jeudi 15 novembre 2018

Comment les peuples païens ont dissipé une grande partie du patrimoine de vérités reçu des pères du genre humain, mais ont conservé le dogme de l'existence et de l'immortalité de l'âme



Extrait de "Le Cimetière au XIXe siècle" de Mgr Gaume :





VINGTIÈME LETTRE


Le dogme de l'immortalité de l’âme, chez les Juifs anciens et chez les Juifs modernes. — Chez les Indiens. — Chez les Chinois. — Chez les Perses. — En Afrique. — Dans l'Amérique du Nord. — Dans l'Amérique Méridionale. — Trait d’histoire. — Conclusion.



Cher ami,

L’existence de l’âme, son immortalité, la fraternité permanente des vivants et des morts, l’efficacité de nos prières pour les habitants de l'autre monde, si éloquemment prêchées par le cimetière, ne sont pas seulement des dogmes de la foi chrétienne, elles font partie du symbole immortel de tout le genre humain.
Si, dans l’antiquité, on excepte quelques grossiers épicuriens, Epicuri de grege porci, précurseurs des modernes solidaires, tous les peuples ont cru à ces vérités fondamentales. Pour en recueillir la preuve, nous allons faire, à vol d’oiseau, le tour du monde.
Transportons-nous, d’abord, en Palestine, antique séjour du peuple juif ; puis, nous suivrons ce peuple cosmopolite sur les différents points du globe, où le châtiment divin l’a dispersé.
Dans vingt endroits différents, l’Ancien Testament enseigne l’immortalité de l’âme, lorsqu’il dit que les âmes des mourants vont se réunir à leurs pères. Elles survivent donc au corps (Tu autem ibis ad Patres tuos in pace, sepultus in senectute bona. Gen., xv, 15). Crainte de longueur, je me contente de t’indiquer les passages dans lesquelles l’Écriture Sainte, depuis le premier livre jusqu’au dernier, contient les témoignages de la foi du peuple juif à ce dogme fondamental (Gen., XXXVII, 35 ; XXV, 28 ; XXXV, 29 ; Numer., LX, 26 ; Deuter., XXXII, 50 ; Jad., XI, 10 ; 4 Reg., XXII, 20; 2 Paralip., XXXIV, 28 ; Sapient., III, 1 ; Is., XXVI, 19 ; I Mach., XIV, 30 ; II id., VII, 9 ; XIV, 23).
La même foi est exprimée par le mot hébreu schéol, qui signifie le lieu où se réunissent les âmes des défunts. Tu sais que jamais le Pentateuque n’emploie ce mot dans le sens de tombeau. Ainsi, dans la Genèse, Jacob apprenant la mort de Joseph, dit : Je pleurerai toujours jusqu’à ce que je descende avec mon fils dans le schéol. Il est évident qu’il ne voulait pas dire dans le tombeau, attendu que Jacob croyait que son fils avait été dévoré ; par conséquent, il ne pouvait pas penser qu'on le mettrait avec son fils dans le même tombeau (Descendam ad filium meum lugens in infernum. Gen., XXVII, 35).
Ce dogme qu'il a révélé aux pères du genre humain, Dieu prend soin de le confirmer d’âge en âge à leurs enfants. C’est ainsi que, parlant à Moyse, il s’appelle le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob (Ego sum Deus Patris tui, Deus Abraham, Deus Isaac et Deus Jacob. Exod., III, 6 ; id., IV, 5, etc.). Dieu s'appelle le Dieu de ces patriarches longtemps après leur mort.
Or, Dieu n’est pas le Dieu du néant ; il est le Dieu de ce qui est, par conséquent de ce qui vit. Les patriarches dont Dieu se fait gloire d’être le Dieu n’étaient donc pas morts. Leur Dieu pendant qu’ils étaient pèlerins sur la terre, il continue de l’être, après qu’il ont franchi les frontières de la terre d’exil pour entrer dans l’éternelle patrie.
Tel est le sens dans lequel les Juifs, du temps même de Notre-Seigneur, entendaient ces divines paroles. L’un demande au Sauveur ce qu’il faut faire pour obtenir la vie éternelle, c’est-à-dire la bienheureuse immortalité de l’âme. Marthe dit au divin Maître qu’elle sait que son frère Lazare ressuscitera au dernier jour. Elle croyait donc que son frère n’était pas anéanti.
Cependant les Sadducéens, secte d’Épicuriens, nés chez les Juifs du contact avec les Grecs, se permettaient de nier l’immortalité de l’âme. Tu sais avec quelle autorité, le fils de Dieu leur ferma la bouche et les confondit en présence de la multitude, qui en fut enchantée. « Vous vous trompez, leur dit-il, vous ne connaissez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu. Vous n’avez pas lu ce que Dieu vous a dit : Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Or, Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants (Matth., XXII, 29, 32). »
La réponse du divin Maître est une réfutation péremptoire, un argument qu’on appelle en philosophie ad hominem, parce qu’il va droit au but et bat l’adversaire avec ses propres armes. De là vinrent les applaudissements de la foule : un mot d’explication te le fera comprendre.
Pour réfuter les Sadducéens, Notre-Seigneur choisit ses paroles dans le Pentateuque, uniquement dans le Pentateuque : Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Pourquoi laisse-t-il de côté les témoignages des autres Écritures ? parce que les Sadducéens ne reconnaissaient que le Pentateuque ; que les livres de Moïse jouissaient de la plus grande autorité, et que les trois grands Patriarches étaient chez les juifs en telle vénération, que personne n’aurait osé dire qu’ils étaient morts, c’est-à-dire anéantis ; qu’ils ne vivaient pas dans le sein de Dieu et ne veillaient pas sur leur postérité (Cor. a Lap. In hunc loc.).
Dans sa dispersion, Israël emporta le dogme de l’immortalité de l’âme qui avait fait la base de sa croyance, pendant son séjour dans la terre de ses Pères. Sais-tu, mon cher Frédéric, comment les Juifs modernes appellent le cimetière ? ils l’appellent la maison des vivants. Le mort déposé dans le sépulcre, ils lui disent : « Béni soit Dieu qui vous a formé ! Ô morts ! il sait en quel nombre vous êtes et un jour il vous rendra la vie. » Chacun travaille ensuite à le couvrir de terre avec une pelle ou simplement avec la main (Cérém. funèb. de tous les peuples, etc., publié par J.-F. Bernard, 1818).
Abordons maintenant la gentilité, en commençant par l’antiquité classique. Elien rapporte que Cercidas de Mégalopolis, interrogé s’il quittait volontiers la vie, répondit : Pourquoi pas ? Je me réjouis de la séparation de mon âme et de mon corps, parce que je vais monter au pays, où je verrai parmi les philosophes, Pythagore ; parmi les poètes, Homère ; parmi les musiciens, Olympe ; et les autres hommes illustres parleur science (Quidni ? delector separatione animae a corpore, quoniam ad eas oras ascendam, ubi videbo ex philosophis Pythagoram, ex poetis Homerum, ex musicis Olympum, et alios viros in omni scientia præstantissimos. Ælian., lib. XIII).
Dans Xénophon, Cyrus mourant dit à ses fils : « Ne croyez pas, mes enfants, que lorsque j’aurai quitté cette vie, je ne serai nulle part, ou je ne serai rien ; car lorsque j’étais avec vous, vous ne voyiez pas mon âme, mais vous saviez que mon corps était son domicile ; croyez qu’elle est la même après sa séparation du corps (Nolite putare, filii, me cum ab hac vita migravero, nusquam aut nullum fore. Nam nec dum vobiscum communicabam, animum meum intnebamini, sed corpus hoc ejus esse domicilium intelligebatis. Eumdem esse creditote, etiam modo separatur a corpore. Xénoph., Cyrop.) ».
Il est dit que Caton, lisant le livre de Platon sur l’immortalité de l'âme, se tua pour jouir de cette vie immortelle.
Cicéron fait ainsi parler Scipion, longtemps après sa mort : « Croyez que tous ceux qui ont travaillé à la conservation, à la défense et à la prospérité de la patrie, jouissent dans le ciel d’un bonheur éternel. » Et interrogé si lui-même vivait, ainsi que ceux qu’on croyait morts, il répond : « Certainement ils vivent tous ceux qui, délivrés des liens du corps, sont sortis de prison. Ce que vous appelez votre vie, c’est la mort (Sic habeto, omnibus qui patriam conservaverint, adjuverint, auxerint, certum esse in coelo, ac definitum locum ubi ævo sempiterno fruantur... tunc vero, hi vivunt, qui ex corporum vinculis, tanquam e carcere evolarunt. Vestra vero quae dicitur vita, mors est. De Repub. ; lib. VI). »
De la Grèce et de Rome, passons aux Indes. Les immobiles habitants de ces vastes contrées, croient également à l’immortalité de Pâme. Pour déterminer une femme à se brûler sur le corps de son mari, la loi des Bramines contient cet article : « II convient qu’une femme se brûle avec le cadavre de son mari. Toute femme qui en agit ainsi, accompagne son époux en paradis, où ils resteront l'un et l’autre pendant toute l’éternité (De Repub., t. I, p. 74).
