jeudi 26 mai 2016

L'existence du surnaturel et du surhumain


 



"DES RAPPORTS DE L'HOMME AVEC LE DÉMON" par Joseph BIZOUARD (Essai historique et philosophique) - PRÉFACE (1863)




Rien, dans notre siècle, ne rencontre autant d'hostilité, ne provoque autant la raillerie, que le surnaturel ; aussi rien de plus commun que l'impiété.
Décider cependant que le surnaturel est absurde, c'est saper la religion, c'est détruire sa base et en faire une invention purement humaine. Ainsi les gens religieux, qui tiennent peu de compte des miracles, ont moins de logique que les impies.
Le monde invisible présente deux sortes de prodiges : les faits surnaturels, qui suspendent les lois physiques ; et les faits surhumains, résultant de l'emploi de ces dernières pour opérer des actes supérieurs à tout pouvoir humain.
Si le surnaturel prouve l'existence d'un souverain être, le surhumain démontre l'existence d'êtres inférieurs infiniment plus puissants que l'homme ; l'étude qui prouve l'un et l'autre est donc éminemment importante, puisqu'elle met sous nos yeux une double vérité fort ancienne : Dieu se révélant par des miracles ; des êtres invisibles se révélant par des prodiges séducteurs. Ce qui n'est pas moins important, c'est de discerner les miracles des prodiges, puisque, si les premiers sont le résultat d'un rapport entre Dieu et l'homme, ces derniers sont également le résultat d'un rapport avec des esprits trompeurs qui se font passer pour des dieux.
La grande objection des incrédules, c'est que les miracles sont un non-sens, Dieu ne pouvant ni suspendre ni changer ses lois : — de la part de ceux qui admettent un Dieu puissant, intelligent et libre, cette objection est une ineptie ; de la part de ceux qui supposent que Dieu est identique avec la nature, c'est le panthéisme, monstruosité dont la réfutation ne peut trouver sa place ici.
Une autre objection, c'est qu'on ne peut concevoir que des esprits puissent avoir action sur la matière ; objection aussi puérile que celle d'un pauvre aveugle qui voudrait raisonner sur les couleurs. Un homme atteint de cécité accepte sans raisonner ce que lui disent ceux qui ont de bons yeux ; pourquoi refuser la même confiance à cette masse d'hommes éclairés par l'expérience et l'étude, qui, dans tous les temps, ont affirmé l'existence des esprits ?
Admettons par hypothèse qu'il existe une île inconnue qui ne soit habitée que par des aveugles : un voyageur jouissant de tous ses sens est jeté par la tempête au milieu de ces aveugles. Le naufragé leur révèle les merveilles de la vision, et leur dit : « Au moyen du sens qui vous manque, j'aperçois à dix, à vingt lieues et à des distances plus grandes encore, des montagnes, des rochers, des villages ; ce n'est pas ma main qui s'allonge, nulle partie de mon être ne va chercher ces objets qui restent eux-mêmes à leur place, et pourtant, malgré la grande distance qui m'en sépare, je les perçois, ils sont présents pour moi. » — Comme pour ces aveugles percevoir ainsi n'est autre chose que toucher, malgré cette affirmation, ils demanderont, en hochant la tête, des preuves, des démonstrations, ce que le voyageur ne pourra leur donner, et, fût-il accompagné de deux ou trois personnes pourvues de bons yeux, affirmant comme lui, nos aveugles supposeront que ce sont des compères. — « Indépendamment de ces perceptions, leur dira-t-il, je saisis dans les objets ce que nous appelons, dans ma patrie, des couleurs, des nuances, et mille détails merveilleux — Il deviendrait inutile qu'il leur parlât de la décomposition de la lumière, du spectre solaire, des réfractions, etc., etc., ce serait peine perdue. — « Avez-vous assez plaisanté ? lui répondent ces pauvres infirmes ; nous prenez-vous pour des idiots, ou bien vos malheurs vous auraient-ils dérangé le cerveau ?... »
Notre voyageur, qui a trouvé le moyen de quitter l'île des Aveugles, après de longs mois de navigation, est encore jeté par la tempête dans l'île des Sourds ; il apprend chez ceux-ci un alphabet qui leur permet de converser entre eux, et, en leur parlant de son pays, il ne manque pas de leur révéler la faculté de l'ouïe, dont tous les habitants, chez lui, sont pourvus. — « Un homme, leur dit-il, s'adresse d'un lieu élevé à la foule compacte qui l'entoure, et, en remuant ses lèvres, il l'ait vibrer l'air, et les ondes sonores, dans un rayon de quelques centaines de pas, vont frapper le tympan de chaque auditeur, remuent un cordon nerveux qui aboutit au cerveau, et arrivent ainsi à l'âme pensante ; alors chacun d'entre eux perçoit, non des vibrations confuses, mais des pensées ; enfin cette foule émue, frémissante, éprouve, à la volonté de celui qui remue ainsi les lèvres, la crainte, l'espérance, l'audace, la tristesse, la joie, etc. — « Comment, répondront ces sourds, ces molécules d'air qui s'entre-croisent, qui s'agitent tumultueusement dans l'espace pourraient-elles parvenir à l'oreille de chacun, nettes, sans se mêler, et être des signes de pensées ? c'est absurde ! — « Rien de plus vrai, réplique l'étranger ; ce phénomène, dans la région que j'habite, est si commun, qu'on n'y fait pas même attention. » — Vainement dirait-il à ces pauvres sourds qu'il se trouve par exception dans sa patrie quelques individus atteints comme eux de la même infirmité, qui se rendent cependant au témoignage de ceux qui entendent. Ces sourds persisteront dans leur incrédulité, parce qu'ils sont plusieurs centaines de mille contre un seul.
N'en est-il pas de même parmi nous concernant le monde des esprits ? — Dans les siècles spiritualistes, quand des millions de témoignages affirmaient son existence, qui eût osé douter ?Les sourds et les aveugles spirituels se rendaient aisément ; c'est le contraire dans les siècles matérialistes : la foule de ces pauvres infirmes, confiante dans son grand nombre, rejette avec dédain l'enseignement de ceux qui sont pourvus d'yeux et d'oreilles, et nie l'audition et la vision qu'elle ne saurait comprendre.
Laissons là les figures. — Après un long temps de matérialisme, peut-on espérer le retour du spiritualisme, c'est-à-dire le retour de ces temps où les masses affirmaient l'action des esprits, et où ceux qui étaient disposés à les nier n'osaient le faire, de peur de révéler une infirmité qui ne les atteignait que par exception ? — Je l'ignore ; ce que je sais, c'est qu'il y a dix ans à peine, tout homme qui eût avoué sa croyance aux apparitions d'esprits et à leur action sur la matière eût passé pour un cerveau bien malade ; on aurait pu recueillir les voix, et ceux mêmes qui auraient en secret partagé sa croyance auraient porté sur lui le même jugement. Aujourd'hui, malgré les causes qui ont modifié les opinions de tant de savants, les masses veulent toujours paraître esprits forts, car la fausse lumière des siècles matérialistes luit depuis longtemps pour tout le monde ; cependant un retour au spiritualisme semble évident.
Je m'étais souvent demandé comment une croyance si universelle, qui fut naguère celle des plus grands génies, était tombée dans un tel mépris, que depuis le savant jusqu'au dernier rustre, tous ont osé les accuser ensuite d'une sotte crédulité ? Quelle logique, quelles sciences, — me disais-je, — ont pu démontrer que nos pères, moins bons chimistes et bons physiciens que nous, mais infiniment meilleurs théologiens et métaphysiciens, se soient si stupidement trompés sur un sujet aussi peu connu de nos jours ? — Trop naïf admirateur de mon siècle, je ne savais que répondre, et je me rangeais un peu en traînard sous sa bannière, lorsqu'en 1841, le hasard fit tomber entre mes mains, pour la première fois, trois ouvrages dont les auteurs sont depuis longtemps flétris pour leur crédulité et leur cruauté : — de Lancre, conseiller au parlement de Bordeaux ; — Remi, procureur général du duc de Lorraine, et Bodin, avocat au parlement de Paris. Tous ont composé des traités où ils ont voulu démontrer, par des faits qu'ils avaient eu à examiner, l'existence des esprits, de la magie, et la nécessité de la punir. Sujets depuis longtemps honnis ; livres dont la lecture est rebutante à cause de la vétusté du langage, et surtout des extravagances, des folies, des atrocités, dit-on, qu'ils renferment ; livres des siècles d'ignorance enfin, qu'il faut jeter au feu.
La curiosité, qui me les fit acheter, me donna le courage de les lire ; je le fis avec la défiance que devait éprouver tout lecteur qui ne connaissait que le nom exécré de leurs auteurs. Autant frappé du ton de conviction de ceux-ci que des faits qu'ils rapportent, je pensais, malgré moi, que tout ne pouvait y être mensonge ou erreur ; plusieurs faits me semblèrent si bien prouvés, que, refusant comme mes contemporains de les attribuer aux agents d'un monde invisible, je supposai qu'il y avait un fond de vérité avec beaucoup d'exagération. Marchant dans cette voie, je voulus, sans oser le dire, connaître d'autres traités, non moins méprisés, sur la même matière. La même conviction s'y manifestait, les mêmes prodiges avec toutes leurs horreurs y étaient retracés ; bref, plus j'avançais, plus je découvrais qu'il faudrait nier les témoignages des anciens jurisconsultes, des philosophes et des médecins, comme étant tous des niais ou des fourbes, car tous exprimaient de même. C'était une conviction inébranlable, reposant sur des faits nombreux qui n'ont trouvé dans leur temps pour contradicteurs que quelques impies ou quelques épicuriens. Je voulus savoir ce que pensaient l'Église et ses docteurs. — C'était la même croyance, ou, si l'on veut, la même crédulité. La doctrine est restée invariable. — De recherches en recherches, remontant aux siècles antérieurs à notre ère, je trouvai chez les nations les plus civilisées toujours les mêmes faits, et des châtiments sévères infligés à leurs auteurs. De toute nécessité il fallait décider que le dix-huitième siècle était la grande lumière qui avait illuminé le monde, et qu'avant lui ce n'étaient encore que ténèbres ; il le fallait, ou dire que lui-même se trompait. Mais c'était attaquer les philosophes de ce siècle, si généralement admirés il y a peu d'années encore : j'avoue que cela m'eût peu coûté, ils ne m'inspiraient pas pleine confiance, car leurs négations, leurs plaisanteries, les altérations qu'ils faisaient subir dans leurs écrits à ceux que j'avais lus, leurs plaidoyers .passionnés en faveur d'une secte naguère universellement détestée, leur impiété, les attaques qu'ils livraient aux personnes et aux choses les plus respectables, me causaient de la défiance ; je voyais un parti pris de faire main basse sur tous les faits dits surnaturels, quel qu'en fût l'agent. Poursuivant mes recherches, en parcourant les traités sur les cultes antiques, je voyais qu'ils avaient aussi leurs prodiges, ce qui me scandalisait, puisque je trouvais les miracles dans les religions fausses comme dans la religion qui se dit seule vraie ; je sentais qu'un culte vrai a besoin de prodiges vrais ; quelle que soit la beauté de sa morale, il faut nécessairement que le surnaturel lui donne sa sanction, sinon ce n'est plus qu'une invention humaine : donc, en le supprimant, en prouvant qu'il n'est pas, la religion se trouve minée par sa base, et la morale perd sa puissance sur le for intérieur. L'honneur reste sans doute ; mais s'il s'oppose à certaines fautes publiques, il a peu de pouvoir contre celles qui sont secrètes, et aucun même contre d'autres non moins graves que le monde pardonne aisément.
En remarquant le merveilleux partout, chez les Gentils (Païens) comme chez les Juifs et chez les chrétiens, je disais : Dieu n'a pu commander ici ce qu'il défend là ; il ne peut donc être partout l'auteur des prodiges. Il faut absolument décider que ce sont des fourberies humaines, ou admettre que tous ces prodiges n'émanent pas tous d'une source divine. Il fallait, avant d'examiner la nature des prodiges des idolâtres et la nature des miracles chrétiens, savoir d'abord si tous n'étaient pas de pures jongleries ; ce que j'avais lu dans nos Livres saints et dans les auteurs qui en ont fait une étude spéciale, ce que je connaissais des religions antiques, ce que j'avais vu dans les traits relativement modernes de la sorcellerie me montrait partout la bonne foi et une pleine conviction. Mais j'avais remarqué que les Gentils étaient infiniment plus moraux que leurs dieux, dont les prodiges étaient ridicules, grotesques et parfois horriblement hideux et presque toujours condamnables ; je remarquais enfin qu'il existait entre ces derniers et ceux de la sorcellerie une analogie frappante. Forcé d'admettre la réalité du merveilleux de la magie, non-seulement je conclus à la possibilité du merveilleux du paganisme, mais je vis que ces prodiges se prouvaient si bien mutuellement, qu'il fallait tout nier ou tout admettre. Le premier parti, après des études sérieuses, me devenant impossible ; il ne me restait que celui d'accepter.— Le christianisme admettait lui-même les prodiges de la magie comme ceux de l'idolâtrie ; j'examinai ses arguments, sa doctrine et même ses miracles, dont l'éclat me frappa : j'y vis une supériorité si marquée sur les prodiges des idolâtres et des magiciens, que tout ce qui m'avait embarrassé s'évanouissait ; des miracles divins avaient fondé la vraie religion ; puis l'homme, libre de s'aveugler, avait choisi l'idolâtrie, séduit par des prodiges qui lui plairont dans tous les temps, parce qu'ils satisfont sa curiosité, ses passions et son amour du bien-être.
Il restait à faire une étude très-importante et peut-être plus difficile : prodiges et miracles pourraient, à la rigueur, n'être ni divins ni diaboliques ; n'existerait-il pas des lois physiques occultes, une certaine puissance dans l'âme, dans l'imagination ? Certaine surexcitation ou exaltation ne pourrait-elle rendre raison naturellement de tant de faits universellement admis comme constants ? — Toutes ces explications ont été essayées, mais un examen attentif et sans prévention m'en a démontré la fausseté. — L'antiquité avait eu ses philosophes matérialistes, qui ne réussirent qu'à entasser mille absurdités, telles que l'on ose à peine les rapporter. Ceux qui les suivirent, et d'autres, fort modernes, ont puisé chez les premiers une grande partie de ces vieilles inepties, et leurs idées aujourd'hui, quoique fort savantes, — qu'ils nous le pardonnent, — ne sont pas moins ridicules. Il fallait donc forcément arriver avec l'Église à une conclusion logique : l'existence du surnaturel divin et du surhumain diabolique. Tout alors s'expliquait : Jupiter, Pluton et Satan ont fait des prodiges ; Dieu seul fait des miracles. — Toutes mes preuves de diverses natures étant éparses dans des milliers de notes, il fallait les coordonner ; c'étaient les matériaux d'un édifice démoli qu'il s'agissait de reconstruire ; tâche difficile, car, voulais-je poser les pierres d'assise, il me tombait sous la main tantôt un chapiteau, tantôt une base : par où commencer ? Je marchais d'ailleurs entre deux écueils ; le sujet, étant inconnu, exigeait un nombre considérable de volumes, et le siècle aime les ouvrages courts et surtout amusants ; l'ébaucher en un ou deux volumes, ce n'était pas la peine de l'entreprendre. J'arrivais à un monstre ou à un avorton. — Je pris un terme moyen ; aurai-je mieux réussi ? J'ai coordonné mes matériaux le mieux que j'ai pu, redoutant sans cesse que l'enfant, fût-il né viable, ne fût étouffé en naissant : en effet, ayant confié cette conception à quelques amis, nul ne m'en félicita. Un tel livre était si opposé aux idées vulgaires, que je vis qu'il serait loin de me faire honneur et d'être utile. Les uns souriaient avec malice ou de pitié en me regardant : à leurs yeux, c'était l'aliment d'un esprit plutôt bizarre que sérieux ; les plus sympathiques me montraient l'inutilité de mes efforts. Quoique fort découragé, je me disais à peu près comme Galilée : Pourtant je suis dans la vérité, mais on ne l'aime pas.
Les magnétiseurs acceptaient une grande partie des faits, qu'ils expliquaient par leurs fluides ; mais la province ayant peu de magnétiseurs qui admettent les faits du magnétisme transcendant, ils niaient le surplus. Mon œuvre, me disais-je, aurait donc le sort de ces écarts de la nature qu'il faut bien se garder de laisser paraître au jour, ou de ces conceptions d'une imagination exaltée où la froide raison n'a point eu de part.
Notre zélé et pieux clergé pouvait-il m'encourager ? Il ne nie ni Satan, ni ses prodiges cités dans les saintes Écritures, quoiqu'il s'occupe peu des faits modernes ; il connaît d'ailleurs son siècle, et se montre fort réservé sur une matière assez peu connue aujourd'hui de la plupart de ses membres, constamment occupés du salut des âmes. — Moi aussi, par une autre voie, je pensais au salut des âmes ; — mais ces dignes prêtres me répondaient : « Vous ne serez point lu ; le titre seul de votre livre le fera juger défavorablement. »
Cent fois tenté de briser ma plume, je me disais toujours : la démonologie pourtant n'est pas une fausse science ; il serait bon que l'enseignement sur cette matière fût plus répandu et plus approfondi. Un ouvrage où l'on exposerait d'un côté les faits surnaturels et la saine doctrine, de l'autre, les explications des savants et les arguments des philosophes, serait une œuvre utile à une époque où le merveilleux si conspué se multiplie. Si la science prétend expliquer naturellement les prodiges actuels, il faut logiquement admettre qu'elle explique aussi ceux des temps passés. La démonologie, examinée d'après ces nouvelles études, montrerait que ses conclusions restent intactes, que l'Église n'a pas la crédulité qu'on lui suppose, qu'elle n'a été ni trompée, ni n'a voulu tromper ; — on verrait l'origine des faux cultes, la réalité des anciens prodiges, et qu'on peut l'admettre sans encourir l'accusation de manichéisme ; tout ceci exposé, il sera constant que les sciences naturelles n'ont pu rien expliquer et que la doctrine du christianisme, loin de favoriser les superstitions, en est la plus mortelle ennemie, puisqu'elle les extirpe toutes, non en niant les faits, mais en signalant leur véritable auteur, etc. — Ce disant, je reprenais ma plume, en désirant sincèrement qu'elle fût dans une main plus habile, lorsqu'un événement imprévu mit en émoi plusieurs savants : simple amusement pour le vulgaire, le phénomène des tables tournantes devint une étude sérieuse pour ces savants : mais les uns recouraient à des explications physiques insoutenables, ou à des systèmes matérialistes ou panthéistes impies ; d'autres retombaient dans les superstitions païennes. Ce fut alors que la science démonologique me parut plus que jamais nécessaire ; mieux connue, plus répandue, on n'aurait vu, me disais-je, ni magnétiseurs fluidistes ou spiritualistes, ni spiritistes, évoquant les génies ou les âmes des morts avec une table, ni philosophes disposant de l'âme de l'univers pour opérer mille prodiges effrayants, ni prêtres, comme il s'en est trouvé quelques-uns, acceptant des théories fort périlleuses pour la foi.
Des prélats, des théologiens zélés et savants signalèrent le mal... Des laïques instruits et non moins zélés s'efforcèrent aussi de projeter la lumière dans ces ténèbres. Plusieurs camps bientôt se trouvèrent formés : les panthéistes, les nécromans de toute sorte et les partisans de la saine doctrine. Il ne s'agissait plus seulement de détourner des épicuriens du chemin bourbeux qu'ils suivent depuis plus d'un siècle, mais de prémunir contre une sorte de religion rationnelle qu'on veut fonder, contre une sorte de paganisme qu'on voudrait rétablir...
J'ai pu espérer que cet ouvrage, malgré ses défauts, pourrait faire à d'autres quelque bien. S'il déplaît à certains esprits arriérés, engoués des idées du dix-huitième siècle, peut-être trouvera-t-il quelques partisans chez ceux qui aiment le vrai et qui le cherchent. C'est à ces derniers que je m'adresse. — Depuis plus d'un siècle, livres, brochures, revues, etc., battent en brèche le surnaturel, les uns avec l'arme puissante du ridicule, d'autres avec les mille engins du philosophisme ; tout étant à refaire pour tous, chacun trouvera ici les premiers matériaux pour réédifier.
Le surnaturel, qu'on le sache bien, a une double importance, on ne saurait trop le répéter ; il est non-seulement la base d'une foi qui nous assure les biens futurs, mais cette même foi assurerait le bonheur et la sécurité des sociétés dans la vie présente : le surhumain est trop étroitement lié au surnaturel pour n'avoir pas le même degré d'importance : l'un et l'autre prouvent Dieu et Satan : il faut reconnaître l'un pour l'adorer, et l'autre pour éviter ses pièges. Si l'on pouvait espérer le rétablissement de cette double croyance, le corps social ne serait plus comme le vaisseau agité par la tempête ; sans doute elle mugirait encore, mais on ne craindrait plus autant de voir les débris du navire flotter au gré des vagues.
Si l'impiété et ses suites ont passé des villes dans les moindres hameaux, des classes élevées jusqu'aux plus basses, c'est parce que, tournant le dos à la vérité, on s'est jeté dans ces théories ténébreuses et impies avec lesquelles on prétend régénérer le monde ; en voyant ce qu'elles veulent et ce qu'elles ont déjà produit, on se demande avec effroi ce qui nous attend dans l'avenir.
Je ferai observer au lecteur qui voudra bien lire cet essai, de ne pas se borner à le feuilleter pour y chercher des faits curieux : il était facile d'en compiler une multitude ; mais tel n'était pas mon plan : les faits qui composent le vaste ensemble des superstitions magiques avec toutes leurs branches, étant partout semblables, j'ai dû, dans un ouvrage, d'ailleurs très long, ne présenter que des échantillons de chaque espèce dont mes appréciations s'appliquent à une immensité d'autres que je laisse à l'écart. Que l'on ne se borne donc pas simplement à parcourir ces volumes, ce serait rompre l'unité de l'œuvre, laquelle est son seul mérite, si elle en a un, parce qu'elle conduit à une conclusion inévitable : l'existence partout et en tout temps du surnaturel et du surhumain. Nier l'un et l'autre ou vouloir les expliquer physiquement, c'est une erreur aussi insigne que funeste dans ses conséquences. Admettre surtout les prodiges sataniques comme divins, y recourir pour établir un nouveau culte et organiser un état social nouveau, c'est le très antique et détestable projet de tous ceux que l'auteur de ces prodiges a séduits dans tous les temps. S'il parvenait un jour à réussir, ce serait la ruine universelle.



Judas recevant le paiement de sa trahison (Giotto di Bondone)


En ces temps d'apostasie, où le démon règne en maître partout, nous devons attendre de lui de nombreux prodiges trompeurs. Soyons donc vigilants !



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