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jeudi 6 février 2020

Prière pour la France




Seigneur, ayez pitié de votre peuple ; défendez-le contre les attaques des ennemis de la foi. N'abandonnez pas la France.
Regardez ceux qui, en notre pays, vous ont servi et aimé : nos Saints, nos pères qui ont construit les cathédrales, les apôtres de la charité et de la foi. À cause d'eux et par leurs mérites, redonnez une foi plus vive au peuple de France, l'espérance en vos grâces et l'amour de vos lois.
Et prouvez au monde qu'il est heureux le peuple qui vous choisit pour son Seigneur et son Dieu. Ainsi soit-il.


Reportez-vous à Vehementer nos, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie X au peuple Français, Comment saint Louis, roi de France, se rendit, en habit de pèlerin, à Pérouse, où il alla visiter le saint Frère Égide, Méditation pour la Fête de Saint Louis, Litanie de Saint Louis de France et Testament à son fils Philippe, Litanies de Sainte Jeanne d'Arc, La dévotion au Sacré-Cœur, remède spécial aux maux qui désolent l'Église dans ces derniers temps, Le Saint Curé d'Ars dans ses homélies, Sainte Catherine Labouré, Fille de la Charité (1/2), Litanies de Sainte Geneviève, Message-radio du Pape Pie XII pour le Ve centenaire de la réhabilitation de Sainte Jeanne d'Arc, Litanies de Jésus-Christ Roi de France, Vi ringrazio du Pape Pie X, La religion a été et sera toujours l'âme de la société, La Confrérie réparatrice des blasphèmes et de la profanation du Dimanche, Le Vœu de Louis XIII et la consécration de la France à la Sainte Vierge Marie, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Avoir une grande confiance en la protection des saints Anges, et recourir à eux en tous ses besoins corporels et spirituels.












dimanche 13 octobre 2019

Letitiae sanctae, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Léon XIII, Sur le Rosaire de Marie




Letitiae sanctae


Lettre encyclique de Notre Saint Père le Pape Léon XIII


Sur le Rosaire de Marie


(8 septembre 1893)




à Ses Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques, Évêques et autres Ordinaires en paix et en communion avec le Saint-Siège,

Léon XIII, Pape.


Vénérables Frères, salut et bénédiction apostolique.


À la joie sainte que Nous a causée l’heureux accomplissement de la cinquantième année qui s’est écoulée depuis Notre consécration épiscopale, s’est ajoutée une source de bonheur très vif : c’est que Nous avons vu les catholiques de toutes les nations, comme des fils envers leur père, s’unir dans une imposante manifestation de leur foi et de leur amour envers Nous.

Nous reconnaissons en ce fait, et Nous le proclamons avec une reconnaissance toujours nouvelle, un dessein de la Providence de Dieu, une marque de sa suprême bienveillance envers Nous-même, un grand avantage pour son Église. Notre cœur ne désire pas moins combler de louanges pour ce bienfait Notre très douce Auxiliatrice auprès de Dieu, son auguste mère. L’amour tout particulier de Marie, que Nous avons vu se manifester de mainte façon dans le cours de Notre carrière si longue et si variée, luit chaque jour plus clairement devant nos yeux, et, touchant Notre cœur avec une suavité très vive, Nous confirme dans une confiance qui n’est pas de la terre.

Il Nous semble entendre la voix même de la Reine du Ciel tantôt Nous encourageant avec bonté au milieu des épreuves cruelles que traverse l’Église, tantôt Nous aidant de ses conseils dans les mesures que Nous devons prendre pour le salut commun, tantôt enfin Nous avertissant de ranimer la piété et le culte de toutes les vertus parmi le peuple chrétien. Plusieurs fois, déjà, ce Nous a été une douce obligation de répondre à de tels souhaits.

Au nombre des fruits bénis qui, grâce à son secours, ont suivi Nos exhortations, il est juste de rappeler quel profit la religion a tiré de la propagation du très saint Rosaire. Des confréries de pieux fidèles ont été ici accrues, là fondées, de savants écrits ont été répandus à propos parmi le peuple, les beaux-arts eux-mêmes Nous ont fourni des objets précieux.

Mais maintenant, de même que si Nous entendions la voix pressante de cette Mère très attentive Nous répéter : « Clama, ne cesses », Nous voulons vous entretenir de nouveau, vénérables Frères, du Rosaire de Marie, au moment où commence ce mois d’octobre, que Nous avons voulu consacrer à la Reine du Ciel et à cette dévotion du Rosaire qui lui est si agréable, accordant à cette occasion aux fidèles la faveur des saintes indulgences.

Le but prochain de Notre Lettre ne sera cependant ni d’écrire un nouvel éloge d’une prière si belle par elle-même, ni d’exciter les fidèles à en faire un plus saint usage. Nous parlerons de quelques avantages très précieux que l’on peut en tirer et qui sont tout à fait appropriés aux hommes et aux circonstances.

Nous sommes pleinement persuadé, en effet, que la dévotion du Rosaire, si elle est pratiquée de telle sorte qu’elle procure aux fidèles toute la force et toute la vertu qui sont en elle, sera une source de biens nombreux, non seulement pour les particuliers, mais encore pour tous les États.

Personne n’ignore combien, conformément au devoir de Notre suprême apostolat, Nous sommes désireux de procurer le bien des nations, et prêts à le faire, avec le secours de Dieu. En effet, Nous avons souvent averti les hommes qui sont investis du pouvoir de ne promulguer et de n’appliquer des lois que suivant la règle de la justice divine ; Nous avons souvent exhorté ceux des citoyens qui surpassent les autres soit par leur talent, soit par leurs mérites, soit par leur noblesse et leur fortune, à mettre en commun leurs projets, à unir leurs forces, pour sauvegarder les intérêts de l’État et promouvoir les entreprises qui pourront lui être avantageuses.

Mais il existe un trop grand nombre de causes qui, dans une société civile, relâchent les liens de la discipline publique, et détournent le peuple de rechercher comme il le devrait, l’honnêteté des mœurs. Trois maux surtout Nous semblent les plus funestes à l’avantage commun ; les voici : le dégoût d’une vie modeste et active, l’horreur de la souffrance, l’oubli des biens éternels que nous espérons.

Nous déplorons – et ceux même qui ramènent tout à la science et au profit de la nature reconnaissent le fait et s’en affligent –, Nous déplorons que la société humaine souffre d’une terrible plaie : c’est qu’on néglige les devoirs et les vertus qui doivent orner une vie obscure et commune. De là vient qu’au foyer domestique les enfants se relâchent de l’obéissance qu’ils doivent à leurs parents, ne supportant plus aucune discipline, à moins qu’elle ne soit molle et ne se prête à leurs plaisirs. De là vient aussi que les ouvriers renoncent à leur métier, fuient le travail et, mécontents de leur sort, aspirent plus haut, désirant une chimérique égalité des fortunes ; mus par de semblables aspirations, les habitants des campagnes quittent en foule leur pays natal pour venir chercher le tumulte et les plaisirs faciles des cités.

C’est à cette cause aussi qu’il faut attribuer l’absence d’équilibre entre les diverses classes de la société ; tout est ébranlé, les âmes sont en proie à la haine et à l’envie, on viole ouvertement tout droit ; trompés par un faux espoir, beaucoup troublent la paix publique en occasionnant des séditions, et résistent à ceux qui ont pour mission d’assurer l’ordre.

Contre ce mal, il faut demander un remède au Rosaire de Marie, qui comprend à la fois un ordre fixe de prières et la pieuse méditation des mystères de la vie du Sauveur et de sa Mère. Que les mystères joyeux soient indiqués à la foule et placés devant les yeux des hommes, tels que des tableaux et des modèles de vertus : chacun comprend combien sont abondants, combien sont faciles à imiter, et propres à inspirer une vie honnête, les exemples qu’on en peut tirer, et qui séduisent les cœurs par une suavité admirable.

Qu’on se représente la Maison de Nazareth, cet asile à la fois terrestre et divin de la sainteté. Quel beau modèle on y trouvera pour la vie quotidienne ! Quel spectacle en tous points parfait de l’union au foyer ! Là règnent la simplicité et la pureté des mœurs, un accord perpétuel des esprits, un ordre que rien ne vient troubler, le support mutuel, l’amour enfin, non un amour fugitif et menteur, mais un amour consistant dans l’accomplissement assidu des devoirs réciproques et de nature à captiver tous les yeux.

Là, sans doute, on s’occupe de préparer ce qui est nécessaire pour la nourriture et le vêtement ; mais c’est à la sueur du front, in sudore vultus, et comme ceux qui, contents de peu, agissent plutôt de façon à moins souffrir de la disette, qu’à se procurer du superflu. Par-dessus tout, on y trouve une souveraine tranquillité d’esprit, une joie de l’âme égale chez chacun, deux biens qui accompagnent toujours la conscience des bonnes actions accomplies.

