lundi 1 janvier 2018

Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Jésus devant Caïphe y reçoit un soufflet






TROISIÈME MÉDITATION

Exposition du sujet

JÉSUS DEVANT CAÏPHE Y REÇOIT UN SOUFFLET


Suite de la concorde



Les soldats, le capitaine et les gens envoyés par les juifs prirent Jésus et le lièrent ; ils l'emmenèrent premièrement chez Anne, beau-père de Caïphe, et ensuite chez Caïphe, qui était grand prêtre, où étaient assemblés tous les princes des prêtres, les sénateurs et les docteurs de la loi. Et Caïphe était celui qui avait donné le conseil aux juifs : Qu'il était utile qu'un seul homme mourût pour tout le peuple. Cependant le grand prêtre interrogea Jésus touchant ses disciples et sa doctrine. Jésus lui répondit : « J'ai parlé publiquement à tout le monde : J'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple où tous les juifs s'assemblent et je n'ai rien dit en secret. Pourquoi donc m'interrogez-vous ? Interrogez ceux qui m'ont entendu pour savoir ce que je leur ai dit. Ce sont ceux-là qui savent ce que j'ai enseigné. » Après qu'il eût dit cela, un des officiers ? qui était là présent, donna un soufflet à Jésus, en lui disant : « Est-ce ainsi que tu réponds au grand Prêtre ? » Jésus lui répondit : « Si j'ai mal parlé, rendez le témoignage du mal, que j'ai dit ; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous ? » Or Anne l'avait envoyé lié à Caïphe...



MÉDITATION


Sur les liens et les chaînes de Jésus-Christ ;

sur son interrogatoire chez Caïphe ;

et sur le soufflet qu'il reçoit

de la main d'un des serviteurs de ce grand Prêtre



1er Point. On se ferait une fausse idée de l'histoire des souffrances et de la croix de Jésus-Christ, si l'on n'y voyait qu'un mystère de salut ou de réprobation influant sur le sort du genre humain, mais étranger, d'ailleurs, à l'action personnelle de chacun de nous. Tout chrétien instruit n'ignore pas, sans doute, que Jésus-Christ s'est rendu victime pour ses propres péchés. Il en conclut justement que ses propres péchés crucifient de nouveau Jésus-Christ, non sur une croix nouvelle, mais sur l'ancienne croix du Calvaire, ce qui ne peut s'entendre que de l'union intime qui règne dans la société des pécheurs et de l'action réelle que chacun de nos péchés a exercé sur les souffrances et la croix du Fils de Dieu dans le temps même de sa passion. Toutes ces vérités sont assez connues. En voici qui le sont moins de plusieurs chrétiens, et qui ne sauraient être trop méditées. Les souffrances et la croix de Jésus-Christ sont, avons-nous dit, un mystère de salut et de réprobation. Expliquons nous : de Salut pour les bons, de réprobation pour les méchants : deux sociétés distinctes dans le genre humain et qui se rendent assez visibles à nos yeux par leurs œuvres, pour que nous ne puissions jeter le moindre doute sur leur existence.

Mais comment le mystère des souffrances et de la croix de Jésus-Christ est-il, pour la société des bons, un mystère de salut, si ce n'est par l'union ineffable que tous les bons, en général et en particulier, ont avec Jésus-Christ, comme les membres d'un corps l'ont avec la tête de ce même corps, et sont mus par l'esprit qui l'anime. Ainsi, l'action de ces souffrances et de cette croix, bien qu'unique dans la durée des siècles n'en est pas moins une action centrale à laquelle aboutissent toutes les actions des élus de Dieu, sans en excepter une seule, ce qui sanctifie ces actions, ce qui les rend agréables à Dieu, ce qui leur mérite ses immortelles récompenses, ce qui fait que Jésus-Christ et les Élus ne font qu'un. On conçoit de là, comment les mêmes souffrances et la même croix sont un mystère de réprobation pour la société des méchants. C'est que tous les méchants en général et en particulier sont unis au démon, comme les membres d'un corps le sont avec la tête de ce corps, et sont mus par l'esprit qui l'anime. Ainsi, dans le déicide commis par les juifs sur la personne de Jésus-Christ et dans tous les crimes qui l'accompagnent, bien que ce déicide n'ait été commis qu'une fois dans la durée des siècles, il n'en est pas moins le crime central auquel aboutissent tous les crimes des méchants, sans en excepter un seul. Ce qui fait leur plus grande malice, ce qui les rend exécrables aux yeux de Dieu, ce qui leur mérite ses éternels châtiments, ce qui fait que le démon et les réprouvés ne font qu'un.

2e Point. Ces principes posés, l'histoire des souffrances et de la croix de Jésus-Christ ne saurait plus être pour nous celle d'un événement dont nous serions séparés par la distance des temps et des lieux, des personnes, des vertus ou des vices. Tout le genre humain est là, grands et petits, riches et pauvres, maîtres et serviteurs, savants et ignorants, innocents ou coupables ; nous y sommes nous-mêmes en qualités d'amis ou d'ennemis, de victimes ou de bourreaux. Nous concourons à former chacun des traits de la Passion de Jésus-Christ sous l'un ou l'autre de ces rapports. Pécheurs obstinés, nous sommes les membres d'un même corps avec ceux qui le chargent de liens et de chaînes, avec ceux qui ne l'interrogent, que pour le surprendre dans ses paroles, et qui ne répondent à ses paroles que par des outrages. Justes ou pénitents, nous sommes les membres d'un même corps avec Jésus-Christ dans les liens, ses outrages sont nos outrages, ses souffrances nos souffrances et sa croix notre croix.

3e Point. Ainsi tous les pécheurs considérés dans l'état du péché, sont les ennemis du Christ, et ils ne peuvent être les ennemis du Christ sans être ceux de la nature humaine, qui n'a de grandeur et d'élévation réelle que par Jésus-Christ. Ainsi toutes les offenses faites à Jésus-Christ dans sa passion sont faites au genre humain, et s'il faut le dire à nous-mêmes dans la personne de Jésus-Christ. Comment cela ! Le voici : Jésus-Christ est la tête du corps dont nous sommes les membres. Il est toute la beauté, toute la gloire, toute l'espérance de ce corps. Il est le point de contact ou la nature divine et la nature humaine s'unissent et se confondent. Les liens et les chaînes imposés à Jésus-Christ par les Juifs, sont donc imposés à tout le genre humain en sa personne. Oui, notre propre nature ne peut plus être considérée que sous la forme d'esclave, quand son unique libérateur est dans les fers. Oui, si la puissance de ténèbres que les Juifs exercèrent contre Jésus-Christ dans sa passion, n'avait été limitée, l'esclavage du genre humain aurait été sans bornes, et l'oppression des Justes n'aurait pas eu de terme dans l'éternité...

Chrétiens, soyez attentifs aux divers outrages faits au Fils de Dieu, et ne perdez pas de vue ce que nous venons de dire: qu'il nous représente tous devant la justice de son Père. Un des officiers de Caïphe lui donne un soufflet. Le grand Prêtre le voit et se tait. Les Princes des Prêtres en sont les témoins et gardent le silence ; les Sénateurs et les Docteurs sont présents et laissent faire. Nulle complicité plus marquée. Mais pourquoi cet outrage gratuit des ennemis du Christ ? Certes, ce n'est pas à tort que leur première fureur se dirige sur son visage, que nous verrons tantôt couvert de crachats. Le visage de l'homme n'est-il pas le siège de sa majesté ? N'est-ce pas là que se peignent en traits sublimes les diverses affections de son âme ? N'est-ce pas là que les autres êtres animés de la nature portent leurs regards pour y lire les ordres de leur Souverain ? Concevez donc, maintenant, l'intention de ce soufflet dans les vues de l'esprit de ténèbres. C'est Jésus que le serviteur du grand Prêtre veut avilir. C'est le genre humain que l'enfer voudrait avilir en Jésus ; c'est donc, en Jésus, la nature humaine qui est frappée sur le visage, qui ne nous offre plus d'autre caractère que celui de la faiblesse, d'autre sentiment que celui de l'humiliation, d'autre existence que celle de la servitude, d'autre signe de grandeur que celui de la plus profonde misère. Tel est le crime des Juifs, tel est celui de tous les pécheurs. N'en doutons pas, l'intérêt d'ôter à la vertu son rémunérateur, et au crime son vengeur, les pousse nécessairement vers le même déicide. Tous les impies tous les méchants, tous les hommes obstinés au mal se ressemblent à cet égard et ils voudraient en vain nier cette ressemblance du crime. Si ce n'est pas la même fureur contre Jésus-Christ, c'est sous des formes plus douces la même dérision contre ses exemples et sa doctrine. Tous les liens ne sont pas de corde, ni toutes les chaînes de fer, et tous les coups ne portent pas au visage ; mais toutes les passions, lorsqu'elles sont exaltées, sont prêtes de lier et d'enchaîner tout ce qui leur sert d'obstacles ; et si Jésus-Christ se rencontre sur leurs pas avec son évangile, Jésus-Christ, s'il est en leur pouvoir, ne cessera d'être leur victime.


Considérations. I. Chrétiens, reconnaissez-vous vous-mêmes dans Jésus-Christ votre chef, reconnaissez-vous dans ses amis et dans ses ennemis, reconnaissez-vous dans ses liens et dans ses chaînes, reconnaissez toute la malice du péché dans la société des pécheurs ; toute l'hypocrisie de leurs œuvres et toute la vanité de leurs jugements dans l'interrogatoire de Caïphe ; toute la fureur brutale des passions dans la conduite de l'officier du grand Prêtre.

II. Unissez en esprit toute la durée des siècles au dernier jour du monde, unissez tous les hommes justes que l'on peut appeler le vrai genre humain ; unissez-les, dis-je, en esprit à un seul homme, à l'homme par excellence, à l'Homme Dieu Jésus-Christ, ne formant en effet, avec ses Saints qu'un seul et même corps mystique dont il est la tête, et les Saints sont les membres ; faites de même pour tous les hommes méchants ; considérez leur monstrueuse société comme ne composant qu'un seul et même monstre, dont le démon est la tête et tous les pécheurs sont les membres. C'est ce monstre composé de tous les monstres, qui veut lier, enchaîner, avilir et perdre Jésus-Christ.

III. Le pécheur de tous les pays et de tous les siècles est un membre de ce monstre déicide. Le péché est un acte de la volonté de ce monstre. C'est son esprit qui le produit. Le péché me constitue donc un même corps et un même esprit avec cet être centre de tous les dérèglements et de tous les crimes. De quelle horreur ne doit-il pas pénétrer tout mon être ?



RÉSOLUTIONS ET PRIÈRE

Qu'ai-je donc fait, ô mon divin Sauveur, toutes les fois qu'oubliant les rapports immortels qui m'unissent à vous, j'ai livré mon esprit et mon cœur au péché. Hélas ! Je n'ai pas seulement alors violé vos saintes lois, mais j'ai voulu comme les Juifs, vous lier et vous enchaîner, autant qu'il était en moi, dans votre humanité sacrée. J'ai voulu comme les Juifs, vous trouver coupable dans vos desseins ; et comme le serviteur de ce grand Prêtre, c'est à la majesté même de l'homme que j'ai insulté par mes vices. J'ai quitté la société des justes pour entrer dans celle des méchants. J'ai cessé de vivre de votre vie, pour n'exister plus que de celle du démon. Infortuné pécheur ; qui me délivrera de ce corps de mort, si j'en suis en ce moment le membre ? Qui me délivrera de cet abîme de corruption et d'iniquité qui menace de m'engloutir ? Qui fera circuler de nouveau le sang des justes dans mes veines ? Qui me rendra la fraîcheur de la véritable vie ? Hélas ! de moi-même, je ne puis rien ; je forme des vœux impuissants, et déjà comme si j'étais du nombre des réprouvés, le désir du bien, le zèle d'une réforme, l'émulation de la vertu semblent ne plus s'offrir à moi qu'en perspective et comme pour enfanter dans mon âme d'inutiles regrets.... Ah ! Seigneur, je péris... Qui me sauvera Seigneur, d'un tel abîme, sinon vous même, vous le fils de Dieu fort et puissant qui m'avez conquis à votre Père par vos souffrances et votre croix. Vous me rendrez libre de tout mal par la grâce de vos liens et de vos chaînes, et ce ne sera pas en vain que vous les aurez portés pour moi. Vous me rendrez toute la majesté de l'homme chrétien, que vous m'avez conservée en recevant à ma place cet affront cruel dont seul, j'étais digne, pour n'avoir pas rougi de manquer à la vertu. Et moi, Seigneur, sensible et reconnaissant de vos bienfaits, je m'éloignerai, sans retour, de la société des méchants, qui ne cessent de vous outrager par leurs pensées et par leurs actions, pour me donner tout entier, à la société des bons, qui ne cessent de vous glorifier par toutes leurs œuvres. Ainsi soit-il.





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