samedi 31 mars 2018

Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : VOILÀ L'HOMME





SEPTIÈME MÉDITATION

Pilate montrant Jésus aux Juifs leur dit : VOILÀ L'HOMME



« Pilate sortit encore une fois et dit aux juifs : le voici ; je vous l'amène afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun crime. Jésus sortit donc, portant une couronne d'épines et un vêtement de pourpre (il y a lieu de croire qu'il avait aussi conservé le roseau, puisqu'il paraissait comme un roi d'ignominie et de douleur) et Pilate leur dit : voilà l'homme. »



MÉDITATION


Sur ces paroles de Pilate : voilà l'homme.



Premier point. Jamais paroles furent-elles plus capables de réaliser pour l'homme le précepte des anciens sages, et de l'instruire dans la connaissance la plus approfondie de lui-même que ces paroles de Pilate : Voilà l'homme, lorsqu'il amène devant les Juifs, Jésus-Christ, les mains liées, le corps flagellé et le visage couvert de crachats, revêtu d'un manteau de pourpre, portant une couronne d'épines et un roseau pour sceptre. N'est-ce pas, en effet, là, l'homme pécheur, l'homme de la nature dégénérée, l'homme dont les esprits de ténèbres lient et enchaînent la liberté, l'homme dont les prophètes s'écrient qu'il ne reste plus rien de sain en lui depuis le sommet de la tête jusqu'à la plante des pieds, l'homme tout meurtri sous les coups des passions et tout couvert de l'opprobre du vice, l'homme déchu de sa grandeur première, le souverain dérisoire de la nature qui n'a plus conserve d'autre vêtement de gloire que les haillons de sa misère, d'autre diadème que les sollicitudes de la vie, d'autre bâton de commandement qu'un faible roseau, symbole du néant de ses forces.

Second point. Voyez si ce n'est point là, trait pour trait l'image de l'ancien Adam , après sa révolte contre le ciel. Rapprochez ces liens de corde dont les mains de Jésus sont garottées par la malice des Juifs, de ces liens invisibles dont l'ancien Adam est enchaîné par la malice des démons ; rapprochez ces meurtrissures et ces crachats, dont le corps de Jésus est couvert, de la plaie profonde qui ne fait plus du corps de l'ancien Adam qu'un abyme de corruption et de pourriture ; rapprochez ce manteau d'écarlate, symbole d'une royauté dérisoire qui couvre à peine la nudité de Jésus, de ce vêtement non moins dérisoire, le seul, ce semble, que la nature voulut offrir à l'ancien Adam pour lui dérober la honte de sa propre nudité (Genes, c. 2) ; rapprochez cette couronne d'épines qui ceint la tête ensanglantée de Jésus, de ces ronces et de ces épines, l'héritage de l'ancien Adam ; rapprochez enfin ce sceptre de roseau que les juifs mettent dans les mains de leur victime, de la sorte d'empire que le démon et ses anges de ténèbres lèguent à l'ancien Adam, pour prix de sa rébellion envers le Ciel. Et puis, dites-nous si ces traits de ressemblance ne seraient pas seuls suffisants pour établir une conformité d'expiation entre l'ancien, et le nouvel Adam, entre l'homme coupable et l'homme victime. Donc, voilà le genre humain tout entier expiant dans son chef la juste peine de son orgueil.
Et maintenant qu'accablé sous le poids de ses expiations, l'homme satisfait en la personne de Jésus-Christ, à la justice de son père, connaissez, ô chrétien, comment le prix de sa croix est acquis au genre-humain et comment le genre-humain, ce géant de la création, est relevé de la poussière dans laquelle la rage de l'enfer le tenait renversé. C'est en voulant usurper le souverain domaine de Dieu que l'homme était tombé de la hauteur du ciel ; c'est en prenant la forme de l'homme dans l'état d'anéantissement où le péché l'avait réduit que le fils de Dieu change le sort du genre humain et lui mérite le pardon et la miséricorde.
C'est en unissant en lui les deux natures divine et humaine pour n'en plus taire qu'un seul et même Christ, qu'il trompe l'envie des démons qu'il leur persuade que le Messie si longtemps attendu par les patriarches, ou prédit par les prophètes n'est que l'homme Adam dont ils ont tenté la faiblesse, dont ils ont vaincu la résistance, dont ils ont aboli la souveraineté, dont ils ont fait la victime de l'éternelle mort, et ils ne voient pas, sous la ressemblance de cet HOMME PÉCHEUR, L'HOMME DIEU communiquer à chacune de ses souffrances, une telle vertu divine, que ses liens font tomber ceux qui rendaient notre nature captive de la mort et de l'enfer, que ses meurtrissures guérissent celles que le péché nous avait faites, que le manteau dérisoire dont il est revêtu couvre la nudité de nos âmes, que sa couronne d'épines se change pour le genre humain en une couronne de gloire, et que son sceptre de roseau devient dans ses mains un sceptre de miséricorde pour les bons, qui relève leur éternel empire, et un sceptre de justice pour les méchants qui brise à jamais toutes leurs espérances.

Troisième point. C'est à la porte du Prétoire, lorsque Jésus-Christ s'y montre sous ces mémorables rapports, que je dois venir apprendre à me connaître moi-même. Que sont tous les livres des philosophes, devant l'instruction que Jésus-Christ nous donne lorsque Pilate le mène devant les Juifs ainsi revêtu des marques d'une royauté dérisoire ? VOILÀ L'HOMME PÉCHEUR, sans distinction d'état, de fortune, de crédit ou de savoir. Je serais assis sur le trône du monde, je commanderais à tous ses habitants d'un signe de tête, que je n'en serais pas moins, en qualité d'homme pécheur, esclave de la mort et de l'enfer, qu'un vêtement de dérision siérait bien à mon état de déchéance morale, qu'une couronne d'épines et un roseau pour sceptre, conviendraient à ma royauté d'un jour, mêlée de chagrin et de servitude ; sans consolation et sans espérance.
Je réunirais les richesses des deux mondes et tout l'or enfoui dans les entrailles de la' terre, que dans l'état de péché, je ne serais que le possesseur dérisoire de richesses factices et d'un héritage de néant. Je multiplierais en vain les diamants autour de ma tête, je m'appuierais en vain sur la solidité de ma fortune ; que dans l'état de péché, les diamants auraient pour moi le piquant des épines, et ma fortune ne serait qu'un faible roseau capable, tout au plus, de percer la main qui voudrait en faire son appui. J'aurais enfin tout le savoir des plus illustres génies, je n'ignorerais aucune des lois ou des phénomènes de la nature ; comme Salomon, je pourrais disputer de la cause et des effets de tous les êtres créés depuis le cèdre du Liban jusqu'à l'hysope, je joindrais à cette nomenclature celle de toutes les autres connaissances humaines, que dans l'état de péché, je n'en serais pas moins couvert du manteau d'une science dérisoire ; toutes les couronnes de lauriers ne me sauveraient pas des épines de la vie et tout mon savoir n'aurait pas même la solidité d'un roseau pour me soutenir contre la violence de mes propres passions.


Considérations.
Considérez 1°. Que l'homme, dans l'état de péché, n'a plus rien qui commande le respect et la vénération du ciel et de la terre, qu'il n'est plus qu'un souverain dépossédé de son empire.
Considérez 2°. Que si le fils de Dieu s'est soumis comme victime de nos péchés à n'offrir plus au monde que l'image d'une grandeur dont se jouent, à l'envi, l'enfer et les méchants, il n'est pas d'empire ni de grandeur véritable, qui puisse s'allier dans l'homme avec l'état de péché.
Considérez 3°. Qu'il ne peut donc exister de salut, de perfection et de bonheur pour l'homme de la nature, que dans son union avec l'homme de la grâce, l'homme-Dieu, victime d'expiation pour les péchés du monde.


Résolutions et Prière. C'en est donc fait, ô mon divin Jésus, vous m'instruisez suffisamment sur la vraie science de l'homme. Je n'en veux pas d'autre, celle-là me suffit. Elle m'apprend tout ce qu'il faut que je sache pour bien juger de la vie présente dans ses rapports avec la vie future. Quoi ! vous le fils de Dieu, en vous unissant au fils d'Adam pour ne plus faire des deux natures divine et humaine, qu'un seul et même Christ, vous n'avez vu dans l'homme qu'un roi détrôné dont vous ne pouviez relever la grandeur et la gloire que par le mérite de vos souffrances et de votre croix, et je voudrais me réhabiliter dans tous les droits de ma vocation première, sans peine, sans travaux, sans épreuves ; et je placerais, un seul instant, l'estime de moi-même dans les biens extérieurs que le monde préconise, mais qui ne sont pas moi...., mais qui n'ont rien de commun avec moi ?... Non, mon divin Jésus, quelque coupable que je sois d'ailleurs à vos yeux, je ne tomberai pas du moins dans cet excès de démence, de prendre, par exemple, l'ornement extérieur de l'homme pour l'homme même, la recherche de sa parure pour la droiture de sa raison, l'éclat de son costume pour celui de sa sagesse, la magnificence de sa maison pour la sublimité de son âme, le nombre de ses serviteurs pour celui de ses vertus, la somme de ses richesses pour celle de ses bonnes œuvres ; je ne tomberai pas non plus dans cet excès d'ingratitude, de traiter en moi l'homme fait à votre image et à votre ressemblance immortelle, l'homme que vous avez racheté à un si haut prix, l'homme dont vous avez à ce point honoré la nature, que vous l'avez éternellement unie en vous à celle du fils de Dieu, je ne tomberai pas non plus, dis-je, dans cet excès d'ingratitude de traiter en moi cet homme, comme font les enfants irraisonnables ces figures qu'ils s'étudient à décorer sans cesse de puériles atours. Ah ! vous m'apprenez que j'existe pour une plus noble vocation. Que tous mes vœux, Seigneur, soient de la remplir fidèlement.





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