mercredi 6 janvier 2016

Méditation sur l’Épiphanie avec le R.P. D. JOACHIM VENTURA



Extrait de "L’Épiphanie" par le R.P. D. Joachim Ventura :



L'Adoration des Mages (El Greco)


Revenons maintenant aux Mages ; ces hommes fortunés, selon la tradition appuyée par les prophètes, étaient d'origine arabe. Et comme l’Éthiopie était anciennement comprise dans l'Arabie, l'Écriture les appelle Éthiopiens : « Coram Mo procident Æthiopes » (Psalm. LXXI, 9). Ils étaient même souverains de diverses contrées de l'Arabie, ils étaient des rois sages, des rois philosophes, et voilà pourquoi ils sont appelés Mages, du mot hébreu magim, qui signifie homme de méditation et d'études ; car la méditation est la clef de la science et de la philosophie.

Mais ce nom de Mages ou de Sages leur convient par un titre bien plus noble encore, puisque c'est par leur foi plutôt que par leurs études, par leur humilité plutôt que par leurs connaissances, qu'ils trouvèrent la vraie sagesse, la vraie philosophie qui est Jésus-Christ, dans lequel se trouvent réunis tous les trésors de la science du Père, la vraie science de Dieu et du salut, appelé par saint Paul « la vertu et la sagesse de Dieu : Dei virtus et Dei sapientia » (l Corinth., I, 18-21). Aussi, ce même apôtre protestait qu'il ne voulait entendre « parler d'aucune autre philosophie, ni d'aucune autre sagesse » hors celles qui sont établies sur les sublimes mystères de Jésus-Christ : Non enim judicavi me scire aliquid inter vos, nisi Jesum Christum » (I Cor., n, 2).

Avec ces dispositions d'un cœur droit, d'un esprit humble et désireux de trouver la vérité, les Mages la trouvèrent en effet. À peine virent-ils briller sur l'horizon l'étoile qui, par la singularité de son mouvement, par la beauté de sa forme et par l'immense clarté de sa lumière, paraissait manifestement miraculeuse, qu'ils la regardèrent comme l'étoile de Jacob que Balaam avait prédite comme le signe de la naissance du Messie : Orietur stella ex Jacob (Numer., XXIV, 17). Et quoi qu'ils eussent sans doute connaissance de cette belle prophétie qui était répandue par tout l'Orient, cependant ce qui leur aida à la reconnaître comme le signe de la naissance du Sauveur, comme son étoile par excellence : stellam ejus (Matth., II, 2), « ce ne fut pas tant, dit saint Léon, sa beauté ni l'éclat de sa lumière que la révélation divine qui illumina en même temps leurs esprits. Car ce Dieu de miséricorde, par une bonté toute gratuite, à laquelle nous devons l'inestimable bienfait de la foi, non-seulement leur fit voir le prodige, mais encore leur fit comprendre le mystère de ce qu'ils voyaient, leur donna le désir de chercher celui qu'ils avaient compris, et enfin leur accorda la grâce de trouver celui qu'ils avaient cherché : Dedit aspicientibus intellectum, qui prœstitit signum et quod fecit intelligi, fecit inquiri, et se inveniendum obtulit requisitus » (Serm. 4 de Epiph.).

Ainsi dociles à la voix du prodige, et bien plus encore à la voix intérieure de la grâce, ils ne doutent pas un instant de la naissance du Messie. Ce signe, pour eux, est plus que suffisant. Leur foi est complète, et aussitôt ils se mettent en chemin pour chercher celui dont ils croient déjà l'heureuse naissance : « Vidimus... et venimus » (Math., II, 2).

Alors s'accomplit la célèbre prophétie d'Aggée, par laquelle le Seigneur a dit : « Encore quelque temps, et je frapperai d'étonnement le ciel et la terre, et viendra le Désiré de toutes les nations : Adhuc unum modicum est, et ego commovebo cœlum, et terram, et mare, et aridam. Et movebo omnes gentes : et veniet Desideratus cunctis Gentibus » (II, 7-8). En effet, comme le dit un interprète, « l'étoile miraculeuse était le signe de l'admiration et de la stupeur des cieux pour l'excès de la bonté d'un Dieu fait homme par l'amour de l'homme, de même que l'éclipse funèbre arrivée à la mort du Sauveur fut le signe de l'horreur des cieux pour l'excès de la malice des hommes qui avaient crucifié le Fils de Dieu : In nova stella hac in coelo producta, cœlum quasi stuporem suum ostendit ad hanc Dei sui philantropiam ; sicut eadem de causa, in passione Christi obscuratus est sol et luna » (Cornelius a Lapide in II Matth.).

(...)

Enfin, comme la colonne des Hébreux les aida à sortir de l’Égypte, leur montra le chemin de la terre promise, de même l'étoile des Mages les tira des ténèbres du paganisme et leur montra le chemin de Bethléem, où ils trouvèrent Jésus et Marie : Et intrantes domum, invenerunt puerum cum Maria matre ejus (Matth., h, 11 ). C'est-à-dire qu'elle les conduisit à la vraie religion, à la véritable Église, vraie terre de promission, terre de la manne et du pain, puisque Bethléem signifie terre ou maison du pain, et que Jésus-Christ a daigné devenir, dans le sacrement de son amour, le vrai pain vivant descendu du ciel pour nourrir et fortifier ses pauvres créatures sur la terre : Ego sum panis viœ... quia descendi de cœlo (Joann., VI, 35-38 ).




Pratique : Après avoir adoré le Sauveur tant attendu, les Rois-Mages prirent un autre chemin. Nous devons en effet, après avoir trouvé la vérité, nous convertir, changer de vie, pour l'amour et la gloire de Dieu, pour le salut de notre âme, imiter les vertus de Jésus-Christ et de la Sainte Vierge Marie, puisqu'ils nous ont été donnés comme exemples. La Tradition de l’Église catholique nous apprend que les Rois-Mages sont morts martyrs.





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