Malheur à vous qui riez : c'est un Dieu qui parle, à qui les sens et l'esprit humain avec tous ses raisonnements le doivent céder : et certainement c'est être malheureux de porter des marques que l'on n'est pas des disciples de Jésus-Christ, qui ont les pleurs pour partage. C'est ceux à qui ce Dieu incarné dit : En vérité, en vérité, je vous dis que vous pleurerez, et que vous gémirez. Le monde se réjouira, et vous serez dans la tristesse. Ces paroles du Sauveur doivent être sérieusement méditées ; car cette répétition, En vérité, en vérité, marque quelque chose de grand et de très-certain. Elles nous apprennent indubitablement que les pleurs, les gémissements, les afflictions sont le partage de ses véritables disciples, et la joie du siècle le partage du monde.
Ceux qui sont à Jésus-Christ, écrit l'Apôtre, ont crucifié leur chair avec leurs vices et leurs passions ; parce que, selon la remarque d'un Interprète, la grâce du Baptême qui est toujours vivante en eux, les a entés en Jésus crucifié, et que le vieil homme est toujours cloué à la croix avec Jésus-Christ : de sorte que la vie du Chrétien est une continuelle mort à la chair et aux vices, et une vie de personnes ressuscitées. Tous les Chrétiens sont des crucifiés, ce qui ne peut être sans douleur et sans beaucoup de peines. Tous doivent porter leur croix à la suite de leur maître, sans aucune exception. Si quelqu'un veut me suivre, déclare-t-il, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix, et qu'il me suive. Il n'y a point de réserve, dit S. Jean Chrysostome : si l'on veut être Chrétien, il faut porter sa croix ; quand on serait Roi, Général d'armée, Soldat, il n'y a point d'état, de condition, de qualité, de sexe, d'âge, qui en soient exempts : et certainement s'il a fallu que Jésus-Christ ait souffert pour entrer dans sa gloire, y a-t-il une pure créature qui puisse espérer d'y entrer sans souffrances ? Tous ne sont pas appelés au célibat, c'est une grâce particulière pour les personnes qui sont le plus en faveur auprès du Fils de Dieu : tous ne sont pas appelés au Cloître, à la solitude, aux grands emplois extérieurs, à la prédication de l'Évangile, à faire de grandes choses ; mais tous, sans excepter un seul, ont vocation pour porter leur croix.
C'est pourquoi les Saints qui marchaient dans la lumière, ont tremblé quand ils n'en ont pas vu les marques. Un Évêque, homme de Dieu, faisant voyage, entra dans la maison d'un riche, qui l'entretenant lui apprit qu'il abondait en tout ce que le monde appelle prospérité ; qu'il avait nombre d'enfants tous bien nés, de grands biens, beaucoup de santé, et enfin toutes les aises de la vie, sans savoir ce que c'était que l'affliction. À ces paroles l'Évêque se trouva plein de crainte, et donna ordre à ceux de sa suite de se retirer aussitôt ; ce qu'il fit avec eux. La colère de Dieu, dit ce Pontife, est sur cette maison ; et à peine étaient-ils sortis, qu'elle tomba et accabla sous ses ruines ceux qui y étaient. Le méchant, dit le Prophète Roi, a aigri le Seigneur ; la grandeur de sa colère fera qu'il ne s'en mettra plus en peine : il l'abandonnera à ses plaisirs. Les méchants, dit encore le même Psalmiste, ne sentent point les misères humaines comme les autres, et ils ne souffrent point les châtiments que souffre le reste des hommes. C'est pourquoi l'orgueil s'est saisi d'eux. Leur iniquité, comme à force de s'être engraissée, est sortie au dehors. Ils ont passé dans toutes les passions de leur cœur. Ils ont porté leur bouche jusque dans le ciel, et leur langue a passé sur la terre sans épargner personne. Voilà ces méchants et ces heureux du siècle qui possèdent des richesses. Vous voyez, s'écrie ici S. Bernard, que jamais Dieu n'est plus irrité que lorsqu'il ne se met pas en colère. S. Jérôme remarque que la bonace de la prospérité du siècle est une horrible tempête.
Le Saint-Esprit dit aux Hébreux : Le Seigneur châtie celui qu'il aime, et il ne reçoit aucun pour son fils, qu'il ne lui fasse sentir ses verges. Persévérez dans la docilité, Dieu vous traite comme ses enfants : car qui est l'enfant qui ne soit point corrigé par son père ? et si vous êtes exempts de la correction que tous les enfants ont reçue, vous êtes donc batards, et non pas de légitimes enfants. Que si nous avons respecté nos pères selon la chair, lorsqu'ils nous ont châtiés, combien plus devons-nous honorer par notre soumission celui qui est notre père selon l'esprit ?
S. Bernard touché vivement de ces vérités demandait à Dieu qu'il le châtiât en ce monde. Le saint homme Job soupirait après les souffrances, il les demandait avec instance après tant de maux qu'il avait endurés ; il protestait que sa consolation serait que Dieu ne l'épargnât point. Cela ne surprend point le véritable fidèle, qui croit à la divine parole, qui nous enseigne que ceux qui ne sont pas du nombre des personnes affligées, ne sont pas du nombre des enfants de Dieu. Notre-Seigneur, dit un Saint, est son enfant qui est sans péché, mais il n'est pas sans croix. De là vient que le S-Esprit nous apprend que les Sages ont leur cœur dans les choses affligeantes, et les fous dans les vaines joies ; et qu'il vaut bien mieux aller en une maison où il y a de la douleur, que dans une maison de banquet et de festin. C'est pourquoi il est encore écrit en Job : Que le fou s'enracine dans la terre, et que sa prospérité est un sujet de malédiction. Adam, dans l'état même d'innocence, a fait une chute épouvantable dans le Paradis terrestre où il n'y avait que des délices ; et les plaisirs, selon la remarque de saint Augustin, ont fait plus de mal à Salomon que toute sa sagesse ne lui a profité.
Malheur au monde donc dans ses plaisirs, malheur à ceux à qui tout y rit par une prospérité abondante, Malheur à vous, dit l'Esprit de Dieu, qui vous levez dès le matin pour vous plonger dans les excès de la table. Saint Jérôme a entendu particulièrement ces paroles des Pasteurs de l'Église, qui sont comme enivrés de l'amour du siècle, que quelques-uns d'eux boivent depuis le matin jusqu'au soir, c'est-à-dire dans toute la conduite de leur vie, pendant que les peuples meurent de faim, et sont sans aucune instruction. Ce qui est cause que l'enfer a étendu ses entrailles, et qu'il a ouvert sa gueule jusqu'à l'infini ; et ce qu'il y a d'illustre et de puissant, y descend en foule. Et le même Esprit de Dieu dans le Prophète Joël, parlant à ceux qui mettent leur joie dans les plaisirs de la table, qui boivent le vin avec plaisir, ne leur laisse que les cris et les hurlements comme les chiens et les loups. Saint Paul parlant de ceux qui font leur Dieu de leur ventre, qui ne s'attachent qu'à leurs plaisirs sensuels, et qui mettent leur gloire en ce qui les devrait confondre, qui ne pensant qu'à la bonne chère, se glorifient dans les excès de la bouche, et dans l'impudicité dont ils devraient plutôt rougir, il écrit qu'il en parle en pleurant, ne pouvant contenir ses larmes à la vue de leurs dérèglements ; il les appelle les ennemis de la croix de Jésus-Christ que l'Église invoque comme notre unique espérance, aussi il apprend que leur fin sera la perdition.
C'est la doctrine de son grand Maître : Celui qui aime sa vie, la perdra ; et celui qui hait sa vie en ce monde, la conservera pour la vie éternelle. Aimer sa vie, ou sauver sa vie, car notre seigneur dit tous les deux, c'est vivre dans les plaisirs et le faux repos de ce monde : mais ce qui est bien à remarquer, c'est que tous les quatre Évangélistes rapportent cette doctrine du sauveur de tous les hommes ; et saint Matthieu et saint Luc la répètent plusieurs fois en différents chapitres. Et de vrai on ne la peut trop insinuer à des hommes qui sont si portés à satisfaire leurs sens.
Mais malheur à eux ; car la joie du monde, qui est vaine, n'ayant rien de solide, qui n'est qu'une joie d'un moment par rapport à l'éternité, sera suivie d'angoisses inexplicables qui dureront toujours ; et les tourments, comme l'enseigne S. Jean dans l'Apocalypse, seront proportionnés à la grandeur de leurs délices. Les Dames qui auront eu plus de plaisirs en la vie, souffriront davantage dans l'Enfer. Voilà la récompense des malheureuses joies du monde.
Au contraire ceux qui n'oublient pas la consolation que Dieu leur donne par ces paroles : Mon fils, ne méprisez pas la correction du Seigneur, et ne vous découragez pas lorsqu'il vous reprend. C'est comme parle l'Apôtre aux Hébreux : Ceux qui tiennent pour un sujet de très-grande joie les afflictions qui leur arrivent, comme S. Jacques y exhorte dans son Épître Catholique, et qui en font un usage chrétien, qui sont du nombre des disciples de Jésus-Christ, à qui il a promis les gémissements et les pleurs, se réjouiront, et personne ne leur ravira leur joie ; car elle sera éternelle. Ah qu'il fait bon, et qu'il est avantageux de souffrir avec le Fils de Dieu durant le moment d'une vie qui n'est qu'une vapeur qui paraît pour un peu de temps, et qui se dissipe bientôt : c'est, comme en parle le Saint-Esprit dans l'Écriture, pour entrer dans sa joie pour un jamais, dont la grandeur ne se peut penser, et dont la durée est éternelle.
(Extrait de Le malheur du Monde, par M. Henri-Marie Boudon)
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qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle
depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce
qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliques, Du monde, Méditation sur les dangers du monde, Méditation sur l'amour de la retraite, Méditation sur les moyens de se sanctifier dans le monde, Méditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.
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mercredi 5 mai 2021
Le malheur du Monde dans ses plaisirs
jeudi 30 janvier 2020
Des secours qu'il faut donner au Peuple dans les Missions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et prière pour les Missions
Extrait du CATÉCHISME SPIRITUEL DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE, TOME II, Composé par le R. P. J. J. SURIN, de la Compagnie de Jésus :
Des secours qu'il faut donner au Peuple dans les Missions
Quels sont ces secours ?
Il y en a trois, dont le premier regarde l'extérieur ; le second, l'intérieur ; et le troisième, l'ordre qu'on doit observer.
Qu'entendez-vous par l'extérieur ?
L'ornement des églises, le chant, et la distribution des Images, Chapelets, et autres petits présents de piété.
Qu'y a-t-il à observer touchant l'ornement des églises ?
Il ne faut rien oublier pour qu'elles soient magnifiquement parées durant tout le temps de la Mission, afin que cet appareil extraordinaire et cet éclat extérieur frappe les yeux du peuple, lui donne une grande idée de notre sainte Religion, et le rende assidu au Sermon et aux exercices de piété. On ne saurait trop louer la pratique de quelques Missionnaires, qui font porter avec eux des meubles précieux, des tableaux, des vases et autres ornements, pour suppléer à la pauvreté des églises de la campagne.
À quoi sert le chant dans les Missions ?
Rien ne contribue plus au succès qu'on se propose, que d'avoir des Cantiques spirituels, où les Mystères de la Foi et les devoirs du Chrétien soient clairement expliqués en langue vulgaire, afin que le peuple, en les entendant chanter, les apprenne volontiers, les retienne aisément par cœur, et s'y affectionne. On peut aussi par ce moyen abolir l'usage des chansons profanes et déshonnêtes.
Que dites-vous de la distribution des Images, Chapelets, etc. ?
On n'en saurait trop avoir, pour les distribuer avec largesse, afin d'attiser le peuple aux instructions par cette libéralité, et afin de leur rendre ces instructions plus sensibles, en les exposant à leurs yeux par le moyen de ces mages. Il serait à souhaiter que ces objets de piété fussent d'une matière assez solide pour pouvoir être conservés longtemps ; parce qu'ils servent à rafraîchir la mémoire des instructions qu'on a données, et des saintes résolutions qu'on a formées.
Quels sont les secours qui regardent l'intérieur ?
Ce sont les instructions solides, et les Prédications pathétiques.
Quelles matières doit-on traiter dans ces prédications ?
Les grandes vérités de la Foi, dont les Saints se sont servis en tout temps, lorsqu'ils ont voulu retirer les hommes du vice, et les ramener à la pratique de la vertu. Toutes ces vérités sont renfermées dans ce passage de saint Paul, qui seul peut fournir toutes les matières qu'on doit traiter dans les Missions : Voici l'heure de sortir de l'assoupissement où nous sommes, parce que le salut est plus près, que lorsque nous avons reçu la Foi. La nuit a duré jusqu'ici ; le jour va paraître. Laissons donc là les œuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de lumière. Marchons avec bienséance, comme on le fait pendant le jour ; loin de la débauche et de l'ivrognerie, des sales plaisirs, et des impudicités, des dissensions et des jalousies ; mais revêtez-vous de J. C. N. S.
Liste des matières qu'on doit traiter dans les Missions
En supposant que ces matières sont toutes contenues dans le passage de saint Paul, que nous venons de citer ; on peut prendre pour sujet du premier Sermon, ces deux premières paroles : Voici l'heure. Après avoir dit que les Prédicateurs sont comme des trompettes, dont Dieu se sert pour réveiller les hommes, ensevelis dans le sommeil du péché, selon qu'il est écrit : Criez sans cesse, faites retentir votre voix comme une trompette ; il faut ajouter qu'ils adressent la parole aux personnes de tout âge et de toute condition ; que ce qu'ils viennent leur dire, c'est que l'heure de faire pénitence est venue, et qu'il ne faut point différer ; parce que plus on diffère, plus on perd, plus la difficulté est grande. Ce qu'on perd en différant, c'est le temps, l'occasion et la grâce. Ce qui augmente la difficulté, ce sont les nouvelles habitudes que l'on contracte, les anciennes qui se fortifient, et le désespoir, qui est le sort ordinaire de ceux qui ont trop attendu.
Au second sermon, après leur avoir dit, que l'heure est venue de sortir de leur assoupissement ; on pourra comparer la vie des mondains à un sommeil. 1. Parce qu'ils sont insensibles sur l'affaire de leur salut. 2. Parce que les plaisirs et les différentes passions qui les aveuglent, leur font en effet passer la vie comme dans les illusions d'un songe, et qu'ils doivent craindre le sort de ces hommes dont parle David, lesquels s'étant endormis du sommeil de la mort, n'ont rien trouvé dans leurs mains, lorsqu'ils se sont éveillés.
Dans le troisième sermon, il faut leur expliquer ce que c'est que se réveiller et se lever. C'est dissiper son sommeil, sortir du lit, aller à ses occupations. Et pareillement se convertir, c'est faire des efforts pour sortir du sommeil de ses péchés ; c'est renoncer à sa vie passée, pour en commencer une nouvelle.
Dans le quatrième sermon, sur ces paroles, le salut est plus près que lorsque nous avons reçu la Foi, il faudra prêcher de la mort, sur laquelle il y a trois réflexions à faire. La première, que la mort est assurée. La seconde, qu'elle est incertaine, et souvent trompeuse, comme elle l'a été pour Bathasar, pour Holopherne, et pour plusieurs autres. La troisième, que les suites en sont terribles, puisqu'elle doit décider de notre sort pour l'éternité.
Les mêmes paroles signifient encore, que le jugement de Dieu approche, et que les pécheurs avancent à grands pas vers l'Enfer. Dans le sermon du Jugement, il faut considérer le terrible compte qu'on y doit rendre du mal qu'on y a commis, du bien qu'on n'a pas fait et qu'on devait faire ; des talents et des grâces qu'on a reçues. Dans le sermon de l'Enfer, qui est le sixième, il faut insister sur la privation de Dieu, sur le feu et les autres tourments, et sur l'éternité des peines.
Le septième sermon sera fondé sur ces paroles : La nuit a duré jusqu'ici, le jour va paraître. Sur quoi on peut dire , que l'état de péché est semblable à la nuit et aux ténèbres. Premièrement parce que les pécheurs sont privés de la grâce habituelle, et de plusieurs secours actuels, que Dieu leur refuse, comme ils en conviennent eux-mêmes dans le Livre de la Sagesse : La lumière de justice n'a point lui pour nous, et le soleil de l'intelligence ne s'est point levé sur nous. Secondement, comme pendant la nuit on ne sait où l'on va, qu'on est toujours en danger de s'égarer et de périr par quelque chute ; celui qui est en péché mortel, accumule faute sur faute, et tout lui est occasion d'offenser Dieu. Troisièmement, comme pendant la nuit le malade sent mieux ses maux ; que le voyageur ne sait que devenir : de même en l'état de péché, les pertes de bien, les maladies, toutes les afflictions sont très-sensibles et presque désespérantes.
Ces dernières paroles, le jour va paraître, peuvent faire le sujet du huitième sermon, où l'on fera sentir la différence qu'il y a entre l'état de grâce et celui de péché. Cette différence consiste, 1. en ce que dans l'état de grâce, on marche sûrement à la faveur de la lumière, on connait ses devoirs, et on reçoit de Dieu la force pour les remplir. 2. En ce que Dieu tourne toutes choses à l'avantage de ses enfants, et qu'il les fait croître de plus en plus en grâce et en mérite. 3. En ce que tout, jusqu'aux maux et aux afflictions de la vie, les porte à aimer Dieu, et contribue à leur salut.
Le neuvième sermon sera sur ces paroles : Laissons donc là les œuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de lumières, etc. C'est ce qu'on fait en s'approchant du Sacrement de Pénitence, sur lequel on pourrait faire trois discours. Le premier, sur l'intégrité de la Confession ; le second, sur la sincérité de la Contrition ; et le troisième, sur la fidélité et l'exactitude dans la satisfaction. Si le temps ne permet pas d'embrasser une si ample matière, il faut du moins insister sur la nécessité de faire une confession entière, d'avoir une véritable contrition, et de travailler à l'amendement de la vie.
Dans le dixième, sur ces paroles : Loin de la débauche et de l'ivrognerie ; on peut prêcher contre l'intempérance, et dire qu'elle rend l'homme semblable à la bête, c'est-à-dire, esclave des sens ; qu'elle entretient tous les autres vices ; qu'elle porte en particulier à la volupté.
Dans le onzième, à l'occasion de ces paroles : Loin des sales plaisirs et des impudicités ; on peut parler contre l'impureté, et faire voir que ce qui entretient ce vice, ce sont les occasions où l'on s'engage, la liberté qu'on donne à ses sens, et les parures immodestes des femmes, contre lesquelles il faut invectiver.
Le sujet du douzième sermon est dans les paroles suivantes : Loin des dissensions, des jalousies, lesquelles donnent occasion de parler contre la haine, la colère et la vengeance. Ce sont des péchés fort communs ; il faut représenter vivement les maux qu'ils produisent. Le premier, est de détruire la charité ; le second est de troubler la paix, sans laquelle le Saint-Esprit ne saurait habiter avec nous ; le troisième, est de donner occasion à une infinité d'autres péchés. Il ne faut pas oublier de parler des procès, et des suites funestes qu'ils entraînent.
Sur les mêmes paroles, on peut dans le treizième sermon, parler des causes de la haine et de la vengeance, dont la première est l'orgueil, qui donne occasion au point d'honneur, et qui produit le ressentiment des injures ; la seconde, l'avarice, qui est la source des différends au sujet des biens temporels ; la troisième, l'envie et la jalousie que les hommes ont les uns contre les autres. En parlant de l'avarice, il ne faut pas oublier l'obligation de restituer, qui demande un discours entier. C'est en combattant toutes ces œuvres de ténèbres dont parle l'Apôtre, qu'on prépare le peuple à une bonne Confession.
Les dernières paroles, Revêtez-vous de Jésus-Christ Notre Seigneur, invitent à parler de la Communion, et des dispositions qu'elle demande, qui sont la pureté qu'on acquiert par la pénitence et par la douleur des péchés ; l'humilité, qui est fondée sur la considération de notre néant, et de la grandeur de celui qui vient à nous ; l'amour qui est si justement dû à un Dieu qui se donne par amour.
Dans le quinzième et les suivants, on peut parler des vertus et des bonnes œuvres qui disposent l'homme à se revêtir de Jésus-Christ. Les principes sont l'oraison, l'aumône et la charité envers le prochain, le jeune et la mortification, l'humilité et la patience. Il faut finir par la gloire céleste, qui doit être la récompense de ces vertus et de ces bonnes œuvres.
La brièveté qui convient à un Catéchisme, ne nous permet pas d'entrer dans un plus grand détail : nous croyons en avoir assez dit pour donner une idée nette des matières qu'on doit traiter dans les Missions : venons maintenant à l'ordre qu'on doit y observer.
Que demande l'ordre qu'on doit observer dans les Missions ?
Il demande qu'on ait égard aux lieux, aux personnes et aux emplois.
Comment faut-il avoir égard aux lieux ?
En choisissant quelque ville, ou quelque grosse bourgade qui soit comme le centre de la Mission, et d'où on puisse se répandre dans plusieurs Paroisses voisines, et prendre l'heure commode où le Peuple de la campagne puisse venir au sermon, sans que le travail en souffre.
En quoi faut-il avoir égard aux personnes ?
En pourvoyant à l'instruction de toute sorte d'âges, d'état et de condition. l'Apôtre des Indes dans ses Missions, outre la Prédication commune qu'il faisait chaque jour, faisait une instruction particulière pour les femmes portugaises, et un Catéchisme pour les enfants. Un des Missionnaires doit être chargé de les assembler une fois le jour, et de leur faire prononcer les formules de l'examen de conscience, de l'attende Contrition, de la préparation à la Communion, etc. Et par ce moyen la jeunesse au bout d'un mois se trouvera bien instruite.
Quel égard faut-il avoir aux emplois ?
Il faut les bien placer, pour éviter la confusion, et ne pas faire au commencement, ce qui doit être renvoyé à la fin. L'ordre demande qu'on commence par semer avant que de recueillir. On sème en instruisant les peuples, et en les touchant par la prédication ; et lorsqu'ils sont bien disposés, on recueille, en attendant les confessions, qui se font toujours mieux à la fin qu'au commencement. Si on s'appliquait d'abord à terminer les différends, on y trouverait de grandes oppositions, et on perdrait beaucoup de temps. Lorsqu'une fois les cœurs sont touchés, on les tourne comme on veut. Il est donc important de ne rien précipiter, et de choisir les temps propres aux différentes fonctions.
Prière pour les Missions
Très aimable Jésus, Notre Seigneur, au prix de votre Précieux Sang, vous avez racheté le monde : tournez vos regards miséricordieux vers ces pauvres hommes qui sont encore plongés dans les ténèbres de l'erreur. Faites resplendir sur eux la lumière de la vérité.
Multipliez, Seigneur, les Apôtres du Saint Évangile ; rendez leur zèle de plus en plus fervent, leurs fatigues de plus en plus fécondes. Faites que par leur travail, les infidèles vous connaissent ; qu'ils se convertissent à vous, leur Créateur et leur Rédempteur.
Hâtez, ô très aimable Sauveur, l'heureuse arrivée de votre règne sur la terre. Attirez tous les hommes à votre très divin cœur. Faites-les participer tous aux grands bienfaits de votre rédemption, dans la foi ici-bas et dans la vision bienheureuse au ciel. Ainsi soit-il.
Reportez-vous à Du bon Directeur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Cantique de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, sur l'horreur du péché mortel, Cantique de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort : Dieu sollicite la conversion du pécheur, Prière de Saint François Xavier, pour la conversion des infidèles et Cri des âmes pieuses pour demander à Dieu la conversion des pécheurs.
vendredi 11 octobre 2019
VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites
Extrait de "MORALE CHRÉTIENNE EN FORME DE MÉDITATIONS, ET VIE CHRÉTIENNE, Où l'on donne des Règles pour faire ses actions, remplir ses devoirs en Chrétien, et passer saintement les Dimanches et les Fêtes", Ed. 1811 :
| Vitrail de la Visitation, Archiconfrérie N-D. des Victoires |
VIE CHRÉTIENNE, Où l'on donne des règles pour faire en Chrétien toutes les actions de la vie, pour remplir dignement ses devoirs, soit généraux, soit particuliers.
DES REPAS
Les repas sont un soulagement nécessaire à la nature. La faim et la soif sont les deux grandes maladies de l'homme, le manger et le boire en sont le remède : n'en usez donc que comme d'un remède.
Pour prendre vos repas en chrétien, ne négligez point, en les commençant, la pieuse coutume de bénir les viandes ; mais que ce soit avec attention, avec foi et piété. Pensez, si vous n'êtes point de ceux à qui l'Apôtre ne permet pas de manger, parce qu'ils ne travaillent pas ; en ce cas, détestez votre oisiveté. Loin de regarder les viandes avec joie, gémissez plutôt d'être encore sujet aux nécessités humiliantes de nourrir votre corps comme les bêtes. Relevez cette action en la consacrant à Dieu, priez-le qu'en bénissant les viandes, il vous les rende profitables. Priez-le surtout qu'elles ne servent pas au démon pour vous tenter, et que l'appât du plaisir ne vous expose point à quelque péché.
Pendant vos repas, observez une tempérance exacte, convaincu que l'on ne doit user des aliments que comme des remèdes ; ne passez jamais les bornes de la nécessité autant que vous le pouvez connaître. Ne cherchez ni la délicatesse ni la somptuosité à la table. Ne mangez point avec avidité, ni hors du temps convenable. On en use ainsi pour les remèdes, et c'est toujours une faute de n'en pas user de même pour la nourriture : d'ailleurs un corps que l'on flatte, expose à bien des péchés. Accoutumez-vous à lui retrancher quelque chose de ce que vous pourriez lui accorder. Le retranchement de quelques mets agréables est un grand mérite devant Dieu.
Observez exactement l'abstinence et les jeûnes commandés par l'Église. En jeûnant, ne devancez pas l'heure du repas ; et que vos collations ne soient pas des soupers ; qu'elles soient légères. Souvenez-vous que Dieu jugera lui-même les excuses et les dispenses qu'on allègue pour ne pas observer les lois de l'Église.
L'ivrognerie est un crime honteux, indigne non seulement d'un Chrétien, mais d'un homme raisonnable. Un ivrogne est incapable de tout bien, capable de tous les maux, disposé à violer tout ce qu'il doit à Dieu et à son prochain ; il ruine également ses biens et sa réputation, sa santé et son âme. Vous ne sauriez avoir trop d'horreur et d'éloignement pour un vice si détestable.
En évitant l'intempérance pour vous, ne vous rendez pas coupable de celle des autres, soit en les excitant à des excès, et à violer les lois du jeûne ou de l'abstinence ; soit en ne les empêchant pas, autant que vous le devez. Le péché en ce point n'en est pas moins grief pour être plus commun.
L'intempérance n'est pas la seule faute que l'on commette dans les repas. Soyez en garde contre les médisances, les railleries, les bouffonneries, les mauvais contes, les paroles indécentes, les chansons dissolues, les louanges outrées, enfin contre tout ce qui peut blesser la pudeur, la piété, la charité, et tout ce qui autorise l'impudence, la Sensualité, etc. Élevez votre cœur à Dieu de temps en temps. Pensez à nourrir votre âme en nourrissant votre corps. Quelques lectures de piété vous seraient d'un grand avantage. Rappelez du moins quelques pensées édifiantes. Que les viandes que l'on sert, vous fassent souvenir du banquet céleste.
Qu'il est difficile d'observer ces règles dans les cabarets et dans les festins, surtout de mariage ? Évitez-les autant que vous le pourrez. Que la nécessité seule vous y conduise. N'y allez jamais qu'en tremblant. N'y allez point du tout, lorsqu'ils vous seraient une occasion de péché. Aller dans ces festins, où l'on fait gloire de violer toutes les lois de la modestie et de la tempérance chrétienne, c'est s'exposer au danger évident de souffrir avec le riche sensuel une faim et une soif éternelles.
Après le repas, soyez exact à rendre grâces à Dieu, et à examiner les manquements dans lesquels vous serez tombé, pour en gémir et les corriger. Demandez à Dieu la grâce de faire un saint usage des forces que vous venez de prendre.
Cf. Bénédicités et Grâces (prières avant et après le repas) dans votre Missel (avant 1958) ou Livre bleu (Livre de prières, de cantiques et d'exercices spirituels).
Prière avant le repas :
Mon Dieu, bénissez la nourriture que je vais prendre pour m'entretenir dans votre service. Que par votre bénédiction, cette nourriture soit salutaire à mon corps, et qu'elle ne soit pas nuisible à mon âme. Faites, ô mon Dieu, qu'en prenant mon repas, j'observe toutes les règles de la tempérance et de la modestie, de la charité et de la piété. Pendant que vous donnez le pain matériel à mon corps, ne refusez pas à mon âme le pain de votre grâce.
Prière après le repas :
Mon Dieu, je vous remercie de la nourriture que vous m'avez donnée, faites-moi la grâce d'en bien user. Vous m'avez donné la nourriture qui périt, donnez-moi celle qui demeure jusqu'à la vie éternelle. Que je sois toujours en état de dire comme votre Fils : Ma nourriture est de faire votre sainte volonté. (Joan. 4. 34)
DES RECRÉATIONS
Les Récréations semblent peu convenables à un Chrétien, dont la vie doit être une pénitence perpétuelle ; moins encore à un pécheur, qui ne mérite que l'enfer : cependant il y a des récréations permises, parce qu'il y en a de nécessaires. Le corps fatigué par de longs et pénibles travaux, a besoin de repos ; l'esprit épuisé par une forte application, a besoin de relâche.
Ne vous récréez jamais que par besoin, c'est le besoin seul qui rend la récréation permise. Elle ne doit interrompre le travail précédent que pour préparer à celui qui suit. C'est un remède, et le remède est pernicieux quand il est inutile. Employez peu de temps à vous récréer. La récréation longue passe les bornes de la nécessité ; ce n'est plus un délassement permis, c'est une oisiveté criminelle. Une vie de divertissement et de plaisir, est une vie antichrétienne et de réprouvé ; Souvenez-vous de cette maxime des Pères, qu'un pécheur doit se priver de plusieurs plaisirs permis, pour expier les criminels. N'employez jamais à la récréation le temps des divins Offices et de la Prière. Si le repos en Dieu ne vous suffit pas, du moins ne devons-nous pas lui préférer le repos que l'on cherche dans les divertissements du monde. Étrange erreur et trop ordinaire, de s'imaginer que les Dimanches et les Fêtes consacrées au culte du Seigneur, soient destinés à délasser le corps par des jeux et des amusements.
Évitez tous les divertissements défendus et dangereux. Nous n'avons que trop de penchant au péché, sans le fortifier par de telles récréations. Les jeux de hasard, les danses, les bals, les mascarades, ont été regardés par les Pères de l'Église, comme les pompes de Satan auxquelles nous avons renoncé au Baptême. Les veillées et les promenades, de la manière dont on s'y comporte ordinairement, ne conviennent point à des Chrétiens qui veulent se sauver. Regardez avec horreur tous ces jeux accompagnés de paroles ou de gestes qui réveillent des pensées impures, les débauches du carnaval, de la veille des Rois, de la Saint-Martin, etc.
Si vous jouez de l'argent à des jeux permis, que ce soit peu de chose : ne jouez jamais précisément pour gagner ; on ne doit jouer que pour se délasser. Ne vous emportez point dans la perte. N'insultez pas à ceux qui perdent. Ne vous récréez pas indifféremment avec toutes sortes de personnes. Les personnes attachées au jeu vous feront passer les bornes d'une récréation permise. Les personnes emportées vous causeront du chagrin au lieu de vous réjouir. Les personnes d'un sexe différent sont souvent pernicieuses, et toujours à craindre. Si des personnes déréglées, qui aiment les plaisirs contraires à la pudeur ou à la charité, ne vous nuisaient pas, ce serait un miracle auquel vous ne devez pas vous attendre. Le danger est plus grand dans la récréation que partout ailleurs, parce que l'on s'y observe moins.
Sanctifiez vos récréations. Offrez-les à Dieu, en commençant. Élevez dans la suite de temps en temps votre cœur à Dieu. Prêtez-vous seulement, et ne vous livrez pas au plaisir. Après la récréation, recueillez-vous pendant quelques moments, pour examiner, détester et corriger vos fautes.
Prière avant la récréation :
Mon Dieu, je ne vais prendre cette récréation que parce que je crois que vous me le permettez. C'est moins pour me satisfaire que pour me disposer à exécuter plus parfaitement dans la suite ce que vous exigez de moi. Ne permettez pas que je dise, que je fasse, ou que je souffre quoi que ce soit qui puisse vous déplaire.
Prière pendant la Récréation :
Mon Dieu, je suis devant vous. Que je ne dise, que je ne fasse rien d'indigne de vos yeux. Que je ne nuise pas à mon cœur, en soulageant mon esprit et mon corps. Ces moments sont à vous, Seigneur ; que je les emploie pour vous. Je veux mourir dans ces moments, comment les dois-je passer ?
Prière après la récréation :
Je me suis réjoui ; n'ai-je point causé de la joie aux ennemis de mon salut ? Ne vous ai-je point offensé, mon Dieu? N'ai-je rien fait de contraire à la gravité et à la modestie chrétienne ? Faites-moi connaître, ô mon Dieu ! faites-moi détester et expier mes fautes. Que les forces que je viens de réparer soient toutes employées à vous plaire.
DES CONVERSATIONS
La plus grande partie de la vie, pour plusieurs, se passe en conversant. On converse en travaillant, en prenant ses repas, en faisant voyage, en se récréant. De quelle conséquence n'est-il point pour un Chrétien, d'être Chrétien dans ses conversations, d'éviter les fautes innombrables qui s'y peuvent glisser, et de se comporter de sorte que l'on se procure, et aux autres, tous les avantages d'une conversation chrétienne.
Ne commencez aucune conversation sans y avoir bien pensé. Souvenez-vous de ce que disait agréablement un Saint (Saint Vincent) : On ne doit tirer des paroles de sa bouche, que comme on tire de l'argent de sa bourse ; l'en tire-t-on sans y penser ? Évitez avec soin la conversation des personnes dont les entretiens sont mauvais, celle des personnes d'un sexe différent. Ayez pour règle de ne converser, autant que la chose dépendra de tous, qu'avec des personnes à qui vous puissiez être utile, ou qui puissent l'être pour vous. Donnez-vous premièrement à J. C. conversant avec les hommes, et pensez quelles étaient ses conversations.
Prévoyez et prévenez les tentations différentes auxquelles la conversation expose. On est tenté de parler trop, et de se répandre ; d'entrer dans les passions des autres, et de les faire entrer dans les nôtres ; de s'engager à approuver nos défauts, ou d'approuver les leurs ; de dire ce que l'on doit taire, et de taire ce que l'on doit dire ; d'excuser le mal, et de blâmer le bien ; de donner pour douteux ce qui est certain, et pour certain ce qui est douteux ; de blesser la pureté, la piété, la charité, l'humilité, la vérité, ou de souffrir que d'autres les blessent ; de gâter les meilleures choses, en les disant mal ; d'autoriser les mauvaises, en ne s'y opposant pas avec assez de force et de sagesse, etc.
Dans le temps que vous conversez avec les hommes, ayez soin d'écouter Dieu ; soyez plus attentif à sa voix qu'à celle des personnes qui sont avec vous. Rentrez dans vous-même pour voir si vous ne vous laissez point aller à quelqu'une des fautes que l'on vient de marquer, ou à d'autres semblables. Parlez le moins que vous pourrez, sans faire peine à personne par un silence affecté. On doit parler comme l'on paye une dette ; ne payer qu'autant qu'il est nécessaire, et ne parler qu'à propos. Usez de l'autorité que vous donnent votre rang et votre âge, pour empêcher les mauvais discours ; si l'autorité vous manque, usez d'adresse pour les dissiper ; si cela ne réussit pas, marquez par vos manières l'éloignement que vous en avez, et retirez-vous au plus vite.
Que vos discours soient de Dieu et pour Dieu ; qu'ils soient tellement assaisonnés qu'il puissent porter à Dieu. Faites grande attention au caractère des personnes à qui vous parlez ; ménagez leur faiblesse, épargnez leur délicatesse, cherchez leurs intérêts. Que la charité soit le motif de vos entretiens, et que la prudence Chrétienne en soit la règle. Quelles étaient les conversations des Saints, de la sainte Vierge, de Jésus-Christ même ? Voilà notre modèle.
Après la conversation, ne manquez pas d'examiner les fautes que vous avez commises. Il sera difficile que vous n'en remarquiez beaucoup. Gémissez-en devant Dieu, et que la vue du passé vous rende circonspect pour l'avenir.
Prière avant la Conversation :
Seigneur, mettez une sûre garde à ma bouche, et une porte à mes lèvres. Vous seul avez plein pouvoir pour réprimer la langue ; gouvernez la mienne. Environnez mes oreilles d'épines, ô mon Dieu, de peur que je ne les ouvre aux mauvais discours. Que mes entretiens soient de vous, avec vous et pour vous.
Prière pendant la Conversation :
Parlez-moi, Seigneur, pendant que je parle aux hommes. Que je ne taise pas ce que je dois dire, et que je ne dise point ce que je devrais taire. Que les discours séduisants des pécheurs ne me nuisent pas. Que je n'écoute pas inutilement les discours édifiants de vos serviteurs. Que je vous parle et que je vous écoute dans le fond de mon cœur, comme la sainte Vierge et les Saints conversant avec les hommes. Divin Jésus, faites-moi la grâce de converser comme vous.
Prière après la Conversation :
Pardonnez-moi, mon Dieu, les fautes que je viens de commettre en parlant à des hommes semblables à moi. Quand sera-ce que je ne m'entretiendrai plus que dé vous et avec vous ! Faites que toutes les fois que je converserai avec quelque personne, ce soit comme devant vous, en Jésus-Christ votre Fils.
DES VISITES
Un Chrétien ne doit point employer en visites inutiles, moins encore en Visites dangereuses, un temps qui ne lui est accordé que pour gagner le Ciel. La nécessité, l'utilité, la bienséance, ou la charité doivent être le principe de toutes nos visites. N'en faire aucune et n'en point recevoir que par l'un de ces motifs. Des visites qui se font par simple oisiveté, ne peuvent pas être innocentes, puisqu'une parole oiseuse est un péché. Que penser des visites dont le motif est mauvais ?
Les visites des personnes dont la vie n'est pas solidement Chrétienne, sont très dangereuses ; les maladies du cœur se communiquent plus aisément que celles du corps. On n'est pas sans danger avec des personnes d'un sexe différent, lors même qu'elles ne sont pas déréglées. Que ces visites soient courtes et rares.
Prenez pour modèle dans vos visites, celle que la sainte Vierge rendit à sainte Élisabeth. Que l'Esprit de Dieu vous y conduise. Portez-y J. C., procurez-y sa gloire, rapportez-le. Observez avec soin ce que l'on vient de dire des conversations.
Prière avant les Visites :
Conduisez mes pas, Seigneur, et servez-moi de guide. C'est pour obéira vos ordres que j'entreprends cette visite ; que je la continue dans la vue de vous plaire et sous vos yeux. Que tout s'y passe dans votre esprit, et pour votre gloire.
Prière après les Visites :
Ne vous ai-je point oublié, mon Dieu, en parlant à vos créatures ? n'aurais-je point nui aux autres, au lieu de leur être utile ; ou ne me serais-je point nui à moi-même, au lieu de m'édifier ? Vivifiez-moi par votre grâce, ô mon Dieu ! purifiez-moi, sanctifiez-moi, afin qu'à l'avenir je sois partout et toujours la bonne odeur de Jésus-Christ.
Reportez-vous à De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, VIE CHRÉTIENNE : Conduite pour sanctifier les Dimanches et Fêtes de l'année, VIE CHRÉTIENNE : Travail et Négoce, VIE CHRÉTIENNE : La prière du Matin, la Bonne Pensée, la Méditation, et la Lecture Spirituelle, VIE CHRÉTIENNE : Le coucher, VIE CHRÉTIENNE : Entrer dans l'esprit des différentes Solennités, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers la Passion de Jésus-Christ, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers la Mère de Dieu, Petits exercices de piété, Méditation sur les règles que l'on doit suivre dans l'usage des divertissements permis, Méditation sur les divertissements du monde, Méditation sur la passion du jeu, Méditation sur l'Autorité, Doctrine et paroles remarquables du bienheureux Frère Égide, compagnon de Saint François d'Assise : Sur les bonnes et les mauvaises Paroles, Méditation sur la différence des devoirs, Instruction sur le Carême, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur les péchés de la langue, Méditation sur le soin qu'un Chrétien doit avoir de la réputation du prochain, Méditation sur les discours immodestes, Méditation sur la Médisance, Méditation sur les discours impies, Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, Méditation sur la curiosité, Méditation sur les moyens d'éviter les jugements téméraires, Méditation sur la fausseté des jugements téméraires, Méditation sur les prétextes qu'on emploie pour justifier le jugement téméraire, Méditation sur les jugements téméraires, par le défaut d'équité, Méditation sur les jugements téméraires, par le défaut de connaissance, Méditation sur les jugements téméraires, par défaut d'autorité, Méditation sur les défauts qui rendent un jugement téméraire, Méditation sur les bornes que l'on doit mettre à la défiance et aux soupçons, Méditation sur les soupçons, Méditation sur la défiance, Méditation sur la défense de juger le prochain, Deuxième moyen propre à secourir les âmes du Purgatoire : Prières, jeûnes, aumônes..., Des autres Commandements de l'Église, Des maladies de l'âme, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Les voies du salut, Méditation sur l'application aux devoirs de son état, Méditation sur la fidélité que la Religion nous inspire à l'égard des devoirs de notre état, Méditation sur le mérite attaché à la pratique des devoirs de son état, Méditation sur le motif qui doit nous conduire dans la pratique des devoirs de notre état, Méditation sur les dangers propres de chaque état, Méditation sur les vertus qu'on exerce en pratiquant les devoirs de son état, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la sanctification du dimanche, Méditation sur les prétendus avantages de la naissance, Méditation sur la dévotion des Grands, Méditation sur l'ambition, Méditation sur l'usage qu'un Chrétien doit faire de ses talents, Rerum novarum, du Pape Léon XIII, sur la doctrine sociale de l’Église, Méditation sur la vaine gloire, Méditation sur la gloire de Dieu, Méditation sur la gloire du monde, et Méditation sur les dangers du monde.
Publié par
Le Petit Sacristain
mercredi 31 juillet 2019
Comment M. Vianney abolit les danses à Ars
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| Le Saint Curé d'Ars en prière |
Nous avons vu que les populations de ce plateau étaient ardentes aux plaisirs. La danse surtout y faisait le passe-temps favori du dimanche et des fêtes. Tout a été dit sur les dangers que ce divertissement peut avoir. Saint Jean Chrysostome dans ses homélies, saint Jérôme dans ses lettres, saint Ambroise et saint Basile dans leurs admirables discours, ont épuisé la matière, au point que ceux qui veulent en parler après eux n'ont plus qu'à être l'écho de leurs enseignements. La danse est rarement un exercice innocent ; mais, au village, elle emprunte du laisser-aller qui s'établit dans les rapports, de l'affranchissement de tout contrôle grave et prudent, de l'absence de toute barrière imposée par le respect et les bienséances, un caractère particulièrement dangereux. Les jeunes gens y trouvent un aliment à leurs passions, et les jeunes filles y perdent, avec leur pudeur, le goût de la piété et le sentiment des joies simples. M. le Curé d'Ars y voyait le principal obstacle à ses projets de réformation.
Un jour, il apprend qu'un ménétrier est arrivé dans sa paroisse, et qu'il s'apprête à faire danser. « Mon ami, lui dit-il, vous faites là un métier que le bon Dieu n'aime pas. — Monsieur le Curé, il faut bien vivre. — Oui, mon ami, mais il faut mourir aussi ; et j'ai quelque crainte qu'à la mort vous ne vous trouviez pas bien d'avoir vécu de la sorte. Tenez, nous allons faire un marché. Combien vous donne-t-on par jour ? — Vingt francs. — En voici quarante ; et laissez-nous tranquilles. »
La fête du patron approchait : c'était une époque critique ; elle ne passait jamais sans un cortège obligé de danses, de fanfares, de joies tumultueuses ; les environs y accouraient ; Trévoux et Villefranche envoyaient leurs contingents. Cette foule bigarrée, cette dissipation et ce bruit gâtaient le pays pour bien longtemps. C'était là l'ennemi qu'il s'agissait d'attaquer et de vaincre. On pouvait prévoir que la lutte serait vive et la victoire chaudement disputée ; mais pour les cœurs généreux, les chances de succès se mesurent à la grandeur de l'entreprise. Notre saint Curé était résolu d'en finir avec un scandale qui désolait son âme. Le difficile était de savoir comment il s'y prendrait. Il se souvient d'un endroit de l'Évangile où il est question d'un démon qui ne se chasse que par le jeûne et la prière (S. Marc, IX, 28) ; et le voilà qui ne prend plus de nourriture, qui passe les jours et les nuits en oraison ; c'était toujours son grand moyen, quand il voulait obtenir de Dieu des grâces importantes de conversion et de salut ; nous en parlerons au chapitre de ses austérités ; le voilà qui se prosterne avec une grande abondance de larmes, aux pieds de Jésus crucifié, lui demandant, par ses cinq plaies, source éternelle de miséricorde, d'avoir pitié de son peuple, de faire mourir à l'amour du monde ceux pour l'amour desquels il a daigné mourir en croix lui-même.
À ces moyens surnaturels qu'on ne saurait trop recommander à l'imitation des pasteurs, il se demanda s'il n'en joindrait pas un autre. Invectiver en pareil cas, fulminer des anathèmes, est chose facile ; mais les invectives touchent peu et convertissent encore moins. Il dira pourtant sa pensée à son peuple ; il lui rappellera que la vie est une chose sérieuse ; que nous n'avons pas été créés et mis au monde pour danser... ; que le temps passé dans les divertissements défendus est un vol fait à Dieu ; qu'il y a du temps ainsi perdu et profané une vengeance inévitable qui s'exerce même dans ce monde ; qu'il y a de la folie à sacrifier son éternité pour un instant de plaisir.
« Dans le monde, mes frères, on ne pense qu'à se divertir. Cependant, on ne peut pas offrir une danse en expiation des fautes de sa pauvre vie ; Si vous ne voulez que vous amuser en ce monde, alors n'offensez pas le bon Dieu !... Mais ce sont justement ceux qui ont le moins peur d'offenser le bon Dieu qui ont toujours les plaisirs en tête...
« Un jour, saint Éloi portait le viatique à un malade ; il passait sur une place où l'on dansait. Il y eut un des danseurs qui dit : Il faut nous mettre à genoux. Mais un autre répondit par un affreux blasphème. Saint Éloi l'ayant entendu s'écria : « Seigneur, punissez-le !... » Ils tombèrent tous raides morts... Saint Éloi les ressuscita ; puis il dit : « Seigneur, faites-leur voir ceux qui les entourent. » Ils virent qu'ils étaient environnés de démons...
« Voyez, mes frères, les personnes qui entrent dans un bal laissent leur ange gardien à la porte, et c'est un démon qui le remplace ; en sorte qu'il y a bientôt dans la salle autant de démons que de danseurs. »
« Voici ce que dit le Saint-Esprit par la bouche d'un prophète : « Les gens du monde se divertissent au son des instruments... ; un moment après, ils sont dans l'enfer. » Il faut avoir perdu la tête pour aller à la danse, quand on sait que la danse peuple les enfers... J'ai vu, un jour, un vieillard qui allait à la danse avec son bâton et ses lunettes ! un autre allait voir danser avec un enfant sur les bras et un enfant à la main ! Je pensais : Il conduit tout cela en enfer...
« Celui qui veut s'amuser avec le diable, disait saint Pierre Chrysologue, ne pourra pas se réjouir avec Jésus-Christ. On ne va pas au ciel sans l'avoir mérité, et on ne le mérite pas en désobéissant à Jésus-Christ qui a condamné le monde et ses plaisirs. N'a-t-il pas dit : Ce maudit monde ! ce malheureux monde ! ce malheureux monde ! je ne prierai pas pour lui ?... Voyez, mes frères, Notre-Seigneur ne dit pas : Bienheureux ceux qui rient ! bienheureux ceux qui dansent ! il dit, au contraire : Bienheureux ceux qui pleurent ! bienheureux ceux qui souffrent ! »
Ainsi parlera le Curé d'Ars ; mais ses supplications, ses larmes et son visage empreint d'une tristesse si vraie et si profonde en diront encore plus que ses paroles. C'est au tribunal de la pénitence surtout qu'il épanchera l'amertume de son âme ; c'est là qu'il s'adressera tour à tour, avec force et avec douceur, à ces jeunes filles qui sacrifient ce qu'elles ont de plus précieux à un moment d'ivresse et de folie, et à ces mères qui, pour n'avoir pas aujourd'hui le courage de résister à un caprice de leur enfant, pleureront demain sur les suites de leur funeste complaisance.
Comment ce langage n'aurait-il pas été droit au cœur de ceux qui l'entendaient, quand surtout ils en venaient à examiner de près la vie de leur pasteur et à en scruter les détails ? quel poids immense donnaient à sa parole ses pénitences, ses mortifications, ses jeûnes, sa prière continuelle ! « Notre Curé fait tout ce qu'il dit ; il pratique tout ce qu'il enseigne : jamais nous ne lui avons vu prendre sa part d'aucun plaisir ; son seul plaisir à lui est de prier le bon Dieu : il faut bien qu'il y en ait, puisqu'il en trouve. Suivons donc ses conseils ; après tout, il ne veut que notre bien (Manuscrit de M. Renard). » Ces réflexions se faisaient le soir, au coin du feu, dans les familles : elles préparaient peu à peu les esprits à recevoir la direction que le bon pasteur voulait leur imprimer.
Un jour, il apprend qu'un ménétrier est arrivé dans sa paroisse, et qu'il s'apprête à faire danser. « Mon ami, lui dit-il, vous faites là un métier que le bon Dieu n'aime pas. — Monsieur le Curé, il faut bien vivre. — Oui, mon ami, mais il faut mourir aussi ; et j'ai quelque crainte qu'à la mort vous ne vous trouviez pas bien d'avoir vécu de la sorte. Tenez, nous allons faire un marché. Combien vous donne-t-on par jour ? — Vingt francs. — En voici quarante ; et laissez-nous tranquilles. »
La fête du patron approchait : c'était une époque critique ; elle ne passait jamais sans un cortège obligé de danses, de fanfares, de joies tumultueuses ; les environs y accouraient ; Trévoux et Villefranche envoyaient leurs contingents. Cette foule bigarrée, cette dissipation et ce bruit gâtaient le pays pour bien longtemps. C'était là l'ennemi qu'il s'agissait d'attaquer et de vaincre. On pouvait prévoir que la lutte serait vive et la victoire chaudement disputée ; mais pour les cœurs généreux, les chances de succès se mesurent à la grandeur de l'entreprise. Notre saint Curé était résolu d'en finir avec un scandale qui désolait son âme. Le difficile était de savoir comment il s'y prendrait. Il se souvient d'un endroit de l'Évangile où il est question d'un démon qui ne se chasse que par le jeûne et la prière (S. Marc, IX, 28) ; et le voilà qui ne prend plus de nourriture, qui passe les jours et les nuits en oraison ; c'était toujours son grand moyen, quand il voulait obtenir de Dieu des grâces importantes de conversion et de salut ; nous en parlerons au chapitre de ses austérités ; le voilà qui se prosterne avec une grande abondance de larmes, aux pieds de Jésus crucifié, lui demandant, par ses cinq plaies, source éternelle de miséricorde, d'avoir pitié de son peuple, de faire mourir à l'amour du monde ceux pour l'amour desquels il a daigné mourir en croix lui-même.
À ces moyens surnaturels qu'on ne saurait trop recommander à l'imitation des pasteurs, il se demanda s'il n'en joindrait pas un autre. Invectiver en pareil cas, fulminer des anathèmes, est chose facile ; mais les invectives touchent peu et convertissent encore moins. Il dira pourtant sa pensée à son peuple ; il lui rappellera que la vie est une chose sérieuse ; que nous n'avons pas été créés et mis au monde pour danser... ; que le temps passé dans les divertissements défendus est un vol fait à Dieu ; qu'il y a du temps ainsi perdu et profané une vengeance inévitable qui s'exerce même dans ce monde ; qu'il y a de la folie à sacrifier son éternité pour un instant de plaisir.
« Dans le monde, mes frères, on ne pense qu'à se divertir. Cependant, on ne peut pas offrir une danse en expiation des fautes de sa pauvre vie ; Si vous ne voulez que vous amuser en ce monde, alors n'offensez pas le bon Dieu !... Mais ce sont justement ceux qui ont le moins peur d'offenser le bon Dieu qui ont toujours les plaisirs en tête...
« Un jour, saint Éloi portait le viatique à un malade ; il passait sur une place où l'on dansait. Il y eut un des danseurs qui dit : Il faut nous mettre à genoux. Mais un autre répondit par un affreux blasphème. Saint Éloi l'ayant entendu s'écria : « Seigneur, punissez-le !... » Ils tombèrent tous raides morts... Saint Éloi les ressuscita ; puis il dit : « Seigneur, faites-leur voir ceux qui les entourent. » Ils virent qu'ils étaient environnés de démons...
« Voyez, mes frères, les personnes qui entrent dans un bal laissent leur ange gardien à la porte, et c'est un démon qui le remplace ; en sorte qu'il y a bientôt dans la salle autant de démons que de danseurs. »
« Voici ce que dit le Saint-Esprit par la bouche d'un prophète : « Les gens du monde se divertissent au son des instruments... ; un moment après, ils sont dans l'enfer. » Il faut avoir perdu la tête pour aller à la danse, quand on sait que la danse peuple les enfers... J'ai vu, un jour, un vieillard qui allait à la danse avec son bâton et ses lunettes ! un autre allait voir danser avec un enfant sur les bras et un enfant à la main ! Je pensais : Il conduit tout cela en enfer...
« Celui qui veut s'amuser avec le diable, disait saint Pierre Chrysologue, ne pourra pas se réjouir avec Jésus-Christ. On ne va pas au ciel sans l'avoir mérité, et on ne le mérite pas en désobéissant à Jésus-Christ qui a condamné le monde et ses plaisirs. N'a-t-il pas dit : Ce maudit monde ! ce malheureux monde ! ce malheureux monde ! je ne prierai pas pour lui ?... Voyez, mes frères, Notre-Seigneur ne dit pas : Bienheureux ceux qui rient ! bienheureux ceux qui dansent ! il dit, au contraire : Bienheureux ceux qui pleurent ! bienheureux ceux qui souffrent ! »
Ainsi parlera le Curé d'Ars ; mais ses supplications, ses larmes et son visage empreint d'une tristesse si vraie et si profonde en diront encore plus que ses paroles. C'est au tribunal de la pénitence surtout qu'il épanchera l'amertume de son âme ; c'est là qu'il s'adressera tour à tour, avec force et avec douceur, à ces jeunes filles qui sacrifient ce qu'elles ont de plus précieux à un moment d'ivresse et de folie, et à ces mères qui, pour n'avoir pas aujourd'hui le courage de résister à un caprice de leur enfant, pleureront demain sur les suites de leur funeste complaisance.
Comment ce langage n'aurait-il pas été droit au cœur de ceux qui l'entendaient, quand surtout ils en venaient à examiner de près la vie de leur pasteur et à en scruter les détails ? quel poids immense donnaient à sa parole ses pénitences, ses mortifications, ses jeûnes, sa prière continuelle ! « Notre Curé fait tout ce qu'il dit ; il pratique tout ce qu'il enseigne : jamais nous ne lui avons vu prendre sa part d'aucun plaisir ; son seul plaisir à lui est de prier le bon Dieu : il faut bien qu'il y en ait, puisqu'il en trouve. Suivons donc ses conseils ; après tout, il ne veut que notre bien (Manuscrit de M. Renard). » Ces réflexions se faisaient le soir, au coin du feu, dans les familles : elles préparaient peu à peu les esprits à recevoir la direction que le bon pasteur voulait leur imprimer.
(Extrait de Le Curé d'Ars par l'Abbé Alfred Monnin)
Reportez-vous à Le malheur du Monde dans ses plaisirs, Le style du Saint Curé d'Ars, Le Saint Curé d'Ars et l'apostolat de la conversation, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Aimables reparties de M. Vianney, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Foi de M. Vianney, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Espérance de M. Vianney, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Charité de M. Vianney, Le Saint Curé d'Ars dans ses homélies, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur le Salut, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur l'amour de Dieu, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur les prérogatives de l'âme pure, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur le Saint-Esprit, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la Sainte Vierge, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la sanctification du dimanche, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la parole de Dieu, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la prière, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur le Saint Sacrifice de la Messe, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la présence réelle, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la communion, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur le péché, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur l'impureté, L'Esprit du Saint Curé d'Ars, Vie domestique de M. Vianney : Depuis sa naissance jusqu'à sa nomination à la cure d'Ars (1786-1818) (1/2), Vie domestique de M. Vianney : Depuis sa naissance jusqu'à sa nomination à la cure d'Ars (1786-1818) (2/2), Les saints et le combat spirituel : Saint Jean-Marie-Baptiste Vianney, le Curé d'Ars, Litanies du Saint Curé d'Ars, Litanies de Sainte Philomène, Sermon sur l'Enfer, par M. J.-M.-B. Vianney, Prière à saint Joseph pour obtenir une bonne mort, Personne n'est-il revenu de l'Enfer ?, Sermon du Saint Curé d'Ars sur l'Enfer des Chrétiens, Du jugement et des peines des pécheurs, Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), Traité de l'Enfer de Sainte Françoise Romaine, Extrait du Sermon sur la Mort de Saint Robert Bellarmin, Méditation sur le Jugement de Dieu, Méditation sur le discernement des bons et des mauvais exemples, Méditation sur l'affaire du salut, Méditation sur l'exemple de la multitude, Vision de l'Enfer de Sainte Thérèse d'Avila, Méditation sur l'homicide, Méditation sur la pensée de la mort, Défendre le Cimetière, De la méditation de la mort, Tu es poussière et tu retourneras en poussière, Méditation sur la fausse sécurité des Pécheurs, Méditation sur la Préparation à la mort, Méditation sur la disposition habituelle où les Chrétiens doivent être à l'égard de leur mort, Litanies de la bonne mort, Méditation sur le désir de la mort, Méditation sur la crainte de la mort, Méditation sur l'éternité des peines de l'Enfer, Méditation sur la justice de Dieu, Méditation sur la voie étroite, Méditation sur la Pénitence différée à l'heure de la mort, Méditation sur la fausse idée que les Pécheurs se forment de la miséricorde de Dieu, Méditation sur le délai de la conversion, Méditation sur l'incertitude de l'avenir, Le retour du règne de Satan par la négation du dogme de l'Incarnation, Méditation sur le bon usage du temps présent, Méditation sur l'inquiétude de l'avenir, Méditation sur l'emploi du temps, Méditation sur l'expiation du péché, et Méditation sur la réparation du péché.
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Le Petit Sacristain
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lundi 11 mars 2019
LE DIABLE, SES PAROLES, SON ACTION DANS LES POSSÉDÉS D'ILLFURT, d'après des documents historiques : Satan et les Fêtes, bals et danses
Extrait de "LE DIABLE, SES PAROLES, SON ACTION DANS LES POSSÉDÉS D'ILLFURT (Alsace), d'après des documents historiques" :
Les possédés avaient parfois des heures et des journées plus calmes. Les démons étaient absents : les enfants mangeaient et buvaient, causaient et jouaient comme ceux de leur âge, et n'avaient pas souvenir de ce qui leur était arrivé durant la possession. C'était ordinairement les après-midi du dimanche que Satan était loin d'eux. Lorsque à la reprise de la possession on lui demandait où il avait été pendant ce temps, il répondait qu'il était allé dans tel ou tel village voisin à la fête populaire, qu'on s'y était bien amusé, qu'il s'était mêlé à l'orchestre et qu'il avait fait une riche moisson. Il ajoutait qu'il y trouvait son plus grand plaisir à exciter les jeunes gens et à les pousser au dévergondage. De temps en temps, quand l'enfant était couché, l'édredon se levait et se soulevait en cadences rythmiques. Interrogé, le possédé déclarait : Je suis à Mulhouse au bal et je danse.
À Saint-Charles il s'écria un jour : « Donnez-moi à boire ! »
« Mais tu ne peux pas boire, puisque tu es un esprit. Que veux-tu boire ? Va-t-en en enfer ! » lui dit M. André.
« Je me mets à côté des ivrognes, répondit Satan, je les engage à boire, jusqu'à ce qu'ils soient saouls. Quand ils sont ivres, ils répandent le liquide sur la table et sur le sol et tout cela est alors pour moi ».
Et il se mit à raconter qu'il aimait beaucoup les danses et les bals ; que c'était lui qui poussait les gens à danser et à faire des sottises. Ceci dit, il quitta l'enfant.
Quelque dix minutes après, il était de retour et cria en ricanant : « Maintenant j'ai été à la brasserie ! » Et il désigna la brasserie et son tenancier, parla encore d'autres auberges et de leurs propriétaires ; l'enfant cependant n'avait jamais été à Schiltigheim. Enfin il conclut : « Mes affaires vont bien ; je suis satisfait, mon chef sera content de moi. »
Il se réjouissait surtout lorsque dans ces cafés on tenait des conversations à double sens ou des propos impurs, ce qui n'arrive malheureusement que trop souvent.
Une autre fois quelques jeunes gens, à moitié ivres, vinrent à passer devant la maison, se disputant vivement. « Attends, s'écrie subitement le démon, je m'en vais les pousser à se battre. » Cinq minutes après, une violente bagarre se produisit, et par trois fois reprit de plus belle. Le possédé riait de toutes ses forces.
Un jour, le diable interrompit subitement son bavardage et s'écria : « Silence, nous le tenons ! ».
— « Mais qui donc ?
— « Eh bien ! ce jeune homme, qui dans le café N... de Sélestat, est en train de danser. » Il nomma la rue et le café.
Puis subitement il cria : « À présent nous le tenons, maintenant il est chez nous ! »
On fit aussitôt une enquête à Sélestat et on découvrit qu'à l'heure même, dans ledit café, un jeune homme avait été frappé d'un coup d'apoplexie pendant la danse et qu'il était tombé raide mort.
À Illfurt il avait raconté ce qui suit : « Ce bouc de N... et sa femme sont allés dans la porcherie (l'église) pour faire les gloutons (communier). Ils avaient faim. À peine rentrés chez eux, ils ont commencé à se chamailler et à jurer comme des fous furieux. Les plus horribles jurons sortaient de leur bouche, comme des flocons de neige. Je me suis tordu de joie. Ils auraient pu le soir aller de nouveau dans la porcherie, car leur état était pire que le matin. J’ai mis leurs jurons dans une cassette pour les conserver. » Un jour s'adressant à M. Spies : « Dites au Curé Lang de Sélestat, s'écria-t-il que j'ai beaucoup de plaisir avec ses paroissiens. On s'amuse bien aux environs de la tour aux sorciers. » En effet, les danses et toutes sortes de libertinage étaient fréquentes dans le quartier de Hexenturm (vieille tour au Nord de la Ville).
C'est ainsi qu'il exaltait outre mesure danses et bals, disputes et jurons.
Reportez-vous à Le malheur du Monde dans ses plaisirs, Les Possédés d'Illfut : Les victimes, Les possédés d'Illfurt : Perte du Ciel et peines de l'Enfer, Des opérations malignes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur les divertissements du monde, Méditation sur les règles que l'on doit suivre dans l'usage des divertissements permis, Méditation sur la grièveté du Péché, Méditation sur les discours immodestes, Méditation sur les discours impies, Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Sermon sur l'Enfer, par M. J.-M.-B. Vianney, Saint Mathurin, invoqué contre les possessions du démon et la folie, Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (2/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (3/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (4/4), Symptômes de possession ou infestation démoniaques, et Phénomènes possibles en cas de possession démoniaque et signes de délivrance.
À Saint-Charles il s'écria un jour : « Donnez-moi à boire ! »
« Mais tu ne peux pas boire, puisque tu es un esprit. Que veux-tu boire ? Va-t-en en enfer ! » lui dit M. André.
« Je me mets à côté des ivrognes, répondit Satan, je les engage à boire, jusqu'à ce qu'ils soient saouls. Quand ils sont ivres, ils répandent le liquide sur la table et sur le sol et tout cela est alors pour moi ».
Et il se mit à raconter qu'il aimait beaucoup les danses et les bals ; que c'était lui qui poussait les gens à danser et à faire des sottises. Ceci dit, il quitta l'enfant.
Quelque dix minutes après, il était de retour et cria en ricanant : « Maintenant j'ai été à la brasserie ! » Et il désigna la brasserie et son tenancier, parla encore d'autres auberges et de leurs propriétaires ; l'enfant cependant n'avait jamais été à Schiltigheim. Enfin il conclut : « Mes affaires vont bien ; je suis satisfait, mon chef sera content de moi. »
Il se réjouissait surtout lorsque dans ces cafés on tenait des conversations à double sens ou des propos impurs, ce qui n'arrive malheureusement que trop souvent.
Une autre fois quelques jeunes gens, à moitié ivres, vinrent à passer devant la maison, se disputant vivement. « Attends, s'écrie subitement le démon, je m'en vais les pousser à se battre. » Cinq minutes après, une violente bagarre se produisit, et par trois fois reprit de plus belle. Le possédé riait de toutes ses forces.
Un jour, le diable interrompit subitement son bavardage et s'écria : « Silence, nous le tenons ! ».
— « Mais qui donc ?
— « Eh bien ! ce jeune homme, qui dans le café N... de Sélestat, est en train de danser. » Il nomma la rue et le café.
Puis subitement il cria : « À présent nous le tenons, maintenant il est chez nous ! »
On fit aussitôt une enquête à Sélestat et on découvrit qu'à l'heure même, dans ledit café, un jeune homme avait été frappé d'un coup d'apoplexie pendant la danse et qu'il était tombé raide mort.
À Illfurt il avait raconté ce qui suit : « Ce bouc de N... et sa femme sont allés dans la porcherie (l'église) pour faire les gloutons (communier). Ils avaient faim. À peine rentrés chez eux, ils ont commencé à se chamailler et à jurer comme des fous furieux. Les plus horribles jurons sortaient de leur bouche, comme des flocons de neige. Je me suis tordu de joie. Ils auraient pu le soir aller de nouveau dans la porcherie, car leur état était pire que le matin. J’ai mis leurs jurons dans une cassette pour les conserver. » Un jour s'adressant à M. Spies : « Dites au Curé Lang de Sélestat, s'écria-t-il que j'ai beaucoup de plaisir avec ses paroissiens. On s'amuse bien aux environs de la tour aux sorciers. » En effet, les danses et toutes sortes de libertinage étaient fréquentes dans le quartier de Hexenturm (vieille tour au Nord de la Ville).
C'est ainsi qu'il exaltait outre mesure danses et bals, disputes et jurons.
Reportez-vous à Le malheur du Monde dans ses plaisirs, Les Possédés d'Illfut : Les victimes, Les possédés d'Illfurt : Perte du Ciel et peines de l'Enfer, Des opérations malignes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur les divertissements du monde, Méditation sur les règles que l'on doit suivre dans l'usage des divertissements permis, Méditation sur la grièveté du Péché, Méditation sur les discours immodestes, Méditation sur les discours impies, Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Sermon sur l'Enfer, par M. J.-M.-B. Vianney, Saint Mathurin, invoqué contre les possessions du démon et la folie, Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (2/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (3/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (4/4), Symptômes de possession ou infestation démoniaques, et Phénomènes possibles en cas de possession démoniaque et signes de délivrance.
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