dimanche 7 mars 2021

De la haine de soi-même, et de l'Esprit de Mortification qui en est inséparable



Si nous faisons réflexion sur ce que nous venons de dire, cela suffira pour nous donner cette sainte haine, et cette sainte aversion de nous-mêmes que Jésus-Christ exige de nous, et sans laquelle il déclare que nous ne pouvons lui appartenir, ni être du nombre de ses disciples. Car, que faut-il davantage pour nous faire haïr notre corps, que de savoir que c'est le plus redoutable ennemi que nous ayons à combattre, et en même temps le traître le plus artificieux que nous devions craindre, mais un ennemi mortel, mais un traître qui cherche à toute heure à donner la mort, et une mort éternelle, à l'âme qui le soutient, qui le flatte, et qui lui accorde tout ce qu'il lui demande ; un traître qui, pour un plaisir passager, ne se soucie pas de lui faire perdre ce qu'elle a de plus cher, c'est-à-dire, l'amitié de son Dieu, et de la précipiter dans les abîmes éternels. Si l'on disait à un homme : Sachez qu'un de vos domestiques qui boit et qui mange tous les jours avec vous, médite ou trame une trahison pour vous ôter la vie ; quelle devrait être sa crainte ! Que si on lui ajoutait : Mais il y a encore plus ; car il vous hait de telle sorte qu'il ne se soucie pas de mourir, pourvu qu'il vienne à bout de son dessein ; il sait bien qu'il ne saurait manquer d'être arrêté sur-le-champ et d'expirer dans les derniers supplices ; mais il compte sa vie pour rien, pourvu qu'il réussisse dans son détestable projet. De quelle frayeur ne serait point alors saisi celui à qui on révélerait une pareille conspiration ? N'aurait-il pas sujet d'appréhender qu'à toute heure, et à chaque instant on ne vînt lui enfoncer le poignard dans le sein ? Et s'il pouvait découvrir le traître, quelle haine ne concevrait-il point contre lui, et quelle vengeance ne chercherait-il pas à en tirer ? Notre corps est ce traître ; qui boit, qui mange, qui couche avec nous, qui sait bien qu'en faisant du mal à notre âme, il s'en fait aussi à lui-même, et qu'il ne saurait la précipiter dans l'enfer, sans y tomber aussi après elle. Cependant, pour ne vouloir se rien refuser, il foule tout aux pieds, et ne garde aucune mesure. Jugez si nous avons raison de le haïr. Combien de fois ce traître vous a-t-il poussé au bord de l'abîme ? En combien d'occasions vous a-t-il fait offenser la bonté divine ? De combien de grâces ne vous a-t-il pas fait perdre le fruit ? Et combien de fois chaque jour vous met-il en danger de vous perdre ? Quelle sainte indignation ne devez-vous donc point avoir contre un ennemi qui vous a fait tant de maux, qui vous a privé de tant de biens, et qui vous expose à toute heure à de si grands dangers ! Si nous haïssons le démon, et si nous le regardons comme notre plus grand ennemi, à cause du mal qu'il nous fait continuellement, combien plus devons-nous haïr notre chair, qui est un ennemi beaucoup plus cruel et plus dangereux ! Les démons seraient bien faibles, si notre chair ne se mettait de leur parti, et ne se liguait avec eux contre nous-mêmes. C'est par ces considérations que les Saints avaient une si grande haine d'eux-mêmes ; et de là naissait en eux cet esprit de mortification et de pénitence, par lequel ils se vengeaient de leur ennemi, et le tenaient toujours dans la dépendance. Ils n'avaient garde de traiter doucement leur corps, et de lui accorder ce qui pouvait le flatter ; persuadé que ç'eût été fournir des armes à leur ennemi, et lui faire reprendre une nouvelle vigueur et de nouvelles forces contre eux. Prenons garde, dit Saint Augustin, de ne point laisser prendre trop de forces à notre corps, de peur qu'il ne s'en serve à faire la guerre contre notre âme : appliquons-nous plutôt à le mater et à le mortifier, pour l'empêcher de se révolter : « Car celui qui élève un esclave avec trop de délicatesse, il le trouvera ensuite insolent. »

(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)


Reportez-vous à Que de la pratique de la mortification dépend absolument notre avancement, Un des plus grands châtiments que Dieu puisse exercer contre l'homme, c'est de l'abandonner à ses passions, et aux désirs déréglés de son cœur, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, De l'union étroite qui doit être entre la Mortification et l'Oraison, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de l'Amour, de la Haine, du Désir et de l'Aversion, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur le combat de la chair contre l'esprit, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, De l'anéantissement, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Instruction sur le Carême, Méditation sur le véritable jeûne, Méditation sur la Loi du jeûne, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la victoire sur ses passions, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Sur la vaine curiosité.













samedi 6 mars 2021

LA SAGESSE ÉTERNELLE DANS LA CRÉATION, ET APRÈS LA CHUTE DE L’HOMME



LA SAGESSE ÉTERNELLE DANS LA CRÉATION

« La Sagesse a commencé d’éclater hors du sein de Dieu… lorsqu’elle a fait la lumière, le Ciel et la terre. Saint Jean dit que tout a été fait par le Verbe, c’est-à-dire la Sagesse Éternelle : Omnia per ipsum facta sunt (I, 3). Elle est la mère et l’ouvrière de toutes choses : Horum omnium mater est. Omnium artifex Sapientia… (Sap. VII, 12 et 21).
Cette Beauté souverainement droite, après avoir créé le monde, y a mis la belle ordonnance que nous admirons. Elle a séparé, elle a composé, elle a ajouté, elle a compté tout ce qui est. Elle a étendu les Cieux ; elle a placé le soleil, la lune, les étoiles et les planètes avec ordre. Elle a posé les fondements de la terre ; elle a donné des bornes et des lois à la mer et aux ondes jaillissant des hauteurs. Elle a formé les montagnes ; elle a tout pesé et balancé jusqu’aux fontaines. Enfin, dit-elle, j’étais avec Dieu, et je réglais toutes choses avec une justesse si parfaite que c’était une espèce de jeu que je jouais pour me divertir et divertir mon Père : Cum eo eram cuncta componens ; et delectabar per singulos dies, ludens coram eo omni tempore, uldens in orbe terrarum (Prov. VIII, 30, 31).
Ce jeu ineffable de la divine Sagesse se voit, en effet, dans les différentes créatures de l’univers. Car, sans parler des différentes espèces d’anges, qui sont, pour ainsi dire, infinis en nombre ; sans parler des différentes grandeurs des étoiles, ni des différents tempéraments des hommes, quel admirable changement ne voyons-nous pas dans les saisons et dans les temps, quelle variété d’instincts dans les animaux, quelles différentes espèces dans les plantes, quelles différentes beautés dans les fleurs, quels différents goûts dans les fruits ! Quis sapiens, et intelliget haec ? (Ps. CVI, 43). Qui est celui à qui la Sagesse s’est communiquée ? Celui-là seul aura l’intelligence de ces mystères de la nature.
La Sagesse les a révélés aux saints, comme nous voyons dans leurs vies, et ils ont été quelquefois si surpris de voir la beauté, la douceur et l’ordre de la divine Sagesse dans les plus petites choses, comme une abeille, une fourmi, un épi de blé, une fleur, un petit ver de terre, qu’ils en tombaient dans l’extase et le ravissement » (ASE, N° 31-34).
Admirer dans la nature, au cours des saisons comme au long des jours, ces merveilles de l’Éternelle Sagesse ; en profiter chaque fois pour la remercier, la bénir d’un élan du cœur, c’est porter en soi une âme d’oraison.
 
« Si la puissance et la douceur de la sagesse Éternelle a tant éclaté dans la création, la beauté et l’ordre de l’univers, elle a brillé bien davantage dans la création de l’homme, puisqu’il est son admirable chef-d'œuvre, l’image vivante de sa beauté et de ses perfections, le grand vaisseau de ses grâces, le trésor admirable de ses richesses, et son représentant unique sur la terre : Sapientia tua fecisti hominem, ut dominaretur omni creaturae quae a te facta est (Sap. IX, 2) » (N° 35).
Saint Louis-Marie de Monfort écrit ici, à la gloire de cette puissante Ouvrière, une page magnifique sur la beauté et l’excellence originelle de l’homme : « Elle fit, pour ainsi dire, des copies et expressions brillantes de sont entendement, de sa mémoire et de sa volonté, et les donna à l’âme de l’homme pour être le portrait vivant de la Divinité. Elle alluma dans son cœur un incendie de pur amour pour Dieu ; elle lui forma un corps tout lumineux, et elle renferma en lui, comme en raccourci, toutes les perfections différentes des anges et des autres créatures.
« Tout dans l’homme était lumineux sans ténèbres, beau sans laideur, pur sans souillures, réglé sans désordre et sans aucune tache ni imperfection. Il avait pour apanage la lumière de la sagesse dans son esprit, par laquelle il connaissait parfaitement son Créateur et ses créatures ; il avait la grâce de Dieu dans son âme, par laquelle il était innocent et agréable aux yeux du Très-Haut. Il avait dans son corps l’immortalité. Il avait le pur amour de Dieu dans son cœur sans crainte de la mort, par lequel il l’aimait continuellement sans relâche, et purement pour l’amour de lui-même. Enfin, il était si divin, qu’il était continuellement hors de lui-même, transporté en Dieu, sans qu’il eût aucune passion à vaincre ni aucun ennemi à combattre ! O libéralité de la Sagesse Éternelle envers l’homme ! O heureux état de l’homme dans son innocence ! » (N° 37-38).
Mais voilà que l’homme pèche et perd cette innocence, cette beauté, cette immortalité. Il perd tous les biens qu’il avait reçus. Il se voit condamné à la mort, chassé du paradis terrestre et de la présence de Dieu. Il voit la justice de Dieu qui le poursuit avec sa postérité ; il voit le Ciel fermé et l’enfer ouvert, et personne pour lui ouvrir l’un et fermer l’autre.
Que va faire la Sagesse Éternelle ?


LA SAGESSE ÉTERNELLE APRÈS LA CHUTE DE L’HOMME

« Elle est vivement touchée du malheur du pauvre Adam et de tous ses descendants. Elle voit, avec un grand déplaisir, son vaisseau d’honneur brisé, son portrait déchiré, son chef-d'œuvre détruit, son représentant sur la terre renversé. Elle prête tendrement l’oreille à sa voix gémissante et à ses cris. Elle voit avec compassion les sueurs de son front, les larmes de ses yeux, les peines de ses bras, la douleur de son cœur et l’affliction de son âme.
« Il me semble voir cette aimable Souveraine rappeler et assembler une seconde fois, pour ainsi dire, la Sainte Trinité, pour réparer l’homme, comme elle avait fait pour le former. Il me semble que, dans ce grand conseil, se livre une espèce de combat entre la Sagesse Éternelle et la Justice de Dieu.
« La Sagesse dit qu’à la vérité l’homme mérite, par son péché, le sort des anges rebelles, mais qu’il faut avoir pitié de lui, parce qu’il a plus péché par faiblesse et ignorance que par malice. Elle représente, d’un côté, que c’est un grand dommage qu’un chef-d'œuvre si accompli demeure pour jamais l’esclave de son ennemi, et que des millions d’hommes soient à jamais perdus par le péché d’un seul. Elle montre, de l’autre, les places du Ciel vacantes par la chute des anges apostats, qu’il est à propos de remplir, et la grande gloire que Dieu recevra dans le temps et l’éternité si l’homme est sauvé.
« La Justice répond que l’arrêt de mort est porté contre l’homme et ses descendants, et qu’il doit être exécuté sans remise et sans miséricorde… ; que l’homme est un ingrat pour les bienfaits qu’il a reçus, qu’il a suivi le démon en sa désobéissance et son orgueil, et qu’il le doit suivre sans ses châtiments, parce qu’il faut nécessairement que le péché soit puni.
« La Sagesse Éternelle, voyant qu’il n’y avait rien dans l’univers qui fût capable d’expier le péché de l’homme, de payer la Justice et d’apaiser la colère de Dieu, et voulant cependant sauver l’homme qu’elle aimait d’inclination, trouve un moyen admirable. Chose étonnante, amour incompréhensible qui va jusqu’à l’excès, cette aimable et souveraine Princesse s’offre elle-même en sacrifice à son Père pour payer sa justice, pour calmer sa colère et pour nous retirer de l’esclavage du démon et des flammes de l’enfer, et nous mériter une éternité de bonheur.
« Son offre est acceptée. Le conseil en est pris et arrêté : la Sagesse Éternelle, ou le Fils de Dieu, se fera homme dans le temps convenable et dans les circonstances marquées » (N° 41-46).
 
En attendant ce temps de son Incarnation, elle témoignera de toutes manières, aux descendants d’Adam, l’amitié qu’elle leur porte, le grand désir qu’elle a de leur communiquer ses faveurs et de s’entretenir avec eux : « Mes délices, a-t-elle dit, sont d’être avec les enfants des hommes ». Deliciae meae esse cum filiis hominum (Prov. VIII, 34).
De la sorte, elle a préservé de la damnation tous ceux qui ont eu foi en sa venue. Elle a conservé Adam et l’a délivré de sa faute par le repentir et l’expiation. Lorsque le déluge inonda la terre à cause de Caïn et de sa descendance perverse, elle sauva encore le monde en gouvernant le juste Noé, toujours docile à ses ordres. Avant Noé et après lui, c’est elle qui forma tous les saints Patriarches, gardiens et transmetteurs de la Révélation primitive.
Lorsque les nations conspirèrent ensemble pour s’abandonner au mal, elle s’est préparé, en la personne d’Abraham, un peuple de croyants. Elle le retira de la Chaldée, son milieu d’origine, pour le fixer en terre chananéenne, dans ce pays qui la verrait s’incarner (Sap. X).

L’auteur de l’Ecclésiastique (ch. XXIV) nous la montre établissant sa résidence en Israël, chez le peuple élu :

Chez tous les peuples et toutes les nations, j’ai régné.
Parmi eux tous j’ai cherché le repos,
J’ai cherché en quel patrimoine m’installer.
Alors le Créateur de l’univers m’a donné un ordre,
Celui qui m’a créée m’a fait dresser ma tente.
Il m’a dit : Installe-toi en Jacob,
Entre dans l’héritage d’Israël.
Dans la Tente sainte, en sa présence, j’ai officié ;
C’est ainsi qu’en Sion je suis établie,
Et que dans la cité bien-aimée
J’ai trouvé mon repos,
Qu’en Jérusalem j’exerce mon pouvoir.
Établie en Israël, la Sagesse y a vigoureusement poussé ses racines :
Je me suis enracinée chez un peuple plein de gloire,
Dans le domaine du Seigneur, en son patrimoine.


Elle y a pris des accroissements magnifiques. Elle y a porté des fruits incomparables de sainteté. Pour les décrire, l’auteur inspiré a recours aux comparaisons les plus poétiques, qu’il continue de placer dans la bouche de la Sagesse :

J’ai grandi comme le cèdre du Liban,
Comme le cyprès sur le mont Hermon.
J’ai grandi comme le palmier d’Engaddi,
Comme les plants de roses de Jéricho,
Comme un olivier magnifique dans la plaine,
J’ai grandi comme un platane.
Après ces comparaisons avec les arbres les mieux venus, ou dont les fruits sont les plus appréciés, en voici d’autres avec les parfums végétaux les plus recherchés :
Comme le cinnamonme et l’apalathe
J’ai donné du parfum,
Comme une myrrhe de choix, j’ai embaumé,
Comme du glabanum, de l’onyx et du stacte,
Comme la vapeur d’encens dans la Tente.
Enfin, deux dernières comparaisons nous disent sa prodigieuse fécondité :
J’ai étendu mes rameaux comme le térébinthe,
Ce sont des rameaux de gloire et de grâce.
Je suis comme une vigne aux pampres charmants,
Et mes fleurs sont des produits de gloire et de richesse.


Aussi, voyons-nous sortir de ce peuple privilégié d’illustres et saints personnages comme Moïse, Samuel, Élie, Élisée ; des poètes de génie qui nous ont laissé les Psaumes et les Livres sapientiaux ; de grands Voyants dont nous admirons les écrits prophétiques. L’Église s’en sert tout au long de son année liturgique.
Entre les cinq Livres sapientiaux, celui de « La Sagesse », composé au 1er siècle avant Jésus-Christ, a immédiatement préparé l’Évangile. Il déborde d’éloges sur les excellences, les beautés, les amabilités de la Sagesse Éternelle, et sur le désir qu’elle a de gagner le cœur de l’homme. Ce Livre, nous dit Montfort, a été écrit exprès pour cela : il faut le considérer comme une lettre d’une amante à son amant pour gagner son affection. Les désirs qu’elle y témoigne du cœur de l’homme sont si empressés, les recherches qu’elle y fait de son amitié sont si tendres, ses appels et ses vœux y sont si amoureux, qu’à l’entendre parler vous diriez qu’elle n’est pas la Souveraine du ciel et de la terre et qu’elle a besoin de l’homme pour être heureuse.
Tantôt, pour trouver l’homme, elle court dans les grands chemins ; tantôt elle monte sur la pointe des plus hautes montagnes ; tantôt elle vient aux portes des villes ; tantôt elle entre jusque dans les places publiques, au milieu des assemblées, criant le plus haut qu’elle peut : O hommes ! O enfants des hommes, c’est à vous que ma voix crie depuis si longtemps. O viri, ad vos clamito, et vox mea ad filios hominum (Prov. VIII, 4). C’est vous que je désire, c’est vous que je cherche, c’est vous que je réclame. Écoutez, venez à moi : je veux vous rendre heureux…
Et comme si les hommes craignaient encore, à cause de son éclat merveilleux et de sa majesté souveraine, de s’approcher d’elle… elle leur fait dire qu’elle est d’un accès facile ; qu’elle se laisse aisément voir à ceux qui l’aiment ; qu’elle prévient ceux qui la désirent ; qu’elle se montre à eux la première, et que celui qui se lèvera matin, pour la chercher, n’aura pas beaucoup de peine, car il la trouvera assise à sa porte. (ASE, N° 65, 66, 69).
 
Cependant, si malgré ces désirs empressés de la Sagesse Éternelle, des milliers d’années se sont écoulées avant son Incarnation, c’est que la réponse des hommes n’avait pas encore assez de force pour l’attirer du sein de son Père.
Les saints de l’ancienne Loi, il est vrai, ont demandé le Messie avec d’instantes prières. Ils gémissaient, ils pleuraient, ils s’écriaient : O nues, pleuvez le Juste ! O terre, germez le sauveur ! O Sagesse qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut… venez nous délivrer (Grande Antienne de l'Avent). Mais leurs appels et leurs sacrifices n’étaient pas d’un assez grand prix pour mériter cette grâce des grâces. Le peuple élu lui-même, malgré les avertissements, les remontrances de ses Prophètes, s’était montré tant de fois prévaricateur. Et le monde, au dire de saint Augustin, l’immense monde païen était indigne de recevoir le Fils de Dieu immédiatement des mains du Père.
Il n’y a eu que l’humble Marie qui ait mérité, par la force de ses prières et la hauteur de ses vertus, de voir le Verbe éternel, la Sagesse Éternelle, se faire homme en son sein. Ce qui nous montre quel Trésor infini est cette divine Sagesse, et quel ardent désir nous devons voir de la posséder, à l’exemple du Père de Montfort qui chantait :

Digne Mère de Dieu, Vierge pure et fidèle,
Communiquez-moi votre foi ;
J’aurai la Sagesse par elle,
Et tous les biens viendront en moi.
Sagesse, venez donc par la foi de Marie,
Vous n’avez pu lui résister ;
Elle vous a donné la vie,
Elle vous a fait incarner
.
(Cant. N° 74)

(Père Dayet, Exercices préparatoires à la consécration de Saint Louis-Marie de Montfort)


Reportez-vous à Élévation à Dieu à la vue de ses créaturesDieu béni dans les oiseaux, ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Nous sommes des grands blessés, Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, Sur la vaine curiosité, L'inimitié entre Satan et Marie, La terre se couvrit de ronces et d'épines, et Je comparerai mes péchés aux péchés d'Adam.












vendredi 5 mars 2021

Dieu béni dans les oiseaux




Échappés de vos asiles,
Dans un jour brillant et pur,
Quand, par vos efforts agiles,
Du ciel vous fendez l'azur,
Oiseaux, annoncez la gloire
Du Seigneur de l'univers ;
Remplissez de sa mémoire
Le vide immense des airs.

Quand, de vos ailes légères,
Suivant le rapide essor,
Vers les rives étrangères
Vous tentez un autre sort,
N'y volez que pour étendre
Sa puissance et sa grandeur ;
N'y chantez que pour apprendre
Son amour et sa douceur.

La fraîcheur de vos feuillages,
L'écho qui redit vos chants,
Vos retraites, vos ombrages,
De sa main sont des présents.

Il émaille vos plumages,
Il vous enrichit d'appas,
Il vous donne vos ramages,
Ne le chanteriez-vous pas ?

Quand le jour, à la nature,
Rendant ses vives clartés
Vient, de toute créature,
Peindre à vos yeux les beautés,
Du Seigneur, à vos bocages,
Racontez tous les bienfaits ;
Dites-leur que ses ouvrages
Près de lui sont sans attraits.

Quand la nuit étend ses voiles
Sur la terre et sur les cieux,
Et que les feux des étoiles
Se dérobent à nos yeux,
Apprenez aux rives sombres,
Aux collines d'alentour,
Que c'est lui qui fit les ombres
Comme la splendeur du jour.

(Manuel des petits séminaires)


Reportez-vous à Élévation à Dieu à la vue de ses créaturesLa Sagesse éternelle dans la Création, et après la chute de l'homme, ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création et Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil.














jeudi 4 mars 2021

Un des plus grands châtiments que Dieu puisse exercer contre l'homme, c'est de l'abandonner à ses passions, et aux désirs déréglés de son cœur



Pour mieux connaître la nécessité de la mortification, et pour nous encourager davantage à en embrasser la pratique, il importe infiniment que nous comprenions combien il est à craindre de suivre ses appétits déréglés. Malheur à vous, si vous venez à tomber entre les mains d'un si dangereux ennemi, et si vous vous livrez à la discrétion d'une bête si cruelle et si indomptable ! Savez-vous comment vous en serez traité ? Écoutez Saint Ambroise, et il vous l'apprendra : Celui, dit ce Père, qui ne sait pas commander à ses désirs, se trouve bientôt emporté par ces mêmes désirs, comme par un cheval fougueux qui à pris le mors aux dents, qui court à toutes jambes par des lieux inaccessibles, et qui ne s'arrête point qu'il ne soit tombé, avec celui qui le monte, dans le précipice. Voilà ce qui vous arrivera, si vous ne travaillez sans cesse à réprimer les saillies de concupiscence. Si vous ne vous appliquez sans relâche à la dompter, elle vous emportera de désordre en désordre, elle vous entraînera de vice en vice, elle ne s'arrêtera point qu'elle ne vous ait précipité dans des péchés énormes, et de-là dans les abîmes de l'enfer. « Ne vous laissez point aller à votre concupiscence, dit l'Ecclésiastique, et gardez-vous bien de suivre votre propre volonté : si vous donnez à vos désirs ce qu'ils vous demandent, vous deviendrez un spectacle de joie et de risée à vos ennemis. » C'est dans la crainte de ce châtiment qu'il est dit dans le même Livre : « Seigneur, qui êtes mon Père et mon Dieu, détournez de moi toute sorte de pensées impures ; ne permettez point que je sois possédé par les désirs de la chair, et ne me livrez point à l'égarement d'un esprit sans honte. »

(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)


Reportez-vous à De la haine de soi-même, et de l'Esprit de Mortification qui en est inséparable, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, De l'union étroite qui doit être entre la Mortification et l'Oraison, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur le combat de la chair contre l'esprit, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'anéantissement, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Instruction sur le Carême, Méditation sur le véritable jeûne, Méditation sur la Loi du jeûne, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la victoire sur ses passions, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Sur la vaine curiosité.













mercredi 3 mars 2021

Les enfants chrétiens en vacances



Une triste expérience démontre qu'un grand nombre d'enfants, après avoir persévéré pendant toute une année dans la pratique de la vertu et de la piété, perdent bientôt, pendant le temps des vacances, toutes leurs bonnes dispositions et les habitudes heureuses qu'ils avaient contractées, abandonnent entièrement leurs résolutions les plus sages et les plus sincères, oublient leurs devoirs les plus sacrés et deviennent souvent très-coupables. Le commerce plus fréquent du monde, la dissipation, l'oisiveté, une liberté plus grande à laquelle ils ne sont pas accoutumés, en même temps que l'absence des secours dont ils se trouvent privés dans le temps même où ils leur deviennent plus nécessaires : telles sont les causes de ce déplorable changement. Un enfant chrétien n'oubliera donc pas que le temps des vacances est un temps plein d'écueils et de dangers, et pour se prémunir contre les causes funestes qui en perdent tant d'autres, il s'entourera de précautions et de vigilance, redoublera de dévotion envers la très sainte Vierge, et se prescrira pour tout le temps des vacances la fidélité la plus scrupuleuse au règlement suivant :

Un enfant chrétien en vacances doit se rappeler qu'il a toujours un Dieu à servir et une âme à sauver.

