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lundi 16 mai 2022

Du Saint-Esprit et de ses opérations en général : Ce qu'est le Saint-Esprit, sa mission temporelle



Le Paraclet, l'Esprit-Saint que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses. (S. Jean, XIV, 26)

Ce qu'est le Saint-Esprit. « Éternellement intelligent, le Père se connaît éternellement et produit en se connaissant son Verbe ou son Fils, égal à lui, éternel comme lui. Le Père et le Fils, étant éternels, ne peuvent être sans se connaître éternellement, ni se connaître sans s'aimer d'un amour égal à eux, infini, éternel comme eux. Cet amour réciproque et consubstantiel, c'est le Saint-Esprit (Mgr Gaume, t. II, ch. V.). »
« Saint Augustin nous enseigne que ce nom de Saint-Esprit, employé pour désigner la troisième des personnes divines, est légitime par la raison que le Saint-Esprit étant commun aux deux autres personnes, puisqu'il procède du Père et du Fils, il peut prendre pour son nom propre ce qu'elles ont toutes deux de commun : car le Père est esprit, et le Fils est esprit ; de même le Père est saint, et le Fils est saint.
« On indique une autre raison pour expliquer pourquoi le nom d'Esprit-Saint est donné à la troisième personne divine. Dans le monde matériel, le mot esprit paraît signifier un certain moteur qui donne l'impulsion. Or, le Saint-Esprit est l'amour du Père et du Fils ; et le propre de l'amour est de pousser la volonté de celui qui aime vers l'objet aimé. D'un autre côté, nous attribuons la sainteté à tout ce qui se rapporte à Dieu comme à sa fin. Or, le Saint-Esprit est la personne divine qui procède de l'amour par lequel Dieu s'aime lui-même ; il était donc convenable de l'appeler Saint, en même temps qu'il était appelé Esprit.
« Le Saint-Esprit a un autre nom ; il s'appelle Amour. Le nom d'Amour, dit saint Thomas, pris dans une acception personnelle, est le nom propre de l'Esprit-Saint, comme le mot Verbe est le nom propre du Fils. Il y a dans la Trinité deux processions, ou plutôt deux modes par lesquels une personne divine tire son origine de l'autre : la première est la procession qui vient de l'intelligence, c'est la procession du Fils, du Verbe ; l'autre, qui vient de la volonté, est la procession de l'amour, de la troisième personne divine, du Saint-Esprit.
« On désigne encore le Saint-Esprit sous le nom de Don. Nous ne donnons, dit saint Thomas, quelque chose gratuitement à quelqu'un que parce que nous l'aimons, et la première chose que nous lui donnons, c'est l'amour, par lequel nous lui voulons du bien. Or l'Esprit-Saint procède par amour, il procède par conséquent comme étant le premier don.
« Le Saint-Esprit est appelé par Jésus-Christ le Paraclet, c'est-à-dire Consolateur. Saint Athanase remarque que l'Ancien Testament n'a jamais donné ce nom au Saint-Esprit. La raison s'en trouve exprimée dans ces paroles du Sauveur : Si je ne m'en vais pas, le Consolateur ne viendra pas à vous ; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai. (S. Jean, XVI, 7) La présence corporelle de Jésus-Christ au milieu des siens était pour eux une consolation sans doute ; mais la consolation intérieure par laquelle le Saint-Esprit soutient les âmes, est bien supérieure à ce bonheur sensible que goûtaient les Apôtres. C'est la raison pour laquelle le Sauveur disait : Il est avantageux pour vous que je m'en aille (S. Jean, XVI, 7) (Coulin, ch. II). »
Mission temporelle du Saint-Esprit. "La mission d'une personne de la Trinité est sa destination éternelle à l'accomplissement d'une œuvre du temps : destination qui lui est donnée par la personne de qui elle procède. Le Fils est envoyé par le Père, le Saint-Esprit a reçu sa mission du Père et du Fils ; du Père, on ne dit nulle part qu'il a été envoyé. La raison en est qu'il n'est ni engendré, ni procédant de personne. En effet, ce n'est ni la lumière, ni la chaleur qui envoient le feu ; mais c'est le feu qui envoie la chaleur et la lumière. La mission d'une personne de la sainte Trinité, d'ailleurs, n'implique aucune infériorité dans cette personne. Dans les personnes divines, la mission est sans séparation, sans division de la nature divine, qui est une et la même dans le Père et dans le Fils, et dans le Saint-Esprit ; elle n'indique qu'une simple distinction d'origine.
« Il y a deux sortes de missions pour le Fils et pour le Saint-Esprit : l'une visible et l'autre invisible. Pour le Fils, la mission visible fut l'Incarnation ; pour le Saint-Esprit, son apparition au baptême de Notre-Seigneur sur le Thabor et le jour de la Pentecôte. Pour le Fils et pour le Saint-Esprit, la mission invisible a lieu chaque fois qu'ils viennent se communiquer à l'âme bien préparée, dans laquelle ils habitent comme dans leur sanctuaire. Le but de cette double mission est d'assimiler l'âme à la personne divine qui lui est envoyée. Or, comme le Fils, lumière éternelle, et le Saint-Esprit, amour éternel, ont été envoyés pour le monde entier, l'intention de Dieu est de s'assimiler le genre humain ; et, en se l'assimilant par la vérité et par la charité, de le déifier. Dans la pensée divine, cette mission n'est pas transitoire, mais permanente ; elle l'est, en effet, tant que l'homme n'y met pas fin par le péché mortel. Elle n'apporte pas seulement à l'âme les lumières du Fils et les dons du Saint-Esprit, mais le Fils et le Saint-Esprit en personne viennent habiter en elle (sur cette magnifique question de l'habitation de Jésus-Christ et du Saint-Esprit dans l'âme du juste, lire le beau livre de Mgr de Ségur : Jésus vivant en nous, ch. V et XIII.).
« Compléter l'œuvre du Verbe en faisant dans les cœurs ce qu'il avait fait dans les intelligences, achever ainsi la transformation de l'homme en Dieu : telle est la magnifique mission du Saint-Esprit. L'œuvre du Saint-Esprit est donc plus élevée que celle du Père et du Fils, puisqu'elle est le couronnement de l'une et de l'autre. Le Père crée, le Fils rachète, le Saint-Esprit sanctifie. La mission du Saint-Esprit est le dernier terme de la pensée divine (Mgr Gaume, t. II, ch. VII). »

Vous ne trouverez dans les créatures aucun don, de quelque nature qu'il soit, qui ne vienne du Saint-Esprit. (Saint Basile)

Macédonius, patriarche de Constantinople, fameux hérésiarque, osa soutenir que le Saint-Esprit n'était pas Dieu, qu'il n'était qu'une simple créature semblable aux anges, mais d'un rang plus élevé. Il fit endurer d'affreux supplices à un grand nombre de catholiques qui ne voulurent pas embrasser et professer son hérésie. Cette hérésie fut condamnée par l'Église dans le concile œcuménique de Constantinople, qui déclara que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Ce concile fît ajouter à la suite des paroles du concile de Nicée Je crois au Saint-Esprit, les paroles suivantes : Qui est aussi Seigneur et qui donne la vie, qui procède du Père et du Fils, qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils, qui a parlé par les prophètes. Macédonius mourut misérablement, vers l'an 361.

(Les sept dons du Saint-Esprit)


Reportez-vous à Moyens pour obtenir les sept dons du Saint-Esprit, Prière pour demander au Saint-Esprit la victoire sur le respect humain, Promesse d'observer plus fidèlement à l'avenir les maximes de l'Évangile, Prière pour demander les douze fruits du Saint-Esprit, Prière pour demander la grâce de devenir parfait chrétien, Prière pour demander au Saint-Esprit l'abondance de ses grâces, Quelles résolutions prendre au jour de la Pentecôte ?, La Pentecôte : Quel est l'événement dont l'Église célèbre la mémoire en ce jour ?, Méditation pour le Samedi d'après la Pentecôte : Jésus sortant de la synagogue entra dans la maison de Simon, Méditation pour le Vendredi d'après la Pentecôte : Jésus prêchant dans la synagogue, voilà que des hommes apportent un paralytique dans son lit, Méditation pour le Jeudi d'après la Pentecôte : Jésus ayant assemblé ses douze Apôtres, leur donna une puissance et un empire sur tous les démons, Méditation pour le Mercredi d'après la Pentecôte : Quiconque écoute mon Père et se rend docile pour apprendre ce qu'il lui enseigne, vient à moi, Méditation pour le Mardi d'après la Pentecôte : Je suis la porte ; celui qui entrera par moi sera sauvé, Méditation pour le Lundi d'après la Pentecôte : La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, Méditation pour le Dimanche de la Pentecôte : Le Saint-Esprit que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera, Instruction sur le Saint-Esprit, Mission du Saint-Esprit, Instruction sur la Fête de la Pentecôte, Méditation sur la Fête de la Pentecôte : ils furent tous remplis du Saint-Esprit, Méditation pour la veille de la Pentecôte, Veille de la Pentecôte : Je prierai mon Père, et il vous donnera, pour demeurer éternellement avec vous, un autre consolateur, qui est l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, Méditation pour le Jour de la Pentecôte, Preuves directes de la divinité du Saint-Esprit : noms, attributs et œuvres, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte Trinité, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit, Le Saint-Esprit dans l'Ancien Testament, promis et figuré, Le Saint-Esprit prédit, Le Saint-Esprit dans le Nouveau Testament, première création : La Sainte Vierge Marie, Seconde création du Saint-Esprit : Notre Seigneur Jésus-Christ, Troisième création du Saint-Esprit : l’Église, Méditation pour le Dimanche de la Sainte Trinité, Neuvaine préparatoire à la Fête de la Pentecôte : Prière pour demander les sept Dons du Saint-Esprit, Méditation pour le Mercredi après la Pentecôte, Méditation pour le Mardi après la Pentecôte, Méditation pour le Lundi de Pentecôte, XIe Dimanche après la Pentecôte : Réflexions pratiques, Accueillir le Saint Esprit de Dieu, Litanie du Saint-Esprit, Méditation pour la Fête de l'Ascension, Instruction sur la Fête de l'Ascension, Méditation pour le Jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, Le Seigneur Jésus fut élevé dans le ciel, et il est maintenant assis à la droite de Dieu, Les Apôtres et les Disciples ayant adoré Jésus-Christ, s'en retournèrent remplis de joie à Jérusalem, Quand le Consolateur que je vous enverrai de la part de mon Père, l'Esprit de vérité qui procède de mon Père, sera venu, il rendra témoignage de moi, Et vous aussi, qui avez été dès le commencement en ma compagnie, vous rendrez témoignage de moi, Je vous ai dit toutes ces choses, afin que vous ne vous scandalisiez point, Un temps viendra où quiconque vous fera mourir, pensera faire un sacrifice à Dieu, Ils vous traiteront de la sorte, parce qu'ils ne connaîtront ni mon Père ni moi, Je vous ai dit ces choses, afin que lorsqu'elles arriveront, vous vous souveniez que je vous les ai prédites, Actes avant la Confirmation : Prière au Saint-Esprit et Acte de demande, Méditation que les enfants peuvent faire avant de recevoir le sacrement de la Confirmation au Jour de la Pentecôte et Prière pour demander ou pour renouveler en soi la grâce du sacrement de Confirmation.












