samedi 6 mai 2017

Pastor Aeternus, Seconde constitution dogmatique du Concile Vatican I, sur l'infaillibilité pontificale et la primauté du Pape


Pontificat de Sa Sainteté le Pape Pie IX





Concile Vatican I


Pastor Aeternus


Seconde constitution dogmatique


sur l'infaillibilité pontificale et la primauté du Pape


(18 juillet 1870)




Préambule


L'éternel pasteur et gardien de nos âmes (1 P 2, 26), pour perpétuer l’œuvre salutaire de la Rédemption, a décidé d'édifier la sainte Église dans laquelle, comme en la maison du Dieu vivant, tous les fidèles seraient rassemblés par le lien d'une seule foi et d'une seule charité. C'est pourquoi, avant d'être glorifié, « il pria son Père », non seulement pour les Apôtres, « mais aussi pour ceux qui croiraient en lui, à cause de leur parole, pour que tous soient un, comme le Fils et le Père sont un » (Jn 17, 20 sv.). De même qu'il « envoya » les Apôtres qu'il s'était choisis dans le monde, « comme lui-même avait été envoyé par le Père » (Jn 20, 21), de même il voulut qu'il y eût en son Église des pasteurs et des docteurs « jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20).

Pour que l'épiscopat fût un et non-divisé, pour que, grâce à l'union étroite et réciproque des pontifes, la multitude entière des croyants fût gardée dans l'unité de la foi et de la communion, plaçant le bienheureux Pierre au-dessus des autres Apôtres, il établit en sa personne le principe durable et le fondement visible de cette double unité. Sur sa solidité se bâtirait le temple éternel et sur la fermeté de cette foi s'élèverait l'Église dont la grandeur doit toucher le ciel (1). Parce que les portes de l'enfer se dressent de toutes parts avec une haine de jour en jour croissante contre ce fondement établi par Dieu, pour renverser, s'il se pouvait, l'Église, Nous jugeons nécessaire pour la protection, la sauvegarde et l'accroissement du troupeau catholique, avec l'approbation du saint concile, de proposer à tous les fidèles la doctrine qu'ils doivent croire et tenir sur l'institution, la perpétuité et la nature de la primauté du Siège apostolique, sur lequel repose la force et la solidité de l'Église, conformément à la foi antique et constante de l'Église universelle, et aussi de proscrire et de condamner les erreurs contraires, si pernicieuses pour le troupeau du Seigneur.


Chapitre 1 - L'institution de la primauté apostolique dans le bienheureux Pierre


Nous enseignons donc et nous déclarons, suivant les témoignages de l'Évangile, que la primauté de juridiction sur toute l'Église de Dieu a été promise et donnée immédiatement et directement au bienheureux Apôtre Pierre par le Christ notre Seigneur. C'est, en effet, au seul Simon, auquel il avait déjà été dit : « Tu t'appelleras Céphas » (Jn 1,42), après que celui-ci l'avait confessé en ces termes : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », que le Seigneur adressa ces paroles solennelles : « Bienheureux es-tu, Simon, fils de Jona, car ce n'est ni la chair ni le sang qui te l'ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux ; et moi, je te dis que tu es Pierre et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel » (Mt 16, 16 sv.). Et c'est au seul Simon Pierre que Jésus, après sa résurrection, conféra la juridiction de souverain pasteur et de chef suprême sur tout son troupeau en disant : « Pais mes agneaux, pais mes brebis » (Jn 21,15 sv.).

Cette doctrine si claire des saintes Écritures se voit opposer ouvertement l'opinion fausse de ceux qui, pervertissant la forme de gouvernement instituée par le Christ notre Seigneur, nient que Pierre seul se voit vu doté par le Christ d'une primauté de juridiction véritable et proprement dite, de préférence aux autres Apôtres, pris soit isolément soit tous ensemble, ou de ceux qui affirment que cette primauté n'a pas été conférée directement et immédiatement au bienheureux Pierre, mais à l'Église et, par celle-ci, à Pierre comme à son ministre.

Si quelqu'un donc dit que le bienheureux Apôtre Pierre n'a pas été établi par le Christ notre Seigneur chef de tous les Apôtres et tête visible de toute l'Église militante ; ou que ce même Apôtre n'a reçu directement et immédiatement du Christ notre Seigneur qu'une primauté d'honneur et non une primauté de juridiction véritable et proprement dite, qu'il soit anathème.


Chapitre 2 - La perpétuité de la primauté du bienheureux Pierre dans les Pontifes romains


Ce que le Christ notre Seigneur, chef des pasteurs, pasteur suprême des brebis, a institué pour le salut éternel et le bien perpétuel de l'Église doit nécessairement, par cette même autorité, durer toujours dans l'Église, qui, fondée sur la pierre, subsistera ferme jusqu'à la fin des siècles. « Personne ne doute, et tous les siècles savent que le saint et très bienheureux Pierre, chef et tête des Apôtres, colonne de la foi, fondement de l'Église catholique, a reçu les clés du Royaume de notre Seigneur Jésus-Christ, Sauveur et Rédempteur du genre humain : jusqu'à maintenant et toujours, c'est lui qui, dans la personne de ses successeurs », les évêques du Saint-Siège de Rome, fondé par lui et consacré par son sang, « vit », préside « et exerce le pouvoir de juger » (2).

Dès lors, quiconque succède à Pierre en cette chaire reçoit, de par l'institution du Christ lui-même, la primauté de Pierre sur toute l'Église. « Ainsi demeure ce qu'ordonna la vérité, et le bienheureux Pierre, gardant toujours cette solidité de pierre qu'il a reçue, n'a pas laissé le gouvernail de l'Église (3). » Voilà pourquoi c'est vers l'Église romaine, « par suite de son origine supérieure » (4), qu'il a toujours été nécessaire que chaque Église, c'est-à-dire les fidèles de partout, se tournent, afin qu'ils ne fassent qu'un en ce Saint-Siège, d'où découlent sur tous « les droits de la vénérable communion » (5), comme des membres unis à la tête dans l'assemblage d'un seul corps.

Si donc quelqu'un dit que ce n'est pas par l'institution du Christ ou de droit divin que le bienheureux Pierre a des successeurs dans sa primauté sur l'Église universelle, ou que le Pontife romain n'est pas le successeur du bienheureux Pierre en cette primauté, qu'il soit anathème.


Chapitre 3 - Pouvoir et nature de la primauté du Pontife romain


C'est pourquoi, Nous fondant sur le témoignage évident des saintes Lettres et suivant les décrets explicitement définis de nos prédécesseurs, les Pontifes romains, comme des conciles généraux, nous renouvelons la définition du concile œcuménique de Florence, qui impose aux fidèles de croire que « le Saint-Siège apostolique et le Pontife romain possèdent la primauté sur toute la terre ; que ce Pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre, le chef des Apôtres et le vrai vicaire du Christ, la tête de toute l'Église, le père et le docteur de tous les chrétiens ; qu'à lui, dans la personne du bienheureux Pierre, a été confié par notre Seigneur Jésus-Christ plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner toute l'Église comme le disent les actes des conciles œcuméniques et les saints canons » (6).

En conséquence, Nous enseignons et déclarons que l'Église romaine possède sur toutes les autres, par disposition du Seigneur, une primauté de pouvoir ordinaire, et que ce pouvoir de juridiction du Pontife romain, vraiment épiscopal, est immédiat. Les pasteurs de tout rang et de tout rite et les fidèles, chacun séparément ou tous ensemble, sont tenus au devoir de subordination hiérarchique et de vraie obéissance, non seulement dans les questions qui concernent la foi et les mœurs, mais aussi dans celles qui touchent à la discipline et au gouvernement de l'Église répandue dans le monde entier. Ainsi, en gardant l'unité de communion et de profession de foi avec le Pontife romain, l'Église est un seul troupeau sous un seul pasteur. Telle est la doctrine de la vérité catholique, dont personne ne peut s'écarter sans danger pour sa foi et son salut.