Les Péguans admettent la métempsycose qui n’est, d’une part, que la croyance à l’immortalité de l’âme, et, d’autre part, que le dogme altéré de la résurrection (Ibid., p. 77).
Dans l’île de Ceylan, après la mort d’une personne, ses parents appellent un Prêtre qui récite des prières pour le repos de l’âme du défunt (Ibid., p. 103).
Même croyance chez les Insulaires de Java, et chez les peuples de Sofala. Ces derniers sont tellement convaincus que les morts ne sont pas morts, qu’ils leur portent à manger (lbid., p. 107; et t. II, p. 5).
Si des Indes, nous passons dans une autre partie de l’immense Orient, nous trouvons les Chinois, dont le culte pour les morts va jusqu’à l’idolâtrie. Qu’un solidaire aille leur dire que leurs ancêtres défunts ne sont qu’un tas de boue, et il se fera écorcher vif.
Chez les Parses, la loi veut qu’après la mort des parents, les enfants leur préparent un festin funèbre. Ce festin, auquel doivent être invités les amis du défunt, a pour but de procurer du repos et de la joie aux amis des parents de ceux qui habitent la maison (De Repub., t. I, p. 73).
Entrons maintenant dans la partie du globe, peut-être la plus dégradée, la malheureuse Afrique. Tu as pu voir dans les récits des voyageurs, comme dans les lettres des missionnaires, que le dogme de l’immortalité de l’âme règne, sauf peut- être quelques très-rares exceptions, dans toutes les tribus (voir entre autres les Voyages du capitaine Speke, et le Voyage à la côte orientale d'Afrique, par le R. P. Horner).
Au Congo, la mort se célèbre par des festins où l’on s’enivre. Le corps est placé dans une petite cabane construite exprès dans un jardin ou dans un champ. Aux pieds du défunt, on met un plat, une calebasse et une pipe. Pendant huit jours, on fait différents actes de dévotion autour de cette cabane, et dans cet intervalle on mange un porc, dont on va, en procession, jeter le squelette à la mer. Par cet acte essentiel et qui a toujours lieu dans ces sortes de cérémonies, ils croient que l'âme du défunt entre dans un repos éternel (Univ. pittor., Afrique australe, p. 417).
Tu sais ce qui se passe au Dahomey. À la mort du roi, on immole quantité de victimes humaines, destinées à suivre le monarque dans l’autre monde. Cette année même, à la mort du dernier roi, vingt-quatre femmes ont été immolées pour aller continuer auprès du mort les services qu’elles lui rendaient pendant la vie.
Dans un très-grand nombre d’autres tribus, se retrouve cette preuve barbare de la croyance à l’immortalité de l’âme. Plusieurs même, sous l’inspiration du grand homicide, affirment cette croyance, par des cruautés qui font frémir. Au lieu de les immoler, elles enterrent vivants, dans le tombeau de leur maître, les serviteurs et les destinés à lui tenir compagnie.
Franchissons l’Océan et abordons au nouveau monde. Les découvertes successives du vaste continent nous montrent partout la croyance, plus ou moins altérée, mais très-reconnaissable, à l’immortalité de l’âme et même à la résurrection. Nulle part elles n’accusent les sauvages, même les plus sauvages, de regarder leurs défunts comme un tas de boue.
Les nombreuses tribus du Canada croyaient à la transmigration des âmes et à leur immortalité. « Chez elles, disent les premiers voyageurs, la sépulture se fait avec autant de magnificence qu’elles peuvent. On pare les morts ; on leur peint le visage et le corps de plusieurs couleurs ; après quoi on les met dans un cercueil d’écorce, dont on polit très-proprement la superficie avec des pierres ponces, fort légères ; puis, on élève une palissade autour du tombeau.
« Le mort s’en va dans l’autre monde, bien équipé et bien muni. On lui donne des souliers neufs, une hache, des colliers de porcelaine, un calumet, une chaudière, de la viande, du tabac et un pot de terre rempli de bouillie de froment. Tous ces objets sont destinés à l’usage du défunt dans un pays délicieux, habité par des chasseurs éternels ; car la seule idée qu’ils ont de ce Paradis, c'est qu’on y chasse aux siècles des siècles.
« Plusieurs de ces tribus canadiennes solennisent des fêtes en l’honneur des morts. On tire leurs os des tombeaux, on les transporte même dans d'autres sépulcres, après les avoir ornés de fourrures et de colliers de porcelaine. Tout cela sert, disent-ils, à soulager les pauvres défunts. En un mot, toutes les peuplades de l’Amérique septentrionale pratiquent très-scrupuleusement tout ce qui peut honorer la mémoire des morts (Cérém. funèb., t. I, p. 35, 36). »
Après les combats, on se partage les prisonniers, et on les donne spécialement aux femmes qui ont perdu, sur le champ de bataille, leurs maris ou leurs frères. Si celle à qui un prisonnier vient d’échoir veut qu’il meure, elle lui dit : Mon père, mon frère, mon mari n’ont point d’esclaves pour les servir dans le pays des morts, il faut que tu partes incessamment pour les servir ; et on l’égorge avec d’affreux raffinements de cruauté (Ibid., p. 37).
Même croyance dans la Virginie, où, près du Mausolée des chefs, se tient nuit et jour un prêtre qui prie pour le mort ; et chez les habitants de la Floride qui enterrent avec leurs souverains des esclaves vivants, pour aller les servir en l’autre monde. Ils croient à l’immortalité de Pâme et au ciel qu’ils placent dans les étoiles, et à l’enfer, au milieu des montagnes et des précipices, parmi les ours.
Même croyance, chez les Caraïbes, chez les Mexicains et chez les habitants de la Guyane. Ces derniers donnent des captifs ou des esclaves au défunt pour le servir dans l’autre monde. Gomme les autres ils admettent un paradis pour les gens de bien, et un enfer pour les méchants (Cérém. funèb., t. I, p. 50, 57, 63, 81, 97),
Si nous descendons dans l’Amérique méridionale, nous trouvons des peuplades non moins sauvages, mais non moins fidèles à garder la foi à l’immortalité de l'âme. Tous les jours, les habitants du Brésil portent à manger au mort, afin qu’après sou décès il ne meure pas de faim. Gomme le paradis consiste pour lui eu danses éternelles, il est bien aise, pour se délasser de ses fatigues, de venir de temps à autre se faire en ce monde (Ibid., p. 102).
Dans son livre sur le Pérou, Francisco Lopez de Gomara, dit : « Quand les Espagnols ouvraient les tombeaux des grands seigneurs du Pérou, les Indiens les priaient de n’en rien faire, afin que les ossements se trouvassent ensemble quand il faudrait ressusciter. Par où l’on voit qu’ils croyaient à la résurrection des corps et à l’immortalité de Pâme. C’est en vertu de la même croyance, que les domestiques et les femmes du défunt s’offraient à mourir pour aller le servir en l’autre monde (Cérém. funèb., t. I, p. 122, 123). »
À Taïti, lorsqu’un Indien s’approche d’un cimetière, Morai, pour y rendre un culte religieux, il se découvre toujours le corps jusqu’à la ceinture ; et son attitude et ses regards montrent assez que la disposition de l’âme répond à son extérieur, et que tous ont une vénération particulière pour ces lieux, auxquels, suivant leurs idées, préside un être d’un rang supérieur. D’ailleurs toutes leurs funérailles sont accompagnées de lamentations et de prières (Ibid., 131, 145).
Je termine notre voyage qu’il serait facile de prolonger, par un trait que nous devons à un navigateur anglais, le capitaine Wilson. Son navire était ancré aux îles Pélew, dans les mers du Sud. Le fils du roi se trouvait à bord. C’était le dimanche, et l'équipage était réuni sur le pont pour faire les prières.
S’adressant au fils du roi, le capitaine lui dit : « Nous prions, afin de rendre les hommes meilleurs ; car, lorsqu’ils sont bons et qu’ils sont enterrés, ils vont revivre là-haut, en lui montrant le ciel. Le jeune insulaire répondit aussitôt en levant la main en l’air et en remuant les doigts : « La même chose à Pélew. Méchants hommes, rester en terre. Bonnes gens aller au ciel, devenir très-beaux (Cérém. funèb., t. I, p. 165). »
Tous ces peuples païens ou sauvages que nous venons de visiter, sont des enfants prodigues qui ont dissipé une grande partie du patrimoine de vérités, reçu des pères du genre humain ; mais, à la honte des solidaires, tous ont conservé le dogme de l’existence et de l’immortalité de l’âme. La preuve est faite et je finis.