Ce qu'on doit éviter :

1° L'oisiveté, source de tentations ; le respect humain, cause de tant de péchés ; le découragement, qui vient quelquefois après une première faute.
2° Les mauvaises compagnies, les lectures dangereuses, les divertissements où on serait exposé à voir, entendre ou faire ce qui blesserait la conscience.

Ce qu'on doit observer :

Envers Dieu : Prières du matin et du soir, lecture méditée.
Fidélité aux lois de l'Église, abstinence, saints offices.
Recours habituel à la Sainte Vierge comme protectrice spéciale des vacances, chapelet.

Envers le prochain : POUR TOUS ; charité, condescendance, politesse.
POUR SES PARENTS : docilité, prévenance, le plus affectueux respect.
AVEC LES ÉTRANGERS : discrétion, réserve ; avec les jeunes gens, retenue. On se fait respecter en évitant une trop grande familiarité.
Faire, si l'on peut, quelque chose pour les pauvres.

Envers soi-même : décence scrupuleuse, simplicité, éviter la hauteur.
Dans les moments difficiles, recourir à Dieu et à Marie.
Ne jamais se décourager, quoi qu'il arrive : se relever sans retard par la confession et par la communion fréquentes*.

* En l'absence de sacrements, prier pour obtenir la contrition de ses fautes, et communier spirituellement chaque jour.


Ordre d'une journée ordinaire de vacances


Matinée : Lever fixe ; prière et lecture méditée, un quart d'heure au moins ; la sainte Messe, s'il est possible ; deux ou trois heures d'étude, devoir de vacances.
Après-midi : Une heure d'étude, si on ne fait pas une grande promenade ; lecture de piété, chapelet ; si on le peut, visite au Très-Saint Sacrement ; prière du soir ; coucher fixe, autant que possible.

(Manuel des petits séminaires)


Reportez-vous à La politesse est indissociable de la charité, Qu'est-ce que la persévérance ?, Première et dernière pensée du chrétien, Règlement pour les écoliers pendant les vacances, Avis de Saint Philippe de Néri aux enfants des pensionnats, Litanies de la Jeune Fille, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, Prière à Sainte Maria Goretti, Prière d'une âme qui veut se détacher des vaines affections, Prière à Saint Louis de Gonzague pour obtenir la pureté d'esprit et de corps, Prière pour obtenir la pureté, Prière pour demander la pureté, Prière pour les parents, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, Prière à Saint Joseph, Père et Protecteur des Vierges, Discours aux jeunes époux, de Sa Sainteté le Pape Pie XII, sur les mauvaises lectures, le 7 août 1940, Explication du quatrième commandement de DieuPrière pour son père et sa mère, Prière à Marie pour obtenir la conversion d'un parent, Divini illius magistri, Lettre encyclique du Pape Pie XI sur l'éducation chrétienne de la jeunesse, L'intention du jour, et De la conduite de la jeunesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.













mardi 2 mars 2021

Quels moyens vous proposez-vous d'employer pour assurer votre persévérance ?



La fidélité aux exercices de la piété chrétienne ; la confession et la communion fréquente*, la fuite des compagnies légères et des occasions dangereuses, la dévotion à la très-sainte Vierge : Voilà autant de moyens infaillibles de persévérance ; pourrions-nous ne pas les employer ? La prière est l'appui, la consolation et le bouclier d'un véritable enfant chrétien ; dans nos peines, dans nos tentations, dans nos fautes, nous ne manquerons donc jamais de recourir à la prière, et surtout, puisque chaque journée est un nouveau don du Seigneur, nous regarderons comme un devoir sacré et en même temps comme un bonheur de pouvoir sanctifier le matin et le soir de chaque jour par une prière fervente, et par une méditation bien faite. Nous serons heureux chaque jour d'interrompre au moins une fois nos récréations pour visiter Notre-Seigneur dans son tabernacle et lui offrir ce libre témoignage de notre amour.
Une triste expérience nous a peut-être appris déjà que malheureusement nous pourrions pécher encore : mais après nos chutes, quelles qu'elles soient, nous aurons le courage de nous relever ; et, nous souvenant que nous avons trouvé la paix du cœur et l'innocence au tribunal de la miséricorde, nous y volerons aussitôt, heureux d'y retrouver ces trésors, trop tôt perdus, par une confession sincère, un repentir profond, et un ferme propos plus généreux.
Pourrions-nous oublier jamais cette table sacrée où nous avons goûté tant de douceurs ? Nous y reviendrons fidèlement, ce sera notre bonheur le plus pur : nous hâterons par nos désirs les époques marquées par le guide de notre âme, et nous tâcherons par de louables efforts d'abréger les délais qui nous en éloignent, ou les jours qui nous en séparent. La fuite des compagnies et des occasions dangereuses : ah ! le souvenir de nos péchés ne suffit-il pas pour nous en éloigner à jamais. La dévotion à la Sainte Vierge : c'est la douceur de notre vie, le besoin de nos cœurs, la joie de notre jeunesse. Ne sommes-nous pas trop heureux que ce soit un moyen infaillible de persévérance ? (Manuel des petits séminaires)

* Confiance en Dieu, en l'absence de sacrements. Recourir à l'exercice de la contrition, à l'oraison et à la communion spirituelle quotidiennes.


Reportez-vous à Quels sont les motifs qui vous font un devoir sacré de la persévérance ?, Qu'est-ce que la persévérance ?, Je veux me sauver !, Les enfants chrétiens en vacances, Première et dernière pensée du chrétien, Prière pour la persévérance, Acte de bon propos pour le reste de ses jours, Prière à Saint Pierre, pour obtenir de vivre et de mourir dans l'unité de la Sainte Église Romaine, ou pour demander une grâce quelconque, Les enfants chrétiens en vacances, Le ferme propos, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le renoncement à soi-même : Le double exemple de l’apôtre Judas et de l’apôtre Simon-Pierre, Prière dans la désolation et les sècheresses spirituelles, Prière d'une enfant coupable après sa conversion, et ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme.














lundi 1 mars 2021

Quels sont les motifs qui vous font un devoir sacré de la persévérance ?



C'est surtout dans le souvenir des bienfaits du Seigneur et de nos promesses solennelles que je trouve des motifs sacrés pour persévérer à jamais dans son service. Nous ne pouvons déjà l'avoir oublié : de quel état déplorable, de quel abîme de maux le Seigneur ne nous a-t-il pas sauvés par sa grâce ! Il y a peu de jours encore, nous étions des enfants de colère, esclaves du démon, et chargés de mille péchés qui devaient nous rendre éternellement ennemis de Dieu : nous étions déjà jugés, et notre condamnation était certaine : notre malheur pouvait-il être plus terrible ?
Mais tout à coup, par un prodige de miséricorde inouïe, nous sommes devenus les enfants de Dieu, les héritiers du ciel, les vainqueurs de l'enfer : notre âme, renouvelée et embellie par la grâce, est devenue le temple de l'Esprit-Saint, et Jésus-Christ lui-même a daigné, en visitant nos cœurs, faire couler de nos yeux les larmes les plus heureuses. Ah ! une vie entière de reconnaissance pourrait-elle assez payer tant de bienfaits, et pourrions-nous, sans la plus noire ingratitude, refuser à un si généreux bienfaiteur de l'aimer toujours, et de persévérer à jamais dans son service ?
D'ailleurs nous pouvons encore moins oublier les promesses solennelles que nous lui avons jurées dans le lieu saint, au pied des autels, à la face du ciel et de la terre, en le recevant dans notre cœur : c'était une inviolable persévérance et une fidélité éternelle que nous lui promettions alors. Persévérons donc, persévérons, puisque nous ne pouvons refuser à Dieu la persévérance que nous lui avons promise sans trahir notre foi par un parjure, et flétrir notre âme par la plus indigne perfidie. (Manuel des petits séminaires)


Reportez-vous à Qu'est-ce que la persévérance ?, Je veux me sauver !, Première et dernière pensée du chrétien, Prière pour la persévérance, Acte de bon propos pour le reste de ses jours, Prière à Saint Pierre, pour obtenir de vivre et de mourir dans l'unité de la Sainte Église Romaine, ou pour demander une grâce quelconque, Les enfants chrétiens en vacances, Le ferme propos, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le renoncement à soi-même : Le double exemple de l’apôtre Judas et de l’apôtre Simon-Pierre, Prière dans la désolation et les sècheresses spirituelles, Prière d'une enfant coupable après sa conversion, et ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme.