dimanche 31 décembre 2017

Personne n'est-il revenu de l'Enfer ?



Extrait de Personne n'est-il revenu de l'Enfer ? par l'Abbé F. Chatel :









































Nous devons tous craindre l'enfer


Le saint Pape Pie IX disait un jour au cardinal Place : « L'une des premières causes de tous nos malheurs actuels, c'est qu'on ne prêche plus sur l'enfer (Cf. Opinions du jour sur les peines d'outre-tombe, par le P. Tournebize, S. J., in fine). » Il disait aussi à un prêtre qui donnait en France de nombreuses missions : « Prêchez beaucoup les grandes vérités du salut. Prêchez surtout l'enfer... dites bien clairement, bien hautement, toute la vérité sur l'enfer. Rien n'est plus capable de faire réfléchir et de ramener à Dieu les pauvres pécheurs (Cf. Mgr de Ségur : L'enfer ; Paris, 1876, p. 138). »
Le souvenir des châtiments éternels n'est pas moins nécessaire aux personnes pieuses et aux âmes consacrées qu'aux pécheurs, et les saints eux-mêmes se les rappelaient fréquemment. En effet : « Il vient des jours, écrit sainte Thérèse, où ceux mêmes qui ont fait à Dieu un don absolu de leur volonté et qui, plutôt que de commettre une imperfection, se laisseraient torturer et subiraient mille morts, ont besoin de se servir des premières armes de l'oraison. Ils se voient attaqués de tentations et de persécutions si violentes, qu'il leur faut, pour éviter l'offense de Dieu et se garder du péché, considérer que tout finit, qu'il y a un ciel et un enfer, s'attacher enfin à des vérités de ce genre » (Vie écrite par elle-même ; édition Bouix-Peyré, ch. XV).
Quoi d'étonnant, puisque, dit très bien Mgr Gay : « Nous sommes ainsi faits, que l'imminence d'une rage de dents a parfois plus de vertu, pour nous retenir sur une pente, que le souvenir de la présence de Dieu ou la vue de notre crucifix (De la vie et des vertus chrétienne, t. I, De ta Crainte de Dieu, § 1). » Bien plus efficace est incontestablement, pour la plupart des âmes, le souvenir des supplices de l'enfer. Si Notre-Seigneur, comme l'observe saint Jean Chrysostome, nous a parlé plus souvent de l'enfer que du ciel dans l'Évangile, c'est qu'il savait que la crainte de ses tourments a plus de prise sur la masse des chrétiens, que l'espérance du ciel ou l'amour de Dieu (Expositio in psalm. VII, n. 12. [Cf. Migne : Patr. gr., t. 55, col. 99]).
Dans ces pages, nous nous proposons d'abord de réveiller la sainte crainte de l'enfer, en relatant des apparitions de damnés. « Les exemples, dit saint Thomas, nous touchent plus que les paroles (Magis movent exempla quam verba — 1. 2. q. 34, a. 1). »
Nous nous proposons ensuite, et d'une manière spéciale, comme l'indique le titre de cette brochure, de répondre à l'objection suivante de bien des incrédules : Il n'y a pas d'enfer : personne n'en est revenu.
Quelles que soient les exigences de la critique moderne, les faits que nous relaterons méritent tout à fait créance.
On nous objectera peut-être que nous ne convertirons personne en racontant des apparitions de damnés, puisque Jésus-Christ a dit dans l'Évangile, en parlant des cinq frères du mauvais riche : « S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, quand même quelqu'un ressusciterait d'entre les morts, ils ne croiront pas (Luc., XVI, 31). »
Nous répondons : 1° En parlant de la sorte, Nôtre-Seigneur s'est proposé d'apprendre à ses disciples que, malgré ses miracles, les Pharisiens, ne se convertiraient pas (Cf. Knabenbauer: Evangelium secundum Lucam, Parisis, 1896, p. 478). — 2° II est certain, comme nous le verrons dans la suite, que les apparitions de damnés peuvent faire le plus grand bien aux âmes, soit en convertissant les pécheurs, soit en déterminant les justes à vivre saintement.
Daigne le Seigneur accorder à tous ceux qui liront ces pages, ainsi qu'à celui qui les a écrites, la grâce de tellement craindre l'enfer, qu'ils n'y descendent pas au sortir de cette vie. « Celui qui craint constamment l'enfer, dit saint Jean Chrysostome, ne sera pas la proie de ses flammes, car il sera maintenu dans le devoir par cette crainte salutaire (Ad populum antiochenum Homit. V, a. 3. [Migne ; Patr. gr., t 49, col. 73]). »
Faisons souvent cette prière qui était familière à saint Alphonse de Liguori : « Seigneur, ne m'envoyez pas en enfer (Vie du saint par Villecourt, Tournai, 1864, t. 4, I. 5, ch. 19) ! »


L'enfer d'après l'Évangile et la théologie


Nous lisons dans la vie du P. Faber, le plus grand des écrivains ascétiques du dix-neuvième siècle, que son avant-dernier sermon se termina par ce remarquable passage : « La plus fatale préparation du démon pour la venue de l'Antéchrist, c'est l'affaiblissement de la croyance des hommes au châtiment éternel. Ces paroles fussent-elles les dernières que je vous dirai jamais, souvenez-vous qu'il n'y a rien que je voudrais imprimer plus profondément dans vos âmes, aucune pensée de foi, après celle du Précieux Sang, qui vous soit plus utile et plus profitable, que celle du châtiment éternel (Vie et lettres du P. Faber, par le P. Bowden. L 2. ch. 7, p. 389). »
C'est à cause de cette importance capitale du souvenir des châtiments éternels, que nous jugeons expédient, avant de relater des apparitions de damnés, de rappeler brièvement à nos lecteurs les enseignements de l'Évangile et de la théologie sur l'enfer.

1. — Il est de foi que l'enfer existe, ainsi que le prouvent maints passages de l'Évangile.
2. — Il est de foi que les damnés subiront la double peine du dam et du sens. Au jugement dernier, Jésus-Christ dira aux réprouvés : « Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel (Matthieu. XXV, 41). »
Il est certain que le feu de l'enfer est un feu, non pas métaphorique, mais réel, car, dit saint Thomas, un châtiment corporel peut seul s'adapter à la nature des corps des réprouvés (Supplem. q. 97, a. 5).
Le 30 avril, la Sacrée-Pénitencerie a décrété qu'un confesseur ne peut absoudre le pénitent qui s'obstinerait à penser que le feu de l'enfer est métaphorique, et non réel.
3. — II est de foi que les peines de l'enfer ne seront pas égales pour tous les damnés, mais seront proportionnées à la gravité et au nombre de leurs péchés. Cette vérité a été définie par le Concile de Florence (Cf. Denzinger : Enchiridion symbolorum, édit. 10, n. 693).
4. — Il est de foi que l'enfer est éternel. Jésus-Christ nous dit dans l'Évangile : « Ceux-ci (les réprouvés) iront au supplice éternel, mais les justes à la vie éternelle (Matthieu, XXV, 46). » Si l'enfer n'était pas éternel, Dieu n'aurait pas suffisamment sanctionné sa loi, car, dit très bien un théologien moderne : « L'homme est ainsi fait, que le définitif et l'éternel réussissent seuls à contenir la violence de ses passions (Souben, O. S. B. : Nouvelle théologie dogmatique : Les fins dernières, ch. 2 ; n. 5). »
5. — Il est de foi que tous les adultes sans aucune exception seront sauvés ou damnés, car tous les hommes ressusciteront à la fin du monde et seront jugés par Jésus-Christ ; après quoi : « Ceux-ci (les réprouvés) iront au supplice éternel, mais les justes à la vie éternelle (Matthieu, XXV, 46) ». Il faut entendre par justes ceux-là seuls qui jouiront de la grâce sanctifiante. Comme on le voit, il n'y a de lieu intermédiaire entre le ciel et l'enfer que pour les enfants morts sans baptême.
6. — Il est de foi que les âmes de tous ceux qui mourront en état de péché mortel, n'eussent-ils commis qu'une seule faute grave, descendront immédiatement en enfer. Cette vérité a été définie par le pape Benoit XII (Cf. Denzinger, loc. cit., n. 531).

Toutes les vérités précédentes sont terribles ; mais n'est-ce donc rien que d'offenser gravement la très haute et très sainte majesté de Dieu, de fouler aux pieds le sang de Jésus-Christ, de profaner le temple du Saint-Esprit et de l'en chasser indignement, d'abuser de la grâce, de préférer la créature à Dieu, de répondre à ses bienfaits par la plus noire ingratitude, et de ne pas atteindre la fin pour laquelle notre âme a été créée ?
Fuyons le péché ; rentrons immédiatement en grâce avec Dieu, quand nous avons eu le malheur de l'offenser ; efforçons-nous de vivre saintement, et nous éviterons l'enfer. Notre-Seigneur disait un jour à sainte Thérèse : « Ma fille, personne ne se perdra sans le savoir (Vie écrite par elle-même, édition Bouix-Perré : Additions, p. 597). »

Daigne le Seigneur, chers lecteurs, nous accorder à tous d'aller chanter éternellement ses infinies miséricordes dans le ciel !


Prince damné pour son impénitence


Pendant le feu des guerres dont la Péninsule fut le théâtre, au XVIe siècle, entre les Italiens, les Français, les Espagnols et les Allemands, la bienheureuse Catherine de Racconigi, dominicaine, multipliait ses prières en faveur de la paix. Notre Seigneur lui apparut un jour et lui dit : « Je suis venu du ciel en terre pour y apporter les semences de la paix ; mais les hommes les rejettent et provoquent mes châtiments par leur inconduite, leur orgueil et leur obstination. — O mon espérance ! reprit l'humble fille, vous pourriez les convertir et les ramener à vous. — Ce que tu dis est vrai, mais ce procédé ne convient pas à ma justice, et je respecte leur libre arbitre. Résistant à toutes mes avances, ils se rendent indignes, de recevoir la plénitude de ma miséricorde. Et pour que tu reconnaisses la vérité de ma parole, je veux que tu reprennes de ma part tel prince, et que tu lui annonces sa mort prochaine et sa damnation, s'il n'a hâte de changer de vie. »
À l'instant même, une main invisible la souleva et lui fit franchir, avec la rapidité de l'éclair, un espace de cent soixante milles. Le prince se promenait seul dans une salle, quand la bienheureuse parut devant lui. « Au nom du Sauveur Jésus, lui dit-elle, cessez, je vous en prie, d'entretenir le feu de la discorde et de la guerre dans la république chrétienne. »
En voyant une femme entrer tout à coup et lui parler de la sorte, le prince se troubla, et pensant qu'il avait affaire à un esprit surnaturel : « Ne serais-tu pas le diable, venu pour me tenter ? » lui dit-il. — Ni le diable, ni aucun esprit, reprit Catherine, mais une simple fille envoyée de Dieu pour vous avertir de votre perte éternelle, si vous ne vous arrêtez sur le chemin où vous courez. » Là-dessus, elle disparut, le laissant rempli d'épouvante.
Loin de profiter de l'avertissement, le prince persévéra dans ses mauvaises dispositions et mourut impénitent. Il fut donné à la sainte d'être témoin des opérations de la justice divine sur ce damné. Transportée auprès de ce malheureux, elle le vit dans les tourments de l'enfer. « Me reconnaissez-vous ? » lui dit-elle. — « Oui, tu es Catherine de Racconigi : c'est toi qui m'as annoncé ma mort prochaine et la damnation que je subis en punition de mon impénitente — Ô infortuné, reprit-elle, si vous aviez fait ce que je vous disais au nom de Jésus-Christ, vous seriez maintenant, dans le royaume des élus (Année Dominicaine. Lyon, 1900, t. 17, p. 143 et suiv) ! »


« Je brûle à présent en enfer. »


Nous lisons dans la vie du B. Richard de Sainte-Anne : « Il arriva dans la ville qu'il habitait (l'historien contemporain ne la cite pas, mais nul doute que ce ne fût Bruxelles), il arriva que deux étudiants, dissolus et scandaleux, projetèrent de se rendre avec quelques compagnons dans une maison de débauche. Ils y passèrent une partie notable de la nuit. L'un des deux dit à son compagnon : « Retournons, j'en ai assez. — Et moi, pas encore », lui répondit l'autre. Le premier le quitte, s'en retourne à son appartement, et, sur le point de se coucher, se souvient de l'hommage quotidien qu'il rendait à la sainte Vierge. Bien qu'il fût plus disposé à dormir qu'à prier, il s'acquitta de sa pratique de dévotion tant bien que mal.
À peine est-il couché qu'il entend frapper à la porte de sa chambre. Une deuxième, une troisième fois, il entend des coups sans vouloir ouvrir, quand, soudain, la porte demeurant close, il voit entrer son compagnon de débauche qu'il venait de laisser dans la maison de scandale. À son aspect, il demeure muet, tant il est saisi d'étonnement : « Me reconnais-tu ? » lui demande l'infortuné, après un moment de silence. « En vérité, à voir votre figure et à entendre votre voix, vous êtes le compagnon que j'ai quitté tout à l'heure ; mais votre apparition si soudaine et si surprenante m'en faisait douter. » Le mystérieux visiteur pousse un long soupir. — « Sache, dit-il, que tandis que nous nous vautrions dans la boue de nos impudicités, dépouillant toute crainte de Dieu, Satan nous intentait un procès au tribunal divin, et réclamait contre nous deux une sentence de damnation. Le Souverain Juge lui accorda cette sentence, et il ne s'agissait plus que de l'exécuter, mais la Vierge, ton avocate, s'est interposée en ta faveur, d'autant plus qu'à ce moment-là même, tu t'es mis en devoir de l'invoquer. Aussi ton jugement est différé, mais le mien est exécuté, car, au sortir de cette maison où j'ai commis mes crimes, le diable m'a étouffé et, m'arrachant l'âme du corps, m'a entraîné en enfer où je brûle à présent ! » Ce disant, il découvre son sein et le montre rongé de vers et dévoré par le feu. Alors, laissant après lui une horrible puanteur, il disparut.
Le jeune homme était dans la stupeur et demeura à demi mort à ce spectacle. Revenu à lui, il se prosterna contre terre, rendit grâces à son auguste Avocate, pleura amèrement ses égarements et promit de s'amender sérieusement désormais.
Au moment même, il entend la cloche sonner les Matines de minuit au couvent voisin des Frères Mineurs (1), et faisant de graves réflexions jusqu'au matin sur le genre de vie de ces anges de la terre qui prient et expient pour les autres, il projette de s'y rendre à la pointe du jour. À peine fit-il clair qu'il y courut, et se jetant aux pieds du Père Gardien, lui raconta l'événement et sollicita avec insistance la faveur d'être admis dans l'Ordre.
On résolut d'abord d'aller contrôler le fait dans le lieu où il s'était passé. On y trouva, en effet, le corps du malheureux, hideux, repoussant, gisant par terre. On le traîna à la voirie pour y être enfoui comme le cadavre d'un animal.
Le jeune converti fut ensuite reçu dans l'Ordre de Saint-François, y donna de rares exemples de vertu et particulièrement de dévotion envers la sainte vierge Marie.
Cet événement arriva en 1604 ; le bienheureux Richard, qui avait alors dix-neuf ans, en fut, dit-il, spectateur, et c'est lui-même qui en fit plus tard le récit au Père d'Andreda, théologien de la Compagnie de Jésus, qu'il rencontra en Espagne.
Tel fut l'aiguillon qui le stimula et le détermina à devenir Frère-Mineur Récollet. Il reçut l'habit franciscain en cette même année 1604 au couvent de Nivelles. Il fut martyrisé au Japon en 1622.
Ce trait est cité par le P. Bouvier dans la vie du Bienheureux, qu'il publia cinquante ans seulement après son martyre. Le P. Sébastien Bouvier, né à Fosses, dans la province de Namur, mourut au couvent des Récollets, à Namur, le 3 avril 1681.

Vie du Bienheureux Richard de Sainte Anne d'Ham sur-Heure, des Frères-Mineurs, martyrisé au Japon, par le P. Bouvier, retouchée et complétée par le P. Lejeune, C. SS. R. ; Société de Saint Augustin, 1899 ; ch. 2, p. 20 et suiv.

(1) Ce couvent était situé à l'emplacement actuel de la Bourse.


« II y a un enfer, et j’y suis ! »


Mgr de Ségur raconte le trait suivant :
« C'était en Russie, à Moscou, peu de temps avant l'horrible campagne de 1812. Mon grand-père maternel, le comte Rostopchine, gouverneur militaire de Moscou, était fort lié avec le général comte Orloff, célèbre par sa bravoure, mais aussi impie qu'il était brave.
Un jour, à la suite d'un souper fin, arrosé de copieuses libations, le comte Orloff et un de ses amis, le général V., voltairien comme lui, s'étaient mis à se moquer affreusement de la religion et surtout de l'enfer, « Et si, par hasard, dit Orloff, si par hasard il y avait quelque chose de l'autre côté du rideau ?... — Eh bien ! reprit le général V., celui de nous deux qui s'en ira le premier reviendra en avertir l'autre. Est-ce convenu ? — Excellente idée ! » répondit le comte Orloff, et tous deux, bien qu'à moitié gris, ils se donnèrent très sérieusement leur parole d'honneur de ne pas manquer à leur engagement. Quelques semaines plus tard, éclata une de ces grandes guerres comme Napoléon avait le don d'en susciter alors ; l'armée russe entra en campagne, et le général V. reçut l'ordre de partir immédiatement pour prendre un commandement important.
Il avait quitté Moscou depuis deux ou trois semaines, lorsqu'un matin, de très bonne heure, pendant que mon grand-père faisait sa toilette, la porte de sa chambre s'ouvre brusquement. C'était le comte Orloff, en robe de chambre, en pantoufles, les cheveux hérissés, l'œil hagard, pâle comme un mort. « Quoi ! Orloff, c'est vous ? à cette heure ? et dans un costume pareil ? Qu'avez-vous donc ? Qu'est-il arrivé ? — Mon cher, répond le comte Orloff, je crois que je deviens fou. Je viens de voir le général V. — Le général V. ? Il est donc revenu ? — Eh non, reprend Orloff, en se jetant sur un canapé et en pressant sa tête à deux mains, non, il n'est pas revenu ! et c'est là ce qui m'épouvante. »
Mon grand-père n'y comprenait rien. Il cherchait à le calmer. « Racontez-moi donc, lui dit-il, ce qui vous est arrivé et ce que tout cela veut dire. » Alors, s'efforçant de dominer son émotion, le comte Orloff raconta ce qui suit : « Mon cher Rostopchine, il y a quelque temps, V. et moi, nous nous étions juré mutuellement que le premier de nous qui mourrait viendrait dire à l'autre s'il y a quelque chose de l'autre côté du rideau. Or, ce matin, il y a une demi-heure à peine, j'étais tranquillement dans mon lit, éveillé depuis longtemps, ne pensant nullement à mon ami, lorsque tout à coup les deux rideaux de mon lit se sont brusquement ouverts, et je vois, à deux pas de moi, le général V., debout, pâle, la main droite sur sa poitrine, me disant : « Il y a un enfer, et j'y suis ! » et il disparut Je suis venu vous trouver tout de suite. Ma tête part ! Quelle chose étrange ! Je ne sais qu'en penser ! »
Mon grand-père le calma comme il put. Ce n'était pas chose facile. Il parla d'hallucinations, de cauchemars, peut-être dormait-il. Il y a des choses extraordinaires, inexplicables ; et autres banalités de ce genre, qui font la consolation des esprits forts. Puis, il fit atteler ses chevaux et reconduire le comte Orloff à son hôtel.
Or, dix ou douze jours après cet étrange incident, un courrier de l'armée apportait à mon grand'père, entre autres nouvelles, celle de la mort du général V. Le matin même du jour où le comte Orloff l'avait vu et entendu, à la même heure où il lui était apparu à Moscou, l'infortuné général, sorti pour reconnaître la position de l'ennemi, avait eu la poitrine traversée par un boulet et était tombé raide mort ! « Il y a un enfer, et j'y suis ! » Voilà les paroles de quelqu'un qui « en est revenu. »

Ce fait est raconté par Mgr de Ségur dans son petit ouvrage intitulé : L'Enfer, 4e édition, n. 1, p. 34.


Brûlée au poignet par un damné


En 1859, le fait suivant fut raconté à Mgr de Ségur par un prêtre distingué, Supérieur d'une importante Communauté religieuse. « Voici ce que j'ai su de source certaine, il y a deux ou trois ans, d'un très proche parent de la personne à qui la chose est arrivée. Au moment où je vous parle (Noël 1859), cette dame vit encore ; elle a un peu plus de quarante ans.
» Elle était à Londres, dans l'hiver de 1847 à 1848. Elle était veuve, âgée d'environ vingt-neuf ans, fort mondaine, fort riche et très agréable de visage. Parmi les élégants qui fréquentaient son salon, on remarquait un jeune lord, dont les assiduités la compromettaient singulièrement et dont la conduite, d'ailleurs, n'était rien moins qu'édifiante.
» Un soir, ou plutôt une nuit (car il était plus de minuit), elle lisait dans son lit je ne sais quel roman, en attendant le sommeil. Une heure vint à sonner à sa pendule ; elle souffla sa bougie. Elle allait s'endormir quand, à son grand étonnement, elle remarqua qu'une lueur blafarde, étrange, qui paraissait venir de la porte du salon, se répandait peu à peu dans sa chambre et augmentait d'instants en instants. Stupéfaite, elle ouvrait de grands yeux, ne sachant ce que cela voulait dire. Elle commençait à s'effrayer, lorsqu'elle vit s'ouvrir lentement la porte du salon et entrer dans sa chambre le jeune lord, complice de ses désordres. Avant qu'elle eût pu lui dire un seul mot, il était près d'elle, il lui saisissait le bras gauche au poignet et, d'une voix stridente, il lui dit en anglais : « Il y a un enfer ! » La douleur qu'elle ressentit au bras fut telle, qu'elle en perdit connaissance.
» Quand elle revint à elle, une demi-heure après, elle sonna sa femme de chambre. Celle-ci sentit en entrant une forte odeur de brûlé ; s'approchant de sa maîtresse, qui pouvait à peine parler, elle constata au poignet une brûlure si profonde, que l'os était à découvert et les chairs presque consumées ; cette brûlure avait la largeur d'une main d'homme. De plus, elle remarqua que de la porte du salon jusqu'au lit, et du lit à cette même porte, le tapis portait l'empreinte de pas d'homme, qui avaient brûlé la trame de part en part. Par l'ordre de sa maîtresse, elle ouvrit la porte du salon. Plus de traces sur les tapis.
» Le lendemain, la malheureuse dame apprit, avec une terreur facile à concevoir, que cette nuit-là même, vers une heure du matin, son lord avait été trouvé ivre-mort sous la table, que ses serviteurs l'avaient rapporté dans sa chambre, et qu'il y avait expiré entre leurs bras.
» J'ignore, ajouta le Supérieur, si cette terrible leçon a converti tout de bon l'infortunée ; mais ce que je sais, c'est qu'elle vit encore ; seulement, pour dérober aux regards les traces de sa sinistre brûlure, elle porte au poignet gauche, en guise de bracelet, une large bande d'or, qu'elle ne quitte ni jour ni nuit.
» Je le répète, je tiens tous ces détails de son proche parent, chrétien sérieux, à la parole duquel j'attache la foi la plus entière. Dans la famille même, ou n'en parle jamais ; et moi-même je ne vous les confie qu'en taisant tout nom propre. »
Malgré le voile dont cette apparition a été et a dû être enveloppée, il me parait impossible d'en révoquer en doute la redoutable authenticité. A coup sûr, ce n'est pas la dame au bracelet qui aurait besoin qu'on vint lui prouver qu'il y a vraiment un enfer.

Mgr de Ségur rapporte ce fait dans son petit livre : L'Enfer, 4e édition, n° I, p. 37.


« Voilà où je suis maintenant ! »


Au village d'Alèn, sur le bord de la rivière Mpiri, qui là-bas, sous l'Équateur, coule paresseusement au travers de la grande sylve africaine, vivait, il y a quelques années, un vieux chef nommé Olane. Celait jadis, racontait-on le soir au foyer, un guerrier illustre, renommé par son courage féroce et sa ruse extrême ; au milieu de bien des dangers, il avait conduit son peuple depuis les grands marais de l'intérieur jusqu'aux bords de l'Ogowé, et au milieu des tribus qu'il avait traversées, femmes et enfants prononçaient son nom avec terreur. Femmes et enfants, seuls, car les guerriers, eux, avaient tous succombé, soit dans le combat, soit prisonniers ; un à un, victimes en d'épouvantables festins, ils avaient passé sous la dent du chef et de ses principaux guerriers ; le soir, par des nuits sombres, on entendait, ainsi le veut la théologie noire, on entendait leurs âmes errer, plaintives, condamnées à de longs tourments, faute des honneurs funèbres qu'elles n'auraient jamais.
Lorsque je le connus, Olane était un vieux chef, et depuis de longues années, ses cheveux et sa barbe étaient devenus tout blancs. Au contact des Européens et surtout des missionnaires, peu à peu sa férocité d'autrefois avait disparu, ou à peu près. Quand nous venions dans son village faire le catéchisme, et le cas était presque journalier, car à peine deux heures de pirogue séparaient le village d'Alèn de la mission, il nous accueillait généralement bien, et lorsqu'après l'instruction, on engageait avec lui un bout de conversation, à peine un éclair de regret traversait-il encore son regard aux souvenirs des prouesses d'antan.
Peu à peu, tous les enfants du village étaient venus écouter nos instructions, quelques-uns étaient déjà à la mission, et parmi les hommes, beaucoup, lorsqu'ils croyaient n'avoir rien de mieux à faire, venaient nous écouter. Olane était du nombre. Rarement d'abord il y vint, puis plus souvent, et enfin, il n'y manqua jamais.
Recevoir le baptême, il l'eût fait volontiers, car à son Âge, les plaisirs et les gloires de la terre ne comptaient plus guère. Il l'eût fait volontiers sans un obstacle : son frère Etare, féticheur du village.
En qualité de frère du chef, chargé, comme il arrive souvent, des fonctions religieuses, le frère d'Olane avait vu avec une irritation croissante son crédit diminuer beaucoup, car nous faisions un progrès sensible, et à maintes reprises, son mauvais vouloir pour nous s'était manifesté. Sans gros jugement téméraire, on pouvait facilement lui attribuer deux ou trois pirogues volées, un commencement d'incendie à la mission, deux ou trois tentatives d'empoisonnement... À le voir, on l'aurait pris pour un coquin, et on ne se serait nullement trompé !
Maintes fois, Olane l'avait engagé à venir nous écouter : il l'avait fait, mais pour mieux ensuite tourner en dérision, dans des assemblées fétichistes, nos croyances et nos rites. L'enfer, particulièrement, et le rôle des démons avaient, à plusieurs reprises, été l'objet de ses railleries sarcastiques ; et tel était, malgré tout, son empire sur son frère, qu'il menaçait journellement du courroux des dieux irrités, qu'Olane, par peur des railleries, de se voir déchu de son rang, et surtout du poison, hésitait et promettait de se faire chrétien, mais plus tard, beaucoup plus tard.
Or, ce soir-là, il pouvait être minuit. Une tornade furieuse nous avait empêchés pendant le jour d'aller au village. Après les chaleurs énervantes de l'orage, le sommeil était long à venir. Jouissant avec délices de la fraîcheur reposante de la nuit, nous étions sous la véranda de la maison, quand tout à coup des cris sauvages, des lamentations funèbres éclatent dans le sentier qui conduit à la mission, des torches s'agitent, et bientôt un groupe d'indigènes, Olane en tête, apparaissent.
« Père, un grand malheur ! Etare est mort, et nous l'avons revu : il est revenu nous dire : « Voilà où je suis maintenant » et il brûlait de partout ; il a mis ses mains sur la porte, et la porte est brûlée ! — Père, nous ne voulons pas aller avec lui ! Baptise-nous bien vite !
— Oh ! oh ! m'écriai-je, très surpris, c'est aller vite en besogne ! Et je ne comprends pas très bien. Asseyez-vous là, par terre, et ne causez pas tous à la fois. Toi, Olane, parle. Qu'est-il arrivé ?
Et Olane commence : « Voici, Père ! Ce matin, mon frère Etare est parti à la pêche. Tu as vu la tempête d'aujourd'hui ! Il a été pris par le vent, et une vague a fait chavirer sa pirogue ; du village, nous l'avons vu tomber, mais impossible d'aller à son secours : le vent et la pluie étaient trop forts, et nous ne savions ce qu'il était devenu. Moi, je m'étais retiré dans ma case, tiens, avec celui-ci, et celui-là encore. Et il me montrait deux indigènes qui approuvaient de la tête. Nous parlions d'Etare, quand tout à coup nous l'avons vu près de la porte...
— Vous l'avez vu ? — Nous l'avons vu, comme je te vois, près de la porte, tout rouge, comme un charbon qu'on tire du feu, tout rouge et il ne se consumait pas ! — Il vous a parlé ? — Oui : « Voilà comme je suis maintenant, nous a-t-il dit, et j'espère bien que vous viendrez bientôt me rejoindre ! » Et il s'est avancé, et il a piqué le doigt sur ma poitrine, tiens, là, où tu vois un trou noir. »
Et, en effet, sur la poitrine d'Olane se voyait une marque ronde, trace d'une profonde brûlure. — « Je me suis rejeté en arrière, poussant un cri de terreur : Oh ! mon frère Etare ! Et il avait disparu ; mais sur la porte, près de la poignée, aussi bien que sur ma poitrine, tu pourras voir la trace de ses doigts. »
Et les autres confirmèrent du geste et de la parole : « Nous avons vu. Ne voulant pas, bien sûr, aller le rejoindre, nous partions en hâte pour venir ici, quand, sur le bord de la rivière, sais-tu ce que nous avons rencontré ? le cadavre d'Etare, tout froid, tout glacé, que le flot venait de pousser sur la berge. Les femmes l'ont emporté, et nous, nous voici. »
Le lendemain, avec Olane et ses compagnons, rassurés et définitivement convertis, je prenais le chemin d'Alèn. Je voulais constater par moi-même les marques noircies du passage d'un damné. Mais quand nous y arrivâmes, un grand feu brûlait à l'orée du village, près du bosquet sacré consacré aux idoles : les débris de la case d'Olane en avaient fourni les matériaux, car on n'avait pas voulu garder, d'accord avec toutes les traditions indigènes, l'endroit où un mort était apparu. Un grand feu brûlait, et au milieu un cadavre achevait de se consumer : c'était Etare, c'était le sorcier ; ainsi il ne pourrait revenir tourmenter les vivants. Et tandis que nous étions là, devant le funèbre bûcher, une tête grimaçante se détacha et roula à nos pieds, les mâchoires entr'ouvertes en un rictus infernal.
La marque d'Olane ne s'est jamais effacée. Il a reçu le baptême ; le village est aujourd'hui chrétien, et le souvenir de ces faits ne s'effacera pas de sitôt. Tout le monde connaît Olane sous ce nom : Le frère du maudit.
Cette apparition terrifiante est racontée par le père H. Trilles, dans le Messager du Saint-Esprit, janvier 1910, page 11 et suivantes.


Les exemples que nous venons de citer ne doivent décourager personne. Efforçons-nous de bien servir Dieu ; évitons soigneusement le péché mortel, ainsi que le péché véniel ; rentrons en grâce avec Dieu aussitôt que nous avons eu le malheur de l'offenser mortellement ; honorons fidèlement la très sainte Vierge, et certainement nous éviterons l'enfer. N'oublions pas ces paroles de saint Alphonse de Liguori : « Il est moralement impossible qu'un serviteur de Marie se damne, pourvu qu'il la serve fidèlement et qu'il se recommande à elle » (Les Gloires de Marie).



Doux Cœur de Marie, soyez mon salut


(300 jours d'indulgence chaque fois. [Pie IX. 30 sept. 1852]).






Reportez-vous à Traité de l'Enfer de Sainte Françoise Romaine, Méditation sur l'éternité des peines de l'Enfer, Tu es poussière et tu retourneras en poussière, Méditation sur la fausse sécurité des Pécheurs, Méditation sur la Pénitence différée à l'heure de la mort, Méditation sur la Préparation à la mort, Méditation sur la fausse idée que les Pécheurs se forment de la miséricorde de Dieu, Méditation sur le délai de la conversion, Méditation sur l'incertitude de l'avenir, Le retour du règne de Satan par la négation du dogme de l'Incarnation, Méditation sur la recherche volontaire de l'occasion prochaine du péché, Méditation sur l’œil qui scandalise, Méditation sur le jurement, Méditation sur l'homicide, Méditation sur la distinction du péché mortel et du péché véniel, Méditation sur l'attache au péché véniel, Méditation sur la voie étroite, Méditation sur le discernement des bons et des mauvais exemples, Méditation sur l'affaire du salut, Méditation sur l'exemple de la multitude, Vision de l'Enfer de Sainte Thérèse d'Avila, Méditation sur la justice de Dieu, La pensée du purgatoire nous prouve la folie de ceux qui ne travaillent pas à l'éviter, Quelles sont les âmes qui vont en Purgatoire, et Méditation sur la crainte de Dieu.