mais les persécutions et l’exil, au lieu de détruire la secte, dispersèrent ses éléments et étendirent ses ravages. Les empereurs Justin et Justinien employèrent les mêmes moyens, et arrivèrent aux mêmes résultats (C. f. Maimbourg, Hist. de St Léon, I. 1. — Thomassin, De l’unité de l’Église, t. I, p. 339.— Cod. Justin. lex V, De hæret.). Mais comment faire ?
À la fin du neuvième siècle, les manichéens étaient si nombreux en Arménie, où on les appelait pauliciens, du nom d’un de leurs premiers chefs, qu’ils purent soutenir des guerres longues et sanglantes contre l’empereur Bazile le Macédonien (Cedren. t. II, p. 480 et 541.—Bossuet, Hist. des Var. 1. xi, n° 13).
Pierre de Sicile nous apprend que, tout en se défendant vigoureusement contre ce prince, ils envoyèrent en Bulgarie de nombreux missionnaires, et que l’hérésie y jeta de profondes racines. La Thrace était depuis longtemps infestée (Bossuet, Hist. des Var. 1. xi, n° 14). La même hérésie faisait de grands ravages en Perse, en Syrie et dans la Mésopotamie pendant le règne de l’empereur Anastase ; en Sicile, sous le pontificat de saint Grégoire le Grand (Lambert. Daneau, Notæ in hæres. August. cap. XLVI. — Bayle, Dict. crit. art. Marcion).
Dès le milieu du cinquième siècle, les gnostiques, les ophites et les manichéens des provinces occidentales, confondus dans une même proscription, avaient réuni leurs doctrines et leurs pratiques en même temps que leurs intérêts. Déjà Théodoret ne met plus entre eux aucune différence (Hæret. fabul. I. 1, cap. xxiv).
Les nouveaux mystères ne se tenaient plus en publie, mais ils se continuaient en secret, et dans des réunions moins bruyantes et moins nombreuses. Ce ne furent même plus des mystères à proprement parler ; ce furent des chasses de Diane, des courses de Habonde, des sabbats. Nous retrouverons toutes ces choses au moyen âge.
Nous n’avons pas à écrire l’histoire des persécutions ; cette grande et mémorable page des annales du monde appartient plutôt à l’histoire de l’Église ou même à l’histoire générale. Toutefois il ne faut pas oublier que Satan attaquait au-dehors par le fer et le feu l’œuvre du Christ, en même temps qu’au-dedans par les moyens que nous venons de signaler. La persécution, commencée l’an 64, dixième du règne de Néron, ne devait s’arrêter qu’en 325, lorsque Constantin donnerait la paix à l’Église. Pendant cet intervalle de 260 ans, la société chrétienne n’eut pas un seul jour de paix ou de repos ; il ne se passa pas d’année, de semaine peut-être, que le sang chrétien ne coulât sur un point de l’empire ou sur l’autre, et la persécution redevint générale et furieuse à quatorze reprises différentes, mais si générale et si terrible, que l’on crut plusieurs fois toucher aux temps prédits par l’Évangile concernant la fin du monde, notamment pendant les règnes de Dèce et de Dioclétien. Le nombre des victimes fut si considérable sous le règne de Dioclétien, que l’histoire y a fixé une de ses époques mémorables sous le nom d’ère des martyrs. Quoi qu’en disent les ennemis du christianisme, intéressés à diminuer le plus qu’ils peuvent ses gloires et ses triomphes, s’il n’est pas possible de déterminer même approximativement le nombre des confesseurs de la foi dans cet intervalle de deux grands siècles et demi, il s’éleva certainement à plusieurs millions.
Satan espérait-il noyer le christianisme dans le sang chrétien ? peut-être ; mais, quel que fut le résultat, sa haine contre l’homme était toujours satisfaite, puisque le sang humain coulait à grands flots.
Satan hait-il davantage l’humanité ou le christianisme ? il le sait. Dans cette circonstance, il s’attaqua à l’humanité sous le prétexte du christianisme : il fît imputer aux chrétiens les pestes, les famines, les fléaux, les insuccès dans la guerre, attribuant tous les malheurs à la colère des dieux, irrités des blasphèmes et de l’impiété des chrétiens. Il leur fit imputer les crimes des gnostiques, dont les chrétiens gémissaient plus encore que les païens. Il excita les colères et les jalousies des prêtres du paganisme, qui voyaient leurs temples devenir déserts, leurs oracles réduits au silence : vains efforts, Satan ne pouvait pas, ne devait pas prévaloir ; son triomphe se réduisit au mal qu’il avait fait ; le ciel se peupla de ses victimes, et le sang des martyrs fit germer de nouveaux et plus nombreux chrétiens.