jeudi 28 octobre 2021

Qu'il y a une Tristesse louable et sainte



Mais, dira-t-on, faut-il donc être toujours dans la joie ? Ne faut-il jamais s'affliger ? N'y a-t-il aucune sorte de tristesse qui puisse être utile et avantageuse à l'âme ? Il y en a une sans doute, dit Saint Basile, puisque Jésus-Christ lui-même nous le dit par ces paroles : Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Cassien, après le même Saint Basile, et après Saint Léon pape, distingue deux sortes de tristesses, l'une purement humaine et selon l'esprit du monde, l'autre spirituelle et selon Dieu. La tristesse, selon le monde, est de s'affliger des mauvais succès et des choses fâcheuses qui arrivent dans le cours de la vie : les vrais serviteurs de Dieu doivent être absolument inaccessibles à cette sorte de tristesse. Quand à la tristesse spirituelle, et qui est selon Dieu, celle-ci est bonne et salutaire ; les serviteurs de Dieu peuvent y être sensibles, et s'y livrer. S. Basile et Cassien disent qu'un pareil sentiment de tristesse peut avoir quatre causes. Premièrement, cette tristesse peut procéder de la vue de nos péchés, suivant ces paroles de l'Apôtre : « Maintenant je me réjouis, non pas de la douleur d'esprit que vous avez eue, mais de ce que cette douleur vous a portés à vous repentir : car vous vous affligez selon Dieu ; et la tristesse qui est selon Dieu, produit un ferme repentir, qui est utile pour le salut. » C'est donc une tristesse sainte et selon Dieu, que celle qui nous fait pleurer nos péchés, et qui est causée en nous par le regret de l'avoir offensé. Saint Chrysostôme fait sur ce sujet une remarque digne de la justesse de son esprit : « De toutes les pertes, dit-il, qui peuvent arriver à un homme, il n'y a que celles qui arrivent par le péché, qui puissent se réparer par la douleur et par le regret. » Ainsi donc dans toutes les autres choses, excepté dans le péché, la douleur est inutile, car elle augmente plutôt le sentiment de nos pertes, qu'elle ne le diminue. Mais ces pertes qui sont causées par le péché, se réparent entièrement par la douleur que l'on conçoit du péché : il ne faut donc s'affliger que de ses péchés.
En second lieu, cette tristesse salutaire peut naître en nous de la considération de tant de péchés qui se commettent tous les jours dans le monde : alors ce sentiment est encore très saint, puisqu'il procède d'un zèle ardent pour la gloire de Dieu, et pour le salut des âmes. C'était de cette espèce de douleur dont David avait le cœur pénétré, lorsqu'il s'écriait en s'adressant à Dieu : « Je suis tombé en défaillance, en songeant aux pécheurs qui abandonnent votre loi.... Le zèle m'a desséché, parce que vos ennemis ont mis vos commandements en oubli... J'ai vu les méchants, et je me desséchais de voir qu'ils ne gardaient pas vos ordonnances. »
En troisième lieu, cette tristesse peut venir du désir d'une grande perfection ; et cela arrive, lorsque ce désir est si ardent qu'on ne cesse de s'affliger de ce qu'on ne fait pas plus de progrès dans la vertu : ce sentiment est selon l'esprit de Dieu, puisque Jésus-Christ lui-même a dit : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. »
Enfin, la considération des biens éternels dont on est privé en cette vie, et l'impatience d'en jouir bientôt dans l'autre, est encore un juste sujet de tristesse pour les véritables serviteurs de Dieu. C'était ainsi que les enfants d'Israël, en se rappelant les beautés et les merveilles de Sion, s'affligeaient dans Babylone dans le temps de leur exil ; c'était aussi dans le même esprit que le Prophète Royal s'écriait : Hélas ! pourquoi faut-il que mon exil soit prolongé ! Ces paroles que l'Église adresse à la Sainte Vierge : Nous soupirons, nous pleurons, nous gémissons après vous dans cette vallée de larmes, forment sans doute un concert bien doux et bien agréable aux oreilles de Dieu.
Après avoir établi ces règles, Cassien indique les marques auxquelles on peut discerner la tristesse qui est selon Dieu, d'avec celle qui ne l'est pas. La tristesse qui a les choses de Dieu pour objet, est selon ce grand Maitre de la vie spirituelle, obéissante, affable, humble, douce et patiente ; et comme elle naît de l'amour de Dieu, elle renferme en elle tous les fruits du Saint-Esprit, dont parle Saint Paul, c'est-à-dire, la charité, la joie, la paix, la patience, la bonté, la foi, la modestie et la continence : la tristesse qui a toute autre origine, est au contraire impatiente, et accompagné de chagrin et d'amertume ; elle donne de l'éloignement pour le bien, elle jette dans le découragement, et enfin dans le désespoir. De plus, ajoute Cassien, cette tristesse n'est tempérée par aucune consolation, ni susceptible d'aucun adoucissement. La tristesse selon Dieu, est en quelque façon toujours gaie, elle porte sa consolation avec elle, elle donne du courage et des forces pour pratiquer le bien. On peut ainsi connaître la différence de ces sortes de tristesses d'après le détail que nous en avons fait ci-devant.
On peut encore conclure de tout ce que nous venons de dire, que la joie que nous désirons voir dans les serviteurs de Dieu, n'est pas cette joie vaine et frivole, qui nous transporte jusqu'aux éclats de rire, ni à dire de bons mots, et à se répandre inconsidérément dans les conversations avec toutes les personnes qu'on rencontre ; cette joie n'est pas convenable à des serviteurs de Dieu, c'est plutôt un effet de la légèreté de l'esprit. Ce n'est plus alors une joie sainte, c'est immodestie et dérèglement. La joie dont nous entendons parler, est une joie sage, qui vient d'un intérieur tranquille et réglé, et qui se manifeste extérieurement sur le visage : car, comme la tristesse de l'esprit fait impression sur le corps, suivant ces paroles du Sage : L'esprit triste dessèche les os ; de même la joie intérieure éclate au-dehors, suivant ces autres paroles : Le cœur joyeux rend le visage gai. Aussi lisons-nous de plusieurs Saints, qu'ils faisaient toujours voir sur leur front une joie et une sérénité, qui rendait un témoignage non suspect de la paix et de la satisfaction dont ils jouissaient intérieurement : c'est là proprement cette joie que nous devons souhaiter de pouvoir obtenir.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à De la Tristesse que cause la tiédeur au service de Dieu ; et de la joie que donne la bonne conscience, Que l'Oraison est un puissant remède contre la tristesse, Des causes de la Tristesse, et des remèdes qu'on doit lui opposer, Que les fautes légères où l'on tombe ne doivent pas faire perdre la joie du cœur, Raisons qui nous obligent à servir Dieu avec joie, Comment Saint François voulait que le Serviteur de Dieu montrât toujours un visage joyeux, Des maux réels et considérables que cause la Tristesse, Méditation sur la tristesse, Méditation sur deux sortes de tristesse, et De la réformation de la tristesse.















vendredi 10 septembre 2021

Que tous nos discours et nos entretiens doivent être de Dieu ; et de quelques moyens qui peuvent y contribuer



Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, dit l'Apôtre ; mais qu'il en sorte de propres à édifier, afin qu'ils inspirent la piété à ceux qui les entendent. Un moyen qui peut beaucoup y contribuer, c'est un véritable amour de Dieu, et un ardent désir des choses du Ciel. Dans ces dispositions, nous ne nous lasserons jamais de parler, ni d'entendre parler de ce ravissant objet (car il n'est jamais fâcheux de s'entretenir de ce qu'on aime ;) nous en ressentirons toujours au contraire un nouveau plaisir et une nouvelle douceur. Considérez avec quelle ardeur un Marchand parle en tout temps et en tous lieux de son commerce et de ses affaires ; et quelle joie il ressent toutes les fois qu'il entend parler de vente, de marchés, de trafic et de débit. Celui qui tient la charrue, dit le Sage, et qui touche les bœufs avec un long aiguillon, qu'il porte en sa main en forme de javelot, il s'entretient de labourage ; il ne parle que de bœufs et de taureaux ; et toute sa pensée est aux guérets et aux sillons. C'est une très bonne marque, quand on aime à s'entretenir de Dieu, et un très-mauvais pronostic, quand on n'y prend aucun plaisir : Ils sont du monde, dit Saint Jean, et c'est pourquoi ils parlent du monde. Saint Augustin, écrivant sur ces paroles de la Sagesse : Vous avez nourri votre peuple de la viande des Anges ; et sans qu'il travaillât, vous lui avez envoyé du Ciel un pain tout préparé ; très-délicieux et accommodé à toutes sortes de goûts, dit que la manne dont Dieu nourrit les enfants d'Israël dans le désert, avait tous les goûts que chacun pouvait désirer ; mais que ce n'était toutefois qu'à l'égard des gens de bien : quant aux méchants, ils n'y trouvaient point, dit-il, le goût qu'ils voulaient ; autrement, ils n'auraient pas souhaité, ni demandé d'autres viandes, comme ils firent. Heureuse la langue, dit Saint Jérôme, qui ne sait parler que des choses de Dieu ! Ne vous arrêtez point, dit Saint Basile, à des discours de bagatelle ; mais arrêtez-vous à ce que vous entendrez dire de l'Écriture Sainte, touchant le salut de votre âme : que tout ce qui aura pour objet les choses du monde, vous soit amer, et que tout ce qui aura rapporta la piété soit plein de douceur pour vous. Un véritable serviteur de Dieu ne saurait souffrir les vains entretiens du siècle, il n'aime à s'entretenir que de Dieu ; c'est ce qui fait qu'un homme qui est véritablement uni à Dieu, n'a pas besoin, dans ses afflictions et dans ses infirmités, de chercher du soulagement et des distractions dans les amusements et les conversations du monde, au contraire, comme ce sont des choses qu'il abhorre, elles font qu'augmenter sa peine ; ce qui le console, ce qui le soulage véritablement, c'est de parler et d'entendre parler continuellement du seul objet de son amour et de ses désirs. C'est aussi un effet ordinaire de la sainteté de ses entretiens, d'embraser les cœurs de l'amour divin, comme l'Évangile nous le rapporte des deux disciples qui allaient à Emmaüs, en s'entretenant de la mort de Jésus-Christ. Ils disaient entre eux : Notre cœur n'était-il pas tout enflammé au-dedans de nous ? On éprouve quelquefois le même effet en soi-même, lorsqu'au sortir de quelque conversation de piété, on se sent plus touché qu'on ne le serait de la prédication la plus pathétique et la plus éloquente.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, Qu'il faut s'abstenir de toutes paroles de raillerie, et éviter toute contestation avec le prochain, De la Médisance, Méditation sur la MédisanceMéditation sur les péchés de la langueMéditation sur le soin qu'un Chrétien doit avoir de la réputation du prochainCirconstances que nous devons observer en parlant, Vivre dans le recueillement et dans le silence, c'est mener une vie douce et agréable, Le Silence est un moyen efficace pour acquérir la Perfection, Il est difficile, sans l'observation du Silence, de devenir homme d'oraison, Du Silence : Ses avantages et son utilité, Du Silence, par Saint Vincent Ferrier, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Purgatoire des paroles inconvenantes, Méditation sur les discours immodestes, Méditation sur les péchés de la langue, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !, et Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulier.













