jeudi 30 novembre 2017

Méditation pour la Fête de Saint André, Apôtre : Je vous salue, croix précieuse...



Méditation

Pour la fête de Saint André, Apôtre

(30 novembre)





Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés.



I. PRÉLUDE. — Représentons-nous saint André au moment où, apercevant la croix qui lui était préparée, il s’écria : « Je vous salue, croix précieuse, etc. »


II. PRÉLUDE.
— Obtenez-moi, saint Apôtre, la grâce d'estimer, d’aimer la croix de mon divin Sauveur, et de m'y laisser attacher selon son bon plaisir.


I. Point. — La croix est précieuse aux yeux des vrais disciples de Jésus.

L’estime et l'amour de la croix sont les sujets de méditation que présente naturellement la fête d'un Saint dont tous les désirs ne tendaient qu'à être crucifié avec son divin Maître. Le cœur de saint André avait goûté cette maxime si opposée à la nature, que pour être heureux, il ne faut jamais être sans souffrir : je dois m’efforcer de la goûter ainsi que lui, puisque le cœur de mon Sauveur veut m'unir à ses sentiments, à ses affections et à ses volontés : Quelles sont donc les considérations qui doivent me faire chérir la souffrance ?

Elles sont en grand nombre : en souffrant, je puis satisfaire pour mes péchés, réparer l'injure qu'ils ont faite à mon Dieu, et acquérir cette entière pureté de cœur que Jésus veut trouver dans ses véritables disciples. En souffrant, j'accomplis la volonté du Père céleste, je me conforme à mon divin Modèle, je m'unis étroitement à son Cœur, et je détruis en moi le règne de la concupiscence, pour y substituer celui du saint amour. En souffrant, je puis attirer sur ceux qui me sont chers des grâces nombreuses et puissantes, et obtenir aux pécheurs des moyens de conversion. Car la souffrance est le moyen par lequel Jésus-Christ a sauvé le monde, et c’est aussi par la souffrance que ses disciples doivent continuer son œuvre. Oh ! que la croix doit donc me sembler précieuse, et combien je dois être empressée de l’accueillir de quelque côté qu’elle me vienne !


II. Point. — La croix parait aimable aux vrais disciples de Jésus.

La croix n'est pas seulement estimable à cause de précieux avantages qu'elle procure aux âmes fidèles ; elle est encore infiniment aimable aux cœurs épris de l'amour de Jésus. Comme elle est le lit de souffrance sur lequel ce divin Sauveur a rendu le dernier soupir, et que c’est en l'arrosant de son sang qu’il nous a donné la preuve la plus forte et la plus touchante de sa tendresse, ses véritables amis n'aspirent qu'à s’y attacher à leur tour, afin d’aimer leur divin Maître du même amour dont ils en ont été aimés, et de lui rendre souffrances pour souffrances, vie pour vie. Ce fut ce sentiment qui inspira à saint André, lorsqu'il vit la croix sur laquelle il devait mourir, ces paroles où se peignait si bien son cœur :

« Je vous salue, croix précieuse, qui avez été consacrée par le corps de mon Dieu, et ornée de ses membres comme de riches pierreries.... Je m'approche de vous dans de vifs transports de joie ! Ô croix salutaire qui avez été embellie par les membres du Seigneur, je vous ai ardemment aimée ; il y a longtemps que je vous désire et que je vous cherche : enfin mes vœux sont accomplis, recevez-moi dans vos bras, en me tirant du milieu des hommes, et présentez-moi à mon Maître. Que celui qui s'est servi de vous pour me racheter puisse me recevoir par vous. »

Ces sentiments ont été ceux de tous les saints : sont ils les miens ? suis-je empressée de m’attacher à la croix de mon adorable Époux ? sais-je du moins recevoir de bon cœur et supporter avec patience les légères souffrances, les petites contrariétés par lesquelles son amour veut me donner quelque conformité avec lui ?


COLLOQUE avec Jésus crucifié. — Lui offrir l'amour et les mérites de saint André et ceux de tous les saints qui ont chéri et embrassé la croix. — M'humilier de me trouver dans des dispositions si différentes de celles de ces grands modèles. — Supplier le Cœur de mon bon divin Maître de me donner l'amour des souffrances, la joie dans les épreuves et cet amour fort et généreux qui ne se nourrit que de travaux et de sacrifices.


RÉSOLUTIONS. — Accepter de bon cœur tous les sujets de peine, de contrariété, d'affliction que le Cœur de Jésus me ménagera aujourd'hui. — M’imposer quelques pratiques de mortification, surtout intérieure:


Bouquet spirituel. — Cœur de Jésus, immolé pour moi sur la croix, faites que je vous aime du même amour dont vous m’avez aimé.


PRIÈRE.Recevez, Seigneur... (Prière de Saint Ignace de Loyola)



Extrait de "Méditations sur les principaux mystères de la Très Sainte Vierge, et pour les fêtes des Saints..." (Imprimatur, 1840).








Reportez-vous à Litanies de Saint André et Méditation sur les Prières que l'on adresse à Dieu pour ses besoins temporels.














dimanche 26 novembre 2017

Méditation sur l'application aux devoirs de son état


Saint Joseph Charpentier (Georges de La Tour)






1er point. Cette application est indispensable. Vous vivez dans le monde, et vous ne voulez point y avoir d'autre occupation que la prière ; d'autre soin, d'autre travail que celui de méditer les vérités du salut : c'est un abus. Vous ne pouvez être un vrai Chrétien qu'autant que vous remplirez fidèlement les devoirs de votre état. Je vous en conjure, mes frères, disait l'Apôtre Saint Paul aux premiers Fidèles, et je vous le commande de la part de Dieu ; que chacun de vous s'applique à son affaire. C'est-à-dire, à l'affaire dont il est chargé par sa profession et par son état. Voilà un commandement et une prière à la fois, qui marque à quel point l'Apôtre jugeait cette application importante et nécessaire pour le salut.


2e point.
Cette application est souvent négligée, par ceux même qui font profession de piété. On pratique tous les devoirs extérieurs de la Religion, et l'on ne fait pas ceux de sa charge. On prolonge ses prières dans le saint Temple, et l'on abrège le temps que l'on doit au travail. On entre dans toutes les œuvres de charité, et l'on néglige des obligations de justice. On prie Dieu à la guerre, et l'on y fait négligemment le service du Prince.




Reportez-vous à Prière de Saint Pie X au glorieux Saint Joseph modèle des travailleurs, Méditation sur le mérite attaché à la pratique des devoirs de son état, Méditation sur la fidélité que la Religion nous inspire à l'égard des devoirs de notre état, Méditation sur le motif qui doit nous conduire dans la pratique des devoirs de notre état, Méditation sur les dangers propres de chaque état, Méditation sur les vertus qu'on exerce en pratiquant les devoirs de son état, Méditation sur l'usage qu'un Chrétien doit faire de ses talents, Méditation sur les prétendus avantages de la naissance, Méditation sur la dévotion des Grands, Méditation sur les obligations attachées aux Charges et aux Dignités du monde, Méditation sur la pensée de la mort, Méditation sur la fausseté des jugements téméraires, Méditation sur les prétextes qu'on emploie pour justifier le jugement téméraire, Méditation sur les jugements téméraires, par le défaut d'équité, Méditation sur les jugements téméraires, par le défaut de connaissance, Méditation sur les jugements téméraires, par défaut d'autorité, Méditation sur les défauts qui rendent un jugement téméraire, Méditation sur les bornes que l'on doit mettre à la défiance et aux soupçons, Méditation sur les soupçons, Méditation sur la défiance, Méditation sur la défense de juger le prochain, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur la connaissance des vertus et des vices, Méditation sur l'Espérance Chrétienne, Méditation sur les caractères de la vraie et de la fausse pénitence, Méditation sur la vraie pénitence, Méditation sur le respect humain, Méditation sur le crime du respect humain, Méditation sur la piété extérieure, Méditation sur les moyens de guérir les illusions de la fausse conscience, Méditation sur les péchés d'ignorance, Méditation sur l'aveuglement de la Conscience, Méditation sur le repos de la conscience, Méditation sur la conscience, Méditation sur la passion dominante, Méditation sur les moyens de connaître les passions dominantes, Méditation sur l'amour de la vie, Méditation sur le détachement des biens de ce monde, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur le péché de scandale, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Méditation sur l'illusion des prétextes dont on s'autorise pour ne pas quitter l'occasion du péché, Méditation sur la fuite des occasions prochaines du péché, Méditation sur la recherche volontaire de l'occasion prochaine du péché, Méditation sur l’œil qui scandalise, et Méditation sur la distinction du péché mortel et du péché véniel.















samedi 25 novembre 2017

Méditation sur la pensée de la mort










1er point. Pensez souvent à la mort. Ce n'est pas assez, pensez-y tous les jours, pensez-y continuellement : 1°, Pour être toujours prêt à paraître devant Dieu : Soyez prêts, disait le Sauveur, parce que le Fils de l'Homme viendra à l'heure que vous n'y penserez pas. Son arrivée ; c'est la mort qui vous surprendra, si vous n'y êtes toujours préparé. Or, comment y serez-vous préparé, si vous y pensez rarement, si vous n'y pensez jamais ? L'instant où vous perdrez de vue ce moment décisif de votre salut, sera justement celui que Jésus-Christ prendra pour vous appeler à lui. Ayez donc toujours votre dernière heure devant les yeux, disait Saint Basile : quand le jour commence, doutez si vous en verrez la fin ; et quand vous entrez dans les ténèbres de la nuit, ne vous assurez pas de voir le jour suivant.


2e point.
2°, Pour sanctifier toutes vos actions. Non, il n'y a point de moyen plus efficace pour nous engager à bien vivre, que de penser que chaque jour qui commence sera peut-être le dernier jour de notre vie. C'est ainsi qu'en usait le Saint homme Job : Depuis que je suis au monde, disait-il, j'attends chaque jour que mon changement arrive : vous m'appellerez, Seigneur, et je vous répondrai. Appelez-moi quand il vous plaira ; à quelque heure, en quelque lieu que ce soit, je suis prêt à vous répondre. Mettez-vous en état de tenir à Dieu le même langage.



Lire "Je me suis réjoui parce qu'on m'a dit : Nous irons dans la Maison du Seigneur" du R.P. Noël Barbara.


Reportez-vous à Extrait du Sermon sur la Mort de Saint Robert Bellarmin, Défendre le Cimetière, De la méditation de la mort, Tu es poussière et tu retourneras en poussière, Méditation sur la Préparation à la mort, Méditation sur la disposition habituelle où les Chrétiens doivent être à l'égard de leur mort, Litanies de la bonne mort, Méditation sur le désir de la mort, Méditation sur la crainte de la mort, Méditation sur l'éternité des peines de l'Enfer, Méditation sur la justice de Dieu, Méditation sur la voie étroite, Méditation sur la Pénitence différée à l'heure de la mort, Méditation sur la fausse idée que les Pécheurs se forment de la miséricorde de Dieu, Méditation sur le délai de la conversion, Méditation sur l'incertitude de l'avenir, Méditation sur le bon usage du temps présent, Méditation sur l'inquiétude de l'avenir, Méditation sur l'emploi du temps, Méditation sur l'expiation du péché, Méditation sur la réparation du péché, Méditation sur la fausseté des jugements téméraires, Méditation sur les prétextes qu'on emploie pour justifier le jugement téméraire, Méditation sur les jugements téméraires, par le défaut d'équité, Méditation sur les jugements téméraires, par le défaut de connaissance, Méditation sur les jugements téméraires, par défaut d'autorité, Méditation sur les défauts qui rendent un jugement téméraire, Méditation sur les bornes que l'on doit mettre à la défiance et aux soupçons, Méditation sur les soupçons, Méditation sur la défiance, Méditation sur la défense de juger le prochain, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur la connaissance des vertus et des vices, Méditation sur l'Espérance Chrétienne, Méditation sur les caractères de la vraie et de la fausse pénitence, Méditation sur la vraie pénitence, Méditation sur le respect humain, Méditation sur le crime du respect humain, Méditation sur la piété extérieure, Méditation sur les moyens de guérir les illusions de la fausse conscience, Méditation sur les péchés d'ignorance, Méditation sur l'aveuglement de la Conscience, Méditation sur le repos de la conscience, Méditation sur la conscience, Méditation sur la passion dominante, Méditation sur les moyens de connaître les passions dominantes, Méditation sur l'amour de la vie, Méditation sur le détachement des biens de ce monde, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur le péché de scandale, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Méditation sur l'illusion des prétextes dont on s'autorise pour ne pas quitter l'occasion du péché, Méditation sur la fuite des occasions prochaines du péché, Méditation sur la recherche volontaire de l'occasion prochaine du péché, Méditation sur l’œil qui scandalise, et Méditation sur la distinction du péché mortel et du péché véniel.















dimanche 19 novembre 2017

Vie de Sainte Élisabeth de Hongrie





DIX-NEUVIÈME JOUR DE NOVEMBRE



SAINTE ÉLISABETH DE HONGRIE


VEUVE, DU TIERS-ORDRE



"Le Palmier séraphique" (Tome XI)





1231. — Pape : Grégoire IX. — Roi de France : Saint Louis.


Il semble que Dieu ait donné au monde cette glorieuse princesse pour faire voir jusqu’où peut aller la force de l’humilité chrétienne et l’amour de la croix, du détachement des choses de la terre, de l’esprit de pauvreté dans le bonheur d'une illustre naissance, et du désir de se dépouiller pour revêtir les pauvres de Jésus-Christ. Élisabeth était fille d’André II, roi de Hongrie, qui s’est rendu illustre par sa piété et par sa justice, et de Gertrude de Méranie ou d’Andechs, son épouse, qui avait eu pour père le grand-duc de Carinthie. Elle était aussi, par sa mère, nièce de sainte Hedwige, duchesse de Silésie et de Pologne, et elle eut pour frère Béla IV, roi de Hongrie, lequel, outre ses rares qualités qui en ont fait un très-grand et très-saint monarque, eut le bonheur d’être père de sainte Cunégonde, qui conserva la virginité dans le mariage avec Ladislas, duc de Pologne, et, ayant depuis embrassé l’Ordre de Sainte-Claire, y fit un nombre infini de miracles ; et de sainte Marguerite de Hongrie, religieuse de l’Ordre de Saint-Dominique.

Enfin, elle eut pour second frère Coloman, roi de Galicie et prince de Russie, qui garda une continence perpétuelle avec la bienheureuse Salomée de Pologne, son épouse, et mena une vie tout angélique dans les embarras des affaires du monde et dans les troubles continuels de la guerre.

Élisabeth n’était encore âgée que de quatre ans lorsque Hermann, landgrave de Thuringe, prince de Hesse et de Saxe et comte palatin, l’envoya demander en mariage pour le prince Louis son fils, héritier présomptif de tous ses États, qui n’était aussi qu’un enfant. Il obtint ce qu’il demandait, et la jeune princesse fut transportée à Thuringe pour y être élevée à la cour selon les mœurs du pays. On dit qu’elle avait déjà fait paraître en Hongrie une inclination merveilleuse pour l’assistance des pauvres. À mesure qu’elle avançait en âge, Notre-Seigneur opérait plus puissamment dans son âme. Les délices et les ornements du corps lui étaient insupportables. Elle ne se plaisait ni au jeu ni au bal, ni aux vains amusements de la cour, mais seulement à l’oraison. Elle se retranchait tout ce qu’elle pouvait des joyaux dont on la parait, et elle avait mille industries pour pourvoir à la nécessité des mendiants.

Elle prit saint Jean l’Evangéliste pour son patron et pour protecteur de sa chasteté, et elle lui porta toute sa vie une singulière dévotion. Après la mort du landgrave (1216), Élisabeth, qui n’avait alors que neuf ans, fit encore paraître plus d’humilité, de piété et de miséricorde. Lorsqu’elle entrait dans l’église, elle ôtait toujours la couronne de pierreries qu’elle avait sur sa tête, disant qu’il n’était pas raisonnable qu’elle parût en cet état devant son Dieu couronné d’épines. Elle se plaisait mieux avec les jeunes et nobles demoiselles qui furent mises à son service, que dans le tumulte fastueux de la cour. Tout son plaisir était d’être à l’église ou à son oratoire, et elle ne pouvait rien avoir à sa disposition qu’elle ne le distribuât aussitôt aux nécessiteux. Sophie, mère du jeune landgrave, Agnès sa sœur, et la plupart des grands de la cour qui n’avaient que l’esprit du monde, furent fort mécontents de cette conduite ; ils lui en firent souvent des railleries fort piquantes qu’elle souffrait avec une patience invincible : ils tâchèrent d’empêcher l’accomplissement de son mariage, disant qu’elle était plus propre pour le monastère que pour le trône. Mais le jeune prince, dont Dieu avait touché le cœur par ses prières, protesta, en désignant une grande montagne, que, quand on lui offrirait de l’or de la grosseur de cette masse, il ne quitterait pas la résolution qu’il avait prise d’épouser Élisabeth.

Après son mariage, qui eut lieu en 1220, ayant pris pour son directeur le bienheureux Conrad, de Marbourg, prêtre d’une sainteté très-éminente, elle fit des progrès incroyables dans le détachement de cœur de toutes les choses de la terre et dans l’union avec Dieu.

La considération de Jésus-Christ pauvre, souffrant et couvert d’opprobres, la toucha tellement qu’elle n’eut plus d’autre désir que de lui ressembler. Elle regardait le faste de sa dignité souveraine et tous les ornements qui l’accompagnaient avec un mépris que l’on ne peut exprimer. Comme elle voyait en son mari l’image du Sauveur, époux de l’Église, elle l’aimait parfaitement, le suivait dans ses voyages, quelque difficiles qu’ils fussent, mangeait toujours avec lui et ne s’en séparait ni jour ni nuit. Cependant elle passait presque toute la nuit en prières, les larmes aux yeux, prosternée contre terre, et quelquefois tout abîmée dans la contemplation des grandeurs de Dieu et des perfections ineffables de Jésus-Christ. S’il arrivait que le landgrave, en sortant de ses États, fût obligé de la laisser, elle quittait aussitôt ses habits magnifiques et en prenait de simples jusqu’à son retour. Son abstinence et ses austérités étaient extrêmes, et il ne semblait pas qu’un corps aussi délicat que le sien pût les supporter.

Les douze maximes suivantes, que lui avait données son confesseur, étaient comme le résumé de sa règle de conduite :

« 1° Souffrez patiemment les mépris au sein de la pauvreté volontaire ;
2° Donnez à l’humilité la première place dans votre cœur ;
3° Renoncez aux consolations humaines et aux voluptés de la chair ;
4° Soyez miséricordieuse en tout envers le prochain ;
5° Ayez toujours la mémoire de Dieu au fond de votre cœur ;
6° Rendez grâces à Dieu de ce que, par sa mort, il vous a rachetée de l’enfer et de la mort éternelle ;
7° Puisque Dieu a tant souffert pour vous, portez aussi patiemment la croix ;
8° Consacrez-vous tout entière, corps et âme, à Dieu ;
9° Rappelez-vous souvent que vous êtes l’œuvre des mains de Dieu, et agissez, par conséquent, de manière à être éternellement avec lui ;
10° Pardonnez et remettez à votre prochain tout ce que vous désirez qu’il vous remette ou pardonne ; faites pour lui tout ce que vous désirez qu’il fasse pour vous ;
11° Pensez toujours comme la vie est courte, et que les jeunes meurent comme les vieux ; aspirez toujours à la vie éternelle ;
12° Déplorez sans cesse vos péchés, et priez Dieu de vous les pardonner ».

Sa miséricorde envers les pauvres n’avait point de bornes, et il faudrait un volume entier pour en décrire les merveilles. Elle en recevait et en traitait tous les jours un très-grand nombre en son palais, et elle leur fit bâtir plusieurs hôpitaux dont elle était la mère, la protectrice et la nourricière. Tout sales qu’ils étaient, elle les nettoyait de ses propres mains, leur lavait les pieds, leur portait le morceau à la bouche et les pansait avec une charité insurmontable. La difficulté des chemins, la malpropreté des rues, la mauvaise odeur et l’infection des lieux ne l’ont jamais empêchée de visiter à pied les femmes accouchées, les malades, les pauvres honteux et les prisonniers. Un jour qu’on la pressait extrêmement de venir à table, où le landgrave traitait les plus grands seigneurs de son État, étant importunée par un pauvre, elle lui donna son propre manteau ducal en aumône ; mais un ange le rapporta aussitôt, et peut-être était-ce lui-même qui l’avait reçu. Une autre fois, les ambassadeurs du roi son père étant venus vers son mari, quoiqu’elle fût simplement vêtue, elle parut toute couverte d’une robe d’hyacinthe relevée d’or, de pierreries et de perles précieuses. Mais aucun des miracles dont Dieu honora notre Sainte n’est plus populaire que le suivant. Un jour qu’elle descendait accompagnée d’une de ses suivantes favorites, par un petit chemin très-rude que l’on montre encore, portant dans les pans de son manteau du pain, de la viande, des œufs et d’autres mets, pour les distribuer aux pauvres, elle se trouva tout à coup en face de son mari, qui revenait de la chasse. Étonné de la voir ainsi ployant sous le poids de son fardeau, il lui dit : « Voyons ce que vous portez » ; et en même temps il ouvrit malgré elle le manteau qu’elle serrait, tout effrayée, contre sa poitrine ; mais il n’y avait plus que des roses blanches et rouges, les plus belles qu’il eût vues de sa vie ; cela le surprit d’autant plus que ce n’était pas la saison des fleurs. S’apercevant du trouble d’Élisabeth, il voulut la rassurer par ses caresses ; mais il s’arrêta tout à coup en voyant apparaître sur sa tête une image lumineuse en forme de croix. Il lui dit alors de continuer son chemin sans s’inquiéter de lui, et remonta lui-même à la Wartbourg, en méditant avec recueillement sur ce que Dieu faisait d’elle, et emportant avec lui une de ces roses merveilleuses, qu’il garda toute sa vie.

On ne peut dignement représenter sa dévotion à la messe, son attention et sa révérence en entendant le sermon, ses manières humbles au jour du vendredi saint et aux principales fêtes de l’année. Alors il n’y avait point de distinction entre elle et le peuple, et tout son plaisir était de s’humilier devant Dieu pour honorer les anéantissements de son Sauveur.

Pour mieux suivre les inclinations de son humilité, elle embrassa le Tiers-Ordre de Saint-François et elle en reçut le cordon des mains du vénérable Conrad, alors gardien de Marbourg et depuis provincial d’Allemagne.

Cependant Dieu, qui voulait consommer sa sainteté par les exercices les plus héroïques de l’humilité et de la patience, lui enleva le landgrave son époux, qui mourut en Sicile en allant à la Terre-Sainte avec l’empereur Frédéric, pour retirer les saints lieux des mains des infidèles. Dès que cette nouvelle fut venue en Thuringe, le prince Henri, son beau-frère, qui se porta pour régent de l’État, sans avoir égard à la douleur dont une perte si sensible lui perçait le cœur, la chassa de son palais et la dépouilla de tous ses biens ; à peine put-elle trouver une place dans une hôtellerie de la ville pour se retirer avec ses enfants qu’on lui amena. Ceux qui lui avaient le plus d’obligation pour sa protection et ses charités immenses l’abandonnèrent et lui refusèrent un asile, et une vieille femme qu’elle avait nourrie de ses aumônes, la fit tomber dans la boue pour passer un ruisseau tout fangeux avant elle. Elle reçut ces accidents comme des présents inestimables du ciel.

Lorsque l’évêque de Bamberg, son oncle maternel, et quelques grands du royaume qui avaient ramené le corps de son mari, l’eurent fait retourner dans le palais et eurent obligé le prince Henri à lui demander pardon du mauvais traitement qu’il lui avait fait, elle renonça d’elle-même à toutes les grandeurs du monde, et se fit construire une petite maison de terre et de planches dans la ville de Marbourg. Pendant qu’on la bâtissait, elle se logea dans un village, dans une misérable chaumière à demi couverte, où rien ne la garantissait des vents, de la pluie et des autres injures de l’air. Nous n’avons point de paroles pour représenter ni l’état de pauvreté où elle se réduisit, ni les austérités qu’elle pratiqua, ni ce qu’elle fit pour l’assistance des pauvres. Ses habits n’étaient que de laine, et, lorsqu'ils étaient usés, elle les raccommodait elle-même avec de mauvais morceaux d'étoffe, sans même qu’elle se mît en peine qu’ils fussent de même couleur que le vêtement qu’elle raccommodait. Du pain bis et quelques légumes, le plus souvent cuits seulement avec de l’eau, faisaient toute sa nourriture. Elle gardait exactement les jeûnes de sa Règle et beaucoup d’autres, que son directeur lui permettait.

Dans sa plus grande pauvreté, elle s’ôtait le pain de la bouche pour le donner aux pauvres, et lorsqu’elle ne pouvait plus rien leur donner, elle se donnait elle même à eux, en leur rendant des assistances que les moindres servantes auraient eu en horreur de leur rendre. Lorsque, par les soins du pape Grégoire IX, d’un grand seigneur nommé Rodolphe, et du prêtre Conrad, son directeur, à qui Sa Sainteté l’avait particulièrement recommandée, on lui rendit sa dot, qu’elle aima mieux avoir en argent qu’en fonds, elle assembla une multitude de pauvres à jour nommé, et leur distribua pour cette fois jusqu’à neuf mille livres. Ses profusions eussent encore été plus excessives et l’eussent réduite à la dernière mendicité, comme elle le souhaitait passionnément, si son directeur n’eût arrêté sa ferveur. D’ailleurs ce sage ecclésiastique contribuait beaucoup, par sa conduite sévère, à la faire mourir à elle-même et à rompre en toutes choses sa propre volonté : il lui défendait ce qu’elle souhaitait ardemment, il lui commandait ce qu’il voyait de plus contraire, non-seulement aux inclinations de sa nature, mais aussi aux mouvements surnaturels qu’elle voulait suivre. Un jour qu’elle avait différé d’obéir, il la renvoya sévèrement, et lui dit qu’il ne voulait plus se mêler de sa conduite ; de sorte qu’elle n’obtint la continuation de ses soins que par ses larmes et une mort parfaite à son propre jugement. Il lui ôta deux saintes femmes qui avaient toujours été auprès d’elle, et dont la conversation lui étaient d’un soulagement et d’une consolation extraordinaires ; à leur place il lui donna des femmes rudes et sévères, qui la reprenaient sans respect et la venaient accuser sans qu’elle eût manqué.

La douceur de notre princesse était admirable en toutes ces occasions. Jamais de dégoût, jamais d’impatience, jamais de tristesse, mais on voyait toujours la paix et la tranquillité de son cœur peintes sur son visage. Elle était la servante de ses propres servantes, elle les faisait manger avec elle, et, comme une d’entre elles ne pouvait souffrir cet acte héroïque d’humilité, elle lui dit qu’il fallait qu’elle mangeât sur son propre sein. Dieu fit souvent des miracles pour donner de l’éclat à toutes ses vertus. Elle délivra sa mère du purgatoire par ses prières. Un malade de l’hôpital, souhaitant de manger du poisson, elle en tira un d’un puits où il n’y en avait point. Son oraison fut si efficace pour un jeune libertin, qu’à mesure qu’elle priait il sentait son cœur s’embraser des flammes de l’amour divin, et son corps devenir tout en sueur. Par tous ces exercices, elle fut élevée à une très-haute contemplation, et Notre-Seigneur se communiqua à elle d’une manière ineffable. Elle gagnait une partie du jour sa vie du travail de ses mains ; mais hors cela et les emplois de la charité, elle était tellement absorbée en Dieu que son esprit et ses sens ne vivaient plus qu’en lui et pour lui.

Enfin, son époux céleste, pour l’amour duquel elle avait refusé les secondes noces que ses illustres parents lui offrirent, l’appela à lui par ces aimables paroles qu’il lui dit dans une apparition : « Venez, ma bien-aimée, et entrez dans le bienheureux séjour que je vous ai préparé avant tous les siècles ». Trois jours avant sa mort, elle pria que personne n’entrât dans sa chambre, excepté ceux qui pouvaient l’aider à bien mourir. Elle fit les pauvres ses héritiers. Elle reçut les sacrements avec une componction de cœur et une dévotion merveilleuses. Elle dit des choses si ravissantes sur nos saints mystères, qu’on croyait entendre un ange parler. Enfin, elle rendit son esprit à Dieu le 19 novembre 4231, dans la vingt-quatrième année de son âge.

Sainte Élisabeth est représentée :

1° portant aux pauvres, dans sa robe, des pains qui sont changés en roses ;
2° tenant un livre, sur lequel sont posées deux couronnes ;
3° en costume du Tiers Ordre de Saint-François ;
4° pansant les malades ;
5° tenant un oiseau sur sa main, et un vase ;
6° distribuant des vivres aux indigents ;
7° portant des pains, et près d’elle une couronne ;
8° assise et travaillant au milieu des filles de son palais ;
9° au milieu des pauvres et des infirmes ;
10° morte, les mains en croix, couchée dans son cercueil ouvert ; Notre-Seigneur, ayant à ses côtés Notre-Dame, est debout près du cercueil ; l’âme d’Élisabeth, sous la figure d’une petite fille nouvellement née, mais déjà couronnée de gloire, est présentée par son ange gardien au Christ qui lève la main pour la bénir ; un autre ange l’encense ; la sainte Vierge regarde avec amour son humble et docile élève ; à côté d’elle, un homme barbu, la lance à la main et portant la croix des croisades.

Le corps de sainte Élisabeth fut transporté par les religieux franciscains dans l'humble chapelle de l’hôpital de Saint-François, où il resta exposé pendant quatre jours entiers ; il s’en exhalait un suave et délicieux parfum. Le quatrième jour après sa mort, elle fut inhumée dans la chapelle même, en présence des abbés et des religieux de plusieurs monastères voisins et d’une multitude immense de fidèles. Dès les premiers jours qui suivirent ces funérailles, de grands prodiges eurent lieu près de sa tombe : des sourds, des boiteux, des aveugles, des lépreux, des paralytiques et des malheureux atteints de diverses infirmités, s’en retournèrent entièrement guéris, après avoir prié dans la chapelle où elle reposait. On voyait accourir des malades des diocèses de Mayence, de Trêves, de Cologne, de Brème, de Magdebourg.

Le souverain pontife Grégoire IX, apprenant les merveilles dont la puissance divine entourait le tombeau de la glorieuse défunte, et la vénération toujours croissante du peuple envers elle, ordonna à l’archevêque de Mayence de faire une enquête sur la vie et les miracles de la sainte et de les envoyer à Rome. Cependant, l’archevêque Sigefroi, de Mayence, se rendit à Marbourg et y consacra solennellement, le jour de la fête de saint Laurent (10 août 1232), deux autels que les fidèles avaient construits en l’honneur d’Élisabeth, dans l’église même où elle était enterrée. Grégoire IX fit le décret de sa canonisation le jour de la Pentecôte (26 mai 1235), et accorda à tous les fidèles vraiment pénitents et confessés qui visiteraient son tombeau à pareil jour, une indulgence d’une année et quarante jours. On éleva en l’honneur de la sainte, dans le couvent des Dominicains de Pérouse, un autel, que le Pape dota d’une indulgence de trente jours pour tous ceux qui viendraient y prier. La bulle de canonisation fut publiée le 1er juin 1235, et envoyée aux princes et aux évêques de toute l’Église. L’archevêque de Mayence fixa au 19 mai 1236 pour l’exaltation et la translation du corps de la sainte. Le corps fut trouvé tout entier, sans apparence de corruption, et exhalant un délicieux parfum. On le retira ensuite de son cercueil, et après l’avoir enveloppé d’une draperie de pourpre, on le déposa dans un cercueil de plomb, que l’on transporta solennellement au lieu où il devait être exposé à la vénération publique. La châsse qui renfermait le saint corps ayant été ouverte le lendemain, on la trouva inondée d’une huile qui répandait un parfum semblable à celui du nard le plus précieux. Cette huile précieuse fut recueillie avec un soin religieux, et beaucoup de guérisons furent obtenues par son emploi dans de graves maladies ou pour des blessures dangereuses. Tant de faveurs célestes ne firent qu’accroître le nombre et la ferveur des fidèles. La gloire de sainte Élisabeth se répandit bientôt dans tout l’univers catholique, et attira à Marbourg une grande foule de pèlerins. Le corps de sainte Élisabeth reposa pendant trois siècles sous les voûtes de la magnifique église qui lui fut dédiée, et sous la garde des chevaliers de l’Ordre teutonique ; mais son cœur fut accordé à l’évêque de Cambrai, transporté solennellement par lui dans sa ville épiscopale et déposé sur un autel de sa cathédrale qui fut détruite pendant la Terreur. Des églises nombreuses s’élevèrent sous son invocation : à Trêves, à Strasbourg, à Cassel, à Winchester, à Prague, dans toute la Belgique, des couvents, des hôpitaux la prirent pour patronne. L’abbé de Saint-Gall lui consacra un autel et une chapelle dans une des cours intérieures de son monastère. En Hongrie, une splendide église s’éleva en son honneur à Kaschau, et elle fut enrichie, au xv° siècle, d’un tabernacle admirable. Le pape Innocent IV, par une bulle du 2 des ides de février 1244, accorda un an et quarante jours d’indulgence à ceux qui visiteraient l’église et le tombeau de Marbourg dans les trois derniers jours de la semaine sainte. Sixte IV, par une bulle de 1479, accorda cinquante années et autant de quarantaines d’indulgence à tous les fidèles, pénitents et confessés, qui visiteraient les églises de l’Ordre de Saint-François, en l’honneur d’Élisabeth, le jour de sa fête. En ce même jour, il y a encore aujourd’hui à Rome cent ans d’indulgence à gagner dans une des sept basiliques de la ville éternelle, à Sainte-Croix de Jérusalem et à l’église Sainte-Marie des Anges ; en outre, indulgence plénière à l’église du Tiers-Ordre, dite des Saints-Côme et Damien, au Forum. Les Ordres de Saint-François, de Saint-Dominique, de Cîteaux et de Prémontré, lui consacrèrent chacun un office spécial, et sa fête fut introduite au bréviaire romain, avec le rang de double mineur, par le pape Clément X.

