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vendredi 28 mai 2021

Prière pour demander au Saint-Esprit la victoire sur le respect humain



Esprit de Dieu qui m'avez aujourd'hui rendu parfait chrétien, demeurez en moi pour fortifier ma faiblesse contre toutes les attaques des ennemis de mon salut. Ne souffrez plus qu'il y ait rien dans mes pensées, mes désirs, mes paroles et mes actions, qui soit indigne de cette image parfaite de Jésus-Christ que vous venez de graver dans mon âme. Hélas ! si vous ne daignez me secourir, ce caractère sacré sera bientôt profané. Le démon avec ses artifices, le monde avec ses moqueries, mon propre cœur avec ses passions, tout va s'unir pour détruire en moi votre saint amour. Mais, ô Esprit saint, en voyant les dangers qui me menaçaient, vous m'avez fait soldat de Jésus-Christ. Détruisez donc en moi toute autre crainte que celle de vous offenser et de vous déplaire.
Le grand nombre vous oublie, Seigneur, et court à sa perte ; vos enfants sont le petit nombre ; c'est à eux que je veux me joindre malgré toutes les railleries et les persécutions de l'impiété. Je serais bien lâche et bien ingrat si je rougissais de vous appartenir ; vous êtes seul mon maître, mon roi, mon bienfaiteur et mon père. Le monde ne peut rien pour mon bonheur ni pour mon malheur ; vous serez le seul juge de mes actions pour les punir ou les récompenser. C'est donc à vous que je m'attache pour toujours, à vous qui serez mon partage dans l'éternité. Ainsi soit-il.


Reportez-vous à Promesse d'observer plus fidèlement à l'avenir les maximes de l'Évangile, Prière pour demander les douze fruits du Saint-Esprit, Prière pour demander la grâce de devenir parfait chrétien, Prière pour demander au Saint-Esprit l'abondance de ses grâces, Quelles résolutions prendre au jour de la Pentecôte ?, La Pentecôte : Quel est l'événement dont l'Église célèbre la mémoire en ce jour ?, Méditation pour le Samedi d'après la Pentecôte : Jésus sortant de la synagogue entra dans la maison de Simon, Méditation pour le Vendredi d'après la Pentecôte : Jésus prêchant dans la synagogue, voilà que des hommes apportent un paralytique dans son lit, Méditation pour le Jeudi d'après la Pentecôte : Jésus ayant assemblé ses douze Apôtres, leur donna une puissance et un empire sur tous les démons, Méditation pour le Mercredi d'après la Pentecôte : Quiconque écoute mon Père et se rend docile pour apprendre ce qu'il lui enseigne, vient à moi, Méditation pour le Mardi d'après la Pentecôte : Je suis la porte ; celui qui entrera par moi sera sauvé, Méditation pour le Lundi d'après la Pentecôte : La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, Méditation pour le Dimanche de la Pentecôte : Le Saint-Esprit que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera, Instruction sur le Saint-Esprit, Mission du Saint-Esprit, Instruction sur la Fête de la Pentecôte, Méditation sur la Fête de la Pentecôte : ils furent tous remplis du Saint-Esprit, Méditation pour la veille de la Pentecôte, Veille de la Pentecôte : Je prierai mon Père, et il vous donnera, pour demeurer éternellement avec vous, un autre consolateur, qui est l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, Méditation pour le Jour de la Pentecôte, Preuves directes de la divinité du Saint-Esprit : noms, attributs et œuvres, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte Trinité, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit, Le Saint-Esprit dans l'Ancien Testament, promis et figuré, Le Saint-Esprit prédit, Le Saint-Esprit dans le Nouveau Testament, première création : La Sainte Vierge Marie, Seconde création du Saint-Esprit : Notre Seigneur Jésus-Christ, Troisième création du Saint-Esprit : l’Église, Méditation pour le Dimanche de la Sainte Trinité, Neuvaine préparatoire à la Fête de la Pentecôte : Prière pour demander les sept Dons du Saint-Esprit, Méditation pour le Mercredi après la Pentecôte, Méditation pour le Mardi après la Pentecôte, Méditation pour le Lundi de Pentecôte, XIe Dimanche après la Pentecôte : Réflexions pratiques, Accueillir le Saint Esprit de Dieu, Litanie du Saint-Esprit, Méditation pour la Fête de l'Ascension, Instruction sur la Fête de l'Ascension, Méditation pour le Jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, Le Seigneur Jésus fut élevé dans le ciel, et il est maintenant assis à la droite de Dieu, Les Apôtres et les Disciples ayant adoré Jésus-Christ, s'en retournèrent remplis de joie à Jérusalem, Quand le Consolateur que je vous enverrai de la part de mon Père, l'Esprit de vérité qui procède de mon Père, sera venu, il rendra témoignage de moi, Et vous aussi, qui avez été dès le commencement en ma compagnie, vous rendrez témoignage de moi, Je vous ai dit toutes ces choses, afin que vous ne vous scandalisiez point, Un temps viendra où quiconque vous fera mourir, pensera faire un sacrifice à Dieu, Ils vous traiteront de la sorte, parce qu'ils ne connaîtront ni mon Père ni moi, Je vous ai dit ces choses, afin que lorsqu'elles arriveront, vous vous souveniez que je vous les ai prédites, Actes avant la Confirmation : Prière au Saint-Esprit et Acte de demande, Méditation que les enfants peuvent faire avant de recevoir le sacrement de la Confirmation au Jour de la Pentecôte et Prière pour demander ou pour renouveler en soi la grâce du sacrement de Confirmation.












samedi 22 août 2020

Vérités fondamentales touchant la vie intérieure

 



Première vérité

Dieu n'a donné à l'homme la liberté qu'afin qu'il la lui consacre, et le meilleur usage que l'homme puisse en faire, est de la remettre entre les mains de Dieu, de renoncer à se gouverner soi-même, et de laisser Dieu disposer de toutes choses, parce que, dans les desseins de Dieu, tout ce qui nous arrive par l'arrangement de sa providence, a pour objet notre salut éternel. Saint Paul l'a dit : Tout tourne au bien de ceux qui aiment Dieu. Si je me gouverne moi-même en quoi que ce soit, premièrement, il est fort à craindre que je ne me gouverne mal ; secondement, je réponds des suites, et si elles sont mauvaises, je ne suis pas assuré de pouvoir y remédier. Si, au contraire, je me laisse gouverner par Dieu, je ne réponds plus de rien ; Dieu se charge de tout ; je suis assuré que je serai bien conduit, et qu'il ne m'en arrivera rien qui ne soit pour mon plus grand bien, car Dieu m'aime infiniment plus que je ne m'aime. Dieu est infiniment plus sage et plus éclairé que je ne le suis, et si je laisse Dieu maître absolu de moi, il est absolument impossible que rien empêche l'exécution de ses desseins de bonté et de miséricorde sur moi. Cette première vérité est de toute évidence.


Seconde vérité

La seconde vérité n'est pas moins certaine par expérience, savoir : que la source de la paix de l'homme est dans le don qu'il fait de soi-même à Dieu, et que si ce don est plein et entier, généreux, irrévocable, la paix dont il jouira sera imperturbable et s'augmentera, s'affermira d'un jour à l'autre, même par les événements les plus propres en apparence à l'altérer. L'unique bonheur de la vie, le seul que nous puissions nous procurer par le bon usage de notre liberté, est la paix du cœur. Il n'y en a point de paix pour les impies, dit Dieu dans l'Écriture. Celle des personnes dévotes qui ne sont pas pleinement abandonnées à Dieu, est bien faible, bien chancelante, bien troublée, soit par le scrupule de la conscience, soit par la terreur des jugements de Dieu, soit par les divers accidents de la vie ; quand est-ce donc qu'une paix intime, solide, inaltérable, prend racine dans une âme ? Du moment qu'elle se donne tout à fait à Dieu, elle entre dès cet instant dans un repos qui n'est autre que le repos de Dieu même, sur lequel elle s'appuie. Nous participons nécessairement à la nature des objets auxquels nous nous attachons. Si je m'unis à des choses qui sont dans un mouvement continuel, j'éprouve la même agitation ; si je m'attache à Dieu, qui seul est immuable, je participe à son immuabilité, et rien ne peut m'ébranler, tant que je ne m'en sépare pas.


Troisième vérité

Nous ne sommes capables par nous-mêmes, ni de grandes, ni de petites choses ; mais nous devons plutôt désirer les petites, laissant à Dieu, quand il le jugera à propos, de nous en faire faire des grandes.
Les petites choses se présentent tous les jours, à tous les instants ; les grandes s'offrent rarement. Les petites choses ne sont pas moins propres à nous sanctifier que les grandes, si même elles ne le sont davantage ; parce qu'elles nous entretiennent dans l'humilité et ne donnent point de prise à l'amour-propre. La fidélité aux petites choses, l'attention à plaire à Dieu jusque dans la moindre bagatelle, prouvent la délicatesse de l'amour. On peut faire les petites choses avec des dispositions si relevées, qu'elles soient plus agréables à Dieu que de grandes choses faite avec des dispositions moins parfaites. Jetons un coup d'œil sur le ménage de Nazareth, et nous en serons convaincus. Enfin, une chose est certaine par l'Écriture sainte, c'est que celui qui néglige et méprise les petites choses, sera aussi négligent dans les grandes. Aspirons donc à la pratique des petites choses, et de tout ce qui est propre à nourrir en nous l'esprit d'enfance et de simplicité.


