jeudi 22 mars 2018

Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Jésus-Christ couronné d'épines









SIXIÈME MÉDITATION


Jésus-Christ couronné d'épines



« Les soldats du gouverneur ayant amené Jésus dans la cour du Prétoire, assemblèrent là autour de lui toute la compagnie, lui ôtèrent ses habits et le revêtirent d'un manteau d'écarlate. Puis ayant fait une couronne d'épines entrelassées, ils la lui mirent sur la tête, avec un roseau à la main droite ; et s'agenouillant devant lui, ils se moquaient de lui, et ils commencèrent à le saluer en venant à lui, et lui disant : Salut au Roi des Juifs, et ils lui donnaient des soufflets, lui frappaient la tête avec un roseau, lui crachaient au visage, et se mettant à genoux devant lui, il l'adoraient ».


MÉDITATION

Sur Jésus-Christ couronné d'épines,

objet des vœux à la fois dérisoires et homicides de ses ennemis



1er Point.
Une grande vérité morale, trop oubliée des enfants des hommes, et qui suffirait seule pour nous faire connaître toute la malice du péché, nous est rendue manifeste par l'histoire des divers genres d'outrages faits à Jésus-Christ dans le cours de sa Passion. Remarquez que si tous les crimes s'y trouvent réunis, il en est deux qui dominent sur tous les autres, l'oppression et la soif du sang, jointe à la dérision et au mépris de l'innocence opprimée.
Rien en apparence ne parait moins fait l'un pour l'autre, que le rire des impies et leurs poignards, et cependant tous les deux s'accordent si bien ensemble, qu'on ne cesse de les trouver réunis dans l'histoire des impies de tous les âges, chez qui, se jouer des principes de l'homme religieux ou de ses droits les plus sacrés, le tourner en dérision et en mépris dans sa personne, ou le perdre dans sa fortune, dans son honneur et dans sa vie, ne sont que les actes d'une même volonté coupable, modifiée selon les circonstances. Ainsi voit-on les impies du temps des prophètes se rire d'abord de l'austérité des mœurs de ces oracles de la divine Sagesse, se moquer ensuite de leurs discours, voner leurs exemples au ridicule, les accuser successivement d'orgueil et de bassesse, d'esprit de révolte et d'esprit de servitude, de fanatisme et de superstition, et après avoir en vain épuisé contr'eux les railleries et les sarcasmes sans avoir pu les faire faiblir dans leur zèle pour la Religion, les impies recourent aux injures, aux insultes et aux outrages, ils excitent contre les prophètes la jalousie des Gouvernements, ils les déclarent suspects à l’État, et s'ils en ont le pouvoir, ils les font bannir avec Élie, ou jeter dans la fosse aux lions avec Daniel, ou scier en deux par le milieu du corps avec Isaïe. Ainsi voit-on, après Jésus-Christ et dès les premiers siècles du Christianisme, ce que l'on verra sur la terre jusqu'à la fin des siècles, les impies toujours prêts à se moquer de la simplicité des justes, à les opprimer s'ils persévèrent, à les immoler, enfin, s'ils gênent leur impiété. De-là l'ordre de ce cruel tyran qui faisait enduire les chrétiens de suif, de poix, et de diverses matières inflammables pour que, cloués et brûlés vifs au coin des rues, ces enfants de lumière servissent dérisoirement à éclairer les passants pendant la nuit...
Mais d'où vient cette persécution continuelle des méchants contre les bons, des impies contre les hommes craignant Dieu, si ce n'est de l'enfer et des esprits de ténèbres qui l'habitent ? C'est aux démons que le pouvoir est donné de tenter les justes et de séduire, s'il était possible, les élus même de Dieu ; de détruire dans le genre humain tout ce qu'ils ne sauraient y corrompre, pour n'avoir plus parmi les hommes que des complices ou des victimes ; tel est le vœu des démons, et tel doit être celui des impies qui ne forment avec eux qu'un seul et même esprit: et lorsque de la réunion de tant de volontés dépravées il n'en sort pas la destruction de tous les justes, c'est que la même Providence qui met des bornes à la fureur de flots, en met à celle des méchants, et qu'ils ne sauraient non plus franchir, que la mer ses barrières ; car si leurs moyens égalaient leurs désirs, ah ! depuis long-temps la religion serait exilée de la terre, le nom de Dieu proscrit de l'univers et la race des justes anéantie.

