mardi 16 février 2021

Je Suis l'Immaculée Conception !



Bernadette ne sentait plus l’irrésistible appel qui la poussait naguère à la Grotte. Elle y allait cependant tous les jours, par amour et par reconnaissance ; elle y priait avec ferveur, continuant les ablutions, autrefois prescrites, dans cette eau limpide qu’elle avait livrée à la dévotion des malheureux.
Son regard errait, de temps en temps, à la place de la « ronce », dépouillée par la foi populaire : la niche était vide. La Dame ne se montrait plus ; elle vivait dans son cœur par le plus délicieux souvenir.
Le 25 mars, dès le matin, l’attrait connu inonda la petite fille. La fête solennelle du jour consacré à l’Annonciation, et qui donna à Marie son plus beau titre de Gloire, portant dans tous les cœurs la douce espérance, avait attiré, à Massabielle, une foule énorme ; et lorsqu’on vit Bernadette prendre la direction du sentier, on se précipita sur ses pas.
L’appel divin n’était pas trompeur. L’enfant tombait à genoux, et à l’instant un tressaillement, bien connu par la transfiguration de son visage, annonça que la « Dame » était là. Elle était l‘a, en effet, radieuse et resplendissante, souriant à ce cher objet de sa prédilection ; elle était là pour lui apprendre son nom.
On s’en souvient, Bernadette, sous l’inspiration d’ordres vénérés, le lui avait souvent inutilement demandé pendant la quinzaine des merveilles.
La Dame avait toujours répondu par un gracieux sourire, qui semblait dire : pas encore. Cette fois, Bernadette revint à la charge, avec une insistance que tout le monde comprit, mais dont personne n’entendit le premier mot. À trois reprises différentes, elle avait dit sans se déconcerter : Ô ma Dame, voulez-vous avoir la bonté de me dire qui vous êtes ? Un sourire, toujours bienveillant, avait accueilli ses questions, qui devenaient presque importunes.
Enfin, à la troisième fois, la bouche virginale de la Vision s’anima d’une douceur inconnue, ses regards s’abaissèrent sur l’enfant qui répétait, en ce moment, les paroles de l’ange : Je vous salue, Marie pleine de grâce.
Puis, elle les éleva avec amour vers les régions immortelles d’où elle venait de descendre. Ses mains jointes, dans l’attitude de l’adoration, se séparèrent alors avec aisance, laissant glisser, sous le bras droit, le chapelet à grains de perles ; elles montèrent doucement, doucement vers le ciel, redescendirent plus doucement encore, en s'étendant sur tous les malheureux de cette terre, qu’elles semblaient vouloir étreindre d’un immense embrassement, et, rejoignant avec tendresse ces augustes mains pures devant son cœur maternel, elle dit d’une voix harmonieuse :

Je Suis l’Immaculée Conception !

À ces mots, elle disparut dans un nuage de gloire, laissant Bernadette, abîmée dans la contemplation de cette image et de ce nom.
Bernadette s’empressa d’apporter ce nom si désiré au vénérable pasteur de Lourdes ; la pauvre bergère, ignorante, était bien loin d‘en comprendre la signification. Elle courait, répétant à chaque instant, par crainte de les oublier, ces deux mots magiques : Immaculée Conception, à ce moment, parfaitement inintelligibles pour elle, ils restèrent sur ses lèvres avec leur suave parfum, et furent donnés comme une odorante primeur à M. le curé de Lourdes. Si la messagère ne comprenait pas, le prêtre comprit ; les chrétiens comprirent aussi.
On ne s’était pas abusé, c’était bien Elle. C’était Marie, la mère immaculée de Dieu ; c’était Marie, ratifiant, après quatre ans d’attente, la grande parole de Pie IX.