dimanche 30 mai 2021

Pour acquérir la vertu de l'Humilité, il faut en pratiquer les Actes



Les vertus morales, dit Saint Basile, ainsi que les arts et les sciences, ne s'acquièrent que par un exercice assidu et une pratique constante. Pour devenir bon Artisan, bon Musicien, bon Orateur et bon Philosophe, il faut s'exercer souvent aux actes qui sont propres à chacune de ces professions, et ce n'est que par l'exercice continuel qu'on peut y réussir. Aussi, pour acquérir l'humilité et les autres vertus morales, il faut en pratiquer les actes: et ce n'est que par cette méthode que l'on peut en contracter l'habitude. En vain dirait-on que le raisonnement et le discours, joints aux enseignements et aux conseils de l'Écriture, suffisent pour modérer les passions et pour en régler les mouvements; c'est se tromper, dit Saint Basile, que de raisonner de la sorte ; ce serait faire comme un homme qui apprendrait toute sa vie a bâtir, ou à battre de la monnaie, et qui cependant n'exercerait jamais ni l'un ni l'autre de ces arts. Il n'est pas douteux que celui qui n'emploierait tout son temps qu'à se remplir l'esprit de règles et de préceptes de quelque art que ce soit, sans penser à les mettre en pratique, ne deviendrait jamais un bon Artisan. Il en est de même de l'humilité : il est certain que l'on ne l'acquerra jamais, non plus que toute autre vertu, si l'on ne s'applique de toutes ses forces à les mettre en pratique : « Car ceux qui écoutent la loi, dit Saint Paul, ne sont pas pour cela justes devant Dieu ; mais ceux qui pratiquent la loi seront justifiés. »
Saint Augustin dit sur ces paroles du Sauveur : « Si je vous ai donc lavé les pieds, moi qui suis votre Seigneur et votre Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; » que ce que Jésus-Christ a voulu nous apprendre en lavant les pieds à ses Apôtres, c'est qu'il faut pratiquer l'humilité. « Ô bienheureux Pierre ! ajoute-t-il, c'est-là ce que vous ignoriez, lorsque vous ne vouliez pas souffrir que le Seigneur vous lavât les pieds : il vous promit que vous le sauriez par la suite ; et voilà qu'il vous l'apprend : Car je vous ai donné l'exemple, dit-il, afin que vous fassiez comme j'ai fait. Puisque nous avons donc appris l'humilité de ce divin Sauveur, poursuit ce grand Docteur de l'Église, pratiquons, mes Frères, les uns envers les autres, nous qui ne sommes que de viles créatures, ce que le Très-Haut a pratiqué lui-même avec tant d'excès d'humilité. »
Puisque le souverain Maître et le Tout-Puissant s'est humilié ; que le Fils de Dieu s'est abaissé jusqu'à laver les pieds à ses Disciples ; qu'il a vécu dans la soumission la plus parfaite à la volonté de sa sainte Mère et de Saint Joseph, et qu'il s'est assujetti aux emplois les plus vils et les plus humiliants ; apprenons de lui à nous exercer de même dans les actions extérieures de l'humilité, et nous pourrons acquérir ainsi cette précieuse vertu.
Saint Bernard confirme cette vérité, lorsqu'il dit que l'humiliation est le chemin de l'humilité comme la patience est celui qui nous mène à la paix de l'esprit, et l'étude à la science. « Si vous voulez donc acquérir l'humilité, poursuit-il, mettez-vous dans le chemin de l'humiliation : car si vous ne pouvez souffrir les humiliations, vous ne pourrez jamais parvenir à l'humilité. »
Ce qui prouve encore que la pratique extérieure contribue beaucoup à nous faire acquérir cette humilité de cœur, et toutes les autres vertus intérieures, c'est que cette pratique fait bien plus d'impression sur la volonté que le simple désir, par la raison qu'un objet présent nous frappe bien plus que tout autre objet éloigné ; comme ce que nous voyons faire, nous instruit mieux que ce qu'on s'efforcerait de nous faire entendre par tous les raisonnements ; et qu'ainsi une chose que nous nous rendons sensibles par la pratique, a bien plus de force pour émouvoir notre volonté, que les désirs d'y parvenir, sur la seule idée que nous nous en sommes faite : un affront, par exemple, que l'on aura souffert sans murmurer et sans se plaindre, confirme bien davantage dans la patience, que tous ceux qu'on pourrait souffrir par le simple désir ou par la pensée.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Sans l'Humilité, on ne saurait avoir la paix intérieure, De quelle manière on peut s'élever au second degré de l'Humilité, Du second degré de l'Humilité, et en quoi il consiste, La connaissance de nous-mêmes ne doit pas nous faire perdre le courage, ni la confiance, Que la considération de ses péchés est un excellent moyen pour se connaître soi-même, et pour acquérir l'humilité, Du premier degré de l'Humilité, qui est d'avoir une humble opinion de soi-même, Principales Vertus dont l'Humilité est le fondement, Il n'y a point de Vertu solide sans l'Humilité : elle est le fondement de toutes les autres Vertus, Excellence et nécessité de l'Humilité, Prière pour demander l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Des vertus de Marie : l'humilité, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Litanies de l'humilité, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, La Crèche, Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8), De deux sortes de Mortifications, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, Sur Jésus-Christ, L'intérieur de Marie, De l'enfance spirituelle, et De la paix de l'âme.
