Quatrième vérité

L'amour de Dieu n'a en nous qu'un seul ennemi, qui est l'amour-propre ; le démon n'est fort contre nous, et n'a de pouvoir sur nous que par l'amour-propre. Le respect humain, si redoutable pour tant d'âmes, est enfant de l'amour propre. Toute la conduite de Dieu dans les divers états de la vie spirituelle, a pour unique objet la destruction de l'amour-propre. Tous les obstacles que nous y rencontrons, toutes les peines intérieures que nous y éprouvons, ne viennent que de l'amour-propre. À mesure que l'amour-propre s'affaiblit, que nous renonçons à notre propre jugement, que notre volonté plie sous celle de Dieu qui est sa gloire et son plaisir, à mesure aussi les difficultés s'aplanissent, les combats cessent, les peines disparaissent, la paix et le calme s'établissent dans le cœur. L'amour-propre, d'abord plus grossier, devient plus spirituelle et plus délicat à proportion que nous avançons. Plus il est spirituel, plus il est profond et intime, plus il est difficile à déraciner, plus il nous en coûte de détresse et d'angoisse intérieures pour nous en délivrer.
Nous ne connaissons l'amour-propre qu'autant que la lumière divine nous le découvre, et Dieu ne nous le découvre que par degrés, à mesure qu'il le veut détruire ; ainsi l'amour-propre ne nous est connu que par les attaques que Dieu lui livre, et que nous lui livrons conjointement avec Dieu, et l'amour divin occupe successivement la place que quitte l'amour-propre, jusqu'à ce qu'enfin il l'ait chassé de l'intime de l'âme, et qu'il y règne seul sans concurrent. Quand une âme est à lui, elle est parfaitement purifiée ; elle peut encore souffrir, mais elle n'oppose plus de résistance, et elle jouit de la plus profonde paix dans la souffrance.
Suivons donc les divers états de la vie spirituelle. Voyons, en général, et sans aucun détail, comment Dieu poursuit l'amour-propre de place en place dans chacun de ces états.
L'amour-propre le plus grossier réside dans les sens, et s'attache aux choses sensibles. Dieu l'en chasse, en purifiant les sens par des douceurs et des consolations célestes, qui inspirent à l'âme du dégoût et du mépris pour tous les plaisirs de la terre.
L'amour-propre s'attache à ces consolations, à cette paix, à ce recueillement sensibles ; pour lui ôter cet appui, Dieu retire peu à peu le sensible en laissant à l'âme sa paix et sa tranquillité.
Ensuite, par diverses sortes d'épreuves, il trouble en apparence cette paix, sur laquelle l'amour-propre se rassurait. On commence à perdre terre, et à ne plus trouver de ressource en soi-même.
Aux épreuves qui viennent de Dieu, se joignent les tentations du démon. L'âme se trouve salie par des pensées contre la pureté, contre la foi, l'espérance et la charité ; alors elle ne compte plus sur sa force, sur sa vertu ; elle se croit souillée par le péché, et son guide a bien de la peine à lui persuader qu'elle ne consent pas aux suggestions du démon. Les tentations augmentent toujours, et la résistance, je ne dis pas réelle, mais sensible, en apparence, diminue toujours ; en sorte qu'à la fin l'âme s'imagine qu'elle y consent ; elle se voit couverte de péchés, et, pour cette raison, se croit rejetée de Dieu en réprouvée ; c'est ici que l'amour propre se désole, et qu'il a peine à servir Dieu pour lui-même sans aucune consolation.
Cet état dure jusqu'à ce que l'âme apprenne à ne plus se regarder elle-même. Alors, l'amour propre est banni du fond de l'âme.
Et lorsque l'âme est ainsi morte à elle-même, Dieu lui communique une nouvelle vie, qui tient plus du ciel que de la terre, et où elle possède Dieu avec une ferme confiance, je dirais presque assurance de ne le perdre jamais. Elle se sent intimement unie à lui dans son fond, dans ses facultés ; le corps même entre à sa manière en participation de cette union. Elle aime, elle est aimée ; plus de crainte, plus de trouble, plus de tentations ; les souffrances, si elle en éprouve encore, sont les aliments de son amour. Elle attend la mort en paix, et meurt dans l'acte d'amour le plus pur.


Cinquième vérité

Dans toute la suite de la sanctification d'une âme, l'action de Dieu va toujours en augmentant, celle de l'âme va toujours en diminuant ; en sorte que tout son soin est de réprimer sa propre activité, afin de ne mettre plus aucun obstacle à l'opération divine. L'âme devient donc toujours de plus en plus passive, et Dieu exerce toujours de plus en plus son domaine sur elle, jusqu'à ce que la volonté de la créature soit tout à fait transformée dans la volonté de Dieu.
Le grand point donc, lorsqu'on s'est une fois donné parfaitement, est de se laisser dépouiller de tout. Car Dieu prend tout ce qu'on lui donne, ne laissant pas même à l'âme son être propre ; j'entends son être moral, et l'amour intime d'elle-même ; mais Dieu ne prend tout que pour rendre tout, dans un état d'excellence et de perfection qui est au-dessus de tout ce qu'on peut dire et penser.


Sixième vérité

Expliquons, par une comparaison, tout ce qui se passe à l'égard de l'âme dans la voie intérieure. Un fils, poussé par son bon naturel, proteste à son père qu'il l'aime de tout son cœur, sans aucune vue d'intérêt. Le père témoigne d'abord par des caresses combien il est sensible à cet amour de son fils. Ensuite, pour éprouver la vérité de ses sentiments, il retire ses caresses, il le rebute peu à peu, il paraît dédaigner ses services, il n'a d'attention que pour ses autres enfants, et paraît négliger celui-là ; il exige tout de lui avec la dernière rigueur, et le punit sévèrement des moindres fautes. Non seulement il ne lui donne rien, mais il le dépouille de tout, et le laisse, pour ainsi dire, dans une entière nudité ; il fait naître les occasions de lui demander les plus grands sacrifices ; il va enfin jusqu'à lui laisser croire qu'il ne lui donnera aucune part à son héritage. Cependant il persévère jusqu'à la fin à donner à son père tous les témoignages d'amour qui sont en son pouvoir ; il ne s'épargne rien ; il ne se recherche en rien ; il n'envisage en tout que le bon plaisir de son père. Rebuté, dépouillé, maltraité, il aime son père avec une force, une générosité, un désintéressement à toute épreuve.
Que ne fera pas ce père pour un fils qui l'a tant aimé ? Ne lui donnera-t-il pas pendant sa vie et après sa mort tout ce qu'il peut lui donner sans faire de préjudice aux autres ?
L'amour qui compte, qui calcule, qui regarde à ses intérêts, qui ne veut aller, en un mot, que jusqu'à un certain point, n'est point le parfait amour ; pour être vraiment digne de Dieu, il faut qu'il ne connaisse point de mesure, qu'il s'élève au-dessus de la raison et de la prudence humaine, qu'il aille jusqu'à la folie et la folie de la croix. C'est ainsi que Jésus-Christ a aimé son Père, et qu'il nous a aimés.
Nous gagnerons dans l'éternité tout ce que nous aurons perdu pour Dieu dans le temps ; nous perdrons dans l'éternité tout ce que nous lui aurons refusé dans le temps.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à De la lumière divineDe la paix de l'âme, De la vie de l'âme, Du repos en Dieu, Sur l'Amour de Dieu, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.















 