Ce pouvoir du Souverain Pontife ne fait nullement obstacle au pouvoir de juridiction épiscopal ordinaire et immédiat, par lequel les évêques, établis par l'Esprit Saint (Ac 20, 28) successeurs des Apôtres, paissent et gouvernent en vrais pasteurs chacun le troupeau à lui confié. Au contraire, ce pouvoir est affirmé, affermi et défendu par le pasteur suprême et universel, comme le dit saint Grégoire le Grand : « Mon honneur est l'honneur de l'Église universelle. Mon honneur est la force solide de mes frères. Lorsqu'on rend à chacun l'honneur qui lui est dû, alors je suis honoré » (7).

Dès lors, de ce pouvoir suprême qu'a le Pontife romain de gouverner toute l'Église résulte pour lui le droit de communiquer librement, dans l'exercice de sa charge, avec les pasteurs et les troupeaux de toute l'Église, pour pouvoir les enseigner et les gouverner dans la voie du salut. C'est pourquoi nous condamnons et réprouvons les opinions de ceux qui disent qu'on peut légitimement empêcher cette communication du chef suprême avec les pasteurs et les troupeaux, ou qui l'assujettissent au pouvoir civil, en prétendant que ce qui est décidé par le Siège apostolique ou par son autorité pour le gouvernement de l'Église n'a de force ni de valeur que si le placet du pouvoir civil le confirme.

Parce que le droit divin de la primauté apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église, nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême des fidèles et que, dans toutes les causes qui touchent à la juridiction ecclésiastique, on peut faire recours à son jugement. Le jugement du Siège apostolique, auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit être remis en question par personne, et personne n'a le droit de juger ses décisions. C'est pourquoi ceux qui affirment qu'il est permis d'en appeler des jugements du Pontife romain au concile œcuménique comme à une autorité supérieure à ce Pontife, s'écartent du chemin de la vérité.

Si donc quelqu'un dit que le Pontife romain n'a qu'une charge d'inspection ou de direction et non un pouvoir plénier et souverain de juridiction sur toute l'Église, non seulement en ce qui touche à la foi et aux mœurs, mais encore en ce qui touche à la discipline et au gouvernement de l'Église répandue dans le monde entier, ou qu'il n'a qu'une part plus importante et non la plénitude totale de ce pouvoir suprême ; ou que son pouvoir n'est pas ordinaire ni immédiat sur toutes et chacune des églises comme sur tous et chacun des pasteurs et des fidèles, qu'il soit anathème.


Chapitre 4 - Le magistère infaillible du Pontife romain


La primauté apostolique que le Pontife romain, en tant que successeur de Pierre, chef des Apôtres, possède dans l'Église universelle, comprend aussi le pouvoir suprême du magistère : le Saint-Siège l'a toujours tenu, l'usage perpétuel des Églises le prouve, et les conciles œcuméniques, surtout ceux où l'Orient se rencontrait avec l'Occident dans l'union de la foi et de la charité, l'ont déclaré.

Les Pères du IVe concile de Constantinople, suivant les traces de leurs ancêtres, émirent cette solennelle profession de foi : « La condition première du salut est de garder la règle de la foi orthodoxe... On ne peut, en effet, négliger la parole de notre Seigneur Jésus-Christ qui dit : 'Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église' (Mt 16, 18). Cette affirmation se vérifie dans les faits, car la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège apostolique. Désireux de ne nous séparer en rien de sa foi et de sa doctrine... nous espérons mériter de demeurer unis en cette communion que prêche le Siège apostolique, en qui réside, entière et vraie, la solidité de la religion chrétienne » (8).

Avec l'approbation du IIe concile de Lyon, les Grecs ont professé : « La sainte Église romaine possède aussi la primauté souveraine et l'autorité entière sur l'ensemble de l'Église catholique. Elle reconnaît sincèrement et humblement l'avoir reçue, avec la plénitude du pouvoir, du Seigneur lui-même, en la personne du bienheureux Pierre, chef ou tête des Apôtres, dont le Pontife romain est le successeur. Et comme elle doit, par-dessus tout, défendre la vérité de la foi, ainsi les questions qui surgiraient à propos de la foi doivent être définies par son jugement » (9).

Enfin, le concile de Florence a défini : « Le Pontife romain est le vrai vicaire du Christ, la tête de toute l'Église, le père et le docteur de tous les chrétiens ; à lui, dans la personne du bienheureux Pierre, a été confié par notre Seigneur Jésus-Christ plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner toute l'Église » (10).

Pour s'acquitter de leur charge pastorale, nos prédécesseurs ont travaillé infatigablement à la propagation de la doctrine salutaire du Christ parmi tous les peuples de la terre, et ils ont veillé avec un soin égal à sa conservation authentique et pure, là où elle avait été reçue. C'est pourquoi les évêques du monde entier, tantôt individuellement, tantôt réunis en synodes, en suivant la longue coutume des églises et les formes de la règle antique, ont communiqué au Siège apostolique les dangers particuliers qui surgissaient en matière de foi, pour que les dommages causés à la foi fussent réparés là où elle ne saurait subir de défaillance. Les Pontifes romains, selon que l'exigeaient les conditions des temps et des choses, tantôt convoquèrent des conciles œcuméniques ou sondèrent l'opinion de l'Église répandue sur la terre, tantôt par des synodes particuliers, tantôt grâce à des moyens que leur fournissait la Providence, ont défini qu'on devait tenir ce qu'ils reconnaissaient, avec l'aide de Dieu, comme conforme aux saintes Lettres et aux traditions apostoliques.

Car le Saint-Esprit n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu'ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu'avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c'est-à-dire le dépôt de la foi.

Leur doctrine apostolique a été reçue par tous les Pères vénérés, révérée et suivie par les saints docteurs orthodoxes. Ils savaient parfaitement que ce siège de Pierre demeurait pur de toute erreur, aux termes de la promesse divine de notre Seigneur et Sauveur au chef de ses disciples : « J'ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas ; et quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 32).

Ce charisme de vérité et de foi à jamais indéfectible a été accordé par Dieu à Pierre et à ses successeurs en cette chaire, afin qu'ils remplissent leur haute charge pour le salut de tous, afin que le troupeau universel du Christ, écarté des nourritures empoisonnées de l'erreur, soit nourri de l'aliment de la doctrine céleste, afin que, toute occasion de schisme étant supprimée, l'Église soit conservée tout entière dans l'unité et qu'établie sur son fondement elle tienne ferme contre les portes de l'enfer.

Mais comme en ce temps, qui exige au plus haut point l'efficacité salutaire de la charge apostolique, il ne manque pas d'hommes qui en contestent l'autorité, Nous avons jugé absolument nécessaire d'affirmer solennellement la prérogative que le Fils unique de Dieu a daigné joindre à la fonction pastorale suprême. 

C'est pourquoi, nous attachant fidèlement à la tradition reçue dès l'origine de la foi chrétienne, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour l'exaltation de la religion catholique et le salut des peuples chrétiens, avec l'approbation du saint concile, nous enseignons et définissons comme un dogme révélé de Dieu :

Le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l'Église, jouit, par l'assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Église.

Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu'il soit anathème.




NOTES

(1) LÉON LE GRAND, Sermo 4, 2 : PL 54, 150 C.
(2) Concile d'Éphèse (IIIe oecuménique), 3e session (11 juillet 431), discours du prêtre Philippe.
(3) LÉON LE GRAND, Sermo 4, 3 : PL 54, 164 B.
(4) IRÉNÉE DE LYON, Adversus haereses, l. 3, c. 3, 1 : PG 7, 849 A.
(5) AMBROISE DE MILAN, Epist. 11, c. 4 : PL 16, 946 A.
(6) Concile de Florence (XVIIe oecuménique), Bulle « Laetentur Coeli » d'Eugène IV, 6 juillet 1439, décret pour les Grecs.
(7) GRÉGOIRE LE GRAND, Epist. ad Eulogium Alexandrinum, l. 8, c. 30 : PL 77, 983 C.
(8) En fait, ce texte reprend, en l'abrégeant, la formule du pape Hormisdas (11 août 515), dont le IVe concile de Constantinople ne citait que la fin
(9) IIe concile de Lyon, (XIVe oecuménique), 4e session (6 juillet 1274), profession de foi de Michel Paléologue.
(10) Concile de Florence (XVIIe oecuménique), Bulle « Laetentur Coeli » d'Eugène IV, 6 juillet 1439, décret pour les Grecs.




***



INFAILLIBILITÉ du Magistère ordinaire du Pape

Par le Père Noël Barbara


Présumé faux
ou Vérité de Foi divine ?