Les exemples de ces vertus, de la modestie et de la soumission, de la résignation au travail et de la bienveillance envers le prochain, du zèle à accomplir les petits devoirs de la vie quotidienne, tous ces enseignements, enfin, à mesure que l’homme les comprend mieux, qu’ils pénétreront plus profondément dans son âme, amèneront un changement sensible de ses idées et de sa conduite. Alors chacun, loin de trouver méprisables et pénibles ses devoirs particuliers, les estimera plutôt agréables et pleins de charme, et, grâce à cette sorte de plaisir qu’il y rencontrera, la conscience du devoir à accomplir lui donnera plus de force pour bien agir.

Ainsi les mœurs s’adouciront sur tous les points ; la vie domestique s’écoulera au milieu de l’affection et du bonheur ; les rapports mutuels seront empreints d’une sincère bienveillance et de charité. Et si toutes ces qualités dont sera doué l’homme pris isolément, se répandent dans les familles, dans les villes, parmi tout un peuple, dont la vie se conformera à ces prescriptions, il est facile de concevoir quels profits l’État pourra en retirer.

Un autre mal très funeste et que Nous ne saurions trop déplorer, parce que chaque jour il pénètre les esprits plus profondément et d’une façon plus nuisible, c’est qu’on se refuse à souffrir, qu’on repousse avec violence tout ce qui semble pénible et contraire à nos goûts. La plupart des hommes, en effet, au lieu de considérer, ainsi qu’il le faudrait, la tranquillité et la liberté des âmes comme la récompense préparée à ceux qui se sont acquittés du grand devoir de la vie sans se laisser vaincre par les dangers ou par les travaux, se forgent l’idée chimérique d’un État d’où serait écarté tout objet désagréable, où l’on jouirait en abondance de tous les biens que cette vie peut procurer. Un désir si violent et si effréné d’une existence heureuse est une source d’affaiblissement pour les âmes ; si elles ne tombent pas tout à fait, elles sont néanmoins énervées, de sorte qu’elles fuient lâchement les maux de la vie et se laissent misérablement abattre. Dans ce danger aussi, on peut attendre du Rosaire de Marie un très grand secours pour affermir les âmes, tant est grande l’autorité de l’exemple ; si les mystères qu’on appelle douloureux font l’objet d’une méditation tranquille et suave dès la plus tendre enfance, et si on continue à les considérer ensuite assidûment, ils nous montrent le Christ auteur et consommateur de notre foi, commençant à agir et à enseigner, afin que nous trouvions en Lui-même des exemples appropriés aux enseignements qu’Il nous a donnés sur la manière dont il faut supporter les fatigues et les souffrances. Les maux les plus pénibles, Il a voulu les subir Lui-même avec une grande résignation. Nous le voyons accablé de tristesse au point que le sang coule de tous ses membres, comme une sueur. Nous le voyons chargé de chaînes, tel qu’un voleur, soumis au jugement d’hommes pervers, en proie à d’odieux outrages, à de fausses accusations. Nous le voyons flagellé, couronné d’épines, attaché sur la croix, regardé comme indigne de vivre longtemps, comme ayant mérité de mourir au milieu des acclamations de la foule.

Nous pensons quelle dut être à ce spectacle la souffrance de sa très sainte Mère, dont le cœur fut, non seulement frappé mais traversé d’un glaive, de telle sorte qu’on l’a appelée et qu’elle est bien réellement la Mère de douleur.

Combien celui qui méditera souvent, ne se contentant pas de les contempler des yeux, de tels exemples de vertus, sentira naître en lui de force afin de les imiter ! Que la terre soit pour lui maudite, qu’elle ne produise que des épines et des ronces, que son esprit soit en proie à toutes les amertumes, que la maladie accable son corps, il n’y aura aucun mal provenant, soit de la haine des hommes, soit de la colère des démons, aucun genre de calamité publique ou privée qu’il ne surmonte par sa résignation.

De lui on pourra dire avec raison : Accomplir et souffrir beaucoup, c’est le propre du chrétien ; le chrétien, en effet, celui qui est regardé à bon droit comme digne de ce nom, ne peut suivre en vain le Christ souffrant. Nous parlons ici de la patience, non pas de cette vaine ostentation de l’âme s’endurcissant contre la douleur que manifestèrent certains des anciens philosophes, mais de celle qui (s’appliquant l’exemple du Christ qui a voulu souffrir la croix alors qu’il pouvait choisir la joie, et qui a méprisé la confusion) et lui demandant les secours de sa grâce, ne recule devant aucune peine, les porte toutes avec joie et les regarde comme des grâces.

La foi catholique a possédé et possède encore des disciples pénétrés de cette doctrine, hommes et femmes de tout pays et de toute condition, prêts à souffrir, suivant l’exemple du Christ, toutes les injustices et tous les maux pour la vertu et la religion, s’appropriant l’exemple plus encore que la parole de Didyme : « Allons, nous aussi, et mourons avec lui. » Que les exemples de cette remarquable constance et la gloire de l’Église s’en accroissent sans cesse !

Le troisième genre de maux auquel il faut chercher un remède, est surtout apparent chez les hommes de notre époque. Ceux des âges antérieurs, s’ils étaient attachés, même d’une façon criminelle, aux biens de la terre, ne dédaignaient cependant pas presque entièrement ceux du ciel ; les plus sages des païens eux-mêmes ont enseigné que cette vie était pour nous une hôtellerie, non une demeure, que nous devions y séjourner quelque temps, non pas y habiter.

Les hommes aujourd’hui, bien qu’instruits de la loi chrétienne, s’attachent pour la plupart aux biens fugitifs de la vie présente non seulement comme si l’idée d’une patrie meilleure, d’une béatitude éternelle était effacée de leur esprit, mais encore comme s’ils voulaient la détruire entièrement à force de déshonneur. En vain saint Paul leur a donné cet avis : « Nous n’avons pas ici-bas de demeure stable, mais nous en cherchons une que nous posséderons un jour. »

Lorsqu’on se demande quelles sont les causes de ce fléau, on trouve tout d’abord que beaucoup ont la crainte de voir la pensée de la vie future détruire l’amour de la patrie terrestre et nuire à la prospérité des États : rien n’est plus odieux et plus insensé que cette conviction. Les espérances éternelles n’ont pas pour caractère d’occuper tellement les hommes qu’elles les détachent complètement du souci des biens présents ; quand le Christ a ordonné de chercher le royaume de Dieu il a dit de le chercher d’abord, non de laisser de côté tout le reste.

L’usage des objets terrestres, et les jouissances permises qu’on en peut tirer, n’ont rien d’illicite, s’ils doivent contribuer à l’accroissement ou à la récompense de nos vertus, si la prospérité et la civilisation avancée de la patrie terrestre, en indiquant, d’une façon magnifique, l’accord des mortels figurent la beauté et l’éclat de la cité céleste ; il n’y a là rien qui ne convienne à des êtres doués de raison, rien qui soit opposé aux desseins de la Providence, car Dieu est à la fois l’auteur de la nature et de la grâce ; Il ne veut pas que l’une soit opposée à l’autre et qu’un conflit s’élève entre elles, mais qu’elles concluent en quelque sorte un pacte d’alliance que, sous leur conduite, nous parvenions un jour, par un chemin plus facile, à cette béatitude éternelle, pour laquelle nous sommes nés.

Mais les hommes adonnés aux plaisirs et égoïstes, qui laissent errer toutes leurs pensées sur les objets terrestres, et ne peuvent s’élever plus haut au lieu d’être menés par les biens dont ils jouissent à désirer plus vivement ceux du ciel, perdent complètement l’idée même de l’éternité et tombent dans une condition indigne de l’homme. En effet, la puissance divine ne peut nous frapper d’une peine plus terrible que de nous laisser jouir de tous les plaisirs d’ici-bas, mais oublier en même temps les biens éternels.

Il évitera complètement ce danger, celui qui s’adonnera à la dévotion du Rosaire et méditera attentivement et souvent les mystères glorieux qui nous y sont proposés. Dans ces mystères, en effet, notre esprit puise la lumière nécessaire pour connaître des biens qui échappent à nos yeux, mais que Dieu, Nous le croyons d’une ferme foi, prépare à ceux qui l’aiment. Nous apprenons ainsi que la mort n’est pas un anéantissement qui nous enlève et qui détruit tout, mais une migration, et pour ainsi dire, un changement de vie. Nous percevons clairement qu’une route vers le ciel est ouverte pour nous tous, et lorsque nous voyons le Christ ressusciter, nous nous souvenons de sa douce promesse : « Je vais vous préparer une place. » Nous sommes certains qu’il viendra un temps « où Dieu séchera toutes les larmes de nos yeux, où il n’y aura plus ni deuil, ni gémissement, ni douleur, mais où nous serons toujours avec Dieu, semblables à Dieu, puisque nous le verrons tel qu’Il est, jouissant du torrent de ses délices, concitoyens des saints, » en communion bienheureuse avec Marie, sa Mère et notre puissante Reine.

L’esprit qui considérera ces mystères ne pourra manquer de s’enflammer et de répéter cette parole d’un homme très saint : « Que la terre me pèse, lorsque je regarde le ciel ! » Il jouira de la consolation de penser « qu’une tribulation momentanée et légère, nous vaut une somme éternelle de gloire. » C’est là, en effet, le seul lien qui unit le temps présent avec la vie éternelle, la cité terrestre avec le ciel, c’est la seule considération qui fortifie et élève les âmes. Si de telles âmes sont en grand nombre, l’État sera riche et florissant, on y verra régner le vrai, le bien, le beau, suivant ce modèle qui est le principe et la source éternelle de toute vérité, de tout bien et de toute beauté.

Déjà tous les chrétiens peuvent voir, comme Nous l’avons établi au commencement, quels sont les fruits et quelle est la vertu féconde du Rosaire de Marie, sa puissance pour guérir les maux de notre époque et faire disparaître les fléaux dont souffrent les États ; mais il est facile de le comprendre, ceux-là ressentiront plus abondamment ces avantages qui, inscrits dans la sainte confrérie du Rosaire, se distinguent par une union particulière et toute fraternelle et par leur dévotion à la très sainte Vierge ; en effet, ces confréries approuvées par l’autorité des Pontifes romains, comblées par eux de privilèges et enrichies d’indulgences, sont soumises à leur juridiction, elles ont des assemblées à date fixe et jouissent de puissants appuis qui en assurent la prospérité et les rendent aptes à procurer l’avantage de la société humaine. Ce sont comme les armées qui combattent les combats du Christ par ses mystères sacrés, sous les auspices et la conduite de la Reine du Ciel. On a pu constater en maintes circonstances, et surtout à Lépante, combien Celle-ci s’est montrée favorable à leurs supplications et aux cérémonies qu’ils ont organisées.

Il est donc avantageux de montrer un grand zèle pour fonder, accroître, gouverner de telles confréries. Nous ne parlons pas ici aux seuls disciples de saint Dominique, quoique ceux-ci soient surtout chargés de cette mission d’après leur règle, mais à tous ceux auxquels est confié le soin des âmes et surtout le ministère des églises où ces confréries sont instituées. Nous souhaitons aussi ardemment que les prêtres qui entreprennent des voyages pour propager la doctrine du Christ parmi les nations barbares ou pour l’affermir là où elle est établie, répandent de même la dévotion du Rosaire.

D’après les exhortations de tous ces prêtres, Nous ne doutons pas qu’il y ait un grand nombre de chrétiens soucieux de leurs intérêts spirituels qui se fassent inscrire dans cette même confrérie et s’appliquent à acquérir les biens que Nous avons indiqués, ceux surtout qui constituent la raison d’être et, en quelque sorte, l’essence du Rosaire.

L’exemple des membres de la Confrérie inspirera aux autres fidèles un respect et une piété plus grande envers le Rosaire. Ceux-ci, animés par de semblables modèles mettront tout leur zèle à prendre leur part de ces biens si salutaires. Tel est Notre ardent désir.

C’est là aussi l’espoir qui Nous guide et Nous encourage au milieu des grands maux dont souffre la société. Puisse, grâce à tant de prières, Marie la Mère de Dieu et des hommes, celle qui nous a donné le Rosaire et qui en est la Reine, faire en sorte que cet espoir se réalise pleinement.

Nous avons confiance, vénérables Frères, qu’avec votre concours Nos enseignements et Nos souhaits contribueront à la prospérité de familles, à la paix des peuples et au bien de la terre.

Comme gage des bénédictions divines et comme témoignage de Notre bienveillance, Nous vous accordons de grand cœur, à vous, à votre clergé et à votre peuple la bénédiction apostolique.

Donné à Rome près Saint-Pierre, le 8e jour de septembre 1893, de Notre pontificat le seizième.


LÉON XIII, PAPE.



Reportez-vous à Promesses faites par la Très Sainte Vierge à Saint Dominique et au bienheureux Alain De la Roche en faveur des personnes dévotes au Chapelet ou Rosaire, Octobri mense, du Pape Léon XIII, sur le Rosaire de la Vierge Marie, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers la Mère de Dieu, Méditation pour la Fête de Notre-Dame des Victoires, Sermon du Saint Curé d'Ars pour la Fête de Notre-Dame du Saint Rosaire : Mon Fils, voilà votre Mère, Prière à Marie, Reine du Très-Saint Rosaire, C'est de Marie qu'il nous est né un Sauveur, Sermon du Saint Curé d'Ars pour la Fête de la Nativité de la Sainte Vierge, Si un chrétien peut trop aimer et trop honorer la Sainte Vierge, Le culte et l'amour de la Sainte Vierge ont commencé avec l’Église, Comment un véritable enfant de Dieu peut et doit honorer la Sainte Vierge, Méditation sur la dévotion envers Marie, Adjutricem populi, du Pape Léon XIII, pour le retour des dissidents par le Saint Rosaire, Fidentem piumque, du Pape Léon XIII, pour le mois du Rosaire, Le Saint Esclavage de Jésus en Marie, d’après Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Praeclara gratulationis du Pape Léon XIII, Catalogue officiel des indulgences du Rosaire, publié par ordre de Sa Sainteté le Pape Léon XIII, Jucunda semper expectatione, du Pape Léon XIII, sur le Rosaire de Marie, Supremi apostolatus officio, du Pape Léon XIII, sur le Très Saint Rosaire, et Quamquam pluries, du Pape Léon XIII, sur le patronage de saint Joseph et de la Très Sainte Vierge qu’il convient d’invoquer à cause de la difficulté des temps.
















jeudi 12 septembre 2019

Ad apostolorum principis, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie XII, au sujet des épreuves de l’Église de Chine





AD APOSTOLORUM PRINCIPIS


LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE XII


AU SUJET DES ÉPREUVES DE L'ÉGLISE DE CHINE


(29 juin 1958)




Aux Archevêques, Évêques, Prêtres et Fidèles de Chine, en paix et communion avec le Siège apostolique,

Vénérables Frères et chers Fils, Salut et Bénédiction apostolique,


Près du tombeau du Prince des Apôtres, sous les voûtes majestueuses de la Basilique vaticane, Notre prédécesseur immédiat de sainte mémoire, le Souverain Pontife Pie XI, il y a trente-deux ans, conférait la plénitude du sacerdoce « aux prémices et aux pousses nouvelles de l'épiscopat chinois » ; à ce moment solennel il exprimait en ces termes les sentiments de son cœur paternel : « Vous êtes venus, vénérables Frères, pour voir Pierre ; bien plus vous avez reçu de lui la houlette dont vous vous servirez pour entreprendre des voyages apostoliques et rassembler les brebis. Et Pierre vous a embrassés avec amour, vous qui donnez le grand espoir de porter à vos concitoyens la vérité évangélique. »

Le souvenir de ces paroles nous revient à l'esprit, vénérables Frères et chers fils, en cette heure d'affliction pour l'Église catholique de votre patrie. L'espoir du grand Pontife Notre prédécesseur, ne fut certes pas vain puisqu'une foule de nouveaux pasteurs et de hérauts de l'Évangile, ont suivi ce premier groupe d'évêques que Pierre, vivant dans son successeur, avait envoyé gouverner cette portion choisie du troupeau du Christ ; de nouvelles entreprises apostoliques se sont développées chez vous malgré de nombreuses difficultés. Et Nous, quand Nous eûmes plus tard la grande joie d'établir la hiérarchie ecclésiastique en Chine, Nous fîmes Nôtre et accrûmes cette espérance et Nous vîmes s'ouvrir des perspectives encore plus larges pour l'extension du règne divin de Jésus-Christ.

Mais peu après, hélas ! de sombres nuages s'amoncelèrent dans le ciel, et pour ces communautés chrétiennes dont quelques-unes avaient déjà reçu l'Évangile depuis longtemps, commencèrent des jours funestes et douloureux. Nous vîmes les missionnaires, parmi lesquels se trouvait un grand nombre d'archevêques et d'évêques zélés, contraints à abandonner le sol de la Chine, Notre représentant expulsé, et la prison ou les privations et des souffrances de toute sorte réservées aux évêques, aux prêtres, aux religieux, aux religieuses et à beaucoup de fidèles.

Alors Nous fûmes contraint d'élever la voix avec tristesse pour exprimer Notre douleur de cette injuste persécution, et par l'encyclique Cupimus imprimis du 18 janvier 1952, Nous eûmes soin de rappeler, par amour de la vérité et conscient de Notre devoir, que l'Église catholique ne peut être considérée comme étrangère, et moins encore comme hostile, à aucun peuple de la terre ; que, dans sa maternelle sollicitude, elle enveloppe tous les peuples d'une même charité ; elle ne cherche pas les biens de cette terre, mais elle invite tous les hommes, selon leurs possibilités, à la conquête des biens du ciel. Nous ajoutions que les missionnaires ne défendent pas les intérêts d'un pays particulier mais, venus de toutes les parties du monde, et unis par une même charité, ils n'ont en vue que la diffusion du règne de Dieu ; leur œuvre loin d'être superflue ou nocive, est bienfaisante et nécessaire pour aider le zélé clergé chinois dans l'apostolat chrétien.

Environ deux ans plus tard, dans l'encyclique Ad Sinarum Gentem du 7 octobre 1954, pour réfuter les nouvelles accusations portées contre les catholiques chinois, Nous proclamions que le chrétien ne le cède et ne peut le céder à personne dans l'amour et la fidélité véritables à sa patrie terrestre. Et puisque la doctrine trompeuse dite des « Trois autonomies » s'était répandue dans votre pays, Nous fîmes savoir, en vertu de Notre magistère universel que cette doctrine, telle que la comprennent ses tenants, au sens théorique, comme dans ses applications pratiques, était inacceptable pour les catholiques puisqu'elle écarte les fidèles de l'unité nécessaire de l'Église.

Et maintenant Nous devons constater que, pendant ces dernières années, les conditions de l'Église chez vous, se sont aggravées. Il est vrai — et cela Nous réconforte beaucoup dans la tristesse présente — que malgré la persécution prolongée, la fermeté intrépide de la foi et l'amour ardent envers Jésus-Christ et son Église n'ont pas défailli ; cette fermeté et cet amour vous les avez montrés en de très nombreuses occasions, et même si les hommes n'en connaissent qu'une petite part, vous en recevrez un jour de Dieu la récompense éternelle.

Mais en même temps, c'est Notre devoir de dénoncer ouvertement — et Nous le faisons avec une peine profonde — la tentative nouvelle et plus insidieuse de développer et de porter à ses conséquences extrêmes l'erreur pernicieuse que Nous avons condamnée si clairement.

En effet, suivant un plan soigneusement élaboré, on a fondé chez vous une « association » dite « patriotique » et par tous les moyens on pousse les catholiques à y adhérer.

Le but de cette association, comme on l'a répété plusieurs fois serait d'unir le clergé et les fidèles au nom de l'amour de la patrie et de la religion, pour propager l'esprit patriotique, promouvoir la paix parmi les peuples, coopérer à la « construction du socialisme » déjà établi dans le pays, aider les autorités civiles à défendre ce qu'ils appellent la politique de liberté religieuse. Mais il est clair que, sous ces expressions vagues de paix et de patriotisme qui peuvent induire en erreur les gens simples ce mouvement défend des objectifs et propage des initiatives détestables.

Sous prétexte de patriotisme, en effet, l'association veut conduire graduellement les catholiques à donner leur adhésion et leur appui aux principes du matérialisme athée, négateur de Dieu et de toutes les valeurs spirituelles.

Sous prétexte de défendre la paix, la même organisation accepte et répand de faux soupçons et des accusations contre beaucoup d'ecclésiastiques, contre de vénérés pasteurs, contre le Siège apostolique lui-même en leur attribuant des projets insensés d'impérialisme, de complaisance et de complicité dans l'exploitation des peuples, d'hostilité préconçue envers la nation chinoise.

En affirmant qu'il est nécessaire d'avoir une liberté complète dans les affaires religieuses et que cela facilite les relations entre l'autorité ecclésiastique et civile, l'association devient en réalité un instrument pour soumettre complètement l'Église aux autorités civiles et mépriser ses droits. Ses membres sont alors poussés à accepter et à justifier des mesures injustes comme l'expulsion des missionnaires, l'emprisonnement d'évêques, de prêtres, de religieux, de religieuses et de fidèles ; ils sont également forcés à consentir aux mesures prises pour empêcher avec pertinacité la juridiction de tant de pasteurs légitimes ; ils sont amenés à défendre des principes contraires à l'unité, à l'universalité de l'Église, à sa constitution hiérarchique ; ils doivent admettre des initiatives destinées à saper l'obéissance du clergé et des fidèles aux Ordinaires légitimes et à détacher du Siège apostolique les communautés catholiques.

Pour répandre et imposer plus facilement les principes néfastes de cette « association patriotique », on recourt aux moyens les plus variés, même à l'oppression et à la violence ; une propagande bruyante et tenace dans la presse, une série de réunions et de congrès auxquels par des menaces, des promesses, des tromperies on contraint de participer même ceux qui ne veulent pas, tandis que ceux qui se lèvent courageusement dans les discussions pour défendre la vérité sont violemment contredits et flétris du nom d'ennemis de la patrie et de l'ordre nouveau.

Il faut encore rappeler les « cours d'endoctrinement » trompeurs auxquels sont contraints d'assister les prêtres, les religieux, les religieuses, les élèves des séminaires, les fidèles de toute condition et de tout âge, au moyen de leçons interminables et de débats exténuants, répétés parfois pendant des semaines et des mois ; on exerce ainsi sur eux une pression psychologique pour leur arracher une adhésion qui loin d'être libre, comme il conviendrait, n'a au contraire presque plus rien d'humain. Sans parler de la tactique d'intimidation, exercée par tous les moyens, sournois ou manifestes, en privé ou en public ; des confessions forcées et des camps de « rééducation », des « jugements populaires » humiliants, auxquels on a osé traîner même des évêques vénérables.

Contre de telles méthodes qui violent les droits les plus fondamentaux de la personne humaine et foulent aux pieds la sainte liberté des fils de Dieu, il est impossible que ne se lèvent pas, en même temps que la Nôtre, la protestation de nos frères dans la foi et de toutes les personnes honnêtes du monde entier pour l'offense faite à la conscience civile elle-même.

Puisque, comme Nous le disions, c'est au nom du patriotisme que s'accomplissent de telles choses, c'est Notre devoir de rappeler à tous, encore une fois, que la doctrine catholique exhorte précisément les catholiques à nourrir un amour profond et sincère envers leur patrie, à rendre l'honneur qui leur est dû aux autorités civiles, étant sauf le droit divin naturel et positif, à leur apporter un concours généreux et actif dans toutes les entreprises qui contribuent au progrès vrai, pacifique et ordonné, à la prospérité véritable de la communauté nationale. L'Église ne s'est jamais lassée d'inculquer à ses fils la règle d'or reçue de son divin Fondateur : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Luc. 20, 25), maxime fondée sur le principe présupposé qu'aucune opposition ne peut exister entre les préceptes de la vraie religion et les vrais intérêts de la patrie.

Mais il faut ajouter tout de suite que si le chrétien par devoir de conscience doit rendre à César c'est-à-dire aux autorités humaines, ce qui leur appartient, celles-ci ne peuvent donner des ordres aux citoyens dans les choses ne leur appartenant pas mais qui sont dues à Dieu, et moins encore peuvent-elles exiger l'obéissance quand elles entendent usurper les droits souverains de Dieu, forcer les fidèles à s'écarter de leurs devoirs religieux, à se détacher de l'unité de l'Église et de la hiérarchie légitime. Alors le chrétien ne peut que répondre, sereinement mais fermement, comme jadis saint Pierre et les Apôtres aux premiers persécuteurs de l'Église : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Act. 5, 29).

Avec une insistance emphatique, le mouvement pseudopatriotique parle à tout instant de paix et exhorte vivement les catholiques à militer en sa faveur. Paroles apparemment irréprochables : qui en effet mérite plus d'éloges que celui qui prépare les chemins de la paix ? Mais la paix, vous le savez bien, vénérables Frères et chers fils, n'est pas faite d'expressions verbales, de formules vaines inspirées par des motifs d'opportunité, mais contredites par des actes ou des initiatives motivés non par des sentiments pacifiques, mais par la haine, le ressentiment, la discorde. La vraie paix doit être inspirée par les principes de justice et de charité enseignés par Celui qui s'honore de la paix comme d'un titre royal — « Prince de la paix » (Is. 9, 6) ; la vraie paix est celle que souhaite l'Église, paix stable, juste, équitable et ordonnée — entre les individus, entre les familles, entre les peuples — qui, dans le respect des droits de chacun, et spécialement de ceux de Dieu, met l'union entre tous par la charité fraternelle et la collaboration réciproque.

Dans cette perspective pacifique de co-existence harmonieuse de toutes les nations, l'Église désire que chaque peuple ait le rang qui lui revient. L'Église en effet, suivant toujours avec sympathie les événements de votre patrie, souhaitait sincèrement, autrefois déjà par la bouche de Notre prédécesseur immédiat : « que soient pleinement reconnues les aspirations légitimes et les droits d'un peuple qui est le plus nombreux de la terre, peuple d'ancienne culture, qui connut des périodes de splendeur, et qui est destiné à un grand avenir s'il se maintient dans les voies de la justice et de l'honneur » (Pie XI, Message au Délégué apostolique en Chine, 1er août 1928).

Au contraire, selon les nouvelles transmises par la radio et par la presse, il y aurait des gens, même parmi le clergé, hélas ! qui osent jeter la suspicion et accuser le Saint-Siège de malveillance envers votre pays.

Partant de ce présupposé faux et offensant, ils ne craignent pas de limiter à leur gré l'autorité du magistère suprême de l'Église, en affirmant qu'il y aurait des questions — comme les questions sociales et économiques — dans lesquelles il serait permis aux catholiques de ne tenir aucun compte des enseignements doctrinaux et des normes données par le Siège apostolique. Opinion, il est à peine nécessaire de le dire, absolument fausse et erronée, parce que — comme Nous eûmes l'occasion de l'exposer, il y a quelques années, à un groupe choisi de Nos vénérables Frères dans l'épiscopat — « le pouvoir de l'Église n'est pas du tout circonscrit au domaine des choses strictement religieuses selon l'expression habituelle, mais tout le domaine de la loi naturelle lui appartient également ainsi que son enseignement, son interprétation et son application pour autant qu'on en considère le fondement moral. En effet, par disposition divine, l'observation de la loi naturelle se réfère à la voie selon laquelle l'homme doit tendre à sa fin surnaturelle. Sur cette voie, l'Église est donc guide et gardienne des hommes pour ce qui regarde la fin surnaturelle » (Discours au Sacré Collège et à l’Épiscopat, 2 novembre 1954).

