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lundi 18 octobre 2021

Le Dragon, persécuteur de l'Église


« Le Dragon, précipité en terre, se mit à poursuivre la femme et à la persécuter (Apocal., ch. XII, v. 13). » Quelle est donc cette femme, demanderons-nous ? C'est la femme par excellence ; Mère du Fils par excellence ; la femme dont il fut dit au Dragon lui-même, après sa victoire dans l'Éden : « J'établirai la guerre entre toi et la femme, entre ta race et la sienne ; elle t'écrasera la tête, et toi tu essayeras de lui déchirer le talon. Voulez-vous la connaître ? Prêtez l'oreille à la voix des siècles passés et des siècles présents : tous répètent le nom de Marie.
Mais comment Marie, dont le passage ici-bas s'est accompli en quelques années, d'une manière obscure aux yeux du monde, dans un coin obscur de la Palestine, peut-elle être l'objet d'une persécution aussi durable que les siècles, aussi étendue que le monde ? — Marie est la femme immortelle ! Quarante siècles avant sa naissance, elle vivait dans Ève ; et Satan le savait. Depuis dix-huit siècles, elle vit dans l'Église ; et Satan le sait encore.
Marie, en effet, vit dans l'Église, sa fille et sa ressemblance. Nous disons sa fille ; car le sang divin qui a enfanté l'Église est le sang de Marie. Aussi l'Apocalypse nous dit-elle que « le Dragon irrité contre la femme, alla faire la guerre à ses autres enfants qui gardent les commandements de Dieu, et qui demeurent fermes dans la confession de Jésus-Christ (Ibid., v. 17) » — Nous disons sa ressemblance : Comme Marie, l'Église est vierge et mère tout ensemble ; vierge, jamais l'erreur ne l'a souillée : mère, elle enfante autant de Christs, qu'elle enfante de chrétiens : Christianus alter Christus. Ainsi la femme, objet de la haine du Dragon, c'est l'Église, ou plutôt Marie, vivant dans l'Église.
Ce qui caractérise le plus cette haine, c'est l'implacabilité. Impuissance d'aimer, nécessité de haïr ; voilà, en effet, le mystère de la vie de Satan.
Cette haine satanique s'est incarnée dans l'humanité vivante. Elle a changé de nom avec les différentes époques ; elle s'est appelée le césarisme, la haine du christianisme, le sensualisme et le rationalisme. Aujourd'hui elle s'appelle d'un nom qui renferme tous les noms : c'est la Révolution, c'est-à-dire cette chose qui porte au cœur comme l'essence de sa vie, la haine de l'Église. « Mon idée, s'écrie-t-elle, est toujours la même ; mon idée, c'est Voltaire du haut de son piédestal ricanant sur les ruines du christianisme ; c'est l'humanité nouvelle, redisant, ou plutôt pratiquant la parole du maitre : écrasons l'infâme ; c'est moi-même enfin, étouffant dans mes bras mon éternelle ennemie, l'Église catholique. » La haine de l'Église, c'est le point de ralliement de toutes les opinions, de toutes les sectes, de toutes les écoles, de toutes les presses, de toutes les doctrines dites révolutionnaires. La haine de l'Église, c'est l'essence même de ce sombre génie qui ébranle aujourd'hui le monde et menace de le briser, c'est l'universelle protestation de Satan contre le Verbe et contre Marie.
Le défenseur de Marie et de sa postérité, dans laquelle elle vit, est toujours celui qui fut le défenseur de ses ancêtres. Lorsque Dieu le juge utile pour le salut de ses enfants, saint Michel « descend du ciel avec une longue chaîne (Apocal., ch. II), il lie le Dragon et le jette dans l'abîme, qu'il scelle sur lui afin qu'il ne séduise plus les nations. Lorsque le temps est accompli, il le délie de nouveau, pour un peu de temps, jusqu'au jour où il le jettera dans l'étang de soufre et de feu, où la bête et les faux prophètes seront tourmentés jour et nuit dans les siècles des siècles. »
Telle la mission que l'Église a toujours attribuée spécialement à saint Michel. On peut le constater par les prières de sa liturgie et par le témoignage des auteurs ecclésiastiques.
Écoutons en particulier Hugues de St-Victor, dans un sermon pour la fête du grand Archange. « Ayons une grande confiance dans saint Michel et ses Anges. Nous chantons dans la solennité de ce jour : La mer a été agitée, la terre a tremblé là où l'Archange Michel descendait du ciel. La mer : ce sont les démons ; la terre : ce sont les hommes de mal. Les démons sont représentés par la mer, parce que, comme elle, ils sont pleins d'amertume, gonflés et toujours en mouvement. Les méchants sont représentés par la terre, parce qu'ils méprisent les choses du ciel pour s'attacher à la boue. Mais là où Michel descend du ciel, la mer est agitée, la terre tremble ; car cet Archange met un frein aux tentations des démons et à la perversité des méchants pour délivrer les fidèles de Jésus-Christ. »
Bossuet constate l'universalité de cette croyance et l'appuie de sa grande autorité.
« Il ne faut point hésiter, dit-il, à reconnaître saint Michel pour défenseur de l'Église, comme il l'était de l'ancien peuple après le témoignage de saint Jean (Apocal., XII, 7), conforme à celui de Daniel (X, 13, 21 ; XII, 1). Les protestants, qui, par une grossière erreur, croient toujours ôter à Dieu tout ce qu'ils donnent à ses Saints et à ses Anges dans l'accomplissement de ses ouvrages, veulent que saint Michel soit dans l'Apocalypse Jésus-Christ même le prince des Anges, et apparemment dans Daniel le Verbe conçu éternellement dans le sein de Dieu ; mais ne prendront-ils jamais le droit esprit de l'Écriture ? Ne voient-ils pas que Daniel nous parle du prince des Grecs, du prince des Perses, c'est-à-dire sans difficulté, des Anges qui président par l'ordre de Dieu à ces nations ; et que saint Michel est appelé dans le même sens le prince de la synagogue, ou, comme l'Archange saint Gabriel l'explique à Daniel, Michel votre prince ? et ailleurs plus expressément : Michel, un grand prince, qui est établi pour les enfants de votre peuple ? Et que nous dit saint Gabriel de ce grand prince ? Michel, dit-il, un des premiers princes. Est-ce le Verbe de Dieu, égal à son Père, le créateur de tous les Anges, et le souverain de tous ces princes, qui est seulement un des premiers d'entre eux ? Est-ce là un caractère digne du Fils de Dieu ? Que si le Michel de Daniel n'est qu'un ange, celui de saint Jean, qui visiblement est le même dont Daniel a parlé, ne peut pas être autre chose. Si le Dragon et ses Anges combattent contre l'Église, il n'y a point à s'étonner que saint Michel et ses Anges la défendent (Préface sur l'Apocalypse). »
Telle a toujours été la croyance de l'Église. Aussi lorsque la persécution se fait sentir, lorsque la tempête menace d'engloutir la barque de Pierre, tous, matelots et passagers se tournent vers le glorieux Prince de la milice céleste.
Chaque année, au nom du pape, le cardinal vicaire convie le peuple romain au pied des autels de l'Archange. Voici en quels termes il le faisait il y a quelques années : « Si, d'un côté, les impies de notre temps ont osé mettre en honneur le prince des ténèbres dont ils se sont faits les fils et les imitateurs ; les fidèles se sont, de leur côté, attachés à relever la vénération et la confiance que l'Église catholique a toujours placées en l'Archange saint Michel, le premier vainqueur de l'esprit du maudit.
« Or, depuis que la lutte de la pensée rebelle au Très-Haut s'est ravivée, depuis que l'enfer a redoublé ses ténébreux efforts contre les soutiens des raisons divines, on a vu se répandre plus universelle et plus solennelle la préparation à la fête du saint Archange. Et cette préparation nous est ordonnée par le Saint-Père cette année (1868), car nous n'avons pas moins besoin qu'autrefois d'être protégés par le glorieux triomphateur des démons.
« L'invincible chef des légions angéliques veut voir et reconnaître ses braves soldats au pied de ses autels, comme il y vit jadis autour de sa bannière les Anges armés contre l'orgueilleux Lucifer. Pressons-nous confiants sous les ailes de saint Michel, et implorons ses grâces afin qu'il chasse Satan du monde comme autrefois il le chassa du ciel ! Nunc judicium est mundi, nunc princeps hujus mundi ejidietur foras. »
Cet appel du Pontife romain est fondé sur l'expérience des siècles. Mais énumérons, pour la gloire de l'Archange, quelques-unes de ses marques de protection.
Satan, après avoir vu tomber Babylone, centre primitif de son empire et du vieux monde, avait choisi Rome, centre d'un monde nouveau. De cette nouvelle Babylone, comme l'appelle saint Pierre, il régnait en maître sur l'univers, et dans son insolent orgueil il avait osé proposer à Jésus les royaumes de la terre, en échange des adorations que celui-ci voudrait lui rendre. Insensé qu'il était ! ces royaumes, il allait les perdre, et cette capitale, d'où il allait être expulsé, allait devenir la métropole de l'Église.
Quand le batelier de Génézareth, conduit par son Ange, fit son entrée dans Rome, l'enfer tout entier frémit de rage et ramassa toute sa puissance pour tenter un suprême effort. Saint Pierre venait avec le don des miracles. Satan résolut d'opposer aux œuvres de Dieu le prestige des siennes, au vrai surnaturel un surnaturel faux, les apparences du miracle au miracle lui-même. Comme autrefois il avait opposé ses magiciens à Moïse, il opposa Simon, surnommé le magicien, à saint Pierre. Jamais peut-être la puissance de Satan ne se montra aussi grande. Les livres des écrivains contemporains sont remplis du récit des prodiges vraiment incroyables par lesquels il séduisait les multitudes. On le saluait déjà comme un dieu, lorsque, à la prière de l'apôtre, l'Archange le précipita du haut des airs où il s'était élevé soutenu par les démons. L'enfer était vaincu.
Ce qu'il n'avait pu faire par ses prodiges, Satan l'essaya par la force. Alors commença une guerre telle que n'en ont jamais enregistré les annales de l'humanité. elle dura 250 ans. Dire tout ce qu'il y eut de cruauté et de rage de la part des suppôts de Satan ; de tortures endurées, de sang répandu de la part des victimes, n'est pas possible. On put croire un instant que l'Église allait être noyée dans le sang chrétien. Mais il entrait dans les desseins de Dieu de cimenter l'édifice de son Église avec le sang des martyrs ; Satan, sans le savoir, faisait l'œuvre de Dieu ; et dans le temps qu'il se préparait à chanter victoire sur les ruines du christianisme, saint Michel s'en allait chercher un guerrier encore païen, Constantin, lui donnait la croix pour étendard et le conduisait à Rome après une brillante victoire (tous les témoignages historiques s'accordent à dire que ce fut un Ange qui apparut à Constantin. Nous l'avons vu dans le chapitre précédent. Deux cités privilégiées en ce monde par-dessus toutes les autres ont été providentiellement destinées dans le temps à être le centre du mouvement religieux qui ralentit jusqu'aux rivages de l'éternité. Le sceau de l'élection divine, les miracles, les ont marquées toutes deux. Jérusalem vit à l'approche du peuple choisi, précurseur du soleil de justice, s'arrêter sur ses murailles à la parole de Josué, le soleil matériel de notre monde physique. À vingt siècles de distance, une croix apparut lumineuse et rayonnante, dans les splendeurs du ciel, aux yeux d'un conquérant qui devait incliner la majesté séculaire de la Rome païenne devant l'immortalité de la Rome chrétienne. Telle est la prise de possession souveraine de ces deux cités élues.). Satan était vaincu au cœur même de sa citadelle. Dans le même temps, ses temples s'écroulaient, ses adorateurs l'abandonnaient, sa civilisation corrompue et corruptrice disparaissait sous les ruines de son empire.
Saint Michel était victorieux. Écoutons plutôt Bossuet, commentant le chapitre XIIe de l'Apocalypse :
« Il y eut alors un grand combat dans le ciel... Comme le démon prévoyait qu'il lui restait peu de temps, et que les Gentils, qui se convertissaient en foule, lui feraient bientôt perdre l'empire romain, il fait ses derniers efforts contre l'Église ; les Anges de leur côté, combattent avec plus de force. — Michel et ses Anges, le Dragon avec ses Anges : chaque troupe avait son chef. — Michel, un grand prince qui est le défenseur de votre peuple. On voit donc ici que saint Michel est le défenseur de l'Église, comme il l'était de la Synagogue.
« Ceux-ci furent les plus faibles, et leur place ne se trouva plus dans le ciel. Cette chute leur arriva lorsque Galère Maximien, qui était le premier auteur de la persécution, fut contraint lui-même au lit de la mort, par une horrible maladie où l'impression de la vengeance divine paraissait toute manifeste, de faire un édit pour donner la paix à l'Église, l'an 311 de Notre-Seigneur ; et que cet édit fut appuyé par Constantin, qui croissait tous les jours en puissance.
« Et j'entendis une grande voix dans le ciel. C'était un chant d'actions de grâces des saints pour la victoire remportée sur l'idolâtrie, et la paix donnée à l'Église par Constantin. — L'accusateur de nos frères, qui les accusait... devant... Dieu :  on peut entendre ici les calomnies que le démon inspirait aux païens contre les fidèles ; mais ce mot, devant... Dieu, nous renvoie à ce qui se passa en la personne de Job, lorsqu'il fut livré à Satan, qui se vantait de venir à bout de sa constance. Ainsi, pour éprouver la patience de son Église, Dieu permettait aux démons de lui susciter des persécuteurs.
« Malheur à la terre et à la mer ! Malheur à tout l'univers et à tous les hommes ! Et la cause de ce malheur de toute la terre, c'est, poursuit saint Jean, que le diable y est descendu plein d'une grande colère contre l'Église, qu'il va persécuter avec une nouvelle fureur.
« Sachant qu'il lui reste peu de temps : ce qu'il jugeait aisément par les conversions qui se multipliaient, par les acclamations même des Gentils à l'honneur des chrétiens et de leur Dieu ; et enfin parce que Constantin, si favorable à l'Église, s'avançait manifestement à la souveraine puissance plus que tous les autres empereurs qui étaient alors. Saint Jean nous déclare ici très expressément que cette implacable colère, qui fait faire au démon les derniers efforts contre l'Église, est un malheur de tout l'univers ; et plus encore des persécuteurs que de l'Église persécutée : car, encore qu'elle ait beaucoup à souffrir, à cause que le démon déchargera sur elle cette grande colère dont il est plein, ceux dans lesquels il opère, et dont il fait des instruments de sa fureur, sont dans un état sans comparaison plus déplorable. »
Chassé de Rome, Satan n'a cessé de rôder jour et nuit autour des remparts de cette vielle éternelle afin de la surprendre, et de la faire de nouveau sa capitale. C'est pour cela que dans sa haine infatigable, tantôt par les hérésies, tantôt par les schismes, toujours par les scandales, il s'est efforcé d'enrôler sous sa bannière des multitudes révoltées et de les conduire à l'assaut de l'Église. (...)
Jamais ce rôle de défenseur de l'Église n'a été plus évident que dans les luttes contre l'Islamisme. (...) Jamais lutte n'a été plus longue et plus terrible ; elle dure depuis l'an 600, et elle a fait couler plus de sang qu'aucune autre. Nulle part, l'Église n'a éprouvé plus de résistance pour la conversion des âmes et la diffusion des bienfaisantes lumières de la foi. Bien des fois même, elle a vu son existence en péril ; mais l'Archange est chaque fois venu d'une manière visible lui apporter le secours de sa défense.
Il n'entre pas dans notre plan de montrer dans un tableau d'ensemble ce qu'il a fait à chaque époque, comment il a lié et délié tour à tour le Dragon infernal, quels ennemis celui-ci a suscités à l'Église aux différents âges de son existence, et comment saint Michel en a triomphé. Il suffit d'étudier l'histoire, pour constater que toujours, partout, et sous toutes les formes, Satan multiplie ses attaques. Nous dirons dans les chapitres suivants quelles sortes de secours particuliers le grand Archange apporte toujours à l'Église.
Mais avant, constatons que, parfois, ce secours a semblé se faire attendre. C'est que, ici comme partout, nous devons voir le doigt de Dieu. À l'Église, il faut des héros, des martyrs ; il faut des âmes illustres, illustres animas ; il faut des hommes généreux qui se fassent briser, immoler pour la justice, interfecti propter justitiam. Or, c'est la guerre qui fait les héros. La paix énerve les courages et amollit les cœurs ; c'est la plainte que faisait entendre saint Cyprien, au milieu de la paix dont l'Église jouissait de son temps. Mais la guerre secoue la torpeur des peuples, relève les âmes, retrempe les caractères. Voilà le secret de la vie de l'Église, toujours jeune et toujours belle : la souffrance est le sang qui porte la vie dans tous ses membres. Semblable au géant de la fable qui, chaque fois qu'il touche la terre, prend de nouvelles forces, l'Église, après chaque persécution, se relève toujours plus forte, plus brillante et plus radieuse.
Oui, Ô Église de Jésus-Christ, vous vivez et vous vivrez jusqu'à la fin des siècles, sans que les portes de l'enfer puissent jamais prévaloir contre vous ! Que les impies se réjouissent, qu'ils frappent à coups redoublés le roc inébranlable, qu'ils annoncent avec grand éclat sa ruine prochaine ! Les insensés ! ils accomplissent, sans le savoir, la promesse du divin fondateur. Mais leur tâche finie, ils se briseront, comme leurs devanciers, contre l'épée du glorieux vainqueur de Satan et contre la pierre qu'ils essayent de renverser.