dimanche 16 août 2020

Sur l'Amour de Dieu

Il est étrange qu'il faille exciter l'homme à aimer Dieu, qui est sont principe et sa fin, et l'unique source de son bonheur, et que Dieu se soit cru obligé de lui en faire un précepte. L'amour que nous avons pour nous-mêmes n'est-il pas suffisant pour nous engager à l'amour de Dieu, et nous faut-il pour cela d'autre motif que celui de notre plus grand et même de notre unique intérêt ? Vous m'ordonnez de vous aimer, ô mon Dieu ! disait saint Augustin, comme si ce n'était pas pour moi le plus grand des malheurs de ne pas vous aimer ! Quoi qu'il en soit, Dieu en a fait un précepte ; et le premier, le plus grand de tous les préceptes, celui auquel se réduisent tous les autres. Il est conçu en ces termes : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre esprit, de tout votre cœur, de toute votre âme, et de toutes vos forces. Expliquons les paroles de ce commandement, et voyons à quelles marques nous pourrons connaître si nous les remplissons.
Vous aimerez d'un amour de raison, d'un amour de préférence, d'un amour autant au-dessus de tous les autres amours, que Dieu est au-dessus de tous les objets qui peuvent exciter l'amour de l'homme. Vous aimerez, non pour quelques instants, ni par intervalles, mais toujours et à tous les moments, depuis celui où votre raison a commencé à vous faire connaître Dieu, jusqu'au dernier soupir de votre vie. Cet amour sera la disposition actuelle et habituelle, fixe et permanente de votre cœur.
Vous aimerez d'un amour proportionné à l'état dans lequel Dieu avait créé le premier homme, et où il vous a mis par le Baptême, d'un amour infus par conséquent et surnaturel, et vous conserverez toujours précieusement la grâce sanctifiante à laquelle est attaché cet amour ; et si vous n'avez pas encore cette grâce, vous ferez tout ce qui dépend de vous pour l'obtenir ; et si vous l'avez perdue, vous ne négligerez rien pour la recouvrer au plus tôt. Dieu offre cette grâce à tous, et avec cette grâce son saint amour ; et quand l'homme est parvenu à l'âge de raison, c'est toujours sa faute s'il n'obtient pas l'un et l'autre tôt ou tard.
Vous aimerez le Seigneur votre Dieu. Les principaux motifs de l'amour de Dieu sont renfermés dans ces paroles. Il est Dieu ; l'être infiniment parfait, l'être infiniment aimable,  aimable en lui-même, par lui-même et pour lui-même, source de tout ce qu'il y a d'amabilité et de perfection dans les objets créés. Il mérite donc l'amour le plus pur, le plus désintéressé, le plus indépendant de tout autre amour. Il est votre Dieu. Vous avez avec lui tous les rapports qu'il est possible d'avoir. Il vous a tiré du néant ; il vous a fait tout ce que vous êtes ; il vous a donné tous les biens dont vous jouissez ; il vous les conserve, et vous conserve vous-même à chaque instant. Il a fait encore plus pour vous dans l'ordre de la grâce que dans celui de la nature ; sa révélation vous instruit de toute l'étendue de ses bienfaits ; méditez-les, et voyez ce que vous lui devez d'amour et de reconnaissance. Il vous en prépare de plus grands encore dans l'ordre de la gloire ; car il ne vous a créé, il ne vous a racheté, que pour vous rendre éternellement heureux par la possession de lui-même. L'amour éternel qu'il a eu pour vous l'a porté seul à vous faire, à vous promettre, à vous destiner de si grands biens ; et pour tout cela il vous demande uniquement que vous l'aimiez comme votre Créateur, votre Sauveur, votre Rémunérateur. Cela est-il juste ? Pouvez-vous vous refuser à ce devoir ? Il est encore le Seigneur, le souverain, l'unique Seigneur, le principe de tout, la fin de tout, le centre de tout. Rien n'est aimable que par lui et par rapport à lui ; vous ne pouvez sans rébellion lui refuser votre hommage, ni le partager avec aucun autre objet sans injustice. Son principal domaine, celui dont il est le plus jaloux, est votre cœur ; c'est par l'amour qu'il vent régner sur vous : il ne lui suffit point qu'on le craigne ; ce qu'il désire, ce qu'il commande par-dessus tout, est qu'on l'aime. Il exige de vous cet amour, sous peine du plus grand des malheurs, d'un malheur éternel, d'un malheur inévitable, auquel rien ne pourra vous soustraire. Tous les motifs de justice, de reconnaissance, d'espérance et de crainte se réunissent pour vous assujettir à cette loi d'amour.
Vous aimerez donc le Seigneur votre Dieu. Et comment ? De tout votre esprit, qui ne vous a été donné que pour le connaître. Vous l'aurez toujours présent à la pensée, en ce sens que vous bannirez de votre esprit toute pensée qui pourrait l'offenser, toute pensée qui pourrait vous dissiper, et vous attacher à tout autre objet, au préjudice de l'attachement que vous lui devez. Cette loi d'amour vous prescrit de vous instruire et de vous occuper des choses de Dieu, et de tout ce qui tend à son service, des devoirs de votre état, de mener, en un mot, une vie sérieuse, digne d'une créature faite uniquement pour Dieu.
Vous l'aimerez de tout votre cœur. Vos principales affections seront pour Dieu, et toutes vos autres affections se rapporteront à lui. Vous y renoncerez, pour peu qu'elles tendent à vous en éloigner. Dieu aura tout votre cœur, et il ne le partagera avec personne ; parce qu'il l'a fait pour lui seul, et que vous ne l'aimeriez pas comme il mérite, si vous aimiez avec lui quelque chose que vous n'aimiez pas pour lui.
Vous l'aimerez de toute votre âme ; c'est-à-dire que vous serez toujours disposé à sacrifier tout pour lui : vos biens, votre honneur, votre vie ; et que vous consentirez à renoncer à tout, à tout souffrir, à tout perdre, plutôt que de transgresser le précepte de l'amour de Dieu. Il faut donc que l'amour vous élève au-dessus de tout plaisir des sens, au-dessus de tout respect humain, au-dessus de toute crainte humaine, au-dessus de toutes les promesses et de toutes les menaces, au-dessus de tous les avantages que le monde pourrait vous offrir, ou dont il peut vous priver. Il faut que vous soyez constamment persuadé, dans la pratique, que c'est tout gagner que de tout perdre pour Dieu.
Enfin, vous l'aimerez de toutes vos forces ; c'est-à-dire, vous ne mettrez aucunes bornes à cet amour, parce que la mesure de l'amour de Dieu est de l'aimer sans mesure. Vous vous appliquerez continuellement à l'augmenter ; toutes vos intentions, toutes vos actions tendront à ce but ; et vous en ferez surtout l'objet de vos prières et de vos pratiques de piété. Oh ! que cette intention est noble, qu'elle est digne de Dieu et de l'homme, de faire oraison, de fréquenter les sacrements, d'exercer les œuvres de charité, de souffrir toutes les peines de cette vie uniquement dans la vue d'accroître en nous le saint amour ! que c'est bien là aimer Dieu de toutes ses forces !
Mais à quelles marques peut-on connaître si on l'aime ainsi ? Car voilà ce qui tourmente beaucoup de bonnes âmes, et sur quoi on a de la peine à les rassurer. Sur cela j'ai à leur dire : 1° que la crainte de ne pas aimer assez Dieu, que l'inquiétude où l'on est à ce sujet, que le désir de l'aimer davantage, sont des preuves non équivoques que notre cœur est tout à lui. J'ajoute néanmoins qu'il y a de l'amour propre dans ce que cette crainte et cette inquiétude ont d'excessif ; qu'il faut s'en rapporter là-dessus aux décisions d'un sage confesseur, et ne point troubler sa paix en s'examinant là-dessus avec anxiété.
2° Que ce n'est point par le sentiment de l'amour qu'il faut juger de sa réalité, mais par les effets qu'il produit. Les goûts et les affections sensibles ne dépendent pas de nous : Dieu les donne et les retire quand il lui plaît. Ces goûts sont trompeurs ; ils peuvent quelquefois venir de l'imagination, d'une complexion tendre, d'efforts indiscrets ; il est dangereux de s'y attacher : et le démon nous en procure quelquefois pour nous séduire. Dans cette attache à la dévotion sensible, c'est moins Dieu qu'on aime, que soi-même. C'est donc par les effets qu'il faut juger de la réalité de l'amour : si l'on est courageux à tout entreprendre pour Dieu, à tout souffrir pour Dieu ; si l'on compte pour rien sa propre consolation dans le service de Dieu ; si l'on ne se recherche en rien soi-même ; si l'on persévère au milieu des tentations, des dégoûts, de l'ennui, de l'abandon : car ce sont là les véritables épreuves de l'amour.
3° A mesure qu'on avance dans la vie intérieure, on réfléchit moins sur son amour et sur ses dispositions à l'égard de Dieu ; l'on s'abandonne à lui sur ce point comme sur tous les autres ; on l'aime sans penser et sans savoir qu'on l'aime ; et c'est alors qu'on l'aime avec plus de pureté. On n'est plus exposé à aucun regard de vaine complaisance sur soi ; l'âme se porte tout entière vers Dieu, et ne se retourne jamais sur elle-même. L'amour est sa vie, et sa vie est en Dieu. Elle est tout abîmée, toute perdue en lui ; et si elle était capable d'une réflexion pour se dire seulement qu'elle aime, elle sortirait de son état, et s'exposerait à déchoir.
4° En général, ce n'est point par les réflexions, ni par les retours fréquents sur soi-même, que l'amour s'acquiert et se conserve ; mais par la vue directe de Dieu, par une intention pure, par un renoncement continuel à toute vue propre, par une fidélité constante à suivre les mouvements de la grâce, et à n'écouter en rien notre propre esprit. L'amour a sa source en Dieu ; c'est lui qui le met en notre cœur ; lui seul lui donne l'accroissement, lui seul en connaît la nature et la perfection. Laissons-le faire : celui qui nous en donne le commencement nous en donnera le progrès ; pourvu que nous nous tenions constamment unis à lui, et que nous nous laissions conduire à son esprit. Jésus-Christ a dit : Je suis venu apporter le feu sur la terre ; et que veux je, sinon qu'il s'allume ? Présentons-lui nos cœurs, afin qu'il y mette ce feu divin ; une fois allumé, il ne s'éteindra jamais de lui-même ; sa flamme consumera tout ce qu'il y a de terrestre, d'impur dans notre âme ; il la consumera elle-même avec sa propriété, et la transformera en lui. Ainsi soit-il.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à Du repos en DieuDe l'amour purMoyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.













 

vendredi 19 juin 2020

Prière au Sacré-Cœur de Jésus




Prosternés devant vous, nous nous consacrons tout entier à votre divin cœur. Nous déclarons vous appartenir sans réserve, comme à notre Maître, notre Roi et notre Dieu. À vous, ô Cœur de Jésus, nos corps et nos âmes, nos intelligences et nos volontés ; à vous, nos talents et nos biens, et s'il le faut notre sang et notre vie. Nous voulons conformer notre conduite, en tout et partout, aux enseignements de votre Église, croire ce qu'elle croit, réprouver ce qu'elle réprouve. Nous vous promettons, avec le secours de votre grâce, de ne jamais courber nos fronts de baptisés sous le respect humain, de ne reculer devant aucun sacrifice. Cœur sacré de Jésus, nous sommes à vous.