mardi 20 avril 2021

Excellence et nécessité de l'Humilité


Fuite en Égypte

Apprenez de moi, dit Jésus-Christ, que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Saint Augustin, sur ces paroles, dit que toute la vie du Sauveur sur la terre, a été une instruction continuelle pour les mœurs : mais que son humilité est ce qu'il nous a principalement proposé à imiter. Pour bien comprendre l'excellence de cette vertu, et combien elle nous est nécessaire, il faut considérer que le Fils de Dieu est descendu du Ciel pour nous renseigner, non-seulement pas ses paroles ! mais plus particulièrement encore par ses actions ; et que toute sa vie a été un continuel exemple et un modèle vivant d'humilité. Saint Basile voulant prouver cette proposition, parcourt toute la vie de Jésus-Christ, et après en avoir examiné les principales circonstances, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, il démontre que toutes ses actions nous enseignent particulièrement cette vertu. « Il a voulu naître, dit-il, d'une mère pauvre, dans une étable et dans une crèche, et être enveloppé de pauvres langes. Il a voulu être circoncis comme pécheur, fuir en Égypte comme faible, être baptisé comme les pécheurs et les publicains, comme un d'entre eux. Lorsque dans la suite on veut lui rendre des honneurs, et l'élever à la Royauté, il se cache ; mais quand on veut le couvrir d'opprobres, alors il se montre. Les hommes le louent, et même les démons publient ses miracles par la bouche des possédés, et il leur commande de se taire : on le charge d'outrages et d'injures, et il garde un profond silence. Outre cela, pour nous recommander l'humilité, comme par un testament et par un acte de sa dernière volonté, il s'abaisse dans les derniers jours de sa vie jusqu'à laver les pieds à ses Disciples : il couronne enfin tant d'exemples frappants, par la mort ignominieuse de la Croix. Il a voulu s'anéantir lui-même, dit Saint Bernard, pour enseigner, par son exemple, ce qu'il devait enseigner ensuite par ses paroles. Mais pourquoi, Seigneur, tant d'abaissement dans une si grande Majesté ? C'est afin qu'il n'y ait plus personne qui ose se glorifier sur la terre. » Il y a eu toujours de l'extravagance à l'homme à se laisser aller à la vanité : mais ce serait maintenant, reprend Saint Bernard, une impudence insupportable, qu'un ver de terre s'enflât d'orgueil, après que la Majesté éternelle s'est abaissée, s'est anéantie. Le Fils de Dieu, égal à son Père, prend la forme d'esclaves ; il veut être humilié, anéanti, méprisé ; et moi qui ne suis que cendre et que poussière, je veux que l'on m'honore et qu'on me respecte.
Si cette vertu est si excellente, le besoin que nous en avons n'est pas moins grand. Ce besoin est si réel ; que sans elle on ne doit point espérer d'avancer dans la vie spirituelle. Il faut, dit Saint Augustin, que l'humilité précède, accompagne et suive tout ce que nous faisons de bien ; car dès que le sentiment d'orgueil s'y mêle, il nous en enlève le mérite. Ce serait peu alors que l'action fût sainte en elle-même ; c'est au contraire en cela que l'orgueil et la vaine gloire est plus à craindre : les mauvaises actions sont la matière des autres vices ; mais les bonnes actions sont la matière de l'orgueil. C'est par cette raison que dans les bonnes œuvres il faut se mettre le plus en garde contre l'orgueil, de peur que par une trop grande avidité de louanges, on ne s'expose à perdre le fruit de tout ce qu'on aurait pu faire de louable. Il nous est facile de nous garantir des autres vices, si nous le voulons ; ils ont un caractère d'ignominie et d'opprobre qui les fait assez reconnaître ; ils ne marchent jamais qu'avec le péché; mais à l'égard de l'orgueil, il se mêle ordinairement avec les bonnes œuvres ; et il leur tend continuellement des pièges pour les perdre et les détruire. Saint Grégoire, et après lui Saint Bernard, dit que celui qui a fait une grande provision de vertus, mais qui n'a point acquis celle de l'humilité, ressemble à un homme qui porterait au vent de la poussière, que le premier souffle peut enlever et dissiper.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Prière pour demander l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Des vertus de Marie : l'humilité, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Litanies de l'humilité, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, La Crèche, Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8), De deux sortes de Mortifications, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, Sur Jésus-Christ, L'intérieur de Marie, De l'enfance spirituelle, et De la paix de l'âme.












samedi 16 février 2019

Dévotion aux Saints Anges : Pratiquer quelque vertu, ou s'abstenir de quelque vice en l'honneur des Saints Anges





Sainte Françoise Romaine et son Ange
Si nous voulons aimer véritablement les Anges, il faut aimer ce qu'ils aiment, et haïr ce qu'ils haïssent. De cette manière, il nous faut donc avoir de l'amour pour la vertu, et de l'éloignement pour le péché. Ils demandent de nous, dit un saint Père, la sobriété, la chasteté, la pauvreté volontaire, de fréquents soupirs vers le ciel, et surtout la vérité et la paix. Ce jeune gentilhomme, nommé Falcon, était bien persuadé de ces maximes, lorsqu’ayant promis de ne mentir jamais, en l'honneur de son bon Ange, et ayant tué un homme sans qu'il y eût aucun témoin, il avoua franchement la malheureuse action qu'il avait faite de peur de mentir, aimant mieux perdre la vie que de ne pas tenir sa promesse à son bon Ange. Le voilà donc condamné à la mort ; mais comme le bourreau voulait lever le bras pour lui trancher la tête, il en fut empêché par un Ange qui parut, et qui arrêta encore le bras de trois autres qui s'étaient mis en devoir de le faire mourir. Ce miracle obtint sa grâce ; et ensuite il changea son nom de Falcon, en celui d'Ange, et quitta le monde, pour avoir plus de lieu de converser avec les Anges.
L'humilité, la pureté et l'oraison, sont les aimables vertus que ces Esprits célestes recherchent dans tous ceux qui font profession de les honorer. Ils ne peuvent supporter les superbes, et l'humilité est leur première vertu, dont ils font un continuel exercice parmi nous.
La pureté est absolument nécessaire pour entrer dans leur amitié : ils sont les amis des chastes, et spécialement des vierges ; car d'autant plus, dit saint Ambroise, que les personnes sont pures, d'autant plus les Anges les chérissent : aussi appelle-t-on la virginité une vertu angélique, et ceux qui la pratiquent, les Anges de la terre ; et avec bien du fondement, puisque ce sont elles qui ont plus de ressemblance avec ces purs Esprits. Ô vierges, qui que vous soyez, souvenez-vous que vous possédez un trésor dont le prix est inestimable, et qui est préférable aux couronnes et aux empires : si l'on en connaissait la valeur, notre terre deviendrait un ciel, et il ne se trouverait personne qui n'en fût saintement passionné. Ç'a été la chère vertu de Jésus, Marie et Joseph, de saint Jean-Baptiste, le précurseur de Jésus, de saint Jean l’Évangéliste, son aimable favori : et le grand Apôtre proteste, dans la lumière qu'il en a, qu'il voudrait que tout le monde en fut dans la pratique. C'est le grand conseil de notre Maître, et ses privilèges sont inexplicables, qui dureront autant que l'éternité même. Il n'y a point de vie que l'on ne doive perdre pour sa conservation, point de peine que l'on ne doive souffrir, point de plaisirs qu'on ne doive quitter. Je ne puis m'empêcher ici de dire un mot en passant, de l'étonnement où je suis, de voir quantité de directeurs qui conseil lent facilement le mariage à des personnes qui ont inclination pour cette vertu, sous prétexte de quelques difficultés qui peuvent se rencontrer. En vérité, en vérité, il faut tout faire pour la conservation d'une grâce si précieuse. Non, jamais l'adorable Jésus ne manquera à ceux qui pour lui plaire davantage, pas seront leur vie dans le célibat. C'est le même Dieu qui a assisté tant de Vierges, et dans un âge si tendre, qui leur a fortifié le courage, qui les a soutenues contre toute la rage des démons et des hommes. Ô gens de peu de foi que nous sommes ! une mouche nous fait peur, la moindre difficulté nous abat le courage ; il n'y a qu'à prendre une bonne résolution. Dieu ne peut donner que de bons conseils ; l'on ne peut mieux faire que de les suivre avec générosité.
L'oraison est encore la vertu qui nous rend plus semblables aux Anges : aussi les a-t-on vus assister d'une manière extraordinaire toutes les personnes qui en sont dans l'exercice. Saint Bernard eut un jour la consolation de les voir marquer les prières de ses religieux, des uns en lettres d'or, des autres en lettres d'argent, de quelques-uns avec de l'encre, et de quelques autres avec de l'eau, selon la ferveur ou la tiédeur de leur disposition intérieure.
On peint ces Esprits célestes nu-pieds et marchant sur les nues, pour nous marquer leur entier dégagement de toutes les choses de la terre. Ils ne respirent que Dieu seul, et ils sont saintement jaloux des moindres choses qui regardent ses divins intérêts. Saint Jérôme rapporte sur ce sujet une chose bien terrible, et qui fait assez voir que les Anges sont jaloux des intérêts de leur Souverain. Hymetius, mari de Prétextat, et oncle de la vierge Eustochium, avait commandé à sa femme de parer cette vierge, et de la rendre belle aux yeux des hommes, pensant par là lui faire passer toutes les inclinations qu'elle avait pour la virginité. Mais l'Ange du Seigneur, saintement indigné, parut à cette femme, qui avait exécuté les volontés de son mari, et lui dit ces paroles, rapportées par le Père de l'Église que je viens de citer : Vous avez donc été assez hardie que de préférer le commandement d'un mari à celui de Jésus-Christ, et vous avez eu la témérité de toucher le chef d'une vierge avec vos mains sacrilèges ? Ces mains sécheront tout maintenant, afin que cette peine vous fasse connaître ce que vous avez fait, et dans cinq mois vous serez conduite dans le chemin des enfers ; et si vous persévérez dans votre crime, vous perdrez tout à la fois votre mari et vos enfants. Or ce grand docteur de l'Église assure que tout cela arriva comme l'Ange l'avait prédit.
Si vous voulez donc être dévot des saints Anges, il faut tâcher de leur plaire ; et pour leur plaire ; et pour leur plaire, il faut être dans la solide pratique de la vertu. Étudiez-vous particulièrement avec le secours du Ciel, à acquérir celles qui leur sont plus agréables, et qui vous sont plus nécessaires, et en même temps apportez tous les soins possibles à détruire en vous tout ce qui peut leur déplaire. Déclarez donc une guerre continuelle au péché, et surtout à l'impureté. Saint Basile disait que ce péché éloignait de nous nos saints Anges, comme la fumée chassait les abeilles, et la puanteur les colombes. L'on rapporte de ce Saint, qu'étant ordinairement favorisé d'une vision céleste avant que de célébrer les saints mystères, en étant un jour privé, il apprit que c'était à raison d'un diacre qui était présent, qui était tombé dans l'impureté ; et l'ayant fait retirer, il jouit aussitôt du même privilège. L'Ange de sainte Françoise, la grande dévote de ces aimables favoris de Jésus et de Marie, paraissant en forme visible, se cachait les yeux à la moindre faute ou imperfection qui se commettait en sa présence. Prenez donc bien garde de rien faire qui puisse offenser des yeux qui vous regardent toujours ; et comme nous avons tous quelque inclination prédominante, quelque humeur qui nous attache davantage, et qui est la source de presque tous nos dérèglements, appliquez-vous à combattre cette humeur en l'honneur des saints Anges ; faites-en des examens particuliers de temps en temps, voyez si vous vous en corrigez ; prenez à tâche d'offrir tous les jours à votre saint Ange quelque mortification de cette humeur, de cette inclination ; c'est le présent le plus agréable que vous lui puissiez faire : et souvenez-vous que ce n'est pas une légitime excuse, de dire que c'est notre faible ; ceux qui sont en enfer y sont allés par leur humeur qu'ils n'ont pas domptée a fait perdre. C'est par où le diable prend les hommes, et gagne les âmes ; c'est là qu'il nous faut veiller davantage, et que nous avons plus besoin de la protection angélique.
Saint Bernard conseille de nous souvenir souvent de la présence de notre Ange Gardien, pour ne pas tomber en nos défauts. Cette pensée est grande ment utile, et nous aide beaucoup à nous surmonter. C'est une chose merveilleuse que les anciens philosophes ont même conseillée. Un de ces philosophes rapporte que c'était le sentiment de Platon, selon que je l'ai lu dans le livre de l'Ange Gardien du père Druxelius, où ce philosophe dit que tous les hommes ont des témoins invisibles qui sont toujours auprès d'eux, et qui regardent non-seulement leurs actions, mais encore leurs pensées ; et qu'après la mort de chacun, le témoin qui l'a gardé le conduit au jugement qui se fait de sa vie, selon le témoignage qu'il en rend : c'est pourquoi, continue cet homme, vous tous, qui en m'écoutant, entendez le sentiment divin de Platon, disposez toutes vos actions et toutes vos pensées comme des gens qui devez savoir que vous n'ayez rien de caché à ces témoins ou Gardiens, soit au dedans, soit au dehors de vous. Ensuite il eu marque la protection ; mais il faut, déclare-t-il, que ce témoin soit religieusement honoré et connu, comme il l'a été de Socrate, par son innocence et justice. Ne diriez-vous pas que c'est un Chrétien qui parle ? et croirait-on que ces pensées ont été les sentiments d'un infidèle ?




Reportez-vous à Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Quels exercices de piété prescrivez-vous à l'honneur des Anges ?Méditation sur la pureté du cœur, Travailler à la conversion des âmes et à leur soulagement dans les flammes du Purgatoire, en l'honneur des saints Anges, Avoir une grande confiance en la protection des saints Anges, et recourir à eux en tous ses besoins corporels et spirituels, Autres pratiques pour honorer plus spécialement les saints Anges, et célébrer les fêtes avec tous les respects possibles, Faire des neuvaines en l'honneur des neuf Chœurs des Anges, Chapelet du Saint Ange gardien, Converser intérieurement avec les saints Anges, Avoir une grande dévotion à saint Michel, à saint Gabriel, à saint Raphaël, et aux autres quatre Anges qui sont auprès du trône de Dieu, Méditation pour la Fête de Saint Raphaël Archange, Méditation pour la Fête de Saint Michel et de tous les saints Anges, Méditation pour la Fête des Saints Anges Gardiens, Jésus crucifié est le Livre des Élus, La réalité des apparitions angéliques, Avoir une dévotion singulière aux Anges, Archanges et Principautés, Honorer principalement les Puissances, les Vertus et les Dominations, Avoir de profonds respects, et des amours extraordinaires pour les Trônes, les Chérubins et les Séraphins, La protection des saints Anges contre les démons, particulièrement au sujet de leurs différentes tentations, Litanies de l'Ange Gardien, Et Michel et ses anges combattaient contre le Dragon, La puissance des démons réglée par la sagesse divine, Neuvaine à Saint Michel, Discernement des esprits : ce qu'on entend par esprits, combien on en compte et comment ils se forment, Tous les hommes sont assistés des Saints Anges, Les Saints Anges nous assistent dans les choses temporelles, Les perfections admirables de ces sublimes intelligences, Les Saints Anges font tout ce qui peut se faire pour le bien des hommes, Litanie aux Saints Anges Gardiens, Discernement des esprits, Litanie de Saint Michel Archange, Puissance de Saint Michel au jugement dernier, Chapelet à Saint Michel Archange, Les Anges, princes et gouverneurs de la grande cité du bien, Neuvaine à l'Archange Raphaël, Secours de Saint Michel à l'heure de la mort, Litanie de Saint Gabriel Archange et Litanie de Saint Raphaël Archange.

















mercredi 13 février 2019

Méditation sur deux sortes de tristesses








1er point. Il y a, dit Saint Basile, une tristesse qui vient de l'esprit de Dieu, et une tristesse qui vient de l'esprit du monde. La première à laquelle les vrais Chrétiens sont plus sensibles qu'à tout autre, procède, 1°, du souvenir de leurs péchés ; 2°, de la considération du grand nombre de crimes et d'abominations qui se commettent tous les jours dans le monde ; 3°, du désir de la céleste patrie : Assis sur les bords du fleuve de Babylone, disaient les Israélites, nous pleurons au souvenir de Sion.


2e point.
La tristesse qui vient de l'esprit du monde, est impatiente et chagrine ; elle nous jette dans le désespoir ; elle nous laisse sans ressource et sans appui ; elle regrette la perte des biens de ce monde sans pouvoir espérer d'en être dédommagé dans l'autre ; elle nous rend incapables de ces doux entretiens avec Dieu, qui font la consolation des âmes Fidèles.



Reportez-vous à Méditation sur la tristesse, De la réformation de la tristesse, Comment Saint François voulait que le Serviteur de Dieu montrât toujours un visage joyeux, Méditation sur l'union de l'âme avec DieuMéditation sur la soumission de l'esprit aux vérités de la Foi, Méditation sur les divers sentiments des hommes à l'égard de la vérité, Méditation sur l'ingratitude envers Dieu, Méditation sur la Communion, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur l'aveuglement de la Conscience, Méditation sur la passion dominante, Méditation sur les moyens de connaître les passions dominantes, Méditation sur la fuite des occasions prochaines du péché, Méditation sur les divertissements du monde, Méditation sur les différentes manières de prier, Méditation sur le Sacrifice de la Messe, Méditation sur le respect que l'on doit à Dieu dans ses Temples, Méditation sur les distractions involontaires, Méditation sur l'attention que l'on doit à Dieu dans la Prière, Méditation sur la nécessité de la Prière, Méditation sur l'efficacité de la Prière, Méditation sur l'inefficacité de nos prières, Méditation sur les Prières de Jésus-Christ, Méditation sur la présence de Dieu, Méditation sur l'oubli de la présence de Dieu, Méditation sur le soin qu'un Chrétien doit avoir de la réputation du prochain, Méditation sur le mensonge, Méditation sur les mensonges officieux, Méditation sur la sainteté de Dieu, Méditation sur la Médisance, Méditation sur les péchés de la langue, Méditation sur la curiosité, Méditation sur les défauts qui rendent un jugement téméraire, Méditation sur les Prières que l'on adresse à Dieu pour ses besoins temporels, Méditation sur la soumission à la volonté de Dieu, Méditation sur la connaissance des vertus et des vices, Méditation sur la vraie pénitence, Méditation sur le respect humain, Méditation sur les péchés d'ignorance, Méditation sur la grandeur d'âme, Méditation sur l'ignorance de l'homme à l'égard de l'état de grâce, Méditation sur les petites actions de Vertu, Méditation sur l'habitude des fautes légères, Méditation sur l'attache au péché véniel, Méditation sur la distinction du péché mortel et du péché véniel, Méditation sur les jugements du monde, Méditation sur l'application aux devoirs de son état, Méditation sur le mérite attaché à la pratique des devoirs de son état, Méditation sur le motif qui doit nous conduire dans la pratique des devoirs de notre état, Méditation sur les dangers propres de chaque état, Méditation sur les vertus qu'on exerce en pratiquant les devoirs de son état, et Méditation sur l’œil qui scandalise.















samedi 8 juillet 2017

Méditation sur la conscience








1er point. Qu’est-ce que la conscience ?

C'est, dit Saint Jean Damascène, cette Loi intérieure que Dieu a gravée dans le cœur de tous les hommes pour les instruire : C'est, dit Saint Basile, cette lumière secrète de la raison et de la Religion qui nous montre la route que nous devons prendre, et celle que nous devons éviter. La conscience est à notre âme ce que l'œil est à notre corps ; et Jésus-Christ parlait de la conscience quand il disait : Votre œil est la lampe de votre corps. Si votre œil est simple, tout votre corps sera éclairé ; mais si votre œil est mauvais tout votre corps sera dans les ténèbres : prenez donc garde que la lumière qui est en vous ne soit elle-même que ténèbres.


2e point.
La conscience est toujours droite par elle-même.

C'est une lumière pure, puisqu'elle vient de Dieu qui nous l'a donnée pour nous conduire ; et nous en sommes si persuadés, que nous disons tous les jours aux hommes quand nous croyons qu'ils se trompent ou qu'ils veulent nous tromper : j'en appelle à votre conscience ; comme étant convaincus que le jugement de la conscience est toujours équitable. Mais hélas ! il arrive souvent que ses lumières sont obscurcies par nos passions. C'est ce qui oblige de faire la distinction de la bonne et de la mauvaise conscience ; de la conscience droite, qui est celle des Justes, et de la fausse conscience, qui est celle des pécheurs. Priez Dieu de purifier l'œil de votre âme, et de ne pas permettre qu'aucune passion soit jamais capable de lui cacher la vérité.