Tout à toi



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mardi 13 novembre 2018

Le Cimetière au XIXe siècle : Le corps chef-d’œuvre de Dieu, Enterrements autour des églises, Immortalité de l'âme, Cérémonies de L’Église et prière pour les morts



Extrait de "Le Cimetière au XIXe siècle" de Mgr Gaume :






Raisons pour lesquelles l’Église bénit les cimetières. — En éloigner les mauvais anges. — Témoigner sa charité. — En faire un lieu de prières. — Proclamer la sainteté du corps de l’homme. — Noblesse du corps de l'homme en général. — Chef-d'œuvre de Dieu. — Image du corps du Verbe incarné. — Sanctuaire et coopérateur de l’âme. — Belle doctrine de Tertullien.


Mon cher ami,

Afin que tu ne m’accuses pas d’être un mauvais payeur, je dégage aujourd’hui ma promesse en répondant à ta question : Pourquoi l’Église bénit-elle les cimetières ?
L’Église bénit les cimetières pour différentes raisons, entre autres pour proclamer sa foi à la sainteté du corps de l’homme, au dogme de la fraternité universelle et à nos glorieuses destinées au-delà du tombeau.
En conséquence, l’Église bénit les cimetières 1° pour soustraire ces lieux aux usages profanes, en éloigner les esprits de ténèbres et les confier à la garde des esprits bienheureux ; 2° pour témoigner que les fidèles dont les corps y reposent, sont morts dans sa communion et appartiennent, autant qu’elle peut en juger, à la société des élus. Par cette bénédiction, le cimetière devient pour les fidèles trépassés, comme l'église souterraine où ils attendent la résurrection glorieuse.
3° L’Église bénit les cimetières pour témoigner à ses enfants sa charité maternelle, puisqu’elle les suit jusqu’au tombeau et au-delà. Son exemple recommande ainsi l’œuvre de miséricorde, si louée dans l’Écriture, d’ensevelir les morts et de leur procurer une sépulture honorable. Elle rappelle la conduite du pieux Tobie, et imite les saintes femmes qui ont honoré le tombeau du Sauveur.
4° L’Église bénit les cimetières pour en faire un lieu de prières, à l’usage des fidèles vivants, et pour inviter tous les chrétiens à prier pour leurs frères défunts. Cette bénédiction, non-seulement sanctifie le terrain, où les corps des fidèles sont déposés, mais elle profite aussi à leurs âmes. En effet, elle demeure attachée au sol, comme une prière permanente, par laquelle l’Église invoque la miséricorde divine en faveur des fidèles trépassés, afin qu’à l’heure dernière, ils entendent la trompette du jugement, pour leur gloire et leur bonheur.
Voilà l’immense bénéfice de la sépulture en terre sainte. Vouloir en priver les défunts, n’est-ce pas une cruauté qui justifie cette parole de nos Livres saints, appliquée aux solidaires : Cruelles sont les entrailles des impies : Viscera impiorum crudelia. Transportez-vous devant un de ces épouvantables cratères de l’industrie humaine, un haut fourneau. Votre femme, votre enfant, votre père, votre mère, tombe dans ce cratère, vous avez un moyen de les retirer de ce gouffre de feu ou d’en tempérer les ardeurs dévorantes. Une autorité civile, une secte odieuse, se présente et vous défend de faire usage de ce moyen, qu’elle appelle une superstition. Quel est celui qui subirait une pareille tyrannie sans émotion ? Et la lutte avec ce pouvoir despotique ne serait- elle pas obligatoire ?
5° Gomme je l’ai dit, l’Église bénit les cimetières, afin de manifester son profond respect pour le corps des fidèles, sa foi au dogme de la fraternité universelle et à nos glorieuses destinées au-delà du tombeau. Ici, commence le vrai sujet de ma lettre d’aujourd’hui, et de mes lettres suivantes. Bans les temps où nous sommes, je n'en connais pas de plus important. Demande à Dieu et à sa divine Mère, que je ne reste pas trop au-dessous de la tâche que ton amitié m’impose.
Le cimetière est le prédicateur éloquent de la sainteté du corps de l'homme et surtout du chrétien, « Je suis sanctifié, nous dit-il, je suis un vase sacré, un reliquaire ; parce que je dois recevoir une chose sainte et sacrée : c’est votre corps. » En effet, après l’âme, rien n’est plus noble, rien n’est plus saint, que notre chair. Veux-tu le comprendre ? Écoute un docteur dont l’éloquence fera l’éternelle admiration des siècles.
« Le premier titre de votre corps à votre amour et à votre respect, dit Tertullien, c’est la grandeur de l’ouvrier qui l’a formé. Cet ouvrier n’est ni un homme ni un ange, c’est Dieu lui-même. Grande est la différence entre la manière dont Dieu créa les créatures et dont il fit l’homme. Pour les premières, la parole seulement, pour l’homme la parole et la main. La main à cause de la souveraineté, de peur qu’il ne fût confondu avec les autres créatures : Et il façonna l’homme, et finxit hominem.
« Servantes de l’homme, toutes les créatures sortirent du néant, au simple commandement de la voix. Au contraire, l’homme, roi des créatures, fut, pour cela, fait de la main même de Dieu. Tel est le signe de sa royauté. Or, souvenez-vous que l’homme est proprement appelé chair, et que ce fut son premier nom : Et du limon, Dieu fit l'homme. Homme déjà et encore limon : Jam homo, qui adhuc limus.
« Et Dieu souffla dessus un souffle de vie. Ainsi l’homme, limon d'abord, et ensuite complet : A deo homo figmentum primo, dehinc totus. Par là je veux montrer et je veux qu’on sache que tout ce que Dieu a fait et promis à l’homme, est dû non-seulement à l'âme, mais à la chair : non soli animoe, verum et carni scias debitam (De Resurrect. carnis, c. v.). »
Ainsi la première noblesse de notre corps, et son premier titre à nos respects, c’est d’être, dans un sens particulier, l’ouvrage de Dieu. En voici un second plus sacré que le premier : notre corps est formé sur le modèle de celui du Verbe incarné. Continuons d’écouter Tertullien. « Dans la construction de cette matière, une grande chose se faisait. Autant de fois qu’elle était touchée par la main de Dieu, qu’elle était divisée, taillée, étendue, façonnée, autant de fois elle était honorée. Voyez-vous Dieu tout entier occupé d’elle, et, avec un soin jaloux, employant sa main, sa pensée, son travail, sa réflexion, sa sagesse, sa providence et surtout son amour, à en former les linéaments ?
« Pourquoi tout cela ? Parce que la pensée du Christ, l’homme futur, présidait à la formation de tous les traits exprimés sur le limon : c’est lui, Verbe fait chair, qui était alors et ce limon et cette terre. Telles sont, en effet, les paroles du Père au Fils : Faisons l'homme à notre image ; et Dieu fît l’homme, c’est-à-dire qu’il le façonna et le fit à l’image de Dieu, c’est-à-dire du Christ : le Verbe de Dieu qui, fait à l’image de Dieu, ne devait pas regarder comme une rapine de s’égaler à Dieu. Ainsi, ce limon, qui dès lors revêtait l’image du Christ incarné dans la suite des âges, n’était pas seulement l’ouvrage d’un Dieu, il en était le gage : non tantum opus Dei erat, sed et pignus.
« De quoi sert maintenant, pour rendre méprisable l’origine de la chair, de dire qu’elle est de terre, élément bas et vil ? Bien qu’une autre matière aurait pu servir à former l’homme, ne faut-il pas considérer la suprême grandeur de l’ouvrier, qui trouve la terre digne de son choix et de son travail ? mais ce limon qui vous scandalise est maintenant une autre chose. Je tiens la chair et non la terre : carnem jam teneo, non terram.
« Effacé et dévoré, le limon est devenu chair. Quand ? Lorsqu’au souffle de Dieu, l’homme fut fait âme vivante. Semblable au feu qui, en cuisant la terre, lui donne une autre qualité, ce souffle puissant changea le limon en chair. C’est ainsi que le potier peut, sous l’action d’un feu calculé, changer l’argile en une matière plus robuste, et lui donner une nouvelle figure (Ibid. c. VI). »
Où trouver, mon cher Frédéric, des pensées plus profondes et plus belles, des motifs plus puissants de respect pour notre corps ? Quel malheur irréparable d’éloigner des mains delà jeunesse les Pères de l'Église !
Mais ce n’est pas tout, notre corps a un troisième titre à notre respect : il est le tabernacle de l’âme et son coopérateur. Personne mieux que le grand Tertullien ne peut nous décrire cette nouvelle prérogative ; ne nous lassons pas de l'entendre.
« Cela étant, vous avez et le limon rendu glorieux par la main de Dieu, et la chair rendue plus glorieuse encore par le souffle divin : souffle générateur par lequel la chair perd les traits du limon et reçoit de Pâme ses brillants ornements. Vous n’êtes pas plus habile que Dieu, vous qui enchâssez les pierres précieuses de la Scythie et de l’Inde, les rubis de la mer Rouge, non dans le plomb, ni dans l'airain, ni dans le fer, ni même dans l’argent, mais dans l'or le plus pur et le mieux travaillé. De même pour les vins et les parfums de grand prix, vous avez soin de choisir des vases convenables et d’égaler à la beauté du glaive la richesse du fourreau.
« Et vous croyez que l'âme, image de Dieu, souffle de son esprit, ouvrage de sa bouche, Dieu l’aurait enfermée dans un cercueil et ainsi condamnée à une indigne prison ? Non, il l’a placée, ou plutôt insérée et mêlée à la chair, d’une manière si intime, qu’il est douteux si c’est la chair qui porte Pâme, ou Pâme qui porte la chair ; si c’est la chair qui obéit à Pâme, ou Pâme qui obéit à la chair. Mais, bien qu’il soit de foi que c’est l’âme qui imprime le mouvement et exerce l’autorité, comme étant plus près de Dieu ; il reste cependant à la gloire de la chair, qu’elle contient la parente de Dieu et partage son empire.
« Quel est, en effet, l’usage des créatures, les richesses de ce monde, le goût des fruits, la beauté des éléments dont Pâme ne jouit pas par la chair ? que dis-je ? par la chair l’âme est en possession de ce magnifique instrument qu’on appelle les cinq sens : la vue, l’ouïe, le goût, l’odorat et le toucher ; par la chair elle reçoit l’influence divine, puisqu’elle ne fait rien que par la parole, même tacitement proférée, et le discours se fait par l’organe de la chair ; et par la chair s'exercent les arts, les études, les découvertes, les ouvrages, les négoces, toutes les actions se font par la chair. Toute la vie de Pâme dépend tellement de la chair que, pour l’âme, mourir c’est être séparée de la chair.
« Or, si par la chair toutes les créatures de l’univers sont soumises à l’âme, elles le sont aussi à la chair. Car il est nécessaire d’agir avec l'instrument dont vous êtes obligé de vous servir pour agir. Ainsi, tout en regardant la chair comme le ministre et la servante de l’âme, nous trouvons qu’elle est sa compagne et sa cohéritière : si des biens du temps, pourquoi pas des biens de l’éternité (Ita caro dum ministra et famula animæ deputatur, consors et cobæres invenitur : si temporalium, cur non et æternorum, Cap. VII) ? »
Ouvrage direct de la main de Dieu, chef-d'œuvre de sa science et de son amour ; formé sur le modèle divin du corps du Verbe incarné ; sanctuaire de l’âme, coopérateur de l’âme, compagnon de son empire, instrument nécessaire de ses jouissances : voilà le corps de l’homme. Quelle noblesse !
Ne sois pas étonné, mon cher Frédéric, si j’insiste sur ces vérités fondamentales, dont la sanctification du cimetière nous rappelle le souvenir. Fut-il jamais plus nécessaire de redire à l’homme la dignité de son corps ? ne vivons-nous pas dans un siècle où les uns regardent le corps de l’homme comme un tas de boue ; où les autres se donnent pour mission la réhabilitation de la chair ? Antiphrase sacrilège ! Telle qu’ils l’entendent, la réhabilitation de la chair, c’est la dégradation de la chair, la souillure de la chair, la profanation de la chair.
Oui, ils la dégradent, ils la souillent, ils la profanent, en activant en elle, par tous les moyens, le virus de la concupiscence. Ils le développent, par tous les genres d’excès, de table et de plaisir ; par la mollesse des habitudes, la satisfaction de tous les appétits, par mille actions honteuses et meurtrières, tant pour eux que pour les autres ; par le luxe qui leur fait regarder la chair comme une momie vivante qu’il faut entourer de rubans, parfumer d’essences et affubler de colifichets. Dégradation, souillure, profanation.
Ce n’est pas ainsi que le Créateur veut qu’on respecte le chef-d'œuvre de ses mains, l’image de son Fils, le sanctuaire d’une âme immortelle- Respecter la chair, c’est la faire servir, elle, ses organes et ses sens, uniquement aux fins pour lesquelles Dieu l’a créée ; c’est la regarder comme plus sacrée que les vases qui servent à l’autel ; c’est la discipliner afin de la rendre belle et forte, en la maintenant dans les limites de la modestie, de la tempérance et la soumettant à la mortification et au travail. Voilà, mon cher ami, le respect que tout homme doit à son corps. S’il n’est pas de devoir plus sacré, il n’en est peut-être pas de plus oublié.

À bientôt la dignité de la chair du chrétien.

Tout à toi.


Noblesse, beauté, sainteté du corps du chrétien. — Triple gloire. — Paroles de Tertullien. — Recommandations de Saint-Paul. — Respect de l'église pour le corps du chrétien. — Pieux usages. — Fermer les yeux du défunt. — Lavement du corps. — Suaire blanc, et étoffes précieuses. — Exposition du corps. — Usage parisien. — Cercueil de bois. — Enterrement dans un lit de fleurs. — Baisement des pieds. — Honte et malheur des profanateurs de leur corps.


Mon cher ami,

Entre toutes les créatures sorties de la main de Dieu, les plus belles et les plus nobles, sans conteste, sont les anges et les âmes ; mais après les anges et les âmes, la première créature en noblesse et en beauté, c’est le corps de l’homme, à ce titre il mérite tous nos respects. Mais s’il en est ainsi du corps de tout homme, païen et même sauvage, comment dire la noblesse, la beauté, la sainteté du corps du chrétien et les respects qui lui sont dus ?
Dans l’homme non chrétien, le corps est l’image plus ou moins défigurée du corps du Verbe incarné ; il est le sanctuaire d’une âme, mais d’une âme non régénérée ; il est le coopérateur de cette âme, mais seulement dans des actions de l’ordre purement naturel. Telle est sa triple gloire. Dans le chrétien, infiniment plus grande est cette triple gloire.
Purifiée dans les eaux du Baptême, l’âme reçoit une beauté surhumaine qui rayonne sur le corps ; et le corps la conserve, tant qu’il ne l’oblitère pas par le péché. De là ce fait reconnu par les vrais observateurs, que le type de la vraie beauté ne se trouve que chez les chrétiens ; et parmi les chrétiens, chez les catholiques ; et parmi les catholiques, dans le jeune homme pur comme un ange et dans la vierge vraiment vierge. De là, ce second fait constaté cent fois par les missionnaires, que le baptême donne aux Néophytes, sauvages et anthropophages, une physionomie nouvelle qui les rend à peine reconnaissables.
Première gloire supérieure pour le corps du chrétien, et premier titre à notre respect.
Comme le corps de l’infidèle, le corps du chrétien n’est pas le sanctuaire, le tabernacle d’une âme souillée et défigurée par le péché ; d’une âme sans charmes et sans beauté aux yeux de Dieu. Il est le sanctuaire d’une âme dont la beauté rivalise avec celle des anges ; beauté qui éclipse celle de toutes les créatures visibles ; beauté telle qu’elle ravit le cœur de Dieu lui-même et dans laquelle il contemple comme dans une glace limpide, ses incomparables perfections. Que dis-je, mon cher ami ? par la communion le corps du chrétien devient le tabernacle de Dieu lui-même en personne. Il ne se peut rien dire de plus à sa louange.
Seconde gloire supérieure pour le corps du chrétien, et second titre à notre respect.
Il en est une troisième, plus grande encore s’il est possible. Le corps du chrétien est le coopérateur de Pâme dans toutes les œuvres de l’ordre surnaturel. Sous ce rapport, pour montrer la dignité du corps du chrétien, il suffit de dire, avec Tertullien, que le corps est tellement le pivot du salut éternel, que l’union de l’âme avec Dieu ne s’accomplit que par le moyen du corps (Adeo caro salutis est cardo, de qua quum anima Deo allegitur, ipsa est quæ efficit ut anima allegi possit, De resurr. car., c. VIII).
« Voyez plutôt : le corps est lavé, afin que l’âme soit purifiée. Le corps est joint, afin que l’âme soit consacrée. Le corps reçoit l’imposition des mains, afin que Pâme soit éclairée du Saint-Esprit. La chair se nourrit du corps et du sang du Christ, afin que l’âme soit engraissée de Dieu. Unis dans le travail, le corps et l’âme ne peuvent donc être séparés dans la récompense.
« N’est-ce pas le corps qui rend possibles et qui partage, à ses dépens, les sacrifices agréables à Dieu, j’entends les mortifications de l'âme, ses jeûnes, ses austérités et toutes les conséquences pénibles qui en résultent ? N’est-ce pas des biens du corps que la virginité, la viduité, la chasteté conjugale forment un encens de bonne odeur ?
Mais que pensez-vous du corps, lorsque, pour la défense de la foi, il est exposé à la haine publique ; lorsque, enfermé dans les prisons, il est tourmenté par la privation de la lumière, par l’isolement, par la malpropreté, par la puanteur, par une nourriture dégoûtante, n’étant pas même libre pendant le sommeil, puisqu’il est enchaîné sur sa couche et cruellement blessé par les pointes dont elle est hérissée ; lorsqu’enfin conduit au supplice, il s’efforce en mourant de rendre la pareille au Christ mort pour lui, souvent par le même supplice de la croix, pour ne pas dire par des supplices plus cruels ?
« N’est-elle pas infiniment heureuse et infiniment glorieuse cette chair qui, en accomplissant ce suprême devoir peut rendre à Notre-Seigneur la seule chose qu’il demande, ce qui manque à ses souffrances ! jamais elle ne lui est plus unie, que lorsqu’elle est plus crucifiée : hoc magis vincta quo absoluta (C. VIII). »
Ces éloquentes paroles font fait comprendre, mon cher Frédéric, la dignité du corps du chrétien et la noblesse de ses fonctions. Chaque jour, elles se montrent à nos yeux, si nous réfléchissons, qu’en associant la chair à l’esprit, Dieu l’a associée à la Religion. Il l’a fait d’une manière si admirable que, lorsque Pâme n’a pas la liberté de satisfaire son amour en se servant de la parole, des mains, des prosternements, elle se sent comme privée d’une partie du culte qu’elle voudrait rendre et de celle même qui lui donnerait le plus de consolation.
Mais si elle est libre, et que ce qu’elle éprouve au dedans la touche vivement et la pénètre, alors ses regards vers le ciel, ses mains étendues, ses cantiques, ses prosternements, ses adorations diversifiées en cent manières, ses larmes que l’amour et le repentir font également couler, soulagent son cœur en suppléant à son impuissance.
Il semble dès lors que c’est moins l'âme qui associe le corps à sa piété et à sa religion, que le corps qui se hâte de venir à son secours et suppléer à ce que l’esprit ne saurait faire ; de telle sorte que dans l’action, non-seulement la plus spirituelle, mais aussi la plus divine, la communion, c’est le corps qui tient lieu de ministre et de prêtre ; comme dans le martyre, c’est le corps qui est le témoin visible et le défenseur de la vérité contre tout ce qui l’attaque.
Troisième gloire supérieure pour le corps du chrétien, et troisième titre à notre respect.
Après cela, mon cher ami, faut-il être étonné que l’apôtre saint Paul recommande si vivement aux chrétiens le respect de leur corps ? « Glorifiez, dit-il, et portez Dieu dans votre corps. Vous êtes les temples du Saint-Esprit, les membres mêmes de Jésus-Christ. Malheur à celui qui profane sa chair, il profane le temple même de Dieu ; et Dieu exterminera le profanateur de son temple (Passim.). »
Faut-il s’étonner que ce corps, à peine expiré, soit entouré par l’Église des marques du plus profond respect ? Je dis l’Église ; car c’est d’elle, fidèle héritière des traditions primitives, que sont venues, et par elle que se conservent, ces manifestations de respect pour le corps du chrétien. Nous voyons que, dès les premiers siècles, on fermait doucement les yeux du défunt, afin que son visage ne présentât que le calme du sommeil (Epis. Diony. Alexand., apud Euseb., lib. VII, C. XVII).
On lavait respectueusement le corps tant de fois sanctifié, afin qu’il rentrât dans le sein de sa mère, purifié des moindres souillures, comme on purifie le grain destiné à se changer dans la terre en riches épis.
Pour n’en citer qu’un exemple, ainsi fut lavé, suivant l’usage traditionnel, le corps du plus grand empereur chrétien, Charlemagne (Corpus Caroli Magni solemni more lotum. Eginard. La vit., etc.). On regardait, d’ailleurs, comme un grand châtiment d’être enseveli sans cette purification (Erat sane antiquis maxima poena foedatum mori aut sepeliri ut colligere licet. Levit, xx, in fin : Sanguis eorum sit super illos. Unde morem in Ecclesia invaluisse defunctos lavari conjicio. Duranti, De ritib., etc., p. 185 ; id. Tertull., Apol., c. XIII ; Euseb., lib. VII, c. XXII ; id. Gregor. Tur., De Gloria confess., c. CIV).
Au lavement du corps, succédait, autant que possible, l’embaumement (Aspersaque myrrha, Sabæ Corpus medicamine servat. Prudent. Cathemer., Hymn, ad exequias defuncti, 11). C’était à l’imitation de l’embaumement de Notre- Seigneur. Embaumé, ou du moins lavé, le corps était enveloppé d’un linge blanc, et, suivant la fortune, d’étoffes précieuses, brodées d’or. Le respect du défunt et la piété filiale envers un être chéri, allaient quelquefois, suivant saint Jérôme, au-delà des bornes de la modération chrétienne (Corpora mundata et uncta candido linteamine obvolvebantur. — Parcite quaeso vobis, parcite saltem divitiis quas amatis. Cur et mortuos vestros auratis obvolvetis vestibus? cur ambitio inter luctus, lacrymasque non cessat ? an cadavera divitum nisi in serico putrescere nesciunt. In vit. S. Pauli Eremit.). Maintenu dans de justes limites, surtout à l’égard de ceux qui ont tenu sur la terre la place de Dieu, l’Église ne l’a jamais désapprouvé (Sane in Pontificum, regum, principium exequiis pretiosæ vestes, et complura alia quæ ad splendorum et pompam pertinent, non improbantur. Marcellus, lib. I, Sacrar. Coerem., sect. xv ; Guichard, Diverses manières de sépulture, liv. III, c. XII).
Laisse-moi te citer encore quelques marques de respect pour le corps de l'homme. Elles te prouveront de plus en plus que dans la manière d’envisager notre chair, les siècles chrétiens sont à l’antipode des solidaires. Placé dans le cercueil, le corps était exposé à la porte de la maison. Cet usage est venu de la plus haute antiquité ; car on le trouve chez les Grecs et les Romains : et il se conserve religieusement à Paris. Tu ne peux passer devant une maison mortuaire, sans apercevoir, sous la porte cochère, une sorte de chapelle ardente, au milieu de laquelle repose le cercueil, et du côté de la rue un bénitier.
La raison de cet usage, qui fait une partie intégrante de la religion des Parisiens, nous est donnée par les anciens liturgistes. « On expose ainsi les défunts, afin d’avertir les passants de l’incertitude de la mort, et demander leurs prières pour les trépassés (Ego vero illud Lutetiae receptum existimo, quo et mortis, quæ propter incertos casus quotidie imminet, praetereuntes reminiscantur, et ad precationes pro defunctis excitentur. Duranti, De ritib. etc., p. 117 ; pour les païens, Suet. in Aug. ; Homer., Iliade., VII ; Virgil., Æneid., II). »
Il est juste d’ajouter que personne, pas même les civilisés, ne passe devant ce cercueil, ou ne rencontre un convoi, sans donner un signe de religion ou du moins de respect, soit en se découvrant, soit en jetant de Peau bénite, soit en faisant le signe de la croix.
Un autre usage non moins ancien dans l’Église et dont la signification est une espérance, c’est de placer le corps dans un cercueil de bois, « Le cercueil est de bois, dit saint Ambroise, à cause de l'espérance de la résurrection. C’est sur le bois que Jésus a tué la mort. Inutile jusque-là, le bois est devenu depuis ce moment un principe de vie (Feretrum vero ligneum est, propter spem resurgendi. Lignum enim etsi antea non proderat, posteaquam tamen Jesus id tetigit, proficere coepit ad vitam. In Luc., c. II. — C’est ce que chante l’Église, ut qui in ligno vincebat, in ligno quoque vinceretur). »
Deux autres usages, et je finis. Certain ordre religieux enterre ses défunts dans un lit de fleurs, et je pourrais nommer une congrégation d’hospitalières, qui remonte au VIe siècle, et dont les constitutions prescrivent à la religieuse de baiser respectueusement les pieds du mort qu’elle vient d’ensevelir. Inutile d’ajouter que ces pieuses pratiques se conservent, du moins en partie, dans les pays vraiment chrétiens ; et rien ne serait plus désirable que de les rétablir là où elles sont tombées en désuétude.
Je reviens au cimetière et je demande : faut-il s’étonner que l’Église bénisse avec une solennité si imposante le lieu où doit reposer le corps du chrétien ? Non, mon cher ami, ni cette bénédiction ni les usages respectueux que je t’ai rapportés ne doivent nous étonner. Ge qui doit nous étonner, nous confondre, nous navrer de douleur, c’est de voir le peu de respect que la plupart ont pour leur corps ; la facilité avec laquelle, esclaves de leurs passions, ils le souillent et le profanent, soit en eux-mêmes soit dans les autres.
Il faut, en gémissant et en tremblant, leur rappeler ces divines paroles : « L’homme n’a pas compris sa dignité ; il s’est comparé aux bêtes, et il s’est fait semblable à elles. Malheur à lui ; car Dieu ne laissera pas impunis les profanateurs de son temple : Qui templum Dei violaverit, disperdet illum Dominus. » (Ps. XLVIII, 13 ; I Cor., CXI, 17)

Tout à toi.


Encore le respect pour le corps de l’homme. — Justification nouvelle de la bénédiction du cimetière. — Seconde prédication du cimetière : Le dogme de la fraternité universelle et éternelle. — Le cimetière la proclame par la place même qu’il occupe. — Il nous apprend à fraterniser avec les morts, en pensant à eux, en priant pour eux, en profitant des leçons qu’ils nous donnent. — Enterrements dans les églises et hors des villes. — Paroles de saint Chrysostome.


Mon cher ami,

À l’époque de sensualisme grossier où nous vivons, le respect de l’homme pour son corps est un devoir tellement méconnu, que je crois devoir insister sur ce point essentiel de la vie chrétienne, sociale et môme physique. Dans ce but, je vais donner une dernière raison, pour laquelle l’Église bénit les cimetières. Résumant toutes les autres, elle fait briller de tout son éclat la foi de notre mère et sa profonde vénération pour le corps de ses enfants.
L’Église bénit donc les cimetières pour manifester le respect qu’elle porte aux corps des fidèles, à ces corps que l’Apôtre appelle les temples du Saint-Esprit, les membres de Jésus-Christ. Par le baptême, par l’onction sainte, par la divine Eucharistie, ces membres ont été sanctifiés et consacrés à Dieu, il convient qu’ils reposent dans une terre sainte. S’ils tombent en poussière, selon la sentence que Dieu a prononcée contre l’homme prévaricateur, ils attendent néanmoins la résurrection glorieuse, et sont destinés à monter un jour au ciel. Ils sont la propriété des âmes qui règnent déjà dans la cité des saints, et qui jouissent de la vue de Dieu.
L’Église, il est vrai, ne place sur ses autels et n’entoure d’un culte public, que les reliques des saints dont elle a constaté les vertus héroïques, et dont Dieu môme a manifesté la puissance par des miracles ; mais les corps des fidèles, morts en état de grâce, et destinés par conséquent à la gloire du ciel, participent sans aucun doute aux témoignages de vénération, que nous rendons aux restes précieux des plus grands serviteurs de Dieu ; et on peut dans un sens vrai les appeler de saintes reliques. Il faut donc que la terre où ils reposent soit sanctifiée.
Et maintenant, mon cher Frédéric, repasse dans ta pensée mes lettres précédentes et dis-moi si la bénédiction du cimetière n’est pas bien justifiée ? Dis-moi encore s’il est possible de proclamer plus éloquemment, que fait le cimetière lui-même, la sainteté de notre corps, par conséquent de réfuter plus solidement les dégradantes doctrines des solidaires, pour qui le corps de l’homme n’est qu'un tas de boue ?
Passons à la seconde prédication du cimetière : Le dogme de la fraternité universelle et éternelle.
Sur ce nouveau sujet, le grand prédicateur n’est pas d’une éloquence moins victorieuse. Son discours est dans la place même qu’il occupe. La mort brise-t-elle tout lien entre ceux qui restent en ce monde et ceux qui en sortent ? La nature répond : oui. La foi dit : non. Et elle le dit par la voix du cimetière. C’est afin que tous, jeunes et vieux, riches et pauvres entendent cette voix que le cimetière est placé près du temple. Par cette position il redit aux yeux, comme à l’esprit, et il redit nuit et jour le dogme consolateur et si éminemment social de la communion des saints : communion universelle et durable comme le christianisme.
Ainsi, nous faire penser aux morts, soulager les morts, profiter des leçons qu’ils nous donnent, en un mot nous faire fraterniser avec eux de la manière la plus utile pour eux et la plus consolante pour nous ; telle a été la pensée de l’Église, en plaçant le dortoir de ses enfants, près de leur berceau.
Laisse-moi te développer en quelques mots cette salutaire pensée. Le cimetière est près de l’église pour nous empêcher d’oublier nos morts, et nous préserver du malheur d’être nous-mêmes oubliés un jour. S’il est un devoir sacré, c’est de prier pour les morts. Afin de le remplir, il faut y penser. C’est pour nous le rappeler sans cesse que le cimetière est placé près du lieu où toute la paroisse se réunit chaque semaine. Qu’on éloigne le cimetière de l’église : qu’arrivera-t-il ? je l’ai déjà dit. Les morts seront bien vite oubliés.
Or, quand une paroisse, une famille, un enfant oublie ses morts : mauvais signe. Cet oubli est une ingratitude ; nous devons tout aux morts, même la vie. C’est un malheur ; souvent le souvenir des trépassés forme pour les vivants un patrimoine moral, plus précieux que la fortune ; plus souvent encore les dernières paroles d'un père mourant, les dernières recommandations d’une mère bien aimée, deviennent une lumière et un appui pour la conduite des enfants.
Et bien, mon cher ami, j’en appelle à l’expérience : si le cimetière est éloigné de l’église, rien ne sera plus vite oublié que les morts et leurs recommandations. Leurs âmes elles-mêmes, dont la vue du cimetière ne rappellera pas fréquemment le souvenir, feront vainement entendre ces suppliantes paroles : Ayez pitié de nous, ayez pitié de nous, vous du moins qui fûtes nos parents et nos amis.
Par un juste retour, Dieu permettra qu’on nous traite comme nous aurons traité les autres. Nous aurons oublié nos morts, on nous oubliera nous-mêmes. Aucune prière, répandue sur notre tombe, ne viendra abréger nos souffrances ; aucune larme pieuse ne viendra tempérer les ardeurs des flammes du purgatoire, auxquelles peut-être nous serons pour longtemps condamnés.
Le cimetière est près de l’église, afin de servir de leçon aux vivants. Traverser un cimetière pour entrer à l’église, connais-tu une meilleure préparation au recueillement et à la prière ? La vue de ce coin de terre, où les riches et les pauvres se donnent enfin rendez-vous ; la vue des tombes et des fosses de nos parents et de nos amis ; la vue de la place que nous occuperons nous-mêmes un jour, produit inévitablement, même dans les esprits les plus légers, des pensées sérieuses. Or, les pensées sérieuses sont sœurs des pensées saintes, et les pensées saintes sont l’âme de la prière.
C’est ainsi que le cimetière placé près de l’église redit éternellement le dogme de la fraternité universelle et éternelle : Vivants et morts, vous ne formez tous qu’une même famille. L’Église de la terre et l’Église du purgatoire sont deux sœurs que le trépas n’a point séparées. De tendres rapports continuent de les unir, jusqu’au jour où. elles s’embrasseront, pour ne former dans le ciel qu’une Église éternellement triomphante.
Ce dogme de la vraie fraternité, base du christianisme, pivot de la société, principe de toute vertu, l’Église n’avait garde de le laisser oublier. En caractères ineffaçables, elle l’a écrit dans la position du cimetière. Dès l’origine ses enfants l’ont -compris et pratiqué. Tu sais que les premières sépultures chrétiennes se firent dans les galeries et les chapelles des catacombes romaines.
À nos admirables pères, il était doux de penser qu’ils reposeraient dans le voisinage des saints martyrs, et surtout près du Saint des saints, chaque jour descendant sur l’autel, ou même y demeurant perpétuellement en personne. Ce précieux voisinage, ils le regardaient avec raison comme un lien de fraternité, comme une protection sérieuse contre les attaques des mauvais esprits ; en même temps qu’il satisfaisait à leur tendre affection pour ceux qu’ils avaient aimés : Amabiles et decori in vita sua, in morte quoque non sunt divisi.
Quand, après trois siècles de persécution, l’Église put se montrer au grand jour, elle n’oublia pas les souvenirs de son berceau. Fidèles à l’exemple de leurs pères, ses enfants voulurent reposer, comme eux, auprès des églises et des chapelles, et même dans l'intérieur. De là deux lieux de sépulture. Toutefois, l’usage d’enterrer dans les églises cessa d’assez bonne heure, du moins en Orient. Ainsi, nous voyons que l'empereur Constantin fut enterré, non dans l’intérieur, mais dans le vestibule de la Basilique de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Ce qui a fait dire à saint Chrysostome : « Ce que sont les portiers dans la maison des Césars, les Césars le sont dans la demeure des pêcheurs (Quod christus sit Deus, n, 9, p. 697, opp., t, I. Pars altéra, édit. Gaume), »
En Occident, la sépulture dans les églises fut généralement défendue. Seulement par privilège, elle demeura autorisée pour les évêques, les abbés, les membres méritants du haut clergé, les princes, d’autres personnages marquants et les fondateurs des églises (Conc. de Mayence, 813, c. 55 ; de Meaux, 845, c. 72).
Peu à peu l’usage primitif se rétablit, et presque sans distinction on enterra dans les églises et les chapelles. Rome elle- même donna l’exemple. Avec une fidélité qui a persévéré jusqu’à la révolution du dernier siècle, la fille aînée de l’Église a suivi l’exemple de sa mère. Mais si les temples, leurs cloîtres, leurs caveaux ne suffisaient pas à la sépulture de nombreuses populations, l’Église, d’accord avec le vœu de ses enfants, voulut toujours que leurs tombes fussent rapprochées, autant que possible, des édifices sacrés.
Dans le principe, comme les villes païennes, devenues chrétiennes en tout ou en partie, ne possédaient pas dans leur enceinte d’emplacement pour les temples et pour les cimetières chrétiens, les lieux de sépulture furent choisis à l’entrée des villes, sur le bord des chemins. C’est un détail que nous devons, entre autres, à saint Chrysostôme.
« Les tombeaux, dit le grand orateur, s’appellent monuments, et ils sont placés à l’entrée des villes, sur le bord des routes, comme une école d’humilité et une prédication incessante de notre fragilité. Avant d’entrer dans une ville puissante, séjour des grands de la terre, brillante de richesses et de luxe, et avant de voir ce que son imagination lui représente, que le voyageur voie d’abord ce qu'il est et ce qu’il deviendra ; puis, il pourra admirer les merveilles intérieures de la cité (Ecloga de morte, et ailleurs, De fide et lege : « Omnem civitatem, et omne castellum ante ingressum habere sepulcra, quod in omnibus fere hujus regni civitatibus, usu receptum videmus. » Id. S. Athan., De fuga sua ; Evagr., lib. IV, c. LXXXVI ; Greg. Tur., De Glor. conf., c. LXXIV). »
Nous apprendrons par la lettre suivante que cet usage ne dura pas longtemps.

Tout à toi.


Enterrements autour des églises. — Dans l’intérieur des villes. — Décret du concile de Rome en 1059. — Bénédiction du cimetière aussi ancienne que le cimetière. — Exemple du VIe siècle. — Le cimetière prédicateur de la fraternité par les cérémonies et les prières qu’il demande avant de recevoir le défunt dans son enceinte. — Détails et traits historiques.


Mon cher ami,

J’ai dit que l’usage d’enterrer à Ventrée des villes ne fat pas de longue durée, du moins parmi les chrétiens. D’une part, les villes s'étant agrandies, les cimetières furent renfermés dans leur enceinte ; d'autre part, des terrains suffisants furent achetés ou donnés, et les corps des fidèles déposés dans la terre qui environnait le saint édifice. Dès lors, on eut des cimetières publics placés au grand jour.
Je ne sais si on pourrait citer, dans toute l'Europe, une seule de nos anciennes villes, qui n’ait eu son cimetière près de l'église ; et en France, comme à Rome, dans les caveaux même de l’église. Paris avait, dans son enceinte, des cimetières célèbres, entre autres ceux des innocents, de Saint-Sulpice, de Saint-Médard. Ses catacombes renferment des millions de morts, et les fouilles montrent encore aujourd’hui que la ville est pavée d’ossements.
Tu n’en seras pas surpris ; car tu sauras qu’autour des nouvelles églises, on conservait un terrain suffisant pour y ensevelir les fidèles qui la fréquentaient, l’ajoute que ce terrain était tellement sacré, qu’il devenait un lieu de refuge.
Un concile célébré à Rome, sous Nicolas II, en 1059, ordonne de conserver soixante pas de terrain libre, autour des grandes églises, et trente autour des petites ou des chapelles, afin qu’on puisse y ensevelir les corps des fidèles trépassés. Il déclare que cet usage est établi par les saints Pères dans les temps anciens, et frappe d’excommunication quiconque oserait violer ce lieu bénit (De confiniis coemeteriorum, sicut antiquitus a SS. Patribus statutum est, statuimus ita : Ut major Ecclesia per circuitum sexaginta passus habeat; capellae vero, sive minores Ecclesiae, triginta. Qui autem confinium eorum infringere tentaverit, vel personam hominis, aut bona ejus inde abtraxerit, et nisi publicus latro fuerit, quousque emendet, et quod rapuerit reddat, excommunicetur. Apud Hard. Act. Conc., VI, 1058).
De tout cela il résulte, mon cher ami, qu’il n’existe pas en Europe une seule église paroissiale, fût-elle bâtie depuis mille ou quinze cents ans, qui n’ait été environnée d’un cimetière, destiné à la sépulture des fidèles de son territoire. Et voilà le vénérable usage que l’impiété moderne s’efforce d'anéantir !
Quant à l’origine de la bénédiction des cimetières, elle se perd dans la nuit des temps. Elle est pour le moins aussi ancienne que le rite de la consécration des églises, d’où, elle dérive. Le droit canon a toujours enseigné que le cimetière qui environne une église est consacré par la consécration même de l’église. La chose est toute naturelle, puisque cette dernière consécration comprend plusieurs lustrations et bénédictions extérieures, destinées à sanctifier les murs de l’édifice et le terrain sur lequel ils sont bâtis (Mand. de Monseig. Malou, év. de Bruges).
Si dans quelque cas exceptionnel, le cimetière était détaché de l’église, on avait recours à une bénédiction particulière. Le sixième siècle déjà nous en offre un exemple. L'abbesse des religieuses de Poitiers, chargée de procurer la sépulture à sainte Radegonde, reine de France, se demande avec inquiétude, comment elle pourrait s’acquitter de ce devoir, si l’évêque absent ne rentrait pas bientôt pour bénir le lieu de la sépulture destiné à l’illustre défunte, lieu qui n’avait point encore été bénit (Quid faciemus si Episcopus urbis non advenerit, quia locus in quo sepeliri debet (Radegunda), non est sacerdotali benedictione sacratus. Greg. Tur., De Gloria confess., c. cvi).
Ce n’est pas seulement par la place qu’il occupe que le cimetière prêche la fraternité universelle et éternelle des vivants et des morts, il la proclame non moins éloquemment par la manière dont il nous reçoit.
Si, comme le prétendent les solidaires, l’homme n’était qu’un tas de boue, son cadavre, vile matière en décomposition, serait au plus vite jeté dans quelque cloaque, et il n’en serait plus question : autre est la foi du genre humain. Vois, mon cher ami, ce qui se passe dans l’Église catholique, l’élite de l’humanité par l’incontestable supériorité de ses lumières et de ses vertus. Dès l’instant du trépas, l’indissoluble fraternité des vivants et des morts se manifeste par les témoignages de la plus respectueuse affection.
À peine décédé, l’homme, quel qu’il soit, devient un être sacré. C’est un frère qui est parti, mais qui n’est pas mort. Environné des mystères de la tombe, on n’approche de lui qu'avec un religieux silence. Une garde, nuit et jour en prières, veille à son chevet. Lorsqu’est arrivé le moment de le transporter à l’église, le prêtre vient lui donner l’ordre du départ ; et, après l’avoir béni, le précède aux pieds des autels.
Parents, amis, connaissances lui font cortège. Des chants et des prières, mêlés de larmes et de sanglots l’accompagnent ; et pour honorer le mort, comme pour instruire les vivants, l’Église déploie la pompe éloquente de ses mystérieuses cérémonies.
Tu sauras, mon cher ami, que ces mystérieuses cérémonies, abolies par les protestants, sont vénérables comme les siècles, attendu qu’elles remontent à l’origine du christianisme. Avant de t’en donner la preuve, j’ai deux mots à te dire. Le premier, sur le transport des corps ; le second, sur le catafalque.
Aujourd’hui, dans la plupart des villes, on conduit les morts au cimetière sur des corbillards : à peu près comme on transporte des colis de marchandise, dans les wagons de chemin de fer. Cette manière peu respectueuse était inconnue de nos pères. Autrefois les défunts étaient portés à bras, et c'était un honneur et un mérite de leur rendre ce dernier service. L'exemple de Tobie, tant loué dans l’Écriture et si magnifiquement récompensé, inspirait ce pieux usage.
On y tenait tellement que le corps de saint Brunon, archevêque de Cologne, fut ainsi porté, de Reims à Cologne, durant un trajet de huit jours (Quod in illo non potuit mori redditum est Creatori. Corpus autem ejus exanime eodem die indefessi ejus comites levatum in feretro transferentes, octavo postea die ad augustam sedis ejus metropolim Coloniam pervenerunt. In vit. apud Surium, 11 octob.).
La translation en voiture n’était admise que par exception : puisse-t-il en être toujours ainsi ! Comme on ne détruit pas les mœurs d’un peuple dans un jour, un vestige de l’ancienne et catholique coutume se perpétue dans l’usage moderne et très- peu compris, de faire tenir les coins du poêle par les amis du défunt ou des personnages de marque.
Le catafalque castrum doloris perpétue une autre tradition. Ce tombeau vide dans lequel on dépose, pendant l’office, le corps du défunt, est un souvenir de l’enterrement dans les églises. La grande croix rouge ou blanche qui partage le drap dont il est couvert, est un signe d’espérance et d’immortalité, arboré en face même de la mort (Encyclop. Théol. V. Sépult. chrét.).
Je viens maintenant à l’antiquité de nos cérémonies funèbres. « Qu’ils sont loin de la vérité, s’écrie le savant Duranti, ceux qui méprisent et qui répudient nos rites funèbres ! Depuis le commencement de l’Église, nos ancêtres nous ont appris à ensevelir, avec des rites invariables, les corps des chrétiens, comme étant la demeure de Pâme, et à embellir leur sépulture par tous les honneurs possibles (...Quantum a veritate aberrant qui exequiarum ritus et solemnia irrident et repudiant. Ab ipso Ecclesiae exordio majores nostri, certis et statis ritibus, Christianorum corpora, ut animæ domicilia sepeliri docuerunt, eorumque sepulturam cum honoribus, qui haberi iis possunt, ornaverunt. De rit., etc., p. 182). »
Rien n’est plus vrai. Ainsi, le pape saint Clément ordonne d’ensevelir les morts avec soin, d’honorer leurs funérailles, de prier et de faire l’aumône pour eux (Epist. i, ad Jacob, fratr. Dom). « Nous avons appris, dit Origène, à honorer l’aine raisonnable et à confier honorablement au tombeau le corps qui lui servit d’organe (Rationalem animam honorare didicimus, et hujus organa sepulcro honorifice demandare. Contr. Cels., lib. VI et VIII). »
Saint Jérôme ajoute : « Il ne faut pas être étonné si, suivant l’ancienne coutume, les funérailles de Moïse et d’Aaron furent célèbres avec grande pompe, puisqu’en plein soleil de l’Évangile, comme nous le lisons aux Actes des apôtres, les frères de Jérusalem firent un deuil magnifique à saint Étienne : ce deuil ne consista point, comme vous pourriez le penser, dans des cris et des larmes abondantes, mais dans la pompe des funérailles et la multitude des assistants (Epist. ad Paulam, De obitu Blesilloe). »
Pour rehausser l’éclat des funérailles, s’unissaient les chants, les flambeaux, l’encens, l’eau bénite, le son des cloches, du moment où elles furent inventées. De tout cela je te parlerai en détail, lorsqu’il s’agira de la foi à la résurrection, prêchée par le cimetière. Toutes ces pompes utiles aux morts étaient pour nos pères, comme elles sont pour nous, la consolation des vivants.
De là vient l’amère tristesse qu’ils éprouvaient, lorsqu’ils ne pouvaient chanter aux funérailles. « Qui pourrait se souvenir, dit Victor, évêque d’Utique, sans verser des larmes, que le tyran avait ordonné d’accompagner les corps de nos défunts, en silence et sans le chant de nos hymnes (Quis vero sustineat, atque possit sine lacrymis recordari, dum praeciperet nostrorum corpora defunctorum sine solemnitate hymnorum, cum silentio ad sepulturam perduci. De persecut. Vandalor., lib. I) ? »
Les touchants témoignages de l’éternelle fraternité n’attendaient pas, à se produire, l’heure de l'enterrement : ils commençaient dès la veille. Pendant la nuit précédente, l’office, appelé pour cela vigiles, se chantait non-seulement à l’Église, mais le plus souvent dans la chambre mortuaire. En souvenir de ce vénérable usage, les vigiles se chantent encore, dans le diocèse de Besançon, avant l'enterrement (Cum igitur nocturna pervigilatio, ut in martyrum celebritate, canendis psalmis, perfecta esset, et corpusculum advenisset, etc. S. Greg. Nyss., Epist, ad Olymp, De morte sororis suoe Macrinoe ; — et Duranti, De ritib., p. 193 ; S. Petr. Damian., Epist., v, 6, 6).
Je termine par deux exemples célèbres. Le corps de l’Empereur Constantin, déposé sur un lit de parade, et environné de gardes, fut porté au tombeau au chant des hymnes sacrés et à la lumière des flambeaux, supportés par les candélabres d’or.
« Jamais pompe pareille, dit Eusèbe, ne s’était vue depuis l’origine du monde (Euseb., In vit., Const., lib. IV, c. LXIII). »
Les funérailles de saint Germain, évêque d’Auxerre, furent un véritable triomphe. Mort à Ravenne, l’illustre pontife fut apporté à Auxerre. Pendant ce voyage de plus de deux cents lieues, toutes les populations allaient au-devant du saint corps. On aplanissait les routes, on construisait des ponts pour le faire passer. Les airs retentissaient d’hymnes, et d’innombrables flambeaux rivalisaient pendant le jour avec l’éclat du soleil (Surius, 31 juil., t. IV, p. 446. In fol. 1579).
Dans les enterrements ordinaires, lorsque l’absoute est faite, le prêtre donne le signal du départ, en entonnant la belle, la consolante, la joyeuse antienne : « Que les anges vous conduisent en paradis ; que les martyrs vous reçoivent à votre arrivée et vous introduisent dans la sainte cité de Jérusalem. »
C’est au chant de ces dernières paroles, et après toutes les cérémonies expliquées plus haut, témoignages authentiques de respectueuse affection pour le défunt, et profession solennelle de la fraternité impérissable des vivants et des morts, que le cimetière reçoit le dépôt sacré dont la garde lui est confiée, jusqu’au jour de la résurrection générale.
Entre l’enterrement catholique et la conduite brutale des solidaires : quelle différence ! Soyons heureux et fiers d’être les enfants de l'Église ; prions avec larmes pour ceux qui ne le sont pas, ou qui l’ayant été ne le sont plus.
À bientôt les autres prédications du cimetière.

Tout à toi.


Troisième sermon du cimetière : L'existence et l'immortalité de l'âme. — Le cimetière bénit à cause du corps de l’homme. — Le corps de l'homme sanctifié à cause de l'âme. — Cérémonies qui précèdent la conduite du corps au cimetière. — Catafalque, cierges, chants, eau bénite, encens. — Dialogue des morts et des vivants. Absoute. — Aumônes, couronnes, arbres verts, position du corps dans la tombe. — Croix.


Cher ami,

Nous venons d’assister aux deux premiers sermons du cimetière : La sainteté de notre corps et la fraternité de tous les enfants de Dieu, en deçà et au-delà du tombeau. J’ai entendu dans ma vie bien des orateurs, mais, à mon avis, aucun ne prêche avec la même éloquence ces vérités fondamentales. Dans les deux nouveaux sermons qu’il nous réserve, le cimetière ne sera ni moins éloquent ni moins populaire. Il va nous dire l’Immortalité de l'âme et la Résurrection de la chair. Au triple point de vue de la grandeur, de l’importance et de l’actualité, ces sujets, tu en conviendras, ne peuvent être mieux choisis.
« Si vous demandez, dit le cimetière, pourquoi je suis bénit avec tant de solennité et environné de tant de respects, je réponds que je suis un reliquaire destiné à recevoir une chose sainte. Cette chose sainte et trois fois sainte, c’est le corps du chrétien. Mais si je suis saint pour le corps, le corps est saint pour l’âme. Avant moi, le corps a été un temple, un sanctuaire, un reliquaire habité par une âme, image vivante du Dieu de toute sainteté. »
Ainsi, pour le cimetière le corps de l’homme n’est pas, comme pour le solidaire, un ignoble tas de boue.
Que ce soit en vue de l’âme que le corps du défunt soit purifié et sanctifié par des prières et des rites sacrés, la preuve en est dans la signification même des prières et des cérémonies dont il est l'objet, avant d’être reçu dans le cimetière. Il est temps de remplir ma promesse et d’en expliquer quelques-unes.
Le corps est à l’église, placé dans un catafalque. Autour de ce catafalque je vois des flambeaux allumés, un vase d’eau bénite, voici venir de l’encens ; et, à mes oreilles, retentissent des prières et des chants qui portent d’ineffables émotions jusqu’au fond de l’âme. Qu’est-ce que tout cela ?
Saint Chrysostome répond : « Que signifient, dites-moi, ces flambeaux dont la lumière réjouit les yeux ? ils annoncent que nous accompagnons nos morts, comme des athlètes sortis victorieux du combat. Et les chants ? que nous glorifions Dieu et que nous le remercions d’avoir couronné celui qui vient de nous quitter, de l’avoir délivré de toutes les peines de la vie et de l’avoir, désormais exempt de toute crainte, placé auprès de lui. N’est-ce pas la raison de nos hymnes et de nos psaumes ? est-ce que tous ces chants ne sont pas une preuve de notre joie ? pourquoi des lamentations et des larmes en présence de l'immortalité et de la résurrection (Dic mihi, quid volunt claræ lampades ? nonne eos sicut athletæ deducimus ? quid autem hymni ? nonne ut Deum glorificemus, et ei gratias agamus, quod eum qui excessit jam coronaverit, quod a laboribus liberaverit, quod ejecto metu eum apud se habeat ? nonne propter hoc psalmi et hymni ? nonne propter hoc psalmodia, omnia ista gaudentium sunt ? etc. Homil. iv, in epist ad Hebr., n. 5, opp., t. XII, pars prior, p. 66, édit. Gaume) ? »
Absurde cette illumination, absurdes ces chants joyeux, si l’homme n’avait point d’âme, si cette âme ne survivait pas au Corps ; en un mot, si, comme le prétend le solidarisme, le corps lui-même n’avait été et n’était encore qu’un simple tas de boue.
Non moins significatifs sont les prières, l’eau bénite et l’encens. « À coup sûr, écrit saint Athanase, si les défunts n’en recevaient pas quelque bénéfice, nous nous abstiendrions de les honorer par nos souvenirs au saint sacrifice, et parle soin de leur sépulture. Mais nous voyons de nos yeux l’exemple du contraire. Lorsque la vigne fleurit au loin sur la colline, le vin renfermé dans le cellier sent l’odeur de sa floraison et en éprouve l’influence. C’est ainsi que le monde matériel nous fait comprendre que les âmes des pécheurs ressentent, pointeur bien, l’effet du sacrifice non sanglant (Si non aliquo beneficio participarent ex illo, non utique cura et exequiis fieret commemoratio. At sicut vitis florescit extra in agro, et odorem ejus sentit in vase vinum reclusum, sicque conflorescit etiam ipsum; ita intelligimus peccatorum animas participare aliqua beneficia ab exsangui immolatione. De variis quoest. quoest. 34). »
Le grand docteur n’est ici que l’interprète de la foi universelle. Tu sais que les prières pour les morts sont aussi anciennes que le monde, et aussi étendues que le genre humain. On tes trouve partout môme chez tes païens et tes sauvages. Nous le verrons bientôt et nous aurons une preuve de plus de la foi indestructible de tous les peuples et de toutes tes tribus, à l’existence de l’âme et à son immortalité.
Quant aux prières catholiques de l’enterrement, rien, rien, mon cher Frédéric, n’est plus saisissant. C’est le défunt lui- même qui du tombeau fait entendre sa voix. « Délivrez-moi, Seigneur, de la mort éternelle dans ce jour terrible où seront ébranlés les cieux et la terre ; et où vous viendrez juger le monde par le feu (Libera me, Domine, de morte aeterna, in die illa tremenda, quando coeli movendi sunt et terra : dum veneris judicare sæculum per ignem). »
Il continue : « Je tremble et suis saisi de la crainte du jugement et de la colère future (Tremens factus sum ego, et timeo dura discussio venerit atque ventura ira). »
Les vivants lui répondent : « Oui, quand seront ébranlés les cieux et la terre (Quando coeli movendi sunt et terra). »
Ce dialogue d’un effet inimitable se poursuit
Le mort : « Ce jour, jour de colère, de calamités et de misère, ce jour grand et amer entre tous les jours. »
Les vivants : « Quand vous viendrez juger le monde par le feu (Dies illa, dies iræ, calamitatis et miseriæ, dies magna et amara valde. — Dum veneris judicare saeculum per ignem). »
La voix du mort est éteinte ; et tous ensemble les vivants font monter vers le souverain juge cette supplication de miséricorde : « Seigneur, donnez-lui le repos éternel et que la lumière qui ne s’éteint jamais luise pour lui (Requiem aeternam dona ei, Domine, et lux perpetua luceat ei). »
Afin de lui obtenir cet ineffable bonheur, le prêtre emploie une nouvelle forme de prières : l’eau bénite et l’encens. Trois fois il fait le tour du cercueil en l’aspergeant d’eau bénite, et trois fois, en le parfumant d’encens. Il rappelle ainsi à la sainte Trinité, que ce défunt est sa créature, son enfant, la brebis rachetée au prix du sang divin.
Par l’eau bénite, si redoutable aux démons, il éloigne ces esprits malfaisants qui trop souvent exercent leur fureur sur les corps des défunts, afin de se dédommager du mal qu’ils n’ont pu leur faire pendant la vie.
Emblème de la prière, l’encens rappelle l’odeur des bonnes œuvres que le mort a pratiquées et l’efficacité des prières des vivants pour les défunts. Dans l’eau bénite et l’encens, tous les siècles chrétiens ont encore vu un signe de la sainte fraternité des vivants et des morts. De là l’ancien usage de baiser le mort (Defunctorum corpora tliurificantur et aqua benedicta asperguntur, non ut eorum peccata tollantur, quia tunc per talia tolli nequeunt; sed ut omnis immundorum spirituum potentia eruatur ; et fiunt etiam in signum societatis et communionis sacrorum quam nobiscum dum vixerunt imbuerunt. Unde Dionysius tradit quod antiquitus vivi mortuo, osculabunt in signum unitatis quam cum ipsis habuerunt... Aqua benedicta ne dæmones qui multum eam timent ad corpus accedant. Solent namque desævire in corpora mortuorum, ut quod nequiverunt in vita saltem post mortem agant. Thus vero... ut defunctus creatori suo acceptabilem bonorum operum odorem, intelligatur obtulisse, seu ad ostendendum quod defunctis prosit auxilium orationis. Durand, Ration. div. offi., lib. V, c. VIII).
Ces cérémonies si riches d’enseignements et ces prières si touchantes composent l'absoute ; mot merveilleux de profondeur qui veut dire délivrance, rupture de tous les liens, qui pouvaient retenir l’âme du défunt ; et éloignement de toutes les puissances ennemies, qui pourraient empêcher le corps de reposer en paix.
L’absoute se termine par une oraison où le prêtre rappelle à Dieu, que le propre de sa nature est de toujours avoir compassion et de toujours pardonner. En conséquence, il le conjure humblement de recevoir dans sa miséricorde cette âme, dont l’exil vient de finir, et de l’introduire dans le ciel, en la compagnie des anges, pour jouir avec eux des félicités éternelles.
Où trouver, mon cher Frédéric, une démonstration plus éloquente et plus populaire de la foi catholique à l’existence et à l’immortalité de l'âme ?
La même démonstration continue soit par les aumônes données aux pauvres, en faveur du défunt (on ne manquait pas d’inviter aux enterrements les pauvres, les orphelins, les veuves, tous les amis de Dieu, afin d’intercéder pour le défunt. Orig. In Job, c. III), soit par les couronnes d’immortelles placées sur sa tombe, soit par les arbres toujours verts plantés dans le cimetière, soit par la position même du corps dans la tombe.
Suivant le rit catholique, le visage doit être tourné vers le ciel, la tête placée à l’occident et les pieds à l’orient, afin que par cette position même le mort proclame ses espérances, prie, et montre qu’il est prêt à quitter l’occident pour marcher vers l’orient (Debet autem sic sepeliri ut, capite ad occidentem posito, pedes dirigat ad orientem in quo quasi ipsa positione orat et innuit quod promptos est ut de occasu festinet ad ortum. Durand, ibid.).
Enfin, la croix qui s’élève sur la tombe, semblable au grand mât d'un navire disparu dans les flots, annonce que le naufrage n’est pas complet ; que la vie demeure dans la tombe, que Dieu la garde et qu’il la réveillera au dernier jour (toutes ces belles cérémonies des funérailles ne sont pas seulement consolantes pour les vivants, elles sont encore agréables à Dieu et entrent dans les intentions du défunt. Pertinet ad defunctum quid de ejus corpore agatur ; tum ad hoc quod vivit in memoriis hominum, cujus honor dehonestatur, si insepultus remanet ; tum etiam quantum ad affectum quem adhuc vivens habebat de suo corpore ; cui piorum affectus conformari debet post mortem ipsius ; et secundum hoc commendantur aliqui de mortuorum sepultura, ut Tobias et illi qui Dominum sepelierunt. S. Th., 2e 2a, q. 32, art. 2, ad. 1).
Je ne puis mieux terminer cette lettre, mon cher ami, que par cette exclamation qui est aussi la tienne : Quel admirable prédicateur que le cimetière !

Tout à toi.


Toutes les prières pour les morts proclament l'immortalité de l'âme. — Proclamation continuelle. — Prières du troisième, septième, trentième, quarantième jour. — Leur raison. — Prières du jour anniversaire : Leur raison. — Les morts connaissent-ils nos prières ? Comment les connaissent-ils ? — Enseignement catholique.


Mon cher ami,

Ainsi que nous venons de le voir, toutes les prières pour les morts chantent Pim- mortalité de Pâme. Dans l'Église catholique, ces prières ne finissent pas avec l’enterrement : elles se renouvellent à certaines époques, fixées par des traditions vénérables, et le chant de l’immortalité continue. Ces époques sont le troisième, le septième, le trentième, le quarantième jour de la mort et l'anniversaire. Pourquoi ces dates plutôt que d’autres et quelle en est la signification ? Deux questions assez peu connues et dont l’étude va faire le sujet de ma lettre d’aujourd’hui.
Je commence par un mot, sur l'Office des morts. Par son origine, cet office remonte à l’Ancien Testament et rappelle d’éloquents souvenirs. Jacob étant mort, Joseph et ses frères accompagnés d’un grand nombre d’Égyptiens l’apportèrent à Hébron ; mais ils avaient commencé par le pleurer, durant quarante jours en Égypte ; et ils le pleurèrent encore sept jours à l’aire d’Atad, au-delà du Jourdain. Par ces pleurs, il faut entendre non-seulement les larmes, mais les prières et les sacrifices offerts pour les morts (Gen., IV, 10).
La môme chose eut lieu en Israël, à la mort de Moïse, d’Aaron et de Marie leur sœur (Deuter., c. ult). Croire que ces faits sont isolés dans l’histoire du peuple de Dieu, serait une erreur. Tu sais comme moi qu’ils se reproduisent de siècle en siècle, jusqu’au temps des Machabées. Telle est l’origine biblique de l’office des morts (Hoc officium initium habet in veteri lege, etc. Durand, Ration, div. offic., lib. VII, c. xxv).
Dans la nouvelle loi, c’est aux apôtres eux-mêmes qu’il doit sa forme primitive ; et sa mise en ordre avec ses développements, à un des plus anciens et des plus savants pères de l’Église, Origène (Officium mortuorum primo ab apostolis institutum ; sed ab Origene fuit aductum et maxima ex parte ordinatum. S. Isidor., lib. De Ecclesiat. officiis). Cet office présente une particularité qu’on ne trouve dans aucun autre. Il commence par les premières vêpres et n’a point de secondes vêpres. Quelle en est la signification ? L'Église a voulu nous faire entendre que l’office des morts n’a qu’un temps, parce que les âmes des saints, une fois délivrées de toute peine, jouiront de la béatitude éternelle (Mortuorum officium incipit a vesperis non tamen habet secundas vesperas. Ad notandum quod hoc officium finem habebit, quia animae salvan dorum ab omni poena liberatæ æterna beatitudine fruentur. Divin, lib, V, c. VIII).
Pourquoi, mon cher Frédéric, ne pénétrons-nous pas mieux le sens des institutions et des pratiques de l’Église ? Pourquoi tant de chrétiens meurent-ils sans en connaître le premier mot ? Dans l’explication de ces rites vénérables et si riches d’enseignements, quelle source d’instructions plus touchantes et plus pratiques les unes que les autres, les prêtres trouveraient non-seulement pour eux, mais pour les fidèles confiés à leurs soins ?
Mais que veux-tu ? ne demandons pas l’impossible. Cette honteuse, cette déplorable ignorance est le résultat nécessaire de l’éducation païenne et la preuve palpable du mal négatif et à peu près sans remède, qu’elle fait aux prêtres non moins qu’aux laïques.
Venons aux jours fixés par l’Église, où se renouvelle solennellement l’office des morts. Le premier qui se présente est le troisième jour. Il a été choisi pour rappeler les trois jours, pendant lesquels Nôtre-Seigneur resta dans le tombeau, suivis de sa résurrection le troisième jour, gage consolant de la nôtre (.... faciunt memoriam pro defunctis die tertia, seu per tres dies repræsentantes triduanam Domini sepulturam, seu respectum habentes ad resurrectionem Christi, qui tertia die resurrexit. Ibid., lib. VII, c. xxv).
Le septième, immortalisant des souvenirs de la plus haute antiquité, relie le Nouveau Testament à l’Ancien, et des deux ne fait qu’une seule religion, née le jour où naquirent les jours. Il faut ajouter qu’en même temps il nous donne de bien utiles instructions. On célèbre donc l’office des morts le septième jour, ou même pendant sept jours, à l’exemple des fils de Jacob qui pleurèrent leur père pendant sept jours. Une autre raison de ces prières septénaires est d’obtenir au défunt la rémission de tous les péchés commis pendant sa vie entière, figurée par la durée de la création, qui fut de sept jours y compris le jour du repos (Faciunt missas celebrari septem diebus, quia filii Jacob defuncti fleverunt per septem dies ; ita et Ecclesia pro suis defunctis celebrat officium septem diebus... Ut ei (defuncto) remittantur omnia peccata quse commisit in vita, quæ per septem dies ducitur, ut ad sabbatum æternæ quietis citius valeat pervenire. lbid.).
Le trentième n’est pas moins vénérable, tant par les traditions qu’il consacre, que par le but de son institution. Il entre donc dans l’esprit de la sainte Église, notre mère, qu’on célèbre la messe pour les défunts, pendant les trente jours qui suivent leur trépas, ou du moins le trentième jour.
La première raison est de perpétuer le souvenir des trente jours, durant lesquels les fils de Jacob pleurèrent leur vénérable père et les Israélites Moïse et Aaron (Gen., l, 3, dicitur Joseph eum (Jacob), planxisse 70 diebus, ex hisce 70 diebus, primi 40 pertinuerunt ad condendum corpus aromatibus juxta morem Ægyptiorum, ut patet ibidem, v. 3; triginta vero ultimi proprie erant planctus. Ab hoc ergo tricenario dierum accepit Ecclesia morem pro defunctis faciendi tricenaria, id est triginta dierum memoriam, preces et eleemosynas. Corn, a Lap., In Num., c. xx, v. 30). La seconde, parce que trois fois dix font trente.
Le nombre trois marque la sainte Trinité ; et le nombre dix les préceptes du décalogue. Nous prions donc trois fois dix jours pour les trépassés, afin de leur obtenir de la miséricorde divine, la rémission de tous les pêchés qu’ils ont pu commettre contre la sainte Trinité et contre les préceptes du décalogue (...faciunt celebrari pro defunctis 30 dies vel trigesimo die, primo quia filii Israël tot diebus fleverunt Moysen et Aaron. Secundo quia ter decem faciunt triginta. Per ter enim Trinitatem, per decem, Decalogi præcepta intelligimus. Ter denarium ergo mortuis facimus, ut quod in observatione Decalogi seu praeceptorum Christi et centra Trinitatem peccaverunt eis Dei misericordia condonetur. Ibid.).
Le quarantième représente les quarante heures de la sépulture de Notre-Seigneur, suivies de sa résurrection ; et ce jour exprime les vœux ardents que font les fidèles de voir leurs frères sortir eux-mêmes glorieux du tombeau, à l’exemple du premier né d'entre les morts (Rursus quoque quadragesimum diem servant et repraesentant dominicam sepulturam, optantes mortuos gloriam habere cum Christo, qui quadra ginta horis jacuit in sepulcro, computata hora in qua emisit spiritum et sexta hora noctis dominicæ in qua resurrexit. Ibid.).
Le jour anniversaire est une date non moins sacrée et môme plus religieusement observée que les autres, sous le nom de service du bout de l'an ; il est peu de familles qui, ce jour-là, ne fassent prier pour leurs morts. Comme les précédents, cet usage traditionnel a ses raisons d’être dans l’affection des vivants pour les trépassés et dans l’utilité même des vivants.
Ainsi, après une année révolue depuis leur mort, nous demandons qu’aux années misérables de l’exil, succèdent pour nos défunts les années de la bienheureuse patrie : années sans fin qui, comme l’année, tournant sur elles-mêmes recommencent toujours sans jamais finir.
De plus, comme nous célébrons l'anniversaire des saints pour les honorer et nous exciter à les imiter ; de même, nous célébrons l’anniversaire des morts pour les soulager et réveiller notre dévotion envers eux. Enfin, nous offrons ces prières annuelles, parce que, suivant le mot de saint Augustin, ne connaissant pas l’état de nos défunts dans l’autre monde, nous aimons mieux faire pour eux, plus que moins (Dies anniversarii pro defunctis ideo repetitur, quia secundum Augustinum qualiter sit eis in alia vita nescimus, et melius est ut eis supersit beneficium nostrum quam desit. Ibid.).
Quoi de plus respectable, mon cher Frédéric, par l’origine tant de fois séculaire, quoi de mieux motivé par le but, que ces jours consacrés au soulagement des trépassés ? Échelonnés sur le chemin de la vie, ils sont comme autant de prédicateurs, dont la voix s’unit à celle du cimetière, pour proclamer l'immortalité de l'âme.
Pour l’honneur de l’Église, ta mère, il faut que tu saches, mon cher Frédéric, que la consécration de ces différents jours de prières pour les morts est de tradition primitive.
Ainsi les païens priaient particulièrement pour leurs morts les 3e, 7e, 9e, 20e, 30e et 40e jours après leurs décès. Sous l’inspiration du grand Corrupteur de la vérité, ils brodaient sur un fond vrai des usages superstitieux.
En venant dans le monde, l’Église a repris son bien et l’a dégagé de tout alliage impur.
Organe des antiques traditions, l’auteur des Constitutions apostoliques s’exprime ainsi : « Pour ce qui regarde les morts, que le troisième jour soit célébré par des psaumes, des leçons et des prières, en mémoire de Celui qui est ressuscité le troisième jour : de môme le neuvième jour en considération de ceux qui restent et de ceux qui ne sont plus, encore le quarantième, conformément au type ancien, car le peuple de Dieu pleura Moïse quarante jours ; enfin, le jour anniversaire, pour leur mémoire (Liv. VIII, c. 112). »
Avant de clore ma lettre, il ne me semble pas inutile d’élucider une question, qui se rattache naturellement à notre sujet. Les morts connaissent-ils les prières que nous faisons pour eux ?
La réponse affirmative à cette question est dans l’article de foi, que nous prononçons tous les jours : Je crois la communion des saints. Bien que disparus de cette terre, les morts en état de grâce n’ont pas cessé d’être membres de l’Église, pas plus qu’ils n'ont cessé de vivre. Pour la grande famille du Père céleste, il y a trois séjours : la terre, le purgatoire et le ciel.
Des liens d’une indissoluble fraternité unissent entre eux les habitants de ce triple séjour. Fondée sur la charité, cette union se traduit par des secours mutuels. Les saints prient pour nous et nous prions pour les âmes du purgatoire qui, à leur tour, nous rendent avec usure ce que nous faisons pour elles. Tel est notre article de foi.
Mais comment les âmes du purgatoire connaissent-elles nos prières ? La théologie catholique répond : « Les trépassés connaissent de quatre manières les bonnes œuvres que nous faisons pour eux : 1° par la révélation directe de Dieu ; 2° par le ministère des bons anges : en effet, les anges qui sont toujours avec nous et qui connaissent toutes nos œuvres, peuvent en un clin d'œil en informer les trépassés ; 3° par le rapport des âmes innombrables qui, de tous les points du globe, arrivent à chaque minute dans l’autre monde ; enfin, 4° par l’expérience, lorsque les âmes du purgatoire sentent leurs peines diminuer (Sane defuncti sciunt suffragia quæ pro eis fiunt tribus modis secundum Augustinum, lib. De cura, pro mortuis agenda, c. x et xv. Primo per directam revelationem. Secundo per bonorum angelorum manifestationem. Angeli enim qui hic semper nobiscum sunt et omnes actus nostros considerant, quasi in instanti possunt ad eos descendere et eis protinus nunciare. Tertio, per animarum hinc exeuntium intimationem. Quartoper experientiam, cum videlicet se a poenis sentiunt relevari. Durand., Rational. div. offic. ubi suprà; id. S. Thom., 1 p. q. 89, art. 8, ad. 1-2, etc.).
Il faut savoir, en outre, que les réprouvés ne connaissent rien de ce qui se passe parmi les vivants, si ce n’est ce que Dieu leur permet d’en connaître. De même les âmes du purgatoire, qui ne jouissent pas encore de la vision béatifique, ne connaissent les choses d’ici-bas qu’autant que Dieu veut qu’elles les connaissent, par quelqu’un des moyens indiqués plus haut.
Quant aux saints qui jouissent de la vue de Dieu, ils connaissent bien ce qui se fait sur la terre. C’est l’enseignement du pape saint Grégoire le Grand : « Que peuvent ignorer ceux qui voient Celui qui voit tout ? » D’autres cependant prétendent que les saints ne connaissent que ce qu’il leur est nécessaire de connaître, pour leur bonheur et pour le nôtre (Sciendum autem quod defuncti valde mali nesciunt quid a vivis agitur, nisi quantum eis scire permittitur. Similiter nec mediocriter boni adhuc in igne purgatorii constituti qui nondum Dei visione fruuntur, nisi quatenus per aliquem ex praemissis modis permittitur eis scire. Sed valde boni, qui jam ea fruuntur bene sciunt quid hic agitur, juxta illud Gregor., lib. XII, Moral., c. XIII : Quid est quod nesciunt qui vident omnia videntem. Alii tamen dicunt eos scire omnia quæ eis necessaria sunt et non alia. Ibid. — Ibid. S. Thomas).
Que reste-t-il, mon cher Frédéric, sinon d’entretenir avec soin les rapports qui nous unissent à nos bien-aimés défunts, certains qu’en priant pour eux nous travaillons non-seulement pour eux, mais encore pour Dieu et pour nos propres intérêts.

Tout à toi.




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