mardi 31 mars 2020

Prééminence de saint Joseph dans le Ciel



Extrait de "Pouvoir de Saint Joseph", par le R. P. Huguet, Mariste :




Il est d'autant plus élevé au-dessus des Anges qu'il possède un nom plus excellent que le leur. (Hebr. I)

(...)

Marie est la souveraine des Cieux, dit la sainte Église, Regina Coeli ; et dans l'empire de cette auguste Reine, il y aurait quelqu'un au-dessus de son chaste Époux ? Ils étaient trop unis sur la terre pour qu'ils soient séparés dans l'éternité : Collocatus est a dextris Jesu, hoc est in potioribus bonis suis. Les Anges et les Bienheureux appellent Marie leur Reine et leur Souveraine, saint Joseph seul a le droit de la nommer son Épouse et son angélique compagne (Gerson). Si en vertu de l'adoption divine, nous devons espérer de voir Dieu à découvert et de jouir d'une gloire semblable à la sienne : quelle récompense plus magnifique encore est réservée à celui qui a été choisi pour être le père du Fils unique de Dieu (Suarez, in 3 p. t. II, disp. 8, sect. 1) ?
Dites-nous, ô bienheureux Joseph ! les honneurs que Jésus, votre Fils adoptif, vous rendit en présence des Anges et des Bienheureux, en vous faisant asseoir dans le Ciel sur le trône de gloire qu'il vous avait dressé lui-même de ses mains adorables ? Quelle consolation ineffable remplit votre cœur, quand vous entendîtes sortir de sa bouche divine ces ravissantes paroles : « Venez, mon père, venez, le béni de mon Père éternel et de moi, venez triompher dans le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde ; venez, jouir de la félicité que vous avez méritée par les longs et laborieux services que vous m'avez rendus, non-seulement en la personne des plus petits d'entre mes frères, mais à moi-même. Vous m'avez logé chez vous, lorsque, ayant quitté le Ciel, je vivais comme un étranger sur la terre et un orphelin parmi les hommes ; et maintenant, après vous avoir délivré de votre exil, je veux vous donner une demeure permanente, une place d'honneur dans la céleste patrie ; vous couvrîtes autrefois mes membres exposés aux rigueurs des saisons, de langes et de vêtements, et je vous revêtirai à mon tour des plus beaux ornements de la gloire ; vous me nourrîtes du fruit de vos sueurs lorsque j'avais faim, et je vous rassasierai des délices éternelles que mes élus savourent à longs traits au festin de l'Agneau immaculé ; vous m'avez donné à boire lorsque j'étais pressé par la soif, et je vous enivrerai dans les siècles des siècles au torrent des voluptés divines ; vous avez supporté souvent le poids du jour et de la chaleur pour fournir à mon entretien, et je tous ferai jouir désormais d'un repos infini dans sa durée et ineffable dans sa douceur ; venez donc, venez, mon bienaimé, venez prendre possession de tous ces biens.
Après cette invitation si touchante, n'est-il pas vraisemblable que Jésus, se tournant vers son Père céleste, et lui présentant saint Joseph, lui dit, mais avec plus de tendresse que le jeune Tobie parlant de son cher Guide, l'Archange Raphaël, qu'il ne connaissait pas encore : Mon Père, quelle récompense donnerons-nous à cet homme, qui puisse égaler les bons offices que j'ai reçus de lui ? II a été le gardien et le protecteur de la virginité de ma Mère, il m'a fait une crèche au jour de ma naissance, il m'a conduit en Égypte pour me délivrer de la fureur déicide d'Hérode ; il m'a élevé avec de grands soins, il m'a aimé et comblé de toute sorte de biens. Que lui donnerons-nous ?
Grand Dieu, qui prenez part aux obligations que le Verbe incarné croit avoir à saint Joseph ; Bonté souveraine, qui ne vous laissez jamais vaincre en générosité par vos créatures ; Dieu du Ciel, qui avez promis votre gloire à ceux qui donneront en voire nom un verre d'eau froide au pauvre mendiant, quel témoignage de gratitude ne rendîtes-vous pas à ce saint Patriarche ? Père de toute bonté, ne le priâtes-vous pas d'agréer la moitié de vos richesses, ne récompensâtes-vous pas la fidélité et la prudence de ce bienheureux serviteur en lui accordant la moitié de vos biens et la liberté d'en disposer en faveur de ceux qui l'honorent et l'invoquent. Et vous, ô Jésus ! le Fils unique de Dieu, l'idée très-parfaite de la parfaite reconnaissance, que rendîtes-vous à celui de qui vous avez reçu tant d'honneur et de biens ? Fidèle à votre promesse : Donnez, et l'on vous donnera, on versera dans votre sein une bonne mesure comble, pressée et se répandant sur les bords, vous lui rendîtes un palais dans le Ciel pour une maison sur la terre, le sein d'un Dieu pour le sein d'un homme, la gloire éternelle pour des honneurs temporels, votre cœur pour le sien et amour pour amour.
« Quand Jésus, dit Bossuet, paraîtra en sa majesté, vous découvrirez les merveilles de la vie cachée de Joseph ; vous saurez ce qu'il a fait durant tant d'années, et combien il est glorieux de se cacher avec Jésus-Christ ! Sans doute il n'est pas de ceux qui ont reçu leur récompense en ce monde ; c'est pourquoi il paraîtra alors parce qu'il n'a pas encore paru ; il éclatera, parce qu'il n'a point éclaté. Dieu réparera l'obscurité, de sa vie, et sa gloire sera d'autant plus grande qu'elle est réservée pour la vie future. »
Puissions-nous, ô bienheureux Joseph ! avoir part à tous ces biens qui couronnent vos mérites, et aux joies surabondantes qui remplissent votre cœur, après que nous aurons contribué de toutes nos forces à la gloire que Dieu vous a destinée, et que nous sommes obligés de vous rendre.
Maintenant que, dans le Ciel, vous êtes au comble du bonheur, assis sur un trône élevé, auprès de votre bien-aimé Jésus, qui vous fut soumis sur la terre, saint Joseph, ayez pitié de moi. Vous voyez que je vis au milieu d'innombrables ennemis, de démons, de passions mauvaises qui viennent m'assaillir continuellement pour me faire perdre la grâce de Dieu. Ah ! je vous en supplie, au nom de la faveur qui vous fut accordée de pouvoir sur la terre jouir continuellement de la compagnie de Jésus et de Marie, obtenez-moi la grâce de vivre le reste de mes jours toujours uni à Dieu, de résister à tous les assauts de l'enfer, et de mourir ensuite en aimant Jésus et Marie ; afin que je puisse un jour être admis à jouir avec vous de leur compagnie dans le royaume des Bienheureux.


EXEMPLE

Sainte Thérèse, dont on connaît le zèle pour répandre la dévotion à saint Joseph, faisait placer, dit l'historien de sa vie, une image de la très sainte Vierge et de son chaste Époux sur toutes les portes des Monastères qu'elle fondait. Quand elle allait en voyage pour ses diverses Fondations, elle portait toujours sur son cœur un portrait de saint Joseph, le nommant le Père et le Fondateur de l'Ordre. Voici quelle fut l'occasion de cette pieuse pratique (Ribera. Vie de la Sainte, liv. I, ch. 13) : pendant qu'elle éprouvait toute espèce de traverses et de difficultés pour le Monastère de Saint-Joseph qu'elle désirait établir à Avila, un jour, après la sainte Communion, se plaignant à Jésus de tous les obstacles qu'on opposait à ses pieux desseins, le divin Sauveur l'engagea vivement à ne pas se décourager, l'assurant qu'elle triompherait de toutes les oppositions, que le Couvent s'établirait et que sa divine Majesté y serait très-honorée et fidèlement servie, il lui commanda en même temps de le mettre sous l'invocation de saint Joseph, ayant le soin de placer au-dessus de la porte de la Maison son image et celle de sa chaste Épouse. Sainte Thérèse fut fidèle à la recommandation du Fils de Dieu, et le Monastère placé sous un si auguste Patronage fut l'asile de toutes les vertus.


PRATIQUE

Renouveler tous les mercredis sa consécration à saint Joseph.



ACTE DE CONSÉCRATION À SAINT JOSEPH


Pour la clôture du mois de mars



Glorieux saint Joseph, digne entre tous les saints d'être vénéré, aimé et invoqué, à cause de l'excellence de vos vertus, de l'éminence de votre gloire et de la puissance de votre intercession ; en présence de l'adorable Trinité, de Jésus, votre Fils adoptif, de Marie, votre chaste Épouse et ma tendre Mère, je vous prends aujourd'hui pour mon avocat auprès de l'un et de l'autre, pour mon protecteur et mon père : je me propose fermement de ne jamais vous oublier, de vous honorer tous les jours de ma vie, et de faire tout ce qui dépendra de moi pour inspirer votre dévotion à tous ceux qui me sont confiés. Daignez, je vous en conjure, ô mon bien-aimé Père ! m'accorder votre protection spéciale. Je n'en suis pas digne ; mais néanmoins, au nom de l'amour que vous portez à Jésus et à Marie, agréez-moi pour votre serviteur à perpétuité, au nom de cette douce société que formèrent auprès de vous Jésus et Marie pendant tout le temps de votre vie, protégez-moi tant que je vivrai, afin que je ne me sépare jamais de Dieu, en perdant sa sainte grâce. Au nom de l'assistance que vous trouvâtes en Jésus et en Marie à l'heure de votre mort, protégez-moi spécialement à l'heure de la mienne, afin que, mourant accompagné de vous, de Jésus et de Marie, je vienne un jour vous remercier en Paradis, et que je puisse en votre compagnie louer et aimer éternellement notre Dieu. Ainsi soit-il.



