dimanche 19 mars 2017

Les Catholiques et le vote : L'exemple édifiant du Cardinal Sarto, futur Pape Pie X (Saint)



Image tirée de la Biographie "Pie X" du R.P. DAL GAL



UNE VICTOIRE RETENTISSANTE



On se rappelle que le 24 novembre 1894, où il avait pris possession de son siège, les démocrates-radicaux, inféodés à la Franc-Maçonnerie, avaient déserté le Palais municipal et tenu les fenêtres closes, au passage de la chaloupe cardinalice.
Mgr Sarto garda le silence, mais, dès ce moment, il médita de liquider la Maçonnerie dominante pour faire place au Christ.
Aux gens qui s'étaient indignés du procédé de la secte, il s'était borné à dire : « Ne craignez rien. Si le Palais municipal a tenu ses fenêtres closes, nous les ferons ouvrir »
Il attendait l'heure des élections administratives. 1895 fut Tannée des grandes victoires électorales des catholiques.
L'exemple le plus éclatant et décisif vint de Bergame, la ville de l'Action catholique italienne.
Quelques-uns pensaient que les catholiques devaient appliquer le principe de l'abstention, non pas seulement dans les élections politiques, mais encore dans les élections municipales. Opinion contraire à celle du Saint-Siège qui avait toujours poussé les catholiques à se préoccuper de l'administration de leur cité et à ne pas permettre la prédominance des courants ennemis de l'Église.
La participation aux élections municipales devait être considérée comme une préparation aux élections politiques, lorsque le Saint-Siège jugerait opportun de l'autoriser.
Il était évident que l'abstention ne pouvait être éternelle. Pas de meilleure préparation aux futures luttes politiques que la conquête des communes et des provinces.
De graves problèmes exigeaient que les catholiques fussent présents, et non en simple minorité, dans les Conseils communaux et provinciaux, entre autres l'enseignement religieux dans les écoles et la tutelle des « Œuvres Pies ».
Un certain nombre estimaient que les catholiques devaient combattre isolément, avec leurs listes propres, et ne pas s'affilier à des éléments honnêtes et modérés qui ne militaient pas dans le camp religieux. Leur organe était L'Osservatore Cattolico, de Don Albertario, à Milan. Mais quelques échecs avaient montré qu'on ne pouvait ériger ce principe en règle générale.

À Venise, jusqu'à l'arrivée du cardinal Sarto, manquait l'homme qui eût le coup d’œil juste, l'autorité et l'énergie nécessaire.

Avec lui, tout change.

Venise, cité catholique, où chaque pierre est un monument de foi et de piété chrétienne, ne devait pas tolérer la domination d'anticléricaux bilieux et menteurs qui cherchaient toutes les occasions d'offenser leurs sentiments et d'abolir toute trace du passé.

Soucieux du bien moral et civil de son peuple, le Patriarche avait entrepris de libérer la municipalité et de procurer aux Vénitiens une administration digne de leur histoire.

Les élections pour le renouvellement du Conseil communal étaient fixées au mois de juillet 1895. Il importait, avant tout, d'exciter le zèle des catholiques. Sans longs discours, avec la force d'un chef sûr de lui, le cardinal encourage les fidèles à combattre et à vaincre. Trois mots lui suffisent, précis comme un plan de guerre : « Travaillez, priez, votez ! »

Soutenu par sa foi indomptable et sa prodigieuse énergie, il convoque dans son Palais curés et prêtres, hommes et jeunes gens ; il organise des conférences dans tous les quartiers, il institue des comités et sous-comités. Ayant compris que les catholiques ne pouvaient vaincre seuls, précurseur habile et hardi des temps nouveaux, il jette les bases d'une alliance honorable entre les membres les plus représentatifs du parti catholique et ceux du parti modéré, alliance contractée sous le signe de la plus ample confiance. En trois jours et trois nuits, il rédige de sa main plus de deux cents lettres aux prêtres, aux laïcs, aux associations catholiques, aux communautés religieuses, pour qu'à l'action se joigne la prière et, complétant sa tâche d'évêque et de citoyen, il lance à la Franc-Maçonnerie ce défi : « A la porte, les ennemis du peuple de St-Marc ! »

L'heure de la revanche avait sonné.