(Saint Michel Archange, Protecteur de l’Église et de la France, Sa lutte avec Lucifer dans le passé, le présent et l'avenir, ses apparitions et son culte, Abbé Eugène Soyer, 1879)


Reportez-vous à Saint Michel, porte-étendard de Dieu, Saint Michel, l'Ange de l'Eucharistie, Satan domine sur toutes les nations par l'idolâtrie, Saint Michel le combat par l'intermédiaire de Moïse, Saint Michel, ange protecteur de l'Église, Sur la terre comme dans le ciel, saint Michel vient avec ses anges combattre Lucifer et ses légions perverses, et prendre soin des élus, Saint Michel, premier des anges, Michael ? sens de ce mot, titre de gloire pour celui qui l'a prononcé, Les Anges dans l'épreuve, Le combat de Saint Michel contre Satan continue sur terre, Quelles sont les plus célèbres apparitions des Anges dans l'Ancien Testament ?, De l'amour que les Saints Anges portent aux hommes, L'Ange à la garde duquel nous sommes confiés, Quels sont les plus excellents parmi les chœurs des Anges ?, Les saints Anges sont-ils bien nombreux ?, Sous quels traits les saintes Écritures nous représentent-elles les saints Anges ?, Prière à saint Michel Archange, Du culte et de la vénération qui est due à l'Archange Saint Michel, Méditation pour la Fête de Saint Michel et de tous les saints Anges, Neuvaine à Saint MichelDu combat des bons Anges contre les mauvaisMéditation pour la Fête des Saints Anges Gardiens, Pieuses invocations à l'Ange Gardien, Litanie de Saint Michel Archange, Puissance de Saint Michel au jugement dernier, Secours de Saint Michel à l'heure de la mort, Chapelet à Saint Michel Archange, Litanie de Saint Gabriel Archange, Prière à Saint Gabriel Archange, Avoir une grande dévotion à saint Michel, à saint Gabriel, à saint Raphaël, et aux autres quatre Anges qui sont auprès du trône de Dieu, Prière à Saint Raphaël Archange, Litanie de Saint Raphaël Archange, Neuvaine à l'Archange Raphaël, Méditation pour la Fête de Saint Raphaël Archange, Lecture du livre de Tobie (12, 7-15) : S'il est bon de tenir cachés les secrets des rois, c'est un honneur que de faire connaître et proclamer les œuvres de Dieu, Méditation pour le 3 Septembre, Saint Raphaël conduisant le jeune Tobie, Manière dont les Anges Gardiens s'acquittent de leurs fonctions envers les hommes, Les Saints Anges, fidèles Gardiens des Temples, Les saints Anges Gardiens montrent le chemin du salut, Apprenez de votre bon Ange la science du salut, De la Dévotion aux saints Anges et de l'esprit d'une Association en leur honneur, C'est en tout temps qu'on a invoqué dans l'Église les Anges et les Martyrs, De l'Excellence de la nature Angélique, La  grâce des hommes, quoique inférieure à celle des Anges, a des avantages qui la relèvent infiniment, De la principale occupation des Anges, qui est de louer Dieu, et de leur Nombre, Saint Raphaël, Modèle de l'Ange gardien préposé à la garde de chaque hommeConfiance de Saint Jean-François Régis en la protection de son Ange gardienDu grand Amour du Père Surin pour les Saints Anges, dans l'union avec notre Seigneur Jésus-Christ, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers les saints Anges, saint Joseph et les autres Saints ; Voyage de piétéSermon du Saint Curé d'Ars pour la Fête des Saints Anges Gardiens : Les anges de ces petits enfants voient sans cesse la face de mon Père céleste, Méditation pour le 2 septembre, Sur les Saints Anges GardiensDes exercices de piété, par le R.-P. 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samedi 4 janvier 2020

Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 12e Méditation : Après huit jours, le saint Enfant fut circoncis






12e JOUR

Après huit jours, le saint Enfant fut circoncis. (Luc, II, 21)


1er Point. Lorsque Dieu choisit Abraham pour être le père des croyants, il lui ordonna la circoncision, comme le signe de l'alliance qu'il avait faite avec lui, et comme la marque qui devait distinguer ses descendants de tous les autres peuples.
Jésus, le juste par excellence, veut bien se soumettre à cette loi ; il consent à porter la ressemblance du péché, comme il doit en porter la peine ; il veut bien être mis nu rang des pécheurs et passer pour fils d'Adam comme nous ; car il n'est pas venu pour s'exempter de la loi, mais pour l'accomplir dans toute sa rigueur. Admirez l'ardente charité qui consume ce divin Enfant, et qui le presse de nous donner une si grande preuve de son amour. Dès le huitième jour de sa naissance, il commence l'office de médiateur et de Sauveur. Oh! qu'il verse de bon cœur ce sang qui doit purifier votre âme de toutes les souillures du péché !... Et vous, qu'avez-vous fait jusqu'à présent pour correspondre à son amour ? Vous ne voulez pas même vous soumettre à la pénitence que méritent vos péchés ; vous fuyez la mortification, vous ne voulez pas réprimer vos appétits déréglés, modérer vos passions ; vous refusez de vous assujettir aux commandements du Seigneur ; vous vous plaignez de la sévérité de sa loi, de la pesanteur de son joug, vous voudriez qu'il ne vous en coûtât rien pour gagner le ciel. Apprenez aujourd'hui qu'il n'y a que deux voies pour arriver au ciel, l'innocence et la pénitence, et qu'il faut nécessairement suivre l'une ou l'autre pour se sauver.

2e Point. Jésus obéit à la loi de circoncision avec un esprit de rigueur pour lui, de miséricorde et de charité pour nous. En effet, si en recevant la circoncision, il se rend, comme dit saint Paul, sujet à toute la loi. c'est afin de nous délivrer nous-mêmes d'un joug si pesant, et de nous rendre à la sainte liberté des enfants de Dieu. Car désormais il veut que nous le servions, non dans l'esprit de crainte et de terreur, mais avec l'esprit de confiance et d'amour, qui doit nous faire regarder Dieu comme un père. N'oublions pas cependant que Jésus, en nous délivrant de la circoncision corporelle, nous laisse la douce obligation de nous circoncire spirituellement avec le secours de sa grâce, par un dépouillement entier et parfait de toutes nos mauvaises habitudes. Prions donc ce divin Sauveur de nous aider à corriger tout ce qu'il y a de vicieux en nous ; prions-le de nous aider à arracher de notre cœur le péché, qui ne produit en nous que des fruits de mort, afin que nous puissions y planter les vertus qui produiront des fruits abondants pour la vie éternelle.


ORAISON JACULATOIRE

Infans Jesu, redemptor mundi, miserere nobis.
Enfant Jésus, rédempteur du monde, ayez pitié de nous.


PRIÈRE

Ô saint Enfant ! qui commencez votre douloureuse et pénible carrière par verser votre sang pour nous délivrer de la servitude du péché, ne permettez pas que je perde le fruit de ce sang adorable par mon obstination dans le péché : mais faites que, mêlant au moins mes larmes à votre sang, j'en compose un bain salutaire qui me purifie de toutes mes iniquités.


EXEMPLE

L'historien Sozomène raconte comment l'empereur Théodose, après des guerres ruineuses, se vit obligé d'augmenter les impôts qu'il prélevait sur ses sujets. Cette mesure irrita tellement les habitants d'Antioche, que non contents de vomir contre lui toutes sortes d'injures, ils se portèrent aux plus violents excès, et renversèrent dans une émeute les statues de l'empereur ; mais bientôt leur fureur s'apaisa comme une tempête, et reconnaissant leur faute, ils commencèrent à déplorer leur témérité, et chargèrent Flavien, leur évêque, de porter leurs supplications, leur repentir et leurs larmes aux pieds de l'empereur. Flavien ne négligea rien, et Théodose, et employa tous les moyens pour fléchir Théodose, et obtenir le pardon des habitants d'Antioche ; mais le prince resta inébranlable dans la résolution qu'il avait prise de tirer une vengeance éclatante des révoltés qui avaient osé insulter à sa puissance et méconnaître son autorité. Flavien, triste et morne, allait se retirer, désolé de n'avoir pu obtenir le pardon de son peuple, lorsqu'il pensa d'essayer un dernier moyen de fléchir de suite le courroux du prince. De jeunes musiciens avaient coutume de faire entendre de mélodieuses symphonies pendant les repas du César. Flavien va les trouver, les supplie de vouloir bien chanter les supplications de la ville d'Antioche qu'il avait mises en vers. Les jeunes musiciens se laissent gagner, acceptent la mission, et lorsque l'empereur se met à table, ils commencent à chanter, comme ils étaient convenus. L'empereur surpris, écoute, et l'impression qu'ils font sur lui est si puissante, qu'on voit couler de ses yeux de grosses larmes. Je me rends, s'écrie-t-il, et je pardonne à la ville d'Antioche. Quelque chose de semblable se passe à la naissance de Jésus-Christ. Les musiciens célestes, les anges, chantent dans les airs : Gloire à Dieu, paix aux hommes de bonne volonté sur la terre. Le saint Enfant Jésus pleure dans sa crèche, et le pardon est accordé au monde.


PRATIQUE

Supportons avec patience et résignation les peines et les privations de l'état où la Providence nous a placés.



Reportez-vous à De la Circoncision, L'obéissance est la fille et l'inséparable compagne de l'humilitéDévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 13e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, nom qui lui avait été donné par l'ange, Instruction sur la Circoncision, Méditation sur la Circoncision, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 11e Méditation : Les bergers revinrent en glorifiant et en louant Dieu de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 10e Méditation : Les bergers se disaient les uns aux autres : Allons jusqu'à Bethléem, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 9e Méditation : Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 7e Méditation : Tout à coup l'Ange du Seigneur parut auprès d'eux, Salutation à Marie et à Jésus naissant, Litanies du Saint Enfant-Jésus, Méditation pour la Fête de Noël : Vous trouverez un Enfant enveloppé de langes, et couché dans une Crèche, Instruction sur la Fête de Noël, Pratique de la Dévotion à l'enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 1re Méditation : Marie s'étant rendue avec Joseph à Bethléem, le temps de son divin enfantement arriva, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 2e Méditation : Je vous annonce un grand sujet de Joie, il vous est né aujourd'hui un Sauveur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 3e Méditation : Marie mit au monde son fils premier-né, et l'enveloppa de langes, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 4e Méditation : Marie, après avoir enveloppé de langes le saint Enfant, le coucha dans la crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 5e Méditation : Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 6e Méditation : Il y avait là aux environs des bergers qui veillaient et se relevaient les uns les autres pendant la nuit, pour la garde de leurs troupeaux, Litanies du Saint Enfant-Jésus, Dévotion au Saint Enfant-Jésus : Prière d'amour et Consécration, Méditation sur la Nativité, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages confessent Jésus-Christ devant les hommes, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages à Jérusalem, Méditation pour l’Épiphanie : La vocation des mages prédite et figurée, notre vocation à la foi de Jésus-Christ, Méditation sur l’Épiphanie : Les Rois-Mages, Remerciement, offrande et prière au Verbe de Dieu incarné, pour l'Octave de l'Épiphanie, et Méditation sur l’Épiphanie.















vendredi 3 janvier 2020

Réagir prudemment devant « L'Agitateur »




Comment réagir quand le démon crée l'agitation ?
Tout d'abord, en sortir si vous y participiez.
Et ne pas y entrer si vous n'y étiez pas.
L'agitation est l'arène du démon, et elle est constituée trop souvent de manipulateurs de l'information. Vous ne réussirez pas ou très rarement à y trouver la vérité.
La vérité sera dans la retraite et le silence.
Il vous faut sortir de l'arène du démon pour que votre saint Ange puisse dans le recueillement vous indiquer le chemin.
Si vous cédez aux appels de l'Agitateur et participez aux agitations qu'il a inspirées, reprenez-vous et sortez de l'arène !
L'arène de l'agitateur est là pour :
— Renforcer les égarés dans l'erreur,
— Éloigner les justes du recueillement et de la vérité.
Tout le monde crie, mais plus personne n'écoute son bon Ange.
Tout le monde y va de ses dires, tout le monde croit le dernier qui a parlé...
mais qui va à la source ? qui cherche vraiment la vérité ?
Retirez-vous et écoutez.
Vous n'avez qu'une chose à demander, et à demander chaque jour à Notre-Seigneur Jésus-Christ :
— Seigneur Jésus, montrez-moi la vérité et gravez-la en mon cœur, par le Précieux sang qui a coulé de votre côté, même si cela me fait souffrir, même si je dois me remettre en question, même si cela m'amène à prendre des décisions qui aujourd'hui me semblent difficiles à prendre. Tout ce que je veux, parce que je vous aime par-dessus moi-même, par-dessus tout, c'est la vérité.

Et la vérité vous sera donnée.

La retraite, le silence, et la prière sont vos armes. Utilisez-les pour répondre aux désordres provoqués par le démon. Vous pourrez ainsi discerner.

Catholiques, vous avez le Magistère de l'Église pour vous diriger (jusqu'à Pie XII inclus) ! Cherchez et vous trouverez !



Reportez-vous à Qu'il faut s'abstenir de toutes paroles de raillerie, et éviter toute contestation avec le prochainLes saints Anges montrent le chemin du salutSur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vousSur la vérité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du Silence, par Saint Vincent Ferrier, De la doctrine de la véritéNeuvaine à Saint Pie X pour obtenir la vérité en toutes situations, Du Recueillement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Cum ex apostolatus officio, Bulle du Pape Paul IV, Celui qui est saint ne peut être en dissentiment avec le Pape, Ad apostolorum principis, Lettre encyclique du Pape Pie XII, au sujet des épreuves de l’Église de Chine, Litanies de Saint Pie X, Consolations pour les fidèles en temps de persécutions, de schismes et d’hérésie, Haerent animo, Exhortation apostolique du Pape Pie X, au Clergé catholique, Dei Filius, Première constitution dogmatique du Concile Vatican I, sur la foi catholique, Pastor Aeternus, Seconde constitution dogmatique du Concile Vatican I, sur l'infaillibilité pontificale et la primauté du Pape, Saint Pie X, côté mystique d'une élection papale, Litanie de Saint Pie X, Mit brennender sorge, du Pape Pie XI, sur la condamnation du nazisme, Diuturnum Illud du Pape Léon XIII, sur l'origine du pouvoir civil, Divini Redemptoris du Pape Pie XI sur le communisme athée, E supremi du Pape Pie X, Acerbo nimis du Pape Pie X, Editae saepe Dei du Pape Pie X, Vehementer nos du Pape Pie X, Notre charge apostolique du Pape Pie X, Pascendi du Pape Pie X, Décret Lamentabili du Pape Pie X, Il fermo proposito, du Pape Pie X, sur l'Action catholique ou Action des catholiques, Ex Quo Nono, du Pape Pie X, sur la question du retour des Églises à l'unité catholique, Vi ringrazio du Pape Pie X, Le progrès religieux, Médiator Dei du Pape Pie XII, sur la sainte liturgie, Lettre encyclique Humani generis du Pape Pie XII, Aeterni Patris du Pape Léon XIII, Testem benevolentiae du Pape Léon XIII, Mortalium animos du Pape Pie XI, Quanta cura du Pape Pie IX, Syllabus du Pape Pie IX, Bulle de Sixte-Quint sur la création des cardinaux, Qui pluribus du Pape Pie IX, Quamquam pluries du Pape Léon XIII, Quo primum tempore du Pape Pie V, sur la célébration du Saint Sacrifice de la Messe, Sapientiae Christianae du Pape Léon XIII, Prière pour la conversion des francs-maçons et Lettre encyclique du Pape Léon XIII, Vacantis Apostolicae sedis, Constitution apostolique du Pape Pie XII, sur la vacance du Siège Apostolique et l'élection du Pontife Romain, Apostolicae curae, Lettre apostolique de Sa Sainteté le Pape Léon XIII, sur les ordinations anglicanes, Divino afflante spiritu, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie XII, sur les Études bibliques, Unigenitus, Bulle de Sa Sainteté le Pape Clément XI, condamnant l'hérésie janséniste, In eminenti du Pape Clément XII, première condamnation de la franc-maçonnerie, Bulle Providas romanorum du Pape Benoît XIV, Ecclesiam a Jesu Christo du Pape Pie VII, Traditi humilitati nostrae du Pape Pie VIII, Qui pluribus du Pape Pie IX, Quo graviora du Pape Léon XII, Quod apostolici Muneris du Pape Léon XIII, Mirari vos du Pape Grégoire XVI, Libertas Praestantissimum du Pape Léon XIII, Diuturnum Illud du Pape Léon XIII, sur l'origine du pouvoir civil, Mortalium animos du Pape Pie XI, Nostis et nobiscum du Pape Pie IX, Quod aliquantum du Pape Pie VI au sujet de la constitution civile du clergé, Spiritus Paraclitus, Lettre encyclique du Pape Benoît XV, Immortale Dei, Lettre encyclique du Pape Léon XIII, Rerum novarum, Lettre encyclique du Pape Léon XIII, sur la doctrine sociale de l’Église, Bulle Exsurge Domine du Pape Léon X, Multiplices inter, Allocution consistoriale du Pape Pie IX, Satis cognitum, Lettre encyclique du Pape Léon XIII, sur l'unité de l’Église, et Miranda prorsus, Lettre encyclique du Pape Pie XII, sur le cinéma, la radio et la télévision.















jeudi 28 novembre 2019

Sainte Catherine Labouré, Fille de la Charité (2/2)



Extrait de "La Médaille Miraculeuse" par M. Aladel :




Elle se plaisait dans ces humbles fonctions. Sa laiterie était toujours dans un ordre parfait et rien ne lui semblait préférable au bonheur d’être au milieu de ses pauvres. Elle en parlait à la fin de sa Vie comme de sa principale consolation. « J’ai toujours aimé, disait-elle, à rester à la maison ; lorsqu’il était question d’une promenade, je laissais volontiers mon tour aux autres pour servir mes pauvres. »
Et cela était vrai. Une seule sortie lui était agréable, celle qui lui permettait de se rendre à la communauté (elle ne connaissait pas d’autre chemin dans Paris), et pour celle-là, elle ne cédait pas son tour.
Cet attrait pour le silence et la vie cachée la tenait toujours en arrière, comme à la place qui lui convenait et favorisait le mieux son recueillement. Ne cédant à personne les soins de propreté les plus vils de son office, qu’elle appelait les perles d’une Fille de la Charité, elle agissait avec calme, craignant l’empressement ; aussi, lorsqu’elle avançait en âge, les jeunes sœurs qui l’aidaient ont souvent reçu de sa bouche cet avis : « Eh ! ma bonne, ne vous émouvez donc pas tant ! »
Elle comptait parmi les meilleurs souvenirs de sa vie de communauté celui de sa première supérieure : « c’était une bonne ancienne, disait-elle, qui voulait que, chaque année, les premiers fruits du jardin fussent portés à des familles indigentes du faubourg ou à ses bons vieillards ; les sœurs ne pouvaient y toucher qu’après eux. »
Cette ancienne supérieure était sœur Savard, qui ne croyait nullement que sœur Catherine fût favorisée de grâces particulières, et surtout de la vision de la sainte Vierge.
Du reste, cette humble fille respectait et aimait toutes les sœurs sous la conduite desquelles elle passa, et jamais on ne l’entendit dire un mot désavantageux sur leur compte ; elle ne voyait que leurs vertus et leurs qualités.
« Fille de devoir et de travail, dit sa dernière supérieure, mais surtout fille d’humilité, sœur Catherine n’était vraiment appréciée que de ceux qui l’étudiaient d’assez près pour reconnaître tout ce qu’il y avait de simplicité, de droiture, de pureté dans son âme, dans son esprit, dans son cœur et dans toute sa personne.
« Ne se prévalant à aucun titre des faveurs singulières dont l’avait comblée la Vierge Immaculée, elle disait, vers les derniers mois de sa vie, alors que la Providence lui permit un peu d’ouverture sur ce sujet : « Moi, favorisée, ma sœur, mais je n’ai été qu’un instrument ; ce n’est pas pour moi que la sainte Vierge m’a apparu ; je ne savais rien, pas même écrire ; c’est dans la communauté que j’ai appris ce que je sais, et c’est pour cela que la sainte Vierge m’a choisie, afin qu’on ne puisse pas douter. »
N’est-ce pas là une conclusion inspirée par l’esprit de saint Vincent ? J’ai été choisie parce que, n’étant rien, nul ne pourra douter que de si grandes choses ne soient l’ouvrage de Dieu.
Sœur Catherine s’inquiétait peu de l’estime ou du mépris qu’on faisait d’elle. Malgré son silence rigoureux, le soupçon qu’elle pourrait bien avoir vu la sainte Vierge planait toujours sur elle ; on n’osait le lui dire ; en revanche on l’examinait de plus près et plus sévèrement qu’une autre. Si par hasard l’on découvrait en elle quelque faiblesse de la nature, ou simplement l’absence d’une vertu hors ligne, l’on rejetait aussitôt la pensée que la sainte Vierge eût choisi une fille si ordinaire.
Une de ses premières compagnes confirme par son témoignage les appréciations cent fois renouvelées sur son compte. Elle écrit à la sœur Dufès : « Ayant passé six années avec ma sœur Catherine, et travaillé continuellement pendant un an avec elle, il semble que je pourrais citer un grand nombre de détails pleins d’intérêt et d’édification ; mais je suis forcée de l’avouer, sa vie a été si simple, si uniforme, que je ne trouve rien à remarquer. Malgré l’assurance donnée tout bas qu’elle était la sœur si privilégiée de la sainte Vierge, j’y croyais peu, tant sa vie était semblable à celle des autres. Quelquefois j’ai cherché à m’éclairer indirectement en la questionnant sur l’impression qu’avait produite au séminaire l’annonce d’une nouvelle aussi extraordinaire, espérant qu’elle se trahirait dans ses réponses, et par là satisferait ma curiosité ; mais elle répondait avec tant de simplicité, que mon espoir fut toujours déçu. »
Il est vrai, sœur Catherine n’avait rien que d’ordinaire, et cependant, en elle, rien de commun ni de trivial.
Sa taille était au-dessus de la moyenne ; son visage régulier portait le cachet de la modestie ; ses yeux, d’un bleu limpide, exprimaient la candeur. Elle était laborieuse, simple et nullement mystique dans ses allures ; elle n’affectait pas plus les grandes vertus que les dévotions particulières ; elle se contentait de les avoir au fond du cœur et de les pratiquer, suivant la règle, bonnement et droitement.
On a retrouvé, après sa mort, quelques notes écrites de sa main pendant ses retraites annuelles. Tout y est simple, solide, pratique ; pas un mot ne fait allusion aux grâces extraordinaires qu’elle avait reçues ; même quand elle s’adresse à la sainte Vierge, rien ne rappelle la familiarité que Marie lui a témoignée. En voici quelques extraits où l’on n’a corrigé que les fautes d’orthographe :
« Je prendrai Marie pour modèle au commence ment de toutes mes actions ; dans tout, je réfléchirai si Marie a fait cette action, comment et pourquoi elle l’a faite, dans quelle intention. Oh ! que le nom de Marie est beau et consolant..... Marie ! »
« Résolution de m’offrir à Dieu sans réserve, de prendre toutes les petites contrariétés en esprit d’humilité et en esprit de pénitence, de demander dans mes prières que la volonté de Dieu s’accomplisse en moi. Ô mon Dieu ! faites de moi tout ce qu’il vous plaira ! Ô Marie ! donnez-moi votre amour, sans vous je périrais ; obtenez-moi toutes les grâces qui me sont nécessaires ! Ô Cœur Immaculé de Marie, obtenez pour moi la foi et l’amour qui vous attacha au pied de la croix de Jésus-Christ ! »
« Ô doux objets de mes affections, Jésus et Marie, que je souffre pour vous, que je meure pour vous, que je sois toute à vous. et que je ne sois plus à moi ! »
« Ne point me plaindre dans les petites contrarié tés que je puis avoir auprès des pauvres, et prier pour ceux qui me feront souffrir quelque chose. Ô Marie, obtenez-moi cette grâce, par votre pureté virginale ! »
« Bien employer mon temps et ne point le perdre mal à propos. Ô Marie, heureux qui vous sert et qui met en vous sa confiance ! »
« Ô Marie, Marie, Marie, priez, priez, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Marie, ô Marie ! »
« Dans mes tentations et mes sécheresses, je recourrai toujours à Marie qui est la 'pureté même. Ô Marie, conçue sans péché..... »
« Ô Marie, faites que je vous aime, et il ne me sera pas difficile de vous imiter. »
« L’humilité, la simplicité et la charité sont le fondement de notre sainte vocation. Ô Marie, faites-les-moi comprendre, ces saintes vertus ! Saint Vincent, priez, priez pour nous ! »
« Ô Marie, conçue sans péché, priez, priez pour nous ! Daignez, ô Reine des Anges et des hommes, jeter un coup d’œil favorable sur le monde entier... particulièrement sur la France... et chaque personne en particulier. Ô Marie, inspirez-nous ce qu’il faut vous demander pour notre bonheur qui sera celui du monde entier. »

Sœur Catherine a vécu quarante-six ans dans une maison importante, sous la conduite successive de cinq supérieures ; elle a vu passer bien des compagnes différentes d’humeur et de vertu ; nécessairement elle a été diversement appréciée ; on lui faisait entendre parfois qu’elle n’avait plus bien sa tête, elle ne s’en troublait guère et allait toujours son chemin, recevant les prévenances avec une naïve reconnaissance, et les paroles un peu pénibles sans sourciller.
Fidèle à la Règle avec une exactitude tellement uniforme, que le mérite semblait disparaître sous l’habitude, on ne l’entendait jamais parler contre la charité. Lorsque l’âge lui eut donné des droits sur ses jeunes compagnes, rarement elle se permettait un blâme ou un avis, à moins qu’on ne vint la consulter ; elle engageait alors à la soumission. « Tout est là, disait-elle ; sans obéissance pas de communauté possible. » À la fin de sa vie, comme à la sortie du séminaire, elle avait pour sa supérieure une obéissance pleine et entière.
Il ne faudrait pas croire cependant que sœur Catherine fût née avec un tempérament facile et doux, que l’obéissance lui fût toute naturelle ; non, elle avait, au contraire, une bonne tête, et l’humeur très-vive : fort entendue dans tous les travaux de ménage, elle gouvernait avec beaucoup de soin et d’ordre la part qui lui était confiée et savait très-bien conduire ce dont elle était chargée. Sa vivacité la portait quelque fois à de petites saillies ; le ton ferme de ses paroles révélait alors ce que la vertu lui faisait plus ordinairement réprimer. Dès que ce premier mouvement était passé, elle revenait et s’humiliait aussitôt.
Parfois, on voyait le premier mouvement de surprise prêt à s’échapper, retenu captif sans respect humain par une volonté supérieure ; ainsi ce caractère entier n’était si bien plié à l’obéissance que parce qu’il était fidèle à la grâce.
Connaissant cette nature, nous pouvons supposer tout ce que sœur Catherine eut à souffrir des oppositions qu’elle éprouva pour réaliser sa mission : si ces contradictions, surtout depuis que la médaille avait été frappée, étaient plutôt apparentes que réelles de la part de son sage directeur, elles n’en étaient pas moins pénibles pour elles. Ne peut-on pas dire que ce fut un martyre intérieur, continu et connu de Dieu seul ?
Sœur Catherine, malgré sa forte constitution, n’était pas non plus exempte de souffrances corporelles, et l’on s’étonnait quelquefois de la voir demander avec simplicité de petits soulagements qu’une âme mortifiée aurait pu se refuser. Ces légères faiblesses formaient comme un voile qui arrêtait la vue d’un grand nombre, et cachait une partie des beautés de son âme.
Au premier coup d’œil, chacun croyait pouvoir lire jusqu’au fond de cette nature simple, et pourtant elle gardait fidèlement les secrets de Dieu. On voyait en elle, par un singulier contraste, la prudence et la discrétion s’allier à la parfaite simplicité. Ainsi, tandis que plusieurs la trouvaient un peu trop occupée de sa santé, d’autres observaient qu’à toutes les grandes fêtes de la sainte Vierge, particulièrement à celle de l’Immaculée-Conception, elle était malade ou éprouvait des souffrances plus vives, que l’humble sœur recevait comme une faveur de sa céleste Mère.
La supérieure d’Enghien raconte qu’une année, l’ayant amenée avec plusieurs autres compagnes passer la belle journée du 8 décembre à la communauté, le soir, en remontant dans l’omnibus, sœur Catherine fit un faux mouvement et se cassa le poignet. Elle ne dit mot, et personne ne s’en aperçut. Quelques instants après, la voyant tenir son bras dans son mouchoir, sœur Dufès lui demanda ce qui lui était arrivé : « Ah ! ma sœur, répondit-elle tranquillement, je tiens mon bouquet ; tous les ans la sainte Vierge m’en envoie un de cette façon. »
Le détachement de l’estime et de l’affection des créatures était encore un trait caractéristique de notre chère sœur. Dieu lui suffisait pleinement : ce Dieu qui s’était manifesté à elle d’une manière si sensible, cette Vierge Immaculée, dont les charmes avaient ravi son cœur, faisaient seuls sa joie et ses délices. La sainte Vierge lui avait dit en montrant le tabernacle sacré, où repose son divin Fils : « Dans vos peines, ma Fille, c’est là qu’il faut vous consoler. » Fidèle à cette parole de sa bonne Mère, sœur Catherine, dans ses moments pénibles, entrait à la chapelle, y restait quelques moments et retournait ensuite à ses occupations sans perdre la sérénité de son âme, ni celle de son visage toujours avenant. Jésus et Marie recevaient seuls la confidence de ses souffrances et de sa ferveur, et sa vertu restait cachée aux créatures.
Après l’avoir souvent examinée, une des sœurs de la maison, qui voulait reconnaître quelque trace de ses communications avec Dieu, ne put rien découvrir de particulier, sinon qu’elle ne tenait pas les yeux baissés pendant l’oraison, mais les avait constamment fixés sur l’image de Marie. Elle dit encore que sœur Catherine ne pleurait jamais, sinon dans une grande angoisse de cœur. Mais plusieurs fois elle a vu couler ses larmes en abondance, quand on racontait devant elle des traits de protection ou des conversions obtenues par l’intercession de la sainte Vierge ; ou bien, comme en 1871, à la vue des maux de l’Église et de la France.
Solidement pieuse, au milieu de sœurs qui paraissaient l’être davantage, on ne voyait, en effet, rien dans notre humble sœur qui la distinguât des autres. Une seule chose a été remarquée : l’importance qu’elle attachait à la récitation du chapelet. Laissons parler sa supérieure :
« Nous étions toujours frappées, dit sœur Dufès, lorsque nous le disions en commun, de l’accent grave et pieux avec lequel notre bonne compagne prononçait les paroles de la Salutation angélique. Et ce qui nous fait voir jusqu’à quel point elle était pénétrée de ces sentiments de respect et de dévotion, c’est qu’elle, toujours si humble, si réservée, ne pouvait s’empêcher de blâmer la légèreté, le peu d’attention qui, parfois, accompagnent la récitation d’une prière si belle et si efficace. »
Son amour pour les deux familles de saint Vincent, loin de se refroidir avec l'âge, lui faisait mettre sans cesse en œuvre la seule puissance à sa disposition : la prière ; chaque semaine régulièrement, elle offrait une communion pour attirer les bénédictions d’en haut sur la congrégation de la Mission ; ses prières pour sa communauté étaient continuelles.
Sœur Catherine avait toujours conservé l’office qui l’attachait à l’hospice d’Enghien ; elle soignait les vieillards qui lui étaient confiés avec une sollicitude vraiment admirable, sans négliger jamais le colombier qui lui rappelait ses pures et douces joies d’enfance.
La jeune fille d’autrefois qui nous est représentée gracieusement couverte de ses chers pigeons, était maintenant une pauvre sœur, bien âgée, mais non moins attentive à la surveillance de son petit peuple.

« Ma sœur Catherine était alors l’âme de la petite famille chargée du soin de l’hospice. Dans ces dernières années, le nombre de nos sœurs était devenu plus considérable, et par suite l’administration des deux maisons d’Enghien et de Reuilly étant trop difficile, pour une seule personne, une assistante me fut donnée pour me seconder dans la direction de l’hospice. Si ma sœur Catherine n’eût pas été formée depuis longtemps à l’obéissance et à l’abnégation, il eût semblé bien dur à sa nature, vive et prompte, de reconnaître l’autorité d’une compagne beaucoup plus jeune qu’elle ; mais bien autres furent les pensées de l’humble sœur qui s’était toujours étudiée à s’effacer.
« Elle fut la première à protester de sa soumission entière : « Ma sœur, me dit-elle, soyez tranquille, il a suffi que nos supérieurs aient parlé, pour que nous recevions ma sœur Angélique comme une envoyée du bon Dieu, et lui obéissions comme à vous-même. » Ses paroles furent justifiées par sa conduite.
« Malgré le silence que ma sœur Catherine gardait sur les communications qu’elle avait reçues, il lui arrivait de temps en temps de me dire ses vues sur les événements actuels, me parlant alors comme inspirée de Dieu.
« C’est ainsi qu’au moment de la. Commune elle m'annonça que je quitterais la maison accompagnée de telle sœur, que je reviendrais le 31 mai, m’assurant que je ne devais rien craindre, parce que la sainte Vierge tiendrait ma place et garderait la maison. Je ne fis guère attention aux paroles de la bonne sœur.
« Je partis, en effet, et réalisai, contre mes plans et sans y penser, tout ce que ma sœur Catherine m’avait prédit. Le 31 mai, de retour à la communauté, j’étais très-inquiète de la maison, tombée au pouvoir d’une bande de communards et qu’on disait dévastée ; ma sœur Catherine essayait de me rassurer, me répétant que la sainte Vierge avait tout conservé. « Elle en était sûre, disait-elle, la sainte Vierge le lui avait promis. »
« En effet, nous trouvâmes à notre arrivée que cette Mère de miséricorde avait tout gardé, tout sauvé, malgré la longue occupation de cette chère maison par une troupe de forcenés, dont le satanique plaisir était de briser et de détruire.
« Une circonstance surtout nous frappa vivement : ces malheureux avaient fait d’inutiles efforts pour renverser la statue de Marie Immaculée, située dans le jardin ; elle avait invinciblement résisté à leurs tentatives sacrilèges.
« Ma sœur Catherine s’empressa de remettre sur la tête de notre auguste Reine sa couronne qu’elle avait emportée dans son exil, en lui disant qu’elle la lui rendait en hommage de reconnaissance.
« Plusieurs fois ma sœur Catherine m’exposa ainsi ses idées avec une simplicité d’enfant. Quand la réalisation ne venait pas confirmer ses prédictions, elle me disait avec calme : « Eh bien ! ma sœur, je me suis trompée, je croyais vous avoir dit vrai ; je suis bien aise qu’on sache la vérité (les personnes qui reçoivent des communications surnaturelles ne sont point, par le seul fait de cette faveur, préservées de toute erreur. Elles peuvent se tromper en comprenant mal ce qu’elles voient ou entendent ; elles peuvent être dupes des illusions du démon, elles peuvent mêler, sans le vouloir, leurs propres idées à celles qui viennent de Dieu ; elles peuvent rendre d'une manière inexacte ce qui leur a été révélé. Il faut remarquer d’ailleurs que les prédictions sont assez souvent conditionnelles, et que leur accomplissement dépend de la manière dont les conditions sont remplies. Aussi l’Église, lorsqu‘elle approuve les révélations privées, ne fait autre chose que déclarer, qu’après un mûr examen, on peut les publier pour l’édification des fidèles et qu’elles s‘appuient sur des preuves assez solides pour qu’on les croie pieusement.
Les écrivains sacrés ont eu seuls le privilège de l’infaillibilité pour recevoir les inspirations divines et pour les transmettre aux autres.). »
« Cependant les années s’accumulaient, et notre bonne sœur parlait souvent de sa fin prochaine. Nos vénérés supérieurs se préoccupaient de son état, et M. le Supérieur général la fit un jour venir à la communauté afin de recevoir de sa bouche des communications qui lui semblaient importantes.
« Ma sœur Catherine ne s’attendait à rien ; elle fut très-surprise et presque interdite. À son retour, elle me fit part de son émotion ; et, pour la première fois, me parla à cœur ouvert de ce qu’elle craignait tant auparavant de laisser paraître.
« Cette répugnance avait cessé ; se voyant sur le bord de la tombe, elle se sentait pressée de faire connaître les détails qu’elle pouvait croire ensevelis avec le vénéré Père Aladel, et témoignait une grande peine de voir la dévotion à l’Immaculée-Conception moins vive et moins générale que dans le commencement.
« Ces confidences, du reste, furent pour moi seule ; aucune de nos sœurs n’en eut connaissance. Il est vrai que la plupart étaient instruites de ce pieux mystère ; mais elles ne l’apprirent jamais de ma sœur Catherine elle-même. Tout ce qu’elles pouvaient remarquer, c’était son ardent amour pour Marie Immaculée, et son zèle à propager la médaille miraculeuse. Puis, quand elle entendait une de nos sœurs exprimer le désir de faire le pèlerinage de Lourdes ou de quelque autre sanctuaire privilégié de Marie, elle ne pouvait s’empêcher de dire avec une certaine vivacité : « Mais pourquoi donc voulez-vous aller si loin ?... N’avez-vous pas la communauté ?... Est-ce que la sainte Vierge n’est pas apparue la aussi bien qu’à Lourdes ?... » Et ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que, sans avoir lu aucun des ouvrages publiés sur cette grotte miraculeuse, ma sœur Catherine était plus au courant de tout ce qui s’y était passé que les personnes qui avaient fait ce pèlerinage. À part cela, comme on l’a déjà dit, jamais il ne lui échappa une parole qui pût laisser croire qu’elle eût eu plus de part qu’une autre aux faveurs singulières que la sainte Vierge avait versées sur l’humble chapelle de la maison mère.
« Cette bonne compagne était devenue plus affectueuse, depuis qu’elle avait ouvert son cœur ; c’était pour elle un repos, une consolation de voir quelqu’un qui la comprit. Notre Père Chevalier, assistant de la congrégation de la Mission, venait de temps en temps la visiter et recevoir ses confidences au sujet de l’apparition. Il lui parlait un jour de la nouvelle édition de la Notice sur la médaille qu’il préparait. « Lorsque M. Aladel a fait paraître l’édition de 1842, reprit ma sœur Catherine, je lui avais bien dit qu’il n’en publierait pas d’autre, et que moi non plus je ne verrais pas une nouvelle édition, parce que celui qui la ferait ne l’aurait pas finie de mon vivant. — Je vous attraperai bien », reprit M. Chevalier, qui comptait la mettre au jour très-prochainement. — Mais des difficultés imprévues ayant retardé la publication, il reconnut que la bonne sœur avait dit juste.
« Depuis que l’année 1876 était commencée, ma sœur Catherine parlait plus souvent de sa mort ; à tous nos jours de fête, elle ne manquait pas de nous dire : « C’est la dernière fois que je vois cette fête » ; et quand on semblait ne pas la croire, elle ajoutait que sûrement elle ne verrait pas l’année 1877. Nous ne prévoyions pas cependant une fin si prochaine. — Pendant les derniers mois, elle fut obligée de garder le lit et de cesser cette vie si active qu’elle menait depuis tant d’années.
« Ses forces allaient toujours diminuant ; un asthme joint à une maladie de cœur la minait peu à peu ; elle se sentait mourir, mais sans crainte, on peut même dire sans émotion. Un jour, lui parlant de sa mort : « Vous n’avez donc pas du tout peur, lui dis-je, ma bonne sœur Catherine ? — Peur ! s’écria-t-elle, mais, ma sœur, pourquoi voulez-vous que j’aie peur ?... Je m’en vais retrouver Notre-Seigneur, la sainte Vierge, saint Vincent ! »
« En effet, notre chère compagne n‘avait pas à s’effrayer, car sa mort fut aussi calme que sa vie.
« Quelques jours avant, une de nos sœurs causait avec elle familièrement, et, sans aucune préméditation de part et d’autre, la malade lui dit : « J’irai à Reuilly. » (Nous appelons de ce nom la maison de Providence, séparée de l’hospice d’Enghien par un vaste jardin, et où sont réunies nos diverses œuvres.) — Comment, dit la compagne, à Reuilly ? mais vous n’en aurez pas le courage, et vous aimez tant votre Enghien, que vous n’avez jamais quitté ! — « Je vous dis que j’irai à Reuilly. — Mais quand est-ce ? — Ah ! voilà ! dit ma sœur Catherine d’un ton affirmatif et mystérieux qui déconcerta la compagne. — Peu après elle lui dit encore : « Il n’y aura pas besoin de corbillard pour mon enterrement. — Oh ! par exemple, répond la sœur. — Il ne faudra pas de corbillard, reprit la malade d’un ton accentué. — Mais comment fera-t-on ? — On me mettra dans la chapelle de Reuilly. » — Ces paroles frappèrent la compagne, qui me fit part de cette conversation : « Gardez cela pour vous », lui dis-je.
« Le 31 décembre, elle eut dans la journée plusieurs faiblesses qui firent croire à sa fin prochaine. Nous lui proposâmes donc les dernières consolations de la religion, ce qu’elle accepta avec reconnaissance. Elle reçut les sacrements avec un bonheur et un calme qu’on ne saurait décrire, puis, sur sa demande, nous lui récitâmes les litanies de l’Immaculée Conception.
« Étant un jour près de son lit, nous lui parlions du ciel, de la sainte Vierge ; alors elle exprima ce désir : « Je voudrais que pendant mon agonie il y eût là soixante-trois enfants disant chacune à la sainte Vierge une des invocations qui rappellent son Immaculée-Conception, et surtout ces paroles si consolantes : Terreur des Démons, prier pour nous. » On lui fit observer qu’il n’y avait pas soixante-trois invocations dans les litanies. — « Vous les trouverez dans l’office de l’Immaculée-Conception », dit-elle. — On se mit en mesure d’exaucer son désir, en écrivant les invocations sur des billets, et on les garda pour le suprême instant ; mais au moment de son agonie, les enfants ne se trouvèrent pas disponibles ; elle demanda alors qu’on récitât les litanies et fit répéter trois fois l’invocation qui fait trembler les enfers.
« Plusieurs de nos sœurs furent singulièrement touchées de l’entendre s’écrier avec un accent de profonde tendresse : « Ma chère communauté ! Ma chère maison-mère ! » Tout ce qu’on a aimé fortement revient, dit-on, à l’heure suprême.
« Quelques anciennes compagnes ou amies de la maison vinrent dans la journée la visiter une dernière fois ; l’une d’elles, en office au séminaire, s’approchant, lui dit avec un accent de tristesse : « Sœur Catherine, vous allez donc partir sans me dire un mot de la Sainte Vierge ? » — Alors la mourante se pencha vers elle et lui parla assez longuement à l’oreille. « Je ne dois pas parler, c’est M. Chevalier qui a mission pour cela. » Elle ajouta cependant : « La sainte Vierge est peinée, parce qu’on ne fait pas assez de cas du trésor qu’elle a donné à la communauté dans la dévotion à l’Immaculée-Conception ; on ne sait pas en profiter ; mais surtout parce qu’on « ne dit pas bien le chapelet. » Elle continua sans interruption. « La sainte Vierge a promis d’accorder des grâces particulières chaque fois que l’on priera dans la chapelle ; mais surtout une augmentation de pureté, cette pureté d’esprit, de cœur, de volonté qui est le pur amour. »
Cette bonne fille, animée de l’esprit vraiment primitif de la Compagnie, était sans le savoir, en prononçant ces dernières paroles, l’écho de la vénérable Mère Legras, dont les écrits renferment textuellement la même pensée.
Une supérieure, qui était venue la visiter, s’approcha aussi de la malade, et lui parla des besoins de la communauté, de ceux du séminaire, et elle finit en disant : « Ma bonne sœur Catherine, quand vous serez au ciel, vous n’oublierez pas tout cela, vous ferez bien toutes mes commissions. » — Ma sœur Catherine lui répondit : « Ma sœur, je veux bien, mais j’ai toujours été si bête, si sotte ; je ne sais pas comment je m’expliquerai, car j’ignore comment on parle au ciel. » — Sur quoi l’autre sœur, ravie de tant de simplicité, eut l’inspiration de lui dire : « Oh ! ma bonne sœur Catherine, dans le ciel, on ne parle pas comme sur la terre; l’âme regarde Dieu et le bon Dieu regarde l’âme, et tout est compris ; c’est là le langage du ciel. » Alors notre bonne sœur prit un air radieux et lui répondit : « Oh ! ma sœur, s’il en est ainsi, vous pouvez être tranquille, toutes vos commissions seront faites. »
M. Chevalier vint aussi dans la journée bénir la pieuse mourante et lui parla dans le même sens. Sœur Catherine lui répondit avec une entière présence d’esprit et dit entre autres choses : « Les pèlerinages que font les sœurs ne favorisent pas la piété... La sainte Vierge ne m’a pas dit qu’il fallait aller la prier si loin ; c’est dans la chapelle de la communauté qu’elle veut que les sœurs l’invoquent, c’est là leur vrai pèlerinage. »
Les pauvres, qu’elle avait tant aimés, occupaient également sa pensée « Depuis qu’il y a dans la communauté beaucoup de sœurs instruites, il me semble qu’on n’aime pas les pauvres autant qu’autrefois ; il y a des sœurs qui n’ont jamais soigné un malade, elles ne sauraient comment s’y prendre pour leur rendre le service le plus ordinaire. »
« À quatre heures du soir, une nouvelle faiblesse nous réunissait toutes auprès de cette chère mourante, ce n’était pas encore cependant le dernier moment. Nous entourâmes son lit jusqu’au soir. À sept heures, elle parut s’assoupir davantage et, sans la moindre agonie, sans le moindre signe de souffrance, elle rendit son dernier soupir. C’est à peine si nous pûmes apercevoir qu’elle avait cessé de vivre... Jamais je n’ai vu mort si calme et si douce. »

« Une émotion bien vive remplit alors nos cœurs ; il nous semblait assister à la céleste entrevue de notre bienheureuse compagne avec ce Dieu si bon, qui tant de fois s’était révélé à elle pendant les jours de son séminaire ; avec cette Vierge si belle, dont rien ici bas n’avait pu lui retracer l’image !
« Ce n’était pas la tristesse qui remplissait nos cœurs : aucune larme ne fut versée dans ce premier instant ; nous cédions à une émotion que je ne saurais définir ; nous nous sentions près d’une sainte ; il nous semblait que le voile de l’humilité, sous lequel elle avait vécu si longtemps cachée, se déchirait pour ne plus nous laisser entrevoir que l’âme privilégiée du ciel.
« Nos sœurs se disputèrent le bonheur de passer la nuit près de ces restes vénérés, une sorte d’aimant nous y tenait attachées.
« Pour perpétuer le souvenir du bienfait qu’elle avait reçu, n’étant encore que sœur du séminaire, nous eûmes la pensée de la revêtir de ce pieux habit avant de la livrer à la photographie ; l’épreuve réussit complètement sous les deux costumes.
« Ensuite nous descendîmes dans la chapelle les restes bénis de notre chère sœur. La Vierge Immaculée veillait sur elle ; les lis et les roses entouraient ce corps virginal, et sa devise chérie : Ô Marie, conçue sans péché, prier pour nous qui avons recours à vous, surmontant ce petit sanctuaire, semblait être le dernier écho de sa vie.
« Alors commença le miracle de l’humilité glorifiée ; cette humble sœur, dont personne n’avait remarqué la présence, fut soudainement entourée de personnes de tout âge, qui regardaient comme un immense bonheur de venir, non prier pour elle, mais se recommander à son intervention bénie.
« Pour nous qui nous tenions attachées auprès de notre chère relique, nous ne pouvions envisager le moment qui allait nous la ravir. Cette maison qui semblait protégée par sa présence depuis quarante-six ans, s‘en verrait-elle dépossédée à tout jamais ?... Cette pensée nous brisait le cœur ; il nous semblait que la protection de la Vierge Immaculée allait cesser désormais de planer sur nous.
« D’autre part, la conserver paraissait impossible. Nos supérieurs consultés permirent des démarches à cette intention. Il y avait tout un monde de difficultés à aplanir.
« Prions », dis-je à nos sœurs, et elles passèrent la nuit à supplier Marie Immaculée de ne pas permettre que notre compagne nous fût enlevée.
« Pendant toute cette nuit je cherchais en vain un endroit convenable pour la déposer, lorsque soudain, au son de la cloche de quatre heures du matin, je crus entendre résonner à mon oreille ces mots : « Le caveau est sous la chapelle de Reuilly. » — Mais, c’est vrai ! me dis-je, avec joie, comme une personne qui voit se réaliser tout à coup un désir longtemps contrarié ; me ressouvenant que lors de la construction de la chapelle, on avait ménagé un caveau communiquant avec le réfectoire des enfants, auquel notre digne Mère Mazin n’avait point voulu donner de destination, disant « qu’il pourrait servir plus tard. »
« Il n’y avait pas de temps à perdre. Nous étions à la veille de son convoi, et les autorisations, si difficiles à obtenir, n’avaient pas encore été sollicitées.
« Le caveau fut préparé à la hâte, et les démarches, appuyées par des personnes haut placées, réussirent comme par enchantement.
« Le 3 janvier, fête de sainte Geneviève, était le jour, fixé pour l’enterrement de celle que nous regardions, dès lors, comme l’ange tutélaire de notre maison. Mais ici ce n’est pas le mot d’enterrement qu’il me faut employer, c’est plutôt celui de triomphe, car c’en fut un véritable pour notre humble sœur.
« Toutes les maisons de nos sœurs qui furent prévenues à temps tinrent à envoyer une députation, et la chapelle se trouva trop petite pour contenir les assistants. La messe dite, le cortège qui devait conduire le corps processionnellement de l’hospice d’Enghien au caveau de Reuilly s’organisa de la sorte : les jeunes ouvriers, Enfants de Marie, portant leur bannière, ouvraient la marche, suivis de tous nos petits orphelins ; venaient ensuite nos jeunes filles des congrégations externes et internes, portant les livrées de l’Immaculée Marie, les fidèles, et enfin nos sœurs précédant le clergé.
« Ce long cortège se déploya lentement dans la longue allée du jardin, et, pendant que les chants solennels du Benedictus retentissaient au loin, on voyait apparaître le modeste cercueil recouvert de lis et d’églantines, emblèmes de pureté et de simplicité.
« À l’entrée du caveau, la foule dut s’écarter, et nos Enfants de Marie saluèrent l‘arrivée du corps par le chant béni de : Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. Impossible de rendre les émotions de ces funérailles d’un genre tout nouveau.
« Afin de conserver notre trésor, il fallut murer l’entrée souterraine ; mais on y ouvrit une communication avec la chapelle.
« Les pauvres, que sœur Catherine avait soignés, déposèrent une magnifique couronne sur la tombe de l’humble fille de saint Vincent, qui ne chercha jamais que la voie la plus commune, et qui avait supplié la sainte Vierge de la laisser inconnue et ignorée !... »
La vie de la chère sœur Labouré a été la réalisation fidèle de cette parole de Notre-Seigneur dans l’Évangile : « Je vous rends grâces, mon Père, de ce que vous avez caché ces choses aux sages du siècle pour les révéler aux humbles et aux petits. » Jamais les dons de Dieu ne furent mieux à couvert dans une âme sous le double manteau de l’humilité et de la simplicité.
Pendant quarante-six ans, elle s’est livrée à des travaux obscurs et pénibles, sans chercher d’autre satisfaction que celle de plaire à Dieu ; elle s’est sanctifiée dans l’ombre par une fidèle correspondance à la grâce et l’exactitude aux pratiques de la vie commune. Les faveurs qu’elle recevait du ciel n’ont point enflé son cœur : témoin des merveilles opérées tous les jours par la médaille, elle n’a jamais dit une parole qui pût faire soupçonner qu’elle savait quelque chose de plus que tout le monde à ce sujet.
Ne dirait-on pas qu’elle avait pris pour devise ces paroles de l’Imitation : « Aimer à être oublié et compté pour rien » ? Comme à ces traits on reconnaît bien la véritable fille de l’humble Vincent de Paul !
Quelle gloire doit posséder dans les cieux celle qui, durant toute sa vie, s’est efforcée de se tenir dans l’abaissement !
Il semble que déjà, dès maintenant, nous voyions quelques rayons de cette gloire. Les obsèques de l’humble servante des pauvres ont ressemblé à un triomphe ; par une exception presque inouïe, son corps est resté au milieu de sa famille spirituelle ; son tombeau est souvent visité par des personnes de toutes conditions, qui ont la confiance de se recommander à son intercession, et plusieurs affirment que leurs prières ont été exaucées. Enfin cette notice biographique mettra au grand jour ce que sœur Catherine a si soigneusement caché, afin que la promesse de Notre-Seigneur soit accomplie : Celui qui s’humilie sera exalté.



Reportez-vous à Sainte Catherine Labouré, Fille de la Charité (1/2)Prière de Pie XII pour la Neuvaine à l'Immaculée Conceptionpetit chapelet de l'Immaculée Conception de MarieMéditation sur l'Immaculée Conception de Marie, et Grâces extraordinaires de conversion obtenues par la Médaille Miraculeuse.