C'est la même vérité que déjà Notre saint prédécesseur Pie X expliquait sagement dans l'encyclique Singulari quadam du 24 septembre 1912, quand il observait que « toutes les actions du chrétien sont soumises au jugement et à la juridiction de l'Église, en tant qu'elles sont bonnes ou mauvaises du point de vue moral, c'est-à-dire en tant qu'elles sont conformes ou contraires au droit naturel et divin ».

En outre, après avoir proclamé cette limitation arbitraire, ces gens déclarent vouloir obéir au Pontife romain en ce qui concerne les vérités à croire et — prétendent-ils — les normes ecclésiastiques à observer, mais ils en viennent ensuite à une telle audace qu'ils refusent obéissance à des mesures et des dispositions du Saint-Siège auquel ils attribuent des buts politiques cachés, comme de ténébreux complots dirigés contre leur pays.

Comme signe de cet esprit de rébellion à l'Église, Nous devons mentionner maintenant un fait très grave qui cause une amertume indicible et profonde à Notre cœur de Père et de Pasteur universel des âmes. Depuis quelque temps, dans une propagande insistante, le mouvement dit patriotique proclame le droit prétendu des catholiques d'élire les évêques, de leur propre initiative, affirmant que cette élection serait indispensable pour pourvoir, avec la sollicitude requise, au bien des âmes et pour confier le gouvernement des diocèses à des pasteurs agréés des autorités civiles parce qu'ils ne s'opposent pas aux ordres et à la politique du communisme.

Bien plus, Nous avons appris qu'on a procédé déjà à bon nombre de ces élections abusives et qu'en outre, malgré un avertissement explicite et sévère adressé aux intéressés par ce Siège apostolique, on a même osé conférer à certains ecclésiastiques la consécration épiscopale.

Devant de si graves attentats contre la discipline et l'unité de l'Église, c'est Notre devoir exprès de rappeler à tous que la doctrine et les principes qui régissent la constitution de la société divinement fondée par Jésus-Christ Notre-Seigneur sont tout différents.

Les sacrés canons en effet décrètent clairement et explicitement qu'il revient uniquement au Siège apostolique de juger de l'aptitude d'un ecclésiastique à recevoir la dignité et la mission épiscopales (Can. CIS 331, 3) et qu'il revient au Pontife Romain de nommer librement les évêques (Can. CIS 329, 2). Et même comme il arrive en certains cas, lorsqu'il est permis à d'autres personnes ou groupes de personnes d'intervenir en quelque manière dans le choix d'un candidat à l'épiscopat, cela n'est légitime qu'en vertu d'une concession — expresse et particulière — faite par le Saint-Siège à des personnes ou à des groupes bien déterminés, dans des conditions et des circonstances parfaitement définies. Ceci établi, il s'ensuit que les évêques qui n'ont été ni nommés ni confirmés par le Saint-Siège, qui ont même été choisis et consacrés contre ses dispositions explicites, ne peuvent jouir d'aucun pouvoir de magistère ni de juridiction ; car la juridiction ne parvient aux évêques que par l'intermédiaire du Pontife romain, comme Nous vous en avertissions dans Notre encyclique Mystici Corporis : « Les évêques... en ce qui concerne leur propre diocèse, chacun en vrai Pasteur, fait paître et gouverne au nom du Christ le troupeau qui lui est assigné. Pourtant dans leur gouvernement, ils ne sont pas pleinement indépendants, mais ils sont soumis à l'autorité légitime du Pontife romain, et s'ils jouissent du pouvoir ordinaire de juridiction, ce pouvoir leur est immédiatement communiqué par le Souverain Pontife » (Enc. Mystici corporis, 29 juin 1943). Nous avons rappelé cet enseignement dans la lettre encyclique, à vous destinée, Ad Sinarum gentem : « Le pouvoir de juridiction, qui est conféré directement au Souverain Pontife par le droit divin, les évêques le reçoivent du même droit mais seulement à travers le Successeur de saint Pierre, vis-à-vis duquel non seulement les fidèles mais tous les évêques sont tenus à l'obéissance respectueuse et au lien de l'unité » (Enc. Ad Sinarum gentem, 7 octobre 1954).

Les actes relatifs au pouvoir d'Ordre, posés par ces ecclésiastiques, même s'ils sont valides — à supposer que la consécration qu'ils ont reçue ait été valide — sont gravement illicites, c'est-à-dire peccamineux et sacrilèges. On se rappelle à ce propos les paroles de sévère avertissement du divin Maître : « Qui n'entre pas dans le bercail par la porte, mais y entre par ailleurs, est un voleur et un brigand » (Joan. 10, 1) ; les brebis reconnaissent la voix de leur vrai pasteur, « mais elles ne suivent pas un étranger ; elles le fuient même parce qu'elles ne connaissent pas la voix des étrangers » (Joan. 10, 5).

Nous savons bien, hélas ! que pour légitimer leurs usurpations, les rebelles se réclament de la pratique suivie en d'autres siècles, mais il n'est personne qui ne voie ce que deviendrait la discipline ecclésiastique si, en telle ou telle question, il était permis à n'importe qui de reprendre des dispositions qui ne sont plus en vigueur parce que la suprême autorité de l'Église en a décidé autrement depuis longtemps. Bien plus, le fait d'en appeler à une discipline diverse, loin d'excuser leurs actes, prouve leur intention de se soustraire délibérément à la discipline actuellement en vigueur, la seule qu'ils doivent suivre : discipline qui vaut non seulement pour la Chine et pour les territoires d'évangélisation récente mais pour toute l'Église ; discipline qui a été sanctionnée en vertu du pouvoir suprême et universel de gouvernement qui fut conféré par Notre-Seigneur aux successeurs de l'apôtre Pierre. On connaît en effet la définition solennelle du concile du Vatican : « Nous basant sur les témoignages clairs de la Sainte Écriture et en pleine harmonie avec les décrets précis et explicites soit de Nos prédécesseurs, les Pontifes romains, soit des conciles généraux, Nous renouvelons la définition du concile œcuménique de Florence selon laquelle tous les fidèles doivent croire que le Saint-Siège apostolique et le Pontife romain exercent le primat dans le monde entier ; que le même Pontife romain est le successeur de saint Pierre, Prince des Apôtres, le vrai Vicaire du Christ, le chef de toute l'Église, le Père et le Docteur des chrétiens ; qu'à lui, en la personne de saint Pierre a été confié par Notre-Seigneur Jésus-Christ le plein pouvoir de paître, régir et gouverner l'Église universelle...

Aussi Nous enseignons et déclarons que l'Église romaine, par disposition divine, a le pouvoir ordinaire de primat sur toutes les autres, et que ce pouvoir de juridiction du Pontife romain, de caractère vraiment épiscopal, est immédiat ; et que les pasteurs et les fidèles, de tous rites et dignités, considérés chacun en particulier ou tous ensemble, sont tenus au devoir de subordination hiérarchique et de vraie obéissance envers elle, non seulement dans les choses de la foi et de la morale, mais aussi en celles qui se rapportent à la discipline et au gouvernement de l'Église, répandue dans le monde entier ; de sorte que l'unité de communion et de foi avec le Pontife romain étant ainsi conservée, l'Église du Christ soit un seul troupeau sous un seul pasteur suprême. Tel est l'enseignement de la vérité catholique, dont personne ne peut s'éloigner sans perdre la foi et le salut (Conc. Vat., Sess. IV, cap. 3). »

De ce que Nous vous avons exposé, il suit qu'aucune autorité autre que celle du Pasteur suprême, ne peut invalider l'institution canonique donnée à un évêque ; aucune personne ou assemblée, de prêtres ou de laïcs, ne peut s'arroger le droit de nommer des évêques, personne ne peut conférer légitimement la consécration épiscopale sans la certitude préalable du mandat pontifical (Can. CIS 953). Une consécration ainsi conférée contre tout droit et qui est un très grave attentat à l'unité même de l'Église, est punie d'une excommunication « réservée d'une manière très spéciale au Saint-Siège, et encourue ipso facto non seulement par celui qui reçoit cette consécration arbitraire mais aussi par celui qui la confère (Cf. Décret de la Suprême Congrégation du Saint-Office, 9 avril 1951). »

Que dire enfin du prétexte allégué par les chefs de l'association pseudo-patriotique, quand ils voudraient se justifier en invoquant la nécessité de pourvoir au ministère des âmes dans les diocèses privés de la présence de leur évêque ?

