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vendredi 8 octobre 2021

Saint Michel, ange protecteur de l'Église



Pour bien faire comprendre ce que nous avons à dire sur cette mission de l'Archange, il faut dire ce que nous devons entendre par ce mot Église.
L'Église, prise dans le sens le plus large de ce mot, est la société de Dieu avec les anges et les hommes fidèles. Les anges furent les premiers appelés. Créés bons, mais libres, Dieu les mit à l'épreuve. Un moment il y eut schisme et hérésie dans le ciel ; mais saint Michel, nous l'avons vu, raffermit les bons, et, par l'ordre de Dieu, précipita les mauvais au fond de l'abîme. L'Église du ciel était sauvée.
Pour remplir la place des esprits déchus, l'Éternel créa l'homme ; mais, sur la terre comme dans le ciel, la lutte devait exister entre le bien et le mal. C'était encore à saint Michel de se faire le défenseur des fidèles adorateurs de Dieu ; c'est la tâche à laquelle le grand Archange travaille depuis le commencement avec un zèle qui ne s'est jamais démenti à quelque époque que l'on considère l'Église, soit au temps des patriarches, soit sous la loi écrite, soit sous la loi de grâce.
Essayons d'en faire ressortir les principaux traits à l'aide des principes que nous avons posés dans le chapitre précédent.
« Jéhovah, Dieu, dit l'Écriture, prit l'homme, » qu'il venait de créer, « et le plaça dans le jardin de l'Éden. » Les Pères et les commentateurs (Saint Ambroise, Rupert, Corneille de la Pierre, etc.) expliquent le mot tulit du texte sacré, en disant que Dieu se servit en cette circonstance du ministère de son ange, saint Michel. Il convenait, en effet, que celui qui devait être investi plus tard de l'honorable charge d'introduire dans le ciel les âmes des saints, fit entrer le père du genre humain dans le paradis de la terre, figure de celui que nous attendons.
En introduisant l'homme dans ce délicieux séjour, l'ange de Dieu lui fit connaître la sublime fin pour laquelle il avait été créé ; au nom de Jéhovah, il lui donna des préceptes et le fit hériter d'une loi de vie ; il établit avec lui une alliance éternelle, et lui apprit ses jugements (Ecclesiasti., XVII).
Créé dans un état de sainteté, de justice et d'innocence, l'homme était parfait selon la nature et la grâce. Dieu se plaisait avec lui. Il députait son ange, lequel sous une forme humaine (Corneille de la Pierre), « venait se promener sous les berceaux parfumés de l'Éden ».
Mais le souffleur de crimes veillait, et préparait contre son premier vainqueur une éclatante revanche en lui enlevant son protégé, dont il allait faire un révolté et un apostat. Tout le monde connaît cette page de la tentation où se révèle toute la perfidie du serpent infernal. Hélas ! l'homme fut le trop facile auxiliaire de Satan ! C'en était fait de cette nouvelle créature. Il lui restait une planche de salut : c'était la confession avec le repentir. S'il la refusait, comme Lucifer après son crime (c’est une croyance assez commune que l'ange put se repentir après son péché) ; celui-ci comptait une victoire contre Dieu et son ange. Mais voici Michel : il représente à l'homme la grandeur de sa faute ; il lui en fait faire la confession et lui en suggère le repentir ; puis il lui propose comme moyen de salut ce grand mystère de l'Incarnation, mystère qui a révolté l'orgueil de Lucifer, et qui sera encore pour le genre humain de tous les siècles, selon que celui-ci l'admettra ou le rejettera, le principe du salut ou de la damnation. Adam écouta son Dieu lui parlant par son ange tutélaire, et saint Michel, dans la joie du triomphe qu'il venait de remporter en ramenant l'homme sous le drapeau du devoir, fit entendre au serpent infernal cette sentence prophétique qu'un jour cette femme dont il avait tramé la perte, lui broierait la tête sous son pieds victorieux (« Pantaléon cité par Herius et d'autres, enseignent unanimement que ces paroles furent prononcées par saint Michel, au nom de Dieu, comme dans les autres apparitions, soit sous la loi naturelle, soit sous la loi écrite, dont l'Écriture sainte fait mention, » Justin de Miechow dit : « L'Archange Michel était représentant et mandataire de Dieu dans cette affaire de la plus haute importance. » Litanies, III, p. 238).
À mesure que le genre humain se multiplie, il est facile de constater l'antagonisme du bien et du mal dont Abel et Caïn sont la figure. Celui-ci tue celui-là, et l'homicide est introduit et règne dans le monde (Genèse, ch. III). Bientôt encore le démon de l'impudicité séduit un si grand nombre, qu'il ne reste plus qu'une seule famille parmi « les enfants de Dieu » (Genèse, ch. VI). Il semble bien, cette fois, que le grand Dragon triomphera de dieu et de son ange, puisque Dieu lui-même, à la vue de la corruption générale, de la révolte universelle contre ses saintes lois, se repent d'avoir créé l'homme (Genèse, ch. VI). Mais le moment même où Satan croit régner en maître sur la terre, est celui de sa ruine ; l'épée de saint Michel, prompte comme la foudre, a frappé ces innombrables multitudes et les a précipitées au fond de l'abîme, et la terre, lavée par le déluge des crimes abominables qui l'avaient souillée, reçoit l'unique famille qui ait été trouvée juste et qui est appelée à lui donner de nouveaux habitants (Genèse, ch. VIII et IX).
À peine les enfants de Noé étaient-ils sortis de l'arche, à peine commençaient-ils à former un peuple, que le démon de l'orgueil les soulevait contre le Créateur. Saint Michel , par l'ordre divin, vint humilier ces superbes, et les dispersa aux quatre vents du ciel (Genèse, ch. XI) ; en même temps, il envoyait ses anges (Zacharie, ch. I) pour les protéger contre les esprits mauvais, pour conserver parmi eux la connaissance du vrai Dieu, et les conduire à l'exécution du plan divin (nous avons expliqué dans un autre ouvrage le rôle des anges gardiens des nations).
Pour lui, réservait la protection spéciale d'une famille, laquelle devait grandir sous son patronage et former le peuple de Dieu. Nous le voyons intervenir d'une manière visible. Il va chercher le chef de ce peuple, lui impose un nom qui restera en honneur jusque dans la postérité la plus reculée (Genèse, ch. XII), et le conduit dans la terre qu'il veut lui donner pour toujours à lui et à ses descendants (Genèse, ch. XIII). « Je ferai sortir de toi un grand peuple, » lui dit-il. Plusieurs fois, il lui renouvelle cette promesse : « Lève les yeux au ciel, et compte les étoiles, si tu peux. Ainsi se multipliera ta race (Genèse, ch. XV) », la race des enfants de l'Église. C'est à cette célèbre prophétie que l'Église fait allusion lorsqu'elle chante à la messe des morts : Signifer Sanctus Michaël repraesentet eas in lucem sanctam, quam olim Abrahae promisisti et semini ejus (Offertoire). Que le porte-étendard saint Michel, conduise ces âmes dans la lumière sainte que vous avez promise autrefois à Abraham et à sa race (cette remarque est de Cornelius a lapide).
Malgré des promesses tant de fois réitérées, Sara, épouse d'Abraham, était stérile et de plus arrivée à un âge où elle paraissait ne plus pouvoir devenir féconde. Un jour, trois anges sous la figure de trois jeunes hommes descendent dans la vallée de Manbré. Abraham leur offre une généreuse hospitalité, et les traite avec la bonté la plus touchante. Alors l'archange Michel (Les Hébreux donnent le nom de Michel à celui des trois jeunes gens qui paraissait le plus remarquable. Les deux autres, disent-ils, s'appellent Gabriel et Raphaël. Les célèbres commentateurs Lyra, Tosta et Corneille de la Pierre admettent ce sentiment), celui des trois qui paraît le plus grand, s'adressant à Abraham : « Dans un an, lui dit-il, je reviendrai vous voir, et Sara, votre femme, aura un fils (Genèse, ch. XVIII). » L'événement justifia la promesse.
Avec quelle sollicitude il veilla sur les enfants de ce grand patriarche, sur Jacob, par exemple ! Il lui apparaît pendant son sommeil sur la route de Haran, lui renouvelle les promesses faites à son aïeul Abraham, et il ajoute : « Je serai votre protecteur partout où vous irez, je vous ramènerai et ne vous quitterai point que je n'aie accompli tout ce que j'ai dit (Genèse, ch. XXVIII). » Il fallait en effet à Jacob une protection spéciale, car Satan qui voyait en lui le père de tout un peuple que Dieu s'était choisi, et auquel il avait fait les plus magnifiques promesses, devait l'attaquer avec une haine particulière. Aussi, voyons-nous d'après le récit de l'Écriture, les obstacles se multiplier devant Jacob. Mais celui-ci triomphe de tout avec la protection de son Ange (voir dans la Genèse depuis le ch. XXIX jusqu'au ch. XXXII toutes les persécutions auxquelles Jacob est en bute).
Remarquons en passant un texte qui nous démontre de la manière la plus claire que c'était toujours par l'intermédiaire d'un ange que Dieu apparaissait aux patriarches et leur donnait ses ordres. Jacob raconte qu'il a vu en songe l'ANGE DE DIEU. Jacob, me dit-il ? — Me voici, répondis-je. — Je suis le dieu de Bethel — c'est l'ange qui parle, et qui s'appelle le Dieu de Bethel — où vous avez oint la pierre et où vous m'avez fait un vœu. Sortez donc promptement de cette terre, et retournez au pays de votre naissance (Genèse, ch. XXXI), car je vous protégerai. » Jacob obéit.
Et voici « les anges de Dieu qui viennent à sa rencontre (Genèse, ch. XXXII) comme pour lui dire de ne rien craindre de la part de son frère, lequel vient en ennemi. Saint Michel est à leur tête, disent les saints pères (Saint Athanase, saint Basile, etc.). Bientôt les armes tombent des mains d'Esaü, et les deux frères se réconcilient.
Ce grand patriarche, couché sur son lit de mort, proclama les services de son puissant protecteur et le pria de les continuer à ses petits-fils. « Que l'ange qui m'a délivré de tous maux, dit-il en élevant sur eux ses mains défaillantes, bénisse ces enfants (Genèse, ch. XLVIII). »
Saint Michel entendit cette prière, et se montra toujours le zélé protecteur des fils de celui auquel il avait donné le nom d'Israël.

