lundi 4 décembre 2017

Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ au Jardin des Olives








PREMIÈRE MÉDITATION

Exposition du sujet


JÉSUS-CHRIST AU JARDIN DES OLIVES



Jésus s'en alla avec ses disciples au-delà du torrent de Cédron... — Et selon sa coutume, à la montagne des Oliviers, où ses disciples le suivirent... — Après il vint en un lieu appelé Gethsémani... — Où il y avait un jardin, dans lequel il entra avec eux... — (Judas qui le trahissait, connaissait aussi ce lieu-là, parce que Jésus s'y était souvent trouvé avec ses disciples.) Il dit donc à ses disciples : « asseyez-vous là, pendant que j'irai ici près pour prier. Et priez vous-même afin que vous n'entriez pas en tentation ». Ayant ensuite pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, il commença à être saisi de frayeur et d'avoir le cœur pressé d'une extrême affliction. Alors il leur dit : « mon âme est triste jusqu'à la mort : demeurez ici et veillez avec moi ». Et s'en étant allé un peu plus loin, il s'éloigna d'eux environ d'un jet de pierre, se mit à genoux, et il priait que s'il était possible, cette heure s'éloignât de lui. Il disait : « mon père, mon père, tout vous est possible, transportez ce calice loin de moi ; néanmoins que votre volonté s'accomplisse et non pas la mienne. Mon père, éloignez ce calice de moi : néanmoins que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la vôtre. » — Il vint ensuite à ses disciples, et les ayant trouvés endormis, il dit à Pierre : « est-ce donc ainsi que vous n'avez pu veiller une heure avec moi ? Veillez et priez, afin que vous ne tombiez point dans la tentation : l'esprit est prompt, mais la chair est faible. » — Jésus s'en alla pour la seconde fois, et fit sa prière dans les mêmes termes, disant : « mon père, si ce calice ne peut se passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite. » Il retourna ensuite vers ses disciples, et les trouva encore endormis, parce que leurs yeux étaient appesantis de sommeil, et il ne savaient que répondre. Jésus les quittant alla encore prier pour la troisième fois, se servant des mêmes termes. Alors il lui apparut un ange du ciel qui le vint fortifier. Et étant tombé en agonie, il redoublent ses prières, et il lui vint une sueur comme de gouttes de sang, qui découlaient jusqu'à terre. Il se leva ensuite du lieu où il faisait sa prière, et vint à ses disciples qu'il trouva endormis, à cause de la tristesse dont ils étaient accablés. Il leur dit : « pourquoi dormez-vous ? levez-vous, l'heure est venue ; le fils de l'homme va être livré entre les mains des pécheurs. Levez-vous, allons, celui qui me doit trahir est bien près d'ici. »



MÉDITATION

Sur les souffrances de Jésus-Christ au jardin des Olives



1er point. Quel spectacle mystérieux dans le cours des souffrances et des expiations qui précèdent le sacrifice du Calvaire ! Jésus-Christ au Jardin des Olives prêt à succomber sous le poids de la douleur ! quoi donc ! n'est-il pas cette victime volontaire qui doit expier les péchés du monde par la vertu de sa croix ? Ne sait-il pas que le jour de sa passion est arrivé ? N'en connaît-il pas d'avance les moindres détails, lui qui, plusieurs siècles auparavant, les avait fait décrire par ses prophètes ? D'où vient cet ennui ? D'où vient cette crainte ? D'où vient ce frémissement, D'où vient cette tristesse sans bornes ? D'où vient cette sueur de sang qui découle de tout son corps ? D'où vient ce cri trois fois répété du fils de Dieu et du fils de l'homme : mon père, mon père, éloignez ce calice de moi... Le salut de l'univers serait-il donc en suspens ?

2e point. Ne pleurez pas sur moi, dira bientôt Jésus-Christ aux femmes de Jérusalem, pleurez sur vous et sur vos enfants. Ce mot nous explique la cause de son ennui, de sa crainte, de sa frayeur, de sa sueur de sang et de cet océan de douleur dans lequel il devait être plongé pour que les écritures fussent accomplies. Ce n'est pas la vue de ses propres maux qui l'afflige jusqu'à la mort. C'est la nature humaine coupable qui fixe maintenant ses regards attendris et humiliés. Ce sont tous les crimes du genre humain depuis le commencement jusqu'à la fin des siècles, qui pèsent sur sa tête et qu'il a présents à ses yeux comme s'il en était à l'heure même le témoin ; ce sont toutes les calamités générales et particulières enfantées par ces crimes qui remplissent son âme d'un abyme de douleur, et le rendent l'anathème du monde. Ce sont, d'un autre côté, toutes les épreuves auxquelles doivent être soumis les justes, qui l'accablent, comme s'il devait seul en supporter les angoisses, les alarmes, les périls et les souffrances. Il faut, et c'est ici l'un des plus grands mystères de la croix de Jésus-Christ, il faut que cette croix se compose non seulement de sa mort et passion., mais de la mort et passion de tous les justes qui ne peuvent être justifiés que par elle. Jésus-Christ partage les souffrances des justes pour en relever l'éclat, pour en immortaliser le triomphe, pour en déifier en quelque sorte la vertu. Il souffre, par conséquent, de toutes les oppressions, de toutes les injustices, de toutes les perfidies, de toutes les adversités endurées par les justes. Sa prescience ne lui cache rien : il n'est pas une de nos peines, une de nos infirmités, une de nos douleurs qu'il ne voie, n'éprouve et n'endure. C'est le torrent de nos maux qui se déborde tout entier sur lui. Voilà ce qui le rend triste jusqu'à la mort, triste de la compassion et de l'amour qu'il porte à ses frères, pour lesquels il ne craint pas de mourir, mais qu'il craint de voir souffrir. Voilà ce qui le fait s'écrier trois fois à son père, tant en son nom qu'en celui du corps des élus : mon père, mon père, éloignez ce calice de moi. C'est le chef qui parle pour ses membres. Il parle de soi, parce que ses élus et lui sont une même chose ; c'est le même esprit et le même cœur en Jésus-Christ, qui prie le père d'éloigner du chef et des membres le sentiment de tant de maux et qui veut néanmoins, avant tout, que la volonté de Dieu se fasse, c'est-à-dire que le sacrifice de Jésus-Christ et ce qui lui manque des prières et des souffrances à venir des justes s'accomplisse : mon père éloignez ce calice de moi ; néanmoins que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la vôtre. Et si un ange se présente, soudain, à Jésus pour le fortifier dans l'excès de sa douleur c'est pour nous montrer ces intelligences sublimes toujours attentives aux prières de l'homme, toujours prêtes à compatir à ses peines, et à lui apporter dans ses maux les secours des plus solides consolations.

3e point. Mais si Jésus-Christ, au jardin des Olives, comme dans le cours de sa passion, a souffert pour les péchés de tous les hommes, il a donc souffert pour nos propres péchés ; s'il n'est point d'épreuves endurées pour la cause de la justice qu'il n'ait senties dans son âme, point de douleur qui n'ait été sa douleur, il a donc fait aussi sa croix de mes moindres croix, il a donc partagé toutes mes peines et il a voulu les guérir toutes, prêt à la fois à mourir de honte pour les péchés qu'il me voit commettre, et d'amour pour les vertus qu'il me voit pratiquer. Et je ne rendrais pas à ce bon et divin Sauveur amour pour amour, sacrifice pour sacrifice, sang pour sang, vie pour vie ; je n'aurais pas honte moi-même de mes propres péchés lorsqu'il en est triste jusqu'à la mort ! et je craindrais maintenant les épreuves réservées à la vertu, je craindrais de souffrir ou de mourir lorsque l'homme Dieu s'unit tellement à moi dans chacune de ses épreuves, qu'il en fait une partie de son sacrifice, non pour m'enlever la gloire de mes propres triomphes, mais tout au contraire pour la fortifier, la sanctifier et l'augmenter de toute la gloire du sien.


Considérez, 1°
, vos péchés dans la personne de J. C. au jardin des Olives, et vous aurez une idée de leur énormité.

Considérez, 2°, le même Christ compatissant à chacune de vos peines jusqu'à les souffrir dans son propre corps, et vous aurez une idée de l'amour qu'il vous porte.

Considérez, enfin 3°, la prière assidue de Jésus-Christ au moment de sa passion et vous en sentirez davantage, pour vous, la nécessité dans la longue passion de la vie.


Résolutions et prière. Ayez pour agréable, ô mon divin Jésus, la résolution que je forme en ce jour, d'avoir en horreur le péché non seulement comme le souverain mal de mon être, mais comme un vrai déicide, puisqu'il est la cause de votre passion et de votre mort, et que chaque nouveau péché que j'aurais le malheur de commettre rentrerait en moi dans cette horrible cause. Qu'il m'est après cela consolant, ô mon divin Jésus, de pouvoir recourir à vous, dans toutes les tentations, dans tous les combats et les dangers de ma vie, de recourir à vous, dis-je, le régénérateur de la dignité humaine, le messie, le désiré des nations, le sauveur de mon âme, le fils de Dieu et le fils de l'homme, par conséquent à vous mon frère, à vous mon Dieu qui non seulement compatissez à mes maux, mais qui les avez soufferts dans votre propre corps au jour de votre passion, et qui leur avez par-là communiqué la valeur de vos souffrances divines, en me communiquant à moi-même, si je vous demeure constamment uni par l'union assidue des mêmes prières, et par la participation à votre corps et à votre sang eucharistiques, en me communiquant, dis-je, une force non moins divine pour les supporter dans le temps, et en triompher dans l'éternité. J'irai donc à vous avec confiance, mon divin Jésus, dans les jours de l'affliction et de la tentation, et fort de votre faiblesse volontaire, rassuré par votre crainte divine, j'unirai ma prière à votre prière, mon sacrifice à votre sacrifice. Je dirai à Dieu : mon père, mon père, ce n'est pas moi seul qui vous prie, c'est J. C. qui vous prie en moi, avec moi et pour moi ; c'est en lui, pour lui et avec lui que j'ose vous invoquer comme votre fils et le co-héritier de vos promesses immortelles : Éloignez de moi s'il est possible, les maux qui m'environnent ; néanmoins que votre volonté se fasse et non pas la mienne.





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