2e point. Faut-il donc s'étonner qu'en ayant reçu le pouvoir du fils de Dieu même, les démons et les hommes animés de leur esprit, aient réuni contre lui dans sa Passion tous les efforts de leur malice pour le tourner en dérision, l'avilir et le perdre. C'est ce que les prophètes avoient annoncé depuis plusieurs siècles, et il n'eût tenu qu'aux Juifs d'ouvrir le livre de leurs oracles pour y lire l'histoire de leur aveuglement et de leurs complots, celle de leur déicide et de leur réprobation... Écoutez les paroles du livre de la Sagesse, chap. II. « Les méchants ont dit dans l'égarement de leurs pensées : (c'est le prophète qui rapporte leur langage insensé) Le  temps de notre vie est court et fâcheux. L'homme n'a point de remèdes contre le coup de la mort, et on ne sait personne qui soit revenu du fond du tombeau. Nous sommes nés comme à l'aventure, et après la mort nous serons comme si nous n'avions jamais été ». — Doctrine du néant prêchée par les impies de tous les pays et de tous les âges ; il n'est point d'âme corrompue qui ne doive s'en accommoder puisqu'il n'en est pas de plus accommodante pour le vice. Loin donc de s'en affliger comme du plus grand des maux qui pût accabler la nature humaine. — « Venez donc, ajoutent les méchants, jouissons des biens présents, hâtons-nous d'user des créatures pendant que nous sommes jeunes, enivrons-nous des vins les plus exquis, couronnons-nous de roses avant qu'elles se flétrissent ; laissons partout, sur les traces de nos pas, le souvenir de nos voluptés, parce que jouir des plaisirs des sens est nôtre sort et notre partage (Livre de la sagesse, chap. II. Toutes les paroles de l'Écriture que nous citons dans le second point, sont tirées du même chapitre). » — C'est-à-dire que selon ces impies si fréquents de nos jours, l'homme n'a point d'autre bonheur à prétendre que celui des sens, ni d'autre vocation à remplir sur la terre que celle de la brute. Mais dès-lors que l'amour et la crainte de Dieu n'existent plus pour eux, dès-lors qu'ils font de ces principes la base de leur croyance, pour quoi se gêneraient-ils dans les penchants de leur nature corrompue ? Pourquoi, encore, se défendraient-ils d'une injustice, s'ils y trouvent l'intérêt de leur fortune ou celui de leurs vices ? Or, le premier de leurs intérêts, celui du moins que l'enfer leur rend le plus désirable, serait d'asservir le genre humain à leur impiété. — « Que nul ne se dispense, disent-ils, de prendre part à notre débauche. »  leur résiste : — Et si le juste leur résiste : — « Opprimons le juste, s'écrient-ils, que notre force soit la loi de la justice, car ce qui est faible n'est bon à rien » ; En quoi, certes, leurs actions sont conformes à leurs principes. Mais si ces impies rencontrent sur leurs pas le Juste par excellence, le chef de tous les justes, le fils de Dieu et le fils de l'homme, que feront-ils à cette vue ? Le même prophète nous en instruit. « Faisons tomber le juste dans nos pièges, diront-ils, parce qu'il nous est incommode, qu'il nous reproche la violation de la Loi, et qu'il nous déshonore en décriant les fautes de notre conduite. Il assure qu'il possède la science de Dieu et il s'appelle le fils de Dieu. Il est devenu le censeur de nos pensées mêmes. Sa seule vue nous est insupportable, parce que sa vie n'est point semblable à celle des autres hommes et qu'il suit une conduite toute différente. Il nous considère comme des gens qui s'occupent à de vains et périssables objets. Il s'abstient de notre manière de vie comme d'une chose impure. Il préfère ce que les justes attendent à la mort, et il se glorifie d'avoir Dieu pour père » — Ainsi les méchants haïssent en Jésus-Christ et en ses saints, ce que l'enfer y déteste, l'homme grand par sa vertu, grand par sa foi, grand par son union avec Dieu, l'homme héritier des promesses éternelles. De-là l'envie des méchants, de-là leur jalousie suscitée par celle des démons, et qui leur fait concevoir le projet d'anéantir en la personne du juste par excellence tout espoir pour les justes en général, soit d'une protection présente, soit d'une récompense future : « Voyons, disent-ils, si les paroles du juste sont véritables, éprouvons ce qui lui arrivera et nous verrons qu'elle sera sa fin. » Ce qui nous atteste que les méchants n'ont, au fond, rien d'assuré dans leurs voies et qu'ils ignorent eux-mêmes si le juste ne sera pas sauvé tôt ou tard de leurs coups. C'est un essai redoutable qu'il veulent faire de leurs forces contre celles du Ciel. « S'il est véritablement le fils de Dieu, continuent-ils, Dieu prendra sa défense et il le délivrera des mains de ses ennemis. Examinons-le par les outrages et par les tourments, afin que nous connaissions quelle est sa douceur, et que nous fassions l'épreuve de sa patience. » — Malheureux qui ne se reconnaissent pas eux-mêmes, dans ce dessein de leur malice, comme les instruments d'une Providence qui veut, en effet, éprouver en ce monde la douceur et la patience des bons, par la fureur et la violence des méchants ; ce qui fait que ceux-ci ne s'arrêtent point dans la carrière de leurs crimes et que prenant l'impassible constance du juste pour le plus sensible des affronts, ils ne gardent plus de mesure pour le perdre, « Condamnons-le à la mort, s'écrient-ils, et à la mort la plus infâme. » — Voilà le cri de la colère et de la rage ; voici derechef le langage du doute et de l'incertitude, peut-être celui de l'athéisme et du blasphème : « Si ses paroles sont vraies, Dieu prendra soin de le délivrer ». De telle sorte que s'il entre dans les vues de la Providence, ce qui tient évidemment à la fin même de la régénération évangélique, d'éprouver dans cette vie la constance du juste par le triomphe des méchants ; ceux-ci croiront avoir, seuls, raison et contre Dieu et contre le juste: « ils ont eu ces pensées, dit le prophète, parce que leur propre malice les a aveuglés ».

3e point. Mais si les méchants sont ainsi les ennemis des bons, ne nous est-il pas glorieux d'avoir à souffrir de leur impiété ce que Jésus-Christ et tous les saints en ont souffert ? ne savons-nous pas qu'en qualité, surtout, de chrétiens, nous avons un droit particulier à leur dérision et à leurs outrages ; et que la même couronne d'épines qu'ils ont mise sur la tête du Saint des saints, ils nous la destinent, si nous voulons être ses disciples ? Mais quoi ! ne vaut-il pas mieux porter avec Jésus-Christ cette couronne d'épines qui promet l'immortalité des justes et qui ceint nos têtes d'un diadème de vertus, que cette couronne de roses, qui se flétrit du matin au soir sur la tête des pécheurs, et qui ne leur promet que la flétrissure du vice ? Quoi ! ne vaut-il pas mieux n'avoir point avec Jésus-Christ l'opinion des mondains pour soi, que d'en être l'idole, sans avoir pour soi Jésus-Christ ? Mais les mondains se riront de mes principes, ils se moqueront de ma simplicité. » S'ils vous traitent comme ils ont fait Jésus-Christ, qu'avez-vous à vous plaindre ? Leur désolante morale balancerait-elle dans votre esprit celle de l'Évangile ? Le néant de leurs espérances futures qui ne vous offrent d'autre sort au-delà du tombeau que celui de la brute, l'emporterait-il dans votre cœur sur les espérances à venir que le fils de Dieu vous a conquises par ses souffrances et par sa croix, et qui vous assurent après la vie la communion des Anges et des saints, et Dieu même, pour héritage ?


Considération. Considérez, 1°. Combien les ris insensés des impies doivent vous faire horreur, puisqu'ils se trouvent mêlés aux injures et aux outrages sanglants dont Jésus-Christ est accablé dans sa Passion.
Considérez, 2°. Que l'impiété se ressemblant à elle-même dans tous les temps, elle doit être de nos jours, la même institutrice de matérialisme et d'athéisme que du temps de Salomon et des prophètes ; elle doit persécuter de même Jésus-Christ jusqu'à la fin des siècles, soit dans sa personne soit dans son Église. S'il en était autrement, et si les prêtres ou les disciples fidèles pouvaient ne rien craindre de la part des impies ; les oracles sacrés ne seraient point véritables, lorsqu'ils nous assurent que les bons ne cesseront d'avoir à souffrir sur la terre de la malice des méchants jusqu'au grand jour du Seigneur.
Considérez 3°. Combien il vaut mieux, ainsi que nous l'avons dit, porter avec Jésus-Christ cette couronne d'épines qui promet l'immortalité des justes, et qui ceint nos têtes d'un diadème de vertus que cette couronne de roses qui se flétrit du matin au soir sur la tête des pécheurs et qui ne leur promet que la flétrissure du vice.


Résolutions et prière. Ô mon divin Sauveur pourrais-je donc hésiter entre ces deux couronnes ? C'en est fait. Votre loi l'emporte dans mon cœur, sur toutes les dérisions des mondains ; et votre exemple m'entraîne sur la trace de vos pas. Maintenant que je connais le vœu d'extermination des impies, contre ceux qui vous sont acquis par le mérite de vos souffrances et de votre croix, je saurai l'estime que je dois faire de leurs suffrages ; je saurai ce que valent leurs applaudissements et leurs mépris. Les applaudissements de ceux qui vous blasphèment! Ah ! défendez-moi, Seigneur, d'une telle honte. Le mépris de ceux qui vous méprisent ! C'est là ce qui sied bien à vos disciples. C'est là ce que mon cœur préfère. Fortifiez-moi dans ces généreuses résolutions, ô mon divin Jésus, afin que sous un chef couronné d'épines, dont le corps est rempli de meurtrissures et le visage rougi de sang pour l'expiation de mes péchés, je ne craigne d'autre mal des impies que de les avoir pour approbateurs, je ne rougisse devant le monde que de ses propres scandales, et je n'ambitionne d'autre bonheur que celui de pouvoir annoncer dans toute ma conduite, la vertu des souffrances et de la croix de Jésus. Ainsi-soit-il.





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