(Saint Michel Archange, Protecteur de l’Église et de la France, Sa lutte avec Lucifer dans le passé, le présent et l'avenir, ses apparitions et son culte, Abbé Eugène Soyer, 1879)


Reportez-vous à Satan domine sur toutes les nations par l'idolâtrie, Saint Michel le combat par l'intermédiaire de Moïse, Sur la terre comme dans le ciel, saint Michel vient avec ses anges combattre Lucifer et ses légions perverses, et prendre soin des élus, Saint Michel, premier des anges, Michael ? sens de ce mot, titre de gloire pour celui qui l'a prononcé, Les Anges dans l'épreuve, Le combat de Saint Michel contre Satan continue sur terre, Quelles sont les plus célèbres apparitions des Anges dans l'Ancien Testament ?, De l'amour que les Saints Anges portent aux hommes, L'Ange à la garde duquel nous sommes confiés, Quels sont les plus excellents parmi les chœurs des Anges ?, Les saints Anges sont-ils bien nombreux ?, Sous quels traits les saintes Écritures nous représentent-elles les saints Anges ?, Prière à saint Michel Archange, Du culte et de la vénération qui est due à l'Archange Saint Michel, Méditation pour la Fête de Saint Michel et de tous les saints Anges, Neuvaine à Saint MichelDu combat des bons Anges contre les mauvaisMéditation pour la Fête des Saints Anges Gardiens, Pieuses invocations à l'Ange Gardien, Litanie de Saint Michel Archange, Puissance de Saint Michel au jugement dernier, Secours de Saint Michel à l'heure de la mort, Chapelet à Saint Michel Archange, Litanie de Saint Gabriel Archange, Prière à Saint Gabriel Archange, Avoir une grande dévotion à saint Michel, à saint Gabriel, à saint Raphaël, et aux autres quatre Anges qui sont auprès du trône de Dieu, Prière à Saint Raphaël Archange, Litanie de Saint Raphaël Archange, Neuvaine à l'Archange Raphaël, Méditation pour la Fête de Saint Raphaël Archange, Lecture du livre de Tobie (12, 7-15) : S'il est bon de tenir cachés les secrets des rois, c'est un honneur que de faire connaître et proclamer les œuvres de Dieu, Méditation pour le 3 Septembre, Saint Raphaël conduisant le jeune Tobie, Manière dont les Anges Gardiens s'acquittent de leurs fonctions envers les hommes, Les Saints Anges, fidèles Gardiens des Temples, Les saints Anges Gardiens montrent le chemin du salut, Apprenez de votre bon Ange la science du salut, De la Dévotion aux saints Anges et de l'esprit d'une Association en leur honneur, C'est en tout temps qu'on a invoqué dans l'Église les Anges et les Martyrs, De l'Excellence de la nature Angélique, La  grâce des hommes, quoique inférieure à celle des Anges, a des avantages qui la relèvent infiniment, De la principale occupation des Anges, qui est de louer Dieu, et de leur Nombre, Saint Raphaël, Modèle de l'Ange gardien préposé à la garde de chaque hommeConfiance de Saint Jean-François Régis en la protection de son Ange gardienDu grand Amour du Père Surin pour les Saints Anges, dans l'union avec notre Seigneur Jésus-Christ, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers les saints Anges, saint Joseph et les autres Saints ; Voyage de piétéSermon du Saint Curé d'Ars pour la Fête des Saints Anges Gardiens : Les anges de ces petits enfants voient sans cesse la face de mon Père céleste, Méditation pour le 2 septembre, Sur les Saints Anges GardiensDes exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Quels exercices de piété prescrivez-vous à l'honneur des Anges ?Méditation pour le 1er septembre, Les Saints Anges Gardiens, Consécration à tous les Saints Anges, Prières à tous les Saints Anges, Oraison aux neuf Chœurs des saints Anges, Travailler à la conversion des âmes et à leur soulagement dans les flammes du Purgatoire, en l'honneur des saints Anges, Pratiquer quelque vertu, ou s'abstenir de quelque vice en l'honneur des Saints Anges, Avoir une grande confiance en la protection des saints Anges, et recourir à eux en tous ses besoins corporels et spirituels, Autres pratiques pour honorer plus spécialement les saints Anges, et célébrer les fêtes avec tous les respects possibles, Faire des neuvaines en l'honneur des neuf Chœurs des Anges, Chapelet du Saint Ange gardien, Converser intérieurement avec les saints Anges, Jésus crucifié est le Livre des Élus, La réalité des apparitions angéliques, Avoir une dévotion singulière aux Anges, Archanges et Principautés, Honorer principalement les Puissances, les Vertus et les Dominations, Avoir de profonds respects, et des amours extraordinaires pour les Trônes, les Chérubins et les Séraphins, La protection des saints Anges contre les démons, particulièrement au sujet de leurs différentes tentations, Litanies de l'Ange Gardien, Et Michel et ses anges combattaient contre le Dragon, La puissance des démons réglée par la sagesse divine, Discernement des esprits : ce qu'on entend par esprits, combien on en compte et comment ils se forment, Tous les hommes sont assistés des Saints Anges, Les Saints Anges nous assistent dans les choses temporelles, Les perfections admirables de ces sublimes intelligences, Les Saints Anges font tout ce qui peut se faire pour le bien des hommes, Litanie aux Saints Anges Gardiens, Discernement des esprits, et Les Anges, princes et gouverneurs de la grande cité du bien.















mercredi 20 janvier 2021

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon XXII : Le Messie promis et figuré, Noé, Troisième Figure du Messie


ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE


PREMIÈRE PARTIE


Contenant l'histoire et l'explication de la religion
depuis le commencement du monde jusqu'à la venue du messie.



XXIIe LEÇON


LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ.

NOÉ, TROISIÈME FIGURE DU MESSIE

(AV. J.-C. 2348)



Q. Comment s'appelle le fils que Dieu donna à nos premiers parents à la place d'Abel ?
R. Le fils que Dieu donna à nos premiers parents pour remplacer Abel et pour conserver la Religion sur la terre, s'appelle Seth.

Q. Comment appelle-t-on les descendants de Seth ?
R. On appelle les descendants de Seth enfants de Dieu, parce qu'ils vivaient suivant l'esprit de la Religion ; les descendants de Caïn, au contraire, furent appelés enfants des hommes, parce qu'ils s'abandonnaient à tous les penchants corrompus de leurs cœurs.

Q. Dieu envoya-t-il quelqu'un pour rappeler les enfants des hommes à la pénitence ?
R. Pour rappeler les enfants des hommes à la pénitence, Dieu envoya Hénoch, qui ne cessa de les exhorter à se convertir, mais ils ne l'écoutèrent pas.

Q. Les enfants de Dieu furent-ils toujours fidèles au Seigneur ?
R. Les enfants de Dieu ne furent pas toujours fidèles au Seigneur ; car ils firent alliance avec les enfants des hommes, qui les corrompirent, et presque tous se livrèrent au péché.

Q. Comment Dieu punit-il les hommes ?
R. Dieu punit les hommes par le déluge, qui couvrit d'eau la terre et les plus hautes montagnes, pendant cent quarante jours.

Q. Qui fut sauvé du déluge ?
R. Noé et sa famille, en tout huit personnes, furent sauvés du déluge, avec des animaux de chaque espèce pour repeupler la terre.

Q. Comment furent-ils sauvés ?
R. Ils furent sauvés en entrant dans l'arche, c'est-à-dire dans un grand vaisseau que Noé avait construit par l'ordre de Dieu, et auquel il avait travaillé pendant cent vingt ans, afin de donner aux pécheurs le temps de faire pénitence.

Q. Que fit Noé en sortant de l'arche ?
R. Noé, en sortant de l'arche, témoigna sa reconnaissance au Seigneur en lui offrant un sacrifice, et le Seigneur lui promit de ne plus faire périr le monde par le déluge.

Q. Noé est-il la figure de Notre-Seigneur ?
R. Noé est la troisième figure de Notre-Seigneur. — Noé veut dire consolateur ; Jésus veut dire Sauveur. — Noé seul trouve grâce devant Dieu ; Notre-Seigneur seul trouve grâce devant son Père. Noé bâtit une arche qui le sauve et sa famille avec lui, du déluge universel ; Notre-Seigneur bâtit son Église pour sauver de la mort éternelle tous ceux qui voudront y entrer. — Plus les eaux montaient, plus l'arche s'élevait vers le ciel ; plus l'Église éprouve de tribulations, plus elle s'élève à Dieu. — Noé a été choisi pour être le père d'un monde nouveau ; Notre-Seigneur a été choisi pour peupler la terre de justes, et le ciel de saints.


Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je renouvellerai chaque mois les promesses de mon baptême.


Reportez-vous à De la fin des créatures, Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu, Leçon XV : Connaissance des Anges, Leçon XVI : Chute de l'homme, Leçon XVII : Accord de la justice et de la miséricorde divine dans la punition et dans la transmission du péché d'Adam, Leçon XVIII : Nécessité et perpétuité de la Foi au Mystère de la Rédemption, Histoire de Job, Leçon XIX : Connaissance de la Religion, Nature et définition de la Religion, Leçon XX : Connaissance de la Religion, Que la Religion est une Loi, Leçon XXI : Le Messie promis et figuré : Adam et Abel.














mardi 19 janvier 2021

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon XXI : Le Messie promis et figuré : Adam et Abel


ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE


PREMIÈRE PARTIE


Contenant l'histoire et l'explication de la religion
depuis le commencement du monde jusqu'à la venue du messie.


XXIe LEÇON

CONNAISSANCE DE LÀ RELIGION. — QUE LA RELIGION EST UN GRAND BIENFAIT. HISTOIRE DE LA RELIGION. LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ. — PREMIÈRE PROMESSE DU MESSIE. — ADAM ET ABEL. PREMIÈRE ET DEUXIÈME FIGURE DU MESSIE.



Q. Pourquoi avez-vous dit que la Religion est un bienfait ?
R. La Religion est un bienfait, 1° parce qu'en nous unissant à Dieu, elle devient la source de nos lumières, de nos vertus et de notre gloire ; 2 parce qu'elle nous console dans les peines de la vie, et nous conduit à un bonheur surnaturel qui ne nous était pas dû ; 3° parce qu'elle nous procure, en vertu de la rédemption de Notre-Seigneur Jésus Christ, des biens plus grands que ceux dont Adam nous avait dépouillés.

Q. Comment la Religion unit-elle Dieu à l'homme ?
R. La Religion unit Dieu à l'homme par les vérités que Dieu nous enseigne, par les devoirs qu'il nous impose et par la grâce du Saint-Esprit qu'il nous communique, pour croire les unes et pratiquer les autres.

Q. Comment la Religion unit-elle l'homme à Dieu ?
R. La Religion unit l'homme à Dieu par la coopération à la grâce que Dieu nous donne, pour croire ce qu'il nous révèle, faire ce qu'il nous commande et l'aimer de tout notre cœur.

Q. Quel est le but de la Religion ?
R. Le but de la Religion, c'est la gloire de Dieu et le bonheur de l'homme en ce monde et en l'autre.

Q. La Religion a-t-elle été toujours aussi développée qu'elle l'est aujourd'hui ?
R. La Religion n'a pas toujours été aussi développée qu'elle l'est aujourd'hui ; mais pour cela elle n'a pas cessé d'être la même, comme l'homme, en passant par ses différents âges, ne cesse pas d'être le même homme.

Q. Quelle différence y a-t-il entre les fidèles qui ont précédé la venue du Messie et ceux qui l'ont suivie ?
R. La différence est que les anciens justes croyaient en Jésus-Christ promis, tandis que nous croyons en Jésus-Christ venu ; notre foi, notre espérance, notre Religion, sont les mêmes que celles des Patriarches et des Prophètes.

Q. Pourquoi Dieu n'a-t-il fait connaître que par degrés le mystère de la Rédemption ?
R. Dieu n'a fait connaître que par degrés le mystère de la Rédemption, pour ménager la faiblesse de l'homme et pour le préparer, par une foule de miracles, à croire le plus grand de tous.

Q. Comment Dieu faisait-il connaître le Rédempteur aux premiers hommes ?
R. Dieu faisait connaître le Rédempteur aux premiers hommes ; 1° par des promesses ; 2° par des figures ; 3° par des prophéties.

Q. Qu'entendez-vous par les figures du Messie ?
R. Par les figures du Messie, on entend certaines actions, certains événements, certains personnages, qui représentaient d'avance les caractères et les actions du Messie.

Q. Que leur montraient les figures ?
R. Les figures leur montraient, dans la vie des Patriarches et dans les sacrifices, les actions, les travaux et la mort du Messie,

Q. Que leur indiquaient les promesses ?
R. Les promesses leur indiquaient le peuple, la tribu, la famille d'où sortirait le Messie.

Q. Que leur apprenaient les prophéties ?
R. Les prophéties leur apprenaient à connaître le temps, le lieu et toutes les circonstances de la naissance, de la vie, de la mort et de la résurrection du Messie.

Q. Comment Dieu préparait-il le règne du Messie ?
R. Dieu préparait le règne du Messie par tous les événements qui s'accomplissaient chez les Juifs et chez les nations étrangères.

Q. Quelle est la première promesse du Messie ?
R. La première promesse du Messie est celle que Dieu fit à nos parents dans le paradis terrestre, en disant que la femme écraserait la tête du serpent.

Q. Quelle est la première figure du Messie ?
R. La première figure du Messie, c'est Adam. — Adam est le père de tous les hommes selon la chair ; Notre-Seigneur est le Père de tous les hommes selon l'esprit. — Adam s'endort, et d'une de ses côtes Dieu lui forme une compagne avec qui il sera uni pour toujours, et qui lui donnera une nombreuse postérité. Notre-Seigneur meurt sur la croix ; de son côté entr'ouvert Dieu tire l'Église avec laquelle Notre-Seigneur sera uni jusqu'à la fin des siècles, et qui lui donnera de nombreux enfants.

Q. Continuez la même figure.
R. Adam pécheur est chassé du Paradis et condamné au travail, aux souffrances et à la mort ; Notre-Seigneur, chargé des péchés du monde, descend du Ciel et se condamne au travail, aux souffrances, à la mort, et il sauve tous les hommes par son obéissance, comme Adam les avait tous perdus par sa désobéissance.

Q. Quelle est la seconde figure du Messie ?
R. La seconde figure du Messie, c'est Abel, fils d'Adam et frère de Caïn. — Abel offre en sacrifice des victimes de ses troupeaux ; Notre-Seigneur offre le sacrifice de son sang qui est infiniment plus agréable à Dieu, son Père. — Abel, innocent, est conduit à la campagne et mis à mort par Caïn, son frère ; Notre-Seigneur, l'innocence même, est conduit hors de Jérusalem et mis à mort par les Juifs, ses frères, — Le sang d'Abel crie vengeance contre Caïn ; le sang de Notre-Seigneur crie miséricorde pour nous. Caïn meurtrier d'Abel est condamné à errer comme un vagabond sur la terre ; les Juifs, meurtriers de Notre-Seigneur, sont condamnés à errer sur toute la terre, sans prêtre, sans roi, sans sacrifice.


Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je saluerai ceux qui me feront du mal, et je prierai pour eux.


Reportez-vous à De la fin des créatures, Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu, Leçon XV : Connaissance des Anges, Leçon XVI : Chute de l'homme, Leçon XVII : Accord de la justice et de la miséricorde divine dans la punition et dans la transmission du péché d'Adam, Leçon XVIII : Nécessité et perpétuité de la Foi au Mystère de la Rédemption, Histoire de Job, Leçon XIX : Connaissance de la Religion, Nature et définition de la Religion, Leçon XX : Connaissance de la Religion, Que la Religion est une Loi, Leçon XXII : Le Messie promis et figuré, Noé, Troisième Figure du Messie.














jeudi 5 novembre 2020

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu


ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE


PREMIÈRE PARTIE


Contenant l'histoire et l'explication de la religion
depuis le commencement du monde jusqu'à la venue du messie.


XIVe LEÇON


CONNAISSANCE DE L'HOMME

CONSIDÉRÉ DANS SES RAPPORTS AVEC DIEU



Q. Dans quel état l'homme fut-il créé ?
R. L'homme fut créé non seulement avec toutes les qualités et tous les privilèges d'une nature parfaite, mais encore dans un état surnaturel d'innocence, de justice, de bonheur et d'immortalité.

Q. Quelle était la fin de cet état ?
R. La fin de cet état était de procurer à l'homme le bonheur de voir Dieu face à face dans le ciel, après l'avoir aimé sur la terre, sans passer par les souffrances ni par la mort.

Q. Pourquoi appelez-vous cet état surnaturel ?
R. On appelle cet état surnaturel, parce que Dieu ne le devait pas à l'homme, et que l'homme ne pouvait y parvenir par les seules forces de sa nature.

Q. Comment l'homme peut-il y parvenir ?
R. L'homme peut y parvenir par la grâce, c'est-à-dire par des lumières et des secours surnaturels que Dieu lui communique et qui ne détruisent pas la nature, mais la perfectionnent.

Q. Pourquoi donc l'homme a-t-il été créé et mis au monde ?
R. L'homme a été créé et mis au monde pour connaître Dieu, l'aimer, le servir, et, par ce moyen, acquérir la vie éternelle, c'est-à-dire pour voir Dieu non seulement dans les créatures comme dans un miroir, mais face à face dans le ciel pendant toute l'éternité.

Q. L'homme innocent était-il heureux ?
R. L'homme innocent était très heureux ; son esprit connaissait tout ce qu'il devait connaître ; son cœur aimait tout ce qu'il devait aimer ; son corps était exempt d'infirmités et immortel.

Q. Comment s'appelle le premier homme ?
R. Le premier homme s'appelle Adam.

Q. Comment s'appelle la première femme ?
R. La première femme s'appelle Ève.

Q. Comment fut-elle formée ?
R. Dieu envoya un sommeil mystérieux à Adam, pendant lequel il lui enleva sans violence une de ses côtes, et en forma un corps auquel il unit une âme raisonnable ; ainsi fut créée la première femme. En la voyant, Adam s'écria : Voici l'os de mes os, et la chair de ma chair.

Q. Que fit Dieu après avoir créé Adam et Ève ?
R. Après avoir créé Adam et Ève, Dieu les bénit et institua la sainte société du mariage, d'où sont nés tous les hommes.

Q. Quel commandement Dieu fit-il à nos premiers pères ?
R. Jusque-là, Dieu n'avait parlé à nos premiers pères que de leur autorité et de leur bonheur ; il était bien juste qu'il leur demandât l'hommage de leur reconnaissance, et il leur dit de manger de tous les fruits du Paradis terrestre, excepté le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal.

Q. Nos premiers parents devaient-ils obéir à Dieu ?
R. Nos premiers parents avaient toutes sortes de raisons d'obéir à Dieu : 1° ce commandement était très juste ; 2° il était très facile ; 3° ils avaient toutes les grâces nécessaires pour l'accomplir ; 4° ils avaient tous les motifs pour ne pas le violer : leur bonheur, dans le temps et dans l'éternité, devait être le prix de leur obéissance.

Q. Par qui furent-ils tentés ?
R. Ils furent tentés par le démon, c'est-à-dire par un mauvais ange. Dieu, dont la sagesse et la puissance sont infinies, avait formé des créatures purement matérielles, comme les plantes et les animaux ; d'autres matérielles et spirituelles, comme l'homme ; d'autres, enfin, purement spirituelles, comme les Anges.

Q. Qu'est-ce que les Anges ?
R. Les Anges sont des créatures purement spirituelles et supérieures à l'homme. Quelques-uns se révoltèrent contre Dieu ; mais ils furent aussitôt punis et changés en démons.


Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je ferai chaque jour un acte d'humilité.


Reportez-vous à Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, La Sagesse éternelle dans la Création, et après la chute de l'homme, De la fin des créatures, Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XV : Connaissance des Anges.














dimanche 13 septembre 2020

C'est en tout temps qu'on a invoqué dans l'Église les Anges et les Martyrs

 

Abraham servant les trois Anges

C'est en tout temps qu'on a invoqué dans l'Église les Anges et les Martyrs. Cette Épouse de Jésus-Christ si sage et si prudente, éclairée par les divins Oracles, et conduite par le Saint-Esprit, ne pouvait ignorer les intentions de son divin Époux, et les services qu'elle pouvait espérer de leur protection auprès de lui. Une pratique si universellement et si anciennement établie dans l'Église Catholique, et qui ne doit ses commencements à aucun Concile, ni à aucune Assemblée Ecclésiastique, ne peut être rapportée, quant à son origine, qu'au temps des Apôtres, suivant cette règle de saint Augustin, qui est, qu'un usage généralement observé par toute l'Église, et dont on ne peut trouver l'établissement dans aucun Concile, vient indubitablement des Apôtres qui l'ont enseigné de vive voix (Lib. 4. de Baptisme contrà Donatistas, cap. 24).
Il est vrai que dans les premiers siècles de l'Église il était plus rare d'honorer d'un culte particulier les Anges, de peur de donner sujet aux Païens, d'accuser les Chrétiens d'idolâtrie, s'ils avaient pu dire qu'ils ne différaient en rien d'eux, en honorant, comme ils faisaient, des divinités subalternes sous le nom des Anges ; ce qu'ils ne pouvaient pas dire de même en leur voyant honorer les Martyrs, sachant qu'ils ne les honoraient qu'à cause de leur mort ; et parce qu'ils avaient donné leur vie pour la ruine de l'idolâtrie. D'ailleurs, une pratique de piété peut être plus ou moins éclatante dans l'Église, moins dans un siècle que dans un autre. L'Esprit de Jésus-Christ qui règle les mouvements des membres de son Église, leur inspire toujours l'approbation des mêmes choses, parce que la vérité est invariable ; mais il ne les applique pas toujours également aux mêmes pratiques, rendant certaines actions de piété plus fréquentes en un temps qu'en un autre. Ainsi, lorsque la Religion chrétienne étant favorisée des Empereurs convertis à la foi n'eut plus à craindre les calomnies des Païens ; elle commença d'honorer les Anges, et les Saints qui n'ayant pas souffert le martyre pour Jésus-Christ n'en étaient pas moins dignes de respect pour avoir passé leur vie dans les pratiques de la pénitence.
On ne peut douter que le culte des Anges ne soit très-ancien parmi les Juifs. Je parle de ce culte qui consiste à les honorer, à leur adresser des prières comme à ceux d'entre les Ministres du Seigneur qui sont les Médiateurs entre lui et nous ; culte, dis-je, qui consiste à leur donner des preuves de notre reconnaissance et de notre profonde vénération. Moïse et Josué se déchaussent par respect en présence d'un Ange qui apparaît, à l'un dans le buisson ardent (Exod. 3, 5), et à l'autre dans la campagne de Jéricho (Josué 5, 13-14). Abraham se prosterne devant ceux qu'il reçoit dans sa tente (Genes. 15, 2), et Daniel devant celui qui se présente à lui sur le Tigre (Daniel 10, 5-6). Moïse ordonne aux Israélites de craindre, et d'honorer l'Ange que le Seigneur leur donne pour les conduire (Exod. 13, 20). Jacob prie avec larmes celui contre qui il avait lutté, de lui accorder sa bénédiction (Genes. 22, 36). Flevit et rogavit eum (Osée 12, 4). Étant au lit de la mort, il prie l'Ange qui l'a toujours conduit et protégé de bénir ses petit-fils, Éphraïm et Manassé (Genes. 48, 16). L'Ange dit à Loth (Genes. 19, 21) : Voici que j'ai reçu vos prières par lesquelles vous avez demandé que votre ville ne fût point détruite. Si cet Ange a admis les prières de Loth, il les lui avait donc adressées. Et si l'Ange lui a promis qu'il ne renverserait pas Sodome, Loth le lui avait donc demandé ? Philon (L. de Gigantibus), Auteur Juif, et Historien célèbre, parle des Anges comme des Entremetteurs et des Médiateurs entre Dieu et les hommes ; ce sont eux en effet, qui leur portent les faveurs et les grâces de Dieu, et qui lui représentent leurs besoins : ils sont comme les yeux et les oreilles du Tout-puissant qui voient tout, et qui écoutent tout, qui portent aux hommes les Commandements de Dieu, et qui rapportent à Dieu les prières des hommes. L'Église chrétienne a imité la piété de la Synagogue envers les Anges, comme elle a imité sa foi sur leur existence, et sur les secours que nous en recevons. Elle a toujours cru qu'ils offraient à Dieu nos prières.
L'invocation des Anges pratiquée dans l'ancien Testament, non-seulement n'est point défendue dans le Nouveau, mais elle s'y trouve marquée assez expressément dans l'Apocalypse (Chap. I, V, 4), où la grâce et la paix sont demandées par l'Apôtre saint Jean à Dieu par l'entremise des sept Esprits. La grâce et la paix vous soient données par Celui qui est, qui était, et qui doit venir, et par les sept Esprits qui sont devant son Trône, toujours prêts à exécuter ses ordres. Celui qui veut attirer la grâce sur les Fidèles en interposant le crédit des sept Anges, les invoque certainement pour qu'ils demandent à Dieu le bien qu'il leur souhaite.
Quant aux Pères de l'Église qui forment la chaîne de la tradition, en défendant contre les ennemis de notre Religion le culte et le respect qu'on rendait aux Saints, ils ont en même temps défendu celui qui est dû aux Anges. Nous rapporterons ici le témoignage de quelques-uns des plus anciens. Dans les lettres écrites à saint Cyprien, on en trouve une de Nemesien, Évêque en Numidie (Epist. 77. inter Cypr.), où se recommandant à ses prières ; il dit : « Assistons-nous les uns les autres par nos prières, et demandons à Dieu, à Jésus-Christ, et aux Anges, comme vous le dites fort bien, qu'ils nous aident dans toutes nos actions. » Il croyait donc que leur protection pouvait être utile pour se bien conduire. Tertullien en réprouvant la superstition des Païens qui invoquaient une Déesse qu'ils appelaient Allemone, parce qu'elle présidait, disaient-ils, à la formation et à la nourriture des enfants dans le ventre de leur mère, attribue aux Anges de rendre ces bons offices aux Chrétiens (Lib. de anima cap. 37. p. 30). On sait assez en quel sens Origène dit qu'il ne faut prier que Dieu, n'invoquer que Dieu ; il le disait par rapport à la manière dont Celse voulait qu'on invoquât et qu'on priât les Anges et les démons en leur offrant des sacrifices, en les faisant auteurs des biens qu'on leur demandait ; car pour ce qui est de la prière et de l'invocation, telle qu'elle est pratiquée dans l'Église, Origène était si éloigné de la condamner, qu'il adresse lui-même sa prière à l'Ange Gardien d'un bon vieillard qu'on allait baptiser : Venez Ange de Dieu, lui dit-il (Hom. I. in Ezech. tom. 2), recevez celui que la prédication de l'Évangile a retiré de son ancienne erreur, de la doctrine des démons, et de l'iniquité : Recevez-le comme un bon Médecin : prenez-en soin, et apprenez-lui à bien vivre. Saint Ambroise, qui aux erreurs près qu'il condamne dans Origène faisait tant de cas de ses écrits, qu'il semble les avoir copiés ou abrégés en plusieurs endroits ; dit, conformément à sa doctrine, dans ce que l'on vient de citer de lui, qu'il faut prier et invoquer les Anges (L. de Viduis c. 9. tom. I. édit. Paris. p. 200). Notre infirmité, dit aussi saint Hilaire, a besoin de leur intercession (S. Hil. in Psal. 129. II. 7). La piété de l'Empereur Constantin, qui le porta à bâtir dans Constantinople tant de belles Églises, fit qu'il en éleva une des plus célèbres et des plus fréquentées, qui s'appela, Michaëlium ; on l'a ainsi nommée au rapport de Sozomène (Sozom. lib. 2. cap. 3), parce que l'on croyait que l'Archange saint Michel y avait apparu. Je puis rendre témoignage, ajoute cet Auteur, des bienfaits que j'ai reçus par son intercession, et la vérité de ce que j'en assure sera confirmée par l'expérience de plusieurs personnes. Il rapporte ensuite en particulier quelques guérisons opérées dans ce temple, n'ayant pu, dit-il, raconter tous les miracles qui ont été faits dans cette Église. Il y avait aussi en Phrygie, selon Theodoret, nombre d'Oratoires dédiées à saint Michel. On verra dans l'une des Méditations (p. 210), une belle invocation des Anges faite par Victor d'Utique en l'an quatre cent quatre-vingt-huit, où il écrivait son histoire de la persécution des Vandales.
Il paraît superflu de pousser plus loin la tradition sur l'invocation des Anges et des Saints, dont les témoignages sont si authentiques et si fréquents depuis le quatrième siècle ; outre que la pratique présente de l'Église est un sûr garant de la légitimité du culte qu'elle leur accorde.
Il serait inutile d'objecter contre cet usage de la sainte Église, qu'un Ange dans l'Apocalypse refuse l'honneur que saint Jean voulait lui rendre en l'adorant : Gardez-vous bien de faire cela, lui dit l'Ange, car je suis votre conserviteur et celui des Prophètes vos frères : Rendez vos adorations à Dieu seul (Apoc. cap. 22. n. 8. 9). Il ne le refuse que parce que l'Apôtre voulait lui rendre le culte de latrie, croyant que ce fût le Fils de Dieu. Le Concile de Laodicée, cité par Théodoret, qui défend de quitter l'Église pour invoquer les Anges et faire des assemblées particulières, n'est que contre ceux qui préfèrent la médiation des Anges à celle du Sauveur ; il ne condamne que ceux qui laissent Jésus-Christ pour s'attacher par une espèce d'idolâtrie, aux Anges (Derelinquens Dominum nostrum Jesum Christum Filium Dei accessit ad idola) ou qui, comme il est dit dans le premier livre des Capitulaires de Charlemagne (In Concilio Laodicensi pracipitur ut ignota Angelorum nomina nec singantur, nec nominntur nisi illorum quos habemus in autoritate. Hi sunt Michaël, Gabriël, Raphaël. capitulanium lib. I. cap. 16. pag. 707), imposeraient des noms de magie aux Anges, et les invoqueraient pour en faire. C'est pourquoi le Canon qui suit dans le Concile parle de magie. Laodicée était la capitale de Phrygie qui n'était pas éloignée de Colosse. Le Concile n'aura donc défendu que ce que saint Paul avait défendu lui-même dans son Épître aux Colossiens, chap. 2. V. 18. que nul ne vous ravisse le prix de votre course, dit l'Apôtre, en affectant de paraître humble, par un culte superstitieux des Anges. Il veut marquer, dit Dom Calmet sur cet endroit de l'Épître, que ceux contre qui il parle se mêlaient de donner des noms aux Anges, de les distribuer par classe comme s'ils avaient vécu dans le Ciel : quoe non vidit ambulans, marchant par une route qui lui est inconnue, ou bien se mêlant de parler de choses qu'il ne sait point, dit saint Paul. Il est certain qu'il y a eu un culte superstitieux des Anges dans les premiers siècles. Tertullien assure que Simon et Cerinthe préféraient la médiation des Anges à celle de Jésus-Christ (Lib. de praeserip. cap. 43) : et saint Jérôme soutient, qu'ils juraient non seulement par le Ciel, mais aussi par les Anges (Sanctus Hieron. in cap. 5. Matrh. et quaest. 10. ad Algasiam). Saint Épiphane a reconnu qu'il y avait eu des Hérétiques dont l'hérésie n'avait pas fait de grand progrès, qui attribuaient aux Anges la création du monde (S. Epiph. lib. 2. de haeresibus tom. I. p. 505. haeresi. 60). Saint Augustin fait mention d'eux sous le nom d'Angeliques ; et attribue aussi aux Gnostiques d'avoir imaginé sur les Anges des dogmes fabuleux pour tromper et séduire les âmes (S. August. tom. 6. de haeresib. haeresi 39 et 6. p. 7 et 5 tom. 6. edit. Lovan.). C'est contre de pareils Hérétiques, ou des Philosophes Platoniciens qui mettaient les Anges au rang des Dieux du second ordre, et qui élevaient les Anges au-dessus de Notre-Seigneur même, parce qu'étant de purs Esprits ils étaient d'une nature supérieure à la nôtre, que saint Paul s'élève : ils ne reconnaissaient pas le Fils de Dieu pour Chef des Anges et des hommes, comme l'insinue cet Apôtre au verset suivant. Non tenentes Caput. C'est pour cela que dans l'Épître aux Hébreux, il élève si fort Jésus-Christ au-dessus des Anges.
Nous sommes (grâces à Dieu) bien éloignés des sentiments des Hérétiques dont on vient de parler, car nous reconnaissons les Anges pour de pures créatures, soumises aux ordres du Fils de Dieu, qui mérite seul nos adorations, étant Dieu lui-même de même nature que son Père ; mais cela n'empêche pas qu'on ne doive honorer les Anges, quoique d'un culte infiniment au-dessous de Dieu, soit à cause de l'excellence de leur nature, de leur éminente sainteté, de la dignité de leurs emplois, soit à cause des grands services qu'ils rendent aux hommes.
Au reste si l'ancien et sublime écrivain qui a composé un traité de la Hiérarchie céleste, et que l'on cite ordinairement sous le nom de saint Denis, quoique l'on n'ait point encore bien résolu le problème, si c'est saint Denis Aréopagite qui en est l'Auteur, ou si c'est seulement un Père du troisième siècle ; si, dis-je, ce génie également supérieur et profond, que saint Jean Chrysostome appelle l'Oiseau du ciel, Volucris, coeli, et saint Jean Damascène le plus grand des Théologiens, en commençant d'entrer en matière, demande à Jésus-Christ qu'il soit son guide et son conducteur, pour lui inspirer ce qu'il doit mettre par écrit ; combien avons-nous plus de sujet de demander au Fils de Dieu des lumières assez vives pour traiter d'un sujet aussi élevé que celui où l'on parle des perfections Angéliques ? Disons-le donc avec lui. Sit dux Verbi Christus, (si mihi dicere liceat) meus, qui de tantâ re quid dicere debeamus, inspiret. Est enim ipse totius scientioe sfons, coelestisque afflatûs indultor. Pour vous, ô Chrétiens, recevez en esprit de religion ce que les saintes Écritures nous apprennent sur une si belle manière : en écoutant des choses divines ; cachez-les dans le plus intime de votre cœur, puisqu'elles sont capables de vous unir à Dieu très-étroitement : conservez pure cette doctrine, en vous séparant de cette multitude profane qui ne comprend pas les choses de Dieu. Tu autem, ô fili, justà quod sancit nostra piissima et Sacro-sancta traditio, et ipsa quoe sancta dicuntur, congruâ suscipe pietate, ac divina dicendo, divinus efficere, et sancta mentis recessibus condens, ea ut eximia, et conjungendi nos Deo vim habentia singularem, à prophanâ multitudine inviolata custodi (L. coelesti Hierarchià de cap. 2. sub finem).