Reportez-vous également à Sur l'institution de la fête du Sacré-Cœur : Quelle fête célébrons-nous en ce jour ?, Prière fondée sur les Promesses faites par Notre-Seigneur Jésus-Christ à Sainte Marguerite-Marie, Dévotion au Cœur Sacré de Jésus : Actes de communion spirituelle, Neuvaine de confiance au Sacré-Cœur, La dévotion au Cœur sacré de Jésus : Réparation, immolation, pénitence, confiance et pur amour, Amende honorable à Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement, Amende honorable au Sacré-Cœur de Jésus, La dévotion au Sacré-Cœur, remède spécial aux maux qui désolent l'Église dans ces derniers temps, Méditation sur la Fête du Sacré Cœur de Jésus-Christ : Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit et le Cœur de son Fils, Instruction sur la Fête du Sacré Cœur de Jésus-Christ, Petite consécration au Sacré-Cœur de Jésus, Neuvaine au Sacré-Cœur, Miserentissimus Redemptor du Pape Pie XI sur notre devoir de réparation envers le Sacré-Cœur de Jésus, Acte de consécration du genre humain et de réparation au Sacré-cœur, Litanie de Sainte Marguerite Marie Alacoque, Litanie du Sacré-Coeur de Jésus, Sœur Benigna, petite secrétaire de l'amour de Dieu (1/9), Dévotion au Sacré-cœur de Jésus : Don de l'Esprit et Vie intérieure, et Amende honorable au Sacré-Cœur de Jésus.














jeudi 11 juin 2020

De la vraie et solide dévotion




Le mot dévotion, qui est latin, répond à celui de dévouement. Une personne dévote est donc une personne dévouée à Dieu. Il n'y a point d'expression plus forte que celle de dévouement, pour marquer la disposition où est l'âme de tout faire et de tout souffrir pour celui auquel elle est dévouée.
Le dévouement aux créatures (j'entends celui qui est légitime et autorisé de Dieu) a nécessairement des bornes. Le dévouement à Dieu n'en a point et n'en peut avoir. Dès qu'on y met la moindre réserve, la moindre exception, ce n'est plus un dévouement.
La vraie et solide dévotion est donc cette disposition du cœur par laquelle on est prêt à faire et à souffrir, sans exception ni réserve, tout ce qui est du bon plaisir de Dieu. Cette disposition est le don le plus excellent du Saint-Esprit. On ne saurait la demander trop souvent et avec trop d'ardeur ; et l'on ne doit jamais se flatter de l'avoir dans toute sa perfection, puisqu'elle peut toujours croître, soit dans elle-même, soit dans ses effets.
On voit, par cette définition, que la dévotion est quelque chose d'intérieur et même d'intime, puisqu'elle affecte le fond de l'âme, et ce qu'il y a en elle de plus spirituels, savoir : l'intelligence et la volonté. La dévotion ne consiste donc, ni dans le raisonnement, ni dans l'imagination, ni dans le sensible. On n'est pas dévot précisément parce que l'on est en état de bien raisonner sur les choses de Dieu, ni parce qu'on a de grandes idées, de belles images des objets spirituels, ni parce qu'on est quelquefois attendri jusqu'à verser des larmes.
On voit encore que la dévotion n'est pas quelque chose de passager, mais d'habituel, de fixe, de permanent ; qui s'étend à tous les instants de la vie, et qui doit régler toute la conduite, Le principe de la dévotion est que Dieu étant l'unique source et l'unique auteur de la sainteté, la créature raisonnable doit dépendre de lui en tout, et se laisser absolument gouverner par l'esprit de Dieu. Il faut qu'elle soit toujours attachée à Dieu par son fond, toujours attentive à l'écouter au dedans d'elle même, toujours fidèle à accomplir ce qu'il demande d'elle à chaque moment.
Il est donc impossible d'être vraiment dévot, à moins que d'être intérieur, adonné au recueillement, accoutumé à rentrer en soi-même, ou plutôt à n'en jamais sortir, à posséder son âme en paix.
Quiconque se livre aux sens, à l'imagination, aux passions, je ne dis pas dans les choses criminelles, mais dans celles qui ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, ne sera jamais dévot ; car le premier effet de la dévotion est de captiver les sens, l'imagination et les passions, et de ne jamais y laisser entraîner sa volonté.
Quiconque est curieux, empressé, aimant à se répandre au-dehors, à se mêler des affaires d'autrui, ne peut habiter avec soi-même ; quiconque est critique, médisant, railleur, emporté, méprisant, hautain, délicat sur tout ce qui touche l'amour-propre ; quiconque est attaché à son sens, entêté, opiniâtre, ou asservi au respect humain, à l'opinion publique, et par conséquent faible, inconstant, changeant dans ses principes et dans sa conduite, ne sera jamais dévot dans le sens que j'ai expliqué.
Le vrai dévot est un homme d'oraison, qui fait ses délices de s'entretenir avec Dieu, qui ne perd jamais, ou presque jamais sa présence ; non qu'il pense toujours à Dieu, cela est impossible ici-bas, mais parce qu'il lui est toujours uni de cœur, et qu'il est conduit en tout par son esprit.
Pour faire oraison, il n'a besoin ni de livre, ni de méthode, ni d'efforts de tête, ni même d'efforts de volonté. Il n'a qu'à rentrer doucement en lui-même ; il y trouve Dieu, il y trouve la paix, quelquefois savoureuse, quelquefois sèche, mais toujours intime et réelle.
Il préfère l'oraison où il donne beaucoup à Dieu, l'oraison où il souffre, l'oraison où l'amour propre est miné peu à peu et ne trouve aucune pâture ; en un mot, l'oraison simple, nue, vide d'images, de sentiments aperçus, et de tout ce que l'âme peut remarquer ou sentir en toute autre espèce d'oraison.
Le vrai dévot ne se recherche en rien dans le service de Dieu, et il s'attache à pratiquer cette maxime de l'Imitation : Partout où vous vous trouverez, renoncez-vous.
Le vrai dévot s'étudie à remplir parfaitement tous les devoirs de son état, et toutes les véritables bienséances de la société. Il est fidèle à ses exercices de dévotion, mais il n'en est point l'esclave ; il les interrompt, il les suspend, il les quitte même pour un temps, lorsque quelque raison de nécessité ou de simple convenance l'exige. Pourvu qu'il ne fasse pas sa volonté, il est toujours assuré de faire celle de Dieu.
Le vrai dévot ne court point au-devant des bonnes œuvres, mais il attend que l'occasion s'en présente. Il fait ce qui dépend de lui pour la réussite ; mais il en abandonne le succès à Dieu. Il préfère les bonnes œuvres obscures à celles qui ont de l'éclat ; mais il ne fuit pas celles-ci lorsque la gloire de Dieu et l'édification du prochain y sont intéressées.
L'homme dévot ne s'accable point de prières vocales et de pratiques, qui ne lui laissent pas le temps de respirer. Il conserve toujours la liberté d'esprit. Il n'est ni scrupuleux, ni inquiet sur lui-même ; il marche avec simplicité et confiance.
Il est déterminé à ne rien refuser à Dieu, à ne rien accorder à l'amour-propre, à ne faire aucune faute volontaire ; mais il ne se chicane point, il procède avec rondeur, il n'est point minutieux ; s'il tombe en quelque faute, il ne se trouble point, il s'en humilie, se relève, et n'y pense plus.
Il ne s'étonne point de ses faiblesses, de ses imperfections, il ne se décourage jamais. Il sait qu'il ne peut rien, mais que Dieu peut tout. Il ne compte pas sur ses bons propos et ses résolutions, mais sur la grâce et sur la bonté de Dieu. Quand il tomberait cent fois le jour, il ne se désolerait pas, mais il tendrait amoureusement les mains à Dieu, le priant de le relever et d'avoir pitié de lui.
Le vrai dévot a horreur du mal, mais il a encore plus d'amour du bien. Il pense plus à pratiquer la vertu qu'à éviter le vice. Il est généreux, magnanime ; et, lorsqu'il s'agit de s'exposer pour son Dieu, il ne craint pas les blessures. Il aime mieux, en un mot, faire le bien au risque d'y commettre quelque imperfection, que de l'omettre pour éviter le danger de pécher.
Rien n'est plus aimable dans le commerce de la vie qu'un vrai dévot. Il est simple, droit, ouvert, sans prétention, doux, prévenant, solide et vrai ; sa conversation est gaie, intéressante ; il sait se prêter aux amusements honnêtes, et il pousse la condescendance aussi loin qu'elle peut aller, au péché près.
Qu'on dise ce qu'on voudra, la vraie dévotion n'est point triste ni pour elle-même, ni pour les autres. Comment celui qui jouit continuellement du vrai bien, du seul bien de l'homme, serait-il triste ? Ce sont les passions qui sont tristes, l'avarice, l'ambition, l'amour. Et c'est pour faire diversion aux chagrins dont elles rongent le cœur, qu'on se jette avec fureur dans des plaisirs tumultueux, qu'on varie sans cesse, et qui épuisent l'âme sans jamais la contenter.
Quiconque prendra comme il faut le service de Dieu, éprouvera la vérité de cette sentence : que, servir Dieu, c'est régner, fût-on dans la pauvreté, dans l'ignominie, dans les souffrances. Tous ceux qui cherchent ici-bas leur bonheur hors de Dieu, tous, sans exception, vérifient cette parole de saint Augustin : Le cœur de l'homme, uniquement fait pour Dieu, est toujours agité jusqu'à ce qu'il se repose en Dieu.

(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à On satisfait à la plainte de ceux qui éprouvent des sécheresses dans l'oraison, Idée de la vraie VertuDu Recueillement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Sur la vaine curiosité, De la Réparation de l'Intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du vrai Progrès, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Grâce, Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques points de ferveur essentiels à une âme qui veut arriver à la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Prière, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Ordre de la vie spirituelle pour les Directeurs, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des maladies de l'âme, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.















lundi 13 avril 2020

Méditation : Réflexions sur quelques circonstances de la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ




De la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ



Réflexions sur quelques circonstances de la Résurrection

de Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST



Considérez que la Résurrection du Sauveur n’est pas seulement le fondement de notre foi, et de nos espérances, mais qu’elle est encore le modèle de la Résurrection spirituelle de l’âme, et l’image d’une parfaite conversion.
Quelque rude, quelque rebutant que soit le chemin par où Jésus-Christ a marché, le terme où ce chemin l'a conduit, le dédommage pleinement de toutes ses peines.
Repassez sur tout ce que Jésus-Christ avait souffert pendant sa vie mortelle, et dans sa Passion, en quel état pitoyable la mort avait réduit son Corps, et voyez quel changement sa Résurrection y apporte.
Considérez comme celui qui avait été humilié, et couvert d’opprobres, est environné de gloire, déclaré Roi des Nations, et Seigneur de tout l'Univers. Il ne reste plus de ses plaies que de brillantes cicatrices qu’il conserve, pour ranimer nos espérances, et notre foi, pour confondre ses ennemis, et pour servir comme de monuments de sa victoire. Pour un peuple qui a refusé de le reconnaître, pour un Apôtre qui l'a trahi, que de Nations soumises à ses lois ! que de millions de Martyrs qui l’ont confessé en présence des Tyrans, malgré leurs menaces, et les supplices ! Pour une Croix, que d’Autels élevés à son honneur, et sur combien d'Autels cette Croix ! Ce n’est que par la voie des souffrances, et des humiliations que Jésus-Christ est arrivé à cette gloire ; ne sommes-nous pas bien à plaindre, si nous nous flattons de pouvoir y arriver par d’autres voies ?
Jésus-Christ ressuscité a le même Corps qu’il avait auparavant ; mais ce Corps glorieux a des qualités bien différentes.
L'impassibilité met Jésus-Christ hors d'état de souffrir ; quand est-ce que nous expérimenterons cette inaltérable tranquillité d’esprit, cette paix admirable du cœur, cette bienheureuse insensibilité à tous les accidents de la vie : c'est le fruit nécessaire d’une véritable Résurrection.
L'agilité, la clarté, et la subtilité sont les qualités propres du Corps de Jésus-Christ après sa Résurrection ; il n’est plus sujet à la mort. Quand est-ce, ô mon Dieu, que ma Résurrection aura les mêmes Privilèges ? Cependant, si elle est véritable, elle doit avoir de semblables effets.
Expérimentons-nous cette facilité, cette promptitude, et cette ferveur avec laquelle une âme, qui vit d’une vie nouvelle, se porte à exécuter les ordres de Dieu, et à tout ce qu’elle croit pouvoir lui plaire ?
Cette abondance de lumière surnaturelle ; qui éclaire l’entendement, est le fruit de l’Esprit Saint, dont on est animé : notre Résurrection a-t-elle été accompagnée de ces dons ?
Sentons-nous ce dégagement merveilleux qu’opère la vie nouvelle dans l’âme, en l’élevant au-dessus des biens créés, et en la rendant peu susceptible des impressions que font d’ordinaire sur les sens les objets sensibles.
Enfin, les passions sont-elles éteintes, ou moins vives ? Ne goûte-t-on plus que les maximes de Jésus-Christ ? Le cœur n’est il plus occupé que de Dieu ? S’est-on prémuni contre les rechutes ? Tout cela suit nécessairement d’une Résurrection spirituelle : mais fut-il jamais résurrection sans une mort qui précède ; et qui vit encore d’une vie mondaine, peut-il se flatter des fruits de la Résurrection ?
Qu’une âme qui vit d’une vie surnaturelle est ardente au service de Dieu !
Voyez l'empressement de ces saintes Femmes à rendre les derniers honneurs à leur bon Maître ? mais remarquez que ce ne sont que celles qui l’avaient suivi jusques sur le Calvaire, et dont la fidélité avait été à l’épreuve des ignominies de sa Croix.
Que l’amour de Dieu inspire de courage ! et qu’il importe d’être fidèle dans les adversités ! mon Dieu, que vous êtes libéral, que vous êtes prompt à récompenser ceux qui vous aiment avec tendresse ! que notre lâcheté à vous suivre nous nuit !
Saint Jean n’avait jamais abandonné son divin Maître aussi vint-il au Sépulcre le Premier. Qu’une âme pure marche vite ! Il n’y a que l’amour des créatures qui nous fatigue, qui nous appesantit, et qui nous arrête. On languit, on rampe toute sa vie dans la voie de la perfection, et faut-il s’étonner si l’on arrive toujours trop tard, si l’on sent tous les jours de nouvelles peines ?
On se plaint éternellement qu’on n'avance point ; et quels efforts bon Dieu, fait-on pour avancer ? quels sont nos empressements, quelles preuves de notre courage ?
Cent imaginaires difficultés nous arrêtent, mille vains fantômes nous découragent ; on veut, pour ainsi dire, qu'il y ait toujours quelque ennemi terrible à vaincre, quelque pesant fardeau à porter, quelque nouvel obstacle à surmonter : plusieurs n’osent même pas se mettre en chemin, crainte de revenir un jour sur leurs pas. Si ces saintes Femmes, si ces fervents Disciples n’eussent pas eu pour Jésus-Christ plus de fidélité, ni plus de courage que nous, en eussent-ils reçu tant de bienfaits ? Eussent-ils été les témoins de tant de merveilles ?
Voyez dans Magdeleine la vraie image d’une âme véritablement convertie, d’une âme généreuse, et fervente, d’un cœur embrasé de l’amour de Dieu.
Quelle sainte impatience ne lui inspire pas le désir de recevoir Jésus-Christ ! Délibère-t-elle longtemps si elle se mettra en chemin pour le chercher : Croit-elle comme la plupart des âmes lâches, qu’elle le trouvera toujours assez-tôt ? Il fallut toute l’autorité de la Loi pour tempérera son ardeur ; le respect qu’elle eut pour le jour du Sabba, suspendit ses empressements, et son zèle ; mais ce ne fut que pour faire croître l’ardeur de ses désirs.
Que l’amour de Dieu inspire d'empressements, et de vivacité à s’acquitter des devoirs de Religion, et qu’on craint peu les obstacles quand on aime beaucoup !
À peine le jour du Sabbat expire, qu’elle se met en chemin. Elle prévient le lever du Soleil ; son zèle lui sert de guide au travers des ténèbres de la nuit ; consulte-t-elle sa délicatesse ? Écoute-t-elle la timidité naturelle à son sexe, et cent fausses raisons qui se présentent à son esprit pour la dissuader de son dessein ?
Une piété moins solide, un amour de Dieu moins pur aurait été moins généreux, et se serait laissé persuader ; mais on défère peu aux sentiments humains quand on suit les attraits de la grâce. Dieu ne veut point de ces esprits incertains, et irrésolus, qui balancent toujours sur leur conversion. Dieu rejette ces âmes tièdes, ces cœurs timides, qui semblent ne compter que sur leurs propres forces ; ces demi-volontés, qui ne servent qu’à étourdir, et à nous amuser.
Mais peut-être que cette sainte Amante ne prévoyait pas les difficultés, et qu'elle ignorait les obstacles ? Nullement. À peine est-elle en chemin, qu'elle pense à qui pourrait lever la pierre qui couvrait le Sépulcre. Cet obstacle invincible devait faire revenir une jeune femme sur ses pas, un Corps de Garde, une pierre d’un poids énorme, le Sceau d’un Prince étaient de puissantes raisons de n’aller pas plus loin. Oui, à celui qui n’a qu’une foi chancelante, et un amour de Dieu faible, et languissant ; mais à celui qui aime Dieu sans réserve, qui ne cherche que Dieu, la confiance lui inspire un merveilleux courage, et lui tient lieu de tout.
Il est vrai que rien n’engage plus le Seigneur à faire des miracles qu’un amour généreux, et une vive foi. Magdelaine n’est point arrêtée, ni par la crainte de trouver des soldats, qui l’empêchassent d'approcher du Sépulcre, ni par l’impossibilité d’ôter elle seule une pierre que plusieurs hommes ensemble n’auraient pu rouler. Mais à peine s’est-elle déterminée à passer outre, que les soldats sont mis en fuite, et que le Sépulcre est ouvert. C'est ainsi qu’au service de Dieu les plus grands obstacles sont aplanis, les plus rebutantes difficultés disparaissent dés qu'on est résolu de les vaincre, dés que Dieu voit qu’on le cherche avec droiture, avec ardeur, avec courage, et de bonne foi.
Le Seigneur aussi ne tarde guère à se faire sentir à une âme fervente. Jésus-Christ se présente à Magdeleine sous la figure d’un jardinier. Dieu prend plaisir à se cacher : tant il aime à voir croître nos empressements, et notre zèle.
Seigneur lui dit-elle, si vous l’avez enlevé, de grâce enseignez-moi où vous l’avez mis, et je l'emporterai. Elle ne nomme pas même celui qu’elle cherche. Quand on a le cœur plein de quelque chose, on s’imagine que chacun pense à ce qui nous occupe.
Mais une femme seule ; faible, sans secours espère d’emporter un corps si pesant, et de l’emporter contre la défense du Gouverneur, et aux yeux de toute la Ville. L’amour de Dieu n’inspire pas seulement du courage, il donne encore de la force ; et comme ce n’est que sur la grâce qu’on compte, plus on est faible, et plus on est puissant. Dès qu’une âme ne cherche que Dieu, le respect humain tombe, on craint peu de déplaire aux hommes, quand on ne veut plaire qu’à Dieu.
Ô que la persévérance au service de Dieu est libéralement, et promptement récompensée ! Les empressements, le zèle, les désirs, et les larmes de cette sainte Amante obligent le Sauveur à la consoler ; elle le reconnait à la voix. Ô mon Dieu ! quels furent à cet heureux moment les transports d’amour, et les sentiments de respect et de reconnaissance de cette sainte Âme !
On n’expérimente rien de semblable, parce qu'on est lâche au service de Dieu, parce qu’on l'aime peu, parce qu’on ne saurait même assurer véritablement qu’on l’aime. On voudrait être tout à Dieu, c’est-à-dire, qu’on ne le veut pas, mais qu’on le voudrait si Dieu voulait se contenter d’un cœur partagé, si Dieu voulait être servi à notre gré, et non pas selon qu’il le demande, on voudrait arriver à la perfection, mais par la voie qu’il nous plaît. On veut que la prudence humaine serve de guide ; et comme si l’on n’avait à compter que sur ses propres forces, on perd courage à la moindre difficulté.
Stériles désirs, frivole projet de conversion, qui ne servent qu’à s'endormir une âme dans sa tiédeur ! Que gagne-t-on à s’aveugler pour ne pas apercevoir le danger ? On est éternellement irrésolu, indéterminé, comme s’il y avait un autre parti à prendre ; quand on doute en matière de foi, on ne croit pas ; quand on délibère en matière de pénitence on ne se convertit pas.
Ne permettez pas, Seigneur, que ce malheur m’arrive. Ma lâcheté jusqu’ici me donne sujet de tout craindre, mais la confiance que je sens en votre miséricorde me fait tout espérer. J’ai voulu cent fois me mettre en chemin pour vous chercher : et cent fois je suis revenu sur mes pas, effrayé par des difficultés imaginaires, par de vains obstacles ; ma lâcheté, et mon peu de foi ont augmenté ma faiblesse. Un peu plus de confiance en votre bonté m'aurait inspiré plus de force, et m’aurait fait sentir les effets de votre secours. À présent que vous me la donnez cette confiance, et que je sens par votre miséricorde plus de volonté, ce me semble, d'être tout à vous, je ne saurais douter que ma résolution ne soit efficace, et que vous ne soyez en même temps toute ma force, comme vous êtes le seul objet de mon amour : Diligam te, Domine, fortitudo mea.


LECTURE.
On pourra lire le Chapitre sixième du second Livre de l’Imitation de Jésus-Christ.


(Tirée de Retraite spirituelle pour un jour de chaque mois, par le Père Jean Croiset, de la Compagnie de Jésus)


Reportez-vous à Origine de la Fête de PâquesSur la Fête de PâquesPrière à Saint Jean, disciple que Jésus aimait, Ce qui se passa à la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Instruction sur la Fête de Pâques, Apparition de Jésus ressuscité à sa sainte Mère, Méditation pour le jour de Pâques, Méditation sur la Fête de Pâques, Hymne du Temps Pascal, Leçon XLI : De la Résurrection et de l'Ascension de Jésus-Christ, Jésus, Sagesse glorieuse et triomphante, La sépulture de Jésus-Christ, Jésus glorifié veut glorifier sa Mère, L'Univers et la Bible, prédicateurs de la résurrection, car oui, nous ressusciterons !, Instruction sur le Samedi Saint, Méditation sur le Samedi Saint : Mortuus et sepultus est. Il est mort et enseveli, Instruction pour le Vendredi Saint, Méditation sur le Vendredi Saint : Expiravit (Luc, 23), Autre Méditation pour le Vendredi Saint, Méditation pour le Lundi Saint, Méditation pour le Mardi Saint, Méditation pour le Mercredi Saint, Méditation pour le Jeudi Saint, Méditation pour le Samedi Saint, Instruction sur le Dimanche des Rameaux, Méditation pour le Dimanche des Rameaux : Dites à la Fille de Sion, voici votre Roi, qui vient à vous, plein de douceur, et Autre Méditation pour le Dimanche des Rameaux.














lundi 16 mars 2020

Nous sommes des grands blessés




Il nous est loisible à présent de nous adonner à la connaissance de nos misères. Il y a d’abord celles qui dérivent en ligne directe du péché originel. Ce péché a laissé dans notre être de nature des BLESSURES profondes. Considérons-les l’une après l’autre. Plus nous les connaîtrons, plus nous aurons à cœur de leur appliquer les REMÈDES de l’ascèse chrétienne.

Continuons d’invoquer l’Esprit-Saint et son Épouse immaculée. En raison même de sa préservation du péché originel, Marie – bien plus profondément que nous – est capable de comprendre notre misère morale ; et toute sa maternelle compassion ne demande qu’à nous secourir.


Les BLESSURES du péché originel


Adam, dans l’état d’innocence, ne possédait pas seulement la grâce sanctifiante en son âme ; il jouissait encore, par surcroît, de privilèges magnifiques qui perfectionnaient sa nature et le rendaient plus apte à vivre avec sécurité et joie son rôle de chef du genre humain.

Ces privilèges – dons absolument gratuits – étaient la science infuse, qui le rapprochait des anges ; la maîtrise des passions, c’est-à-dire l’exemption de la concupiscence ou l’inclination au mal ; l’impassibilité, c’est-à-dire l’exclusion de la maladie et de toute souffrance ; l’immortalité, c’est-à-dire l’exemption de la mort corporelle. Le temps de l’épreuve écoulé, Adam devait passer sans heurt du paradis terrestre au paradis céleste. Mais, par sa désobéissance grave, il perdit d’un seul coup et la grâce sanctifiante et tous les privilèges que Dieu lui avait accordés.

Le sacrement de baptême nous rend la grâce sanctifiante avec le droit au bonheur du Ciel ; il ne nous restitue pas les dons préternaturels qui l’accompagnaient. Nous demeurons ainsi dans un état de déchéance, de disgrâce, d’appauvrissement, subissant dans notre nature ce qu’on appelle les blessures du péché originel : l’ignorance, la concupiscence, la souffrance et la mort.

Dans notre intelligence, l’ignorance a remplacé la science infuse. Le premier homme avait reçu de Dieu la révélation des vérités surnaturelles que comportait son état de justice, ainsi qu’un ensemble de connaissances sur les choses nécessaires à la vie, en raison de sa condition de chef et d’éducateur du genre humain. Cette science ayant été perdue, nous devons y remédier par la science acquise. Nous ignorons tout en venant au monde : notre intelligence est aussi nue qu’une plaque de marbre bien lisse où rien n’est gravé, ou qu’un panneau uni sur lequel il n’y a rien de peint. Tout devra commencer par nous venir des sens, et durant notre vie entière il nous faudra apprendre.

Un dur et continuel labeur s’impose, car l’ignorance, surtout celle des vérités importantes pour la direction de notre vie morale et de notre vie spirituelle, n’est pas facilement vaincue. C’est un fait que le plus grand nombre des baptisés se montre rétif à entretenir et développer en eux les enseignements du catéchisme ; On se contente de peu, on ne comprend pas qu’il ne faudrait jamais de déshabituer de l’étude des vérités révélées. Aussi, que de déficiences, que de lacunes, que d’erreurs dans les esprits en matière religieuse !

Même chez ceux qui se portent résolument vers la connaissance de Dieu et des choses divines, qui s’appliquent à réduire autant que possible l’ignorance native par l’intelligence des mystères de la foi et par les clartés provenant des dons du Saint-Esprit, une très grande part d’obscurité demeure. Ils n’avancent qu’à tâtons vers la pleine lumière réservée à la gloire, sachant bien qu’ils se livrent à l’étude d’une science sans fin, mais qui fait leur béatitude ici-bas. « Ô Seigneur, suppliait saint Augustin, que vos Écritures soient toujours mes chastes délices. Que je boive de vos eaux salutaires, depuis le commencement du Livre sacré où l’on voit la création du ciel et de la terre jusqu’à la fin où l’on contemple la consommation du Règne perpétuel de votre Cité sainte ». Saint Augustin était pourtant un grand génie. Que penser alors de nous-mêmes et de nos ignorances humiliantes.

Avec la science infuse, le péché originel nous a fait perdre également la maîtrise de nos passions. La volonté d’Adam innocent, spécialement fortifié par la grâce, maintenait facilement l’ordre parmi les tendances des facultés inférieures. « Telle était la puissance de l’image de Dieu en l’âme, écrit Bossuet, qu’elle tenait tout dans le respect ». Le corps était soumis à l’âme, comme l’âme était soumise à Dieu.

La grâce disparaissant, la maîtrise des passions disparut avec elle. Nos facultés sensitives réclament, impérieusement parfois, leur satisfactions. Nos sens extérieurs, nos regards, par exemple, se portent avec avidité vers ce qui flatte la curiosité ; nos oreilles écoutent avec empressement les nouvelles qui se présentent ; notre toucher recherche les sensations agréables, et cela bien souvent au-delà des limites permises par la loi morale. Il en est de même de nos sens intérieurs : l’imagination nous représente toutes sortes de scènes plus ou moins sensuelles ; la sensibilité convoite des jouissances inférieures ; Tous ces sujets révoltés essaient d’entraîner le consentement de la volonté. C’est la tyrannie de la CONCUPISCENCE, l’inclination violente vers le mal, l’attrait désordonné vers le plaisir défendu.

Assurément, la volonté peut résister ; mais elle-même se ressent de la désobéissance de notre premier père. Elle a peine à se soumettre à Dieu et à ses représentants sur la terre. Elle a des prétentions à l’indépendance : volontiers elle croit pouvoir se suffire ; Aussi, que d’efforts lui faut-il pour vaincre les obstacles qui s’opposent à la réalisation du bien. Que de faiblesse, que d’inconstance dans ces efforts ! Que de fois elle se laisse entraîner par le sentiment et les passions !

Saint Paul (Rom. VII, 19-25) a décrit, en termes frappants, cette déplorable faiblesse : « Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas… Car je vois dans mes membres une autre loi qui lutte contre la loi de la raison, et qui me rend captif de la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis. Qui me délivrera de ce corps de mort ?… (Voir Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique, N° 74 et 75) ». C’est la lutte de la chair contre l’esprit. Tout fils d’Adam l’expérimente à vif dans son âme. La grâce baptismale, se développant dans une vie chrétienne vraiment vertueuse, corrige, atténue cette propension au péché ; elle ne la guérit jamais entièrement. La maîtrise d’eux-mêmes, presque sans défaillance, que nous admirons chez les saints, est le résultat de luttes héroïques et de patients efforts, soutenus par une grâce puissante.

Quant aux deux autres blessures du péché originel, la souffrance et la mort, elles demeurent inéluctables et implacables pour tous. Il nous faut manger notre pain à la sueur de notre front, exposés aux maladies et infirmités de touts sorte ; en attendant de retourner un jour à la terre dont nous avons été pris. Mais ici encore, avec la grâce rédemptrice mise à profit, nous pouvons sanctifier la souffrance et adoucir ce que la mort comporte d’effrayant et de cruel. Rappelons-nous ce que dit le Père de Montfort au sujet de la mort des fidèles esclaves de Marie : elle est douce et tranquille, la Vierge y assiste ordinairement pour les conduire elle-même dans les joies de l’éternité (VD, n° 200).

LES REMÈDES de l’ascèse chrétienne. Connaissant les blessures que nous portons en notre nature humaine, il nous faut non seulement croire au dogme du péché originel, mais en conséquence entretenir en nous d’une manière habituelle une grande humilité d’esprit. Cette humilité sera le premier remède à notre misère native : on ne conçoit pas des êtres déchus qui s’exaltent.

Sans doute, notre nature n’est pas corrompue en elle-même. Les expressions, souvent fortes, de la tradition chrétienne sur la déchéance originelle, doivent s’entendre de l’homme par rapport à sa condition première, non de la nature considérée en elle-même. Celle-ci, même après le péché, n’est pas intrinsèquement mauvaise ; elle garde son libre arbitre, elle est encore capable de quelque bien dans son ordre. Il reste cependant que nous sommes des êtres affaiblis, appauvris, dégradés, défigurés, privés de dons magnifiques : la nature était faite pour la grâce. Qui dit privation dit une chose qui manque, alors qu’elle devrait être ; et, par là même, c’est un mal, c’est un désordre qu’elle manque. C’est un désordre devant Dieu, c’est le désordre du péché originel entraînant toutes les suites que nous avons signalées (Voir Ecclesia (Boud et Gay, 1929), p. 119, 2e colonne). Bien que, personnellement, nous n’en soyons pas coupables, nous devons nous en humilier. C’est l’attitude qui nous convient : elle va nous aider maintenant à mieux connaître les tendances mauvaises qui prédominent en nous et s’opposent à l’acquisition des vertus. Elles sont la cause la plus fréquente de nos péchés actuels.

Ces tendances, appelées communément défauts dominants, ne sont pas autre chose que l’attache à soi-même, enracinée plus fortement dans l’une ou l’autre des trois grandes convoitises qui nous entraînent vers le mal : l’orgueil, la convoitise de la chair et celle des yeux. Il importe de bien les connaître, afin d’être à même de les mieux combattre (Voir Tanquerey, ouvrage cité, n° 818 et suivants).

L’orgueil nous entraîne vers un amour excessif de notre personne. Cet amour se manifeste de plusieurs manières : sous forme d’égoïsme, ou de vanité, ou de présomption, ou encore d’ambition avec désir de dominer.

Certaines natures offrent un égoïsme très accentué, toujours prêt à se montrer : soi d’abord. On ramène tout à soi, on ne se préoccupe et on ne s’inquiète que de soi, on s’enferme en soi comme si on se faisait son centre. On ne pense pas aux autres, on ne s’intéresse pas à eux, on ne sympathise pas. Ce défaut fait beaucoup souffrir l’entourage. Vous ne pouvez rien dire, ni une peine, ni une joie, ni évoquer un souvenir ou raconter vos impressions, sans qu’aussitôt votre interlocuteur, n’en tenant aucun compte, vous ramène à ce que lui-même a vu, connu, éprouvé : moi ceci, moi cela… C’est toujours le moi mis en avant.

D’autres natures sont vaniteuses : elles recherchent l’estime, l’approbation, la louange. La vantardise ne les gêne pas : on parle de soi avec avantage, de son intelligence, de ses capacités, de ses talents, de son savoir-faire ; et aussi de sa famille, de ses relations, de ses succès qui ont toujours dépassé les succès des autres. On aime encore attirer sur soi l’attention par certaines manières d’agir, de se vêtir, de paraître, par un faste qu’on déploie à l’occasion, ou par des singularités qu’on se permet. Maigres satisfactions qui privent l’âme de beaucoup de mérites.

D’autres présentent le défaut de présomption : c’est une confiance illimitée en soi-même, en ses facultés naturelles, en sa science, en sa force, et même en ses vertus. D’où la tendance à s’élever au-dessus des autres, à vouloir faire des choses qui vous dépassent ; et plus encore à vouloir toujours avoir raison, à ne pas reconnaître ses torts, à ne pas tenir compte des avertissements reçus ; à ne pas plier, ne pas céder ; bien plus, à tenir tête envers et contre tout. Et devant une résistance, on s’emporte, on se fâche, on monte parfois jusqu’à la colère qui vous fait perdre le contrôle de vos facultés. Ce défaut, nous l’avons vu, était celui de l’apôtre Simon-Pierre, le chef du collège apostolique. Faute de le reconnaître, il s’est exposé à la tentation sans précautions ni garanties, et il est tombé dans un triple péché grave. Ajoutons, à sa louange, qu’après avoir reconnu et pleuré ses reniements, il est devenu le plus humble de tous, comme l’a témoigné sa mort en croix.

L’ambition et le désir de dominer dérivent de la même source. On aime et on recherche les honneurs, les dignités. On veut arriver aux premières charges ; et pour cela, on se montre flatteur, louangeur, cherchant les bonnes grâces de ceux qui sont haut placés. Quand, en fait, on y parvient, on ne craint pas, pour s’y maintenir, d’éloigner les personnes qui vous gênent et l’on s’entoure d’autres qui vous adulent. L’envie ou la jalousie entre alors en jeu envers quiconque exerce un ascendant, capable de renverser votre situation élevée ou de rivaliser avec les qualités brillantes qu’on admire en soi. On éprouve de la peine en entendant louer les autres ; on s’efforce d’atténuer ces éloges par des critiques malignes.

Tel est le triste étalage du défaut d’orgueil. Comme on le voit, il s’oppose en tout premier lieu à l’esprit d’humilité.

La convoitise de la chair nous porte à aimer le corps plus qu’il ne faut : c’est une tendance très prononcée à se rechercher dans les satisfactions qui l’affectent. Ceux en qui domine cette convoitise ont à lutter plus que d’autres contre la paresse, la gourmandise, et contre les affections sensibles. La paresse fait reculer devant tout effort corporel : le travail assidu, les corvées, les emplois qui réclament un courage persévérant. Par contre, elle se complaît dans ce qui favorise le repos du corps, son bien-être, comme le sommeil prolongé, les bains fréquents, l’usage des parfums, les vêtements légers, les promenades agréables, les visites sans raison. Cette paresse, si elle n’est combattue, expose à bien des tentations.

La gourmandise décèle un abus du plaisir légitime que Dieu a voulu attacher au manger et au boire : soit en prenant de la nourriture ou de la boisson sans besoin, en dehors des repas, pour le plaisir de se satisfaire ; soit en recherchant dans les repas ce qu’il y a de meilleur, les mets les mieux apprêtés, comme le font les gourmets ; soit en prenant une quantité trop grande d’aliments, au risque de compromettre sa santé (combien de maladies proviennent des excès de table !) ; soit encore en mangeant avec avidité, un peu comme les bêtes qui se précipitent sur ce qu’on leur donne. Que de fautes on commet ainsi contre la mortification.

Les affections ou amitiés sensibles, recherchées pour elles-mêmes, sans autre raison que la satisfaction du cœur, sont toujours dangereuses, car la limite est vite franchie, qui passe du sensible au sensuel, et du sensuel au charnel. On s’attache, on ne surveille pas son imagination, sa sensibilité, ses regards et surtout le sens du toucher. C’est le défaut dominant de certaines natures qui peuvent être très riches, mais qui sont en même temps très faibles. Il faut savoir y mettre ordre dès le commencement, sinon on court au-devant de chutes regrettables. Ces sortes d’affections ne sont permises qu’entre ceux qui ont la liberté et l’intention de s’unir dans l’état du mariage.

La convoitise des yeux incline à l’avarice, que nous entendons ici comme l’attache exagérée aux biens que l’on possède ou dont on peut disposer. On a tendance à garder jalousement son argent une fois acquis. On ne dépense qu’à regret, avec lésinerie. On refuse d’aider les siens, on ne donne rien ou presque rien aux pauvres, et aux bonnes œuvres. Au lieu d’économiser sagement, on capitalise outre mesure par peur de manquer et sans faire confiance au Père des Cieux qui veille sur nos besoins. Ainsi, petit à petit, les yeux se rivent à la terre, comme si on devait y demeurer toujours. Aimons donner, aimons faire l’aumône.

Tous ces défauts ne sont pas des péchés en eux-mêmes, mais ils nous font commettre quantité de fautes, fautes vénielles le plus souvent ; et dans la mesure où nous leur accordons satisfaction, ils se fortifient et deviennent de plus en plus exigeants. Ils peuvent alors nous entraîner aux péchés graves, et même se transformer en habitudes vicieuses tyrannisantes. C’est alors qu’aux suites du péché originel s’ajoutent les suites autrement accentuées des péchés personnels.

Le précepte évangélique du renoncement s’impose. Il nous faut, dit Montfort, « renoncer aux opérations des puissances de notre âme » (VD, n° 81). En ce qui concerne notre INTELLIGENCE, renoncer à ce mal qu’est l’ignorance religieuse. Appliquons-nous à connaître ce qui se rapporte à Dieu, notre fin dernière, et aux moyens de l’atteindre. Cette connaissance est primordiale : il serait déraisonnable de s’occuper des sciences humaines et de négliger celle du salut. Que de baptisés, très instruits dans telle ou telle branche du savoir humain, n’ont qu’une connaissance bien imparfaite des vérités chrétiennes.

Renoncer à cette vaine curiosité, qui recherche avant tout et d’une manière excessive les lectures qui plaisent, comme celles des romans, des journaux et de certaines revues à la mode où l’âme ne trouve rien qui puisse l’élever ou l’enrichir. On fait passer ainsi l’agréable avant l’utile et le nécessaire, on perd un temps précieux, on transforme ce qui devrait être moment de détente en une occupation creuse qui se prolonge et nuit grandement au bon emploi de la journée.

Renoncer aussi et surtout à cette particularité d’orgueil de l’esprit, qui prétend se suffire et s’incline difficilement devant les enseignements de la foi ou les directives du Magistère, comme aussi devant l’obéissance due aux Supérieurs. On raisonne, on critique, on tient à ses propres idées, on ne consulte pas l’autorité, on n’a confiance qu’en son jugement, on traite avec dédain les opinions des autres. On sème ainsi la division, au lieu d’entretenir la paix et la concorde.

En ce qui concerne la VOLONTÉ, qui est en nous la faculté maîtresse, la cause de nos mérites ou démérites, nous devons renoncer à suivre les exigences des facultés inférieures, afin de toujours soumettre parfaitement notre vouloir à celui de Dieu ; ce qui demande bien des sacrifices, en particulier le sacrifice de nos goûts, de nos caprices, de nos empressements naturels.

Renoncer à l’irréflexion qui nous fait suivre l’impulsion du moment, l’emportement ou encore la routine. On ne réfléchit pas avant d’agir, on ne se demande pas ce que Dieu réclame de nous.

Renoncer à la nonchalance, à l’indécision, au manque de ressort moral, toutes choses qui paralysent les forces de la volonté. Il importe d’acquérir, de développer les convictions de foi, qui stimulent notre vouloir et le déterminent à choisir ce qui est conforme au vouloir divin.

Renoncer à la peur de l’insuccès : elle est un manque de confiance, et par là même, elle diminue singulièrement nos forces. Il faut, au contraire, se souvenir qu’avec le secours de la grâce, on est sûr d’aboutir à de bons résultats.

Renoncer aussi à cette autre peur qu’est le respect humain : en craignant les critiques ou les railleries des autres, on s’appuie moins sur le jugement de Dieu, le seul qui compte : on affaiblit ainsi sa volonté.

Quant aux mauvais exemples, nous devons leur résister avec force, car ils nous entraînent d’autant plus facilement qu’ils correspondent à une propension de notre nature. Nous l’avons vu dans nos méditations des Jours préliminaires, c’est Notre-Seigneur que nous devons imiter, non pas le monde.

« Il faut de plus, nous dit Montfort, « renoncer aux opérations des sens de notre corps », c’est-à-dire qu’il nous faut voir comme si on ne voyait point, entendre comme si on n’entendait point, se servir des choses de ce monde comme si on ne s’en servait point » (VD, n° 81). C’est la doctrine de l’apôtre saint Paul dans sa première Épître aux Corinthiens (VII, 29-31).

Il va de soi que nous devons renoncer aux regards gravement coupables, ceux qui sont commandés par de mauvais désirs. Notre-Seigneur les réprouve énergiquement lorsqu’il dit : « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il vaut mieux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps tout entier ne soit point jeté dans la géhenne » (Matth. V, 29). Ce qui ne veut pas dire qu’on doive se crever les yeux, mais qu’il faut savoir arracher son regard à la vue de personnes ou objets qui sont un sujet de scandale.

Mais nous devons encore renoncer aux regards simplement curieux : ils peuvent susciter des tentations ; ils sont toujours cause d’une foule de souvenirs et d’images qui dissipent l’âme, encombrent la mémoire et occasionnent la plupart de nos distractions dans la prière. Purifions nos regards en les reposant sur tout ce qui est de nature à élever notre âme et à nous faire bénir le Créateur.

En ce qui concerne les paroles contraires à la pureté ou à la charité, si nous ne pouvons éviter de les entendre, du moins ne les écoutons pas, ne leur prêtons pas une oreille attentive ; et surtout n’interrogeons pas pour entamer ou prolonger une conversation déjà mauvaise en soi. Il est bien rare que des conversations déshonnêtes ou contraires à la charité ne produisent pas des effets désastreux chez ceux qui les écoutent. Les premières allument des désirs mauvais et provoquent au péché ; les secondes entraînent à des bavardages qui nuisent à la réputation du prochain : on est tant porté à répéter ce qu’on a entendu. Aimons les entretiens qui sont lumière et bienveillance, en même temps que sage délassement.

Ainsi nous userons de ce monde comme n’en usant pas, sachant que tout y est passager, caduc, éphémère. C’est ce que saint Paul appelle mourir tous les jours ; Quotidie morior (I Cor. XV, 31). Jésus, recourant à une comparaison qui lui est familière, avait déjà dit : « Si le grain de froment ne tombe dans la terre pour y mourir, il reste seul, impuissant à se reproduire ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jean, XIV, 24). Si nous ne mourons à nous-mêmes, explique Montfort, et si nos dévotions les plus saintes ne nous portent à cette mort nécessaire et féconde, nous ne porterons point de fruit qui vaille pour la vie éternelle, nos dévotions nous deviendront inutiles, toutes nos œuvres de justice seront souillées par notre amour-propre et par notre volonté, ce qui fera que Dieu aura en abomination les plus grands sacrifices et les meilleures actions que nous puissions faire. À notre mort, nous nous trouverons les mains vides de vertus et de mérites ; nous n’aurons pas une étincelle du pur amour, qui n’est communiqué qu’aux âmes mortes à elles-mêmes, dont la vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu (VD, n° 81).

Ayons donc le courage, avec la grâce divine, de ne point reculer devant l’austère précepte du renoncement à soi : il est la condition première et indispensable de notre marche à la suite du divin Maître. Mais, comme la grâce divine ne nous est donnée que par Marie, les méditations qui vont suivre – tout en continuant de nous découvrir nos misères – nous montreront quel puissant secours est la Très Sainte Vierge, si nous savons mettre à profit son rôle providentiel de Médiatrice. Loin de nous appuyer sur nos seuls efforts personnels, nous aurons à cœur de recourir continuellement à son aide et intercession. Ainsi, nous entretiendrons et développerons en nous la vertu d’humilité ; et Marie nous sera très présente pour fortifier notre volonté dans la lutte contre nous-mêmes et contre les ennemis qui s’opposent à notre avancement spirituel.

(Père Dayet, Exercices préparatoires à la consécration de Saint Louis-Marie de Montfort)


Lorsque ce pernicieux esprit du monde gouverne une âme, toute conversion semble impossible, la foi étant rejetée de ses derniers refuges. S’il n’y avait dans cette âme que des œuvres de péché, la grâce divine pourrait en triompher encore, car le sang du Christ efface les fautes ; mais il n’y a pas de place pour le repentir, puisque le péché n’est plus l’offense de Dieu et que toute croyance au dogme de la vie future s’est évanouie. Le mondain subit alors cet esclavage de l’esprit qui est le plus effroyable, il vit sous la tyrannie de l’erreur et du mensonge et, dans cette servitude, il n’a plus de goût que pour les choses de la chair (Rom. VIII, 5). Ainsi, dit saint Augustin, « l’homme qui devrait être spirituel, même dans la chair, est devenu charnel même dans l’esprit (De Civitate Dei, lib. XIV, cap. XV) ». (Père Dayet)

Regardons en haut, bien au-dessus des hommes et de nous-mêmes ! Regardons l’adorable et aimable Jésus, la Sagesse éternelle et incarnée, qui nous a rachetés au prix de tout son sang. Rendons-lui grâces de ce qu’il s’est anéanti lui-même, en prenant la forme d’un esclave, pour nous tirer du cruel esclavage du démon. Demandons-lui, par sa sainte Mère, la contrition et le pardon de nos fautes, et offrons-nous généreusement à tous les renoncements qu’exige notre divine appartenance. (Père Dayet)

Voilà le travail de notre purification première. Et cette purification doit être radicale. La tendance la plus funeste pour l’âme serait de vouloir concilier entre elles les choses les plus inconciliables : accommoder Jésus-Christ avec le monde, et s’engager dans une voie de perfection tout en conservant quelque affection pour le siècle. Il n’y a pas d’accord possible. Le choix de l’âme doit être définitif, son élection doit être sans retour. (Père Dayet)

Nos œuvres surnaturelles et méritoires sont tellement le bien de Notre-seigneur, que « Jésus a donné sa malédiction au figuier infructueux (Matth., XXI, 19) et porté condamnation contre le serviteur inutile (Matth., XXV, 24-30) qui n’avait pas fait valoir son talent » (VD, n° 68). L’arbre était le bien du Maître, ainsi que l’esclave et le talent donné ; le Maître était donc en droit d’attendre des fruits de son arbre et des revenus du travail de son esclave. S’il ne les recueille ni ne les perçoit, il se trouve frustré en rigueur de justice, et c’est pourquoi il maudit et il condamne.
« Tout cela, ajoute saint Louis-Marie de Montfort, nous prouve que Jésus-Christ veut recevoir quelques fruits de nos chétives personnes, savoir nos bonnes œuvres, parce que ces bonnes œuvres lui appartiennent uniquement (notre coopération à la grâce étant elle-même le résultat d’une grâce) : creati in operibus bonis in christo Jesu, nous avons été créés pour faire des bonnes œuvres en Jésus-Christ ». Notre régénération est, en effet, une création nouvelle dans le Christ, dont le but est de nous faire produire les œuvres nouvelles que Dieu attend de nous et qui sont en nous le fruit de sa grâce. Ainsi « Jésus-Christ est l’unique principe et doit être l’unique fin de toutes nos bonnes œuvres » (VD, n° 68). Nous lui appartenons entièrement. (Père Dayet)



Reportez-vous à Sur la vaine curiosité, L'inimitié entre Satan et Marie, La terre se couvrit de ronces et d'épines, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur le péché, Je comparerai mes péchés aux péchés d'Adam, et Grand Catéchisme historique, Leçon II : Du péché.