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lundi 30 mars 2020

Hymne de la Croix





Voici l'étendard du Christ-Roi,
voici briller sa croix bénie !
le Dieu de vie subit la mort ;
par sa mort, il nous rend la vie.

Le coup de lance du soldat
ouvrit le cœur du Rédempteur ;
il en coula le sang et l'eau
pour effacer tous nos péchés.

Les prophéties sont accomplies,
comme David l'avait écrit
quand il disait aux nations :
« Le Seigneur règne par le bois ».

Arbre de prix, bois rayonnant,
arbre empourpré du sang du Roi,
tu fus choisi pour soutenir
le corps très saint de notre Dieu.

Heureuse Croix, dont les deux bras
ont présenté notre rançon !
balance où fut pesé le corps
qui sauva l'homme de l'enfer !

Salut, ô Croix, l'unique espoir,
pendant ce temps de la Passion,
aux justes donne plus de grâces,
aux pécheurs donne le pardon.

Trinité, source du salut,
que tout esprit vous glorifie !
nous triomphons par votre Croix ;
donnez-nous le bonheur du ciel.
Amen.



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dimanche 29 mars 2020

Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Jésus-Christ élevé en Croix


Extrait de "Méditations sur les souffrances et la croix de N.S. Jésus-Christ" par Gaspard Jauffret :





ONZIÈME MÉDITATION


Jésus-Christ élevé en Croix



« Ils crucifient avec Jésus ces deux autres criminels qui étaient des voleurs, mettant l'un à droite et l'autre à gauche, et Jésus au milieu. Ainsi fut accomplie cette parole de l'Écriture : Il a été mis au rang des méchants. Jésus cependant disait : mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. Pilate composa un écriteau qu'il fit mettre au haut de la croix, au-dessus de la tête de Jésus, où était marqué la cause de sa condamnation ; et cet écriteau portait : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs. Cet écriteau fut lu de plusieurs d'entre les Juifs, parce que le lieu où Jésus avait été crucifié était proche de la ville, et parce que l'inscription était en hébreu, en grec et en latin. Les Princes des prêtres dirent donc à Pilate : ne mettez point : Roi des Juifs, mais qu'il s'est dit Roi des Juifs : Pilate leur répondit : ce que j'ai écrit, je l'ai écrit.

Les soldats ayant crucifié Jésus-Christ, prirent ses vêtements et les divisèrent en quatre parts, une pour chaque soldat ; jetant au sort, pour savoir ce que chacun en aurait ; et ils prirent aussi la tunique, et comme elle était sans couture et d'un seul tissu depuis le haut jusqu'en bas, ils dirent entr'eux : ne la coupons point, mais jetons au sort à qui l'aura, afin que cette parole de l'Écriture fût accomplie : II ont partagé eutr'eux mes vêtements, et ils ont jeté ma robe au sort. Et les soldats s'étant assis, le gardaient.

Ceux qui passaient , blasphémaient en branlant la tête, et lui disant : toi qui détruis le Temple de Dieu, et qui le rebâtis en trois jours, quand te sauves-tu toi-même? Si tu es le fils de Dieu, descends de la croix.

Cependant le peuple se tenait là et le regardait ; les Sénateurs aussi bien que le peuple, et les Princes des prêtres avec les Scribes (ou Docteurs de la loi) se moquaient de lui entr'eux, disant : il en a sauvé d'autres, il ne saurait se sauver lui-même. S'il est le roi d'Israël, qu'il descende présentement de la croix, et nous croirons en lui : qu'il se sauve lui-même, s'il est le Christ, l'élu de Dieu ; qu'il descende maintenant de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions. Il met sa confiance en Dieu ; si donc Dieu l'aime, qu'il le délivre maintenant, puisqu'il a dit : je suis le fils de Dieu. Les soldats même lui insultaient s'approchant de lui, et lui présentaient du vinaigre en lui disant : si tu es le roi des Juifs sauve-toi toi-même.

Or l'un des deux qui étaient crucifiés avec lui le blasphémait en disant : et si tu es le Christ, sauve-toi toi-même, et nous avec toi. Mais l'autre le reprenant, lui disait : n'avez-vous donc aussi point de crainte de Dieu, parce que vous êtes condamné au même supplice ? Encore pour nous c'est avec justice, puisque nous souffrons la peine que nos crimes ont méritée, mais pour lui il n'a fait aucun mal, et il disait à Jésus : Seigneur, souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume. Et Jésus lui répondit : je vous dis en vérité, que vous serez aujourd'hui avec moi dans le Paradis ».

La mère de Jésus et Marie de Cleophas, sœur de sa mère, et Marie-Magdelaine se tenaient auprès de la croix. Jésus ayant donc vu sa mère, et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : femme, voilà votre fils : puis il dit au disciple : voilà votre mère, et depuis cette heure-là, ce disciple la prit chez lui.

Il était environ la sixième heure du jour, et toute la terre fut couverte de ténèbres jusqu'à la neuvième heure, le soleil s'étant obscurci ; et sur la neuvième heure, Jésus jeta un grand cri en disant : Eli, Eli, lamma sabachthani, c'est-à-dire, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ?

Quelques-uns de ceux qui étaient présents l'ayant entendu crier de la sorte, disaient, il appelle Élie.

Après cela, Jésus sachant que toutes choses étaient consommées, et afin qu'une parole de l'Écriture s'accomplît encore, il dit : j'ai soif. Et comme il y avait là un vase plein de vinaigre, aussitôt l'un des assistants courut en remplir une éponge et l'ayant mise au bout d'un roseau, il lui présenta à boire en disant : laissez, voyons si Élie le viendra tirer de la croix. Les autres disaient aussi la même chose.

Jésus ayant donc pris le vinaigre, dit : TOUT EST CONSOMMÉ.

Et jetant un cri pour la seconde fois : il dit ces paroles : mon Père, je remets mon âme entre vos mains, et en prononçant ces mots et baissant la tête, il rendit l'esprit.

En même-temps le voile du Temple se déchira en deux depuis le haut jusqu'en bas : la terre trembla, les pierres se fendirent, les sépulcres s'ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient dans le tombeau de la mort, ressuscitèrent, etc. »



MÉDITATION


Sur les dernières paroles de Jésus-Christ élevé en croix


TOUT EST CONSOMMÉ



Premier point. Il semble que Jésus-Christ parle à son Père et qu'il lui dise : vos volontés sont exécutées, ce que vous m'avez ordonné est accompli. Je ne vois plus de lieu ni de matière à mon obéissance. La dernière circonstance qui devait précéder ma mort a eu sa place et son rang parmi les autres. J'ai bu, en signe de communion avec les pécheurs, le breuvage qu'ils m'ont offert. Il ne me reste qu'à mourir pour eux. J'en attends le signal, et après avoir été plongé pour eux dans un baptême de douleur, je demande à y être noyé et à y ensevelir Adam et l'ancienne créature pour donner la naissance à l'homme nouveau.

Jésus-Christ a commencé d'obéir dès qu'il a commencé de vivre. Il n'est venu que pour obéir. Sa nourriture a été de remplir la volonté de son père. (S. Jean. c. 4) Il compte que tout est fait et qu'il n'a plus de raison de vivre s'il n'a plus à obéir, TOUT EST CONSOMMÉ. Ma vie doit finir où finit mon obéissance. Je ne vois plus d'autre ordre que celui de consentir à mourir. J'y consens et je veux expirer avant que l'obéissance expire. Et jetant un grand cri, il dit ces paroles : mon Père, je remets mon âme entre vos mains, et en prononçant ces mots et baissant la tête, il rendit l'esprit.

Jetant un grand cri, pour montrer qu'il mourait non comme les autres hommes, par nécessité, mais par son choix et avec liberté ; non par épuisement et par faiblesse, mais par puissance et avec autorité ; non, en vertu des lois naturelles, ou par la violence des tourments, ou par l'injustice des hommes, mais comme maître de la nature, comme supérieur aux tourments, comme indépendant de l'injustice des hommes. »

Et jetant un grand cri, il dit ces paroles : mon père, je remets mon âme entre vos mains. Ce grand cri joint à ces paroles, marque la pleine confiance avec laquelle elles furent prononcées et l'entière certitude que le sacrifice était accepté et qu'une prompte résurrection en serait la preuve. Je vous ai remis ma cause, mon Père, et ma défense. Je vous remets maintenant mon âme ; je la confie à votre amour pour moi, et à votre amour pour ceux que vous m'avez donnés, c'est pour eux que je prie, gardez-les et conservez-les dans votre puissante main ; vous me les avez donnés et je vous les remets sans cesser pour cela d'en être le protecteur. (S. Jean. c. 17. v. 11)

Jésus en prononçant ces mots et baissant la tête, rendit l'esprit. Il baissa la tête, non comme les autres hommes qui penchent la tête après avoir expiré, mais pour montrer qu'il consentait librement à mourir, et qu'il mourait par obéissance. Il n'avait que le mouvement de la tête libre. Ses pieds et ses mains étaient immobiles. Tout son corps était cloué sur l'autel, sur lequel il s'immolait. Il ne pouvait marquer sa soumission aux ordres de son Père qu'en baissant la tête pour les accepter. Il le fait avec une humble résignation et une profonde paix, et il n'est pas seulement obéissant jusqu'à la mort de la croix, mais jusqu'au dernier moment, jusqu'au dernier soupir, ne voulant ni retarder ni avancer d'un instant celui que son Père lui avait marqué. Et baissant la tête, il permit à la mort d'approcher. Car quel pouvoir avait-elle sur l'auteur de la vie ? Il consentit que le démon par qui la mort est entrée dans le monde, usurpât sur lui une autorité injuste, puisqu'il n'en avait que sur les pécheurs. Il accomplit comme victime ce que son sacrifice exigeait. Il s'immola lui-même et par son ordre ; il fut son propre sacrificateur, et il termina, comme prêtre et comme hostie, une action qui dépendait du mutuel consentement de l'un et de l'autre (Explic. de Passion). »

Second point. Tout est consommé par ce grand sacrifice. Il n'y a plus rien à attendre après Jésus-Christ. Il n'y a plus de mystères à accomplir. Il n'y a plus de nouvelles promesses. Il n'y a plus de vérités salutaires à apprendre. Il n'y a plus d'autre alliance ni d'autre Évangile. Il n'y a plus de nouveaux moyens de convertir les hommes ou de les sauver. Tout est fini en Jésus-Christ. Toutes les Écritures se terminent à lui. Son unique oblation offerte une fois, réconcilie les siècles passés et les siècles futurs. Elle remonte par son effet jusqu'à l'origine du monde, elle s'étend par sa vertu jusqu'à la fin ; (S. Paul aux Hébr. c. 10. v. 14) et il est aussi peu possible d'y rien ajouter ou d'en rien retrancher pour l'avenir que pour le passé, puisque pour l'un et pour l'autre, c'est une hostie unique qui a tout mérité, et que, si cela n'était pas, il aurait fallu que Jésus-Christ eût souffert plusieurs fois la mort depuis le commencement du monde (1). (S. Paul aux Hébr. c. 9. v. 26)

Mais si, dans le sacrifice de la croix, tout est consommé pour le salut des bons, tout est aussi consommé pour la réprobation des méchants. Ces deux coupables, dont l'un qui reconnaît Jésus-Christ pour le Messie, ne partage l'ignominie de sa croix que pour partager avec lui, dans le Paradis, le triomphe de sa résurrection ; et l'autre, qui blasphémant contre lui, n'en meurt pas moins victime de la loi, mais sans espoir d'une meilleure vie ; ces deux coupables, dis-je, représentent, évidemment, le genre humain lui-même condamné à la mort par l'arrêt irrévocable du Ciel, et dans le genre humain, le corps des Élus et des réprouvés ; des élus qui se sauvent par le mérite de la croix de Jésus-Christ, des réprouvés qui se désespèrent et se damnent en blasphémant, sur leur propre croix, le Dieu qu'ils ignorent.

Troisième point. TOUT EST CONSOMMÉ. Ces paroles n'offraient pas seulement à Jésus l'idée des prophéties accomplies en sa divine personne, celle du terme même de son sacrifice ; mais, éclairé par sa prescience divine sur le salut ou la réprobation de tous les hommes en général et en particulier, depuis le commencement du monde jusqu'à la fin des siècles, ces paroles offraient encore à Jésus l'idée de la fin irrévocable de chacun de nous à l'heure de la mort, et de la fin non moins irrévocable du genre humain au dernier jour du monde, lorsqu'il viendra juger les vivants et les morts.

Tout est en effet consommé pour nous à l'heure de la mort, soit pour le bien, soit pour le mal moral de notre être. Tout est alors consommé pour le pécheur qui meurt dans son péché, parce que le temps des expiations ne va point au-delà, parce que l'heure du jugement particulier est arrivée, que l'homme s'est irrévocablement formé pour le Ciel ou pour l'enfer, et qu'il ne lui reste plus d'autre mérite que celui de ses œuvres, ni d'autre sauvegarde que le jugement de Dieu.

Tout est de même consommé pour les bons qui meurent dans la justice conservée ou reconquise, parce que leur dernier soupir est au Seigneur, que leur vocation est remplie, que Jésus-Christ les unit sans retour au mérite de ses souffrances et de sa croix, et que, les épreuves du juste finissant avec la vie, le temps des récompenses n'a plus d'autres bornes pour eux que celles de l'éternité.

Jésus-Christ prononçait donc du haut de sa croix l'arrêt du genre humain. Il ouvrait la porte du ciel aux justes de tous les siècles, il fermait les portes de l’abîme sur les démons et sur les réprouvés de tous les âges. Il parlait en maître de toutes les générations humaines. Il se rapportait à cette dernière heure du monde où, l'étendard de la croix à la main, il jugera les hommes selon leurs œuvres, il dira aux bons : venez à moi les bénis de mon père : et aux méchants : retirez-vous de moi, maudits : où les bons s'élevant avec lui vers les cieux, et les méchants se précipitant avec le démon dans l'enfer, l'état des deux sociétés, celle des élus et celle des réprouvés sera fixé sans retour, et où la voix des anges se faisant entendre d'un bout à l'autre de l'Univers et retentissant à jamais aux voûtes éternelles proclamera solennellement que la durée du temps est terminée, que celle de l'éternité commence, que TOUT EST CONSOMMÉ.

Considérations. Considérez 1°. Que Jésus-Christ n'a voulu parvenir à la consommation de son sacrifice sur la croix que par l'obéissance de sa vie entière aux volontés de son père, c'est ainsi qu'il a pu s'écrier en mourant victime de nos péchés : qu'il avait accompli toute justice, qu'il n'avait rien omis pour le salut du genre humain, que tout était consommé dans le mystère de ses infinies miséricordes.
Considérez 2°. Que si Jésus-Christ n'a pu remplir sa vocation qu'en y demeurant fidèle jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix, nous ne saurions remplir la nôtre sans travail et sans épreuve.
Considérez 3°. Que Jésus-Christ jugeant le monde du haut de sa croix, vous juge vous-même. Vivez donc comme vous désireriez avoir vécu lorsqu'arrivés au terme de votre vie, l'ange de la mort ouvrant pour vous les barrières qui séparent le temps de l'éternité ; tout sera consommé dans l'ouvrage de votre salut ou de votre réprobation.


Résolutions et prière. Tout est consommé dans le mystère de la régénération du genre humain. Et c'est vous, ô mon divin Jésus, vous, la vérité même, devenu ma caution, qui me le dites. Je suis donc sûr que tout ce que la justice divine exigeait pour me pardonner et m'accorder l'esprit d'adoption, a été exactement accompli. Vous avez donc prié avec tant d'instances et tant de larmes, Seigneur, qu'enfin Vous avez été exaucé. Vous avez comblé l'abyme qui séparait la nature humaine de la nature divine. Vous les avez réconciliées ensemble ; vous les avez unies en vous, et tout pouvoir vous a été donné dans le Ciel et sur la terre. Vous avez donc reçu en notre nom la bénédiction que vous demandiez à votre Père. Et pour en recevoir l'immortel héritage, nous n'avons qu'à nous unir étroitement à vous, qui avez tout accompli, et qui avez tout obtenu. Nos biens sont désormais dans vos mains, et pouvions-nous en désirer de plus favorables que celles qui ont été punies pour nous, et et qui portent encore, les ouvertures mêmes des clous qui les ont percées ? (Explic. de la Passion)
N'ayez donc point égard, Seigneur, à nos propres péchés, mais au sang que vous avez versé sur la croix pour leur expiation. C'est ce sang que vous avez rendu nôtre, en nous unissant à vous comme vos membres, et dont nous invoquons la vertu. Tout est consommé pour vous, Seigneur, mais considérez que tout n'est point encore consommé pour nous. Vous êtes au terme de votre sacrifice. Vous avez vaincu la mort et le péché. Nous sommes au milieu des épreuves, environnés de passions ennemies, et tout meurtris encore de leurs coups. Comment en cet état d'homme pécheur, oserions-nous, sans vous, nous montrer devant la justice de votre PÈRE. C'est vous, Dieu bon, Dieu clément, Dieu victime, c'est vous, c'est votre croix, c'est le sang qui coule de votre croix qui nous rend la vie et l'espérance. Mes péchés sont grands, ils sont innombrables, ils sont prêts à me surmonter ; mais votre croix est là. Ses mérites sont infinis. Elle sera mon refuge. C'est elle que je placerai désormais entre la justice inexorable du Ciel et mes propres péchés ; et, armé de ce bouclier divin, j'oserai me confier aux promesses éternelles, et tout attendre de vos miséricordes. C'est vous-même, Seigneur, qui voulez trouver en moi cette confiance. C'est vous qui me l'inspirez, c'est vous qui la faites naître dans mon âme. Seigneur, achevez en moi ce que votre grâce y a commencé. Communiquez-moi votre esprit et votre vie. Rappelez-moi, après une longue séparation, à une parfaite unité. Consommez tout en moi selon votre bonté suprême, et me rendez tout parfait. Ne cessez de me sanctifier et de me bénir, jusqu'à ce que vous ayez accompli dans moi ce que vous avez demandé pour vos élus à votre Père, en allant à la mort, c'est-à-dire que je sois consommé dans l'unité, et que je sois aimé de votre Père comme vous en êtes aimé vous-même (St. Jean, ch. 17, v. 23). Ainsi soit-il.



Reportez-vous à  Hymne de la Croix, Jésus cloué sur la Croix, Jésus, Sagesse souffrante et crucifiée, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Comment faut-il s'occuper des souffrances de Jésus-Christ ?, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers la Passion de Jésus-Christ, Prière à Marie désolée, Consolations du Chrétien dans les souffrances, Méditation sur le Vendredi Saint : Expiravit (Luc, 23), Autre Méditation pour le Vendredi Saint, Méditation pour le Lundi Saint, Méditation pour le Mardi Saint, Méditation pour le Mercredi Saint, Méditation pour le Jeudi Saint, Méditation pour le Samedi Saint, Jésus condamné à mort, Pilate lave ses mains, Jésus crucifié est le Livre des Élus, La confiance rend à Dieu l'honneur dont il est le plus jaloux, et obtient tout de Lui, Des fruits que porte Jésus crucifié, l'Arbre de vie, Jésus-Christ flagellé, Réflexion sur la flagellation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ au Jardin des Olives, Méditation sur la trahison de Judas, Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Jésus devant Caïphe y reçoit un soufflet, Jésus-Christ exposé dans le prétoire aux dérisions et aux insultes des serviteurs du grand Prêtre, Jésus-Christ couronné d'épines, Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Voilà l'Homme, et La Passion corporelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ expliquée par un chirurgien.













samedi 28 mars 2020

Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Jésus cloué sur la Croix


Extrait de "Méditations sur les souffrances et la croix de N.S. Jésus-Christ" par Gaspard Jauffret :





DIXIÈME MÉDITATION


Jésus cloué sur la Croix



« Jésus fut donc conduit jusqu'au lieu appelé Golgotha, c'est-à-dire, le Calvaire. Là, ils le crucifièrent ».


MÉDITATION


SUR JÉSUS-CHRIST CLOUÉ SUR LA CROIX



Premier point. Ce que Saint-Paul a dit de l'Évangile, il faut le dire des mystères des souffrances de Jésus-Christ, qui est la partie la plus essentielle de l'Évangile. Jamais la miséricorde de Dieu n'a été plus évidente ni plus sensible, que lorsqu'il a livré son fils pour nous, dans le temps que nous étions ses ennemis et que nous consentions à l'être toujours. Jamais sa bonté n'a été portée à un plus grand excès, et tout ce que la foi la plus parfaite est capable de croire, est au-dessous d'un tel amour.
Mais la sévérité d'un Dieu qui est appelé dans les Écritures un Dieu jaloux et un feu dévorant (Deuter. ch. 4. v. 24) n'a jamais éclaté d'une manière plus étonnante et plus terrible, que lorsqu'il a exigé de son Fils unique tout ce que les Écritures nous apprennent qu'il a souffert. Le déluge qui a noyé tous les hommes, et le feu qui a consumé les villes criminelles, ne sont qu'une faible image d'une si inexorable justice et d'une sainteté si irréconciliable avec le pécheur.
Qui de nous aurait pensé ayant l'accomplissement du mystère des douleurs de Jésus-Christ, et même depuis qu'il est accompli et annoncé à tout l'univers, qui de nous a pu comprendre que la sainteté de Dieu fût ce qu'elle est, et que sa justice ne pût être satisfaite que par les opprobres et les souffrances de son propre Fils, dont l'histoire seule nous fait frémir ? Que peut-on ajouter à la dignité d'un Fils égal à son Père en toutes choses et le même Dieu que lui ? Y a-t-il rien de plus digne d'admiration et qui fût plus capable de donner un nouveau surcroit à son innocence, que la charité qui le porte à se charger de nos péchés. Ces péchés dont il se charge, peuvent-ils pénétrer jusqu'à sa conscience, et ne lui sont-ils pas absolument étrangers ? Le désir qu'il a de se mettre à notre place, ne mérite-t-il pas que sa charité nous soit plutôt imputée, que nos crimes ne deviennent les siens ?
S'il faut que de son côté il s'humilie, n'est-ce pas assez qu'il s'anéantisse jusqu'à prendre la forme d'esclave, en devenant semblable à nous ? Une vie pauvre, passée en partie dans l'obscurité, et ensuite agitée par beaucoup de persécutions, n'est-elle pas capable d'arrêter la justice d'un PÈRE ? Faut-il ajouter à l'agonie dans le jardin, à la flagellation, aux opprobres inouïs soufferts dans la maison du grand-Prêtre et dans le Prétoire, le crucifiement et la mort ? Est-il nécessaire que le Père, demeure dans un inexorable silence, jusqu'à ce que tout soit consommé, et qu'il ne permette à toute la nature de s'ébranler, que lorsque la victime a expiré dans les douleurs et dans l'ignominie ?
Oui, chrétien, tout cela a été nécessaire, et tout a été exigé avec tant de sévérité, qu'aucune des circonstances prédite par les Prophètes n'a été omise, non précisément parce qu'elle avait été prédite, mais pour satisfaire à la souveraine justice, qui avait découvert aux Prophètes qu'elle ne serait satisfaite que par ce moyen. Il fallait que le Christ endurât tout ce qu'il a souffert, disait le fils de Dieu, parlant de lui-même à ses disciples après sa résurrection. (S, Luc. ch. 24. v. 26. 46) Tout était prédit (Explic. de la Passion de N.S.J.C. t. 8 chap. 16. art. 5).

Second point. Jésus-Christ est donc crucifié ; mais au milieu de quel abyme de souffrance! L'envie, la haine, la calomnie, la fureur du Juif et du Gentil, frémissent autour de lui. Il compare lui-même, dans ses Prophètes, la conspiration universelle contre sa vie, à l'ardeur d'un feu qui embrase des faisceaux d'épines ; (Psaume 117) Il peint ailleurs l'action même de son supplice. L'on frappe sur moi, dit-il, (Ps. 140). On y enfonce le fer, comme si l'on ouvrait la terre. L'on m'étend avec violence jusqu'à disloquer mes os. Et ailleurs, il nous représente ses ennemis comme des lions rugissants qui l'assiègent de toute part et s'élancent sur lui pour le dévorer. C'est dans le même Psaume qu'il ajoute en parlant de ses souffrances : ils ont percé mes mains et mes pieds, et ils prennent plaisir à me considérer dans cet état ; ils partagent mes vêtements et jettent ma robe au sort. (Psaume 21) Tout, disons-nous, était prédit, et tout devait être accompli comme il était prédit.

Troisième point. Le pécheur ne connaît ni Dieu, ni sa justice, ni ses décrets irrévocables. Il ne peut juger, comme il faut, de ses iniquités, parce qu'il est injuste et qu'il aime l'injustice. La sainteté de Dieu lui est cachée. Il vit dans les ténèbres, et il y est le plus souvent tranquille parce que la souveraine règle de tous ses devoirs ne lui est pas présente ; et il croit que Dieu excuse tout ce qu'il se pardonne à lui-même, parce qu'il se forme une idée de Dieu peu différente de celle qu'il aurait d'un homme faible et indulgent, et aussi peu touché qu'il l'est lui-même de l'iniquité, selon cette parole de Dieu dans ses Prophètes ; vous qui rejetiez mes commandements, lorsque vous faites le mal, vous concluez de mon silence que j'approuve comme vous l'injustice. (Psaume 49. v. 21)
C'est ainsi que nous nous rassurons nous-mêmes, par la multitude des pécheurs qui sont dans la même situation que nous, par la comparaison que nous faisons de nos fautes avec celles des personnes que nous jugeons plus criminelles, par toutes les circonstances qui peuvent en diminuer la grandeur à nos propres yeux. Le supplice seul nous étonne. Nous le trouvons excessif lorsque nos péchés n'ont pour nous rien que de commun et d'ordinaire.
Mais tous ces faux préjugés s'évanouissent, quand nous considérons Jésus-Christ brisé par la main de son père, parce qu'il porte sur lui l'ombre et la ressemblance du pécheur (Explication de la Passion), quand nous considérons Jésus-Christ CLOUÉ SUR LA CROIX !

Considérations. . Que sommes-nous dans les vues du Créateur ? Combien nous tenons de place dans les desseins éternels ! Si nous sommes inférieurs aux Anges par notre naturel, que sont donc les Anges! et nous-mêmes que sommes-nous ? Qu'est-ce qu'un être pensant et raisonnable lorsqu'il se rapporte tout entier à Dieu. Certes, je conçois maintenant Saint-Paul, lorsqu'il me dit que l'oreille n'a jamais entendu, l'œil n'a jamais vu, l'esprit de l'homme ne saurait imaginer les biens que Jésus-Christ a promis à ses élus. Des êtres pour lesquels le Fils de Dieu quitte le sein de son Père, des êtres dont le Fils de Dieu ne dédaigne pas d'unir la nature à la sienne, des êtres auxquels le Fils de Dieu ne s'unit que pour devenir leur caution et leur victime devant la justice de son Père, des êtres rachetés à un si haut prix, sont sans doute supérieurs à tous les mondes matériels, et rien ne peut se comparer dans les merveilles du Tout-Puissant, à l'homme juste, que les Intelligences célestes ou l'homme-dieu lui-même.
. Rien n'est plus capable de nous donner une idée de la miséricorde du Ciel sur l'homme en général et sur chacun de nous en particulier , que la vie de cet homme-dieu, cloué sur la croix, pour y souffrir la peine du péché.
. Jésus-Christ cloué sur la croix nous prouve l'existence du Ciel pour l'homme juste, mais il nous prouve aussi l'existence de l'enfer pour l'homme méchant. Méditez bien cette pensée.


Résolutions et prière. Qu'est-ce donc que le péché devant l'éternelle justice, si l'éternelle miséricorde ne peut le pardonner qu'au prix du sang du Fils de Dieu, cloué vif sur une croix ! Ô qu'un pareil spectacle, Seigneur Jésus, me remplisse, tout-à-la-fois, de reconnaissance, d'amour, de terreur et de crainte ! qu'il me pénètre de plus en plus de la haine du péché, qu'il m'offre sans cesse la mesure des châtiments qui lui sont réservés, ainsi que celle des récompenses que vous avez conquises à la vertu par le mérite de votre croix. Ainsi soit-il.



Reportez-vous à La sépulture de Jésus-ChristHymne de la Croix, Jésus-Christ élevé en Croix, Jésus, Sagesse souffrante et crucifiée, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Comment faut-il s'occuper des souffrances de Jésus-Christ ?, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers la Passion de Jésus-Christ, Prière à Marie désolée, Consolations du Chrétien dans les souffrances, Méditation sur le Vendredi Saint : Expiravit (Luc, 23), Autre Méditation pour le Vendredi Saint, Méditation pour le Lundi Saint, Méditation pour le Mardi Saint, Méditation pour le Mercredi Saint, Méditation pour le Jeudi Saint, Méditation pour le Samedi Saint, Jésus condamné à mort, Pilate lave ses mains, Jésus crucifié est le Livre des Élus, La confiance rend à Dieu l'honneur dont il est le plus jaloux, et obtient tout de Lui, Des fruits que porte Jésus crucifié, l'Arbre de vie, Jésus-Christ flagellé, Réflexion sur la flagellation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ au Jardin des Olives, Méditation sur la trahison de Judas, Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Jésus devant Caïphe y reçoit un soufflet, Jésus-Christ exposé dans le prétoire aux dérisions et aux insultes des serviteurs du grand Prêtre, Jésus-Christ couronné d'épines, Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Voilà l'Homme, et La Passion corporelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ expliquée par un chirurgien.













vendredi 27 mars 2020

Antienne à Saint Roch






Salut, ô très-saint Roch ! né d'une famille illustre, marqué au côté gauche du signe de la croix.

Saint Roch, dans vos lointains voyages, vous avez merveilleusement guéri par votre toucher salutaire les malades atteints d'une peste mortelle.

Salut, angélique saint Roch qui par l'entremise d'un céleste messager, avez obtenu de Dieu le privilège de préserver de la peste tous ceux qui vous invoquent.

V/ Priez pour nous, saint Roch,
R/ Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.



Reportez-vous à Litanies de Saint Roch, Patron des pèlerins, guérisseur du choléra, de la peste, des maladies contagieuses, Neuvaine de prières à Saint Roch, Vie populaire et édifiante du glorieux Saint Roch : Sa naissance, son éducation, son mépris du monde..., Vie populaire et édifiante du glorieux Saint Roch : Premiers miracles de guérison en Italie, Tableau de la peste...Vie populaire et édifiante du glorieux Saint Roch : Comment il fut atteint de la peste et chassé de la ville, sa confiance en la divine Providence, sa rencontre avec GothardPrière contre toute maladie contagieuse, et Litanies des Saints invoqués dans les épidémies.












jeudi 26 mars 2020

Prière pour obtenir de Dieu miséricorde




Seigneur, dont la bonté est infinie, prosternés aux pieds de votre adorable Majesté, nous nous avouons coupables, et nous confessons nos péchés avec un cœur contrit et humilié ; ayez égard à la douleur dont nous sommes pénétrés, et accordez-nous votre grâce et votre miséricorde dans cette vie et la gloire dans l'autre. Nous vous en prions par les mérites de Jésus-Christ, votre Fils et notre Seigneur. Ainsi soit-il.


Reportez-vous à Conduite pour la ContritionPremier Motif de Contrition : La Majesté de DieuPrière à Saint Louis de Gonzague pour demander la contrition, Méditation pour la Fête de Sainte Marie-Madeleine, Prière pour obtenir la persévérance dans le jeûne et la pénitence, Méditation sur le souvenir des jours que l'on a passé dans l'oubli de Dieu et de ses devoirs, Méditation sur la miséricorde de Dieu, Méditation sur la pénitence du cœur, Psaumes de la Pénitence, Hymne du Carême, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la confession, Réponse à quelques doutes touchant la Pénitence, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulier et Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence






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Jésus, Sagesse souffrante et crucifiée




Nous voici aux Mystères de la Passion. La dépendance de Jésus à l’égard de sa sainte Mère ne se révèle pas de prime abord dans les trois premiers. Cependant, comme nous retrouvons Marie au portement de la Croix et au crucifiement, où va se consommer l’œuvre rédemptrice, c’est une invitation pour nous à découvrir sa participation aux souffrances qui ont précédé.
Nous nous demanderons donc comment Jésus dépend de Marie dans les trois Mystères de son agonie, de la Flagellation et du Couronnement d’épines. Tout uniment ensuite, nous le contemplerons le long de la Voie douloureuse et sur la montagne du calvaire, ayant sa Mère à ses côtés. Que de grâces alors ont été déversées sur les âmes qui ont suivi ou même simplement approché la Très Sainte Vierge !
Cette méditation devra nous faire apprécier de plus en plus la valeur surnaturelle des souffrances dans nos courtes vies terrestres. « On va dans la Patrie par le chemin des croix », chantait Montfort. Jésus et Marie marchent devant nous. Demandons-leur lumière et force pour les suivre courageusement.


LES TROIS PREMIERS MYSTÈRES DOULOUREUX



Ces Mystères peuvent être envisagés comme renfermant, en leurs douleurs spéciales, l’expiation offerte par Jésus à son Père pour les innombrables péchés issus de chacune des trois grandes convoitises : l’amour de l’argent, celui des plaisirs de la chair, et l’orgueil de l’esprit. Au jardin de l’Agonie, Jésus souffre en son âme plus particulièrement à la vue des crimes qu’engendre l’amour de l’argent et qui damnent un si grand nombre. À la Flagellation, il souffre dans son corps en expiation des péchés de la chair. Au Couronnement d’épines, il souffre dans sa tête adorable et expie les péchés de l’esprit. Expiation dominante en chacun des trois Mystères, mais nullement exclusive.
Dans le Mystère de l’Agonie, justement appelé la Passion du Cœur de Jésus, notre très doux Sauveur a vu passer devant son esprit tous les péchés du monde et, d’une manière plus intense, les crimes qu’engendre la misérable avarice. N’est-ce pas, d’ailleurs, dans le temps même où il entre en sa volontaire et terrible Agonie, que Judas, « l’un des Douze », le vend pour trente pièces d’argent ; et n’est-ce pas en ce jardin des Oliviers que le traître va bientôt venir, à la tête d’une bande armée, consommer le crime de sa trahison ?

Ainsi, Judas a commis son forfait et sombré ensuite dans le désespoir, en conséquence de la hideuse passion qui dévorait son âme. Il a préféré l’argent au sang de son divin Maître. Combien d’autres se damnent à sa suite, leurs regards obstinément rivés à la terre ! Il faut croire qu’un très grand nombre de damnés – peut-être le plus grand nombre – le sont par amour de l’argent et de tout ce qu’on peut obtenir par l’argent, puisque chaque fois que l’Évangile parle de damnés, c’est toujours pour leur attachement calculé aux richesses de ce monde et à la dureté de cœur qui s’en suit (voir la Parabole du commerçant avare (Luc, XX, 15-21), et celle du mauvais riche (Luc, XVI, 19-31). « On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon » (Luc, XVI, 13)).

On ne s’imagine pas quel univers d’iniquités sort de cette misérable passion de l’argent : les cupidités, les idolâtries, les vols, les mensonges, les parjures, les suicides, les divisions de familles, les simonies, les trahisons, les hypocrisies, les haines tenaces, les cruautés, les meurtres, les guerres injustes, les guerres avec leur cortège de crimes et de violences de toutes sortes…

Jésus a eu la vision de tout cela, et il en a ressenti une douleur de cœur indescriptible. Quae utilitas in sanguine meo ? (Ps. XXIX, 10). Pourquoi mon sang va-t-il être versé pour tant et tant de malheureux qui n’en profiteront pas, qui se perdront sans retour et me haïront éternellement ? Cette pensée de l’inutilité des souffrances rédemptrices pour un très grand nombre provoque en son âme une telle épouvante, un tel abattement qu’il supplie son Père par trois fois d’éloigner, si possible, ce calice d’amertume ; et ne trouvant autour de lui aucune humaine consolation : Torcular calcavi solus (« J’étais seul à fouler le pressoir » (Is. LXIII, 3)), son Cœur en est comme broyé, il étouffe sous la pression d’angoisse. Une sueur de sang inonde tout son corps et baigne la terre où il est prosterné.

Mais ce Cœur, que la douleur étreint si violemment, où donc a-t-il été formé, si ce n’est dans le sein de la Vierge marie ? Cor Jesu, in sinu Virginis a Spiritu sancto Formatum, disons-nous dans les Litanies du Sacré-Cœur. « Cœur de Jésus, formé dans le sein de la Vierge par la vertu de l’Esprit-Saint, c’est-à-dire miraculeusement formé de la substance de Marie. Et ce sang, qui s’échappe par tous les portes et se répand sur la terre du jardin des Oliviers, où donc a-t-il pris sa source sinon dans le cœur très pur de cette Mère immaculée, qu’on a raison d’appeler « Notre-Dame du précieux Sang » ?

Marie a préparé le Cœur de Jésus à soutenir ce formidable choc en retour de l’immense tristesse de son âme, coopérant ainsi à l’expiation qu’il offrait à la Justice de Dieu. Elle est donc bien dans ce Mystère de l’Agonie. Elle y est profondément, bien que d’une manière plus cachée. C’est à nous de l’y découvrir, Jésus dépend d’elle et d’elle seule en ce désarroi de tout son être humain, en cet affolement de sa sensibilité, ouverte comme la nôtre et plus que la nôtre à la peur, à l’effroi, à l’accablement devant la souffrance et la mort. Les hautes régions de son âme lui demeuraient assurément très unies, en même temps que soumises, sans fléchissement, à la volonté du Père des Cieux.

« Allons, levez-vous, dit-il aux siens après la victoire remportée sur lui-même, voici qu’approche celui qui me trahit » (Mat. XXVI, 46 ; Marc, XIV, 42).

La même dépendance s’étend sur les Mystères de la Flagellation et du Couronnement d’épines. Celui de la Flagellation se présente, avons-nous dit, comme étant plus spécialement l’expiation rédemptrice des péchés de la chair. Si un très grand nombre d’âmes se damnent pour des crimes d’avarice, combien d’autres se ferment à jamais le Ciel, surpris par la mort en leurs habituelles et honteuses débauches ! Que de péchés graves se commettent dans l’entraînement de la passion sensuelle ! Que d’orgies, que d’abominations et de raffinements, que d’impuretés et d’impudicités ! Péchés de luxure qui crient vengeance, au point d’avoir provoqué le déluge, la destruction de Sodome et Gomorrhe, et combien d’autres châtiments.

Jésus va souffrir épouvantablement en expiation de ces fautes sans nombre. Dans le prétoire de Pilate, son sang divin se répandra de nouveau, mais cette fois par suite des blessures infligées à sa chair innocente. Pour commencer, voilà son corps, « ce corps sacré, si beau, si chaste et plus que virginal ; ce corps que nul œil humain n’avait vu depuis les jours de sa première enfance, le voilà dénudé, le voilà exposé à des yeux haineux, curieux, impudents, cyniques (Mgr Gay, Mystères du Rosaire) ». Quelle humiliation et quelle torture pour le plus beau, le plus pur des hommes ; pour le plus sublime des maîtres de la sainteté et de la grandeur morale ! Il s’en est plaint dans les Psaumes : « Pour vous, mon Dieu, j’ai soutenu l’opprobre… » (Ps. 67, 9). « Ils m’ont considéré de près, ils m’ont examiné… (Ps. 21, 18) se vantant de cela et criant : Allons, c’est bien, nos yeux l’ont vu » (Ps. 34, 21).

Bientôt, sa chair vole en lambeaux sous les coups de lanières garnies d’osselets ou de balles de plomb. Les soldats de la garnison frappent avec violence, se succédant sans répit ni intervalle, et s’excitant eux-mêmes par des railleries, des grossièretés, des blasphèmes.

Combien de temps dura le supplice ? Combien de coups reçut la Victime ? La limite ordinaire fut sans doute dépassée. « Ils ont frappé sur mon dos comme le forgeron sur l’enclume ; ils ont prolongé sans mesure leur iniquité » (Ps. 128, 3). Leur but n’était-il pas, sur l’ordre donné par le procurateur, de réduire le patient au point où le peuple le prendrait en pitié ?

En vérité, Dieu trouvait là une compensation suffisante à toutes les abominations charnelles. La sainteté, la charité, la pureté de cette hostie vivante et gémissante, en proie à d’incommensurables douleurs, couvrait et absorbait le mal ; sans compter qu’elle arrachait au cœur du Père des Cieux des grâces de miséricorde, en vue du retour à la maison de famille des enfants prodigues de tous les siècles, qui se laisseront toucher par le repentir.

Durant cette longue Flagellation de son pauvre corps, combien souvent la pensée de Jésus dut se porter aussi vers sa Mère ! C’est d’elle seule qu’il avait reçu cette chair, aujourd’hui si affreusement torturée. Caro Christii, caro Mariae, a-t-on pu dire à propos du sacrement de l’Eucharistie, appelé dès le IVe siècle par saint Grégoire de Nysse le sacrement de la Vierge. C’est pourquoi l’Église ne cesse de chanter dans l’une de ses hymnes au Saint Sacrement : Ave, verum Corpus natum de Maria Virgine. « Salut, ô vrai Corps né de la Vierge Marie ! ». Comme elle lui donna ce Corps pour être notre nourriture dans l’Eucharistie, elle le lui donna pareillement pour être matière à expiation rédemptrice dans sa Passion. Jésus continue ainsi de dépendre de sa sainte Mère. S’il souffre indiciblement en tout son Corps déchiré, c’est comme Fils de Marie, comme Verbe fait chair en Marie : Verbum caro factum. Au plus intime de son âme, il en gardait la claire vision, sachant qu’elle communiait à ses tourments et adorait avec lui les volontés du Père.

Au Couronnement d’épines succédant à la Flagellation, Jésus nous apparaît Victime de rédemption pour expier plus spécialement les péchés de l’esprit, les péchés d’orgueil dont la tête est la source et l’organe. L’orgueil à son apogée rejette le Christ, son message et ses miracles, ferme les yeux à l’évidence, s’obstine dans le mensonge et la haine, ne recule ni devant aucune grave accusation, ni devant aucune injuste condamnation. Il s’adore lui-même et entend se mettre à la place de Dieu.

Les chefs religieux de la nation juive, Caïphe à leur tête, en sont avec les Pharisiens la vivante manifestation. Pour eux Jésus, qui se dit le Fils de Dieu, est un blasphémateur. Il mérite la mort. On l’amène donc devant le tribunal de Pilate. On l’accuse de pousser le peuple à la révolte, de défendre de payer le tribut à César, et, par-dessus tout, de se dire le Roi des Juifs. Sa Royauté n’est qu’imposture. Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous. Enlevez-le. Faites-le disparaître. Qu’il meure crucifié ! C’est à nous que doivent revenir les hommages de la nation.

Péché très grave, le plus grave qui puisse être. Orgueil audacieux qui fait lever la tête et au-dessus des hommes pour les dominer et contre Dieu pour le braver. En expiation de cet outrage à la Majesté divine, Jésus va souffrir dans sa Tête adorable que la Flagellation semble avoir épargnée. La tête, cette partie la pus noble du corps de l’homme, où siège l’intelligence, où brille, sur le front et dans les yeux, un reflet de la lumière d’En-Haut. La tête, sur laquelle, en signe de Souveraineté reconnue, se posent la couronne des rois et la tiare des pontifes.

Aussi, les soldats de Pilate, qui ont entendu la principale accusation lancée par les Juifs, vont-ils s’appliquer à tourner en ridicule cette prétendue Royauté. On assemble la cohorte. Une couronne d’épines est vite tressée et enfoncée brutalement sur la tête du Sauveur. Et pour que rien ne manque à cette parodie sacrilège, on lui jette sur les épaules un haillon écarlate, on lui met entre les mains, en guise de sceptre, un de ces roseaux creux mais solides, que nous nommons bambous et qui croissent nombreux en Judée (Mgr Gay, Mystères du Rosaire). On le fait asseoir sur quelque tronçon de colonne ; puis, l’un après l’autre, ces païens défilent devant lui, ployant le genou, se moquant et disant : « « Salut, Roi des Juifs ! » Les uns lui donnent des soufflets, d’autres souillent de crachats l’auguste Visage. Il y en a qui, lui ôtant le roseau des mains, lui en assènent des coups sur la tête, ajoutant le sarcasme à la rage de faire souffrir.

Les épines, longues et aiguës, transpercent le front et les tempes. Les cheveux sont arrachés, les yeux se voilent de sang, les oreilles bourdonnent de douleur. Jésus reparaît ainsi devant les Juifs, portant toujours la couronne et la pourpre, n’ayant presque plus figure humaine. Ecce Homo ! « Voilà l’homme ! », leur dit Pilate, celui qui s’est dit votre Roi ; voyez ce qu’il est devenu. Quelle crainte peut-il vous inspirer désormais ?

Oui, voilà l’Homme-Dieu, le Fils bien-aimé, en qui le Père a déclaré solennellement par deux fois avoir mis ses complaisances ; l’Enfant de la Vierge, à qui l’ange de l’Annonciation l’avait promis comme un Roi, et un Roi dont le Règne n’aurait jamais de fin : Et Regni ejus non erit finis (Luc, I, 32-33). Roi, aujourd’hui couronné d’épines, tourné en dérision, « n’ayant plus ni éclat, ni beauté (Isaïe, LIII, 2) », souffrant d’intolérables élancements dans ce que toute mère – mais surtout Marie Immaculée – chérit le plus en son enfant, comme étant plus particulièrement son bien et sa propriété : le visage qui prote la ressemblance du sien, la chevelure, le front, les yeux, où elle se reconnaît. Tête jadis caressée et baisée en témoignage d’amour et d’affection envers la divine Personne de son Fils. Tête royale, sacerdotale, sacrée, innocente ! Tête douloureuse, excessivement douloureuse ! Tête humiliée, excessivement humiliée ! Visage souillé, outragé, profané, rendu méconnaissable ! Tête et visage de Jésus, Fils de Marie ;apparemment ce qu’il y a de plus Elle en Lui ; puisqu’en voyant le jeune Nazaréen, tous ses compatriotes pouvaient dire et beaucoup le disaient : « Regardez, c’est sa Mère ! ».

O Jesu, Fili Mariae ! Ô Jésus de la Vierge Marie, qu’il nous est bon de retrouver ainsi votre dépendance filiale, même en ces Mystères d’où votre sainte Mère est corporellement absente ! Si notre foi se plaît à découvrir, sous les voiles eucharistiques, ce que vous tenez d’elle, combien plus lorsque nos yeux peuvent regarder votre Humanité douloureuse. Ainsi, vous ne cessez de nous apparaître le fruit béni de ses chastes entrailles.

Vue réconfortante qui ne doit pas nous quitter, lorsque nous méditons ces Mystères de notre Rosaire. Mais voici que se manifeste la présence elle-même de la Vierge dès la sortie de Jésus du prétoire de Pilate.



LE PORTEMENT DE LA CROIX ET LE CRUCIFIEMENT



Contemplons notre divin Sauveur chargé de la croix. Elle est lourde de tous les péchés issus des trois grandes convoitises, pour lesquels il a déjà tant souffert. Les supplices de la Flagellation et du couronnement d’épines, poussés à l’extrême, ont épuisé ses forces. Il n’avance qu’avec peine, trébuchant pour ainsi dire à chaque pas. Il défaille, tombe, se relève sous les coups pour tomber encore. Ses bourreaux, craignant qu’il ne puissent atteindre le calvaire (car il faut faire vite), contraignent un passant, un étranger qui revient des champs, à porter la Croix derrière lui. Est-ce alors, ou peu auparavant, qu’eut lieu cette rencontre de Jésus et de sa sainte Mère, dont la tradition de Jérusalem nous a conservé le souvenir (P. de la Broise, La Sainte Vierge) ? Ce dont nos cœurs ne peuvent douter, c’est que Marie, accompagnée de Jean et des habituelles suivantes de Jésus, s’est présentée à son Fils dès qu’elle aura pu le joindre à travers la foule et la sombre escorte des soldats et des larrons.

Pauvre et vaillante Mère, apercevant son Jésus en cet état méconnaissable où l’ont réduit, en quelques heures, les cruels traitements des hommes! Elle ne le quittera plus jusqu’à la mise au tombeau. Ensemble, ils gravissent le Calvaire, semant des grâces sur leur passage. L’une de ces grâces fut sans doute la transformation qui dut commencer de se faire dans l’âme de Simon le Cyrénéen, au contact de la Croix et au voisinage de Marie implorante. Si les Évangélistes nous ont conservé son nom, celui de sa patrie d’origine (Cyrène de Lybie, en Afrique), et les noms de ses deux fils, Alexandre et Rufus, c’est donc qu’ils étaient alors des personnages bien connus de la première communauté chrétienne (Rufus est nommément désigné dans l’Épître aux Romains).

Grâce aussi que l’avertissement donné aux femmes de Jérusalem, à ces inconnues qui suivaient le cortège ou se trouvèrent sur son passage, faisant entendre des lamentations selon l’habitude orientale. Elles pleurent, simplement mues de pitié naturelle pour celui qui allait mourir.

« Filles de Jérusalem, leur dit Jésus, ne pleurez pas sur moi ; bien plutôt, pleurez sur vous et sur vos enfants ». Car vous appartenez à cette nation ingrate qui me renonce et me tue. Pleurez sur les maux qui vous attendent : la ruine de votre ville, la destruction de votre patrie, la dispersion de votre peuple. En ces jours qui sont proches, on dira : « Heureuses les stériles, et les entrailles qui n’ont pas enfanté, et les mamelles qui n’ont pas nourri ! » On verra des mères, rendues folles par la faim, dévorer leurs propres enfants. On souhaitera alors d’être englouti sous les montagnes et les collines. Et ces désirs de l’impossible ne seront encore que l’annonce de ce qui arrivera au grand Jour du Jugement. C’est la nécessité de la Justice ; si l’on me traite comme on le fait, moi le bois vert, le Saint et la source de toute sainteté, quel sera le sort réservé aux coupables impénitents et opiniâtres, rebelles à la Royauté de Dieu et de son Christ, bois sec bon pour le feu éternel (Luc, XXIII, 27-31. Voir Mgr Gay, Rosaire, II).

Oui, grâce que ce dernier avertissement du Sauveur ; lumière suprême projetée sur sa vie, sa doctrine, ses souffrances, son sacrifice, sa mort. Marie entendit ces paroles ; elle aura prié pour ces femmes, jeunes encore, et dont plusieurs vécurent assez pour voir la ruine de Jérusalem.

Mais, entre toutes les grâces de la montée douloureuse, il faut signaler la fidélité de l’apôtre Jean. Alors que tous les autres ont fui, alors que Simon-Pierre ne s’est ressaisi que pour pénétrer dans la cour du palais de Caïphe et y renier son Maître, Jean a pu suivre, sans en être inquiété, les différentes phases du procès. S’il était particulièrement aimé de Jésus, il l’était également de Marie. C’est elle qui l’attire et le retient en ces heures tragiques. C’est elle qui lui vaut cette présence à ses côtés le long de la montée et sur le Calvaire, pour être le témoin officiel des derniers moments de la vie terrestre du Sauveur et des événements qui marquèrent sa mort. Grâce de choix, faveur inestimable que cette participation aux ultimes souffrances du Rédempteur en compagnie de Marie Corédemptrice ! Lui, qui, la veille, a reposé sa tête sur la poitrine de Jésus, il va entendre à présent ses dernières paroles, et il verra de ses yeux le côté ouvert par la lance du soldat romain.

À cette fidélité de Jean s’ajoute celle des saintes femmes, les pourvoyeuses du collège apostolique, qui avaient suivi le Sauveur depuis la Galilée dans son récent voyage à Jérusalem pour la Pâque. Elles étaient nombreuses, et se groupèrent, au Golgotha, à quelque distance de l’endroit du supplice. Quelques-unes cependant purent s’approcher avec la Sainte Vierge et saint Jean, Marie Salomé, Marie de Cléophas, parentes de Jésus, et Marie-Madeleine (Jean, XIX, 25. Voir Dom Delatte). Toutes ces femmes, on le pense bien, aimaient d’une très grande et respectueuse affection la Mère de Jésus. Mises tout à coup en face de cette Pâque ensanglantée, comment n’auraient-elles pas témoigné aussitôt leur profonde sympathie à celle qu’elles voyaient si cruellement frappée dans son amour maternel ? Et puisqu’elles ne pouvaient plus servir le Sauveur et ses apôtres, ce leur fut une consolation d’accompagner Marie accourant au-devant de son Fils et de former ainsi le groupe des amies fidèles montant au calvaire.

Avec Marie et Jean, elles furent les consolatrices du Cœur de Jésus mourant. Que de grâces leur auront values ces heures de fervente assistance à son sacrifice ! Parmi elles, et les plus proches, il y avait deux mères d’apôtres, prêtres consacrés de la veille : Salomé, la mère de Jean et de Jacques le Majeur ; Marie de Cléophas, mère de Jacques le Mineur et de Jude. Les voilà intimement unies à la sainte Mère du Souverain Prêtre offrant au Père des Cieux son immolation rédemptrice !

Il y avait Marie-Madeleine, la pardonnée, se tenant tout près de Marie l’Immaculée, et baignant son âme dans le sang de la divine Victime. Faveur inouïe, prodige d’infinie miséricorde ! Ses larmes du calvaire, jointes aux larmes, aux douleurs, aux prières de la Vierge, auront sans doute contribué à obtenir la conversion de l’un des larrons crucifiés aux côtés de Jésus. Comme son compagnon, il avait commencé par insulter le sauveur. Mais bientôt, à la vue de sa patience dans les tourments, de la compassion de sa sainte Mère, de la fidélité des amis silencieux, en contraste avec les Juifs blasphémateurs et la foule hurlante, il se ravise, il ouvre toute grande son âme à la foi en la Divinité et en la Royauté supra-terrestre de Celui qu’il vient d’entendre pardonner à ses bourreaux. Il confesse l’innocence totale de Jésus, et, se tournant vers lui, il implore humblement un souvenir en sa faveur : « Seigneur, souvenez-vous de moi lorsque vous serez dans votre Royaume – Aujourd’hui, répond Jésus, tu seras avec moi dans le Paradis » (Luc, XXIII, 42-43). C’est la seule fois, a-t-on remarqué, que Notre-Seigneur ait fait cette promesse ; c’est la première fois qu’il ait parlé du paradis, et c’est à un pécheur qu’il parle ainsi (Louis Rouzic, Les sept Paroles et le Silence de Jésus en croix).

Quelle floraison de grâces sur cette montagne du Calvaire, véritable montagne de la myrrhe et de l’encens, où la souffrance et la prière se tiennent embrassées dans tous ces cœurs fidèles au divin crucifié et sincèrement unis à sa Mère douloureuse ! C’est le moment où Jésus Rédempteur offre son sacrifice suprême. Comment, à cette heure où tout se consomme, ne dépendrait-il pas filialement de Celle qui, jadis, donna son consentement à sa venue ici-bas, l’offrit au Temple le quarantième jour après sa naissance, et ne l’éleva, ne le vit grandir qu’en vue de son immolation sanglante ? Cette longue préparation trouve ici son achèvement total. C’est pourquoi Jésus a voulu sa Mère présente aux douleurs de ses derniers instants et participantes à l’oblation de sa vie.

Elle a donc suivi les préparatifs du supplice ; elle a vu le dépouillement brutal, le crucifiement sans pitié qui va disloquer, déformer les membres, leur causant des souffrances indicibles. Elle considère à présent le corps élevé de terre, immobilisé dans les tortures d’une agonie lente, exposé aux regards d’une foule qui se repaît du « spectacle », comme écrira saint Luc (Omnis turba erorum qui simul aderant ad spectaculum istud. XXIII, 48). Elle entend les sarcasmes, les défis, les insultes des ennemis triomphants. Elle aperçoit les soldats qui jettent leurs dés pour se partager les vêtements de son Fils, cette robe sans couture tissée de ses mains.

Debout au pied de la croix, un glaive à travers l’âme, elle souffre et prie avec le divin Patient. Elle l’offre et l’immole comme lui-même s’offre et s’immole. Elle le sacrifie pour nous. Ce Corps sanglant et pantelant est en toute vérité son Hostie. L’union du Fils et de la Mère ne fut jamais plus grande. Aussi, après le pardon demandé pour ses bourreaux et l’assurance du paradis donné au larron pénitent, c’est à Marie que Jésus s’adresse : « Mulier, ecce filius tuus » (Jean, XIX, 26). « Femme, voilà votre fils », dit-il en désignant l’apôtre Jean.

« Femme », dans la pleine et la plus belle acception de ce mot ; c’est-à-dire ma compagne, mon associée, l’aide semblable toujours à mes côtés, parce qu’il m’a plu de ne point cheminer seul sur la terre ; ma fidèle coopératrice à la même œuvre, qui me fut comme de moitié en toutes choses. Femme, nouvelle Ève, véritable Mère des vivants de ma vie divine, de tous les hommes rachetés dans mon sang, que représente ici mon disciple le plus cher. Moi, je vais mourir, j’achève notre œuvre rédemptrice, et je veux que vous en fassiez bénéficier jusqu’à la fin des temps, par le ministère de mes prêtres, de mes apôtres, tous ceux qui croiront en moi. Ils ne seront pas orphelins. Vous serez leur Mère, leur Mère selon la grâce, comme je suis votre Fils selon la nature. Ecce filius tuus. Ecce Mater tua.

Parole testamentaire très aimante, elle rejoint la douce annonce de Nazareth, elle projette sur les douleurs de la Vierge une lumière pleinement révélatrice. De même qu’il a fallu les souffrances et la mort de Jésus pour que nous ayons droit à l’héritage céleste, il fallait aussi les souffrances de Marie, sa communion d’âme à la mort en croix de son Fils, pour qu’elle puisse nous enfanter à la vie surnaturelle. Nous sommes nés de Dieu et de Marie dans la nuit douloureuse du Calvaire.

Jésus se recueille à présent dans ce long silence de plusieurs heures qui précéda sa mort. C’est la grande Élévation de sa Messe sanglante. Il prie, il murmure à son Père les versets des Psaumes qui ont détaillé à l’avance les souffrances de sa Passion et nous ont décrit sa détresse : Deus, Deus meus, quare me dereliquisti ? « O Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? » C’est le premier verset du Psaume 21, que l’on récite le Vendredi Saint au dépouillement des autels. Cette prière intense et prolongée est ce qui donne du poids aux tortures de son pauvre corps martyrisé. L’âme est plus vivante et plus religieuse que jamais, toute imprégnée de patience, d’abandon, de soumission totale. Elle domine et maîtrise la lente agonie, à ce point qu’on entendra Jésus, au moment d’expirer, prononcer d’une voix forte – qui n’est pas celle d’un moribond – le sixième verset du Psaume 30, le faisant précéder du mot « Père » : In manus tuas commendo spiritum meum. « Père, je remets mon âme entre tes mains ». De son plein gré il offre sa vie. Personne ne la lui ôte (Jean, X, 18). Lui-même la dépose librement sous les yeux de sa sainte Mère, silencieuse, priante et consentante comme lui.

Consummatum est
. Maintenant, tout est accompli ; son obéissance, sa dépendance est consommée. Il l’a poursuivie aussi loin que possible, jusqu’à la mort et la mort de la croix. Et inclinato capite, emisit spiritum. « Et ayant incliné la tête, ajoute saint Jean (XIX, 30), il rendit le dernier soupir ». C’est donc qu’il l’avait redressée, pour prendre, autant que cela lui était possible sur son gibet, l’attitude de maître de sa vie et du sacrifice de sa vie.

Ce geste, de même que le son de la voix, les paroles entendues, l’expression du visage de Jésus mourant, frappèrent d’un tel étonnement le centurion de service qu’il n’hésita pas à reconnaître que « cet homme (dont il voyait la Mère) était vraiment le Fils de Dieu ». Ses soldats de garde, très émus eux aussi, confessèrent comme lui la divinité du condamné (Matth., XXVII, 54 ; Marc, XV, 39 ; Luc, XVIII, 47). La Maternité corédemptrice de Marie exerçait son action bienfaisante.

Ainsi, depuis son Agonie du jardin des Oliviers jusqu’à son Agonie de la Croix, Jésus n’a cessé d’offrir ses souffrances et de prodiguer ses grâces en dépendance de sa sainte Mère. Sagesse douloureuse, Sagesse crucifiée et expirante, il garde la même amoureuse conduite qui fut celle de toute sa vie terrestre. Quel encouragement à sanctifier nos souffrances, nos épreuves, nos humiliations ; à porter toutes nos croix, petites ou grandes, en union avec Marie ! Non seulement les porter, mais les aimer, les désirer, les embrasser avec joie quand elles nous arrivent, afin d’augmenter notre surnaturelle ressemblance, notre configuration à son divin Fils.

C’est pour cela que la Très Sainte Vierge, loin de ménager les croix à ses fidèles serviteurs et esclaves, les leur envoie plus nombreuses, plus lourdes, plus persistantes qu’à d’autres qui ne lui sont pas si totalement dévoués. C’est la marque sur eux de ses prédilections ; de même que la facilité avec laquelle on les voit porter ces croix est le signe de la douceur et de l’onction qu’elle verse alors dans leurs âmes (Traité de la Vraie Dévotion, 153-154).

Réjouissons-nous donc avec saint Louis-Marie de Montfort, cet amant passionné de la croix, et entendons-le nous dire : « Depuis qu’il a fallu que la Sagesse Incarnée soit entrée dans le Ciel par la croix, il est nécessaire d’y entrer après elle par le même chemin… La vraie Sagesse fait tellement sa demeure dans la croix que, hors d’elle, vous ne la trouverez point dans ce monde ; et elle s’est tellement incorporée et unie avec la croix qu’on peut dire en vérité que la Sagesse est la Croix et que la Croix est la Sagesse » (ASE, N° 180).

Parole profonde. Montfort ne craint pas d’identifier Jésus avec la croix ou la croix avec Jésus. Aimer la souffrance, c’est donc aimer Jésus ; comme aimer Jésus, le Jésus de Marie, c’est aimer la souffrance.


(Père Dayet, Exercices préparatoires à la consécration de Saint Louis-Marie de Montfort)



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