mercredi 10 février 2016

L'institution du Carême et la manière dont les premiers chrétiens le passaient



Le Christ dans le désert (Kramskoi)


DE L'INSTITUTION DU CARÊME, ET DE LA MANIÈRE DONT LES PREMIERS CHRÉTIENS LE PASSAIENT
(Extrait de "Esprit du R.P. AVRILLON pour passer saintement l'Avent et le Carême")


Le Carême, ou la sainte Quarantaine, est le nom donné aux quarante jours de jeûne que l'Église nous prescrit pour nous préparer à la fête de Pâques. La sainte pratique de se disposer à cette grande solennité par la pénitence, était reçue dès les premiers siècles de l'Église, et elle nous vient des Apôtres. À l'exemple de Moïse, d'Élie, et surtout de Jésus-Christ, qui avait jeûné quarante jours, les chrétiens ont consacré le même espace de temps au jeûne et à l'abstinence, pour mortifier leurs sens, purifier leurs cœurs, et, par ces moyens salutaires, se disposer à la communion pascale. Le jeûne du Carême était plus rigoureux que celui des autres jours de l'année, parce qu'on ne prenait son repas qu'au coucher du soleil. Ce repas se réduisait à des herbes, des légumes, des racines, et quelqu'autre espèce de nourriture commune, sans aucun apprêt qui flattât le goût. Il n'était permis de manger qu'une fois le jour. Le jeûne et l'abstinence ordonnés par l'Église pendant ce temps-là ,ne se bornaient pas à la privation des aliments ; les fidèles, persuadés que la pénitence devait être universelle, détendaient à tout ce qui mortifiait l'esprit, le cœur et le corps. Le sommeil était moins prolongé, et souvent interrompu par la prière ; les conversations étaient plus rares. On ne s'y entretenait que de Dieu et du bonheur d'apaiser sa colère. On ne s'accordait que les délassements les plus indispensables. On vivait dans la retraite et le silence.
Ce genre de vie, qui nous paraît si pénible et si austère, a été en vigueur dans l'Église pendant plus de dix siècles. La loi du jeûne et de l'abstinence était pour tous sans distinction, et la dispense ne regardait que les particuliers à qui la maladie et l'infirmité en rendaient l'observation impossible. Les princes et les rois se faisaient un devoir de l'accomplir, comme nous le lisons dans l'histoire de Charlemagne.
Les chrétiens, dans la suite, s'étant relâchés de cette première ferveur, l'Église, quoiqu’avec douleur, a permis d'avancer l'heure du repas et de manger à midi ; mais en permettant cet adoucissement, elle veut toujours que ce repas soit frugal, accompagné de l'esprit de pénitence : elle règle le choix et la nature des aliments, et quoiqu'elle n'en détermine point la quantité, elle recommande cependant, plus qu'en tout autre temps, la tempérance et la sobriété, et elle ne regarde point comme de parfaits observateurs de la loi ceux qui recherchent ce qui flatte le goût ; ceux qui se proposent de prendre une nourriture assez abondante pour se garantir de tout ce qui peut nous faire ressentir la faim ou la soif. Le vrai jeûne, selon la doctrine des Saints-Pères, consiste principalement à combattre nos passions, à purifier notre âme de ses souillures. Que l'avare, dit saint Augustin, se détache des biens de la terre ; que la colère cesse de s'irriter ; que le voluptueux châtie sa chair ; qu'on renonce à tout péché.
La collation du soir, quoique maintenant d'un usage presque universel, n'est accordée que par indulgence par l'Église. Elle n'est pas censée empêcher l'unité du repas, qui est de l'essence du jeûne. Nous lisons dans l'histoire de Saint-Charles-Borromée qu'il n'y permettait à ses domestiques qu'une once et demie de pain et un verre de vin.
Quoique cette conduite ne soit pas une loi, elle doit du moins montrer aux fidèles combien ils doivent craindre de satisfaire leur sensualité en s'en éloignant trop, comme ils le font tous les jours.
Combien, en effet, de chrétiens dont la collation est plus forte que l'unique repas qu'on faisait dans la primitive Église ! Alors le tempérament n'était pas plus fort ni plus robuste qu'aujourd'hui ; nos occupations ne sont pas plus pénibles. Ce ne sont pas les forces qui nous manquent, mais la bonne volonté.
Si l'on était bien convaincu de la nécessité de faire pénitence pour fléchir la colère d'un Dieu que nous avons si souvent offensé, et des rigueurs de sa justice que nous devons apaiser, au lieu de s'exempter du jeûne et de l'abstinence sous les prétextes les plus frivoles, on regarderait le saint temps du Carême comme le plus favorable pour fléchir le ciel irrité de nos crimes, et nous réconcilier avec le Seigneur. N'oublions jamais que nous ne pouvons acquitter nos dettes à son égard, que par la pénitence, et que si nous manquons de la faire en ce monde, il faudra l'aller faire dans l'autre d'une manière infiniment plus rigoureuse. À la mort, nous voudrions avoir suivi ces maximes ; faisons-en maintenant la règle de notre conduite. Lorsque nous ne pouvons pas jeûner selon toute l'étendue de la loi, jeûnons du moins en partie, selon que nos forces nous le permettent. En ce cas, affligeons-nous saintement de ne pouvoir imiter la ferveur des fidèles. Substituons des privations proportionnées à notre état ; portons nos croix avec la résignation la plus parfaite, et, dans tous les maux que nous endurons, bénissons celui qui nous les envoie par miséricorde. Prions avec un renouvellement d'attention, avec une humilité plus profonde. Pendant ce saint temps, multiplions nos bonnes œuvres ; que nos aumônes, autant que nos facultés nous le permettront, soient plus abondantes. Faisons-nous un devoir d'écouter la parole sainte ; assistons, autant qu'il nous sera possible, au saint sacrifice de la Messe. Éloignons-nous avec soin des assemblées du siècle, et préservons-nous de tout ce qui pourrait distraire notre esprit de la présence de Dieu. Écoutons sa voix dans la retraite, c'est là qu'il parlera à notre cœur. Si nous lui présentons nos besoins, il s'empressera à y pourvoir ; en lui montrant les plaies de notre âme, médecin charitable, il les guérira.
Ceux qui, à cause de la faiblesse de leur tempérament, sont forcés (après en avoir obtenu la permission de leur pasteur) à faire gras, ne sont pas dispensés par là de la loi du jeûne, si leurs forces leur permettent de l'accomplir. Ils doivent bannir tout ce qui flatte la sensualité, et gémir de ne pouvoir pas se conformer au genre de nourriture des fidèles qui observent l'abstinence.
Ceux à qui des travaux pénibles ne permettent pas de jeûner doivent se rapprocher de la loi et des intentions du législateur, en offrant à Dieu leurs travaux en esprit de pénitence, en mortifiant leurs sens de la manière qui sera la plus convenable. Ils doivent consulter un confesseur éclairé et prudent, qui leur donnera des pratiques salutaires pour vivre pénitents.
Rien de si commun que de trouver des chrétiens qui, sur la plus légère violence qu'il faut se faire, ou d'après la décision d'un médecin complaisant, se font illusion et se croient dispensés de la loi du jeûne et de l'abstinence. Qu'ils sachent que l'Église condamne leur sensualité et leur mollesse, et qu'il n'y a qu'une vraie nécessité qui puisse rassurer leur conscience.
Quoique d'après la décision ordinaire des casuistes, on ne soit obligé à la loi du jeûne qu'à l'âge de vingt-et-un ans, cependant nous ne devons pas oublier que dès que nous sommes pécheurs, nous devons être pénitents. Les pères et mères doivent inculquer de bonne heure cette sainte maxime dans l'esprit de leurs enfants, et les accoutumer à des privations analogues à leur âge et proportionnées à leur tempérament.



CANTIQUE SUR LA PASSION DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST



Au sang qu'un Dieu va répandre,
Ah ! mêlez du moins vos pleurs,
Chrétiens, qui venez entendre
Le récit de ses douleurs.

Puisque c'est pour vos offenses
Que ce Dieu souffre aujourd'hui,
Animés par ses souffrances,
Vivez et mourez pour lui.

Dans un jardin solitaire,
II sent de rudes combats ;
Il prie, il craint, il espère ;
Son cœur veut et ne veut pas.

Tantôt la crainte est plus forte.
Et tantôt l'amour plus fort ;
Mais enfin l'amour remporte,
Et lui fait choisir la mort.

Judas, que la fureur guide
L'aborde d'un air soumis ;
Il l'emporte, et ce perfide
Le livre à ses ennemis.

Judas, un pécheur l'imite
Quand il feint de t'apaiser ;
Souvent sa bouche hypocrite
Le trahit par un baiser.

On l'abandonne à la rage
De cent tigres inhumains ;
Sur son aimable visage
Les soldats portent leurs mains.

Vous deviez, anges fidèles,
Témoins de ces attentats,
Ou le mettre sous vos ailes,
Ou frapper tous ces ingrats.

Ils le traînent au grand-prêtre,
Qui seconde leur fureur,
Et ne veut le reconnaître
Que pour un blasphémateur.

Quand il jugera la terre,
Ce Sauveur aura son tour ;
Aux éclats de son tonnerre
Tu le connaîtras un jour.

Tandis qu'il se sacrifie.
Tout conspire à l'outrager.
Pierre lui-même l'oublie,
Et le traite d'étranger.

Mais Jésus perce son âme
D'un regard tendre et vainqueur,
Et met d'un seul. trait de flamme
Le repentir dans son cœur.

Chez Pilate on le compare
Au dernier des scélérats !
Qu'entends-je ! ô peuple barbare !
Tes cris sont pour Barrabas.

Quelle indigne préférence !
Le Juste est abandonné ;
On condamne l'innocence,
Et le crime est pardonné !

On le dépouille, on l'attache,
Chacun arme son courroux :
Je vois cet agneau sans tache,
Tombant presque sous les coups.

C'est à nous d'être victimes ;
Arrêtez, cruels bourreaux !
C'est pour arrêter vos crimes
Que son sang coule à grands flots.

Une couronne cruelle
Perce son auguste front :
À ce chef, à ce modèle,
Mondains vous faites affront.

Il languit dans les supplices,
C'est un homme de douleurs :
Vous vivez dans les délices,
Vous vous couronnez de fleurs.

Il marche, il monte au Calvaire
Chargé d'un infâme bois :
De là, comme d'une chaire,
Il fait entendre sa voix.

Ciel, dérobe à la vengeance
Ceux qui l'osent outrager.
C'est ainsi, quand on l'offense,
Qu'un chrétien doit se venger.

Une troupe mutinée
L'insulte et crie à l'envi :
S'il changeait sa destinée,
Oui, nous croirions tous en lui.

Il peut la changer sans peine,
Malgré vos nœuds et vos clous ;
Mais le nœud qui seul l'enchaîne,
C'est l'amour qu'il a pour nous.

Ah ! de ce lit de souffrance,
Seigneur, ne descendez pas ;
Suspendez votre puissance,
Restez-y jusqu'au trépas.

Mais tenez votre promesse,
Attirez-nous après vous ;
Pour prix de votre tendresse,
Puissions-nous y mourir tous !

Il expire, et la nature
Dans lui pleure son auteur ;
Il n'est point de créature
Qui ne marque sa douleur.

Un spectacle si terrible
Ne pourra-t-il me toucher ?
Et serai-je moins sensible
Que n'est le plus dur rocher.






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