Quand il plaira à Dieu de nous donner un pape, quand l'ordre aura été rétabli dans l'Église, quand les historiens se pencheront sur l'après-concile, le plus grand scandale, que tous devront reconnaître, c'est qu'aucun évêque, absolument aucun, ne se soit levé pour condamner, au nom de la foi catholique, les enseignements aussi officiels qu'hérétiques des « papes » de Vatican II.

La raison de ce scandale sans précédent, ils la découvriront dans l'« hérésie du XXe siècle », qui est le refus pratique de l'infaillibilité de l'Église de Rome, Église du Pape.

Le Maître nous a prévenus : « les fils de ce siècle sont plus avisés entre eux que les fils de la lumière » (LcXVI, 8).

Une fois de plus, les fils de ce siècle ont montré leur habileté. Ils ont agi si adroitement, que leur fausse interprétation de l'infaillibilité du pape s'est infiltrée et répandue partout, et, dans la pratique, sans aucune déclaration, l'erreur a supplanté la vérité révélée.

(...)

La doctrine, qui enseigne que le Pape est infaillible même dans son magistère ordinaire, est de la plus grande importance pour notre résistance catholique.

D'abord parce que, clairement enseignée dans l'Évangile, elle est une doctrine de foi divine que nous devons croire au même titre que toutes les autres vérités qu'il a plu au Seigneur de nous révéler par son Fils.

De plus, parce que dans la crise actuelle, cette doctrine, et elle seule, nous permet d'affirmer, avec l'assurance que donne la foi : les papes de Vatican II sont dépourvus de l'Autorité de Pierre.


Infaillibilité du magistère ordinaire du Pape


[On lira avec profit ce que j'ai déjà publié sur ce sujet, en particulier dans Forts dans la Foi, n° 1 et 2 de l'année 1988]

Révélé par Jésus de la part du Père, ce privilège s'inscrit dans l'infaillibilité du magistère de l'Église. Comme elle, il découle des paroles qui ont institué ce magistère et de la raison pour laquelle le Seigneur l'a institué.

Paroles de Jésus, qui instituent un magistère


« Et Jésus s'approchant leur parla ainsi. Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur enseignant à pratiquer tout ce que je vous ai commandé » (Mt. XXVIII, 18-20)

« Et il leur dit (aux Apôtres) : allez dans le monde entier, et prêchez l'évangile à toute créature. Celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc XVI, 15-16).

« Vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre » (Act I, 8).

Raison pour laquelle Jésus a institué un magistère


Cette raison ressort des paroles mêmes du Christ que nous venons de lire. Il suffit de donner aux mots employés leur sens obvie, pour s'en convaincre.

Par ces paroles, le Seigneur charge ses Apôtres et leurs successeurs :

— d'aller par le monde entier,
— de rapporter fidèlement, aux hommes de toutes les nations et de tous les temps, tout ce qu'il leur a révélé de la part de son Père,
— et, en toutes circonstances de temps et de lieu, d'expliquer aux hommes de toute condition comment ils doivent pratiquer tout ce que le Seigneur a commandé,
— dans le but d'assurer leur salut éternel.

Un dilemme inéluctable


À la lecture de ces paroles (apprenez-leur à pratiquer TOUT...) et de ces exigences (celui qui ne croira pas SERA CONDAMNÉ), une idée vient tout normalement à l'esprit. À moins qu'il ne se prenne pour Dieu en personne, leur auteur ne peut être qu'un sadique ou un insensé.

En effet, quand on connaît la versatilité du cœur humain, la mobilité de ses résolutions les plus réfléchies, les multiples causes qui influent sur ses jugements et déterminent ses convictions ; quand on sait aussi, l'Écriture l'affirme explicitement et sans faire aucune exception, que « tout homme est menteur. Omnis homo mendax » (Rom. III, 4), à moins d'être Dieu, Tout-puissant, capable de faire tout avec rien, il faut être un insensé, ou un sadique, pour confier ses secrets à des menteurs, et pour faire de la foi en tous ces secrets, jusqu'à la fin des temps et pour tous les humains, la condition sine qua non du salut de la géhenne éternelle du feu.

Sa solution


Pour des catholiques, ce dilemme est vite résolu ; il ne présente aucune difficulté.

Nous le croyons, Jésus est « le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt XVI, 16). Tout-puissant comme son Père, il se plaît à « choisir les choses folles du monde, pour confondre les sages, les forts, afin que nulle chair ne se glorifie devant lui » (I Cor I, 27-29).

Disposant de la Toute-puissance, Jésus-Christ, « dont la sagesse ne se trompe point dans ses plans » (oraison du 7e dimanche après la Pentecôte), a fait savoir à ses disciples qu'il prenait toutes dispositions pour obtenir la fin qu'il se proposait en confiant cette redoutable mission à de simples hommes, mais spécialement choisis par lui pour la remplir fidèlement. (Cf Jn XV, 16 et Héb. V, 4).

Dispositions prises par le Seigneur


Tout d'abord, afin que ces hommes, normalement portés à l'erreur « omnis homo mendax », ne falsifient en rien la vérité qu'il leur confiait ; pour qu'ils la transmettent intégralement et l'interprètent fidèlement, jusqu'à la fin des temps, Jésus fait de ces hommes ses ministres et s'engage à les assister, Lui-même et par le Saint-Esprit, tous les jours, jusqu'à la fin du monde.

« Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles » (Mt. XXVIII, 20).

« Vous recevrez la force du Saint-Esprit qui descendra sur vous » (Act I, 8).

« Si vous m'aimez, gardez mes commandements. Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Paraclet, afin qu'il demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité » (Jn XIV, 15-17).

« Mais le Paraclet, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn XIV,26).

« J'ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand l'Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité » (Jn XVI, 12-13).

« L'Esprit-Saint vous enseignera à l'heure même, ce qu'il faudra que vous disiez » (Lc XII, 12).

Ensuite, prévoyant les assauts qu'ils auraient à subir des puissances déchaînées de l'enfer, pour que leur foi ne défaille point, il s'associe tout spécialement l'un d'entre eux et le fait, avec Lui, pierre angulaire de toute son Église.

S'adressant exclusivement à Simon, mais en présence de tous, Jésus lui déclare :

« Et moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église » (Mt. XVI, 16).

« Le Seigneur lui dit encore : Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme du froment ; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, lorsque tu seras converti, affermis tes frères » (Lc XXII, 31-32).

Nature du magistère ecclésiastique


Comme le mot l'indique, le magistère c'est à la fois la fonction spécifique, confiée par le Maître à ceux qui doivent continuer son œuvre d'enseignement, et les personnes choisies pour remplir cette fonction.

Les personnes choisies

C'est le collège apostolique dans sa totalité, Pierre et les onze. Ce sont aussi tous leurs successeurs légitimes jusqu'à la fin des temps, le Souverain Pontife, successeur de Pierre sur son siège de Rome, et tout l'Épiscopat catholique en communion avec le Pape.

La fonction


Le Maître a pris soin de la préciser. Elle consiste :

Pour les Apôtres et tous leurs successeurs, à être ses « témoins » ; à « prêcher l'évangile à toute créature », à « apprendre aux nations — tout au long des siècles et quelles que soient les conditions de personnes, de vie, de temps ou de lieu —, comment pratiquer tout ce que le Maître a commandé ». Elle consiste aussi à « baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Enfin, pour reprendre l'expression de St Paul, le magistère rend ceux qui ont été choisis pour l'exercer « ministres du Christ et dispensateurs des mystères de Dieu » (I Cor IV, 1-2).

Un dispensateur, un ministre n'est rien d'autre qu'un instrument. Sans doute, ce n'est pas un instrument inerte, c'est une personne. Choisie pour ministre, cette personne conserve sa liberté. Mais celle-ci ne change pas sa nature ; et sa nature, évidemment, c'est d'être un instrument et rien de plus entre les mains de celui qui l'a choisi et qui s'en sert.

C'est parce qu'ils ne sont que des instruments entre les mains du Christ, que le Christ a pu dire, en toute vérité, à ceux qu'il choisissait et qu'il envoyait en son nom : « Qui vous écoute M'écoute, qui vous méprise Me méprise ».

Pour Simon et tous les papes qui viendront par la suite, à être ici-bas, après son départ, un autre lui-même ; la pierre visible sur laquelle repose toute son Église (la vraie pierre étant le Christ, en personne. Act IV, 11), le confirmateur de la foi de tous, en un mot son Vicaire.

Or, « il est de l'essence du vicaire, explique Dom Gréa, qu'il ne fasse qu'une seule personne hiérarchique avec celui qu'il représente, qu'il en exerce toute l'autorité sans la diviser et sans former au-dessous de lui un degré distinct. » De ce fait, Simon devenu Pierre est « le signe manifeste et efficace » de la présence du Christ parmi nous (L'Église et sa divine constitution).

Conséquence

Qu'il soit ministériel ou vicarial, le magistère exige la fidélité de ceux qui en ont été investis.
« Ce qu'on demande les dispensateurs, précise l'Apôtre, c'est qu'ils soient trouvés fidèles. »

Cette fidélité sans faille du vicaire et des ministres du Christ, en même temps qu'elle fait la gloire de l'Église catholique, atteste que, depuis l'origine, ce vicaire et ces ministres jouissent d'une assistance divine spéciale, de tous les instants, et confirme la vérité de l'infaillibilité du magistère.


Nature de l'infaillibilité


Les Pères du 1er concile du Vatican l'ont précisée : « Le Saint-Esprit n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu'ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu'avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c'est-à-dire le dépôt de la foi » (Denz. 1836).

De cette précision découle la nature de l'infaillibilité. C'est la préservation de toute erreur, dont jouit le magistère dans son exercice, grâce à une assistance spéciale de Dieu.

Dans le Dictionnaire de Théologie Catholique, Dublanchy précise : « Quant au magistère établi par Jésus-Christ dans son Église, il est manifeste que l'infaillibilité dont il a été divinement pourvu, n'est pas une simple inerrance de fait, même perpétuellement réalisée ; c'est une inerrance de droit, en vertu de laquelle l'autorité enseignante dans l'Église est préservée de toute erreur, par l'assistance surnaturelle qu'elle reçoit du Saint-Esprit. » (IV, col. 2175).

Une difficulté


Ces hommes, qui bénéficient de son assistance spéciale, le Christ les a choisis comme ministres uniquement pour la dispensation de ses mystères, c'est-à-dire pour « garder saintement et exposer fidèlement le dépôt de la foi ». C'est donc exclusivement pour ce ministère, pour cette dispensation, qu'ils sont infaillibles. Hors de ce ministère, de cette dispensation, ils demeurent ce qu'ils sont, des hommes faillibles.

Or, c'est justement parce qu'en dehors de ce ministère ils demeurent des hommes faillibles, que leur infaillibilité ministérielle habituelle présente une difficulté pour notre esprit. En effet, comment admettre que des hommes, qui demeurent des hommes, avec toutes les passions désordonnées héritées du péché originel, donc sujets à l'erreur et menteurs comme tous les autres « omnis homo mendax », comment peuvent-ils bien être infaillibles dès qu'ils sont dans leur ministère, dès qu'ils ouvrent la bouche ou prennent la plume pour exposer ou pour expliquer la doctrine ?

Sa solution


Cette difficulté n'est qu'apparente. Le bon sens éclairé par la foi catholique enseigne qu'il n'est pas plus difficile, pour Dieu, d'assurer fidèlement et intégralement la transmission du dépôt de la foi, même par des hommes par ailleurs menteurs, que de tirer de l'eau d'un rocher (Ex. XVII, 6), de faire parler une ânesse (Nomb. XXII, 28) ou de ressusciter un mort « qui sent déjà mauvais » (Jn XI, 39). À ce sujet, l'ange Gabriel a été formel : « il n'y a rien d'impossible à Dieu » (Lc I, 37) et l'Église nous fait chanter tous les dimanches à vêpres : « Deus autem noster in coelo. Omnia qusecumque voluitfecit. Notre Dieu est dans le ciel. Il fait tout ce qu'il veut » (Ps 113,11).

Oui, je le redis avec assurance, pour être acceptée par un esprit croyant et droit, l'infaillibilité du magistère ordinaire ne présente pas de difficulté plus insurmontable que celle que l'on rencontre à l'annonce de n'importe quel autre mystère divin.

Quelle preuve avons-nous pour admettre, malgré toutes les difficultés qui s'opposent normalement à leur croyance, par exemple l'existence d'un Dieu unique en trois Personnes égales et distinctes ? Ou d'une mère, réellement mère et, en même temps, toujours vierge, « avant, pendant et après son enfantement » ? Ou encore la présence réelle et non symbolique ou morale du Christ dans un morceau de pain consacré ? Pour ces dogmes et pour tous les mystères révélés par le Christ, infaillibilité du magistère ordinaire comprise, nous n'avons qu'une preuve à fournir : le Maître l'a dit. Au sujet de chacun des mystères que nous professons, nous pouvons et nous devons répéter avec assurance : « Credo quidquid dixit Dei Filius, nil hoc verbo veritatis verius. »

Non, aucune parole n'est plus vraie, aucune n'est plus certaine, que la parole de Dieu. Et de même que nous croyons les mystères de la nature divine, de la maternité virginale de Marie, de la présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie et de tous ceux qu'il lui a plu de nous révéler, nous croyons, pour la même raison, que les hommes qui constituent le magistère de l'Église, par une assistance surnaturelle qu'ils reçoivent du Saint-Esprit, sont infaillibles, préservés de toute erreur, chaque fois qu'ils accomplissent ce pour quoi Jésus les a choisis : quand ils portent témoignage du Christ, quand ils enseignent ce que le Maître a révélé, quand ils apprennent aux hommes à pratiquer ce que Jésus a commandé.


Quand Pape et Évêques sont-ils dans leur magistère infaillible ?


Avant de répondre, il convient de rappeler que les détenteurs du magistère ne bénéficient pas nécessairement de l'assistance des Personnes divines quand ils « dialoguent » avec leur peuple, ou quand ils expriment des « idées personnelles ». (Note de l'auteur : Quand un Pape exprime une idée personnelle, il se doit de le dire. Dans le passé, ceux d'entre eux qui l'ont fait n'ont jamais manqué de le préciser.) Dans ces cas, ils ne sont pas dans leur ministère ; ils ne dispensent pas les mystères de Dieu. Ce sont alors des personnes privées qui donnent des opinions personnelles. (Note de l'auteur : Tel n'est pas le cas des « papes » de Vatican II. Eux enseignent l'erreur « ex cathedra », en tant que papes ; dans des documents ou des discours officiels, dans des actes spectaculaires qu'ils posent, aux yeux du monde, en tant que chefs visibles de l'Église catholique. Songez, par exemple, pour Paul VI, à son voyage et à son discours à l'O.N.U., aux actes du concile qu'il a promulgués. Pour Jean-Paul II, à ses discours, à ses encycliques, à son « cirque » d'Assise, à ses visites officielles dans les temples protestants et la synagogue de Rome.)

Les détenteurs du magistère, Pape et Évêque en communion avec lui, jouissent du privilège de l'infaillibilité quand, ministres du Christ, ils dispensent les mystères de Dieu. Ce qu'ils font, non pas une ou deux fois par siècle, mais quotidiennement. Écoutons filialement Pie XI ; il nous le dit avec son autorité infaillible :

« Le Magistère de l'Église, établi ici-bas d'après le dessein de Dieu pour garder perpétuellement intact le dépôt des vérités révélées et en assurer la connaissance aux hommes, s'exerce chaque jour par le pontife romain et les évêques en communion avec lui » (Mortalium animos).

Pie XII ne parle pas autrement. « Mais, si les soucis du gouvernement de l'Église sont bien vastes et bien nombreux, le Souverain Pontife ne saurait oublier pour autant le « ministère de la parole » que saint Pierre considérait comme le principal de ses devoirs d'apôtre avec la prière. Le Christ ne lui a-t-il pas dit, à lui et aux autres disciples : « Allez, prêchez à toutes les nations ce que je vous ai enseigné » ? ...

« Sans doute, c'est avant tout lorsque, dans des occasions solennelles, Nous Nous adressons à toute l'Église, aux évêques, Nos Frères dans l'épiscopat, que Nous exerçons ce ministère ; cependant Nous sommes le Père de tous, même des plus humbles ; Nous sommes le Pasteur des brebis, mais aussi des agneaux : comment donc pourrions-Nous renoncer au simple et saint exercice du ministère de la parole et ne point porter à Nos enfants directement, de Notre propre voix, l'enseignement que Nous a confié le Christ Nôtre-Seigneur ? » (Discours aux jeunes époux, 21.01.1942).

C'est là l'exercice ordinaire du magistère, celui de tous les jours.

Dans d'autres circonstances, le même magistère s'exerce autrement. Laissons encore à un Pape, Pie XI, le soin de le préciser.

« Toutes les fois qu'il est nécessaire pour s'opposer plus efficacement aux erreurs et aux attaques des hérétiques ou pour développer avec plus de clarté ou de détails certains points de la doctrine sacrée, afin de les faire mieux pénétrer dans l'esprit des fidèles, ce magistère comporte encore la mission de procéder par décrets à des définitions opportunes et solennelles » (Mortalium animos).

C'est son exercice solennel ou extraordinaire.

De ces réponses autorisées, dégageons deux vérités.


1re vérité. Que cet enseignement soit dispensé :

— dans la forme extraordinaire : adressé à toute l'Église, en la personne « des Évêques, Nos Frères dans l'apostolat » et entouré d'une grande solennité,
— ou dans la forme ordinaire, avec la simplicité qui convient à l'enseignement de tous les jours, comme le faisait, par exemple, Pie XII avec les jeunes époux,

c'est toujours le même et unique magistère du Christ, confié par lui à ceux qu'il a choisis pour donner en son nom, infailliblement, sa vérité. Car, précisait encore Pie XII, « A ce qui est enseigné par le magistère ordinaire, s'applique aussi la parole : “Qui vous écoute M'écoute” » (Humani generis).


2e vérité. C'est parce qu'il est infaillible que le magistère peut porter des « décrets » et des « définitions solennelles », pour s'opposer plus efficacement aux erreurs et aux attaques des hérétiques ou pour développer avec plus de clarté ou de détails certains points de la doctrine sacrée ; mais ce n'est pas seulement pour porter des « décrets » et des « définitions solennelles » qu'il est infaillible.

Le magistère est infaillible d'abord pour enseigner sans erreur les mystères de Dieu, ce qu'il fait tous les jours, nous a assuré Pie XI.

Si l'inverse était vrai, s'il n'était infaillible que pour porter des décrets et des définitions, puisque « ce magistère s'exerce chaque jour », il faudrait conclure qu'il proclame chaque jour, sinon de nouvelles vérités, du moins de nouveaux dogmes.

Cette précision était nécessaire pour éclairer ceux qui hésitent d'admettre l'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape, parce que, pour eux, accepter cette doctrine serait reconnaître, à toute parole du Pape, la valeur d'une définition dogmatique.


L'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape est une vérité de foi divine


Cette manière d'exposer l'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape prend le contre-pied de tout ce qui s'enseigne sur le même sujet dans l'église officielle de Vatican II, dans la Fraternité Saint-Pie X et dans toutes les chapelles de la mouvance « lefebvriste ».

Dépourvus d'argument devant l'évidence de la vérité, mais n'osant pas se déjuger aux yeux de leurs fidèles, les prêtres qui entretiennent cette erreur essaient de s'en tirer en disant :

Cette manière de concevoir et d'exposer l'infaillibilité du magistère du Pape, est peut-être vraie, mais, nouvelle et particulière à Forts dans la Foi, elle n'est qu'une opinion.

Eh bien, non ! Cette manière de concevoir et d'exposer l'infaillibilité du magistère de l'Église de Rome, c'est-à-dire du Pape, n'est pas une opinion nouvelle. Clairement exposée dans l'Évangile, elle est une doctrine de foi divine. L'Église l'a toujours entendue dans le sens où je l'ai exposée et elle a exprimé sa foi en cette vérité par l'adage immémorial : « Roma locuta est, causa finita est ».

Voici la preuve de cette affirmation. Je la tire de la pratique de l'Église croyante, de la doctrine de l'Église enseignante, et jusque du comportement des hérétiques.

Preuve tirée de la pratique de l'Église croyante


Partout et toujours, les fidèles de l'Église catholique se sont distingués des autres chrétiens par leur obéissance au Pape. C'est même pour cela que, par dérision, les non-catholiques les appelaient et les appellent toujours, « les papistes ».

Cette soumission filiale de toute l'Église croyante ne s'explique que par une conviction constante chez les fidèles catholiques : le Vicaire du Christ ne peut pas se tromper quand il enseigne la religion.

À son tour, cette conviction s'explique par le fait que, dans l'Église catholique, aussi bien aux cours de catéchisme qu'aux prônes du dimanche, on a toujours enseigné que le Pape était infaillible pour tout ce qui regarde la religion. Quand il enseigne les vérités à croire, la morale à pratiquer ou les dévotions à répandre, le Pape ne peut pas se tromper, Jésus ayant promis de l'assister « TOUS LES JOURS jusqu'à la fin des temps ». Que de fois n'a-t-on pas dit aux fidèles qu'en écoutant l'enseignement du Pape, c'était Jésus, lui-même, que l'on écoutait puisque Jésus avait dit à ceux qu'il envoyait : « qui vous écoute M'écoute, qui vous méprise Me méprise ».

Preuve tirée de la doctrine de l'Église enseignante


Les évêques catholiques ont toujours reconnu dans l'Église de Rome « la Maîtresse de toutes les autres Églises », et dans son chef, le Pape, la règle prochaine et vivante de la foi sur laquelle ils devaient ajuster la leur. N'écrivant pas un traité de théologie, je me contenterai de quelques citations. Elles attestent la réalité de cette affirmation.

Dès la fin du second siècle, en un texte devenu classique, Saint Irénée affirme que la règle de la foi la plus sûre est de se trouver en accord avec « l'Église de Rome, la plus grande, la plus ancienne, la plus connue de tous et fondée par les glorieux apôtres Pierre et Paul. ... C'est avec cette Église que toutes les Églises et tous les fidèles, qui sont par toute la terre, doivent s'accorder, à cause de sa principale et excellente primauté, et (...) c'est en elle que ces mêmes fidèles répandus par toute la terre ont conservé la tradition qui vient des apôtres. » (Berthold Altaner Précis de Patrologie, p. 117)

Au septième siècle, les Pères du sixième concile œcuménique, troisième de Constantinople (680-681), écrivaient au Pape Agathon : « C'est à toi, évêque du premier siège de l'Église universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi. »

Dans sa réponse, le souverain pontife proclame que « selon la promesse faite par le Maître, la foi de l'Église romaine est demeurée inébranlable et que c'est la raison pour laquelle toutes les Églises catholiques ont toujours suivi l'autorité du Saint-Siège. » (Nicolas Iung, Le magistère de l'Église, p. 133).

Pour terminer ce témoignage, tiré de la pratique [« Ce rôle de l'Église romaine, écrit Dom Nau, aurait été reconnu par les gallicans eux-mêmes : “C'est le privilège de l'Église romaine, privilège qu'aucune autre église particulière ne possède, de pouvoir à elle seule représenter l'Église universelle”, disait Pierre d'Ailly. (o.c. p. 8 note 10)] de l'Église enseignante, je rappelle qu'au 1er concile du Vatican :

— Cette doctrine classique a été invoquée à plusieurs reprises. Voici deux citations, elles font autorité.

La première est tirée de Pastor AEternus. Avant de définir la perpétuité de la primauté du bienheureux Pierre, la constitution déclare : « Voilà pourquoi, “c'est vers l'Église romaine, par suite de son origine supérieure” (St Léon le Grand), qu'il a toujours été nécessaire que chaque Église, c'est-à-dire les fidèles de partout, se tournent, afin qu'ils ne fassent qu'un en ce Saint-Siège, d'où découlent sur tous “les droits de la vénérable communion” (S. Irénée), comme des membres unis à la tête dans l'assemblage d'un seul corps. » (Denz. 1821, Dumeige 469).

La seconde est extraite d'une intervention que fit Mgr d'Avanzo au nom de la députation de la foi. Je le cite en soulignant certains passages : « II y a, dans l'Église, un double mode d'infaillibilité : le premier s'exerce par le magistère ordinaire... C'est pourquoi, de même que le Saint-Esprit, l'Esprit de vérité demeure tous les jours dans l'Église, l'Église aussi enseigne tous les jours les vérités de la foi, avec l'assistance du Saint-Esprit. Elle enseigne toutes les vérités soit déjà définies, soit explicitement contenues dans le dépôt de la révélation, mais non définies encore, soit enfin celles qui font l'objet d'une foi implicite. Ces vérités, l'Église les enseigne quotidiennement, tant principalement par le Pape, que par chacun des évêques en communion avec lui. Tous, et le pape et les évêques, dans cet enseignement ordinaire, sont infaillibles de l'infaillibilité même de l'Église. Ils diffèrent seulement en ceci : les évêques ne sont pas infaillibles par eux-mêmes, mais ont besoin de la communion avec le pape, qui les confirme, mais le pape, lui, n'a besoin de rien d'autre que de l'assistance du Saint-Esprit qui lui a été promise. Ainsi il enseigne et n'est pas enseigné, il confirme et n'est pas confirmé. » (Dom Nau, O.c. p. 15).

— C'est en s'appuyant notamment sur l'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape, que les infaillibilistes ont pu faire triompher l'infaillibilité de son magistère extraordinaire. Il suffit de lire les textes du concile pour le constater. « L'appel fait par l'un ou l'autre de ses rapporteurs à la tradition romaine comme à une règle de foi, à elle seule suffisante, le texte même du chapitre IV où l'enseignement du Saint-Siège est placé sur le même pied que les décrets des conciles, suffiraient à nous donner la garantie que la tradition reconnaît le caractère de règle de foi à l'enseignement ordinaire du Saint-Siège, « tradition, qui jouissait alors d'une “tranquille possession” », précise Dom Nau, à qui nous empruntons cet argument.

Preuve tirée d'un argument a contrario


J'ajoute cette preuve surtout pour montrer quelles responsabilités endossent la Fraternité Saint-Pie X, les prêtres, les religieuses enseignantes et tous ceux qui n'admettent pas l'infaillibilité du magistère ordinaire, celui qui s'exprime tous les jours par le Pape et les Évêques qui sont en communion avec lui.

Si je me permets de la donner, c'est qu'un vrai Pape l'a fait avant moi. Écoutons-le :

« Toutes les fois donc que la parole de ce magistère déclare que telle vérité fait partie de l'ensemble de la doctrine divinement révélée [ce que Vatican II n'a pas craint d'affirmer de la liberté religieuse. Cf Declaratio de libertate religiosa, n° 12], chacun doit croire avec certitude que cela est vrai ; car si cela pouvait en quelque manière être faux, il s'ensuivrait, ce qui est évidemment absurde, que Dieu lui-même serait l'auteur de l'erreur des hommes.

Puis, citant Richard de St Victor, le pape ajoute :

“Seigneur, si nous sommes dans l'erreur, c'est vous-même qui nous avez trompés”. » (Léon XIII, Satis cognitum)

Oui, nous devons avoir le courage de le dire. Si les papes de Vatican II, qui enseignent officiellement l'erreur à toute l'Église depuis plus d'un quart de siècle, demeurent formellement papes, toujours revêtus de l'Autorité de Pierre, parce que, leur magistère de tous les jours n'étant pas infaillible, ils peuvent enseigner officiellement l'erreur à l'Église universelle, c'est reconnaître pratiquement :

— ou bien que Jésus nous a trompés en nous assurant que Lui et le Saint-Esprit seraient avec les siens jusqu'à la fin des temps, comme en disant à ceux qu'il envoyait « qui vous écoute M'écoute ».

— ou bien qu'il s'est trompé, en annonçant une chose qu'il était incapable de réaliser puisque, de fait, nous constatons le contraire de sa promesse ;

dans les deux cas, c'est dire équivalemment qu'il n'est pas la Vérité, et donc qu'il n'est pas Dieu.

Voilà l'absurdité blasphématoire où conduit nécessairement l'erreur de ceux qui refusent l'infaillibilité du magistère ordinaire [que de religieuses (enseignantes, contemplatives ou actives) sont abusées sur ce point. Comment ne comprennent-elles pas qu'en s'obstinant à suivre la position aberrante de Monseigneur Lefebvre et de sa Fraternité, elles nient indirectement la divinité de leur Époux], celui qui « s'exerce tous les jours par le Pontife romain et les Évêques qui sont en communion avec lui. »

Confirmation


« Veritas liberabit vos. La vérité vous libérera » Jn VIII-32

Cette affirmation du Maître confirme absolument notre compréhension de l'infaillibilité pontificale.

En effet, à l'inverse de l'absurdité où conduit la négation du dogme, l'affirmation de ce dernier libère totalement les âmes catholiques, manifestant ainsi, au dire de Jésus, que cette affirmation est bien la vérité.

Tout d'abord, elle donne une explication de foi au problème que les papes de Vatican II posent à la conscience catholique. De plus, elle fournit à notre résistance la possibilité de servir efficacement l'Église en démasquant d'Autorité tous ces « papes qui ne le sont qu'en apparence.

Oui ! Croyons-le fermement et proclamons-le bien haut, le Maître ne nous a pas trompés quand Il nous a assuré que, dans sa fonction de Pape, son Vicaire n'enseignerait jamais l'erreur.

Non seulement II ne nous a pas trompés en faisant cette promesse, mais encore, à ceux qui croiraient en Sa parole, il donnait par elle un moyen aussi facile qu'absolu pour discerner le mercenaire du pasteur authentique.

Le Pape, nous le savons, n'est pas un robot. Bien qu'aucune dignité n'égale, ici-bas, celle du Vicaire du Christ, cette dignité, chaque Pape la « porte dans un vase d'argile » (II Cor IV 7).

En devenant le Vicaire du Christ, nous le savons aussi, le Pape reçoit de Dieu, non seulement une assistance particulière constante, de « tous les jours, jusqu'à la fin des temps », mais aussi des lumières et des grâces proportionnées à ses besoins.

Mais par ailleurs, si la grâce surélève la nature, elle ne la détruit pas et le Pape, en tant que personne privée, demeure un pécheur. En dehors de sa fonction, bien évidemment, il peut commettre n'importe quel péché, même contre la foi ou contre l'unité de l'Église.

Ces péchés d'hérésie ou de schisme, on ne le répétera jamais trop, le Pape ne peut jamais les commettre dans sa fonction officielle, serait-ce celle de tous les jours, du magistère ordinaire.

Devenu hérétique ou schismatique en son privé, il s'est séparé du Christ.

Sa faute étant privée, l'Église ignore que l'occupant du Saint Siège n'est plus le Vicaire du Christ. Alors, dans sa grande miséricorde pour son Épouse, au lieu d'assister ce « pape » qui ne l'est plus que matériellement, le Christ l'aveugle au point qu'il enseignera publiquement, officiellement, une erreur. Et ainsi, ceux qui vivent la foi peuvent se rendre compte par un raisonnement très simple que ce « pape » ne peut pas être vraiment le Pape.

Voici ce raisonnement. L'infaillibilité du magistère ordinaire, énoncée clairement dans l'écriture, enseignée explicitement par le magistère et toujours crue dans l'Église est une vérité de foi. Quel que soit celui qui enseigne officiellement l'erreur, par ce seul fait, il fait la preuve qu'il n'est pas et qu'il ne peut pas être le Pape. Car, redisons-le pour les plus entêtés, s'il l'était, il faudrait conclure que le Christ n'est pas Dieu.

Objection. Ce raisonnement n'érige-t-il pas en certitude ce qui ne peut être qu'une opinion. L'Église ne s'est jamais prononcée sur la perte de la papauté par un pape tombé dans l'hérésie.

Réponse. Si l'Église ne s'est encore jamais prononcée officiellement sur ce problème, c'est uniquement parce que, en vingt siècles, ce problème ne s'est jamais rencontré. Toutes les discussions des théologiens sur cette éventualité n'ont jamais porté que sur l'hypothèse d'un « pape » tombé dans l'hérésie. Pour nous, l'hypothèse est devenue réalité. Nous nous trouvons devant un fait que l'on ne peut éluder.

Depuis un quart de siècle LES « PAPES » DE VATICAN II ENSEIGNENT OFFICIELLEMENT L'ERREUR À L'ÉGLISE UNIVERSELLE et l'Église ne peut pas, sans se détruire, rester sous la « juridiction » d'un hérétique formel. Il est donc du devoir de quiconque possède la foi et l'amour de l'Église de résoudre ce problème dans le respect de la doctrine catholique.

Si, à ce jour, nous ne pouvons nous appuyer sur aucun antécédent pour régler ce malheur, nous avons, dans les documents pontificaux et dans l'Écriture, tous les principes qui permettent de le résoudre dans la lumière de la foi.

Nous trouvons tout d'abord l'enseignement traditionnel sur la nature du magistère et la garantie de son infaillibilité.

Nous trouvons aussi l'enseignement classique du magistère sur les conséquences des péchés contre la foi. Rappelons seulement deux textes.

— « Celui qui, même sur un seul point, refuse son assentiment aux vérités divinement révélées, très réellement abdique tout à fait la foi, puisqu'il refuse de se soumettre à Dieu en tant qu'il est la souveraine vérité et le motif propre de la foi » (Satis Cognitum).

Dans ce texte, Léon XIII n'innove rien. Il ne fait que répéter l'enseignement traditionnel.

— À son tour, Pie XII n'est que l'écho de la tradition quand il enseigne que de soi le schisme, l'hérésie ou l'apostasie sépare du Corps de l'Église. « Car toute faute, même un péché grave, n'a pas de soi pour résultat — comme le schisme, l'hérésie, ou l'apostasie – de séparer l'homme du Corps de l'Église » (Mystici Corporis Christi)

De ces enseignements certains, le chrétien, s'il vit sa foi, est en droit de conclure :

— Puisque sur plusieurs points de doctrine, par exemple sur le dogme le plus ferme de notre religion, « hors de la foi catholique personne ne peut être sauvé » (Pie VIII), ou sur celui qui identifie l'Église au Corps Mystique du Christ « Mystici Corporis Christi quod est Ecclesia » (Pie XII), les « papes » de Vatican II enseignent avec pertinacité des doctrines nouvelles, en opposition de contradiction avec la foi catholique, ils ont fait la preuve qu'ils ont très réellement abdiqué la foi théologale.

— Puisque le péché contre la foi a, de soi, pour résultat de séparer du Corps de l'Église, il est impossible d'admettre que celui qui s'est séparé du Christ et de l'Église puisse en même temps être le Vicaire du Christ et la tête visible de l'Église.

— Comme, malgré tout, les « papes » de Vatican II ont été élus par ceux qui avaient le droit de les choisir, leur occupation du Siège de Pierre ne peut être qu'une occupation matérielle sans l'Autorité de Pierre.

En conséquence, en attendant que l'Église se prononce sur leur cas, nous pouvons et nous devons les considérer pour ce qu'ils sont, des « papes » qui ne sont pas les Vicaires du Christ, des « papes » pour qui la parole « Qui vous écoute M'écoute. Qui vous méprise Me méprise » ne vaut pas.

Cet enseignement, en parfait accord avec les Saintes Écritures, nous autorise, comme Saint Paul aux Galates, à dire à tous ces cardinaux, évêques, prêtres ou simples fidèles qui suivent les doctrines nouvelles de Vatican II, « Ô insensés (cardinaux, évêques ou prêtres), qui vous a fascinés pour que vous n'obéissiez plus à la Vérité ? » (Gal. III, 1) Nous nous étonnons que vous vous soyez détournés si vite de la vérité reçue de nos Pères pour passer à une autre. Non pas qu'il y ait une autre vérité. Mais parce que certains veulent renverser la doctrine de l'Église Romaine « la Mère et la Maîtresse de toutes les autres Églises », celle que les Pères orthodoxes vous ont transmise pour qu'à votre tour vous la transmettiez intégralement et dans le sens où les Pères orthodoxes l'ont toujours entendue. Aussi, avec la même assurance que possédait l'Apôtre, nous disons de ceux qui prêchent une nouvelle doctrine : « anathema sint ».



Corollaire


Comment expliquer les divergences des théologiens sur ce point de doctrine ?


Il est incontestable que ces désaccords, au sujet d'une doctrine de foi divine, font scandale et attirent la malédiction du ciel. « Malheur à celui par qui le scandale arrive. » De plus, ils desservent grandement la défense de la foi. Il est donc du devoir de tous de travailler à les faire cesser en pressant les prêtres de leur centre de messes d'étudier ce point de doctrine, à la lumière de l'Écriture et de la Tradition.

Les fidèles doivent savoir aussi, et doivent dire, que tous ceux, qu'ils soient prêtres ou laïcs, qui continuent d'affirmer qu'il s'agit là d'une question libre au sujet de laquelle chacun pourrait avoir son opinion, se trompent lourdement. Je l'ai montré, l'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape est une doctrine de foi.

Malgré tout, ces divergences ne doivent pas nous étonner, encore moins doivent-elles nous surprendre. Le Maître nous a prévenus : « IL est nécessaire qu'il arrive des scandales » (Mt XVIII, 7), et Saint Paul nous a donné la raison de cette nécessité : « afin que soient reconnus ceux d'entre vous qui ont une vertu (une foi, précise la bible de Fillion) éprouvée » (I Cor XI, 19).

Quoi qu'il en soit, ce comportement des théologiens n'est pas un mystère ; il s'explique, même aisément, comme je vais le montrer. Au préalable, je tiens à rappeler quelques vérités desquelles, les âmes de bonne volonté qui savent lire et qui comprennent ce qu'elles lisent, pourront tirer un comportement pratique catholique.


1re vérité. La contestation de l'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape est récente.

Elle constitue « l'hérésie du XXe siècle ». Jusqu'au siècle dernier, comme l'a rappelé Dom Nau dans le texte cité plus haut, « elle jouissait d'une tranquille possession », personne ne la contestait, tous les théologiens l'acceptaient sans difficulté.


2e vérité.
Au cours des siècles, chaque fois qu'une vérité a été contestée, les théologiens ont toujours été divisés. Et, dans les périodes de crise, la plupart d'entre eux ont toujours mis leurs talents au service du parti apparemment le plus puissant. Qu'il me suffise de rappeler, par exemple, l'attitude des théologiens allemands, au moment de la révolte de Luther, et celle des Anglais, à l'époque d'Henri VIII. (Dans la résistance à Vatican II, le parti le plus puissant par le nombre est constitué par la Fraternité de Mgr Lefebvre. Qu'y a-t-il de surprenant à voir le plus grand nombre de théologiens se ranger à sa suite et s'évertuer à défendre sa position, pourtant insoutenable au regard de la foi, en répétant des arguments vingt fois réfutés ? Dans les périodes de crise, même chez les théologiens, le côté grégaire qui sommeille en tout homme prend facilement le dessus. « Monseigneur l'a dit » devient la grande preuve. M. l'abbé Froehly écrivait jadis dans son bulletin : « Si Monseigneur disait que la terre est carrée, d'un bout du monde à l'autre les traditionalistes affirmeraient que la terre est carrée. »)

« L'histoire étant un perpétuel recommencement », les divisions actuelles des théologiens, sur ce point de doctrine, ne doivent pas nous surprendre, encore moins doivent-elles nous troubler.


3e vérité.
Quels que soient leur renommée et les précieux services qu'ils rendent très souvent à l'Église, les théologiens, en tant que tels, n'appartiennent pas au magistère. Par la volonté du Christ, l'Église enseignante ne comprend que le Pape et les Évêques qui sont dans sa communion.


De ces trois vérités, se dégage tout normalement une règle de conduite pratique, absolument sûre au regard de la foi catholique.

Règle de conduite. Puisque, pour nous parler en son Nom, Dieu a institué, non pas des théologiens, mais un magistère infaillible, chaque fois qu'une doctrine est clairement enseignée par le magistère, comme c'est le cas pour son infaillibilité, cet enseignement doit nous suffire. En effet, même l'enseignement de tous les théologiens doit se régler sur lui.

Le rôle de ces derniers, je parle de ceux qui sont catholiques, qui aiment vraiment l'Église et entendent la servir [À l'intention des théologiens qui entendent servir l'Église dans la crise actuelle, voici deux citations. La première est de Pie XII. « Si les Papes portent expressément dans leurs actes un jugement sur une matière qui était jusque-là controversée, tout le monde comprend que cette matière, dans la pensée et la volonté des Souverains Pontifes, n'est plus désormais à considérer comme question libre entre théologiens » (Denz. 2313)], ne doit pas être de discuter, de contourner, de minimiser, d'édulcorer ou de saper cet enseignement, mais d'apporter tous les témoignages qu'ils peuvent connaître pour le justifier.

Voici à présent deux explications possibles du comportement des théologiens au sujet de l'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape.

Pour ma part, je la vois dans la manœuvre des libéraux dont j'ai parlé au début de ce travail. Ne pouvant plus nier ouvertement ce dogme, ils ont réussi à le mettre si bien en veilleuse que la plupart des catholiques l'ont perdu de vue et ont fini par l'ignorer.

Mais, ne l'oublions pas, si les libéraux sont arrivés à contourner si complètement le dogme, au point de le faire nier pratiquement par beaucoup, la responsabilité en revient aussi, pour ne pas dire surtout, aux théologiens et aux Évêques catholiques qui ont laissé faire. Qu'il est vrai, l'adage qu'aimait à citer Saint-Pie X : « La force des méchants provient de la couardise des bons ».

Dans son étude déjà citée, Dom Paul Nau avance une autre explication : Pour lui, « Tout se passe (depuis la promulgation de Pastor Aeternus) comme si l'éclat même de la définition avait rejeté dans l'ombre la vérité jusque-là universellement reconnue. »

Et il précise en note :

« On comprend aisément comment a pu s'introduire ce glissement de perspective : depuis 1870, les manuels de théologie ont pris pour énoncés de leurs thèses les textes mêmes du concile. Aucun de ceux-ci ne traitant in recto de l'enseignement ordinaire du seul souverain pontife, celui-ci a été peu à peu perdu de vue et tout l'enseignement pontifical a paru se réduire aux seules définitions ex cathedra. De plus l'attention étant entièrement attirée sur celles-ci, on s'est habitué à ne plus considérer les interventions doctrinales du Saint-Siège que dans la seule perspective du jugement solennel : celle d'un jugement qui doit à lui seul apporter à la doctrine toutes les garanties requises. Dans cette perspective il était impossible de saisir la vraie nature du magistère ordinaire. Elle demeure pourtant celle de plus d'un auteur. »

Pour confirmer l'affirmation de ce théologien, voici deux témoignages :

« Le Pape exerce personnellement son magistère infaillible, non seulement par des jugements personnels, mais encore par un magistère ordinaire qui s'étend perpétuellement à toutes les vérités obligatoires pour toute l'Église. » (Le magistère ordinaire de l'Église et ses organes. Paris, 1887, p.98).

« On appelle magistère ordinaire universel le mode d'enseignement donné par le Pape et les Évêques à tout moment et dans tous les pays. Lorsque Nôtre-Seigneur a dit à ses apôtres : “Allez, enseignez toutes les nations”, il n'a pas limité leurs pouvoirs à un temps et à un endroit donnés. Le Pape et les Évêques doivent donc exercer leurs fonctions de docteurs, non pas seulement à de rares intervalles et dans des circonstances solennelles, mais partout et toujours » (Boulenger, Manuel d'apologétique, p.399)

(...)

Raisonnement de foi. C'est le raisonnement, non seulement de ceux qui possèdent cette vertu, mais de ceux chez qui cette vertu est éprouvée et guide leur comportement.

Habitués à vivre de la loi. Ils savent que la loi interdit de résister à quelque autorité que ce soit, Mais ils n'oublient pas pour autant que c'est cette même vertu théologale qui leur commande de refuser les nouveautés de Vatican II. Ils comprennent alors, dans la lumière de la foi, que les responsables de ces doctrines erronées, que cette même vertu leur interdit d'accepter, ne sont pas et ne peuvent pas être revêtus par Dieu de l'Autorité qu'ils déviaient avoir.

Le problème, que Vatican II posait à leur conscience catholique, se trouve ainsi résolu dans le respect du principe et du fait. Malgré toutes les apparences contraires, ce prétendu « concile » de Vatican II n'était pas et ne pouvait pas être le magistère de l'Église catholique. Le « pape » qui l'a approuvé n'était pas et ne pouvait pas être revêtu de l'Autorité de Pierre, qui est l'essentiel de la papauté. De cela, redisons-le, ceux qui tiennent ce raisonnement ont une certitude de foi.



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Nous terminerons notre étude sur le « mystère d’iniquité » par une note d’espoir. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus appréciait énormément un livre rédigé par le chanoine Arminjon, intitulé : "Fin du monde présent et mystères de la vie future". On y trouve cette phrase : « Au moment où la tempête sera plus violente, où l’Église sera sans pilote, où le sacrifice non sanglant aura cessé en tout lieu, où tout semblera humainement désespéré, on verra, dit saint Jean, surgir deux témoins. L’un est Énoch, trisaïeul de Noé, l’ancêtre en ligne directe de tout le genre humain. L’autre est Élie ». Nous sommes, à l’heure actuelle, privés de « pilote », mais il nous reste la consolation de savoir que bientôt, Énoch et Élie nous viendront en aide. Extrait de Mystère d'iniquité.

L’apôtre saint Jean, dans sa vision d’avenir inspirée par Dieu, vit une bête, symbole de la Contre-Église, qui allait éclipser la véritable Église à la fin des temps. « Je vis encore s’élever de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles de l’agneau ; mais elle parlait comme le dragon » (Apocalypse XIII, 11).  
Saint Césaire, évêque d’Arles (v. 470-542/543), fit le commentaire suivant de ce passage : "« Et elle avait deux cornes comme celles de l’agneau », c’est-à-dire les deux Testaments à l’image de l’agneau, qui est l’Église. « Et elle parlait comme le dragon ». Celle qui, chrétienne seulement par le nom, présente l’agneau pour répandre secrètement les poisons du dragon, C’EST L’ÉGLISE HÉRÉTIQUE ; en effet, elle n’imiterait pas la ressemblance de l’agneau, si elle parlait ouvertement. Elle feint maintenant l’esprit chrétien, afin de tromper plus sûrement les imprudents ; c’est pour cela que le Seigneur a dit : « Méfiez-vous des faux prophètes » (Matthieu VII, 15)" (Saint Césaire d’Arles : Exposé sur l’Apocalypse). Extrait de
Mystère d'iniquité.

Saint Vincent Ferrier (1350-1419) vécut à l’époque du grand schisme d’Occident, où sévissaient plusieurs faux papes. Selon saint Vincent, un faux pape est une idole, et faire obédience à une telle idole équivaut à un acte d’idolâtrie. « Le pape légitime est le père universel des chrétiens, et l’Église en est la mère. Aussi, en prêtant obéissance à quelqu’un qui n’est pas pape et en lui attribuant les honneurs papaux, on transgresse le premier précepte de la première table, en lequel il est ordonné : « Tu n’auras point de dieux étrangers, ni d’idole, ni de statue, ni aucune figure de ce qui est dans le ciel » (Deutéronome V, 7 - 9). Or qu’est-ce qu’un faux pape, sinon un dieu étranger en ce monde, une idole, une statue, une image ou représentation fictive du Christ ? » (Saint Vincent Ferrier : Traité du schisme moderne, partie 1, ch. 3) - Extrait de Mystère d'iniquité.

Le principe suivant est des plus certains : le non Chrétiens ne peut, en aucune façon, être Pape (...) La raison en est qu'il ne peut pas être la Tête s'il n'est pas membre ; or le non Chrétien n'est pas membre de l’Église, et un hérétique manifeste ne peut pas être Pape (...) Un Pape manifestement hérétique a cessé de lui-même d'être Pape et la Tête, de la même façon qu'il a cessé d'être Chrétien et membre du Corps de l’Église, et pour cette raison il peut être jugé et puni par l’Église. C'est la sentence de tous les anciens Pères (...). (Saint Robert Bellarmin, Docteur de l’Église, De Romano Pontifice 2, 30)

Il ne pourrait être hérétique et rester Pape, parce que, étant hors de l’Église, il ne peut posséder les clés de l'Église. (Saint Antonin, cité dans les Actes du Concile Vatican I, approuvés par Sa Sainteté le Pape Pie IX)


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