samedi 28 janvier 2017

Culte de la pierre, de l'arbre, et de la source : traditions et origines magiques de ces dieux (2/4)



Extrait de "Les hauts phénomènes de la magie" par le Chevalier Gougenot des Mousseaux :



CULTE DE LA PIERRE, DE L'ARBRE, ET DE LA SOURCE ; PIERRES-DIEUX, ARBRES-DIEUX, SOURCES DIVINES ; TRADITIONS ET ORIGINES MAGIQUES DE CES DIEUX



Saint Boniface abattant le chêne Thor
Du culte de la pierre spirite et divo-démoniaque, sur laquelle nous aurons tout à l'heure un mot à dire encore, passons, et pour un rapide instant, au culte de l'arbre-dieu, que le spiritisme lui associa dès les temps les plus anciens et de la manière la plus intime.
Les premiers autels des patriarches, gazons, beth-el ou pierre brute, s'élevaient à côté d'un arbre sous le dôme épais de son feuillage, dont l'ombre rafraîchissante couvrait et protégeait la source indispensable aux rites du sacrifice.
Le plus historique de tous ces arbres, chênes, hêtres ou térébinthes, que l'histoire des hauts lieux et des bois sacrés nous aide à retrouver partout, ce fut celui d'Abraham à Mambré ; mais le plus classique et le plus connu dans l'antiquité gréco-orientale, c'est le chêne-dieu de Dodone, le Jaoh, c'est-à-dire le Zeus-pater, ou Jupiter des Pélasges Chananéens. Le Jupiter pélasgien, ainsi que le nomme Homère, celui même que nous appelons ailleurs le Jupiter-pierre, ou bétyle, devient donc ici le chêne-Dieu, ou le beth-el végétal. Imitation de l'arbre Abrahamique, il ombrage en tous lieux des sacrifices humains qui rappellent, en le dépassant, celui du patriarche Abraham ; sacrifices quelquefois accompagnés d'anthropophagie sacrée ou de la communion, dont chaque immolation, dans le vieux monde, rappelait, d'une manière prophétique ou traditionnelle, les espèces futures : le pain et le vin. Le sang couvre ces arbres-dieux et les incruste, depuis les plaines de la Scythie jusqu'au fond des Bretagnes et des Gaules, jusqu'à ce redoutable chêne des druides que Maxime de Tyr appelle le Jupiter celtique. Et ces dieux sont réellement animés, ils parlent ; leurs voix sont quelquefois inarticulées ; mais elles se font clairement comprendre, lorsqu'il ne plaît pas au dieu de prendre une forme rapprochée de celle de l'homme, et d'user de la parole humaine.
Le bois qui semble mort et qui provient de leur souche divine parlera lui-même : en effet, le navire Argo, par exemple, le fameux vaisseau de la toison d'or, parle, et rend des oracles. Et pourquoi ? La raison en paraissait bien simple aux peuples policés et savants qui adoraient ces arbres : c'est que Minerve, pour en former le gouvernail, avait mis en œuvre un chêne de la forêt de Dodone. Dans le bosquet de Romové, si fameux dans la Germanie prussienne, on voyait s'élever un chêne sous les rameaux duquel s'étaient évanouies cent générations d'adorateurs ; et, de la tige de ce patriarche des plus chenues futaies sortaient les oracles de la justice. Son tronc renfermait, comme symbole d'une trinité, trois images des dieux principaux ; son écorce dégouttait du sang des victimes, et c'était à son ombre que le grand pontife Germano-druidique, ce patriarche, cet Abraham du Nord, avait établi sa demeure. Les prêtres seuls osaient aborder le lieu sacré que couvrait son feuillage.
L'un de ces arbres-dieux, ou démoniaques, frappa les regards d'un voyageur presque moderne, Pietro della Valle.
Ce dieu végétal était Parreti, que nous pouvons, par conséquent, nommer du nom de son époux, Maha-Deu, c'est-à-dire le grand dieu, puisque la foi des Hindous, semblable à celle des idolâtres de l'antiquité, les confond dans une même personne, ainsi que les dieux Nature-et-lumière Dianus-Diana... Et cet arbre divin, ce grand dieu, notre voyageur le reconnaissait dans ces mêmes régions où il était représenté par la pierre que le peuple y adorait sous la forme sacramentelle du phallus et du ctéis, ou du yoni-lingam, symbole Impudique des mystères et des sabbats.