(Extrait de La dévotion aux Saints Anges, particulièrement aux Anges Gardiens, réduite en méditations)


Reportez-vous à De la Dévotion aux saints Anges et de l'esprit d'une Association en leur honneurSaint Raphaël, Modèle de l'Ange gardien préposé à la garde de chaque homme, Du grand Amour du Père Surin pour les Saints Anges, dans l'union avec notre Seigneur Jésus-Christ, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers les saints Anges, saint Joseph et les autres Saints ; Voyage de piétéSermon du Saint Curé d'Ars pour la Fête des Saints Anges Gardiens : Les anges de ces petits enfants voient sans cesse la face de mon Père céleste, Litanie de Saint Raphaël Archange, Neuvaine à l'Archange Raphaël, Avoir une grande dévotion à saint Michel, à saint Gabriel, à saint Raphaël, et aux autres quatre Anges qui sont auprès du trône de Dieu, Méditation pour la Fête de Saint Raphaël Archange, Lecture du livre de Tobie (12, 7-15) : S'il est bon de tenir cachés les secrets des rois, c'est un honneur que de faire connaître et proclamer les œuvres de Dieu, Méditation pour le 3 Septembre, Saint Raphaël conduisant le jeune Tobie, Méditation pour le 2 septembre, Sur les Saints Anges GardiensDes exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Quels exercices de piété prescrivez-vous à l'honneur des Anges ?Méditation pour le 1er septembre, Les Saints Anges Gardiens, Consécration à tous les Saints Anges, Prières à tous les Saints Anges, Oraison aux neuf Chœurs des saints Anges, Travailler à la conversion des âmes et à leur soulagement dans les flammes du Purgatoire, en l'honneur des saints Anges, Pratiquer quelque vertu, ou s'abstenir de quelque vice en l'honneur des Saints Anges, Avoir une grande confiance en la protection des saints Anges, et recourir à eux en tous ses besoins corporels et spirituels, Autres pratiques pour honorer plus spécialement les saints Anges, et célébrer les fêtes avec tous les respects possibles, Faire des neuvaines en l'honneur des neuf Chœurs des Anges, Chapelet du Saint Ange gardien, Converser intérieurement avec les saints Anges, Méditation pour la Fête de Saint Michel et de tous les saints Anges, Méditation pour la Fête des Saints Anges Gardiens, Jésus crucifié est le Livre des Élus, La réalité des apparitions angéliques, Avoir une dévotion singulière aux Anges, Archanges et Principautés, Honorer principalement les Puissances, les Vertus et les Dominations, Avoir de profonds respects, et des amours extraordinaires pour les Trônes, les Chérubins et les Séraphins, La protection des saints Anges contre les démons, particulièrement au sujet de leurs différentes tentations, Litanies de l'Ange Gardien, Et Michel et ses anges combattaient contre le Dragon, La puissance des démons réglée par la sagesse divine, Neuvaine à Saint Michel, Discernement des esprits : ce qu'on entend par esprits, combien on en compte et comment ils se forment, Tous les hommes sont assistés des Saints Anges, Les Saints Anges nous assistent dans les choses temporelles, Les perfections admirables de ces sublimes intelligences, Les Saints Anges font tout ce qui peut se faire pour le bien des hommes, Litanie aux Saints Anges Gardiens, Discernement des esprits, Litanie de Saint Michel Archange, Puissance de Saint Michel au jugement dernier, Chapelet à Saint Michel Archange, Les Anges, princes et gouverneurs de la grande cité du bien, Secours de Saint Michel à l'heure de la mort, et Litanie de Saint Gabriel Archange.














 

mardi 23 juin 2020

Que Satan communique avec l'homme depuis l'état du péché, et jusqu'où arrive cette communication




I. Le bannissement du Ciel que le malin esprit porte, son activité naturelle, son impuissance à s'occuper en Dieu, et à converser avec les bons Anges, et encore à se contenter en soi-même : et d'ailleurs la faiblesse de l'homme, sa liberté au bien et au mal, l'image de Dieu dont il lui reste quelques traits, et la capacité de la gloire, sont les causes qui l'induisent à entrer en communication avec lui.

II.
Et en outre, la victoire qu'il a gagnée sur l'homme dont il porte la qualité de Prince du monde, lui donne puissance sur la nature humaine.

III. Par cette puissance, il envahit le corps de l'homme, et se saisit de ses facultés et opérations : et cette invasion est ce que nous appelons Possession.

IV. Le malin esprit essaye à se contenter dans la possession des Énergumènes ; comme Superbe, comme Lion rugissant, comme Adversaire, comme Destructeur.

V. Quand nous ne connaîtrions point les causes pour lesquelles Dieu permet au Diable un si furieux attentat, la petitesse de nos esprits devrait ployer sous la grandeur de ses jugements. Mais néanmoins quiconque l'examinera plus particulièrement, le trouvera conforme à sa Justice, à sa Grandeur, à sa Bonté.
En la possession des Énergumènes, Dieu a préparé une troisième École pour les Athées et les Libertins : même pour les Catéchumènes, les Fidèles, et les Saints
.



Comme la communication de la Nature humaine avec la Nature Angélique est dérivée de la communauté de l'être que nous remarquons en ces deux natures : Ainsi l'association de l'homme chassé du Paradis, avec l'Ange banni du Ciel, est fondée en la condition de leur commun accident.
Car cet esprit Angélique étant d'une capacité singulière continuellement active, et ne pouvant plus s'occuper en Dieu lequel il a abandonné, ni converser avec les Anges bienheureux desquels il s'est séparé, ni se reposer et contenter en soi-même à cause de sa difformité, ni même se regarder et contempler ainsi défait et défiguré comme il est, il n'a plus autre regard que sur nos déportements ; et son repos est d'être vagabond par la terre, sans autre occupation que d'agir et converser avec l'homme, lequel est seul entre toutes les créatures capable de son association à cause de son être immatériel, et ensemble de son dessein malicieux à raison de sa faiblesse et de sa liberté. Même la haine que Satan a contre Dieu (unique passion qui le peut occuper vers divinité) se réfléchit contre l'homme. Et comme la Pathère (selon Saint Basile) convertit sa fureur contre le portrait de celui, auquel elle ne peut méfaire ; Ainsi le diable qui hait Dieu et ne peut l'attaquer en son essence, se convertit à son image, et choisit l'homme pour le but de sa haine, d'autant plus âprement que l'envie le sollicite d'abattre celui qu'il voit élevé au même degré de gloire que naguère il possédait, et qu'il a misérablement perdu.
Cet esprit donc extrêmement actif, assisté d'une malice égale à son activité, et poussé de deux fortes passions, haine et envie, contre l'homme seul objet et de son occupation, et de son dessein ; il le tourmente en toutes les manières que l'immanité d'un rare esprit peut inventer, et que la nature humaine peut souffrir. Voilà en quoi et pourquoi Satan communique avec nous ; lequel ayant un naturel enclin à la communication, et depuis sa chute n'étant plus porté qu'au mal : comme il n'a plus aucun avec lequel il puisse ou veuille converser sinon l'homme : aussi n'a-t-il plus rien qu'il lui puisse départir en cette communication que du mal, soit en ce monde, soit en l'autre, soit à l'âme, soit au corps. Reste tant seulement à considérer jusqu'où la malignité de cette intention peut s'étendre contre lui, en tant qu'il lui est inférieur par la condition de sa nature, et en tant qu'il est son esclave par la prévarication commune.
Auparavant, l'état de l'homme était élevé d'une justice originelle qui le rendait égal aux Anges, supérieur à Satan, Seigneur de ce monde sensible, ne relevant que de la divine Majesté. Mais depuis qu'il fut porté par terre en ce duel mémorable que le serpent lui livra dans le Paradis terrestre comme un camp clos ; Satan, qui auparavant n'avait aucun droit en ce monde, ni aucun pouvoir sur l'homme ; comme victorieux il l'a dépouillé de son domaine, et s'est attribué la puissance et l'empire du monde, qui était échu à l'homme dès sa naissance, dont il en porte le titre de Prince depuis cette usurpation (en Saint Jean 14, le diable est appelé le prince du monde). Et sans cesse, il le poursuit par tentation, ne laissant son âme paisible tandis qu'elle est dans les limites de l'Empire qu'il a conquis et usurpé sur nous.
Même il envahit quelquefois son propre corps, en sorte que comme avant le péché il s'incorpora dedans le serpent, maintenant il s'incorpore dedans l'homme. Et bien que l'âme réside toujours en ce corps comme en son domicile ; si est-ce qu'il en prend possession, et ôtant le pouvoir et l'usage qu'elle y a, il substitue en son lieu sa force et son activité. Effet à la vérité et effort bien étrange ; mais il vient d'un rare esprit et d'une rage nonpareille, et n'est pas du tout hors de la condition de notre nature. Car encore que l'être de l'homme soit comme un fonds appartenant en propriété à Dieu seul, duquel il porte la marque éternellement ; si est-il accompagné de plusieurs facultés et opérations, dont l'usage est comme un usufruit qui nous est concédé par le droit de nature, lequel Satan trouble quelquefois par tentation, et quelquefois usurpe par une invasion furieuse que nous appelons Possession.

Or la condition humaine dépourvue de la justice originelle est telle qu'il faut que ce pauvre esclave endure l'usurpation d'un si puissant ennemi : Lequel ayant perdu le Ciel, battu et poursuivi des bons Anges, fait sa retraite dans l'homme comme dans un petit monde. Et ainsi qu'un Prince chassé de son état, il pense relever aucunement sa condition en se logeant dedans le corps humain, puisque l'Enfer où il est relégué lui est un lieu insupportable, puisque le Ciel d'où il est banni lui est une place imprenable. Même comme SUPERBE, il prétend satisfaire à son orgueil en prenant possession d'une créature qui appartient à Dieu et non à lui. Comme LION RUGISSANT, il se promet d'assouvir sa rage en déchirant l'homme, et défigurant l'image de la divinité. Comme ADVERSAIRE, il s'assure d'accomplir son souhait de nuire à l'âme, en saisissant ses organes extérieurs, en occupant ses facultés intérieures, en la privant de ses actions, et en l'assiégeant et tourmentant de si près. Et en somme comme un esprit qui a le nom et la qualité de DESTRUCTEUR, il se plaît à pervertir l'ordre de la nature, en ce que contre ses lois, il se trouve que deux esprits sont joints en un même corps ; l'âme qui en est la forme ordinaire est violemment dépossédée de ses organes ; et l'Ange qui n'a aucun rapport aux choses matérielles est mis en possession des sens humains. Ce qui n'est pas un petit aiguillon au malin esprit, qui est infiniment désireux de dérégler l'ordre de la nature, depuis qu'il s'est retiré de ce bel ordre de la grâce auquel il avait été singulièrement élevé. Car étant destitué du pouvoir surnaturel, comme d'un apanage uniquement affecté aux enfants de Dieu, du nombre desquels il n'est plus, il ne peut pas se contenir en l'ordre de la nature à raison du péché, qui l'ayant éloigné de son centre, le rend perpétuellement inquiet et mourant. Et ne fléchissant qu'à regret sous ses lois, il agit quelquefois outre, quelquefois contre, comme étant ces ordonnances établies par son capital ennemi, dans lesquelles il est bien aise de contrevenir. Et comme si ce singe de la divinité affectait de l'ensuivre en l'établissement qu'elle a fait de deux ordres limités, l'un au pouvoir de la créature, l'autre au vouloir du Créateur ; il forme sur le modèle de ses appétits désordonnés, comme un tiers ordre d'accidents déréglés en l'état de ce monde. À quoi je réfère ce mouvement qui l'encline à s'introduire dans les animaux, comme dans les pourceaux en Saint Luc, dans les chameaux en Saint Jérôme ; qui paraît bien être un dérèglement en la nature, mais non pas un effet d'aucun autre motif spécifique : si ce n'est que quelqu'un le réfère avec Hilarion à la haine de Satan contre l'homme, laquelle a réflexion sur les animaux comme sur une des choses qui lui appartiennent.

Il est bien vrai que cet ordre lequel Satan essaye de pervertir, est en la main de Dieu qui en est l'auteur ; Que l'homme sur lequel le malin esprit attente une telle usurpation, est en sa garde ainsi que le pupile en celle de son tuteur ; Et que ce même ennemi qui ose dissiper les œuvres de Dieu, est dans le ressort de ce Juge et Seigneur souverain, qui le punit en sa fureur. Ce néanmoins il trouve bon de lui permettre ce furieux attentat qu'il desseigne au détriment de son pupille, et au dérèglement de l'état mis en la nature. En quoi la petitesse de notre esprit doit ployer sous la grandeur de ses jugements : Car il n'appartient qu'à Dieu même de sonder la profondeur de ses conseils sur les enfants des hommes. Il faut que nous en admirions les effets et révérions les causes ! Toutefois qui voudra examiner cet effet plus particulièrement, le trouvera conforme à sa Justice, Quae armavit omnem creaturam in ultionem inimicorum (Sapient. 5), et par conséquent celle-ci qui est la première de toutes selon Job qui appelle Satan sous le nom de Behemot, principium viaru Dei (Chap. 40, ainsi l'expliquent S. Grégoire et S. Jérôme). Conforme à sa Grandeur qui a voulu qu'un effet visible de sa Justice paraisse dès maintenant au monde, ainsi comme il y a des effets visible de ses autres perfections. Conforme à sa Bonté, qui a daigné préparer une troisième école, spécialement pour les âmes rebelles, lesquelles n'ayant pas profité en l'école de la nature ni en celle de Jésus-Christ, et n'y ayant point appris à croire en Dieu (comme les Athées) ni à craindre ses jugements (comme les Libertins) ont moyen de l'apprendre en cette école du Diable, avant d'éprouver sous sa géhenne la présence d'un Dieu et la rigueur de ses jugements. École véritablement non de la nature ni de la foi, mais de l'expérience en laquelle nous sommes confirmés en tout ce que la nature enseigne, et en tout ce que la foi représente. Car ici l'Athée, qui fait monter le comble de ses péchés jusqu'à ne point reconnaître celui lequel il ne peut ignorer, est convaincu par ses sens, témoins seuls restant hors de reproche à son incrédulité ; Qu'il y a une essence divine ! Et l'homme qui n'ayant point soin de Dieu, ne croit pas que Dieu ait soin de l'homme, VOIT ICI une particulière providence à garantir une pauvre créature de la fureur d'un ennemi, sur lequel rien d'humain, rien de naturel n'a pouvoir. Ici le Catéchumène est disposé à recevoir le joug de la foi en Jésus-Christ, EN VOYANT les diables tellement domptés en son nom. Ses sens sont facilités à ne trouver pas si étrange l'union du verbe avec l'humanité, quand il voit, s'il faut dire ainsi, UN DÉMON incarné en sa présence ! Et le fidèle est induit à ne point dédaigner LA VOIX de l'Église, puisque Satan même ne la peut mépriser. Ici le Libertin voit UN ÉCLAT de ce tonnerre qui le brisera quelque jour ; qui dès longtemps a foudroyé cet Ange pour un seul acte déréglé ; et qui en sa présence frappe si rudement un homme et un pécheur comme lui ! Et le Curieux qui affecte à converser avec les démons en terre, assiste à un spectacle qui lui découvre au vrai QUEL sera le dernier et éternel comportement de Satan avec l'homme. Ce que le malin esprit cache et déguise en toutes ses autres actions hormis en celle-ci, en laquelle l'horreur de la rencontre de Satan avec l'homme en Enfer est portrait plus qu'au vif, non en l'ombrage, mais en la réalité des mêmes personnes qui y concurrent, l'homme et le diable, et des mêmes tourments qui y sont endurés. Portrait si accompli que rien n'y manque, non pas même la parole ; Car l'Ange y témoigne par la voix du possédé comme par un organe emprunté, l'excès de son tourment et la rigueur du jugement de Dieu sur le péché. Même celui que l'esprit de Dieu possède profite en ce spectacle. Car il voit un modèle sur lequel il apprend à se laisser plus entièrement et absolument posséder à son Dieu, à ce qu'il vive et opère plus en lui que lui-même ; Ainsi que l'âme de l'Énergumène ne vit et n'opère pas tant en son corps que Satan qui le possède.
ENSEIGNEMENTS très-hauts, utiles à tous, nécessaires à plusieurs quant à leur substance ; et singuliers quant à la manière avec laquelle ils sont proposés. Car ils sont imprimés dans les sens dans lesquels est le siège de l'infidélité qui moleste perpétuellement l'âme, et quelquefois l'emporte durant l'obscurité de la foi, laquelle est rendue aucunement visible et sensible par cet accident.


Extrait de Traité des Énergumènes par l'Illustrissime et Révérendissime Cardinal De Berulle, Instituteur et premier Supérieur Général de la Congrégation de l'Oratoire de Jésus.



Reportez-vous à Que cette sorte de Communication, en laquelle Satan s'incorpore dedans l'homme, est fréquente, même depuis le Mystère de l'incarnationDe la conduite qu'il faut tenir à l'égard des Énergumènes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, SCIENCE EXPÉRIMENTALE DES CHOSES DE L'AUTRE VIE, Acquise par le Père Jean-Joseph Surin, Exorciste des Religieuses Ursulines de Loudun, Des opérations malignes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (2/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (3/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (4/4), Réflexions sur la nature et les forces des Démons, et sur l'économie du Royaume des ténèbres, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Les possessions démoniaques sont rares uniquement pour ceux qui ne combattent pas le démon, De l'Amour du Père Surin pour tout ce que Notre-Seigneur a aimé, et premièrement de sa grande dévotion à la très-sainte Vierge, Du grand Amour du Père Surin pour les Saints Anges, dans l'union avec notre Seigneur Jésus-Christ, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Les Possédés d'Illfut : Les victimes, Les Possédés d'Illfurt : Satan et les fêtes, bals et danses, Les Possédés d'Illfut : Les victimes, Les possédés d'Illfurt : Perte du Ciel et peines de l'Enfer, Miracles de Sainte Hildegarde, Pouvoir de Saint François de Sales : Délivrance de Françoise Favre, possédée du Démon, Pouvoir de Saint François de Sales : Délivrance d'Antonie Durand, possédée du Démon, Exemple de la grande puissance de Frère Junipère contre les démons, et Des fruits merveilleux des Confessions générales au Laus ; délivrance de plusieurs possédés par l'intercession de la très-Sainte Vierge.