Reportez-vous à Méditation sur l'oisiveté, Méditation sur le Sacrement de la Pénitence, Méditation sur la pénitence du cœur, Méditation sur le repos de la conscience, Méditation sur l'aveuglement de la conscience, Méditation sur les divers caractères de la Conscience et de l'Amour-propre, Méditation sur la fausse conscience, Méditation sur les illusions de la fausse conscience, Méditation sur les péchés d'ignorance, Méditation sur les moyens de guérir les illusions de la fausse conscience, Méditation sur la Conscience timorée comparée à la Conscience scrupuleuse, Méditation sur la passion dominante, Méditation sur les moyens de connaître les passions dominantes, Méditation sur les défauts d'autrui, Méditation sur la distinction de l'âme et du corps, Méditation sur le bonheur des Pécheurs comparé à celui des Justes, Méditation sur le vrai bonheur, Méditation sur les moyens d'acquérir la connaissance de nos devoirs, Méditation sur les moyens d'acquérir la connaissance de Dieu, Méditation sur la vanité des sciences humaines, Méditation sur la science du salut, Méditation sur l'application personnelle que l'on doit se faire à soi-même des maximes évangéliques, Méditation sur les murmures, Méditation sur l'inquiétude de l'avenir, Méditation sur le désir de la mort, Méditation sur la crainte de la mort, Méditation sur l'amour de la vie, Méditation sur le détachement des biens de ce monde, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur le péché de scandale, Méditation sur les péchés d'habitude considérés dans leur origine, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Méditation sur l'illusion des prétextes dont on s'autorise pour ne pas quitter l'occasion du péché, Méditation sur la fuite des occasions prochaines du péché, Méditation sur deux sortes d'occasions prochaines du péché, Méditation sur la recherche volontaire de l'occasion prochaine du péché, Méditation sur l’œil qui scandalise, Méditation sur la pureté du cœur, Méditation sur l'attache au péché véniel, Méditation sur la distinction du péché mortel et du péché véniel, Méditation sur l'exemple de la multitude, Méditation sur la nécessité des progrès dans la vertu, et Méditation sur la crainte de Dieu.

















samedi 2 juillet 2016

Des actes de la volonté dans l'exercice de la présence de Dieu


Le Cantique des Cantiques (Gustave Moreau)



Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne du R.P. Alphonse Rodriguez, Extrait :




Des actes de la volonté, dans lesquels consiste principalement cet exercice, et de quelle manière on les doit produire.




Saint Bonaventure, dans sa théologie mystique, dit que les actes de volonté par lesquels nous devons élever notre cœur à Dieu, dans l'exercice dont il est ici question, consistent en des désirs ardents de l'âme de s'unir à Dieu par les liens d'une parfaite charité ; en des soupirs enflammés que l'amour lui fait pousser pour appeler le Seigneur à elle ; et en des mouvements tendres et affectueux qui lui servent, pour ainsi dire, d'ailes pour voler vers lui, et pour s'en approcher de plus en plus. Ces sortes de désirs et de mouvements sont appelés par les saints, Aspirations, parce qu'ils font que l'âme vient à s'élever à Dieu, ce qui est la même chose que d'aspirer à Dieu : et comme nous renvoyons sans cesse l'air qui est entré dans nos poumons, sans faire la moindre réflexion sur ce mouvement ; aussi ces sortes de désirs embrasés partent si soudainement du fond du cœur, qu'on les produit souvent, sans avoir eu même le temps d'en former auparavant le dessein. Ces aspirations s'expriment par des oraisons courtes et fréquentes, qu'on appelle jaculatoires, c'est-à-dire, comme parle saint Augustin, lancées subitement, parce qu'elles sont comme des dards enflammés, que le cœur lance coup sur coup vers Dieu. Cassien dit qu'elles étaient fort en recommandation et en usage parmi les anciens solitaires d'Égypte, tant parce qu'étant courtes, elles ne fatiguent pas l'esprit, que parce qu'étant pleines de ferveur et de force, elles arrivent en la présence de Dieu, avant que le démon ait trouvé le temps de troubler celui qui les fait, et d'y mettre aucun obstacle. Saint Augustin dit à ce sujet une chose qui mérite d'être remarquée par tous ceux qui s'adonnent à l'oraison ; « Il faut prendre garde, dit-il, que cette application vive et ardente, qui est si nécessaire à celui qui prie, ne vienne à s'affaiblir par la longueur de la prière. » Or, cela n'est point tant à craindre dans les oraisons jaculatoires ; et c'est pour cela que les saints Pères du désert s'en servaient si ordinairement, tâchant ainsi par les continuelles élévations de leur cœur à Dieu de s'entretenir toujours en sa présence. Rien n'y est en effet plus propre et plus utile : mais il en faut expliquer un peu plus la pratique. Cassien l'établit dans ce verset, que l'Église répète au commencement de toutes les heures canoniales : Mon Dieu (Ps. 69. 1), venez à mon aide ; Seigneur, hâtez-vous de me secourir. Commençons-nous quelqu'affaire difficile ? demandons à Dieu par ces paroles la grâce de la terminer heureusement ; et comme en toutes choses nous avons besoin de son assistance, ayons aussi continuellement recours à lui. Ce verset, dit le même Cassien, est admirable, pour bien exprimer tous nos sentiments, en quelque état et en quelque occasion que nous nous trouvions. Par là nous invoquons l'aide de Dieu ; par là nous nous humilions, nous reconnaissons nos besoins et notre misère ; par là nous nous élevons vers le Seigneur, et nous mettons toute notre confiance dans ses bontés et dans son secours ; par là nous nous remplissons de son amour, en considérant qu'il est notre protecteur et notre refuge. Quelques combats enfin et quelques assauts que l'on ait à soutenir contre le démon, on a dans ces paroles un bouclier impénétrable à tous les traits de sa malice, et un rempart assuré contre toutes ses attaques. Il faut donc avoir sans cesse dans le cœur et dans la bouche, ces paroles puissantes du Psalmiste, et s'en servir continuellement pour s'établir en la présence de Dieu. Saint Basile (Bas. hom. in Martyr. Julitiam) fait consister la pratique de cet exercice dans l'usage de se faire de toutes choses une occasion de se souvenir de Dieu. Mangeons-nous ? rendons en grâces à Dieu. Nous habillons-nous ? rendons- lui pareillement grâces. Allons-nous à la campagne ? bénissons le Dieu qui la rend fertile. Regardons-nous le Ciel, le soleil ou les étoiles ? louons le Dieu qui a tout créé. Enfin toutes les fois que nous nous éveillons pendant la nuit, ne manquons jamais d'élever notre cœur à Dieu.
Toutes ces sortes d'aspirations et d'oraisons jaculatoires sont très-propres pour se conserver en la présence de Dieu ; mais les meilleures et les plus efficaces, quoique peut-être elles ne soient pas conçues dans des termes si convenables et si expressifs que ceux dont nous venons de parler, sont celles que le cœur produit de lui-même, quand il est touché de Dieu. Il n'est pas besoin au reste qu'on les varie de plusieurs manières : une seule formule répétée souvent et avec ferveur peut suffire pour nous entretenir plusieurs jours en la présence de Dieu, et même pour nous y entretenir pendant toute notre vie. Si vous vous trouvez donc bien de répéter ces mots de l'Apôtre (Act. 9. 6) : Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? ou ces paroles de l'Épouse (Cant. 2. 16) : Mon bien-aimé est tout à moi, et moi toute à lui ; ou ce verset du Psalmiste (Ps. 72. 25) : Qu'est-ce que je prétends dans le Ciel, si ce n'est vous, Seigneur ? Et si ce n'est vous, qu'est-ce que je désire sur la terre ? Il ne vous en faut pas davantage : tenez-vous-en là ; que ce soit votre continuel exercice, et le moyen journalier dont vous vous serviez, pour vous maintenir en la présence de Dieu.







Reportez-vous à Instruction pour les personnes qui entrent dans la voie d'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Simple et courte méthode d'oraison mentale, De l'Oraison et de la contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur la présence de Dieu, Avis pour la lecture spirituelle, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, Trois temps pour l'examen particulier et Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir.