lundi 19 juin 2017

Mission du Saint-Esprit



Extrait de "Traité du Saint-Esprit" de Mgr Gaume :


Le Baptême du Christ (Murillo)
Autant que le permettent les obscurités de la vie présente, nous connaissons le Saint-Esprit en lui même. II est la troisième personne de l'auguste Trinité. II est Dieu comme le Père et le Fils. Il procède de l'un et de l'autre par une seule spiration et comme d'un seul et même principe, sans que pour cela il y ait ni postériorité, ni priorité, ni inégalité quelconque entre celui qui procède et ceux de qui il procède. Il est le fondateur et le roi de la Cité du bien. Sous ses ordres directs sont placées toutes les armées angéliques, nuit et jour en campagne pour protéger, aux quatre coins du monde, les frères du Verbe incarné contre les attaques des légions infernales.

Amour consubstantiel du Père et du Fils, à lui revient, par appropriation de langage, l'œuvre par excellence de l'adorable Trinité (S. Bern., Médit., c. I). Quelle est cette œuvre ? La création ? Non. La rédemption ? Non. Quelle est-elle donc ? La sanctification et la glorification ; le Père crée, le Fils rachète, le Saint-Esprit sanctifie ; le Père fait des hommes, le Fils des chrétiens, le Saint-Esprit des saints et des bienheureux. L'œuvre du Saint-Esprit est donc plus élevée que celle du Père et du Fils, puisqu'elle est le couronnement de l'une et de l'autre (I Thess., IV, 3).

Que cette œuvre suprême appartienne au Saint-Esprit, la preuve en est évidente. C'est lui qui forme Marie, mère du Rédempteur, et, dans le sein virginal de Marie, le Rédempteur lui-même. C'est lui qui le dirige, qui l'inspire, qui lui donne de faire des miracles, et qui le glorifie : Ille me clarificabit. Comme prolongement de cette œuvre de sanctification universelle, c'est lui qui forme l'Église, mère du chrétien, et, dans le sein virginal de l'Église, le chrétien lui-même, frère du Verbe incarné. C'est lui qui le dirige, qui l'inspire, qui l'élève peu à peu à la sanctification et de la sanctification à la gloire (In Epist. ad Hebr., c. IX, 14).

Cette grande œuvre, magnifique synthèse de toutes les œuvres du Père et du Fils, ne pouvait demeurer isolée dans les régions inaccessibles de l'éternité. Loin de là, elle devait devenir palpable et s'accomplir dans le temps. Pour l'accomplir, le Saint-Esprit a donc eu une mission. Il faut, avant d'aller plus loin, expliquer ce mot si souvent prononcé et si peu compris.

Lorsqu'elle parle des personnes divines, la théologie catholique entend par mission : La destination éternelle d'une personne de la Trinité à l'accomplissement d'une œuvre du temps : destination qui lui est donnée par la personne de qui elle procède (Vid. S. Th., I p., q, 43, art. 2 ad 2. — Vitass., De Trinit., q. 8, art. 5). De toute éternité il était décidé que le Verbe se ferait homme et viendrait dans le monde pour le sauver (Joan., III, 17) : voilà sa mission. De toute éternité il était décidé que le Saint-Esprit viendrait dans le monde pour le sanctifier (S. Augn De Trinit., lib. III, c. IV) : voilà sa mission.

Ainsi, dans les personnes divines, il y a autant de missions divines qu'il y a de processions. Le Père n'a pas de mission, parce qu'il ne procède de personne. Le Fils reçoit sa mission du Père seul, parce qu'il ne procède que de lui (Joan.y VIII, 16 et Gal., IV, 4). Le Saint-Esprit reçoit sa mission du Père et du Fils, parce qu'il procède de l'un et de l'autre (Joan.y XV, 26).

Écoutons Saint Augustin : « Le Fils, dit-il, est envoyé par le Père, parce qu'il a apparu dans la chair, et non le Père. Nous voyons aussi que le Saint-Esprit a été envoyé par le Fils : Lorsque je m'en irai, je vous l'enverrai ; et par le Père : Le Père vous l'enverra en mon nom. Par là, on voit clairement que le Père sans le Fils, ni le Fils sans le Père n'a envoyé le Saint-Esprit ; mais il a reçu sa mission de l'un et de l'autre. Du Père seul on ne lit nulle part qu'il a été envoyé. La raison en est qu'il n'est ni engendré ni procédant de personne. En effet, ce n'est ni la lumière ni la chaleur qui envoie le feu ; mais c'est le feu qui envoie la chaleur et la lumière (Contra Serm. Arian., c. IV, n. 4, opp. t. VIII, p. 964). »

Admirons en passant la profonde justesse du langage divin. Lorsqu'il annonce le Saint-Esprit à ses apôtres, le Verbe incarné dit : « Il me glorifiera, parce qu'il prendra du mien, et vous l'annoncera. Tout ce qui est à mon Père est à moi. Voilà pourquoi j'ai dit : Il prendra du mien et vous l'annoncera (Joan., XVI. 14, 15).» Il ne dit pas, il prendra de moi, parce que ce serait dire en quelque façon, qu'il serait le seul principe du Saint-Esprit, et que le Saint-Esprit procède du Fils, comme le Fils procède du Père, c'est-à-dire de lui seul. Mais il n'en est pas ainsi. C'est pourquoi il dit : Il prendra du mien et non pas de moi. Parce que, encore qu'il prenne de lui, il ne prend de lui que ce que lui-même a pris du Père. En sorte que la mission du Saint-Esprit vient tout à la fois du Fils et du Père, de qui le Fils lui-même a tout reçu.

Du reste, il ne faut pas croire que la mission implique une infériorité quelconque dans celui qui la reçoit, relativement à celui qui la donne. La mission ne dénote pas plus une infériorité, que la procession elle-même dont elle est la conséquence. « Dans les personnes divines, dit avec raison l'Ange de l'école, la mission est sans séparation, sans division de la nature divine qui est une et la même dans le Père, et dans le Fils, et dans le Saint-Esprit ; elle n'indique donc qu'une simple distinction d'origine (I p., q. 43, art. 1, ad 4). » C'est ainsi, pour employer une imparfaite comparaison, que le rayon est envoyé par le foyer, et la fleur par la plante, sans en être séparé et en conservant la nature de l'un et de l'autre.

Complétons ces notions fondamentales en ajoutant qu'il y a deux sortes de missions pour le Fils et pour le Saint-Esprit : l'une visible et l'autre invisible. Pour le Fils, la mission visible fut l'Incarnation ; pour lei Saint-Esprit, son apparition au baptême de Notre-Seigneur, sur le Thabor et le jour de la Pentecôte. Pour le Fils, la mission invisible a lieu toutes les fois qu'il vient, sagesse infinie, lumière surnaturelle, se communiquer à l'âme bien préparée, dans laquelle il habite comme dans son temple ; pour le Saint-Esprit, la mission invisible se renouvelle chaque fois qu'il vient, amour infini, charité surnaturelle, se communiquer à l'âme bien préparée, dans laquelle il habite comme dans son sanctuaire (S. Aug., apud S. T., I p., q. 43, art. 5, ad 1 ; ad 2).

Le but de cette double mission est d'assimiler l'âme à la personne divine qui lui est envoyée : Similes ei erimus. Or, comme le Fils, lumière éternelle, et le Saint-Esprit, amour éternel, ont été envoyés pour le monde entier, l'intention de Dieu est de s'assimiler le genre humain, et, en se l'assimilant, par la vérité et par la charité, de le déifier. Ô homme ! si tu comprenais le don de Dieu ; Si scires donum Dei ! Dans la pensée divine, cette mission n'est pas transitoire, mais permanente ; elle l'est, en effet, tant que l'homme n'y met pas fin par le péché mortel. Elle n'apporte pas seulement à l'âme les lumières du Fils et les dons du Saint-Esprit ; mais le Fils et le Saint-Esprit en personne viennent habiter en elle (Joan., XIV, 23 et Corn, a Lap., in I Petr., I, 4).

Compléter l'œuvre du Verbe, en faisant dans les cœurs ce qu'il avait fait dans les intelligences, achever ainsi la transformation de l'homme en Dieu : telle est la magnifique mission du Saint-Esprit. À raison même de son importance, elle dut être le dernier terme de la pensée divine ; par conséquent l'âme de l'histoire, le mobile et la clef de tous les événements accomplis depuis l'origine du monde. Si donc l'Incarnation du Verbe a dû être connue de tous les peuples ; et, pour cela, promise, figurée, prédite, préparée dès la naissance de l'homme, à plus forte raison, il a dû en être ainsi de la mission du Saint-Esprit, couronnement de l'Incarnation : les faits confirment le raisonnement.

Or, afin qu'il soit bien entendu que les promesses, les figures, les prophéties, les préparations dont nous allons esquisser le tableau, se rapportent à la troisième personne de la Sainte Trinité, et non à un autre esprit, il est bon de rappeler l'enseignement des Pères, sur la signification du mot Esprit dans l'Écriture.

Qu'il suffise d'entendre saint Augustin : « On peut, dit-il, demander si, lorsque l'Écriture dit l'esprit de Dieu, sans rien ajouter, il faut entendre le Saint-Esprit, la troisième personne de la Trinité, consubstantiel au Père et au Fils ; par exemple : Là où est l'Esprit de Dieu, là est la liberté, et ailleurs : Dieu nous l'a révélé par son Esprit ; et encore : Ce qui est caché en Dieu, personne ne le sait, si ce n'est l'Esprit de Dieu ? Dans ces passages, comme dans : une foule d'autres où il n'est rien ajouté, il est évidemment question du Saint-Esprit. Le contexte le fait assez comprendre. En effet, de quel autre parle l'Écriture lorsqu'elle dit : L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit, que nous sommes les enfants de Dieu ; et : L'Esprit lui-même, aide notre infirmité ; C'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, les distribuant à chacun comme il veut ? Dans tous ces endroits, ni le mot Dieu ni le mot Saint n'est ajouté au mot Esprit, et toutefois il s'agit clairement du Saint-Esprit.

« Je ne sais si on pourrait prouver par un seul exemple authentique, que là où l'Écriture nomme l'Esprit de Dieu sans addition, elle ne veut pas parler du Saint-Esprit, mais d'un autre esprit bon, quoique créé. Tous les textes cités pour établir le contraire sont douteux et auraient besoin d'éclaircissement (De divers, quaest., lib. I I, n. 5, p. 187, opp. t. VI. S. Th., I p., q. 74, art. III, ad 4). »

Nous venons de le voir, dans les conseils éternels il était décidé que deux personnes de l'auguste Trinité descendraient visiblement sur la terre : le Fils pour sauver le monde par ses mérites infinis, le Saint-Esprit pour le sanctifier par l'effusion de ses grâces. Mais quand un monarque, tendrement aimé de son peuple, doit visiter les différentes parties de son royaume pour semer des bienfaits, tous les esprits sont préoccupés de sa venue. La renommée le devance ; des courriers le précèdent : toutes les voies s'ouvrent devant lui, et rien n'est oublié pour lui préparer une réception digne des espérances qu'il fait naître et de l'enthousiasme qu'il inspire.

Il n'est pas un chrétien qui ne le sache : voilà ce que Dieu a fait pour préparer la venue du Verbe incarné. Promis, figuré, prédit, attendu pendant quarante siècles, le Désiré des nations domine majestueusement le monde ancien. II est l'âme de la loi et des prophètes, l'objet de tous les vœux, la fin de tous les événements, le but de l'élévation et de la chute des empires : en un mot, il est l'axe divin autour duquel roule tout le gouvernement de l'univers.

Cette préparation, étonnante de grandeur et de majesté, n'était pas due seulement à la seconde personne de la Sainte Trinité, mais aussi à la troisième. Égal au Fils par la dignité de sa nature, supérieur en un sens par la sublimité de sa mission, et devant comme le Fils descendre personnellement sur la terre, le Saint-Esprit devait, comme le Messie, être précédé d'une longue suite de promesses, de figures, de prophéties, de préparations, afin d'être, non moins que le Messie, l'objet constant de l'attente universelle : Desideratus cunctis gentibus. Cette induction de la foi n'est pas trompeuse. L'histoire va nous montrer la troisième personne de la Trinité, occupant la même place que la seconde, et dans la pensée de Dieu, et dans l'espérance du genre humain, et dans la direction de tous les événements du monde antique, pendant le long intervalle de quatre mille ans.






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