Il est évident, d'abord, qu'on ne pourvoit pas aux besoins spirituels des fidèles en violant les lois de l'Église. En second lieu, il ne s'agit pas — comme on voudrait le faire croire — de diocèses vacants, mais souvent de sièges épiscopaux dont les titulaires légitimes ont été expulsés ou languissent en prison, ou sont empêchés de diverses manières d'exercer librement leur juridiction ; ou, en outre, on a également emprisonné et expulsé ou écarté en quelque manière les ecclésiastiques que les Pasteurs légitimes — selon les prescriptions du droit canon et les instructions spéciales reçues du Saint-Siège — avaient désignés pour les remplacer dans le gouvernement du diocèse.

Il est vraiment pénible qu'au moment où des pasteurs zélés souffrent de telles tribulations, on profite de leur épreuve pour établir à leur place de faux pasteurs, pour renverser l'organisation hiérarchique de l'Église, pour se rebeller contre l'autorité du Pontife romain.

L'on en vient à une telle arrogance qu'on veut imputer au Siège apostolique lui-même un état de choses si triste et si misérable qui est le résultat d'un dessein précis des persécuteurs de l'Église ; or, tout le monde sait que le Saint-Siège, empêché de communiquer librement et sûrement avec les diocèses de Chine, s'est trouvé et se trouve dans l'impossibilité de se procurer, toutes les fois que c'est nécessaire, les informations indispensables, pour votre pays comme pour n'importe quel autre, au choix de candidats aptes à la dignité épiscopale.

Vénérables Frères et chers fils ! Nous vous avons manifesté jusqu'ici Nos préoccupations pour les erreurs que l'on tente d'insinuer parmi vous et pour les divisions que l'on crée afin que, éclairés et soutenus par l'enseignement du Père commun, vous puissiez rester intrépidement fidèles à la foi qui nous unit tous et nous sauve.

Mais maintenant, dans toute l'effusion de Notre affection, Nous voulons vous dire combien Nous Nous sentons près de vous. Vos souffrances physiques et morales, spécialement celles que supportent d'héroïques témoins du Christ — parmi lesquels se trouvent plusieurs de Nos vénérables Frères dans l'épiscopat — Nous les portons dans le cœur et, jour après jour, Nous les offrons, avec les prières et les souffrances de toute l'Église, sur l'autel de notre divin Rédempteur.

Restez fermes et mettez votre confiance en lui : « Jetant en lui toute votre sollicitude car il a soin de vous » ! (1 Petr. 5, 7). Il voit vos souffrances et vos peines ; surtout il accueille la souffrance intime et les larmes secrètes que beaucoup d'entre vous — pasteurs, prêtres, religieux et simples fidèles — versent en secret en voyant les efforts de ceux qui voudraient semer la destruction dans vos communautés chrétiennes. Ces larmes et ces peines, en même temps que le sang et les souffrances des martyrs d'hier et d'aujourd'hui, seront le gage précieux de la résurrection de l'Église dans votre Patrie lorsque, grâce à la puissante intercession de la Vierge sainte, Reine de la Chine, des jours plus sereins resplendiront à nouveau.

C'est avec cette confiance que Nous vous accordons, à vous et au troupeau confié à vos soins, en gage des grâces célestes et en témoignage de Notre spéciale bienveillance, la Bénédiction apostolique.



Reportez-vous à L'obéissance est la fille et l'inséparable compagne de l'humilitéMystici corporis Christi, du Pape Pie XII, sur le Corps Mystique de Jésus-Christ et sur notre union en lui avec le Christ, Mit brennender sorge, du Pape Pie XI, sur la condamnation du nazisme, Diuturnum Illud du Pape Léon XIII, sur l'origine du pouvoir civil, et Divini Redemptoris, du Pape Pie XI, sur le communisme athée.














dimanche 14 avril 2019

Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Jésus condamné à mort, Pilate lave ses mains








HUITIÈME MÉDITATION



Jésus condamné à mort. Pilate lave ses mains.




« Pilate étant rentré dans le Prétoire, dit à Jésus : d'où êtes-vous ? Mais Jésus ne lui fit aucune réponse. Alors Pilate lui dit : Vous ne me parlez point ? Ne savez-vous pas que j'ai le pouvoir de vous faire attacher à une croix, et celui de vous délivrer ? Jésus lui répondit : Vous n'auriez aucun pouvoir sur moi, s'il ne vous avait été donné d'en haut. C'est pourquoi celui qui m'a livré à vous est coupable d'un plus grand crime. Depuis ces paroles, Pilate cherchait un moyen de le délivrer. Mais les Juifs criaient, si vous délivrez cet homme... vous n'êtes point l'ami de César... Pilate ayant entendu ce discours, mena Jésus hors du Prétoire... C'était le jour de la préparation de la Pâque, et il était alors environ la sixième heure, et il dit aux Juifs : voilà votre roi. Mais ils se mirent à crier : Ôtez-le, ôtez-le du monde, crucifiez-le. Pilate leur dit : crucifierai-je votre roi ? Les princes des prêtres lui répondirent : Nous n'avons point d'autre roi que César. Pilate voyant qu'il n'y gagnait rien, mais que le tumulte s'excitait de plus en plus, se fit apporter de l'eau, et se lavant les mains devant le peuple : il leur dit : Je suis innocent du sang de ce juste ; ce sera à vous à en répondre. Et tout le peuple lui répondit : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. Enfin Pilate voulant satisfaire le peuple, ordonna que ce qu'ils demandaient fût exécuté : il leur délivra en même temps, selon qu'ils l'avaient désiré, Barabas, qui avait été mis en prison pour crime de sédition et de meurtre ; et avant déjà fait flageller Jésus, il le remit entre leurs mains en l'abandonnant à leur volonté pour être crucifié ».



MÉDITATION


Sur le lavement des mains de Pilate ;

sur la réprobation des Juifs ;

sur la condamnation à mort de Jésus-Christ.



Premier point. Le lavement des mains de Pilate qui prétend ainsi s'innocenter lui-même en livrant aux Juifs le sang du juste, les Juifs qui se rendent responsables de ce sang, pour eux et leur postérité, Jésus qui, conduit de tribunal en tribunal pour être jugé selon les lois, finit par être condamné sans jugement et contre toutes les lois. Voilà trois circonstances qui méritent également d'être pesées, dans la condamnation à mort du fils de Dieu.
C'était une coutume des Juifs qui n'était pas ignorée des Romains ni des Grecs, de se laver les mains lorsqu'on voulait protester de son innocence sur quelque crime. J'ai lavé mes mains en signe d'innocence, dit le Psalmiste (Ps. 25). Et au Deutéronome il est ordonné que l'auteur d'un meurtre étant inconnu, les magistrats de la ville viennent près du corps mort laver leurs mains en disant : nos mains n'ont point répandu ce sang. (Deut. c. 21)
Tout est donc mystérieux dans le lavement des mains de Pilate. Sans doute ce juge n'en est pas moins coupable pour vouloir se dérober à lui-même le sentiment de sa propre faiblesse. Mais l'énormité de son crime ne détruit pas pour nous l'accomplissement des oracles divins et le cours des faits surnaturels dont l'histoire des souffrances et de la croix de Jésus-Christ est remplie. Remarquez, en effet, que sans vouloir obéir à la loi de Moïse, dont nous venons de parler, Pilate en accomplit les devoirs à l'égard de Jésus. Comme victime d'expiation pour nos péchés, Jésus est sous le coup de la mort, et Pilate ne connaît pas le véritable homicide. Les Juifs en sont les agents. Mais celui que l'on peut regarder comme le premier auteur de la mort de l'homme-Dieu ne se montre pas. Il habite l'enfer. C'est le démon, c'est le péché, c'est nous-mêmes, lorsque nous commettons le péché.

Second point. Combien est inconcevable le secret de la justice divine sur la réprobation des peuples comme sur celle des particuliers ; et qui nous donnerait de pouvoir l'expliquer aux enfants des hommes pour leur communiquer une crainte salutaire de cette justice !
Rien de mieux constaté que l'insurrection des Juifs contre Jésus. Rien encore de plus certain que leur complicité, Juifs de tous les rangs, de tous les âges, de tous les sexes, pour demander sa mort à grands cris et que son sang retombe sur eux et sur leurs enfants. Mais rien aussi de plus solennellement confirmé par dix-huit siècles de durée, que cet anathème de réprobation auquel les Juifs se vouent eux-mêmes et leur postérité. Le sang de ce juste est à peine répandu ; la terre tremble sous les pas de ce peuple déicide, les prophéties deviennent inintelligibles à ses prêtres, des sectes à l'infini se divisent sa croyance, les oracles du Seigneur et de son Christ s'accomplissent contre Jérusalem, les Anges qui honoraient son temple de leur présence, se retirent ; l'idolâtrie en souille les autels ; les sacrifices du soir et du matin, selon qu'il était écrit dans le livre des saints oracles, sont interrompus en Israël ; des armées investissent la Judée de toute part, ses habitants deviennent les victimes de toutes les factions ; onze cens mille d'entr'eux périssent, les uns par le glaive, les autres par la famine, ceux-ci par la main des ennemis, ceux-là par celle de leurs concitoyens, plusieurs de leurs propres mains. Jérusalem est détruit, il ne reste plus, de son temple, pierre sur pierre ; ce qui survit de ce peuple se trouve dispersé chez toutes les nations de la terre jusqu'à la fin des temps. Voilà ce que les prophéties annonçaient aux Juifs comme le dernier châtiment de leurs crimes, et nous-mêmes aujourd'hui sommes encore les témoins de leur accomplissement. Nous voyons les Juifs exilés de leur antique patrie, répandus dans tous les pays du monde, quoiqu'étrangers à tous les pays ; nous les voyons isolés, en tous lieux, des autres hommes, sans gouvernement, sans magistrats, sans temple, objet de mépris ou de raillerie pour toutes les nations. Voilà ce que nous voyons, depuis qu'ils ont versé le sang du juste par excellence.
Nous avons dit qu'une autre circonstance inconcevable de la mort de Jésus, était sa condamnation sans jugement. Ses ennemis ne se donnent pas le temps de l'entendre, ni de confronter contre lui leurs faux témoins. Ils voudraient, à la vérité, l'envoyer au supplice par l'autorité des lois ; mais trompés par leurs propres fureurs, il n'est pas un des moyens auxquels ils recourent pour perdre Jésus, qui ne soit un nouveau témoignage de son innocence. Ceux qui se chargent de le dénoncer, se chargent de l'arrêter. On le conduit tour-à-tour devant tous les tribunaux de Jérusalem. Il est partout couvert de dérisions et d'outrages. Nulle part il n'est reconnu coupable. Tous les juges se récusent. Pilate le déclare plusieurs fois innocent. Il le livre, mais en déclarant aux Juifs qu'ils répondront de son sang selon leurs cris homicides.

Troisième point. Faisons maintenant un retour profond sur nous-mêmes et reconnaissons qu'il ne s'encourt point, de la part de la justice divine, de réprobation générale ou particulière qui ne soit marquée à ces trois circonstances mémorables : point de jugement légal contre Jésus-Christ ou ce qui est la même chose contre son Église, mais une condamnation sans jugement ; la responsabilité de son sang non moins aveuglément prononcée ; le lavement des mains de Pilate, c'est-à-dire, l'homme s'absolvant lui-même d'une réprobation dont il est au moins le complice.
Et d'abord point de jugement légal contre Jésus-Christ, soit qu'à l'exemple des Juifs on le condamne comme faux prophète, soit qu'on fasse tomber sur lui la haine que l'on porte à sa doctrine ; n'est-ce pas là le spectacle que nous offrent les persécuteurs de son Église dans tous les âges ? Mais n'est-ce pas là aussi ce qui se passe dans l'âme du pécheur, lorsqu'il rejette loin de lui Jésus et son Évangile, pour livrer son cœur au péché. Certes ce n'est ni la raison ni l'équité qui décident alors des actions de l'homme ; c'est moins encore par voie d'examen qu'il crucifie derechef Jésus, en donnant au vice, la prépondérance sur la vertu. Ce sont les passions aveugles qui l'entraînent, qui voudraient voir pour elle l'autorité de la conscience, mais qui, sur son refus, n'en crient que plus fort en faveur du vice, jusqu'à ce qu'elles aient obtenu de l'homme lâche et pusillanime qu'il leur livre son cœur, sans en juger les œuvres.
Considérez de même ce qui se passe dans toutes les insurrections des méchants contre Jésus-Christ, contre ses ministres, contre les gens de bien qui sont les membres du corps dont Jésus-Christ est le chef. Que leur importe le sang du juste, pourvu qu'ils le voient couler, et qu'ils en rassasient leur fureur impie ? La justice formidable du Ciel les effraye peu. Les uns s'écrient comme les Juifs : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ; les autres s'en lavent les mains, comme Pilate, c'est-à-dire que satisfaits de ne pas donner leur vote de mort, ou de ne pas tremper leurs propres mains dans le sang, ils se croient absous de tout crime lorsqu'ils ne font, selon eux, que livrer celui qu'ils ne peuvent sauver. C'est là, l'image de toutes les persécutions, de tous leurs auteurs et de tous leurs complices.
Mais c'est aussi là l'image de tous les pécheurs, c'est là ce que nous sommes, lorsque n'écoutant que la voix des passions, nous donnons la mort à Jésus-Christ dans nos âmes. Voyez l'homme que cette voix a séduit. S'il faut sacrifier Jésus-Christ au démon, Jésus est sacrifié. La responsabilité de son sang n'arrête point le coupable ; si ce sang doit retomber sur toute une postérité, qu'importe ? C'est un père, c'est une mère, qui se vouant à toutes les maximes mondaines s'embarrassent peu de léguer, avec leurs vices, un patrimoine de malédiction à leurs propres enfants. C'est nous-mêmes qui, peut-être plus d'une fois, avons contribué par nos scandales à la mort spirituelle de notre prochain et qui nous lavons néanmoins les mains de sa perte.

Considérations. 1°. C'est en vain que l'on veut s'innocenter soi-même du sang de Jésus-Christ ou de la perte des âmes que Jésus-Christ s'est acquises au prix de son sang, si l'on livre son corps au péché, si, loin d'édifier, on scandalise, et si, lorsque les méchants s'écrient de nouveau : crucifiez-le, crucifiez-le, c'est lui, ce sont ses ministres qui voulaient perdre notre nation, nous sommes assez faibles, si non, pour unir notre voix à leur voix, du moins pour leur laisser croire que nous sommes prêts, pour assurer notre repos particulier, à leur livrer Jésus et ses ministres, et à nous laver les mains de leur destruction.
2°. Ne craignons rien tant, que d'encourir pour notre patrie, pour nos familles ou pour nous-mêmes la réprobation que les Juifs ont encourue pour eux et pour leur postérité. Puisque dix justes eûssent sauvé, jadis, une ville sur laquelle se débordèrent toutes les vengeances du Ciel, tâchons de faire nombre, pour attirer la miséricorde de Dieu sur notre patrie ; puisque de même, les familles, pour n'être pas exhérédées de J.-C. doivent chacune porter leur fruit de justice, hâtons-nous de fixer, chacun de nous, sur nos propres familles, leur droit à l'héritage des saints ; si tout homme peut enfin, remplir la mesure des grâces qui lui sont destinées, travaillons avant tout à nous rendre dignes de ces grâces, afin de ne point en tarir pour nous-mêmes le cours.
3°. Que la vérité, l'éternelle vérité ne cesse d'être la règle de nos jugements, et ne donnons jamais, soit à l'opinion du monde, soit à l'impression de l'exemple, le pouvoir de remporter en nous sur le témoignage même de notre conscience dirigée par cette lumière naturelle qui éclaire tout homme venant en ce monde. C'est le moyen de n'être jamais injuste ni contre Dieu, ni contre nos semblables, ni contre nous-mêmes.


Résolutions et Prière. Ayez pitié de nous, ô mon divin Jésus, selon l'abondance de vos miséricordes ; car ce n'est pas dans nos propres œuvres, que nous espérons, pour éloigner de notre patrie, de nos familles, et de nous-mêmes une réprobation trop méritée. Hélas ! en combien de manières ne vous avons-nous pas blasphémé comme les Gentils, livré comme Pilate, crucifié comme les Juifs ? Mais n'êtes-vous pas, malgré tous nos crimes, le Dieu sauveur et régénérateur de tous les coupables qui se repentent et mettent désormais en vous toute leur confiance. Que je sois ce coupable repentant, ô mon Dieu, que la France toute entière, que l'Univers ne vous offre plus que de pareils coupables qui soient ardents à se laver de leurs crimes, non point en lâches hypocrites de la vertu, comme ce Gouverneur de la Judée, mais en vrais pénitents de l'Évangile, à la source de vos sacrements et de vos saints mystères. Ainsi soit-il.




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jeudi 1 novembre 2018

3e Méditation pour la Fête de Tous les Saints (1er novembre) : Application des sens




3e MÉDITATION


Pour la Fête de Tous les Saints


(1er novembre)







Oraison préparatoire. — Faites, Ô mon Dieu, que pendant cette méditation, toutes les pensées de mon esprit, toutes les affections de mon cœur, toutes les opérations de mon âme, tendent purement et pleinement au service et à la gloire de votre divine Majesté.

Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu sacré de votre amour.
V/ Envoyez votre Esprit-Saint, Seigneur, et tout sera crée.
R/ Et vous renouvellerez la face de la terre.


I. Prélude.
— Se rappeler ce que la Foi nous apprend du ciel. C'est un séjour de paix et de bonheur, où le Seigneur récompense éternellement ceux qui lui ont été fidèles.


II. Prélude.
— Se représenter l'intérieur du ciel, cette bienheureuse demeure, éclairée de la gloire de Dieu ; y voir l'humanité sacrée de Jésus-Christ, Marie , les Anges et les Saints.


III. Prélude. — Accordez-moi, Seigneur, une estime et un désir des biens du ciel, qui puissent servir d'aiguillon à mon ardeur, et de motif à ma fidélité.


I. Point.Vue. — Considérer tous les objets que renferme la demeure des Saints : Dieu dans sa majesté... Notre-Seigneur en qui l'humanité unie à la divinité remplit la céleste Jérusalem de splendeur et de joie.... Marie immaculée éclatante de gloire, élevée au-dessus des Anges et des Saints, assise sur un trône à côté de son divin Fils... Tous les chœurs des esprits célestes brillants de sainteté et couronnés de gloire... l'assemblée vénérable des patriarches, des prophètes et des apôtres.... la troupe triomphante des martyrs... l'auguste sénat des docteurs.... et l'heureux chœur des vierges consacrées à l'Agneau sans tache... Voir encore cette multitude innombrable de tous les rangs, de tous les âges, de toutes les nations et de tous les états admis dans la Jérusalem céleste... Que de beauté, que de splendeur et que d'éclat ! que de joie sur leurs fronts, que de délices dans leurs cœurs ! Considérer aussi l'éclat de cette cité sainte : elle n'est éclairée ni par des flambeaux, ni par la lumière des astres ; c'est l'Agneau de Dieu, c'est Jésus qui en est le flambeau ; il la remplit d'une splendeur divine. Il n'y aura plus là de nuit, dit l'Écriture, et ils n'auront pas besoin de lampe, parce que c’est le Seigneur Dieu qui les éclairera, et ils régneront dans les siècles des siècles.


Il. Point.
Ouïe. — Prêter l'oreille aux cantiques d’amour, de louanges, d'actions de grâces dont les
Saints font retentir leur bienheureuse demeure : C'est à notre Dieu qui est assis sur le trône et a l’Agneau, disent-ils, qu'est due la gloire de notre salut.... Bénédiction, gloire, sagesse, actions de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu, dans tous les siècles des siècles.... Saint, Saint, Saint est le Seigneur, Dieu des armées ; hosanna, salut et gloire au plus haut des cieux.


III. Point.Odorat. — Respirer l'odeur de la divinité, de l'immortalité et du bonheur parfait dont le ciel est rempli.


IV. Point.Goût. À goûter la joie des Bienheureux.... les saints transports de leur reconnaissance.... l'ardeur de leur amour.... et l'éternelle paix qui les inonde de délices ineffables....


V. Point.Toucher. — Baiser en esprit cette terre des vivants qui n'est pas une terre, mais un or pur.... ces murailles sacrées... ces portes mystérieuses.... et ce livre de vie où mon nom se trouve écrit... Baiser aussi la croix, instrument de notre salut, qui fait la gloire et l’ornement des cieux ; mais en même temps me souvenir qu’elle en est le chemin, et que pour régner avec Jésus-Christ il faut avoir en part à ses opprobres et à ses souffrances.


COLLOQUE avec la Très-Sainte Trinité, Marie, les Anges et les Saints.
— Adorer les trois Personnes divines, leur présentant les mérites et les louanges de tous les Anges et de tous les Bienheureux. — Offrir à Jésus-Christ la sainteté et le bonheur de ses élus, comme le fruit de sa rédemption et le triomphe de sa grâce. — Rendre hommage à Marie comme à la Reine de la cité céleste, en la priant de se montrer ma mère. — Invoquer successivement tous les chœurs des esprits bienheureux, tous les ordres des âmes élues, les félicitant de leur gloire, et demandant à chacun d'eux une grâce particulière qui ait rapport avec leur caractère distinctif.


RÉSOLUTIONS.
— M'animer par la pensée du ciel dans les rencontres où la pratique des vertus demande des efforts pénibles.


Offrande des Résolutions.
— Je vous offre, ô mon Dieu, ces résolutions ; je ne puis y être fidèle, si vous ne daignez les bénir ; mais j'espère de votre bonté cette bénédiction que je vous demande au nom et en vue des mérites de Jésus, mon divin Sauveur.
Vierge Sainte, mère de mon Dieu, qui êtes aussi ma mère, mon bon ange, mes saints patrons, obtenez-moi la grâce de garder ces résolutions avec une fidélité parfaite.


BOUQUET SPIRITUEL.
Que la terre me paraît vile quand je considère le ciel ! — Le ciel est ma patrie.


PRIÈRE.
Pater noster...




Extrait de "Méditations sur les principaux mystères de la Très Sainte Vierge, et pour les fêtes des Saints..." (Imprimatur, 1840).





Reportez-vous à 1re Méditation pour la Fête de Tous les Saints : Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux, 2e Méditation pour la Fête de Tous les Saints : J’entendis dans le ciel comme la voix d'une grande multitude, Le Jour de la Toussaint : Méditation sur le bonheur du ciel, Défendre le Cimetière, Tu es poussière et tu retourneras en poussière, Enseignement de l'Église sur le Purgatoire, Méditation pour le jour des morts, Litanies de la bonne mort, La Sainte Vierge Marie, Mère de Miséricorde, Dévotion en faveur des âmes du Purgatoire, Les indulgences pour les fidèles défunts, Offrir sa journée pour les âmes du Purgatoire, La pensée du Purgatoire doit nous inspirer plus de consolation que d'appréhension, Nous devons secourir tous les morts, même ceux que nous croyons déjà au Ciel, Méditation sur la durée des souffrances du purgatoire et l'oubli des vivants à l'égard des morts, Nous devons secourir tous les morts, même ceux que nous croyons déjà au Ciel, Être en état de grâce pour que nos prières soient utiles aux âmes du Purgatoire, Les différents moyens de soulager les morts, Quelles sont les âmes qui vont en purgatoire, La pensée du Purgatoire nous instruit sur la gravité du péché véniel, De la méditation de la mort, La pensée du purgatoire nous prouve la folie de ceux qui ne travaillent pas à l'éviter, Pour éviter le purgatoire endurons nos afflictions en esprit de pénitence, Le Purgatoire, motif de patience dans les maladies, Méditation sur les motifs qui doivent nous engager à secourir les âmes du purgatoire (1/4), Les indulgences, troisième moyen propre à secourir les âmes du Purgatoire, Languentibus in Purgatorio, prose à la Sainte Vierge Marie pour les défunts, Vision de l'Enfer de Sainte Thérèse d'Avila, La voie qui conduit au Ciel est étroite, et Litanie pour les âmes du Purgatoire.













mardi 27 juin 2017

Méditation sur le désir de la mort


La décapitation de Saint Paul (Enrique Simonet)






1er point. Un Chrétien peut désirer la mort ;

pour être plutôt avec Dieu, pour n'être plus exposé à perdre sa grâce, pour être fixé dans un état immuable de justice et de sainteté. II peut la désirer quand il pense que nous n'avons point sur la terre de Cité permanente, quand il regarde le Ciel comme sa véritable patrie, et la terre comme un lieu d'exil. C'est ce qui faisait dire au Prophète : Hélas, que mon exil est long ! et à Saint Paul : Qui me délivrera de ce corps de mort !


2e point. Ce désir est contraire à l'esprit du Christianisme, quand il n'est fondé que sur le dépit et l'impatience que nous causent, 1°, la privation des biens de ce monde ; 2°, les événements malheureux qui frustrent nos espérances et qui déconcertent les projets de notre ambition ; 3°, les désagréments et les amertumes que nous ressentons de la dureté de nos maîtres, ou de la malice de nos égaux ; 4°, le dégoût de la vie qui nous prend dans l'accablement des maladies que Dieu nous envoie : 5°, des regrets trop sensibles et trop humains qui s'emparent de notre âme, et qui en absorbent tous les mouvements, à la mort des personnes qui nous sont chères.



Reportez-vous à Raisons pour lesquelles nous pouvons, sans péché, désirer la mort, Extrait du Sermon sur la Mort de Saint Robert Bellarmin, Litanie de la bonne mort, Litanie de Notre-Dame du Perpétuel Secours, Méditation sur la pensée de la mort, Méditation sur la Préparation à la mort, Méditation sur l'Espérance Chrétienne, Méditation sur le fondement de l'espérance Chrétienne, Méditation sur la soumission à la volonté de Dieu, Méditation sur l'inquiétude de l'avenir, Méditation sur la disposition habituelle où les Chrétiens doivent être à l'égard de leur mort, Méditation sur le mépris de la vie, Méditation sur la crainte de la mort, Méditation sur l'amour de la vie, Méditation sur le détachement des biens de ce monde, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur le péché de scandale considéré dans ceux qui sont spécialement obligés d'édifier le prochain par leurs bons exemples, Méditation sur le péché de scandale, Méditation sur l'état d'une âme qui conserve encore la grâce du Baptême, Méditation sur les péchés d'habitude considérés dans leur fin, Méditation sur les péchés d'habitude considérés dans leurs progrès, Méditation sur les péchés d'habitude considérés dans leur origine, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde, Méditation sur l'illusion des prétextes dont on s'autorise pour ne pas quitter l'occasion du péché, Méditation sur la fuite des occasions prochaines du péché, Méditation sur deux sortes d'occasions prochaines du péché, Méditation sur la recherche volontaire de l'occasion prochaine du péché, Méditation sur l’œil qui scandalise, Méditation sur le jurement, Méditation sur l'homicide, Méditation sur les moyens d'acquérir la pureté du cœur, Méditation sur la pureté du cœur, Méditation sur l'attache au péché véniel, Méditation sur la distinction du péché mortel et du péché véniel, Méditation sur l'exemple de la multitude, Méditation sur la nécessité des progrès dans la vertu, Méditation sur la voie étroite, Méditation sur le discernement des bons et des mauvais exemples et Méditation sur la crainte de Dieu.