jeudi 24 décembre 2015

Méditations sur la Nativité





Évangile de Jésus-Christ selon Saint Luc 2,1-21


En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. – Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David.
Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli.
Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte.
Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur.
Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
 Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. »
Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.
Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant.
Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.
Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.
Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception. 



Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église


« La gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière »


La nuit enveloppait le monde entier avant que se lève la lumière véritable, avant la naissance du Christ ; la nuit régnait aussi en chacun de nous, avant notre conversion et notre régénération intérieure. N'était-ce pas la nuit la plus profonde, les ténèbres les plus épaisses sur la face de la terre quand nos pères honoraient des faux dieux ? ... Et une autre nuit sombre n'était-t-elle pas en nous quand nous vivions sans Dieu en ce monde, suivant nos passions et les attraits de ce monde, faisant des choses dont nous rougissons aujourd'hui comme d'autant d'œuvres de ténèbres ?
Mais maintenant vous êtes sortis de votre sommeil, vous vous êtes sanctifiés, devenus enfants de la lumière, enfants du jour, et non plus des ténèbres et de la nuit (1Th 5,5)... « Demain vous verrez la majesté de Dieu en vous. » Aujourd'hui, le Fils s'est fait pour nous justice venue de Dieu ; demain, il se manifestera comme notre vie, pour que nous paraissions avec lui dans la gloire. Aujourd'hui un petit enfant est né pour nous, pour nous empêcher de nous élever dans la vaine gloire et, en nous convertissant, pour devenir comme de petits enfants (Mt 18,3). Demain il va se montrer en sa grandeur pour nous pousser à la louange et pour que nous aussi nous puissions être glorifiés et loués lorsque Dieu décernera à chacun sa gloire... « Nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est » (1Jn 3,2). Aujourd'hui, en effet, nous ne le voyons pas en lui-même, mais comme en un miroir (1Co 13,12) ; maintenant il reçoit ce qui relève de nous. Mais demain nous le verrons en nous, lorsqu'il nous donnera ce qui relève de lui, quand il se montrera tel qu'il est en lui-même et nous prendra pour nous élever jusqu'à lui. 

(5e Sermon pour la Vigile de Noël)




Saint Grégoire de Nazianze (330-390), évêque et docteur de l'Église


« Toi qui as merveilleusement créé l'homme, tu as plus merveilleusement encore rétabli sa dignité »


Jésus Christ est né, rendez-lui gloire ! Christ est descendu du ciel, courez vers lui ! Christ est sur la terre, exaltez-le ! « Chantez au Seigneur, terre entière. Joie dans le ciel ; terre, exulte de joie ! » (Ps 96,1.11) Du ciel, il vient habiter parmi les hommes ; tressaillez de crainte et de joie : de crainte à cause du péché, de joie à cause de notre espérance. Aujourd'hui, les ombres se dissipent et la lumière se lève sur le monde ; comme autrefois dans l’Égypte frappée de ténèbres, aujourd'hui une colonne de feu illumine Israël. O peuple qui étais assis dans les ténèbres de l'ignorance, aujourd'hui contemple cette immense lumière de la vraie connaissance car « le monde ancien a disparu, toute chose est nouvelle » (2Co 5,17). La lettre recule, l'esprit triomphe (Rm 7,6) ; la préfiguration passe, la vérité apparaît (Col 2,17).
Celui qui nous a donné l'existence veut aussi nous combler de bonheur ; ce bonheur que le péché nous avait fait perdre, l'incarnation du Fils nous le rend... Telle est cette solennité : nous saluons aujourd'hui l'avènement de Dieu parmi les hommes afin que nous puissions, non pas parvenir, mais revenir auprès de Dieu ; afin que nous nous dépouillions du vieil homme et que nous revêtions l'Homme nouveau (Col 3,9) ; afin que, morts en Adam, nous vivions dans le Christ (1Co 15,22)... Célébrons donc ce jour, remplis d'une joie divine, non pas mondaine, mais une vraie joie céleste. Quelle fête, ce mystère du Christ ! Il est mon achèvement, ma nouvelle naissance. 

(Sermon n° 38, pour la Nativité ; PG 36, 311s (trad. coll. Icthus, vol 8, p. 143s rev.)




ESPRIT DU R. P. AVRILLON


(Méditations pour les Temps de l'Avent, du Carême...)



LE JOUR DE NOËL


PRATIQUE

Voici enfin le grand jour après lequel la terre soupirait depuis tant de siècles ; voici l'heureux accomplissement des promesses de tous les prophètes, des désirs de tous les patriarches et de tous les justes de la loi ancienne ; le ciel va s'ouvrir pour nous, le divin enfant va paraître ; notre incomparable libérateur prend aujourd'hui naissance dans une pauvre étable pour notre amour.
Passez cette grande fête dans la plus vive ferveur ; soyez toujours en prière, en actions de grâces ; en sentiments de tendresse pour cet adorable enfant, ou occupé à la lecture, ou aux offices de l’Église. Ne donnez rien aujourd’hui au monde ni aux plaisirs permis : tous les moments de ce jour de vie, de grâce et de rédemption sont infiniment précieux ; mettez tout en usage pour renaître spirituellement avec Jésus-Christ, et pour ne rien laisser perdre des grâces attachées à ce grand mystère.


MÉDITATION

Vous trouverez un enfant emmailloté et couché sur une crèche. (Luc, 2)


1er point. Ce sont les paroles de l'ange du Seigneur aux bergers pour leur annoncer la naissance d'un Dieu sauveur ; écoutez-les avec respect ; elles s'adressent à vous aussi bien qu'à ces pasteurs ; joignez-vous à eux, allez en esprit à cette étable mille fois plus auguste et plus respectable que les plus magnifiques palais des plus grands rois de la terre : vous y trouverez un enfant couché sur une crèche. Cet enfant est un Dieu que son amour infini pour les hommes a humilié, a dépouillé, et qui a voulu prendre sur soi le châtiment que méritait le pécheur, et être le modèle du parfait chrétien, en lui apprenant à mépriser les biens de la terre pour mériter ceux du ciel. Ô mon Sauveur, vous êtes ici ma caution, vous payerez pour moi, et vous êtes le modèle que je dois imiter : je veux m'humilier et me dépouiller, parce que je le mérite, et que je veux vous aimer et suivre vos traces.

2e point. Considérez ce Sauveur naissant, voyez ce qu'il souffre ; il est dans une étable ouverte de tous côtés, exposé à la rigueur de la saison, et couché durement sur une crèche ; cet enfant qui souffre est un Dieu essentiellement heureux par lui-même, que son amour pour nous à réduit à cet état douloureux, parce qu'il en veut à notre cœur, et qu'il veut, pour le rendre digne des tendresses du sien, le purifier et le dégoûter de la volupté des sens par les souffrances, afin de lui procurer plus sûrement des plaisirs purs et éternels. Il commence aujourd'hui, dans l'étable, ce sacrifice de douleur qu'il doit consommer sur la croix : il satisfait à la justice de Dieu pour les plaisirs criminels dont les hommes sont coupables. Le temps, le froid, la nuit, le lieu, tout conspire à en faire un enfant de douleur. Que ce spectacle est touchant ! et quelle condamnation pour ma délicatesse et ma lâcheté ! Quel engagement à souffrir dorénavant pour mes péchés et pour son amour !


SENTIMENTS

Étable rigoureuse, divines souffrances de mon Sauveur naissant, que vous êtes peu connues par les voluptueux et par les délicats mondains, qui veulent goûter les fausses joies du monde et se livrer au plaisir des sens, pendant que Dieu fait homme est dans la douleur et dans les larmes !
Pardon, divin enfant, regardez-moi d'un œil de bonté au pied de votre crèche, où je suis prosterné pour vous adorer, vous aimer et pour vous demander miséricorde : accordez-moi la grâce de renaître avec vous ; venez vous-même renaître dans mon cœur, pour le rendre digne de vous posséder éternellement dans le ciel.


HOMMAGE À LA DIVINITÉ DE JÉSUS

Célestes intelligences, chérubins qui brillez par vos lumières, séraphins qui brûlez du plus fervent et du plus pur amour, fournissez-moi et vos lumières et vos ardeurs pour connaître, pour adorer dans la crèche la même divinité à qui vous rendez incessamment vos hommages et vos adorations dans le ciel ; une divinité dans une étable qui lui sert de palais, dans une chair mortelle, dans un corps d'enfant nouvellement formé qui lui sert de sanctuaire, entre deux animaux qui servent de courtisans au roi des rois ; un Dieu tout-puissant caché sous tant de voiles, lui qui remplit le ciel et la terre ; ô prodige inouï ! ô miracle des miracles ! qui doit réjouir tous les mortels, puisque c'est pour leur amour et en leur faveur que Dieu l'a bien voulu faire !
Divinité de mon Jésus, je vous adore, non sur le trône de votre gloire, mais dans l'étable, mais dans le corps d'un faible enfant, où vous résidez : dans le ciel vous habitez une lumière inaccessible, et mes yeux sont trop faibles pour les fixer sur un objet si brillant et si éblouissant ; je ne puis voir un Dieu, mais je puis voir un enfant qui vient de naître, et cet enfant est mon Dieu : la plénitude de la divinité habite en lui corporellement. Recevez là mes hommages, ô mon Sauveur, en attendant que je vous les rende pendant une éternité toute entière sur votre trône de gloire dans le ciel.





Pratique :
Allumez une bougie chez vous au moment de poser l'Enfant-Jésus dans la crèche, et priez pour accueillir la Lumière du monde, Notre Sauveur. Et faites que la crèche de Notre Seigneur soit au centre de l'attention (et non votre télévision !).




Lire
C'est par Marie que nous vint le Trésor.


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