On voit encore près de Marbourg, sur la route qui conduit au village de Wehrda, une fontaine à triple jet, appelée Elisabethsbrunn. C’est là qu’elle lavait elle-même le linge des malades ; une large pierre bleue, sur laquelle elle s’agenouillait pendant ce rude travail, a été transportée dans l’église et s’y voit encore. Le 18 mai 1539, le landgrave Philippe de Hesse, descendant en ligne directe de sainte Élisabeth, fit célébrer pour la première fois, dans l’église dédiée à son aïeule, le culte évangélique ; puis, s’emparant de la châsse qui renfermait le corps de la sainte, il la fit transporter à son château. Les ossements de la sainte furent enterrés, peu après, dans un lieu inconnu de tous, excepté du landgrave et de deux de ses confidents. En 1546, il fit déposer la châsse au château de Ziegenhayn ; mais deux ans après, fait prisonnier par l’empereur Charles-Quint, celui-ci l’obligea de faire rapporter à Marbourg cette propriété sacrée, et de restituer à l’église les reliques de sainte Élisabeth ; mais il en manquait dès lors une grande partie, et à dater de cette époque, on en perd la trace certaine. Vers la fin du XVIe siècle, l’infante d’Espagne, Isabelle-Claire-Eugénie, gouvernante des Pays-Bas, acquit le crâne avec plusieurs ossements, et les fit transporter à Bruxelles et déposer chez les Carmélites, dont le couvent a disparu avec tant d’autres sous les coups du vandalisme révolutionnaire : le crâne fut plus tard envoyé au château de la Roche-Guyon, d’où il a été, vers 1830, transféré à Besançon par le cardinal duc de Rolian. On le vénère aujourd’hui à l’hôpital Saint-Jacques de cette ville. Une portion en a été envoyée jusqu’à Bogota, dans l’Amérique méridionale. Un de ses bras fut envoyé en Hongrie ; d’autres portions de ses reliques se voyaient encore à Hanovre, à Vienne, à Cologne et surtout à Breslau, dans une belle chapelle, où l’on conserve aussi le bâton qui lui servit d’appui lors de son expulsion de la Wartbourg. On conserve encore son verre à Erfurt ; sa robe de noces à Andechs ; sa bague d’alliance à Braunfels, avec son livre d’heures, sa table et sa chaise de paille ; son voile à Tongres ; et une chemise, qu’elle avait teinte de son sang en se donnant la discipline, au couvent des sœurs Saint-Charles à Coblentz. Un des bras de la sainte, provenant de l’abbaye d’Altenberg, et que possédait M. le comte de Booss-Waldeck, qui l’avait offert en vente à plusieurs souverains qui la comptent parmi leurs aïeux, mais sans trouver d’acheteurs, est aujourd’hui dans la chapelle du château de Sayn.

À Marbourg, on ne montre d’elle aujourd’hui qu’une grande tapisserie à laquelle on dit qu’elle a travaillé, et dont on se sert pour la cérémonie de la communion, selon le rit luthérien. Sa châsse, vide depuis trois siècles, fut emportée à Cassel par l’ordre de Jérôme Napoléon, puis ramenée à Marbourg en 1814, et replacée dans la sacristie. La magnifique église qui lui a été consacrée est vouée depuis 1539 au culte protestant. Depuis 1811, le culte catholique est autorisé dans cette ville qui, ainsi que tout le pays qu’habitait la sainte, a renié sa foi ; on y voit une petite église catholique, mais on n’y dit même pas une messe le jour de la fête de sainte Élisabeth ! À Eisenach, il y a maintenant une chapelle sous le vocable de la sainte.







Reportez-vous à De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Sacra propediem du Pape Benoît XV, au sujet du septième centenaire de la fondation du Tiers-Ordre franciscain, Rite expiatis du Pape Pie XI, à l'occasion du septième centenaire de la mort de Saint François d'Assise, L'esprit du Tiers-Ordre de Saint François d'Assise, Méditation sur la sainteté propre d'un Chrétien engagé dans le monde, Des trois grandes promesses faites par Notre-Seigneur à Saint-François, Récit des Stigmates de Saint François d'Assise, Vie de Saint François d'Assise, Litanies de Notre Saint Père Saint François (Petit manuel du Tiers-Ordre), Auspicato concessum du Pape Léon XIII, sur le Tiers-Ordre de Saint François d'Assise, Saint François et le Chapitre de la Saint-Michel, et Litanies de Sainte Claire d'Assise.















GRAND CATÉCHISME HISTORIQUE (pour adulte), contenant en abrégé l'Histoire Sainte et la Doctrine Chrétienne, Leçon XXI : De la captivité de Babylone



PREMIÈRE PARTIE


Contenant en abrégé l'Histoire Sainte et la Doctrine Chrétienne



LEÇON XXI


De la captivité de Babylone



   



Tout ce que les Prophètes avaient prédit arriva. Après que Dieu eut longtemps souffert les crimes des Rois d'Israël et de leurs sujets, qu'il les eut souvent exhortés à pénitence par la voix de ses serviteurs et souvent même châtiés, sans qu'ils voulussent se convertir, il fit enfin éclater sur eux sa juste colère, et les abandonna à leurs ennemis. Samarie fut prise, le royaume détruit, et le peuple amené captif, et dispersé dans des pays éloignés. À leur place, les Rois d'Assirie envoyèrent des colonies d'autres peuples, que l'on appela depuis Samaritains. Les Rois de Juda subsistèrent encore plus d'un siècle après la ruine d'Israël ; mais ils ne profitèrent point de ce terrible exemple. Dieu les livra à Nabuchodonosor, Roi de Babylone, qui ruina Jérusalem, brûla le temple, emporta les vases sacrés, et emmena le peuple en captivité, laissant la terre d'Israël presque déserte. La religion ne laissa pas de subsister, quoique le temple fût détruit, et que les sacrifices eussent cessé. Les Juifs observaient la Loi de Moïse et les traditions de leurs pères au milieu de l'idolâtrie et des vices de toutes sortes qui régnaient à Babylone. Cette grande ville, pleine de superstitions, de magie, de divinations et de débauches, était l'image du monde corrompu, et la société des méchants, qui pendant cette vie sont toujours plus puissant et en plus grand nombre que les serviteurs de Dieu, les persécutent et les oppriment. Nabuchodonosor était le plus grand Roi qui fût alors, orgueilleux et cruel. Il fit faire une statue d'or de grandeur énorme, et commanda à tout le monde de l'adorer. Trois jeunes hommes considérables entre les Juifs refusèrent généreusement de lui obéir ; il les fit jeter dans une fournaise ardente, mais ils y demeurèrent sains et entiers, chantant les louanges de Dieu. Alors le Roi, étonné de ce miracle, reconnut la puissance de Dieu, et commanda à tous ses sujets de l'honorer. Il y eut encore d'autres rencontres, où ce Roi et ses successeurs, admirant la sagesse de Daniel, et les miracles que Dieu fit en sa faveur, rendirent de semblables témoignages à la vérité, qui commençait ainsi à se faire connaître chez les infidèles. Daniel était un des captifs de la race des Rois de Juda, qui, dans la cour de Babylone, et dans les plus grands emplois du royaume, où il fut élevé par son mérite, mena toujours une vie très pure et très sainte. Dieu lui révéla plusieurs secrets de l'avenir. Il prédit distinctement la suite des Empires jusqu'à la venue du Messie, marqua le temps où il devait venir ; qu'il serait mis à mort par son peuple, et qu'alors Jérusalem et le peuple Juif seraient détruits à jamais.







Reportez-vous à Leçon I : De la Création, Leçon II : Du péché, Leçon III : De la corruption du Genre humain et du déluge, Leçon IV : De la Loi de Nature, Leçon V : Du Patriarche Abraham, Leçon VI : Des autres Patriarches, Leçon VII : De la servitude d’Égypte, Leçon VIII : De la Pâque, Leçon IX : Du voyage dans le désert, Leçon X : Des dix Commandements, Leçon XI : De l'alliance de Dieu avec les Israélites, Leçon XII : Des infidélités du peuple dans le désert, Leçon XIII : Des derniers discours de Moïse, Leçon XIV : De l'établissement du peuple dans la terre promise, Leçon XV : De l'Idolâtrie, Leçon XVI : De David et du Messie, Leçon XVII : De Salomon et de sa sagesse, Leçon XVIII : Du Schisme des Tribus ou de Samarie, Leçon XIX : Des Prophètes, Leçon XX : Des Prophéties, Du dessein et de l'usage de ce Catéchisme, Leçon XXII : Du rétablissement des Juifs après la captivité, Leçon XXIII : De la persécution d'Antiochus et des Macchabées, Leçon XXIV : De l'état où était le monde à la venue du Messie, Leçon XXV : Comment le Messie était attendu des Juifs, Leçon XXVI : De la Naissance de Jésus-Christ, Leçon XXVII : De l'enfance de Jésus-Christ, Leçon XXVIII : De Saint Jean-Baptiste, Leçon XXIX : De la vocation des Apôtres, Leçon XXX : Des miracles de Jésus-Christ, Leçon XXXI : Des vertus de Jésus-Christ, Leçon XXXII : De la Doctrine de Jésus-Christ et premièrement de la Trinité et de l'Incarnation, Leçon XXXIII : De l'amour de Dieu et du prochain, Leçon XXXIV : Des Conseils, de la Grâce et de la Prière, Première partie du Petit Catéchisme Historique, contenant en abrégé l'Histoire Sainte, Deuxième partie du Petit Catéchisme Historique, contenant en abrégé l'Histoire Chrétienne.















samedi 11 novembre 2017

Méditation sur les moyens d'éviter les jugements téméraires








1er point. Le premier, c'est d'excuser l'intention, quand l'action paraît inexcusable : Excusa intentionem, dit Saint Bernard, si opus non potes. Au lieu de juger et de condamner avec précipitation et avec rigueur, dites plutôt : Peut-être cet homme a-t-il été plus malheureux que coupable ; peut-être n'a-t-il pas cru mal faire, ou du moins faire un aussi grand mal que celui qu'il a commis ; il aura été trompé, ou il se sera trompé lui-même.


2e point.
Le second, c'est de réfléchir sur sa propre faiblesse, quand l'action ni l'intention ne peuvent être excusées. C'est de se dire à soi-même : Peut-être aurais-je encore plus mal fait, si je m'étais trouvé dans les mêmes circonstances. Rentrez en vous mêmes, ajoute Saint Bernard, et mesurez la compassion que vous devez avoir pour les faiblesses du prochain, sur celle que vous voudriez qu'on eût pour les vôtres.



Reportez-vous à Méditation sur la fausseté des jugements téméraires, Méditation sur les prétextes qu'on emploie pour justifier le jugement téméraire, Méditation sur les jugements téméraires, par le défaut d'équité, Méditation sur les jugements téméraires, par le défaut de connaissance, Méditation sur les jugements téméraires, par défaut d'autorité, Méditation sur les défauts qui rendent un jugement téméraire, Méditation sur les bornes que l'on doit mettre à la défiance et aux soupçons, Méditation sur les soupçons, Méditation sur la défiance, Méditation sur la défense de juger le prochain, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur la connaissance des vertus et des vices, Méditation sur l'Espérance Chrétienne, Méditation sur l'éternité des peines de l'Enfer, Méditation sur la justice de Dieu, Méditation sur la voie étroite, Méditation sur la Pénitence différée à l'heure de la mort, Méditation sur la fausse idée que les Pécheurs se forment de la miséricorde de Dieu, Méditation sur le délai de la conversion, Méditation sur l'incertitude de l'avenir, Méditation sur le bon usage du temps présent, Méditation sur l'inquiétude de l'avenir, Méditation sur l'emploi du temps, Méditation sur l'expiation du péché, Méditation sur la réparation du péché, Méditation sur le combat de la chair contre l'esprit, Méditation sur les caractères de la vraie et de la fausse pénitence, Méditation sur la vraie pénitence, Méditation sur le respect humain, Méditation sur le crime du respect humain, Méditation sur la piété extérieure, Méditation sur les moyens de guérir les illusions de la fausse conscience, Méditation sur les péchés d'ignorance, Méditation sur l'aveuglement de la Conscience, Méditation sur le repos de la conscience, Méditation sur la conscience, Méditation sur la passion dominante, Méditation sur les moyens de connaître les passions dominantes, Méditation sur l'amour de la vie, Méditation sur le détachement des biens de ce monde, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur le péché de scandale, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Méditation sur l'illusion des prétextes dont on s'autorise pour ne pas quitter l'occasion du péché, Méditation sur la fuite des occasions prochaines du péché, Méditation sur la recherche volontaire de l'occasion prochaine du péché, Méditation sur l’œil qui scandalise, et Méditation sur la distinction du péché mortel et du péché véniel.














Méditation sur la fausseté des jugements téméraires








1er point. Ne jugez point selon l'apparence, dit le Sauveur, mais selon la justice. N'imitez pas ce Pharisien superbe qui, voyant le Publicain prosterné dans le temple, juge aussitôt qu'il ne peut être qu'un voleur et un concussionnaire. Il est chargé, dit-il, de la levée des deniers publics ; il exige donc du peuple au-delà de ses droits ; il se sert donc du nom et de l'autorité de César pour commettre mille injustices. Ce jugement ne fut connu que de Dieu, et il ne laissa pas de faire perdre au Pharisien tout le fruit et tout le mérite de ses aumônes et de ses jeûnes. Gardez-vous donc de juger d'un homme par la profession qu'il exerce, et de condamner tout un corps sur les désordres de quelques particuliers.


2e point.
Qui est-ce qui porte le Pharisien à juger ainsi sur de simples apparences ? C'est son orgueil et sa présomption ; c'est la vanité que lui inspire l'éclat de ses bonnes œuvres et de ses fausses vertus. On ne juge mal des autres, que parce que l'on ne se connait pas assez soi-même. Un vrai Chrétien n'est attentif qu'à ses propres misères ; et plus il en aperçoit dans les autres, plus il en craint pour soi-même. À juger selon l'apparence, qui est-ce qui n'eût préféré l'état du Pharisien à celui du Publicain ? Mais ce Dieu qui sonde les cœurs en jugeait différemment, et son jugement est toujours juste, parce qu'il est éclairé.



Reportez-vous à Méditation sur les moyens d'éviter les jugements téméraires, Méditation sur les prétextes qu'on emploie pour justifier le jugement téméraire, Méditation sur les jugements téméraires, par le défaut d'équité, Méditation sur les jugements téméraires, par le défaut de connaissance, Méditation sur les jugements téméraires, par défaut d'autorité, Méditation sur les défauts qui rendent un jugement téméraire, Méditation sur les bornes que l'on doit mettre à la défiance et aux soupçons, Méditation sur les soupçons, Méditation sur la défiance, Méditation sur la défense de juger le prochain, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur la connaissance des vertus et des vices, Méditation sur l'Espérance Chrétienne, Méditation sur l'éternité des peines de l'Enfer, Méditation sur la justice de Dieu, Méditation sur la voie étroite, Méditation sur la Pénitence différée à l'heure de la mort, Méditation sur la fausse idée que les Pécheurs se forment de la miséricorde de Dieu, Méditation sur le délai de la conversion, Méditation sur l'incertitude de l'avenir, Méditation sur le bon usage du temps présent, Méditation sur l'inquiétude de l'avenir, Méditation sur l'emploi du temps, Méditation sur l'expiation du péché, Méditation sur la réparation du péché, Méditation sur le combat de la chair contre l'esprit, Méditation sur les caractères de la vraie et de la fausse pénitence, Méditation sur la vraie pénitence, Méditation sur le respect humain, Méditation sur le crime du respect humain, Méditation sur la piété extérieure, Méditation sur les moyens de guérir les illusions de la fausse conscience, Méditation sur les péchés d'ignorance, Méditation sur l'aveuglement de la Conscience, Méditation sur le repos de la conscience, Méditation sur la conscience, Méditation sur la passion dominante, Méditation sur les moyens de connaître les passions dominantes, Méditation sur l'amour de la vie, Méditation sur le détachement des biens de ce monde, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur le péché de scandale, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Méditation sur l'illusion des prétextes dont on s'autorise pour ne pas quitter l'occasion du péché, Méditation sur la fuite des occasions prochaines du péché, Méditation sur la recherche volontaire de l'occasion prochaine du péché, Méditation sur l’œil qui scandalise, et Méditation sur la distinction du péché mortel et du péché véniel.















Méditation sur les prétextes qu'on emploie pour justifier le jugement téméraire








1er point. On croit pouvoir justifier le jugement téméraire, en disant qu'il demeure secret ; qu'on ne le produit pas au-dehors ; et que si par malheur, il était injuste, le prochain ne pourrait pas s'offenser d'une injustice qu'il ignore. Mais remarquez, que la Religion ne défend pas seulement l'action extérieure du péché, mais qu'elle défend encore le sentiment intérieur qui nous y conduit. C'est ainsi qu'elle condamne les pensées et les désirs impurs ; parce qu'ils sont le principe des péchés contraires à la chasteté. Par la même raison, elle défend le jugement téméraire ; parce qu'il est le principe de la calomnie, qui n'est autre chose que l'expression des jugements téméraires que l'esprit a formé.


2e point.
Il est vrai qu'il peut arriver que le jugement n'ait que la conscience pour témoin ; mais il aura toujours Dieu pour vengeur. Et comment ce Dieu, qui est la justice et la charité même, ne s'offenserait-il pas d'un jugement aveugle et précipité, qui n'est appuyé que sur le doute et l'incertitude ; où celui que l'on juge est condamné, sans avoir aucun moyen de se justifier, sans savoir même si on le juge, et si on a pris la peine de peser exactement les raisons que l'on peut avoir de le condamner ou de l'absoudre ?




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