samedi 23 novembre 2019

N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne






Extrait des Exercices spirituels selon l'Esprit de Saint François de Sales, Pour les Pensionnaires de son Ordre de la Visitation Sainte Marie :


Dieu est également l'auteur de tous les états nécessaires dans la société. Il n'en est pas un qu'il rejette, pas un où on ne puisse se sauver, puisqu'il n'en est pas un qui n'ait donné des Saints. Mais ce n'est pas à dire qu'on puisse, sans examen et sans conséquence, embrasser, parmi les différents états, celui que l'on voudra, et ne consulter dans ce choix que des motifs purement naturels.
Quelque état que vous embrassiez, il est de foi que vous ne pouvez en remplir les devoirs, et en éviter les dangers, qu'avec le secours de la grâce, et que ce secours, il n'appartient qu'à Dieu de vous le donner. La dépendance où vous êtes de Dieu et de sa grâce, vous impose donc l'obligation de consulter Dieu, et de suivre sa voix, dans une affaire aussi importante que l'est le choix d'un état de vie. Sans cela, à quel titre compterez-vous sur la grâce, pour remplir les devoirs, éviter les dangers, et supporter les peines d'un état que vous aurez choisi, sans consulter Dieu, ou contre ses inspirations ?
C'est ordinairement vers l'âge de quinze ou seize ans qu'il est temps, pour les personnes de notre sexe, d'entrer dans cette importante délibération. Commencez, pour y réussir, par vous bien mettre avec Dieu. Un esprit obscurci par les ténèbres du péché n'est guère propre à recevoir ses lumières. Mettez donc ordre à votre conscience, et donnez-vous un temps raisonnable, par exemple, cinq ou six mois, ou même une année, pour consulter Dieu, avant de vous décider.
Pendant cet espace de temps, ne passez pas un jour sans dire à Dieu, et même plusieurs fois, la parole de David : Seigneur, montrez-moi la voie dans laquelle vous voulez que je marche ; mais dites-le-lui avec un désir vrai et sincère de connaître sa sainte et divine volonté. Dites-le-lui à la messe, dans le moment précieux qui suit l'élévation. Communiez souvent à cette intention, et ajoutez à vos communions toutes les bonnes œuvres que vous pouvez faire dans votre état.
Ne vous attendez pas au reste que Dieu fera quelque miracle pour vous montrer l'état auquel il vous destine. S'il l'a fait pour quelques Saints, c'est une grâce particulière, à laquelle vous n'avez pas lieu de prétendre. L'Ange qu'il vous enverra pour vous décider, sera un confesseur, auquel vous aurez exposé, avec une grande droiture, vos goûts, vos penchants, vos passions, en un mot tout ce qui est capable de vous faire parfaitement connaître; mais consultez, en pareille occasion, un confesseur bien sage et bien désintéressé. On a vu des personnes, pour être plus sûres que le préjugé n'entrait pour rien dans une décision si importante, consulter par lettres, sous un nom emprunté, un ou deux directeurs éloignés, mais connus par la réputation de leurs lumières. Un pareil exemple est quelquefois très-bon à suivre ; mais cette conduite suppose une jeune personne formée, et qui sait, dans une lettre bien détaillée, mettre l'homme qu'elle consulte, parfaitement au fait de tout ce qui est nécessaire pour fonder une décision sage.
Si, après avoir agi avec autant de droiture, le Seigneur ne vous donne point de vues pour la retraite et l'éloignement du monde, vous avez raisonnablement lieu de juger qu'il vous y prépare les grâces nécessaires pour y faire votre salut. Remettez-vous alors entièrement de votre sort à des parents chrétiens ; attendez, avec une conduite toujours chrétienne, les moments marqués par la providence pour un établissement ; mais surtout que la timidité ne vous fasse jamais condescendre aux vues d'intérêt d'une famille, pour embrasser, sans vocation, le parti du cloitre.
Si au contraire, (pesez bien toutes ces circonstances ) si au contraire Dieu vous donne pour la retraite des vues qui se soutiennent ; s'il y joint une forte persuasion que c'est là l'état où il vous veut, et le plus conforme à vos dispositions ; si ce sentiment se trouve confirmé par la décision d'un sage confesseur, vous avez alors toute la certitude que vous pouvez raisonnablement attendre, que votre vocation est pour le cloître.
Dans ce cas, souvenez-vous que, quoique la vocation à l'état religieux ne soit, en général, qu'un conseil, et non pas un précepte, c'est risquer beaucoup que de fermer l'oreille aux conseils d'un Dieu, pour suivre ceux des passions. Soutenez cette vocation par votre attachement aux exercices de la piété, en vous éloignant, autant qu'il vous sera possible, de la dissipation du monde. Sans cela, le feu que la race avait allumé en vous, s'éteindra bientôt. Telle se croit faite pour le monde à vingt ans, qui, à l'âge de dix-huit, était très-réellement appelée de Dieu à un état plus parfait. Attendez avec patience les moments où vous puissiez utilement découvrir à ceux dont vous dépendez, les desseins de Dieu sur vous, et n'en parlez à d'autres qu'avec beaucoup de discrétion. Soutenez avec douceur et avec courage les retards qu'on pourra apporter à vos désirs, et ne soyez ni surprise, ni rebutée, si des parents chrétiens ne se rendent pas d'abord à vos vues, et éprouvent, pendant un temps raisonnable, si vos sentiments se soutiendront.


Prière pour demander à Dieu la grâce de connaître sa vocation

Ô Dieu, mon créateur et mon père ! je suis à vous, et je ne puis attendre que de vous les grâces nécessaires pour opérer mon salut. Mais je sens en même temps que je ne pourrais les attendre avec confiance dans un état que j'embrasserais contre vos vues. Montrez-moi donc, ô mon Dieu ! la voie dans laquelle vous voulez que je marche. J'ose vous prendre à témoin de la droiture et de la sincérité avec lesquelles je vous le demande. Oui, quelques répugnances qu'y éprouvât la nature, faites-moi connaître votre volonté, et je suis prête à tout quitter pour vous suivre. Mais aussi, ô mon Dieu ! préservez-moi du malheur d'embrasser, contre vos vues, des conseils supérieurs à ma faiblesse, et de contracter des obligations qui deviendraient la cause de ma perte, si je n'avais pas le courage de les remplir. Je sais que je puis me sanctifier dans le monde, si c'est vous qui m'y conduisez, et que je ne puis que me perdre dans les états les plus saints, si vous ne m'y conduisez pas. Parlez donc, Seigneur ; votre servante écoute. Faites entendre assez clairement votre voix à mon cœur, pour que je ne puisse douter de vos volontés sur moi. Je vous le demande par le sang que vous avez répandu pour mon salut, par l'intercession de la sainte Vierge et celle de ce saint Ange qui doit me conduire jusqu'à la mort dans la voie que vous me montrerez. Ainsi soit-il.



Reportez-vous à Prière pour la vocation, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Saint Joseph patron et modèle des religieux, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Ce qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Abrégé de la vie de Saint François de Sales, et En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne.