dimanche 22 avril 2018

Comment saint François commandait aux animaux et en était obéi





Extrait de


Le Séraphique Saint François


(Dans le Tome XI des Œuvres Complètes de Mgr de Segur)




Le bienheureux François avait comme reconquis l'innocence primitive et la puissance royale du premier homme sur la nature. Les animaux eux-mêmes entendaient sa voix et semblaient comprendre ses ordres. Voyant un jour près de la petite ville de Bevagna, un grand nombre de petits oiseaux de différentes espèces, il alla vers eux et leur dit : « Petits oiseaux, mes Frères, écoutez la parole de DIEU. VOUS avez grand sujet de louer votre Créateur. Il vous a couverts de plumes, vous a donné des ailes pour voler, vous a placés dans les régions de l'air qui sont si pures, et pourvoit à tous vos besoins sans que vous vous en mettiez en peine. »
Et pendant que l'homme de DIEU leur parlait ainsi, les oiseaux demeuraient immobiles, en silence, tournés vers lui ; et ceux qui se trouvaient sur des branches plus élevées baissaient la tête comme pour mieux l'entendre. C'était une chose merveilleuse que de voir la joie qu'ils semblaient témoigner par leurs mouvements : ils allongeaient leurs petits cous, battaient des ailes, ouvraient leurs becs, et regardaient fixement leur saint prédicateur, lequel allait et venait au milieu d'eux, les frôlant parfois de sa tunique, sans qu'aucun songeât à remuer ou à s'effrayer. Enfin il fit sur eux le signe de la croix pour les bénir, et leur permit de s'envoler ; ce qu'ils firent tous joyeusement. — Saint Bonaventure qui rapporte ce charmant miracle, en tenait tous les détails de plusieurs compagnons de saint François qui en avaient été les témoins oculaires. « Je suis un négligent, leur avait dit le Saint après avoir renvoyé les oiseaux. Depuis longtemps j'aurais dû prêcher aux oiseaux puisqu'il se montrent plus avides de la parole de DIEU que les hommes. »
Au sortir de Bevagna, le bon Saint entra dans le bourg d'Alviano pour y prêcher. Selon l'usage du pays, il y avait tout autour beaucoup de nids d'hirondelles. Ne pouvant se faire entendre à cause des cris et du bruit de ces oiseaux : « Hirondelles, mes sœurs, leur dit-il, il y a assez longtemps que vous vous faites entendre ; à moi maintenant de parler. Écoutez donc la parole de DIEU, et gardez le silence pendant que je prêcherai. »
Aussitôt comme si elles eussent compris, les hirondelles cessèrent de faire du bruit, et demeurèrent respectueusement en place jusqu'à la fin de la prédication. — Saint Bonaventure, qui rapporte également ce fait, ajoute que lorsqu'il professait, à l'Université de Paris, vers l'année 1250, la philosophie et la théologie, un étudiant qu'il connaissait, se trouvant un jour incommodé dans son étude par le gazouillement d'une hirondelle, dit en souriant à ses compagnons : « En voici une de celles qui interrompit le bienheureux François dans son sermon et qu'il fit faire. » Puis, élevant la voix, il apostropha l'hirondelle en ces termes : « Au nom du grand serviteur de DIEU saint François, je te commande de te taire et de venir à moi. » Et se taisant aussitôt, l'hirondelle vint se poser dans la main du jeune homme. Stupéfait et comme ahuri, il n'eut pas même la pensée de la retenir ; elle s'envola, et depuis lors le jeune étudiant n'en fut plus jamais importuné.
Ce pouvoir surhumain de saint François sur les animaux l'accompagna toute sa vie ; et chacun connaît l'histoire aussi prodigieuse qu'authentique du fameux loup de Gubio, en Ombrie, lequel, après avoir jeté la terreur dans la ville et tout à l'entour, fut amené un beau jour par saint François au milieu de la place publique, au grand ébahissement de toute la ville. François le tenait doucement par sa pauvre corde, qu'il lui avait passé au cou, sans que le féroce animal eût opposé la moindre résistance. En présence de tous les habitants, il fit avec le loup une convention, que l'animal parut comprendre et accepter, s'agenouillant et inclinant la tête par trois fois. « Frère loup, lui avait dit le Saint, les habitants de cette ville te nourriront ; et toi, en échange tu ne feras plus de mal à personne. » Et pendant deux ans qu'il vécut encore, le loup de Gubio vint, chaque jour, manger tranquillement dans la ville, sans inquiéter aucunement ni les habitants ni leurs troupeaux. — La mémoire de ce prodige, véritablement inouï, s'est perpétuée jusqu'à nos jours à Gubio et dans toute l'Ombrie ; et, j'ai vu moi-même, en 1842, à Gubio, la place publique où il a eu lieu. Une fresque très ancienne le représente dans toute sa naïveté.
À Assise, on donna un jour à François une petite brebis, qu'il accepta volontiers à cause de l'innocence et de la simplicité dont cette humble créature de DIEU est le symbole. En la confiant à ses Frères de Notre-Dame des Anges, il lui dit : « Petite brebis, ma sœur, il faut que tu assistes, toi aussi, aux louanges de DIEU, mais sans incommoder les Frères. Avec eux, tu te rendras à l'Office, et tu prendras garde de les troubler dans leurs prières. »
La brebis obéit : et lorsque les Religieux allaient au chœur réciter l'Office, elle allait d'elle-même à l'église, se mettait au pied de l'autel de Notre-Dame des Anges, pliait ses petites pattes de devant, et faisait des bêlements pleins de douceur, comme pour rendre ses hommages à la Très-Sainte-Vierge. Elle en faisait autant pendant la Messe, au moment de l'Élévation. Et la fidèle petite brebis continua, sa vie durant, en présence de tous, le bel office que lui avait confié le grand serviteur de DIEU.
Quatre ans avant sa mort, saint François étant à Rome, avait toujours avec lui un beau petit agneau, en mémoire de l'Agneau de DIEU qui a voulu être immolé pour nous. Lorsqu'il dut quitter Rome, il confia son agneau à la sainte
Dame nommée Jacqueline, qui s'était toujours montrée si charitable pour lui et pour ses Frères. Le petit animal semblait avoir été formé à la piété par le saint homme : il suivait dame. Jacqueline à l'église, y demeurait et en revenait avec elle, sans jamais la quitter. Si quelque matin, elle était moins diligente à se lever, il allait à son lit, bêlait, frappait de la tête, et avait l'air de l'avertir, par d'autres petits mouvements, d'aller promptement servir DIEU. La Dame admirait et chérissait l'agneau de saint François ; elle le regardait comme une sorte de petite relique vivante de son bienheureux Père, « et, dit saint Bonaventure, comme un de ses disciples, devenu pour elle un maître et un modèle. »


Quelques autres beaux exemples de ce pouvoir surnaturel de saint François



Les plus petites choses élevaient à DIEU le cœur de saint François, et il s'en servait pour faire la même impression sur celui de ses disciples. Un jour, une petite cigale vint à chanter sur un figuier, tout prêt de sa cellule. Il l'appela ; elle vint aussitôt, et il la fit chanter sur sa main ; et toutes les fois qu'il le voulait, elle recommençait. Au bout de huit jours, il dit à ses compagnons : « Donnons-lui congé ; il y a assez longtemps qu'elle nous excite à louer DIEU. » Au même moment, la petite cigale s'envola, et ne reparut plus.
Une autre fois, c'était en voyage, comme il allait prendre sa pauvre réfection avec Frère Léon, son compagnon de prédilection, il se sentit intérieurement rempli de célestes consolations au chant d'un rossignol. « Frère Léon, dit-il, chante donc les louanges du Seigneur alternativement avec ce petit oiseau. » Et comme le bon Frère Léon s'en excusa sur sa mauvaise voix, François, tout transporté d'amour de DIEU, se mit à répondre au rossignol, et continua ainsi jusqu'au soir, où il fut obligé de cesser, avouant avec une sainte envie que le petit oiseau l'avait vaincu. Il le fit venir sur sa main, le loua d'avoir si bien chanté, lui donna à manger, et ce ne fut que sur son ordre et après avoir reçu sa bénédiction, que le rossignol s'envola.
Non seulement les animaux obéissaient surnaturellement à saint François, mais encore ils lui témoignaient à leur manière de l'affection et de la joie.
Allant à Sienne, le serviteur de DIEU passa un jour près d'un troupeau de brebis qui paissaient dans un champ. Selon sa charmante coutume, il les salua, pour l'amour de DIEU, avec un air de bonté. Aussitôt les brebis, les béliers, les agneaux laissant là leur pâturage, vinrent à lui, levèrent la tête, et lui firent fête comme ils purent, à la grande admiration des bergers, ainsi que des compagnons du bon Saint.
Les animaux privés et domestiques n'étaient pas seuls à subir cette miraculeuse influence de saint François. Des chasseurs lui offraient parfois des levrauts et des lapins qu'on avait pris en vie ; ou les mettait à terre, et, loin de fuir, ils allaient se jeter entre ses bras. Il avait beau les remettre en liberté, ils demeuraient toujours avec lui ; et, pour s'en débarrasser, il était obligé de les faire porter au loin, dans la campagne, par quelqu'un de ses Frères.
Sur le bord du lac de Riéti, un pécheur lui donna un oiseau de rivière vivant. François l'accepta avec sa bonté ordinaire, le tint quelque temps dans ses mains, et voulut ensuite l'exciter â s'envoler. Ce fut en vain. Alors saisi d'un transport de reconnaissance et d'amour de DIEU, il leva les yeux au ciel, et demeura plus d'une heure dans une oraison extatique. Étant revenu à lui, il commanda doucement à l'oiseau sauvage de s'en aller louer le Seigneur, et lui donna sa bénédiction. Aussitôt le petit animal parut tout joyeux, battit des ailes et prit l'essor.
Sur ce même lac, un batelier lui présenta un jour un grand poisson qu'il venait de prendre, François le garda quelque temps entre ses mains, puis il le remit à l'eau. Au lieu de se sauver, le poisson demeura au môme endroit, jouant dans l'eau, en sa présence, comme si par affection il ne pouvait le quitter. Il ne plongea tout à fait qu'avec la permission et la bénédiction du saint homme.
Un autre jour que François était malade à Sienne, un bon gentilhomme lui envoya, à titre d'aumône, un faisan que l'on venait de prendre tout vivant. Dès que le faisan ville Saint et entendit sa voix, il s'affectionna tellement à lui, qu'il ne pouvait plus souffrir d'en être séparé. Plusieurs fois on le porta dans les vignes pour lui rendre la liberté, mais toujours, d’un vol rapide, il revenait au bienheureux Père. On le confia aux soins d'un ami qui venait souvent voir le Saint malade : tant qu'il y fut, il refusa toute nourriture. On le rapporta, et dès qu'il vit François, il donna toutes sortes de marques de joie, et se mit à manger avec avidité.
Et ces merveilles accompagnèrent, comme nous l'avons dit, saint François d'Assise pendant toute sa vie, DIEU voulant rendre ainsi un témoignage continuel et public de la très sainte et toute céleste innocence de vie de son bien-aimé serviteur. Lorsque, pour la première fois, il se rendit sur le Mont-Alverne, en Toscane, pour s'y mettre en retraite, les Frères qui l'accompagnaient virent une quantité de petits oiseaux arriver à lui, l'environner de tous côtés, se poser sur sa tète, sur ses épaules, sur sa poitrine et dans ses mains, témoignant en quelque sorte de leurs petits becs et de leurs ailes, la joie que leur causait son arrivée ; et, par ce gracieux miracle, le Seigneur, qui devait opérer en lui de si grandes choses, invitait François et ses compagnons à se fixer sur cette montagne prédestinée.
Plus tard, deux ans avant sa mort, lorsqu'il y revint et y reçut les Stigmates, comme nous le raconterons tout à l'heure, les oiseaux de la montagne lui firent la même fête ; et un faucon, par un instinct surnaturel, s'attacha singulièrement à sa personne. Il se fit comme le petit veilleur de nuit du Bienheureux : quand approchait l'heure a laquelle François se levait pour prier la nuit, l'oiseau fidèle ne manquait point de venir chanter et faire du bruit à sa porte ; et lorsque les infirmités du Saint étaient plus grandes qu'à l'ordinaire, le faucon ne venait l'éveiller que vers le lever du soleil et encore ne chantait-il qu'à demi-voix.
En rapportant ces ravissants miracles, dont l'authenticité absolue a été certifiée par les plus vénérables témoins oculaires, le grand Docteur séraphique saint Bonaventure rappelle d'abord que, dans l'Écriture et dans les Actes des martyrs et des Saints, on trouve divers exemples de ce souverain domaine des serviteurs de DIEU sur les animaux ; puis, il en donne la raison, qui est très-belle. « Toutes les créatures étaient soumises à saint François, dit-il, parce que saint François avait entièrement soumis, sa chair à son esprit, et son esprit au Seigneur. » Or, c'est dans cette double soumission parfaite que se retrouve l'ordre primitif de l'état d'innocence, où toutes les créatures étaient soumises au premier homme. La grâce de Notre-Seigneur abondait et surabondait tellement en saint François, qu'elle l'avait rétabli, en partie du moins dans l'état d'innocence, réalisant en lui l'oracle du Fils de DIEU : « En vérité, eu vérité, je vous le dis, les miracles que je fais, quiconque croit en moi les fera aussi, et il en fera de plus grands encore. »
Saint François tout transformé en JÉSUS-CHRIST par une foi, une espérance et une charité parfaites, par une mortification totale et une prière continuelle, par une humilité consommée et par la douceur même du Sauveur, n'opposait pour ainsi dire aucun obstacle aux opérations divines de JÉSUS en lui : et JÉSUS, Seigneur tout-puissant et tout bon, opérait par lui ces touchants miracles.
Ô Seigneur, quand vivrez-vous ainsi pleinement en nous, vos pauvres serviteurs, indignes enfants de saint François, votre vrai disciple ? Augmentez notre foi, ô doux Sauveur, et unissez-nous à vous de plus en plus par les liens de votre divin amour, par l'humilité, la pauvreté et l'innocence.




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