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vendredi 8 août 2025

Contre toutes formes de ressentis - Témoignage




"Certains prêtres vont vous expliquer qu'on n'a pas à ressentir, qu'un abbé ne ressent rien, qu'on n'est pas médium. Effectivement, la médiumnité telle que répandue et vue par le monde est à éviter impérativement car elle est un piège démoniaque et un empoisonnement spirituel. Sauf que dire qu'un catholique ne doit rien ressentir, c'est à la fois avouer qu'il est coupé des ressources du cœur, foyer de l'action divine, mais aussi qu'il n'est absolument pas docile à l'inspiration du Saint-Esprit. Si un catholique dérange le démon, le démon lui fera vite savoir, il lui fera sentir sa présence. Un chrétien qui ne dérange pas le démon ne sera jamais embêté par ce dernier. Il ne ressentira effectivement jamais rien. Un chrétien docile à l'inspiration divine, qui vit dans une démarche de vertus et de sainteté, qui nourrit sa vie intérieure, ressentira l'invisible, pourra lire dans les âmes, recevoir en esprit les avertissements de Dieu, etc. Le Saint Curé d'Ars en est le parfait exemple. Si vous coupez l'écoute de Dieu en fermant les vannes du cœur et de l'esprit, vous ne serez, comme le disait le jeune Carlo Acutis, que des "photocopies" de ces gens terre à terre à l'esprit dur qui suivent les mouvements du monde sans jamais regarder le ciel. Dans toutes choses, il faut de la prudence, mais prudence ne signifie pas tiédeur. L'esprit de Dieu n'est pas une théorie, Il est une pratique."

Il est en effet bien déplorable de voir comment par ces simples phrases toutes faites sorties de la bouche des prêtres, beaucoup de fidèles finissent par se couper de la grâce en rejetant tous ressentis. La sécheresse, la perte de toute joie, de la paix du cœur... s'ensuivent. Les saints ne cherchaient pas à voir l'invisible, ils le voyaient malgré eux par la volonté de Dieu. Ouvrez bien les yeux chers amis du Seigneur, afin de déjouer les pièges du malin esprit, mais surtout ouvrez bien votre cœur. 


Reportez-vous à Moyens pour obtenir le don de piétéEffets du don de piétéNature du don de PiétéMoyens pour obtenir le don de CrainteEffets du don de CrainteNature du don de CrainteEffets des sept dons du Saint-EspritNature et excellence des sept dons du Saint-EspritAction du Saint-Esprit dans l'ÉgliseMoyens pour obtenir les sept dons du Saint-EspritDu Recueillement, par le R.-P. Jean-Joseph SurinDe l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph SurinDu Saint-Esprit et de ses opérations en général : Ce qu'est le Saint-Esprit, sa mission temporellePrière pour demander au Saint-Esprit la victoire sur le respect humainPromesse d'observer plus fidèlement à l'avenir les maximes de l'ÉvangilePrière pour demander les douze fruits du Saint-EspritPrière pour demander la grâce de devenir parfait chrétienPrière pour demander au Saint-Esprit l'abondance de ses grâcesQuelles résolutions prendre au jour de la Pentecôte ?La Pentecôte : Quel est l'événement dont l'Église célèbre la mémoire en ce jour ?Méditation pour le Samedi d'après la Pentecôte : Jésus sortant de la synagogue entra dans la maison de SimonMéditation pour le Vendredi d'après la Pentecôte : Jésus prêchant dans la synagogue, voilà que des hommes apportent un paralytique dans son litMéditation pour le Jeudi d'après la Pentecôte : Jésus ayant assemblé ses douze Apôtres, leur donna une puissance et un empire sur tous les démonsMéditation pour le Mercredi d'après la Pentecôte : Quiconque écoute mon Père et se rend docile pour apprendre ce qu'il lui enseigne, vient à moiMéditation pour le Mardi d'après la Pentecôte : Je suis la porte ; celui qui entrera par moi sera sauvéMéditation pour le Lundi d'après la Pentecôte : La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumièreMéditation pour le Dimanche de la Pentecôte : Le Saint-Esprit que mon Père enverra en mon nom, vous enseigneraInstruction sur le Saint-EspritMission du Saint-EspritInstruction sur la Fête de la PentecôteMéditation sur la Fête de la Pentecôte : ils furent tous remplis du Saint-EspritMéditation pour la veille de la PentecôteVeille de la Pentecôte : Je prierai mon Père, et il vous donnera, pour demeurer éternellement avec vous, un autre consolateur, qui est l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoirMéditation pour le Jour de la PentecôtePreuves directes de la divinité du Saint-Esprit : noms, attributs et œuvresLe Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte TrinitéPreuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-EspritLe Saint-Esprit dans l'Ancien Testament, promis et figuréLe Saint-Esprit préditLe Saint-Esprit dans le Nouveau Testament, première création : La Sainte Vierge MarieSeconde création du Saint-Esprit : Notre Seigneur Jésus-ChristTroisième création du Saint-Esprit : l’ÉgliseMéditation pour le Dimanche de la Sainte TrinitéNeuvaine préparatoire à la Fête de la Pentecôte : Prière pour demander les sept Dons du Saint-EspritMéditation pour le Mercredi après la PentecôteMéditation pour le Mardi après la PentecôteMéditation pour le Lundi de PentecôteXIe Dimanche après la Pentecôte : Réflexions pratiquesAccueillir le Saint Esprit de DieuLitanie du Saint-EspritMéditation pour la Fête de l'AscensionInstruction sur la Fête de l'AscensionMéditation pour le Jour de l'Ascension de Notre-SeigneurLe Seigneur Jésus fut élevé dans le ciel, et il est maintenant assis à la droite de DieuLes Apôtres et les Disciples ayant adoré Jésus-Christ, s'en retournèrent remplis de joie à JérusalemQuand le Consolateur que je vous enverrai de la part de mon Père, l'Esprit de vérité qui procède de mon Père, sera venu, il rendra témoignage de moiEt vous aussi, qui avez été dès le commencement en ma compagnie, vous rendrez témoignage de moiJe vous ai dit toutes ces choses, afin que vous ne vous scandalisiez pointUn temps viendra où quiconque vous fera mourir, pensera faire un sacrifice à DieuIls vous traiteront de la sorte, parce qu'ils ne connaîtront ni mon Père ni moiJe vous ai dit ces choses, afin que lorsqu'elles arriveront, vous vous souveniez que je vous les ai préditesActes avant la Confirmation : Prière au Saint-Esprit et Acte de demandeMéditation que les enfants peuvent faire avant de recevoir le sacrement de la Confirmation au Jour de la Pentecôte et Prière pour demander ou pour renouveler en soi la grâce du sacrement de Confirmation.




dimanche 23 août 2020

De la lumière divine

 


Il suffit de lire le psaume 118, pour y voir à chaque verset combien la lumière divine nous est nécessaire dans la conduite de la vie intérieure. Donnez-moi, dit David, l'entendement, afin que je comprenne vos commandements. Et encore : Donnez-moi l'entendement, et je vivrai.
Pour être bien pénétré de cette nécessité, il faut savoir, premièrement, que la raison humaine est étrangement obscurcie depuis le péché originel ; secondement, que la raison la plus éclairée ne suffit pas seule pour nous conduire dans les routes de la grâce, routes dont Dieu se réserve le secret. Comme son intention est que nous marchions toujours en esprit de foi, il ne nous éclaire qu'à mesure que nous avançons, et qu'autant qu'il est besoin. Il ne veut pas que nous voyions devant nous, ni même autour de nous ; mais il nous donne toujours assez de lumières, pour nous convaincre qu'il nous est impossible de nous égarer en le suivant, même au milieu des plus épaisses ténèbres.
La première chose donc que doit faire une âme qui veut être tout à fait à Dieu, est de renoncer à son propre esprit, à toutes les idées qu'elle pouvait avoir auparavant de la vertu et de la sainteté : persuadée que ces idées sont ou fausses ou très-imparfaites ; de ne point prétendre ni se conduire, ni se juger elle-même, ni s'établir juge de la manière dont on la conduit. Cette prétention aboutirait à la remplir de présomption et d'orgueil, à la retirer de l'obéissance, à l'égarer, et peut-être à la perdre : au lieu qu'il est impossible qu'une âme qui a renoncé à son propre esprit, qui écoute Dieu au dedans, et au dehors son directeur, à qui elle se soumet en tout ce qui n'est pas péché manifeste, coure aucun risque de tomber dans l'illusion. Dieu à qui elle se confie, est intéressé à ne jamais permettre rien de semblable ; et cela n'est jamais arrivé.
Ensuite elle doit demander humblement la lumière divine, priant Dieu à tout instant de l'éclairer ; n'entreprendre jamais rien de considérable sans le consulter, et sans prendre l'avis de celui que Dieu lui a donné pour guide. La lumière est d'ordinaire fort abondante au commencement. On la reçoit à l'oraison, à la communion ; l'on est surpris d'entendre les livres qui traitent des voies intérieures, et de voir clair dans des choses où l'on ne comprenait rien auparavant. Cette lumière est sûre et porte avec elle une évidence qui ne laisse aucun lieu au doute. On sent très-bien qu'elle est infuse, et qu'on ne la doit ni à sa pénétration naturelle, ni à son application et à ses efforts. De plus, elle est accompagnée d'une onction qui nourrit, qui élève, qui ravit l'âme, en même temps qu'elle l'éclaire. Comme cette lumière n'est pas le fruit de nos réflexions, il faut la recevoir passivement, sans se permettre de raisonner dessus, sans s'efforcer de la retenir et de la rappeler. Au moment qu'elle est donnée, elle fait son effet ; quand il sera besoin d'en faire usage, Dieu en renouvellera le souvenir, et il saura bien nous la remettre sous les yeux. Mais il ne veut pas qu'on se l'approprie, comme si c'était une science acquise, ni qu'on veuille l'avoir toujours à sa disposition. L'esprit de Dieu ne veut pas être gêné, ni demeurer dans la dépendance de la créature. Il faut donc le laisser aller et venir comme il lui plaît, et croire qu'il ne nous manquera jamais au besoin. On peut quelquefois écrire les lumières qu'on a reçues pour les communiquer au confesseur, quand elles roulent sur des objets particuliers ; mais les écrire pour s'en rafraîchir la mémoire, pour s'en aider même dans l'occasion, c'est ce qu'on ne doit pas faire, et ce qui marquerait une certaine défiance de Dieu. Cela peut avoir lieu lorsqu'on est extrêmement avancé, et que, par le conseil du directeur, on écrit plutôt pour l'avantage des autres, que pour le sien propre.
Il faut se donner de garde aussi, dans ces commencements où l'on est comme investi de lumières, d'en faire confidence à d'autres, sous prétexte de parler de Dieu, ou de s'en servir pour les conduire. C'est une tentation à laquelle il faut résister. Il faut une vocation spéciale de Dieu pour se mêler de diriger le prochain, lorsqu'on n'y est pas appelé par état. De plus, les lumières qui nous conviennent, pourraient ne pas convenir aux autres, parce que les voies sont différentes. Enfin, nous ne tarderions pas à nous épuiser, en nous communiquant ainsi au-dehors. Cela n'empêche pas cependant que, par des propos généraux, on ne puisse porter à Dieu les personnes en qui l'on voit des dispositions, selon les ouvertures qu'elles nous donnent.
L'usage de la lumière divine, tant pour soi que pour les autres, est extrêmement délicat, et suppose une grande mort à soi-même. Voilà pourquoi il ne faut pas s'ingérer d'abord à en faire le discernement, ni prendre pour des inspirations tout ce qui nous vient à l'esprit, sous l'apparence du bien. Satan, dit saint Paul, se transforme en ange de lumière ; il se mêle presque toujours dans les opérations divines, agissant sur l'imagination au moment où Dieu agit dans l'entendement et la volonté. On est donc fort exposé à se tromper sur tout ce qu'on appelle paroles intérieures, attrait, inspiration ; et il faut soumettre tout cela au jugement du confesseur, attendant sa décision pour en faire usage. Agir de son chef en ces rencontres, c'est tomber dans les pièges de l'ennemi.
Pour se disposer à la lumière divine, on doit, autant qu'il est possible, ne rien donner à l'imagination, ne point s'arrêter à son propre esprit, se défier extrêmement de ses réflexions et de son raisonnement. On ne saurait croire combien Dieu se communique peu aux personnes qui veulent toujours réfléchir, toujours raisonner. L'excellent usage de la raison dans les choses de Dieu, est de lui imposer silence devant lui, et de la tenir toujours dans un état d'anéantissement. C'est aux petits, aux enfants, aux simples, que Dieu se communique, loin d'avoir égard aux connaissances acquises, au profond savoir, aux lumières naturelles de l'esprit ; il veut qu'on mette tout cela à ses pieds dans le commerce qu'on a avec lui ; il veut qu'on renonce à tout ce qu'on peut avoir appris d'ailleurs, et qu'on reconnaisse humblement qu'on tient tout de lui. Tel était saint Augustin, le plus grand docteur de l'Église. Il consultait Dieu en tout avec une simplicité d'enfant. Tels ne sont pas bien des gens qui, avec un esprit très-inférieur au sien, s'établissent juges de la conduite de Dieu et de ses opérations dans les âmes. Ils ne veulent pas se persuader, d'après l'Évangile, que le premier pas qu'il faut faire pour comprendre les choses de Dieu, c'est de s'humilier, et d'avouer que de soi-même on est hors d'état d'y rien comprendre ; c'est de le prier, et de recourir à lui comme à la source des lumières.
S'il est vrai, comme le dit Isaïe, que les pensées de Dieu sont plus éloignées de celles des hommes, que les cieux ne le sont de la terre, comment pouvons-nous faire aucun fond sur nos lumières dans les choses spirituelles ? Comment notre esprit n'est-il pas continuellement abîmé devant Dieu ? Pourquoi n'ouvrons nous pas sans cesse, comme David, la bouche de notre cœur pour respirer et attirer en nous l'esprit de Dieu ? Qu'est-ce donc que l'adoration en esprit, sinon cet aveu pratique et continuel que Dieu seul est lumière et vérité, et que nous ne sommes que ténèbres et mensonge. C'est là, ce me semble, l'hommage de l'esprit ; c'est en même temps le moyen infaillible de ne jamais nous égarer.
Disons-lui donc : Donnez-moi l'entendement, afin que je comprenne vos commandements. Il m'est impossible de les bien pratiquer, si je ne les comprends, et je ne puis les comprendre si vous ne m'en donnez l'intelligence. Comment comprendrai-je ce que c'est que vous aimer de tout son esprit, de tout son cœur, de toute sa force ? Quel autre que vous, ô mon Dieu ! peut pénétrer toute l'étendue de ce précepte, et en communiquer l'intelligence à la créature ? Quel autre que vous encore peut me faire comprendre ce que c'est qu'aimer le prochain comme moi même ? Sais-je, puis-je savoir comment vous m'ordonnez de m'aimer moi-même ? Et si j'ignore comment je dois m'aimer, puis-je connaître quel est l'amour que je dois au prochain ? Toute votre loi cependant est renfermée dans ces deux préceptes. Il m'est donc évident, à moins que je ne veuille m'aveugler, que je n'entends rien à votre loi, que je n'y puis rien entendre, si vous ne m'éclairez.
Mais votre loi est la source de la vie, de la vraie vie, de la vie éternelle ; on ne parvient à cette vie, qu'en la pratiquant, et plus on la pratique parfaitement, plus on jouit de cette vie, qui n'est autre que la possession de vous-même. Donnez-moi donc l'intelligence, et je vivrai. Oui, donnez-moi de comprendre la nécessité de votre amour ; donnez-moi de comprendre comment, dans votre amour, est contenu l'amour que je me dois à moi-même, et celui que je dois au prochain. Donnez-moi cette lumière, et, secouru de votre grâce, je pratiquerai votre loi, je la pratiquerai dans sa plénitude, et je parviendrai à la plénitude de la vie. Ainsi soit-il.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Note : Les commençants, emplis du zèle de leur conversion, se donnent pour mission de convertir tout le monde (l'intention est très louable, bien que souvent mêlée d'amour-propre), mais la chute est souvent rude. Ils se répandent au-dehors dans une joie débordante, et s'épuisent par leurs tentatives infructueuses. Si vous êtes un nouveau converti, rentrez en vous-même, et ne faites aucune imprudence. Nous savons aussi d'expérience que le démon cherche toujours à contrer les inspirations divines, qu'il est capable même de vous murmurer des paroles de consolations, des pensées rassurantes, pour vous empêcher d'agir selon la volonté de Dieu. Prudence donc, gardez la prière et le recueillement pour discerner.


Reportez-vous à De l'enfance spirituelleVérités fondamentales touchant la vie intérieure, De la paix de l'âme, De la vie de l'âme, Du repos en Dieu, Sur l'Amour de Dieu, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.















dimanche 9 août 2020

Sur les réflexions dans l'oraison

 

 
Il y a, comme pour tout le reste, un temps de réfléchir et un temps de ne pas réfléchir. Les réflexions sont utiles et même nécessaires pour bien pénétrer les vérités de la religion, pour rentrer en soi-même et connaître ses défauts. C'est par les salutaires réflexions que les pécheurs reviennent à Dieu, et que le commun des chrétiens se maintient dans la pratique du bien. En général, tant que l'on est dans la voie ordinaire et que l'on conserve le libre usage de son entendement, il faut toujours se conduire par réflexion, s'appliquer à la méditation, sans excès pourtant, et sans trop chercher à creuser, parce qu'il peut y avoir de l'abus dans les réflexions, ainsi que dans les meilleures choses. Le plus grand abus sans doute est d'y faire trop de fond et de compter trop sur son jugement et ses lumières. Beaucoup de défiance de soi-même, beaucoup d'humilité, un recours continuel à Dieu pour qu'il nous éclaire, une certaine sobriété de sagesse qui arrête où il faut la curiosité de l'esprit, sont autant de remèdes efficaces contre l'intempérie des réflexions et les mauvais effets qu'elles pourraient produire.
Mais n'y a-t-il pas une voie où les réflexions sont dangereuses, et où l'on ne saurait trop se les interdire pour se laisser conduire par l'esprit de Dieu et par l'obéissance ? Oui, assurément, et cette voie est la voie obscure de la foi.
On ne peut se mettre de soi-même dans cette voie ; il n'appartient qu'à Dieu seul d'y introduire les âmes sur lesquelles il a des desseins particuliers. Ni les livres, ni les directeurs, ni les propres efforts n'y peuvent rien ; il faut attendre que la grâce agisse, et ne se permettre point de penser à de semblables états, ni d'y aspirer ; sans quoi l'on serait infailliblement exposé à l'illusion. Mais l'on ne saurait non plus contester la réalité de cette voie ; et la marque principale à laquelle on reconnaît que Dieu y introduit une âme, c'est lorsqu'elle n'a plus la même liberté qu'auparavant d'user de ses facultés dans l'oraison ; lorsqu'elle ne peut plus s'appliquer à un sujet pour en tirer des réflexions et des affections, et qu'elle goûte au-dedans une certaine paix savoureuse, qui sur passe tout sentiment qui lui tient lieu de tout, et qui la force, pour ainsi dire, à se tenir dans le repos et le silence. Quand un directeur éclairé a suffisamment constaté cette disposition de l'âme, et qu'il est bien assuré qu'elle n'y met rien du sien, mais qu'elle ne fait que se prêter à l'action de Dieu, alors il n'y a pas lieu de douter que Dieu ne fasse entrer cette âme dans la voie de la foi. Je suppose d'ailleurs que cette âme est reconnue pour être droite, simple, docile, de bon esprit et de bon sens, et qu'elle a vécu dans l'innocence, ou du moins qu'elle est revenue sincèrement à Dieu, et qu'elle mène depuis quelque temps une vie chrétienne et édifiante. Car il est rare qu'un pécheur soit tout d'un coup mis dans la voie de la foi ; quoique la chose ne soit pas sans exemple, témoin sainte Marie Égyptienne et quelques autres.
Or, c'est dans la voie de la foi que les réflexions sont dangereuses, et que tous les maîtres de la vie spirituelle conviennent qu'on ne doit ni les écouter, ni les suivre. Il y en a plusieurs raisons solides, prises les unes de la nature de cette voie, les autres de l'objet des réflexions qui se présentent alors à l'esprit, et d'autres enfin de la cause qui inspire ou suggère ces réflexions.
La voie de la foi est essentiellement une voie obscure, une voie où l'âme ne connaît rien par les lumières ordinaires de la raison, une voie où Dieu se propose principalement de faire mourir le propre esprit. Il est donc évident que, dans une telle voie, ce n'est plus par nos réflexions que nous devons nous conduire, mais par la lumière de la foi et par le mouvement du Saint-Esprit. Il n'est donc plus question alors ni de méditer, car on ne le peut plus ; ni de suivre des méthodes, car le Saint-Esprit souffle où il veut et quand il veut ; ni d'exercer le propre esprit, car il faut qu'il meure ; ni de réfléchir sur ce qui se passe en soi, car on ne pourrait le discerner, ni porter sur cela un jugement éclairé.
La voie de foi est une voie où Dieu, maître de l'âme et de sa liberté qu'elle lui a donnée, dispose d'elle à son gré ; y opère ce qu'il lui plaît, y exerce un domaine souverain, et où il ne souffre pas que rien s'oppose à son action. Or, rien ne mettrait plus d'obstacle à l'action de Dieu que les réflexions que ferait l'âme, ou pour se gouverner elle même, ou pour juger de ce qui se passe en elle, et prendre son parti en conséquence. Il est évident que de telles réflexions gêneraient et empêcheraient l'opération divine, et par conséquent nuiraient à l'âme, jusqu'à la faire même sortir de son état. La voie de foi est une voie de sacrifice, une voie d'immolation continuelle, une voie qui aboutit à la perte totale en Dieu. Cette voie douce, et enrichie dans les commencements de dons et de lumières, est ensuite une voie d'obscurité, de nudité, de dépouillement, où l'âme se trouve réduite aux dernières extrémités sans avoir, ni du côté de Dieu, ni du côté des créatures, ni du sien propre, aucun soutien, aucun appui perceptible. Or, il est manifeste qu'un tel état, dans toute sa suite, ne saurait subsister avec les réflexions, qu'il les exclut absolument, et qu'il est nécessaire que l'âme ne voie pas, ne sache pas où elle va, où Dieu a dessein de la conduire, ni par quels chemins il la mène ; autre ment, elle ne se résoudrait jamais à faire les sacrifices que Dieu prétend exiger d'elle. Elle ne ferait pas en particulier le sacrifice de son esprit si elle conservait toujours l'usage de la réflexion ; et l'immolation totale que Dieu attend d'elle n'aurait jamais lieu.
Enfin, la voie de foi est une voie de tentations où Dieu donne au démon un pouvoir étrange sur l'âme pour l'exercer. Il lui permet de remplir l'esprit de ténèbres, l'imagination de mille fantômes, la volonté de sentiments de blasphèmes, de désespoir, d'impureté, d'impiété. L'âme doit porter tout cela, et en venir par degrés jusqu'à croire que tout cela naît de son fond, qu'elle y consent, et que pour ce sujet elle est justement réprouvée de Dieu. Cet état de tentations extrêmes, où elle ne peut se soutenir que par l'abandon et la confiance en Dieu, est-il compatible avec les réflexions qu'elle ferait sur elle-même ? Il est trop visible que non. Tout ceci pourrait être considérablement étendu ; mais j'en ai dit assez pour faire comprendre que les réflexions ne peuvent que tout gâter dans la voie de pure foi, qui n'est appelée de la sorte que parce qu'elle bannit toutes les réflexions.
De plus, l'objet même de ces réflexions fournit de nouvelles raisons pour les interdire à ceux qui sont dans cette voie. Car leur objet est, ou de reconnaître ce que Dieu fait en nous, et les raisons de sa conduite, et Dieu veut que l'âme ignore les opérations secrètes de sa grâce ; ou de chercher des assurances, et Dieu ne tend qu'à ôter à l'âme toute assurance ; ou d'examiner la manière dont le directeur nous conduit, et Dieu n'exige pas moins l'obéissance du jugement que celle de la volonté. Il est essentiel à cette voie que l'âme y marche à l'aveugle, et qu'elle se repose sur Dieu du soin de la gouverner et de la conduire sûrement au terme, sans qu'elle sache où elle est, où elle va, où elle aboutira. Ainsi, tout raisonnement, toute prévoyance, tout examen, tout regard sur soi, est sévèrement interdit comme une infidélité, un écart hors de la voie, une tentation dont l'effet immanquable est de retirer l'âme de la conduite de Dieu.
Enfin, il est certain que l'âme, dans cette voie, ne doit admettre de pensées que celles qui lui viennent de Dieu. Or, toutes les réflexions qui se présentent alors à l'âme, et qui ont pour principe ou la curiosité, ou l'inquiétude, ou la prévoyance, ou une secrète complaisance, viennent du propre esprit ou sont suggérées par le démon. Il est aisé de le reconnaître, parce qu'elles lui inspirent de la vanité et de la présomption, ou qu'elles la jettent dans le trouble et le désespoir. Elle doit donc les rejeter et ne jamais s'y arrêter volontairement. C'est l'unique moyen qu'elle ait de conserver la paix intérieure dans un état si violent.
D'ailleurs, les vicissitudes dans cette voie sont telles et si fréquentes, que l'âme essayerait en vain de les observer, d'en tenir compte et de s'en rappeler le souvenir ; d'un jour à l'autre, du matin au soir, d'une heure à l'autre, son état change : son image et celle du ciel chargé d'orage, ou de la mer agitée par la tempête. Quel moyen de réfléchir dans de pareilles agitations ? Et quel fond pourrait-elle faire sur des pensées suggérées par la nature réduite aux abois ou par l'esprit de ténèbres ? L'orage est-il passé et le calme a-t-il succédé, elle jouit de ce calme et ne songe plus à la tourmente qu'elle vient d'essuyer.
Mais, dira-t-on, n'y a-t-il pas d'inconvénient à interdire à l'âme toute réflexion sur son état ? car c'est uniquement de quoi il s'agit. Non ; il n'y en a aucun dès qu'on a toutes les preuves requises de la réalité de cet état. Moins l'âme réfléchira, plus elle avancera, plus elle sera forte contre le démon et contre elle-même, plus elle aura de générosité à accomplir tous les sacrifices que Dieu lui demande. J'ajoute qu'elle abrégera considérablement par là le temps de ses épreuves, qu'elle s'épargnera beaucoup de peines dont ses propres réflexions sont la source, et qu'elle en sera moins à charge à celui qui la conduit.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à On satisfait à la plainte de ceux qui éprouvent des sécheresses dans l'oraison, Dieu seulDe la pensée de l'éternité, Réponse à quelques doutes touchant l'Oraison, par le R.P. Jean-Joseph Surin, De l'Oraison du Père Surin dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph SurinInstruction pour les personnes qui entrent dans la voie d'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Que les âmes lâches fassent tous leurs efforts pour acquérir la bonne volonté qui leur manque, De l'Oraison et de la Contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Simple et courte méthode d'oraison mentale, De l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Pénitence et de l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, De la contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques moyens de bien faire l'oraison mentale, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la présence de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph SurinDu renouvellement de l'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph SurinDegrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Combien sont mal fondées les plaintes de ceux qui se disent incapables de méditer, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.













 

vendredi 3 juillet 2020

Aveuglement de l'homme



Je suis venu en ce monde, dit Jésus-Christ, pour exercer un jugement, en sorte que ceux qui sont aveugles voient et que ceux qui voient deviennent aveugles. Le Sauveur prononça ces paroles au sujet de l'aveugle-né, à qui il avait donné la vue de l'âme après lui avoir rendu la vue du corps, en présence des pharisiens, que ce miracle aurait dû éclairer, et qu'il ne fit qu'aveugler davantage. Le sens de cette sentence de Jésus-Christ est très-profond, et il nous regarde tous : tâchons de le pénétrer, avec le secours de sa grâce.
Nous naissons tous aveugles, par une suite déplorable du péché originel. Nous ne connaissons ni Dieu ni nous-mêmes. Nous sommes dans une ignorance profonde sur notre destination, c'est-à-dire incontestablement sur la chose la plus importante, ou plutôt sur la seule chose qui nous intéresse véritablement. Nous ne savons en quoi consiste le vrai bonheur, ni quelle route il faut tenir pour y parvenir. Cette ignorance est un fait auquel l'univers entier rend témoignage. Rappelons-nous ce qu'étaient tous les peuples avant la venue de Jésus-Christ, et ce que sont encore les nations à qui il n'a pas été annoncé.
Mais ce n'est pas encore le plus grand mal. Nous sommes aveugles, et nous ne savons pas que nous le sommes. Nés avec cette maladie, nous nous croyons en parfaite santé ; et jamais nous ne nous serions douté de notre aveuglement, si un Dieu fait homme n'était venu nous en tirer.
Le comble du mal est de croire qu'on voit, quoiqu'on ne voie pas. Ce mal a été celui des prétendus sages du paganisme et, chez les Juifs, des orgueilleux pharisiens.
Quoique le christianisme nous ait éclairés sur les objets essentiels, il n'a pas entièrement dissipé notre aveuglement. Tant que le propre esprit, tant que l'amour-propre subsiste en nous, nous sommes aveugles à bien des égards, et sur Dieu, et sur nous-mêmes. Sur Dieu : nous n'entendons rien à ses voies ; nous nous formons de fausses idées de la sainteté ; nous ne connaissons pas en quoi consiste la vraie vertu. Sur nous-mêmes : le fond intime de nos dispositions nous est inconnu ; clairvoyant sur les autres, nos propres défauts nous échappent ; nos jugements, en ce qui nous regarde, sont remplis d'illusions.
Comme cet aveuglement affecte l'âme, elle ne le connaît pas, et ne peut le connaître ; car, comment verrait-elle par elle-même qu'elle ne voit pas ? Ce mal est grand, mais il n'est pas sans remède. La lumière divine dissipe sans peine l'aveuglement, lorsqu'il n'est pas volontaire. Mais comment dissiperait-elle un aveuglement dont on ne veut pas convenir ? Comment éclairerait-elle des orgueilleux qui croient voir, et qui la rejettent, parce qu'ils pensent n'en avoir pas besoin ? Quel moyen qu'elle pénètre dans des esprits prévenus, entêtés de mille préjugés, obstinés à ne pas voir ce qu'elle leur montre, ou à voir les choses sous un faux jour, qu'ils se sont fait à eux-mêmes ? Cette maladie est bien commune chez les personnes de piété ; et, parce que sa source est dans l'orgueil, elle oppose à la grâce un obstacle que l'humiliation seule peut surmonter, et qu'elle ne surmonte pas toujours.
Jésus-Christ, la lumière du monde, est venu pour nous guérir de notre aveuglement. Mais il exerce, en cela, une espèce de jugement plein de bonté pour les uns, et de justice pour les autres. Il donne la vue à ceux qui ne voient pas, et il aveugle ceux qui voient. Que veulent dire ces paroles ? Est-ce que parmi les hommes, avant qu'il les éclaire, il en est qui ne voient pas, et d'autres qui voient ? Non ; tous sont également aveugles. Mais les uns, instruits par sa grâce de leur triste état, reconnaissent humblement qu'ils le sont : ils lui demandent avec instance leur guérison ; et ceux-là il les éclaire, et ne cesse de les éclairer tant qu'ils usent bien de sa lumière et qu'ils se laissent absolument conduire par elle. Les autres ne veulent pas convenir qu'ils sont aveugles ; et il les laisse dans leur aveuglement, qui devient incurable. Ou ils n'attribuent les lumières qu'ils reçoivent de lui, et se les approprient comme si elles venaient de leur fonds ; et, en punition, il les leur retire. Ou, enfin, ils usent mal des lumières qu'il leur donne : ils les négligent, ils les redoutent et les fuient ; et ils méritent justement d'en être privés.
De quel nombre sommes-nous et voulons-nous être ? Malheur à nous si nous adhérons à notre propre esprit, si nous voulons juger par nous-mêmes des voies de Dieu, et nous rendre les arbitres de notre propre conduite ! Dieu nous laissera à nous-mêmes. Et que peut-il arriver à un aveugle qui se conduit, sinon de tomber dans le précipice ! Malheur aussi à nous, s'il nous arrive de nous approprier les lumières que Dieu nous envoie, de les regarder comme notre bien, d'en tirer vanité, et de les faire servir à nourrir notre présomption ! Sa jalousie ne nous pardonnera pas ce larcin, et nous dépouillera d'un bien que nous usurpons. Malheur enfin à nous, si nous ne tirons pas des lumières que nous recevons tout le profit que Dieu a en vue ; si nous craignons d'être éclairés sur ce qu'il demande de nous, parce que nous ne sommes pas déterminés à lui donner tout ! Il donnera à d'autres les lumières qu'il nous destinait ; et, au lieu d'avancer, nous reculerons.
Imitons donc l'aveugle de l'Évangile ; persuadons-nous bien que nous sommes toujours investis de ténèbres, et que nous n'avons aucune ressource en nous-mêmes pour en sortir. Disons continuellement à Jésus-Christ : Seigneur, faites que je voie. Éclairez-moi, ou par vous-même, ou par celui que vous m'avez donné pour guide. Si nous avons à délibérer sur quelque chose, craignons de nous décider nous-mêmes ; craignons d'agir par un instinct de nature, par un mouvement de passion, par préjugé, par respect humain ; mais demandons humblement à Dieu qu'il nous éclaire, qu'il nous montre la vérité, et qu'il nous donne le courage de la suivre. Tenons notre esprit dans une dépendance continuelle de la lumière divine ; et soyons convaincus que, si elle nous quitte un seul instant, nous ferons un faux pas.
Ce n'est pas tout : rendons grâces à Dieu de ses lumières, reconnaissant que nous les tenons de lui. Ne comptons pas sur nos réflexions ni sur la pénétration de notre esprit. Les choses de Dieu ne s'entendent que par l'esprit de Dieu. Il se plaît à éclairer les âmes simples, qui sont pénétrées de leur ignorance, qui ne s'attribuent rien, qui ne jugent de rien par elles-mêmes, et qui rapportent à Dieu, comme à la source, tout ce qu'elles ont de connaissances. Oh ! si nous savions combien le propre esprit est dangereux, combien Dieu est jaloux de l'humilier, de l'abattre, de l'anéantir, nous n'aurions point de repos que nous ne l'ayons mis sous nos pieds, et nous en ferions le sacrifice avec la plus grande joie ; nous nous estimerions heureux d'être dans l'impuissance de rien prévoir, de réfléchir sur rien, de dire un seul mot, d'avoir une seule pensée, de former un seul jugement de nous-mêmes, et de dépendre, en tout cela, de la motion divine ; nous nous appliquerions à tenir toujours notre esprit dans une espèce de vide, afin que Dieu pût le remplir, à son gré, et nous étoufferions avec soin toute pensée que nous sentirions naître de notre propre fonds ! Heureuse l'oraison, heureux l'état où l'esprit n'agit plus que d'une manière directe et imperceptible ; c'est une preuve que Dieu s'en est emparé, et qu'il veut s'en rendre tout à fait le maître. Ne nous plaignons point de ce que cet état a de pénible. C'est une espèce d'aveuglement, mais qui est produit par la lumière divine : on n'y voit rien de distinct, mais, à la faveur de cette lumière, on distingue très-clairement, au besoin, tout ce qu'on a à faire. Que faut-il davantage ? Le repos de l'esprit en Dieu n'est-il pas préférable à l'exercice de l'esprit hors de Dieu ?
Enfin, usons de la lumière que Dieu nous communique, soit pour connaître notre misère et nous en humilier, soit pour discerner ce que Dieu veut de nous et le pratiquer, soit pour apercevoir nos défauts et nous en corriger. Ne craignons pas certaines vues que Dieu nous donne, parce que ces vues nous contrarient, et que l'exécution coûte à notre lâcheté. Ne haïssons pas le miroir qui nous montre notre laideur ; aimons la vérité qui nous reprend, et croyons qu'après la connaissance de Dieu, il n'est rien de plus utile pour nous que la connaissance de nous-mêmes. Bien plus, soyons persuadés que nous ne nous élèverons à la connaissance de Dieu qu'à proportion que nous connaîtrons et que nous sentirons mieux notre néant. Ce sont deux abîmes, dont l'un attire l'autre, selon l'expression de l'Écriture. Aveugles sur ces deux objets qui comprennent tout pour nous, disons avec saint Augustin : Que je vous connaisse, Seigneur, et que je me connaisse !


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à Faiblesse et corruption du cœur humainDes maladies de l'âme, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Que c'est une chose dangereuse que de résister au Saint-Esprit, Défiez-vous de vous-même et ne croyez pas à toutes sortes d'esprits, De l'étude des Lettres, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, L'Orgueil, ce cercle infernal, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.
















mercredi 27 mai 2020

Un temps viendra où quiconque vous fera mourir, pensera faire un sacrifice à Dieu




MÉDITATION POUR LE MERCREDI D'APRÈS L'ASCENSION



Ils vous chasseront de leur synagogue, et même un temps viendra où quiconque vous fera mourir, pensera faire un sacrifice à Dieu
. (S. Jean, ch. 16)



I. Considérez que ce que les Juifs ont fait à l'égard des Disciples de Jésus-Christ, le monde continue de le faire à l'égard de ceux qui tâchent de rendre un fidèle service à ce divin Sauveur : le monde censure leurs actions ; il se moque de leur dévotion ; il condamne leurs intentions ; il traverse leurs bons desseins ; il méprise leurs personnes, et souvent il les calomnie et les persécute ; mais c'est à eux que s'adressent ces paroles de Jésus-Christ : Vous serez bienheureux, leur dit ce divin Sauveur, quand les gens du monde parleront mal de vous, quand ils vous mépriseront et vous persécuteront pour l'amour de moi; réjouissez-vous et tressaillez d'allégresse le jour que cela vous arrivera, car votre récompense sera grande dans le ciel.
Voyez si c'est à vous que Jésus-Christ parle ; demandez-lui la grâce de lui être fidèle en toute sorte d'occasions, malgré tout ce que le monde pourra dire ou faire contre vous, et de persévérer en cette fidélité jusqu'à la mort, afin que vous soyez digne de recevoir un jour la couronne de gloire.

II. Considérez qu'encore que les Juifs et les autres Infidèles qui persécutaient et mettaient à mort les Apôtres, pensassent faire un sacrifice à Dieu, cette fausse persuasion néanmoins ne les excusait pas, parce qu'ils pouvaient et devaient écouter et croire les vérités qui leur étaient annoncées, et se soumettre à la loi de Jésus-Christ.
Apprenez de là que vous ne devez pas inconsidérément suivre les mouvements de votre prétendue ferveur et de votre zèle, ni blâmer et censurer témérairement ceux qui ne suivent pas vos sentiments particuliers ; mais que vous devez regarder et peser les choses devant Dieu, et en juger toujours, non selon vos inclinations et vos dispositions particulières, mais selon les sentiments de l'Église et les maximes de l'Évangile de Jésus-Christ : demandez la lumière et la grâce du Saint-Esprit pour vous comporter de la sorte.

III. Considérez encore que, quoique les Apôtres reconnussent bien que ceux qui les persécutaient y étaient portés par un faux zèle du service de Dieu, ils ne se troublaient pas pour cela, et ils n'étaient pas moins fermes et constants dans la confession du saint nom de Jésus-Christ.
Ainsi, quoique les personnes du monde prennent quelquefois des prétextes spécieux pour vous détourner de la pratique de quelque bonne œuvre, il ne faut pas pour cela l'abandonner, ni quitter le service que Dieu désire de vous, et que vous avez pris la résolution de lui rendre.
Souvenez-vous que l'ange de ténèbres se transforme quelquefois en ange de lumière, et demandez à Dieu non-seulement la force de ne pas céder aux contradictions et aux persécutions qui peuvent vous arriver dans ce service ; mais demandez-lui aussi l'esprit de sagesse et de discernement pour ne pas vous laisser surprendre par de spécieux prétextes, ni de fausses apparences de bien, que le monde et le démon emploieront pour vous séduire et pour vous abuser.


PRATIQUES

Ne censurez, ne blâmez pas les autres, Dieu sera leur juge.
Quand on vous blâme et qu'on vous censure, prenez patience, Dieu sera votre vengeur.


(Méditation tirée de La Couronne de l'Année Chrétienne)



Reportez-vous à Ils vous traiteront de la sorte, parce qu'ils ne connaîtront ni mon Père ni moiMéditation pour le Jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, Le Seigneur Jésus fut élevé dans le ciel, et il est maintenant assis à la droite de Dieu, Les Apôtres et les Disciples ayant adoré Jésus-Christ, s'en retournèrent remplis de joie à Jérusalem, Quand le Consolateur que je vous enverrai de la part de mon Père, l'Esprit de vérité qui procède de mon Père, sera venu, il rendra témoignage de moi, Et vous aussi, qui avez été dès le commencement en ma compagnie, vous rendrez témoignage de moi, Je vous ai dit toutes ces choses, afin que vous ne vous scandalisiez point, Méditation pour la Fête de l'Ascension, Instruction sur la Fête de l'Ascension, Méditation pour le Lundi d'après l'Ascension, Méditation pour le Mardi d'après l'Ascension : Jour de recueillement, Méditation pour le Mercredi d'après l'Ascension, Méditation pour le Jeudi d'après l'Ascension, Instruction sur le Saint-Esprit, Mission du Saint-Esprit, Instruction sur la Fête de la Pentecôte, Méditation sur la Fête de la Pentecôte : ils furent tous remplis du Saint-Esprit Méditation pour la veille de la Pentecôte, Méditation pour le Jour de la Pentecôte, Preuves directes de la divinité du Saint-Esprit : noms, attributs et œuvres, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte Trinité, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit, Le Saint-Esprit dans l'Ancien Testament, promis et figuré, Le Saint-Esprit prédit, Le Saint-Esprit dans le Nouveau Testament, première création : La Sainte Vierge Marie, Seconde création du Saint-Esprit : Notre Seigneur Jésus-Christ, Troisième création du Saint-Esprit : l’Église, Méditation pour le Dimanche de la Sainte Trinité, Neuvaine préparatoire à la Fête de la Pentecôte : Prière pour demander les sept Dons du Saint-Esprit, Méditation pour le Mercredi après la Pentecôte, Méditation pour le Mardi après la Pentecôte, Méditation pour le Lundi de Pentecôte, XIe Dimanche après la Pentecôte : Réflexions pratiques, Accueillir le Saint Esprit de Dieu, Litanie du Saint-Esprit, Catéchisme, Leçon II : De la Trinité, Leçon VI : Du Saint-Esprit, et Leçon XXIII : De la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres.














mercredi 15 avril 2020

De la conduite qu'il faut tenir à l'égard des Énergumènes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin


Extrait du CATÉCHISME SPIRITUEL DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE, TOME I, Composé par le R. P. J. J. SURIN, de la Compagnie de Jésus :





De la conduite qu'il faut tenir à l'égard des Énergumènes



Quels sont les devoirs de ceux qui conduisent les Énergumènes ?

Ces trois, qui sont l'exorcisme, pour leur donner du soulagement ; la direction pour procurer leur avancement spirituel, et le soin de leur ménager certains secours extérieurs.


Quelles dispositions demande l'exorcisme de la part de celui qui le fait ?

Beaucoup de lumière, un grand courage, et surtout la persévérance.


Pourquoi a-t-il besoin de lumière ?

Pour faire le discernement des esprits qui agitent la personne tourmentée ; c'est-à-dire, pour distinguer les différentes opérations de chacun des Démons qui la dominent ; pour bien connaître leurs desseins et leurs artifices, afin de les combattre avec succès. Nous parlerons plus amplement de ce premier devoir dans le chapitre septième.


Pourquoi a-t-il besoin de courage et de persévérance ?

À cause de la résistance de ces malins esprits, laquelle est capable d'étonner et de décourager tout homme qui n'aura pas une grande force d'esprit, et qui ne s'appuiera pas fortement sur la foi. Cette guerre est difficile ; il faut que celui qui l'entreprend, se munisse de constance, et soit bien déterminé à ne point se rebuter jusqu'à ce qu'il soit venu à bout de ses prétentions, c'est-à-dire, d'humilier le démon, de soulager la personne affligée, en lui rendant son entière liberté, qui consiste dans l'usage libre de toutes ses facultés, et surtout de celles de l'esprit.


De quelles armes l'Exorciste doit-il se servir dans ce combat ?

1. De la prière, et quelquefois du chant de l'Église, se joignant au peuple pour invoquer Dieu contre les Démons. 2. Des paroles de l'Écriture sainte, qui sont marquées dans le Rituel, et de plusieurs autres tirées des Psaumes, du Livre de Job, etc. 3. De la sainte Eucharistie, offrant à cette fin le Sacrifice de la Messe, et approchant même le Corps de Jésus-Christ de la personne tourmentée : ce qui pourtant ne doit se faire que rarement et avec précaution, prenant garde de ne point tirer la sainte hostie hors du Ciboire.


Quelle est la vertu la plus nécessaire à l'Exorciste ?

C'est la prudence. Il en a besoin, en premier lieu, contre le Démon, qu'il ne faut pas écouter sans nécessité, pour ne pas lui donner occasion de mêler dans ses réponses des accusations contre différentes personnes, de fausses révélations, des instructions qui paraissent importantes et données à propos, mais qui ne manquent jamais de tromper ceux qui les suivent. En second lieu, il faut de la prudence à l'égard de la personne possédée, pour ne pas la fatiguer, en poussant trop loin l'Exorcisme. En troisième lieu, l'Exorciste en a besoin pour soi-même. Lorsque ce sont des personnes du sexe, qui se trouvent dans le pitoyable état dont nous parlons ; si celui qui entreprend de les secourir n'est pas bien sur ses gardes, il sera aisé au démon d'exciter en lui une fausse compassion et une tendresse dangereuse, qui le fera donner dans de grands inconvénients, sous prétexte de soulager la personne tourmentée. Ce piège est fort ordinaire : plusieurs y ont été pris, et ont fait des chutes grièves ; d'autres ne s'en sont aperçus qu'en se voyant sur le point de tomber dans de grands désordres.


Les personnes possédées sont-elles capables de direction ?

Oui, pourvu que celui qui les conduit prenne un soin particulier de la culture de leur âme.


À quoi doit viser le Directeur ?

1. En général à l'avancement spirituel de ces personnes. 2. En particulier à leur faire recevoir comme il faut les Sacrements. 3. À tirer avantage de l'état où elles se trouvent.


Que doit faire le Directeur pour l'avancement spirituel des personnes possédées ?

Premièrement, il doit tâcher de lever le grand obstacle, en procurant leur entière délivrance, ou du moins l'usage libre de leurs puissances intellectuelles, sans lequel on ne peut rien faire ; et il faut qu'il emploie pour cela les Exorcismes, la prière, et les autres moyens que le zèle et la prudence peuvent suggérer.
Secondement, il ne doit pas attendre qu'elles aient recouvré une entière liberté : pour peu qu'il leur en trouve, il doit en profiter, et les engager à faire des efforts pour leur avancement. C'est beaucoup que de gagner quelque chose sur l'ennemi, parce qu'un petit bien qu'on pratique, dispose à un plus grand, et qu'une, œuvre si difficile ne s'accomplit ordinairement que peu à peu. Prétendre chasser le démon, et délivrer entièrement la personne, avant que d'en rien exiger, ce serait attendre de Dieu un miracle, qu'il ne lui plaît pas toujours de faire, et cependant laisser échapper plusieurs occasions dont on pourrait se servir utilement. Il est donc important d'être attentif aux moindres intervalles de liberté, pour les faire employer saintement à la personne possédée, et pour affaiblir par ce moyen la puissance du démon.
Troisièmement, le Directeur doit exiger de la personne affligée, qu'elle profite des moments libres qu'elle aura, pour pratiquer la vertu ; parce que (comme dit un ancien Auteur,) la foi des énergumènes contribue à leur délivrance, autant que le pouvoir et les saintes dispositions de celui qui travaille à les délivrer. Prout fides patientis adjuvat, aut gratia curantis aspirat. Mais lorsqu'il y a beaucoup d'application d'un côté, et une égale coopération de l'autre, on peut attendre de cet accord une victoire complète sur le démon, pourvu que de part et d'autre on ne se lasse point de veiller, de combattre, et de se confier en Dieu.


Comment faut-il aider les Énergumènes par l'usage des Sacrements ?

Tous les soins de celui qui les gouverne, doivent tendre à leur procurer le libre usage de leurs puissances, et toute la présence d'esprit dont ils ont besoin pour se bien confesser, et pour recevoir la sainte Eucharistie. Et il ne doit point se faire une peine de leur permettre la fréquente Communion, lorsqu'ils ont d'ailleurs les dispositions requises pour communier fréquemment. Mais afin d'agir avec prudence, il ne suffit pas qu'il assure que la personne possédée est à soi ; il faut qu'il prenne un temps considérable pour la préparer lui-même, et lui suggérer les actes qui disposent à la réception de l'Eucharistie. Par cette conduite, il l'enflammera de l'amour de Dieu ; le Démon perdra de sa force, et Notre-Seigneur peu à peu par ses fréquentes visites se rendra, maître de la place. S'il ne juge pas à propos d'en chasser entièrement le démon, il limitera son pouvoir, il le mettra à l'étroit, et le reléguera, pour ainsi dire, dans un petit coin : de sorte que l'Énergumène sera aussi tranquille que s'il était entièrement délivré.
C'est donc le Corps de Jésus-Christ qui doit opérer cette parfaite délivrance. Et c'est à la prudence du Directeur à dispenser à propos ce Corps adorable, et à l'appliquer comme un puissant remède contre les opérations intérieures des malins esprits.


Quelles sont ces opérations ?


Elles sont en très-grand nombre. Ce qu'on peut dire de plus précis, c'est qu'il y a ordinairement plusieurs démons dans un même Énergumène, et que chacun de ces démons a sa fonction particulière. L'un porte à la sensualité la personne possédée, l'autre à l'orgueil ; celui-ci prend à tâche de l'émouvoir à la colère, ou de la jeter dans la tristesse ; celui-là travaille à la tenir dans une dissipation continuelle, ou à lui donner du penchant à la plaisanterie, afin d'étouffer en elle tout esprit de recueillement. Le Directeur doit s'étudier à connaître ces différentes opérations pour les combattre, déclarant d'abord la guerre à celui des démons qui domine le plus, et ne lui donnant point de relâche jusqu'à ce qu'il l'ait abattu. Les armes les plus puissantes qu'il puisse employer sont, comme nous avons dit, le Sacrement de Pénitence, et celui de l'Eucharistie, reçu avec les dispositions convenables.


Comment est-ce que le Directeur peut tirer avantage de la possession pour l'avancement spirituel de l'Énergumène ?

En se servant des opérations du malin esprit, pour connaître et pour guérir les défauts de la personne possédée. La coutume du démon est de se prévaloir de ces défauts, de les soutenir, et de les faire éclater. Une faute qu'il voit commettre, lui donne occasion de remonter jusqu'au penchant et de le pousser aussi loin qu'il peut. Le Directeur instruit de cet artifice, doit l'employer lui-même comme un moyen pour connaître les défauts de l'Énergumène ; et lorsqu'il les a connus, il doit se servir du démon contre le démon même, en l'attaquant dans les défauts qu'il soutient, et en l'irritant pour l'obliger à sortir. Il doit imiter à cet égard la conduite d'un habile chirurgien, qui presse un ulcère pour en faire sortir le pus. Il faut ensuite faire connaître à la personne possédée, les défauts qu'on a remarqués, et lui fournir des remèdes pour guérir, dans la pratique des vertus contraires à ces défauts, et dans l'usage des Sacrements. Cette méthode conduit à une entière délivrance, par la fuite des démons, qui au sentiment de l'auteur que nous avons déjà cité, ou sortent tout d'un coup, ou se retirent peu à peu, et d'une manière insensible. Aut statim exiliunt, aut gradatim evanescunt.


Quel est le troisième devoir de ceux qui conduisent les Énergumènes ?

C'est d'employer certains moyens où la coopération de l'Énergumène n'a point de part. Il y en a trois principaux : le premier est la prière : car ce que Notre-Seigneur a dit au sujet de certains possédés, se vérifie en la plupart des possessions. On ne peut chasser ces Démons qu'avec la prière et le jeûne. (Matth. 7) C'est donc au Directeur à prier, et à prier sans cesse pour le soulagement et la délivrance de ceux qu'il veut mettre en liberté. Le second moyen est la pénitence qui obtient tout de Dieu, lorsqu'elle est jointe à la prière. Le troisième moyen est de faire en sorte que l'Énergumène, hors le temps de l'exorcisme, ne soit pas abandonné à lui-même, et qu'autant qu'il se peut, il ait toujours auprès de lui quelque personne sage et vertueuse, capable de le consoler et de lui donner du secours. Comme il n'est point en cette vie d'affliction plus grande que celle de la possession, il n'en est point aussi qui soit plus digne de compassion, et qui ait plus besoin de soulagement.
Pour s'instruire à fond sur cette matière, il serait très-utile de lire le Traité des Énergumènes, composé par le Cardinal de Berule.



Reportez-vous à Éclaircissement touchant la possession des Religieuses Ursulines, et de quelques autres personnes de la Ville de Loudun, Que Satan communique avec l'homme depuis l'état du péché, et jusqu'où arrive cette communicationQue la Misère est grande de l'homme possédé de Satan, qui livre un combat furieux à son Âme, et donne un tourment extrême à son CorpsDes opérations malignes, par le R.-P. Jean-Joseph SurinAvis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph SurinOrdre de la vie spirituelle pour les Directeurs, par le R.-P. 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Jean-Joseph Surin, Méditation sur la nécessité des progrès dans la vertu, De la Réduction des Hérétiques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de l'Amour, de la Haine, du Désir et de l'Aversion, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques moyens de bien faire l'oraison mentale, Pour la direction et la progression spirituelles : Quel chrétien êtes-vous ?, et Le souvenir de nos péchés est un moyen propre pour nous aider à supporter avec résignation, toutes les afflictions que Dieu nous envoie.