Les événements de ce monde, quelque petits qu’ils paraissent, ont tous une raison d‘être. Ils ne sont pas amenés par des combinaisons fortuites que le vulgaire ignorant appelle le hasard. Ils sont toujours prévus dans les éternels décrets ; et Dieu, par sa Providence, les coordonne, les lie et les enchaîne, afin de faciliter ici-bas, en manifestant sa gloire, le salut de l’humanité.
À chaque siècle, à côté du mal qui le dévore, apparaît le remède divin ; et dans le nôtre, au milieu d’un monde malade d’orgueil et de sensualisme, Dieu a conduit par la main sur le trône infaillible de Pierre, le Pontife de la Chasteté, auquel il a révélé l’antidote divin. Pie IX l’annonçait à la terre par ces deux mots immortels : Immaculée Conception.
Et le monde tressaillait d’allégresse à ce triomphe de la Pureté ; lorsque Marie, laissant les sublimes demeures qu’elle habite, demandait ici-bas, par l’entremise d’une pure enfant, l’érection d’un monument commémoratif, témoin immobile et toujours proclamant l‘antidote réparateur : l’Immaculée Conception !
Pie IX sur la chaire indéfectible de Pierre ; Marie sur le roc inébranlable de Massabielle, devant ce dix-neuvième siècle, absorbé par les intérêts de la matière, et haletant, de toutes parts, sous le ravage de l’ambition et de la volupté, poussent, à quatre ans d’intervalle, le même cri régénérateur :

L'IMMACULÉE CONCEPTION !

L’impression profonde que laissa dans les souvenirs de Bernadette la dernière scène de l’apparition ne s’effaça jamais de sa mémoire. Elle en retraçait souvent la pose animée devant les personnes de tout rang qui lui demandèrent de la reproduire.
L’enfant se recueillait en disant : Elle faisait comme ça ; et alors tous ses mouvements imitaient tous les mouvements de la Vierge, tournant comme elle vers le ciel ses grands yeux bleus et sympathiques, et arrachant aux assistants des larmes de tendresse, tant elle portait avec elle des marques de sincérité.
Un grand personnage, riche et puissant, fut tellement impressionné devant cette mimique de l’enfant, qu’il s’écria : Pour moi, cela suffit, je crois, cette enfant a vu ce qu’elle rapporte, elle n’aurait jamais inventé seule ce qu’elle vient de faire devant moi. Ce que cette petite fille a vu n’appartient pas à ce monde.

Une nouvelle faveur fut accordée à Bernadette, le 5 avril, lendemain du jour de Pâques.
L’impulsion invincible l’avait attirée, elle l’avait écoutée et, à peine rendue à la Grotte, la Pure Vierge lui était apparue, toujours rayonnante, et donnait aux nombreux spectateurs accourus une nouvelle preuve de sa puissance.
Bernadette, avant d’être ravie par l’extase, soutenait, en l’appuyant à terre, un long cierge allumé ; au moment de la transformation produite par la grâce, ses bras s’élevèrent et portèrent insensiblement ses mains jointes jusqu’à la flamme qui les atteignit bientôt, léchant les chairs et les préservant de toute brûlure ; la lumière inondait ses doigts sans lui faire éprouver la moindre douleur. Bernadette, complètement insensible, avait toujours l’œil fixé vers « sa ronce. »
— « Mais elle se brûle, s’écrie tout ce peuple témoin de ce prodige. » Laissez faire, n’approchez pas, répondit un médecin qui se trouvait présent, observant l’enfant impassible, en une circonstance qui eût dû lui occasionner une intolérable torture. Miracle ! Miracle ! tel fut le cri qui sortit de toutes les poitrines, à la vue de ce spectacle inouï.
Après un quart d‘heure d’attente, la Vierge disparut, et le docteur Dozous s’empressa d'examiner, avec le plus grand soin, les mains de l’Extatique. Pas de brûlure, pas de trace de l’action du feu. Pendant cet examen minutieux, un inconnu approcha la flamme d’un cierge des extrémités de l’enfant. — « Vous me brûlez, monsieur », dit-elle, en se retirant vivement.
Ce fut la le dernier et visible prodige accompli par cette heureuse créature, choisie pour être la, messagère de la Reine du ciel.
Sa mission était maintenant accomplie ; sa belle Dame qui lui était 17 fois apparue, lui avait donné des consolations qui, jusqu’ici, avaient adouci bien des amertumes. Il lui restait encore à boire la lie du calice. Mais elle avait confiance ; une Mère, aujourd’hui connue, la couvrait de son égide, elle allait affronter les frémissements de l’orage et la colère des Libres Penseurs.

(Notre-Dame de Lourdes et ses miracles récents, par l'Abbé A.-M. FILHOL)


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