mardi 1 mai 2018

Y a-t-il un Dieu qui s'occupe de nous ?


Extrait de "Y a-t-il un Dieu qui s'occupe de nous ?" de Mgr de Ségur :


Il est assez curieux, en effet, de voir que cette prétendue conviction de la non-existence de DIEU produit d'ordinaire chez les impies un effet tout contraire à ce que l'on devrait en attendre. Si un homme était bien réellement convaincu qu'il n'y a pas de DIEU, il cesserait absolument d'y penser, il ne prononcerait jamais le nom de cette chimère, et ne s'en inquiéterait pas plus que nous nous inquiétons de Jupiter et de Bouddha. Surtout il n'aurait jamais l'idée de le haïr et de le blasphémer. On ne hait pas, on n'injurie pas ce qu'on croit ne pas exister. Or, l'expérience le montre chaque jour, plus les impies nient l'existence de DIEU, plus ils sont enragés contre DIEU ; plus ils l'outragent ; plus ils sont furieux contre lui. Donc vous savez qu'il existe, mes pauvres amis ; et vos cris mêmes sont une nouvelle preuve de cette existence qu'on ne peut nier.

(...)

Voltaire n'était certes pas dévot, et son témoignage n'est pas suspect. Un jour il avait été invité à présider l'un de ces petits soupers philosophiques, si fort à la mode dans le dernier siècle, et d'où sont sortis les livres et les pamphlets les plus infâmes contre tout ce qui est saint et respectable. On y buvait force Champagne, on y accumulait en riant blasphème sur blasphème, obscénités sur obscénités. Le vieux Voltaire, patriarche de toute cette bande, n'était pas ce jour-là de belle humeur. On s'en aperçut, et on voulut le dérider par des pointes et des lardons contre le bon DIEU, cet ennemi personnel de tous les esprits forts. Les sarcasmes se croisaient : celui-ci déplorait l'aveuglement des hommes qui s'obstinent à croire en l'existence d'un DIEU impossible ; celui-là s'irritait contre les chrétiens, ces fanatiques, ces superstitieux, ces misérables, ces ennemis de la raison humaine... On discutait, on riait, on criait ; chacun prouvait à son tour par des raisonnements magnifiques qu'il n'y avait pas, qu'il ne pouvait pas y avoir de DIEU.
Le vieux héros de la fête souriait parfois par politesse, mais il ne prenait point de part à la bataille. La maîtresse du logis, frappée de son attitude, l'interpella directement et lui demanda ce qu'il pensait de cette grosse question.
Voltaire se leva, et montrant du doigt la pendule qui venait de sonner l'heure, il répondit par ces deux vers :
Pour ma part, plus j'y songe et moins je puis penser
Que cette horloge marche et n'ait point d'horloger
.

J'ignore si les convives furent convaincus, mais je suis bien sûr qu'à cette repartie, aussi simple que piquante, on ne put rien répondre qui eût le sens commun.

La pendule qui a si bien inspiré Voltaire me rappelle un charmant trait de la vie de Fénelon, cet admirable archevêque de Cambrai, qui avait un esprit aussi brillant et plus solide mille fois que Voltaire et toute sa troupe, et dont le noble cœur était aussi pur que son intelligence était brillante. Il se promenait un soir avec son jeune neveu, confié pour quelque temps à ses soins paternels.
Le ciel étoilé étincelait de mille feux ; l'horizon était encore doré par les derniers reflets du soleil couchant. Tout dans la nature respirait le calme, la grandeur et la majesté. L'enfant demanda à Fénelon quelle heure il était. Celui-ci tira sa montre ; elle indiquait huit heures.
« Ô la belle montre, mon oncle ! dit le jeune enfant. Voulez-vous me permettre de la regarder ? » Le bon archevêque la lui remit, et comme l'enfant l'examinait dans tous les sens :
« Chose bien singulière ! mon cher Louis, dit froidement Fénelon, cette montre s'est faite toute seule.
— Toute seule ! répéta l'enfant en regardant son oncle avec un sourire.
— Oui, toute seule. C'est un voyageur qui l'a trouvée dans je ne sais quel désert, et il est certain qu'elle s'est faite toute seule.
— C'est impossible, dit le jeune Louis ; vous vous moquez de moi.
— Non, mon enfant, je ne me moque pas de vous. Que voyez-vous d'impossible en ce que j'ai dit ?
— Mais, mon oncle, jamais une montre n'a pu se faire toute seule !
— Et pourquoi donc ?
— Parce qu'il faut tant de précision dans l'arrangement de ces mille petites roues qui composent le mouvement et font marcher également les aiguilles, que non seulement il faut de l'intelligence pour organiser tout cela, mais qu'il y a peu d'hommes qui y réussissent, malgré leurs soins. Que cela se fasse tout seul, c'est absolument impossible ; jamais je ne croirai cela. On vous a trompé, mon oncle. »
Fénelon embrassa l'enfant, et lui montrant le beau ciel qui brillait au-dessus de leurs têtes :
« Que dire donc, mon cher Louis, de ceux qui prétendent que toutes ces merveilles se sont faites toutes seules, se conservent toutes seules, et qu'il n'y a pas de DIEU ?
— Est-ce qu'il y a des hommes assez bêtes et assez mauvais pour dire cela ? demanda Louis.
— Oui, cher enfant, il y en a qui le disent, en petit nombre, DIEU merci ! mais y en a-t-il qui le croient ? C'est ce que je ne saurais affirmer, tant il faut avoir fait violence à sa raison, à son cœur, à ses instincts, à son bon sens, pour tenir un pareil langage. S'il est évident qu'une montre ne peut se faire toute seule, combien cela n'est-il pas plus évident pour l'homme lui-même qui fait les montres ! Il y a eu un premier homme, car il y a un commencement à tout, et l'histoire du genre humain atteste universellement ce commencement. II faut bien que quelqu'un ait fait le premier homme.
« C'est cet Être qui a fait tous les êtres, et qui n'a lui-même été fait par personne, que nous appelons DIEU. Il est infini, car rien ne borne son être ; il est éternel, c'est-à-dire infini en durée, sans commencement et sans fin ; tout-puissant, juste, bon, saint, parfait, et infini en toutes ses perfections. Il est partout et indivisible, et nul ne peut sonder ses merveilles. C'est en lui que nous vivons, que nous nous mouvons, que nous existons. Il est notre premier principe et notre fin dernière ; et le bonheur, en ce monde et en l'autre, consiste à le connaître, à le servir et à l'aimer. »
Telle est la belle leçon que l'illustre archevêque de Cambrai donnait à son jeune neveu ; c'est à nous aussi qu'il la donne, cher lecteur : elle nous montre une fois de plus combien ridicules sont les étourdis qui osent dire qu'il n'y a pas de DIEU. Un œuf, une poule, une montre, suffisent pour les arrêter tout court.

(...)

Quand il s'agit de ces impies frivoles qui se glorifient de leur indigence intellectuelle, et affichent leur incrédulité dans un langage de plaisanteries insolentes et ridicules, il faut bien se garder de traiter sérieusement l'athéisme, c'est-à-dire la négation de l'existence de DIEU ; ce serait leur donner une importance qu'ils n'ont point. Écrire de gros livres pour les réfuter, c'est les exposer à se prendre au sérieux et à leur faire croire qu'ils croient ce qu'ils disent. Le mépris et le ridicule, administrés à forte dose, suffisent pour dégonfler ces ballons vides.
Tous les raisonnements les plus savants ne valent pas, à leur égard, la fine réponse qu'une femme d'esprit fit un jour à un des incrédules les plus hardis du dernier siècle. Dans le salon de cette dame, celui-ci avait impudemment nié l'existence de DIEU, sans arriver à gagner personne à son sentiment. On lui avait même témoigné une juste indignation. Dépité, il se leva, et d'un ton aigre et suffisant : « Pardonnez mon erreur, mesdames, dit-il ; je n'imaginais pas que, dans une maison où l'esprit se dispute aux grâces, j'aurais seul l'honneur de ne pas croire en DIEU.
— Vous n'êtes pas seul, monsieur, repartit la dame du logis ; mes chevaux, mon chien, mon chat ont aussi cet honneur ; seulement ces pauvres bêtes ont le bon esprit de ne pas s'en vanter. »

Parmi les impies du dernier siècle, il n'en fut peut-être pas de plus cynique qu'un certain baron d'Holbach, qui faisait hautement profession de ne croire ni en DIEU ni en la Providence. Il exposait un jour ses folles pensées à un abbé fort spirituel. Celui-ci le laissa parler, et lui répondit par cette petite histoire : « Un jour, dit-il, un homme prit devant moi six dés dans un cornet, et paria qu'il allait amener rafle de six. Il l'amena du premier coup. Je dis : Cette chance est possible. Il l'amena une seconde fois ; je dis la même chose. Il remit les dés dans le cornet, trois, quatre, cinq fois ; et toujours rafle de six. Parbleu ! m'écriai-je, les dés sont pipés ; et ils l'étaient.
« Monsieur le baron, ajouta l'abbé, quand je vois un ordre invariable régler toute la nature, et les astres se mouvoir dans le même sens depuis le commencement des siècles ; quand je vois les saisons se succéder, les plantes, les animaux, l'homme même se reproduire d'après les mêmes lois ; quand je réfléchis aux mille bouleversements qui pourraient et devraient détruire cet ordre à chaque instant, je ne puis m'empêcher, malgré tous vos beaux raisonnements, de m'écrier à mon tour : Certes, la nature est pipée. Vous qui, pour rien au monde, n'admettriez qu'un joueur amenât par hasard cent fois de suite la rafle de six, comment pouvez-vous attribuer au hasard cet ordre merveilleux, évident, et infiniment grand et compliqué ? Monsieur le baron, il y a un DIEU et une Providence ; un DIEU qui fait tout, et une Providence qui conserve tout ; et, vous aurez beau dire, le monde est pipé. »

C'est le même raisonnement sans réplique qu'employait un jour l'empereur Napoléon 1er, dans une discussion religieuse qu'il avait entamée avec des savants esprits forts. L'empereur les embarrassait souvent, dans leur incrédulité, par la netteté, la vigueur originale de ses arguments : « Je regarde, disait-il, cet univers si vaste, si complexe, et qui cependant fonctionne avec plus d'ordre que vos meilleures machines, et je me dis que cet ordre ne peut pas être l'effet du hasard. Il doit provenir d'une intelligence supérieure et toute-puissante. Cherchez, aidez-vous de vos amis les mathématiciens et les philosophes ; je vous défie de trouver à ce problème une solution raisonnable en dehors de l'existence de DIEU et de la divine Providence. »

On est quelquefois tenté, en voyant l'impunité des méchants, de douter de la Providence divine, ou au moins de murmurer contre elle. On oublie ce que nous disions tout à l'heure, que DIEU est le bon DIEU ; qu'il est notre Père miséricordieux et aimant ; plus que cela encore, qu'il est l'amour infini, et que son cœur divin nous est toujours ouvert. À cause de cela, DIEU est patient ; il accorde souvent de longues années aux pécheurs pour leur faciliter le repentir. Il pourrait frapper de suite ; mais il aime, et il ne veut point la mort, mais la conversion et la vie de l'ingrat qui l'offense. Combien d'impies ont dû à cette miséricordieuse patience du bon DIEU leur retour à la Religion, et leur salut éternel !
J'ai connu une vieille femme qui, après avoir mené une vie détestable depuis sa première jeunesse jusqu'à l'âge le plus avancé, eut le bonheur d'être ramenée au Seigneur par une grande affliction, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. Elle vécut une année dans le repentir et dans la ferveur, communiant chaque dimanche, s'épuisant pour ainsi dire en reconnaissance, et ranimant ses forces éteintes pour regagner le temps perdu. Je sais un autre vieillard qui dut aussi son salut aux longues années que DIEU lui accorda, malgré l'abus qu'il en faisait ; après soixante-dix-neuf années d'interruption, il remplit saintement ses devoirs de chrétien. Des faits de cette nature se présentent chaque jour. Malheur à l'homme qui ne veut pas de l'amour et de la patience de DIEU ! il ne connaîtra que sa justice.

DIEU est si bon, qu'il daigne souvent garder le silence vis-à-vis de certains malheureux qui sont assez insensés pour braver directement sa colère. Le célèbre académicien La Harpe, autrefois ami de Voltaire, et qui depuis était devenu chrétien, raconte un trait de cette audace sacrilège :
« Un misérable, dit-il, osa, pendant les plus mauvais jours de la Révolution, monter dans la chaire de l'église Saint-Roch, à Paris ; et, prenant DIEU à partie à la face de ses autels, nia son existence en vomissant contre lui mille imprécations furieuses, le défia de se venger, et conclut, puisque ce DIEU ne le foudroyait pas, qu'il était évident qu'il n'y avait pas de DIEU. »
La Harpe ajoute ces réflexions sensées :
« Ce malheureux s'imaginait que DIEU était engagé d'honneur à répondre à son appel. On eût dit que DIEU ne pouvait le frapper que dans la chaire de Saint-Roch, et que s'il perdait une si belle occasion, il ne la retrouverait plus. Vous qui vous étonnez peut-être que DIEU ne frappe pas immédiatement ceux qui l'outragent, méditez cette profonde et sublime parole de saint Augustin : DIEU est patient, parce qu'il est éternel. Il est bon que Celui dont la main frappe sans remède et frappe pour l'éternité, ne soit pas pressé de frapper. » La Harpe avait de bonnes raisons pour parler ainsi. Si DIEU l'avait frappé lui-même dans sa jeunesse, lorsqu'il blasphémait ouvertement Celui qu'il adora plus tard, il n'aurait pas eu le temps du repentir, et n'aurait pu réparer ses égarements.
Parfois cependant la Providence divine se manifeste d'une manière redoutable à l'occasion de ces blasphèmes.

Le bon DIEU donne de temps en temps au monde comme des échantillons de sa justice. En 1849, deux démagogues de la pire espèce sortaient de Toulouse, où ils venaient de traiter à leur manière, dans un club, les affaires du pays. Aussi avancés en religion qu'en politique, les deux drôles charmaient les loisirs du chemin en blasphémant contre DIEU. Il pleuvait à verse et le tonnerre grondait...
« Je me moque pas mal de toi, crie l'un d'eux en levant les yeux au ciel. Je n'ai peur ni de toi ni de ton tonnerre ; venge-toi, si tu le peux. » Au moment où il achevait ces mots, la foudre éclate, le renverse et l'étend sur la route, privé de sentiment. Son compagnon épouvanté se jette à genoux, et demande miséricorde. La terreur dans l'âme, il prend sur ses épaules le blasphémateur puni et le dépose dans la première maison qu'il rencontre. Celui-ci reprit ses sens deux ou trois heures après, et, plein de repentir, remercia de ce terrible avertissement le DIEU juste et bon qui l'avait frappé, mais pour le guérir.
L'année suivante, au printemps de 1850, un trait de Providence plus redoutable encore remplit d'une terreur salutaire une petite ville du département de l'Eure. Un dimanche, pendant la grand'messe, une bande d'ivrognes étaient attablés chez un cabaretier voisin de l'église. Les cloches sonnèrent, comme d'usage, au moment de l'élévation. Leur son excita la fureur d'un de ces hommes, qui se mit à vomir un torrent d'injures contre DIEU, contre le Saint-Sacrement, contre la Sainte-Vierge, contre les prêtres, etc. Le cabaretier et sa femme voulaient en vain arrêter ces imprécations. « Bah ! bah ! s'écria-t-il, votre DIEU, c'est une farce ! je ne le crains pas. Qu'il m'empêche donc, s'il le peut, d'avaler ce verre de vin. » — Et au moment où il portait le verre à ses lèvres, il chancelle et tombe raide mort sur le carreau. Cette fois-là DIEU avait accepté le défi.
Il accepta aussi, quoique avec un long délai, le défi que lui avait porté le détestable Voltaire. Vingt ans avant sa mort, jour pour jour, l'incrédule avait écrit ces paroles à l'un de ses complices : Dans vingt ans L'INFÂME aura beau jeu ! On sait que par l'infâme il entendait Notre-Seigneur. Quelle épouvantable prophétie !

Si la justice de DIEU se manifeste ainsi de temps en temps pour confirmer notre foi, sa bonté paternelle, sa douce Providence éclate bien plus souvent encore. Tous ceux qui s'occupent de bonnes œuvres en font journellement l'expérience.



Chacun sait combien les hommes sont disposés à adopter comme vraies toutes les doctrines qui les flattent. (Mgr de Ségur, Grosses vérités)




Lire "Oui, c'est évident, Dieu existe vraiment" du R.P. Noël Barbara.


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