Les Vénitiens, devant la gravité de la lutte, se dressèrent comme un seul homme, pour la religion et pour la patrie, selon la consigne de leur Patriarche.

Le jour des élections municipales, 28 juillet 1895, les catholiques, alliés aux « modérés », remplirent leur devoir civique et remportèrent une brillante victoire. La vieille municipalité fut chassée, remplacée par une nouvelle, avec un Syndic dévoué à l'Église et au Pape, le comte Philippe Grimani, illustre descendant d'une famille de Doges. Celui-ci devait administrer Venise pendant un quart de siècle. Mémorable exemple de la stabilité d'un régime sur lequel le cœur et la volonté d'un homme providentiel avaient imprimé leur trace.

La démagogie anticléricale avait violé la conscience de Venise catholique, aboli le catéchisme dans les écoles, enlevé le crucifix dans les asiles, prohibé les « ponts votifs » qu'on avait coutume de jeter sur le canal de la Giudecca et sur le grand Canal pour les fêtes de la Madone du Salut et du Rédempteur décrétées par l'ancien Sénat de la Sérénissime République. Enfin la secte était tombée (Parmi les plus graves offenses infligées au sentiment religieux par la municipalité sectaire, figurait la suppression des « Ponts de barque », qu'on jetait, comme il est dit plus haut, pour favoriser l'affluence du peuple aux deux sanctuaires du Saint Rédempteur à la Giudecca et de la Madone du Salut sur le Grand Canal, à l'occasion des deux solennités, le troisième dimanche de juillet et le 21 novembre. Pour se rendre compte de l'indignation publique, il faut savoir que le temple du Saint Rédempteur avait été construit en 1577 et celui de la Madone en 1631, l'un et l'autre exprimant la gratitude de Venise libérée de la peste) !

Le peuple de la noble cité scella de nouveau sur les autels l'alliance indissoluble de la religion et de la patrie ; dans les écoles retentit de nouveau le nom auguste de Dieu ; aux murs des hôpitaux, l'image du divin Moribond reprit sa place ; aux jours de fête furent rétablis les « ponts votifs » et les Vénitiens se serrèrent plus étroitement autour de leur Patriarche, comme d'un Doge ressuscité, avec une vénération et une tendresse qui dépassaient tout ce qu'on avait vu.

Cette magnifique victoire, acquise par l'accord des catholiques et des « libéraux modérés », et par la volonté tenace du cardinal Sarto, eut, dans toute la nation, une profonde résonance (les témoignages au Procès ordinaire et apostolique de Venise sont pleins du souvenir de cet événement. Tous les journaux, catholiques et non catholiques d'Italie, en ont parlé, les uns avec allégresse, les autres avec une grande mélancolie et en cachant mal leur fureur, parce qu'ils sentaient qu'après cette victoire des forces saines leur revanche ne serait plus possible. [cf. La Difesa de Venise, 29-30 juillet 1895]
L'Adriatico, journal libéral de Venise, écrivait, le lendemain du vote : « Les cléricaux ont vaincu ; ils ont vaincu, plus qu'en aucune autre ville d'Italie et avec une majorité écrasante. »).



LE PATRIARCHE SARTO ET LÉON XIII



Dans cette occurrence, quelques-uns murmurèrent à Rome que le Patriarche de Venise s'entendait un peu trop avec les « libéraux », que l'alliance des catholiques et des « libéraux-modérés », voulue et soutenue par lui, était une entorse aux principes.

Un jour que celui-ci était de passage à Rome, Léon XIII lui demanda des éclaircissements. Le cardinal expliqua comment les élections s'étaient faites et ce qu'étaient ces libéraux :

« Ce sont des hommes qui communient publiquement à Pâques, et non pas seulement à Pâques ; qui assistent à la messe le dimanche ; qui ne manquent aucune fête votive de la ville, et qui, à la procession de la Fête-Dieu, n'hésitent pas à porter le dais. »

« Mais alors, s'écria Léon XIII, ce sont des catholiques, et même des cléricaux. »

Léon XIII imposa silence aux critiques, d'une façon plus solennelle, en adressant un Bref aux jeunes catholiques de Venise. Il les félicitait d'avoir obéi à la voix de leur Patriarche et de combattre pour assurer à leur cité une administration digne de sa foi : Rectum civitati regimen ornai ope secundoque exitu contendistis (Docteur VIAN, Ord. Ven., 960. — Quatre ans plus tard, aux élections administratives du 31 juillet 1899, les dernières de son Patriarcat, la victoire fut encore plus éclatante, par le nombre des catholiques élus. Les adversaires subirent un rude échec dans la personne de leur principal champion, le professeur maçon Bordiga).

Observons d'ailleurs que, dans cette alliance entre les catholiques et les libéraux-modérés, ce n'étaient point ceux-ci, mais ceux-là qui avaient élaboré le programme d'action commune à mener dans la période des élections et après les élections. Ce n'étaient pas les catholiques qui avaient atténué leurs principes pour adhérer aux modérés, mais les modérés qui avaient adhéré au programme des catholiques.

Les chapitres essentiels étaient : le respect de la religion, l'enseignement religieux dans les écoles, l'intervention aux fêtes votives, la tutelle du patrimoine des pauvres dans les œuvres dites « Œuvres Pies » : quelles difficultés pouvaient donc encore subsister contre la formation d'un bloc d'honnêtes gens, décidés à rendre à Venise son lustre de cité chrétienne, contre un bloc d'anticléricaux enragés qui prétendaient asseoir leur fortune sur la division de leurs adversaires ?
C'était une tactique très sage de pousser les catholiques à se servir des bons citoyens qui militaient dans le parti modéré, et dont, au surplus, l'expérience leur était utile dans les questions économiques et administratives. C'est ce que sut toujours faire le cardinal Sarto pour le bien de son diocèse, objet suprême de ses pensées et de son activité.



Extrait de "Pie X", Biographie du R.P. DAL GAL.






Les Catholiques fidèles à la Loi de Dieu pourraient voter uniquement pour un candidat véritablement catholique, proposant un programme catholique, c'est-à-dire respectant entièrement les lois de Dieu, remettant le Règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ au centre de la politique. Y a-t-il, dans toute cette agitation maçonnique, un candidat qui porte l'étendard de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Vous avez la réponse... Écoutez ce sermon. Quelqu'un ici veut-il donner sa voix au Démon ? Quelqu'un ici veut-il entrer dans ce système anti-catholique ? Peut-on véritablement être candidat aux élections ou voter sans enfreindre les Lois de Dieu ? Peut-on être catholique et acteur d'une république fondée sur des principes hérétiques ?




Lire cet article : La Croisade des sept mille, France catholique et élections présidentielles, Saint Michel terrassera de nouveau le Dragon et Prières.



Quand le christianisme d’un pays se réduit aux proportions de la vie domestique, quand le christianisme n’est plus l’âme de la vie publique, de la puissance publique, des institutions publiques, alors N.S.J.C. traite ce pays comme Il est traité Lui-même. Il continue Sa grâce et Ses bienfaits aux individus qui Le servent, mais Il abandonne les institutions, les pouvoirs qui ne Le servent pas ; et les institutions, les pouvoirs, les rois, les races deviennent mobiles comme les sables du désert, comme les feuilles d’automne que chaque souffle de vent emporte. (Cardinal Pie)

Je bénis tous ceux qui coopèrent à la résurrection de la France. Je les bénis dans le but (laissez-moi vous le dire) de les voir s’occuper d’une œuvre bien difficile mais bien nécessaire, celle qui consiste à faire disparaître ou à diminuer une plaie horrible qui afflige la société contemporaine, et qu’on appelle le suffrage universel. Remettre la décision des questions les plus graves aux foules, nécessairement inintelligentes et passionnées, n’est-ce pas se livrer au hasard et courir volontairement à l’abîme ? Oui, le suffrage universel mériterait plutôt le nom de folie universelle ; et quand les sociétés secrètes s’en emparent, comme il arrive trop souvent, celui de mensonge universel. (Pie IX, discours du 5 mai 1874)

La république actuelle, avec ses hommes et ses lois, est le châtiment de la France. La France, nation préférée, fille aînée de l’Église, comblée des dons naturels et surnaturels de Dieu, la France a péché. Dans une même heure de révolte et de folie, elle a renié le Christ, son Dieu, elle a tué son père le Roi très chrétien. La France est punie. Depuis ce jour de crime la nation n’est pas seulement divisée, elle est mutilée, décapitée.
C’est en punition du péché que les impies arrivent au pouvoir avec la permission de Dieu.
Ainsi conclut saint Thomas quand il examine les moyens de remédier à la tyrannie (De regemine Principum, lib. 1, cap. IV) : Il faut cesser de pécher pour que cesse la plaie des tyrans. Voilà le principe d’où il faut partir pour trouver un remède à nos maux.
Le péché de la France moderne est double. Il y a en elle un péché d’origine : l’apostasie et le régicide en un mot, la Révolution. Il y a en elle un péché actuel : la prétention du peuple à la souveraineté, la méconnaissance de toute autorité qui n’émane point de lui ; c’est-à-dire, l’impénitence dans le péché de révolution
.
Dieu qui aime la France, lui fait sentir le poids de sa colère.
L’obstacle au salut, ce sont les catholiques qui songent uniquement aux moyens humains, en un péril où Dieu seul peut nous sauver. Or, les moyens humains, ne sont pas seulement impuissants à nous sauver, ils hâteront notre ruine. Quels moyens avons-nous, humainement, de sauver la religion et la France ?
Ceux que nous donne la Constitution.
Et quel moyen la Constitution nous donne-t-elle ?
Le suffrage universel, seulement. C’est-à-dire, précisément ce qui perpétue et enracine au cœur de la France le péché mortel de révolution. C’est-à-dire, la grâce du peuple souverain, grâce promise au prix de quelles humiliations et de quelles bassesses ! grâce toujours révocable et sans cesse rachetée. Comment jetterez-vous l’anathème sur le dogme de la souveraineté populaire, si vous attendez d’elle le salut ? Comment proclamerez-vous les droits imprescriptibles et divins de l’Église, si le programme du parti que vous fondez pour la défendre est un programme électoral, destiné à rallier la majorité des hommes de ce temps ?
Ô infernale ruse de l’esprit de mensonge qui nous accule dans ce défilé !

(Abbé Charles Maignen, docteur en théologie, en 1892, dans "La Souveraineté du peuple est une hérésie")




Écoutez ce sermon pour le 10e Dimanche après la Pentecôte (aller à 2h14), et ce sermon pour le troisième Dimanche de Carême.


Reportez-vous à Quas primas, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie XI, Diuturnum Illud du Pape Léon XIII, sur l'origine du pouvoir civil, Saint Pie X, côté mystique d'une élection papale, Triple serment à l'attention de la jeunesse, du Pape Pie XII, Divini Redemptoris du Pape Pie XI sur le communisme athée, Mit brennender sorge, du Pape Pie XI, sur la condamnation du nazisme, E Supremi, 1re Lettre encyclique du Pape Pie X, Il fermo proposito, du Pape Pie X, sur l'Action catholique ou Action des catholiques, Sapientiae christianae du Pape Léon XIII, sur les principaux devoirs des chrétiens, et Rerum novarum du Pape Léon XIII sur la doctrine sociale de l’Église.




Lire "La Souveraineté du peuple est une hérésie" de Charles Maignen (Lire), "Réflexions sur les ennemis et la manœuvre" de Jean Vaquié (Lire), et "Vie de Garcia Moreno" par le P. Berthe.