Or, dans ces vastes contrées, de même que dans la partie de l'Orient la plus rapprochée de l'Europe, de même que dans l'Italie druidique, et jusqu'au sommet du Capitole, la voix de ces dieux-arbres-et-pierres tonnait et se faisait entendre aux plus sourds ; et la divinité renfermée dans ces fétiches se laissait quelquefois apercevoir sous sa forme céleste.
Mille fois, et, d'un bout de la terre à l'autre, ces dieux terribles ont fait sentir leur pouvoir, ont parlé, se sont montrés. L'oreille les entendit, l'œil les vit, la main les toucha.
Aussi, lorsque les soldats de César reçoivent l'ordre, dans les Gaules, de tourner le tranchant du fer contre les arbres-dieux, ces intrépides vétérans pâlissent, on les voit frappés de stupeur. L'électrique et itérative secousse du commandement militaire les ramène cependant à l'obéissance ; ils frappent, mais leurs mains tremblent, ils craignent que le fer ne rebondisse pour se tourner contre eux.
Et, parmi les Gaulois qui les contemplent, les uns gémis sent, mais les autres triomphent ; car, à coup sûr, les dieux outragés vont se venger ! Les spectateurs attendent donc l'éclat d'un courroux qui n'a point coutume de se faire attendre.
Mais, chez tous les peuples un jour arrive où les dieux s'en vont, irrités ou vaincus... et, de nos jours, un spectacle identique d'action divine et de défaillance ; spirite ou démoniaque se reproduisit à la Chine et au Thibet. — Dans ce dernier pays, me dit un évêque dont la parole y répandit les vérités évangéliques, le culte des arbres-fétiches se mêle encore à celui des pierres-esprits ; et ces pierres spirites, ces arbres animés se vengent à coup sûr et cruellement. Ils tuent quelquefois sur le coup ceux qui les profanent. Un de nos missionnaires offrit donc vainement une récompense à des ouvriers pour abattre un de ces colosses de végétation ; car trois individus avaient été frappés de mort pour avoir osé détacher quelques rameaux du corps de ses branches... Il fallut alors que le prêtre du Christ se mît en personne à l'œuvre ; et, sous sa cognée vigoureuse, l'un de ces dieux tomba. Ce fut pour les idolâtres un moment de stupeur ; mais, encouragés par cet exemple, des mercenaires largement rétribués osèrent en abattre trois autres, et les chrétiens du voisinage se chargèrent bientôt de tout le reste. Le Dieu fort se faisait sentir aux dieux-démons, et les condamnait à l'impuissance...
En Scythie, au fond de l'Asie, à Rome, au Capitole, à l'extrémité des Gaules, au plein cœur de l'Amérique, les descendants des trois fils de Noé , mais surtout les Pélasges Chananéens, c'est-à-dire les bandes erratiques issues d'un sang maudit, implantèrent cette même croyance. Ouvrez les yeux et voyez : « Recherchant l'horreur et les ténèbres, les Indiens de l'Amérique centrale aimaient, tout naguère encore, à sacrifier dans les lieux obscurs et dans les grottes que les Gaulois imitent au besoin par le rapprochement de leurs pierres druidiques. — S'il était, au fond d'un précipice, un vieil arbre au feuillage épais, entourant une source de ses racines, et recouvrant quelqu'une de ces pierres consacrées dont les oracles étaient leur loi, vous voyiez rayonner leur visage. » Ainsi, de nos jours encore, l'Irlandais qu'une solide éducation chrétienne n'a point éclairé visite à certaines époques de l'année les sources sacrées, recherchant celles qui s'abritent, comme à Dodone, sous les rameaux d'un vieux chêne qu'ont battu les siècles, ou qui sourdent au pied de l'antique beth-el, de la pierre brute et druidique, à laquelle ils ont conservé son nom primitif.
Incarnation du dieu, qui est la source primitive du pouvoir aux yeux de ces peuples, la pierre et l'arbre divins, ou spirites, devenus pour eux comme inséparables l'un de l'autre, devaient se réunir pour sanctionner par leur union le couronnement des princes. Aussi le Danemark, la Suède, les pays Scandinaves, les îles Britanniques, l'extrême Europe, nous offrent-ils, non moins que les régions du nouveau monde et de l'Asie, de frappants exemples de cette croyance. La coutume de l'Irlande, par exemple, était de placer sur les tumulus représentant les hauts lieux la pierre souveraine qui confère le droit de régner ; et le tumulus d'Usnoach, portant le nom mystique de nombril de l'Irlande, servait de sanctuaire à ce beth-el inaugurateur, placé sous les rameaux d'un chêne sacré. La Suède et le Danemark entourèrent cette pierre si puissante de douze autres pierres, et lui donnent, pour la circonstance, le nom de Lia-Fail. Elle ne diffère que par le nom de celle à qui les mages de la Perse attribuent le même droit d'investiture, en la qualifiant d'Atizoé.
La beth-el, la pierre-christ, c'est-à-dire ointe d'huile, puis de sang, et qui figurait le roi des rois, possédait donc originairement la vertu de communiquer comme par attouchement le droit de souveraineté à l'élu qui devenait sur la terre, grâce à sa ratification, l'image et le représentant du pouvoir !... Et telle fut la durée de son crédit qu'à Scone, en Écosse, lors de la décadence des superstitions antiques, elle fut religieusement enfermée dans le siège où s'asseyaient les rois. Du haut de ce trône-oracle, où elle rendait encore ses consultations, elle figurait comme arbitre de la légitimité du pouvoir ! Si donc elle s'abstenait, au moment voulu, de rendre un son bien connu du peuple, et considéré comme le signe confirmatif de l'élection, le monarque passait pour un prince réprouvé du ciel.
Nous ne saurions terminer cet aperçu sans faire observer que, sur le terrain politique ou social, non moins que sur le terrain religieux, l'arbre suit de près encore la pierre, s'unissant à elle ou la remplaçant, mais ne cessant de représenter tantôt le dieu lui-même, tantôt l'idée de pouvoir divin et de souveraineté. C'est là ce dont nos chênes de justice portèrent un assez long témoignage. Qui de nous ne s'est assis à l'ombre séculaire de quelqu'un de ces arbres, soit auprès des tours croulantes du castel de ses ancêtres, soit au sein de quelque domaine étranger, où les ronces, sinon la charrue, effaçaient la dernière trace du vieux manoir féodal ? Qui de nous, par un jet rapide de la pensée, n'a compté les siècles du chêne antique dans ses rameaux, et ses années dans son feuillage ?... Plus rares seront ceux qui, reliant le souvenir des druides à celui de la justice humaine et divine, ont su rattacher, à l'exemple des peuples les plus anciens de la terre, la pensée de la religion à celle des sacrifices et des supplices... C'est ainsi que de graves autorités nous attestent l'antique usage des Gaulois, « qui pendaient ou crucifiaient les coupables à des chênes, et qui ne se servaient jamais d'un autre arbre, si ce n'est à défaut d'un chêne ». Et pourquoi donc ce privilège du roi de nos forêts ? C'est parce que l'arbre qui devint le symbole du seigneur de la terre, ou du justicier, avait d'abord été l'arbre du Seigneur du ciel, principe de toute justice. C'est parce que la justice divine et la doctrine de la rédemption, si familière à la plupart des peuples anciens, exigeaient naturellement les expiations sanglantes ; et que, pour apaiser le ciel, ils avaient converti les supplices en sacrifices. C'est, enfin, parce que le sacrifice devait s'offrir au seigneur, à la personnification du seigneur, et que, pour les Gaulois et pour tant d'autres peuples, cette personnification était, avec la pierre beth-el, le chêne beth-el, c'est-à-dire le chêne dieu-maison-de-dieu !




Lire Arbres sacrés christianisés et Sources sacrées.


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