Avant que le christianisme eut révélé au monde l’idée et le sentiment sublimes du divin amour, la magie et le culte des dieux se confondaient en une seule et même chose. Le divin Platon, pour parler le langage de ses disciples, n’appelait pas la magie d’un autre nom que le service divin. C’est Apulée qui en fait la remarque, et il faut voir en quels termes respectueux il en parle lui-même dans son Apologie. Vous accusez quelqu’un d’être magicien, dit-il à son délateur ; mais songez donc que la magie est le culte des dieux, la science des choses célestes, l'art d’honorer les immortels ; qu’elle tire sa noble origine de Zoroastre et d’Oromase, qui l’enseignèrent aux Perses, chez lesquels il n’est pas permis à tout le monde d’être magicien, pas plus que d’être roi ; car la magie est un royal apanage. C’est aussi, et chez tous les peuples, un apanage du sacerdoce, et si c’est un crime d’être magicien, c’est donc aussi un crime d’être prêtre.
Les peuples barbares qui détruisirent l’empire romain n’avaient pas de si hauts pensers, ni tant de science, ni l’art de si bien dire ; mais ces idées étaient les leurs. Dans la Gaule et la Germanie, les druides remplissaient le double rôle de magiciens et de ministres des dieux. Les druides étaient savants dans l’art des conjectures et dans l’astrologie, dit Cicéron (Divinat. lib. i, cap. 41). Tertullien ajoute que ces prêtres passaient des nuits auprès des tombeaux des guerriers et des sages, afin d’y recevoir des inspirations pendant le sommeil. Neuf vierges sacrées faisaient leur résidence dans l’ile de Sein, à l’extrémité occidentale de la péninsule armoricaine, suivant le récit de Pomponius Mêla, et conjuraient les vents et les flots, afin de procurer aux navigateurs une mer favorable. Elles savaient prendre la forme de divers animaux, guérir les maladies par la vertu des enchantements et prédire l’avenir. On les nommait gallicènes ou barrigènes. Diodore de Sicile parle de certains prophètes adonnés à l’auscultation et à l’extipicine, qui immolaient des victimes humaines, pour chercher dans leurs entrailles la révélation de l’avenir. Il assure que ces détestables usages remontaient à des temps
fort reculés, et que les Cinabres les transportèrent dans la Gallo-Grèce (Histor. I. v). Les Gaulois avaient encore les bacères, chargés du soin d’interroger les astres, et les eubages, de celui de consulter les entrailles des victimes et le vol des oiseaux (Athénée, I. VI.—Strabo, Geogr.).
Nul peuple ne les surpassa dans cette dernière science, dit Justin, excepté peut-être les Basques, non moins crédules et non moins superstitieux, ajoute Lampride. Les Gaulois faisaient un si grand cas de l’ornithomancie, que les mouvements de leurs armées étaient toujours réglés sur le vol des oiseaux ; et c’est ainsi que l’une d’elles se trouva conduite jusqu’en Pannonie.
Outre les superstitions qui leur étaient communes avec les Grecs et les Romains sur les préservatifs et les amulettes, ils eu avaient de spéciales, telles que celles qui se rattachaient au gui de chêne et aux œufs de serpent. Le gui de chêne était le grand et tout-puissant préservatif contre le tonnerre et contre les épidémies, l’heureuse et efficace bénédiction des champs, des villages et des maisons. La possession d’un œuf de serpent portait bonheur dans toutes les entreprises (Frey, Admiranda Gall. cap. x.— Plin. Hist. nat. lib. xxix, cap. 3. — Malouet, Voyage en Guyane, art. d’Iracubo).
Les peuples de la Germanie ne le cédaient pas à ceux de la Gaule dans les pratiques de la divination : ils cultivaient l’art des auspices et des sorts ainsi que celui de la rabdomancie. Ils n’entreprenaient aucune affaire importante, sans avoir interrogé le hennissement de chevaux blancs qu’ils nourrissaient en qualité d’oracles dans des prairies sacrées. Ils immolaient des victimes humaines dans le but de consulter leurs entrailles, tandis qu’elles palpitaient encore de la chaleur de la vie, sur les chances de la guerre et l’issue des négociations.
Tout ceci est déraisonnable, atroce ; mais c’est le règne de Satan, toujours et partout le même : destruction de l’homme, abaissement de l’humanité.
Lorsque les peuples d’au-delà du Rhin, Saxons, Bructères, Saliens, Chamaves, Angrivariens, Sicambres et ceux qui formaient la confédération franque, quittèrent les forêts de la Germanie, pour venir chercher en Gaule une autre patrie sur une terre plus féconde et sous un ciel plus clément, ils apportèrent donc de nouvelles pratiques de magie, qu’il faut ajouter à celles que les Gaulois avaient reçues des Romains, et à celles qu’ils tenaient d’eux-mêmes.
Ils apportèrent, entre autres, l’art des runes, si cultivé parmi la plus grande partie des nations du Nord.
Il y avait les runes victorieuses, qui donnaient la sagesse, l’esprit, le courage, et préparaient tous les genres de triomphes. Les guerriers les gravaient sur la garde et le fourreau de leur épée, tout le monde les portait écrites sur des carrés de parchemin ; elles devaient être accompagnées de la lettre tyr, deux fois reproduite. [LPS : Les runes furent utilisées par Hitler sous le nazisme, voir par exemple l'emblème de la Waffen-SS] Les navigateurs inscrivaient les runes maritimes et fluviales sur la poupe, le gouvernail, les mâts et les voiles des navires, pour préserver l’équipage et les marchandises de tout fâcheux accident. Ceux qui avaient des procès à soutenir, des querelles à venger, des droits à faire prévaloir, cachaient les runes protectrices dans les tentes qui servaient de prétoire à la justice et jusque sous les sièges des magistrats. Les runes bacchiques, gravées sur l’anse des amphores et sur les gobelets, préservaient les buveurs des surprises qu’on aurait pu leur faire dans l’ivresse ; pour plus de sûreté encore, ils se les traçaient sur la main, et écrivaient la lettre naud sur leur ongle. Les médecins faisaient usage des runes auxiliatrices, pour procurer aux femmes des couches heureuses et faciles ; mais ce n’était que la moindre partie de la science du véritable médecin : il devait posséder à fond le secret des runes corticales, afin de les inscrire convenablement sur l’écorce des arbres et du côté qu’il fallait, pour guérir les maladies, détourner les sorts, lever les enchantements, arrêter les hémorragies, fermer les blessures. Les runes cordiales donnaient le courage aux lâches ; on les inscrivait sur la poitrine, à la région du cœur. Les runes puissantes se tatouaient sur celui des membres dont on devait faire le principal usage : sur les bras, pour le travail ; sur les cuisses, pour la marche (Canciani, Leges barbarorum antiquæ, t. III, p. 91).
Et ces sortes de peintures soulevèrent de nombreuses et énergiques réclamations de la part des prélats pendant les sixième, septième et huitième siècles, sous prétexte qu’elles constituaient une invocation au démon, déshonoraient des membres consacrés par le baptême, et que l’ostentation qu’en faisaient ceux qui les portaient, blessait souvent les lois de la modestie.
Ces pratiques et cent autres pareilles se traînèrent encore misérablement pendant de longs siècles au sein des nations nouvellement converties à la foi chrétienne ; il suffit d’interroger la législation du temps, pour en trouver des preuves nombreuses. En effet, la répression des crimes commis par le moyen de la magie fut un des objets les plus constants de la sollicitude des législateurs. Aussi peu avancés dans les sciences démoniaques que dans la civilisation, les barbares ne connaissaient que la grossière et brutale magie, mais telle quelle ils la connaissaient et en faisaient usage. L’empoisonnement, les vénéfices et les maléfices, les ligatures et les charmes, les sorts et les enchantements, les assemblées de sorciers et des festins abominables, telles sont les pratiques contre lesquelles des codes de lois, si laconiques sur maints autres points, sévissent avec le plus de détails (Collect. de D. Bouquet, t. IV, p. 136.— Canciani, Leges barbarorum antiquæ. — Lindembrog, Codex legum antiquarum, in lege Salica, tit. XXI, XXII, LXVII, etc.).
Si une femme empêche par maléfice une autre femme de devenir mère, elle payera deux mille cinquante deniers d’amende, dit la loi salique dans son titre XXIIe. Si le vénéfice est bu par celui-là même qui l’avait préparé pour un autre, le vénéficiateur survivant sera condamné à deux mille deniers. Celui qui aura jeté un maléfice sur autrui, ou qui l’aura déposé avec des ligatures en un lieu quelconque, subira une amende de deux mille deniers. Si une sorcière a dévoré quelqu’un, dit ailleurs la même loi, elle payera deux cents sous d’amende.
Rien n’est plus curieux que de voir un barbare se railler des autres barbares à cette occasion. Il ne faut pas croire, dit Rbotaric dans le code des lois lombardes, qu’une femme avale un homme tout vivant, car cela est impossible (Nullatenus est credendum, nec possibile est, ut hominem mullier vivum intrinsecus possit comedere. (Lex Rhotaric. cap. CCCLXXIX)). Mais Rhotaric se moquait de ce qu’il ignorait, comme il est arrivé à tant d’autres. Il n’était pas question d’hommes avalés vivants ou entiers, mais de victimes dépecées, rôties et mangées en détail, ainsi que nous le verrons bientôt.
Le sou d’or, dont il est question dans la loi, avait une valeur de quinze francs environ de notre monnaie, suivant l’estimation la plus probable. Deux cents sous représentaient donc environ trois mille francs, somme très-élevée pour une époque où la rareté du numéraire était si grande, comparativement à la nôtre.
Si quelqu’un, continue la même loi, accuse un homme d’être herbourg (Hereburgium), c’est-à-dire strioporteur, ou bien, en d’autres termes, d'avoir porté la chaudière d’airain aux festins des sorcières (Ubi striæ coccinant. On lit ailleurs cocinant, et même concinant. Il s’agit de cette chaudière aux poisons que nous retrouverons plus tard), et qu’il ne puisse pas prouver son dire, il payera soixante-deux sous d’amende. Il paraît qu'alors l’injure était défendue et la diffamation permise, puisque l’accusateur était admis à présenter ses preuves. Le mot herbourg n’est pas encore sorti du langage en certaines provinces ; il est même des familles qui portent un pareil nom.
La loi des Ripuaires contient des dispositions semblables (Lex Ripuar. tit. LXXXVIII). Nous compléterons ce que l’une et l’autre laissent à désirer par un exposé des articles de la loi des Wisigoths sur la même matière (Lex Wisigoth. l. iv et vi, tit. II, n°I, III, IV).
Si quelqu’un, dit-elle, consulte les sorciers, les aruspices ou les devins relativement à l’époque de la mort du prince ou de quelque autre personne, il deviendra esclave, s’il est ingénu, ses biens seront confisqués, et il sera flagellé. S’il est esclave, on lui fera subir diverses tortures, et il sera exilé, pour servir encore comme esclave, dans les pays par delà les mers.
Un ingénu ou un esclave qui aura fait des vénéfices, sera puni du supplice le plus ignominieux, si la mort s’en est suivie ; sinon, il sera mis à la disposition du vénéficié.
Les maléficiateurs, ceux qui causent des tempêtes, ceux qui donnent la folie par l’intervention des démons, seront frappés publiquement de deux cents coups de fouet, et tondus d’une manière déshonorante. On leur fera faire dix fois le tour des champs voisins, et ensuite on les confinera dans la prison. Ceux qui les auront employés, recevront deux cents coups de fouet en présence du public.
L’esclave ou l’ingénu de l’un ou de l’autre sexe qui aura fait des maléfices ou des ligatures contre les hommes ou les animaux, et en général contre tout ce qui se meut de soi-même, contre les champs, les vignobles ou les arbres ; celui qui aura composé, ou seulement essayé de composer des pactes, pour causera quelqu’un le mutisme, des maladies, la mort ou un dommage quelconque en son corps ou en ses biens, sera puni de deux cents coups de fouet publiquement administrés ; il sera ensuite enfermé dans une prison, et ses biens confisqués.
Telles sont les prescriptions des lois des Francs et des Wisigoths relativement à la magie. La loi des Bourguignons garde sur cet article un silence d’autant plus remarquable, que ce peuple était alors le plus civilisé de la Gaule. L’était-il au point d’ignorer la magie ?
Il fallait que ce crime fût alors bien commun, pour demander une telle répression et de telles précautions. Il le devint cependant de jour en jour davantage, si on en juge par les prescriptions législatives des siècles suivants. Il ne se tint pas un concile, une assemblée de la nation, jusqu’au règne de Charles le Chauve, sans qu’il y fut question de la magie, soit pour la réprimer par des lois nouvelles, soit pour faire revivre les lois anciennes.
Le concile d’Auxerre parle des charaudeurs, ou jeteurs de sorts, contre lesquels saint Éloi, évêque de Noyon, devait également s’élever un peu plus tard, et dont nous retrouvons encore la mention sous la plume de Maurice de Sully, évêque de Paris au douzième siècle (Lebeuf, Mém. de l'Acad, des inser. t. XVII, p. 723. — Ducange, Glossar, aux mots Caragii et Caraulæ. Ducange n’a pas compris la vraie signification de ces expressions).
Il n’était douteux pour personne que ces pratiques ne fussent des restes de paganisme. Maurice de Sully l’affirme positivement ; de même un concile de Rouen de l’an 630 environ : « Il faut, disent les prélats, réprimer, ou plutôt détruire entièrement l’usage qu’ont certains bergers, des chasseurs et autres personnes de réciter des enchantements sur du pain, des herbes ou des billets, qu’ils cachent ensuite dans les arbres ou dans les carrefours, afin de guérir leurs animaux, en donnant la mauvaise chance à ceux d’autrui. Il est évident que de telles pratiques sont des restes du paganisme. »
« Nous voulons, disait Childéric III dans une ordonnance de l'an 742, que chaque évêque s’applique à détruire dans son diocèse les usages païens auxquels le peuple se livre encore, tels que les sacrifices profanes en l’honneur des morts, les sortilèges, les divinations, les phylactères, les augures, les enchantements, l’immolation des victimes : il faut abolir tout ce qui reste du paganisme, et en particulier les feux sacrilèges appelés néd rates. » Les mêmes, sans doute, dont il est parlé dans un capitulaire de Carloman de l’an 743, sous le nom de nodfir. La première étincelle avait été obtenue par le frottement de deux morceaux de bois.
La liste serait incomplète, si nous n’empruntions quelques détails au sermon de saint Éloi sur la même matière (Vita S. Eligii (par St-Ouen), II part. cap. xv). « Nous vous conjurons par tout ce qu’il y a de plus sacré, dit le prélat, de vous abstenir des coutumes abomi nables du paganisme ; loin de vous les prestigiateurs, les devins, les fabricateurs de sortilèges et d’enchantements ; les consulter, c’est renoncer au privilège et à la grâce du baptême.
Loin de vous les interprètes des augures et de l’éternuement. Lorsque vous vous mettez en route, ou lorsque vous commencez un ouvrage, n’écoutez pas quel est l’oiseau qui chante ; munissez-vous plutôt du signe de la croix. Ne choisissez pas les jours pour vous mettre en route ou commencer vos entreprises ; tous les jours appartiennent à Dieu, et nous viennent également de sa main libérale. L’attention aux jours fastes et néfastes, aux aspects de la lune ; les impiétés et les farces ridicules des calendes de janvier, les mannequins de vieilles femmes, les mascarades, les jeux folâtres, les tables dressées à l’entrée des nuits, les étrennes, les intempérances qui font partie des réjouissances de cette époque, les bûchers allumés, les chants qu’on prononce en s’asseyant, sont autant de pratiques condamnables. »
Les tables dressées à l’entrée des nuits dont parle ici l’évêque de Noyon, rappellent les repas offerts en plein champ aux déesses Maires et à la déesse Habonde, ou Abondance, si ce n’est le même usage.
L’orateur continue de la sorte : « Que personne, à la fête de saint Jean ou de quelque autre saint, ne fasse des solstices, des circonvallations, des danses ou des charaudes ; que personne ne chante les cantiques du démon. Que personne n’invoque les noms du démon, ni Orcus, ni Neptune, ni Diane, ni Minerve, ni le génie, ni aucun autre être fantastique. »
Littéralement, aucune autre ineptie de ce genre.
« N’observez plus le jeudi, continue le prélat, ni pendant le mois de mai ni dans un autre temps ; il suffit de l’observance des fêtes et des dimanches. Que personne ne suspende des flambeaux ou des objets votifs près des temples, des pierres, des fontaines, des arbres, aux maisons ou dans les carrefours. »
L’usage dont parle ici l’évêque de Noyon fut des plus persistants. Les évêques se virent enfin obligés de faire enfouir les termes et les milliaires ; ils firent ériger des croix à la place des idoles des carrefours ; ils donnèrent le nom de quelque saint aux fontaines consacrées par la superstition, afin de sanctifier, en changeant leur objet, des habitudes qu’ils ne pouvaient détruire.
« Ne mettez point d’amulettes au cou des hommes ou des animaux, dit toujours le prélat, quand même elles auraient été faites par des clercs, ou quand elles contiendraient des passages de l'Écriture ; car tout cela est vain, inutile, diabolique, indigne d’un chrétien. Ne faites plus de lustrations ni d’enchantements sur les champs ; ne faites point passer vos troupeaux entre les deux parties d’un arbre entr’ouvert, ni par des voies souterraines : on pourrait croire que vous les consacrez au démon. Femmes, ne portez plus d’ambre suspendu à votre cou ; n’imprimez plus le nom ou la figure de Minerve sur votre linge ou sur vos étoffes ; invoquez plutôt la bénédiction du Seigneur. Ne criez pas quand la lune s’éclipse. Ne donnez le nom de Seigneur ni au soleil ni à la lune ; ne jurez point par leur puissance. Ne croyez ni à la destinée, ni à la fortune, ni aux thèmes des astrologues. Si quelque infirmité vous atteint, laissez là les devins, les enchanteurs, les sorciers, les prestigiateurs ; ne recourez ni aux phylactères, ni aux fontaines, ni aux arbres, ni aux dieux des chemins, car tout cela ne vous servirait de rien ; ayez recours aux choses saintes et à la miséricorde de Dieu. »
C’est ainsi, pour le dire en passant, que les prélats de l’Église catholique justifiaient d’avance la religion des reproches d’obscurantisme et de superstition qui devaient lui être adressés de nos jours.
En complétant ces détails par les indications d’un capitulaire de Carloman daté de l’an 749, et qui contient une longue et curieuse liste des superstitions de l’époque (cette liste, intitulée Indiculus superstitionum paganicarum désigne jusqu’à trente observances superstitieuses. Canciani l'a expliquée fort longuement ; ce qu’il en dit est aussi curieux que savant, et mérite d’être lu. (Leges Barbar. t. III, p. 88.)
), on voit qu’il se célébrait des mystères dans le silence des forêts, que la fiente des bœufs et des chevaux était employée à l’art divinatoire en certaines circonstances, et la cervelle de plusieurs animaux à des usages magiques ; qu’il se faisait des courses nocturnes aux flambeaux et en haillons ; que les sorciers pratiquaient des enchantements sur des statuettes de pâte ou de chiffons, sur des pieds et des mains artificiels, dans le but de causer des maladies ou la mort à des personnes absentes ; qu’on supposait aux sorcières le pouvoir de commander à la lune, et d’énerver par le moyen de ses influences le courage des plus vaillants guerriers.
Il est à peine quelqu’une de ces pratiques qui ne se trouve mentionnée de nouveau dans les capitulaires de Charlemagne, de Pépin, roi d’Italie, de Louis le Débonnaire et de Charles le Chauve : ce qui prouve de plus en plus leur persistance au sein de la société chrétienne. Les devins, les astrologues, sous le nom de mathématiciens, les sorciers, les enchanteurs, les vénéficiateurs, les augures, les noueurs d’aiguillette, les tempétiers, les invocateurs de démons, les défouisseurs de trésors, y sont nommément désignés. Les philtres, les amulettes, les phylactères, les sorts, l’interprétation des songes, les pactes, les brevets pour guérir les maladies, y sont proscrits sous diverses pénalités, et quelquefois sous peine de mort.
On y trouve une mention positive des pratiques de la cabale (Capitul. Herardi, Turon, episc. anni 858 ; Baluz. p. 1288) et des mœurs de l’ophitisme ; le législateur n’ose même pas désigner en termes trop clairs l’impure mixtion dont les sorciers souillaient l’oblation eucharistique (Capitul. Pippini regis, apud Baluz. p. 540), à l’instar de l’eucharistie des ophites et des festins des manichéens. On y reconnaît l’existence d’engastrimythes, désignés sous le nom de pythons (Capitul. Carol. Mag. anni incerti. Baluz. p. 518). On y trouve la preuve qu’il y avait des antropophages en Europe à une époque aussi avancée. Il ne faudrait pas croire que ce dernier crime ne se trouve signalé dans la loi que comme un souvenir ou par habitude, car un second capitulaire du grand empereur, promulgué en Saxe, en parle d’une manière si explicite, qu’il n’est pas possible d’élever le moindre doute : « Si quelqu’un, y est-il dit, sous prétexte qu’un homme ou qu’une femme sont sorciers, et qu’ils mangent des hommes, les mange lui-même ou les fait manger à d’autres, après les avoir embrochés et rôtis, qu’il soit puni de mort (Capital. Carol. Mag. pro part. Sax. cap. vi. Baluz. t. i, p. 251). » Ainsi parle un des législateurs les plus judicieux de l’époque chrétienne ; et comment supposer qu’en rédigeant un pareil article de loi, il avait en vue des crimes imaginaires (Baluz. Capitul. reg. Franc. Carol. Mag. anni 769, p. 191 ; — ami. 805, p. 428 ; — 799, p. 220 ; — 789, p. 235 ; — incert., p. 518, 929 , 1040 ; — tom. II, ann. 799, p. 242 ; — 789, p. 254 ; — incert. p. 997, 1104. — Pippini reg ann. 793, p. 539, 504 ; — incert. p. 1143. Hludov. Pii, ann. 827, p. 707 incert. p. 713, 961, 1104. — Caroli Calv. ann. 870, p. 230, etc., etc.) ?
Tandis que les nations nouvelles appelées à peupler le champ de l’Église dans les provinces du Nord, se débattaient ainsi dans les liens à demi brisés de leur antique barbarie, de leurs superstitions et des abominables pratiques dans lesquelles Satan essayait de les retenir, le même Satan semait la division au scindes Églises d’Orient et d’Afrique par le moyen des hérésies : donnant ainsi aux peuples incivilisés et grossiers des occupations grossières, et aux peuples philosophes et disputeurs, des arguties et des subtilités perfides pour aliment intellectuel.
Sitôt que le sang chrétien eut cessé de couler à son instigation sur les échafauds, pendant que la gnose grouillait partout dans les bas-fonds du christianisme comme une fangeuse vermine, dès le commencement du IVe siècle, Arius, prêtre d’Alexandrie, dans un accès d'orgueil froissé, et pour se venger en suscitant des troubles, s’avisa d’enseigner que Jésus-Christ n’était pas Dieu. Cette déplorable nouveauté ne s’insinua que trop aisément auprès des grands et des gens sans défiance. L’arianisme s’étendit de proche en proche et gagna une à une toutes les provinces de l’empire. Nous n’entreprendrons pas de tracer sa longue histoire : persécutions, exils, disputes, conciles et anticonciles, guerres déclarées, sang humain versé à grands flots, tel en est l’abrégé. Les troubles durèrent deux siècles, et couvrirent de ruines l’empire d’Orient, l’Espagne, la Gaule, l’Italie, l’Afrique. Si Satan avait triomphé, le christianisme était anéanti, mieux encore que par la gnose, puisqu’il en restait toutes les apparences, la morale et les pratiques, mais en l’absence de la rédemption, qui est le dogme capital, et de l’eucharistie, qui est le dogme générateur.
Pendant qu’Arius enseignait ses erreurs en Égypte, les deux Donat divisaient l’Église d’Afrique par un des schismes les plus funestes qui aient affligé le troupeau de Jésus-Christ, à l’occasion de l’élection d’un évêque de Carthage, nommé Cécilien, qui, par l’exactitude de sa doctrine et de sa vie, avait eu l’honneur de déplaire à quelques personnes trop puissantes.
Bientôt après parurent les macédoniens, qui nièrent la divinité du Saint-Esprit. Hérésie faible et petite dans ses commencements, mais qui s’étendit en se transformant, infesta peu à peu tout l’Orient, et dure encore, puisque c’est, avec la primauté romaine, le point capital qui divise l’Église grecque de l’Église latine. Si les Grecs orthodoxes, comme ils s’appellent, ne nient plus la divinité du Saint-Esprit, ils rejettent du moins sa procession du Verbe divin.
Le cinquième siècle vit les pélagiens, qui rejetèrent la nécessité de la grâce, et, par une conséquence inévitable, la nécessité de l’incarnation et delà rédemption, puisque l’homme pouvait ainsi se sauver sans le secours divin ; les nestoriens, qui divisèrent Jésus-Christ en deux personnes, l’une divine, l’autre humaine, ce qui anéantissait d’autre façon la valeur de la rédemption, puisque la personne humaine ayant seule pu souffrir et mourir, rien n’avait été acquis pour l’humanité, sauf une doctrine toute céleste enseignée par la personne divine. Vinrent ensuite les eutychiens, qui supprimèrent en Jésus-Christ la nature humaine, en l’absorbant dans la nature divine, ce qui rendait impossible toute réalité dans l’accomplissement des scènes douloureuses de la passion du Sauveur. Il ne restait plus qu’une vaine apparence et des ombres au calvaire. Et, dans un cas comme dans l’autre, la Vierge divine perdait son beau titre de Mère de Dieu, puisqu’elle n’avait donné l’être qu'à un homme, selon Nestorius, et qu’elle n’était mère qu’en apparence, selon Eutychès.
Au milieu de ces déchirements, suscités et entretenus par Satan, l’Église d’Orient perdit son unité ; la division succédant sans cesse à la division, les liens de la discipline se relâchèrent, la confiance n’exista plus des fidèles aux évêques, des évêques à leurs patriarches. Elle perdit sa fermeté et son assurance dans la foi, au sein de ce ballottage perpétuel entre des doctrines diverses et multiples : et où la discipline et la foi se relâchent, les mœurs se pervertissent. Or c’est ce qui arriva ; il ne resta bientôt plus que le nom et les apparences du christianisme. Des moines ignorants, disputeurs, orgueilleux, en révolte contre les évêques ; nul zèle pour l’extension de la foi et la correction des mœurs, puisque toutes les attentions étaient appelées vers la dispute ; un peuple ignorant et tournant à tout vent de doctrine, parce qu’il n’attachait d’autre importance à ces changements, que la facilité qu’il y trouvait de s’affranchir du joug des mœurs chrétiennes, telle fut dès lors presque toute cette portion de l’Église qui parlait la langue grecque.
Depuis longtemps le catholicisme était détruit en Afrique : le Vandale Genséric l’avait enseveli sous des ruines et noyé dans le sang ; il n’y restait plus que l’arianisme, qu’il y avait importé et implanté sur des décombres. La population qu’il y laissa , beaucoup moins nombreuse que celle qu’il y avait exterminée, ne tarda pas à perdre, avec la vigueur belliqueuse qu’il lui avait imprimée, les dernières traces de vie et de foi chrétiennes. Jésus-Christ ne pouvait plus reconnaître son Église ici ni là. Le ministre des vengeances divines parut : Mahomet fonda sa religion et son pouvoir en l’an 632.
Genséric avait été l’ange exterminateur de cette Église d’Afrique si grande, si puissante et si belle, mais déjà si divisée au temps du grand évêque d’Hippone, et disposée par là même à recevoir des doctrines plus néfastes encore : elle se laissa, en effet, honteusement salir et profondément gangréner par le manichéisme. Mahomet allait l’être de l’une et de l’autre, en rayant définitivement celle qu’avait fondée Genséric, et en ébranchant vigoureusement l’Église grecque, jusqu’à ce qu’il n’en restât plus que les tronçons.
Ainsi Dieu accorde à l’ange infernal la puissance de tenter, puis la puissance d’exercer la vengeance envers ceux qui ont succombé à ses séductions ; de sorte qu’il est lui-même le vengeur des crimes qu’il a fait commettre.
Les sanglantes querelles et les sacrilèges attentats des iconoclastes achevèrent de semer la division et d’ébranler la foi dans le sein de la malheureuse Église d’Orient pendant le VIIIe siècle ; puis, au IXe, Photius, patriarche de Constantinople, la sépara par un schisme de l’Église d’Occident ; d’où il arriva que le secours puissant des princes de l’Occident lui fît défaut, et que la foi défaillît en même temps au cœur de ses enfants. Aussi les deux tiers échangèrent la croix contre le turban, pour ne pas mourir, et l’autre tiers accepta la servitude dans ses propres foyers.


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dimanche 22 décembre 2019

Transmission de la sorcellerie


Sorcière (détail d'une estampe)


Témoignage rapporté par des parties concernées :

Une mère, divorcée, commerçant assidument avec le démon, par diverses pratiques occultes, converse quotidiennement avec des « ombres ». Voici que ses deux filles, à l'approche de l'adolescence, commencent à voir des ombres et à converser avec elles. Les deux jeunes filles les considèrent comme des « amis » qui les assistent et les enseignent. Ce fut d'abord l'aînée, puis la plus jeune. Cette dernière trouve naturel, assise au banc d'un parc, de s'adresser à cette ombre qui l'accompagne partout et la protège. Ces démons sous l'apparence d'ombres, vont les éduquer à la sorcellerie tout comme ils l'ont fait pour leur mère, et avec le concours de celle-ci. Par quoi ces ombres ont-elles commencé ? Par leur inculquer la nécessité de la vengeance et les moyens de se venger devant tous les affronts qu'elles subiront de la part des hommes. Ce désir de vengeance sera la base de leur apprentissage : elles pourront bientôt jeter des sorts. Le fils quant à lui semble ne pas avoir reçu en lègue ce germe de la sorcellerie. Mais qu'adviendra-t-il de lui dans cette atmosphère ? Le père divorcé subit toujours l'emprise de la sorcellerie par cette femme. Il ne réussit pas à sortir de la précarité ni à se détacher de son (ex)épouse qui garde une certaine influence sur lui, celui-ci ne pouvant s'empêcher de la consulter, cherchant encore à boire le poison qui l'a rendu infirme.
Les personnes ensorcelées parviennent toujours difficilement à prendre des distances avec les responsables du maléfice qui les touche. C'est pourquoi bon nombre s'enfoncent dans leurs misères, et parfois tombent dans la folie. Nul ne peut guérir de ses brûlures s'il ne retire la main du feu.

Des témoignages de ce genre, vous n'aurez pas à chercher longtemps pour en récolter. Mais il y en a qui ont des yeux et qui ne voient pas, des oreilles et qui n'entendent pas.


« Mais l'expérience, elle, nous apprend que toujours les filles des sorcières sont soupçonnées de pratiques du même genre, comme imitatrices des crimes maternels ; et en vérité c'est toute la progéniture qui est infectée. La raison de cela et de tout ce qui précède, c'est qu'en vertu du pacte avec le démon elles doivent tout faire pour assurer une survivance et l'augmentation de leur (troupe) perfide. Comment en effet pourrait-il se faire, comme on le voit trop souvent, que des filles impubères de huit à dix ans soulèvent des tempêtes et des orages, sinon pour avoir été consacrées tout enfant au diable par leur mère dans une offrande sacrilège ? Des enfants ne pourraient pas faire d'elles-mêmes ces choses, qui supposent un reniement de la foi comme chez les sorcières adultes : elles n'ont peut-être pas encore la connaissance d'un seul article de la foi. Voici un exemple parmi les faits de ce genre : dans le duché de Souabe, un homme de la campagne avait décidé d'aller aux champs avec sa petite fille à peine âgée de huit ans afin de voir les moissons ; et devant la sécheresse de la terre, en lui-même, il commençait à souhaiter la pluie, disant : Hélas ! quand viendra cette pluie ! La petite fille entendant les paroles du père lui dit avec toute la simplicité de son cœur : père, si tu veux de la pluie, je vais faire qu'elle vienne tout de suite. Mais le père : Comment ? Tu sais faire venir la pluie ? La fille répondit : Mais oui ! je sais non seulement faire venir la pluie, mais aussi la grêle et la tempête ! Le père demanda : Qui t'a appris ? Elle répondit : Ma mère ; et elle m'ordonna de ne le dire à personne. Le père demanda encore : Et comment elle te l'a appris ? Réponse : Elle me conduisit à un maître qui à toute heure est là pour répondre à toutes mes demandes. (...) Le père à nouveau terrifié demanda si elle pouvait à cette heure soulever une tempête. La petite : Oui, je le ferai si j'ai un petit peu d'eau. Alors le père conduisit sa fille par la main vers le torrent : Vas-y, dit-il, mais seulement sur notre champ. La petite alors mit la main dans l'eau et au nom de son maître, selon l'enseignement de sa mère, elle la remua. Et voilà que la pluie se mit à tomber seulement sur le champ. (...) Quand la fille l'eut fait à nouveau, le père convaincu par expérience, s'en fut accuser sa femme devant le juge. La femme fut arrêtée (...) ; La petite fut réconciliée, consacrée à Dieu et par la suite elle fut incapable de refaire pareilles choses. » (Le Marteau des Sorcières, par Henry Institoris et Jacques Sprenger, Inquisiteurs délégués par le Pape Innocent VIII)



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