vendredi 23 août 2019

La précieuse mort de Saint Philippe Benizi





Extrait de "La vie de Saint Philippe Benizi" par François Malaval :


Saint Philippe qui ménageait les heures, avait passé toute la nuit en Oraison la veille de l'Assomption Notre-Dame : et le lendemain s'étant assemblé un grand Peuple dans l'Église des Services, il célébra Messe avec des mouvements d'un amour extatique, et ainsi embrasé de ces belles flammes qui le consumaient tout entier aux yeux de Dieu, il prêcha pour la dernière fois ; et comme il était rempli des pensées de la Béatitude céleste qu'il attendait, il fit un beau discours de la gloire du Paradis ; de cette félicité immense que Dieu a préparée à ceux qui l'aiment ; de la possession éternelle de Dieu ; de la science incompréhensible, et de l'amour presque infini des Bienheureux qui semblent être changés en Dieu même par la vision Béatifique ; des délices très-pures, où toute la nature est plongée ; de la société de l'Homme-Dieu, et des Saints parmi lesquels la félicité de l'un est celle de l'autre ; de l'assouvissement qui procède de l'assemblage de tant de biens, en comparaison desquels tous les plaisirs de l'Univers mis ensemble dans un cœur, ne sont qu'une goûte d'eau selon le langage du Saint-Esprit, et ne passent pas la portée de l'imagination. Il représenta la haute folie des Sages du Monde, et des plus grands esprits qui courent toute leur vie après des atomes parmi tant de soins et de travaux, et laissent un Océan de grandeur et de félicité qui ne tarit point. Il fit voir sensiblement quelle était la facilité de gagner le Ciel, quand on le voulait bien ; et combien la vertu de la grâce de Jésus-Christ aplanissait toutes les voies qui paraissaient les plus rudes à la nature. Il expliqua les Béatitudes auxquelles par la propre parole de Jésus-Christ, on parvient encore dès cette vie au milieu de la persécution et des souffrances. En un mot, ce fut un discours qui remplit les Auditeurs de consolation et d'amour de Dieu, et qu'inspira à plusieurs de préférer le désir des délices célestes à la misérable sollicitude des choses qui passent.
À l'issue du Sermon, il se trouva atteint d'une fièvre qui n'était pas encore trop forte, mais qui l'obligea néanmoins à se mettre au lit. Les assauts de joie qu'il ressentit alors, furent plus grands que ceux de son mal : et il reçut cette fièvre, comme la Messagère du Ciel, s'étant couché sans façon sur une nue paillasse pour ne point caresser son mal. Cela ne l'empêchait pas de prêter audience à ceux qui avaient affaire à lui, de donner des conseils, d'exhorter les uns, de corriger les autres, de faire des admonitions, de consoler ceux qui en avaient besoin, et de rendre utile à tout le Monde son infirmité. Toutefois le mal s'aigrissait de jour à autre, il se laissa persuader par l'Évêque de la Ville et par le Médecin, de souffrir un matelas de laine : et un habitant de Tody le lui prêta, comme si Dieu lui eut voulu donner la consolation de porter jusqu'au comble le mépris qu'il avait fait des biens de la terre, en lui laissant finir ses jours sur un lit emprunté. Il ne voulut jamais quitter son cilice pour mourir avec les marques de la pénitence, ni le saint Habit de sa Religion pour l'amour de la Vierge, en l'honneur de laquelle il l'avait porté. Son abnégation était extrême parmi les plus violents efforts de son mal : car encore que de tout son coeur il n'eut voulu vaquer qu'à Dieu seul en un temps si court et si précieux, il ne refusa jamais les visites qui lui furent faites ; et les dernières heures de sa vie furent couronnées du double exercice de l'amour de Dieu, et de celui du prochain. Abnégation incomparable ! Il sentait des saillies des divines consolation qui le retiraient au-dedans de lui-même, et il lui fallait étouffer toutes ces douceurs pour écouter, ou pour entretenir ceux qui venaient. Il avait d'autre-part de grandes craintes sur les approches de la justice de Dieu, devant laquelle il devait comparaître, et il aurait voulu les renouveler, afin de se mieux préparer : mais il abandonnait, quand il était besoin ses craintes et ses douceurs, Dieu et soi-même pour le service du prochain ; imitant son bon Maître le Sauveur du Monde, qui dans l'abîme de son absorbante agonie, laissa plusieurs fois l'Oraison pour aller éveiller ses Disciples, et qui encore pendant le sacrifice de la Croix, qui fut la plus haute action de sa vie, et accompagnée du plus grand abandonnement de Dieu où se trouvait son humanité, ne laissa pas de se tourner vers le bon Larron, et de lui promettre le Paradis. Philippe pendant sept jours que dura son mal, agonisa autant pour le prochain, que pour lui. Mais quoique sa fièvre fut très ardente ; quoique toutes les faiblesses de son corps, et toutes les incommodités de ses pénitences et de ses travaux passés, se réveillassent dans cette occasion, et vinssent enflammer son mal ; quoique les visites fussent importunes, c'était un malade riant et paisible : on eut dit qu'il n'avait point de mal, ou qu'il n'en sentait aucun. Il disait seulement à ses Religieux, quand il n'était qu'avec eux : Rien ne me fait de la peine dans ma maladie, que toutes ces paroles d'honneur qu'on me dit. Hélas ! j'ai choisi le Convent le plus pauvre de la Province pour fuir le Monde, et je ne le saurais éviter, mais Dieu le veut. Il faut que je souffre les consolations que me veut donner le Monde, du même esprit que je souffre mon mal.
Il sentit enfin que ses forces défaillaient, et il s'évanouissait de temps en temps : c'est pourquoi ayant fait appeler tous les Religieux du Convent : Mes très chers Frères, leur dit-il, je ne vous ai fait appeler ici que pour vous demander l'assistance de vos prières, et pour vous avertir que le jour de l'octave de l'Assomption doit être infailliblement celui de ma mort. La sainte Vierge m'a appelé à la Religion, et maintenant elle m'appelle au Tribunal de son Fils, où elle me promet de m'assister. L'Assomption est la Fête de son triomphe et de sa gloire ; et Dieu fait tant de miséricordes pour l'amour d'elle, que j'espère d'en obtenir quelque part. Je vous dis ma coulpe en la présence de Dieu de toute ma vie passée, dans laquelle je ne reconnais rien de bon, si non les grâces que Dieu m'a faites. Tout le reste ne mériterait que le châtiment et l'indignation de Dieu : mais je me confie entièrement aux mérites infinis du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ce sera ce sang qui lavera mes fautes particulières et mes fautes publiques. Je confesse que j'ai une grande obligation à la Religion de m'avoir élevé dans sa saintes discipline et dans la criante de Dieu, et puis de m'avoir supporté tel que j'étais avec tant de bénignité. Cependant je n'ai fait pour elle que bien peu de choses au prix de l'amour que je lui portais, et je n'ai était si longtemps Supérieur Général, qu'afin de lui obéir, m'étant voulu démettre de ma charge dix-huit fois depuis dix-huit ans que je l'exerçais, sans l'avoir pu obtenir. Mais, mes très chers Frères, je m'estimerais heureux si par mes soins, et par mes fatigues j'ai pu ajouter quelque chose à l'amour que vous avez pour la Règle. Au moins je vous proteste que je n'ai visé dans toutes l'autorité que vous m'avez donnée, si non à la faire garder exactement, et à vous en montrer l'exemple en la gardant moi-même. Votre charité suppléera à tout ce que j'ai laissé à faire : et Dieu vous destine un Supérieur qui doit réparer amplement toutes les fautes de ma conduite. C'est un saint Hommes, vous connaîtrez bientôt sa sainteté par ses fruits. Je vous recommande instamment d'aimer votre Règle, et vos Supérieurs, et de faire les choses par amour. Obéissez toujours plus volontiers, que vous ne commanderez : le Religieux qui obéit aveuglement, ne répond de rien que de sa bonne volonté, parce qu'en tout le reste Dieu, et les Supérieurs répondent pour lui.
De plus, mes très chers Frères, dans ce temps de vicissitude et de troubles dont le saint Siège Apostolique est continuellement agité, souvenez-vous, je vous le recommande de toute mon affection, de conserver une perpétuelle obéissance envers le Souverain Pasteur de l'Église : celui qui n'aura point le Pape pour Père, n'aura point l'Église pour Mère : et l'on connaîtra que vous êtes bons Chrétiens, et bons Religieux, si vous faites volontiers profession de cette légitime obéissance, n'y ayant point plus visible marque sur la terre d'une sincère union avec Jésus-Christ, que de demeurer uni avec son Vicaire en sa doctrine, et en ses maximes. Ne vous laissez point persuader par les factieux secrets qui restent encore : tout Royaume divisé contre lui-même sera ruiné ou tôt ou tard.
Je vous exhorte à vous aimer entre vous, comme Dieu vous a aimés. Considérez tous les biens qu'il vous a faits, et faites les selon votre pouvoir, ou procurez les à vos Frères, afin que vous soyez les dignes Enfants d'un si bon Père. Celui-là est ingrat envers Dieu, et il ne sait pas encore ce que c'est que de l'aimer, qui n'a pas une véritable charité pour ses Frères. Ma conscience m'est témoin que la chose dont je me puis glorifier devant Dieu, est d'avoir aimé intimement sans nulle exception, les Religieux parfaits et les imparfaits ; les premiers et les derniers ; et de n'avoir jamais ressenti aigreur, aversion, ni dédain pour aucun de ceux que j'ai pratiqués. Ô charité Fraternelle si peu connue aux gens du siècle, et aux Religieux relachés, et qui maintenant que je ne la puis plus exercer, m'est plus connue que jamais. Continuez à la pratiquer, mes Frères, cette belle charité, et vous obtiendrez de Dieu tout ce que vous lui pourrez demander, soit pout vous, soit pour les autres.
Souvenez-vous d'aimer la très sainte Vierge, la Mère de la belle dilection : ce sera elle qui vous aidera très spécialement à aimer Dieu, et vos Frères, puisqu'elle a surpassé en amour toutes les pures créatures. Je confesse devant cette assemblée, qu'après Dieu, c'est à elle que je dois rendre grâces de tout le zèle, de toute la force que j'ai jamais eue dans la Religion, et de toutes les miséricordes que j'ay ai reçues, ou pour moi, ou pour mon prochain. En vérité il est impossible d'aimer Marie, et de ne faire pas son salut.
Maintenant je n'ai plus qu'une grâce à vous demander, c'est que n'ayant été reçu qu'en qualité de Frère Lay dans la Religion, vous me donniez la consolation d'être enseveli avec l'habit de Frère Lay, afin que le commencement et la fin de ma vie religieuse, puissent avoir du rapport ensemble, et que si je dois trouver grâce devant Dieu, je reçoive avec plus d'humilité la sentence de ma dernière absolution. Faites le ainsi, mes Frères, si vous m'aimez véritablement, et si vous conservez encore quelque respect pour moi : Hélas ! cet Habit que je demande, ne sera point si vil ni si simple, que fut le suaire de Jésus-Christ : et puisque je n'ai reçu les Ordres sacrés, que par les seuls mouvements de l'obéissance, et que c'est l'obéissance seule qui ma tenu sous le joug pesant du Généralat l'espace de dix-huit ans, la Religion ne peut me refuser ce pauvre Habit, ou comme une récompense de mes travaux, ou comme une consolation de mes misères. Aussi, mes très chers Frères, Dieu a toujours conservé en moi l'esprit humble d'un Frère Convers au milieu de tous les honneurs que j'ai possédés, et jamais rien n'a si fort attiré les bénédictions de Dieu sur moi, que de m'être toujours tenu dans mon néant. Laissez moi porter, mes très chers Frères, ce précieux néant devant Dieu jusque dans mes cendres, et ne vous arrêtez point à une vaine opinion que le Monde a conçue de moi, ce sera Dieu qui jugera un jour dans la vérité, de moi et de l'opinion du Monde. Je sens bien que je ne suis que misère, mais enfin j'aime un Dieu qui n'est que miséricorde : demandez la pour moi, et je vous promets que je la demanderai pour vous, et pour tous mes Frères.
Les Religieux ne répondirent que par leurs soupirs, qu'ils lui obéiraient, et ils se retirèrent après avoir reçu sa bénédiction. Cependant les Médecins voyant que le mal empirait d'une heure à l'autre, le supplièrent de s'abstenir de parler : et quoique sa charité l'appliquait plus volontiers aux besoins des autres, qu'aux siens propres, il voulut néanmoins pratiquer l'obéissance en cette occasion, et renoncer encore plus absolument à soi-même, en renonçant à tout le bien qu'il était capable de faire encore par la parole. Il commença dès lors à ne réciter plus les heures Canoniales, et à réduire toutes ses dévotions à l'oraison intérieure. Il méditait volontiers sur le Psaumes, Miserere : et l'on le voyait de temps en temps mouillé de ses larmes pour les grands sentiments de pénitence que Dieu excitait au fond de son cœur. Aussi plus ses forces naturelles diminuaient, plus l'amour divin s'augmentait sensiblement en lui. On voyait un visage enflammé, des yeux extraordinairement brillants, et un Homme qui paraissait tout pénétré de Dieu. Il conservait au fort de son mal un esprit vif, un entendement ferme, et il avait pour ainsi dire, toute son âme entre ses mains. On ne connaissait plus sa langueur, ni l'abattement de son corps, et il ne lui en demeurait que la faiblesse, comme si sa fièvre n'eut été qu'une refusion des divines ardeurs qui le consumaient.
Il avait pris quelquefois le saint Sacrement pendant son mal, depuis qu'il ne pouvait plus célébrer la Messe : mais enfin la maladie s'étant rendue mortelle, il le voulut recevoir en forme de Viatique. Comme on le lui apporta, il se leva de son lit, et il se mit à terre pour le recevoir avec plus de révérence, et de dignité, voulant aller au-devant de son Seigneur qui lui venait faire les dernières faveurs. C'est ici que l'amour Divin embrasa lui-même le cœur de Philippe, et qu'il s'exprima vivement par sa bouche : Que de larmes ! Que de soupirs ! Que de componction ! Que de paroles toutes de feu ! Et quelle face de pénitence au milieu d'une innocence si parfaite ! Tous ceux qui se trouvaient autour de lui, Religieux et gens du Monde sentaient un saisissement d'amour, et de crainte, de le voir tout ensemble si saint, et si pénitent aux approches de la mort. Il se remit après dans le lit, et il fit un discours à l'assistance du bonheur de l'autre vie, dans lequel il paraissait visiblement qu'il venait d'être repu au sacré banquet de l'Agneau, et que ce Viatique n'était pas seulement une semence de l'Éternité pour lui, et un gage de la gloire future, ainsi qu'on l'a appelé, mais qu'il lui avait encore apporté les lumières et les ardeurs du Paradis, et que c'était le Sauveur plein de grâce et de gloire qui venait au-devant de cette Âme sainte. Il le mit à réciter les Psaumes pénitentiaux ; et comme il fut arrivé à ces paroles des Litanies, Te rogamus audi nos, il perdit l'usage de ses sens, et il tomba en une si profonde défaillance qu'on le croyait mort. Cet accident tenait tous les assistants suspendus, les uns de pitié, et les autres d'admiration, ne cachant ce qui en arriverait. Il y avait un Religieux qui autrefois avait été converti par ses Sermons, nommé Vbalde des Adimars dont nous avons déjà parlé : ce saint Homme aimant notre Philippe d'un amour plein de reconnaissance, Dieu lui révéla que celui qui l'avait converti devait mourir bientôt. C'est pourquoi étant parti sur le champ d'une Ville d'Ombrie où il était alors, il arriva au Convent de Tody pendant le temps que Philippe était plongé dans son agonie. Il vit un Homme couvert d'une mortelle pâleur, le visage défiguré, et un corps de glace qui ne donnait plus aucun signe de vie. Mais chacun le croyant mort, lui seul s'écria d'une voix assurée, qu'il vivait encore : il le réveilla donc, non sans quelque secours du Ciel qui l'envoyait là, de cette léthargie qui avait duré trois heures entières, et il le fit revenir à soi. Philippe ayant repris ses esprits, se leva à l'improviste, et s'asseyant sur son lit tout épouvanté, il déclara aux assistants qu'il venait d'être présenté au Tribunal de Dieu, et qu'il avait eu de grandes prises avec le Diable, lequel ayant recherché sa vie en toute rigueur, avait aggravé les fautes les plus légères devant la justice Divine, et lui avait suscité des scrupules dont il avait été tourmenté autrefois, s'efforçant de lui faire perdre la confiance en Dieu, et de le jeter dans quelque désespoir de son salut : mais que Notre-Seigneur l'avait fortifié intérieurement contre toutes les attaques de l'ennemi, et que la sainte Vierge avait daigné le consoler en cette tribulation. Bon Dieu ! Quelle sera donc la terreur des méchants pour des énormes péchés, puisque les saints son si furieusement attaqués pour de petites fautes : et qui se pourra promettre que son juge devienne son défenseur ?
Quelques moments après qu'il fut sorti de son agonie, il se releva sur son lit avec une force extraordinaire, et il se prit de véhémence, donnez-moi mon Livre, donnez-moi mon Livre : que celui qui me l'a pris, me le rende au plus tôt. Ô Livre admirable ! Livre qui renferme tous mes biens ! cherchez le moi, mes Frères, je ne saurais vivre ni mourir sans ce Livre-là. En disant cela, il jetait les yeux de tous côtés, comme pour chercher le Livre, et il faisait voir contre son ordinaire un si grand empressement pour l'avoir, quoique ce fut sans inquiétude, que tous les Religieux en étaient surpris. Ils lui présentèrent donc plusieurs Livres, l'un le Bréviaire, l'autre le Livre des Psaumes, un autre l'Office de Notre-Dame, et chacun le Livre qu'il pensait lui être le plus cher. Quelqu'un s'avisa encore de lui offrir les Constitutions qu'il avait composées ; mais refusant tous ceux qu'on lui présentait, il persistait à demander son Livre avec la même contention qu'auparavant. Les Religieux se trouvant assez en peine de le contenter, s'aperçurent enfin par ses gestes et par ses regards, qu'il tenait les yeux arrêtés sur un petit crucifix d'y voir qu'il avait de coutume de porter à la main, et qui était alors au coin de la Chambre. Les Religieux le lui donnèrent : et aussitôt, le prenant avec beaucoup de révérence, et le serrant fortement contre son cœur. Le voici, dit-il, le cher Livre que je demandais, où toute ma vie j'ai lu et relu la très sainte volonté de Dieu, et les plus parfaits enseignements de son amour : Livre des bontés infinies de Dieu : Livre des grandeurs humiliés de Dieu : Livre de la mort d'un Dieu crucifié, où je dois apprendre à mourir. Ô Jésus instruisez-moi par ce Livre jusqu'au dernier soupir de ma vie, et faites que comme j'ai toujours vécu en votre présence, je meure aussi devant vous. Vous avez été obéissant jusqu'à la mort, et puis vous êtes mort par obéissance. Je veux mourir aussi pour vous obéir, et je sacrifie volontairement ma vie pour votre gloire, comme vous avez donné la vôtre pour mon salut.
Il remercia ensuite Notre-Seigneur de tous ses bienfaits, et entrant dans une extrême jubilation, il récita le Cantique, Benedictus Dominus Deus Israel : qui est une action de grâces du bienfait de la Rédemption; se considérant en un passage où il devait recevoir les derniers effets du sang du Sauveur ; et la mort du juste n'étant qu'une extension de la victoire du Rédempteur. Aussi cet heureux moment de la mort étant arrivé, Dieu lui ôta toutes les craintes de sa justice qu'il avait déjà éprouvées dans l'agonie ; et ce saint Homme sentant redoubler son espérance jusqu'à la certitude, il prononça d'une voix basse et pressée : Seigneur j'ai mis mon espérance en vous, que je ne sois jamais confondu : et il poursuit ce Psaume où le Prophète Royal exprime les plus grands attraits de sa confiance ; tenant sans cesse les yeux collés sur son Crucifix, comme sur l'unique objet de sa confiance, et de son amour. Enfin il prononça avec un transport de Paradis, In manus tuas commendo spiritum meum. Ce fut alors que la Sainte Vierge dont il avait été tant de fois visité pendant sa vie, se présenta à lui en cette dernière heure, avec des paroles qui le conviaient au Ciel. Philippe se redressant sur son lit dans une assiette la plus honnête, et la plus respectueuse qu'il pouvait tenir selon sa faiblesse, et prenant un visage gai et riant, lui recommanda son esprit ainsi qu'il avait fait à Dieu : et puis levant ses mains en haut, comme pour remettre son âme entre les mains de la Vierge, afin qu'elle même la présentât à son Fils ; après avoir poussé un doux soupir à la manière d'un Homme qui tombe en sommeil, il passa de cette vie à l'autre, le vingt-deuxième d'août, jour de l'octave de l'Assomption sur le soir, comme l'on sonnait la salutation Angélique, ainsi que le Saint l'avait prédit, et l'an mille deux ces quatre-vingt et cinq, le cinquante-deuxième de son âge, et le dix-huitième de son Généralat. Mort vraiment précieuse devant Dieu, et digne d'une si haute sainteté, qui ayant commencé à l'âge de cinq mois, et s'avançant toujours de perfection en perfection, consomma plusieurs Saints en un seul Homme, dans un âge peu avancé, et le rendit à tous les siècles un exemplaire accompli de l'humilité religieuse, et un miroir très éclatant de la prédication Apostolique.
Ceux qui se trouvaient présents à cette mort, commençaient déjà à la pleurer, quand soudainement les Anges interrompirent leurs plaintes avec ces paroles de joie : Euge serbe bone et fidelis qui à Virgine super familam suam fuisti constitutus, intra in gaudium Domini tui. Venez bon et fidèle Serviteur qui avez été établi par la sainte Vierge sur sa Famille, entrez dans la joie de votre Seigneur.
En suite de ces voix, on sentit une odeur céleste qui parfuma la chambre du Saint, et se répandit dans tout le reste de la Maison ; et pour un troisième miracle, il sortit une grande splendeur du visage du Saint qui illuminait tout ce qui était autour de lui ; et d'autant que les faveurs du Ciel selon le dessein de Dieu ne se terminent jamais à la simple admiration, quand on les reçoit avec les dispositions qu'elles méritent ; toute l'assistance sentait en ce même temps un grand désir d'imiter le Saint, et d'aspirer sérieusement aux choses de Dieu. Ces trois miracles ravirent si fort tout le Monde, que l'on convertit les chants funèbres en des chants de joie, et l'on célébra une espèce de solennité au milieu du deuil, les Anges et les Hommes canonisant par avant d'une commune voix celui qui venait de mourir. La solennité passa si avant par un secret instinct du Ciel qui poussait les Hommes à honorer ce nouveau Saint, que le lendemain de sa mort on chanta en présence de l'Évêque et des Magistrats de la Ville la Messe d'un Confesseur mineur, avec Gloria in excelsis, et Credo : l'Introït de la Messe fut, Gaudeamus omnes in Domino diem festum celebrantes sub honore Beati Philippi Confessoris, etc. La même Messe fut chantée tous les jours pendant le temps que le Corps demeura d'être enseveli.



Reportez-vous à Saint Philippe Benizi, Propagateur de l'Ordre des Servites, invoqué pour préserver les Enfants du Mal caduc et des Maléfices, Raisons pour lesquelles nous pouvons, sans péché, désirer la mort, Première méditation de préparation à la mort : Rends-moi compte de ton administration, Seconde méditation de préparation à la mort : Voici l'époux qui vient ; allez au-devant de lui, Troisième méditation de préparation à la mort : Que me présenteront le passé, le présent et l'avenir ?, La mort est ordinairement conforme à la vie : L'exemple de deux Curés, L'erreur qui consiste à croire que la vie d'ici-bas c'est la vie, est de toutes les erreurs la plus radicale, la plus cruelle, la plus désastreuse et malheureusement la plus répandue de nos jours, Exercice pour la bonne mort, Les Attributs de Dieu qui font la Béatitude des Saints dans le Ciel, Neuvaine à Saint Joseph, pour se préparer à ses Fêtes, et obtenir quelque grâce spéciale pendant la vie et une bonne mort, Litanies de la bonne mort, Prière à saint Joseph pour obtenir une bonne mort, Méditation sur la justice de Dieu, Méditation sur le Jugement de Dieu, Méditation sur la pensée de la mort, Méditation sur la fausse sécurité des Pécheurs, Tu es poussière et tu retourneras en poussière, Méditation sur le désir de la mort, Méditation sur la crainte de la mort, et Méditation sur la Préparation à la mort.














Saint Philippe Benizi, Propagateur de l'Ordre des Servites, invoqué pour préserver les Enfants du Mal caduc et des Maléfices



 Source 


(23 août)


Saint Philippe Beniti (ou Benizi)



Propagateur de l'Ordre des Servites


(XIIIe siècle, l'an 1285)


Invoqué pour préserver les Enfants du Mal caduc et des Maléfices



Originaire, de Florence. Philippe sortait de la noble maison de Béniti. Il avait à peine un an, quand un religieux de l'Ordre des Servites, qui n'était pas encore parfaitement établi, vint pour quêter son père : « Voilà un vrai serviteur de la très sainte Vierge », s'écria l'enfant qui parlait à peine. Ses parents l'envoyèrent étudier à Paris ; puis il revint à Florence et prit quelque temps pour délibérer sur le genre de vie qu'il devait embrasser.
L'Ordre des Servites ou plutôt des serviteurs de la très sainte Vierge Marie, avait été institué depuis quinze ans par sept riches marchands de Florence qui s'étaient retirés à Monte-Senario, à six milles de la ville. Leur supérieur, Bonfilio Monaldi, avait fondé, près d'une des portes de Florence, un petit couvent avec une chapelle dédiée à la très sainte Vierge, sous le titre de l'Annunziata. Philippe y étant entré pour entendre la messe, fut frappé des paroles de l'Épitre adressées par l'Esprit-Saint au diacre Philippe : « Avancez et approchez-vous de ce Christ. » Comme il portait le nom de Philippe, il s'appliqua ce texte de l'Écriture et, à la suite d'un songe mystérieux qu'il eut la nuit suivante, il fut convaincu que Dieu l'appelait dans l'Ordre des Servites. Il alla donc trouver le Père Bonfilio qui lui donna l'habit dans la chapelle de l'Annunziata.
Par esprit d'humilité, il se présenta d'abord comme un frère convers dépourvu de toute instruction ; mais ses supérieurs finirent par découvrir tous ses mérites ; après avoir reçu les saints ordres, il devint bientôt définiteur, pis assistant du général, enfin général lui-même en 1267.
À la mort du pape Clément IV, les cardinaux ayant témoigné l'intention de l'élever à la papauté, il s'enfuit dans les montagnes et y resta caché jusqu'à l'élection de Grégoire X. Lorsqu'il eut quitté sa retraite, il entreprit une grande mission et évangélisa successivement Avignon, Toulouse, Paris, d'autres grandes villes de France ; la Flandre, la Frise, la Saxe et la haute Allemagne. Après deux ans d'absence, il revint en 1274 tenir à Borgo le chapitre général de son Ordre. Dieu favorisa Philippe du don des miracles. Ayant rencontré à Sienne un lépreux qui manquait de vêtements, il se dépouilla lui-même pour le vêtir et le lépreux fut guéri à l'instant au contact de l'habit qu'il lui avait octroyé si généreusement.
Averti de la proximité de sa mort, il se fit apporter son livre (c'était ainsi qu'il appelait son crucifix), et mourut en contemplant affectueusement l'image du Sauveur étendu sur la croix. Ses reliques furent conservées, avec une grande dévotion, dans l'église de l'Annunziata de Florence. À l'époque où le docteur Brocchi écrivait la Vie des saints florentins, en 1742, les habitants de la Toscane venaient prier à son autel pour leurs petits enfants, per difenderli da ogni, infortunio e spezialmente DAL MAL CADUCO e DALLE MALLIE, pour les préserver de toute infortune et spécialement du Mal caduc et des Maléfices. Les Bollandistes citent en effet la guérison d'un épileptique opérée anciennement par l'intercession de saint Philippe. Ils mentionnent également le pouvoir du même Saint contre les démons ; aussi dans ses magnifiques fresques de l'Annunziata, Andrea del Sarto représente saint Philippe Beniti délivrant miraculeusement une femme possédée du démon. (Hagiologium italicum. — Grande vie des Saints de COLLIN DE PLANCY. Vite de Sancti e Beati Fiorentini, dal dottor BROCCHI)


(Extrait de Les Saints Patrons des Corporations et Protecteurs spécialement invoqués dans les maladies et dans les circonstances critiques de la vie, Louis Du Broc de Segange)



Reportez-vous à La précieuse mort de Saint Philippe Benizi, Des opérations malignes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Transmission de la sorcellerie, Saint Mathurin, Confesseur de la fin du IVe siècle, Les démons incubes appelés familièrement « Maris de nuit », Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), Summis desiderantes affectibus, Bulle apostolique du Pape Innocent VIII, contre l'hérésie des sorcières, et Prière à Saint Blaise, Évêque et Martyr.













jeudi 22 août 2019

DÉVOTION AU TRÈS-SAINT CŒUR DE MARIE




DÉVOTION AU TRÈS-SAINT CŒUR DE MARIE


De l'archiconfrérie du très-saint et Immaculé Cœur de Marie

pour la conversion des pécheurs



C'est au sein de la capitale de la France, dans l'église de Notre-Dame-des-Victoires, que fut fondée l'Archiconfrérie du très-saint et immaculé cœur de Marie, pour la conversion des pécheurs. À peine cette pieuse association était formée que déjà Marie, que l'Église appelle le refuge des pécheurs, accorda aux prières des confrères les conversions les plus prodigieuses ; on vit des tentations horribles subitement arrêtées, des pécheurs les plus endurcis arrachés comme par miracle aux horreurs de l'impénitence ou du désespoir, des paroisses entières renouvelées ; des guérisons aussitôt obtenues que sollicitées. Cette pieuse association a été canoniquement érigée dans un grand nombre de paroisses, et notamment à Lyon, dans le sanctuaire vénérable de Notre-Dame de Fourvières, où il y a plus de cinquante mille dévots à Marie inscrits sur le seul registre de cette chapelle. On y inscrit tous les jours ceux qui le désirent.


Consécration au très-saint Cœur de Marie



Cœur de Marie, mère de Dieu et la nôtre, cœur très-aimable, objet des complaisances de l'adorable Trinité, cœur digne du respect et de l'amour des anges et des hommes, cœur le plus semblable au cœur de Jésus dont vous êtes la plus parfaite image, cœur plein de bonté et si compatissant pour nos misères, daignez fondre la glace de nos cœurs, et faites qu'ils se conforment entièrement à celui du divin Sauveur ; communiquez-leur l'amour de vos vertus, enflammez-les des heureuses flammes dont vous brûlez toujours ; soyez l'asile de la sainte Église, protégez-la et soyez son doux refuge et sa tour inexpugnable contre toute attaque de ses ennemis. Soyez la voie qui nous conduise à Jésus, le canal qui nous transmette toutes les grâces dont nous avons besoin pour nous sauver. Soyez notre secours dans nos besoins, notre soulagement dans les afflictions, notre soutien dans les tentations, notre refuge dans les persécutions, notre aide dans tous les dangers, et surtout au moment de la mort, dans les derniers combats de la vie, lorsque tout l'enfer déchaîné contre nous s'efforcera de ravir nos âmes. À ce moment redoutable à ce point terrible duquel dépend notre éternité, ah ! si alors, ô Vierge compatissante, vous nous faisiez sentir la tendresse de votre cœur maternel et la force de votre pouvoir auprès du cœur de Jésus, en nous ouvrant dans cette source de miséricorde un refuge assuré, nous pourrions nous unir à vous dans cet asile pour le bénir encore avec vous dans le séjour des bienheureux, pendant les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Que le très divin Cœur de Jésus et le Cœur sans tache de Marie soient connus, loués, bénis, aimés, servis et glorifiés à jamais et dans tout l'univers ! Ainsi soit-il.


Indulgence de cinquante jours toutes les fois qu'on dira, du moins avec un cœur contrit la prière suivante
. (Pie IX, 19 mai 1854)


Offrande de ses actions au très saint Cœur de Marie

pour la conversion des pécheurs



Ô Marie, ma très-douce, très-compatissante et très-auguste mère, je vous offre toutes mes pensées, toutes mes affections, toutes les prières, les aumônes, les actes de piété et de charité, de mortification, que je ferai pendant le cours de cette journée. Obtenez-moi la grâce de les faire toutes avec la pureté d'intention, le désir de plaire à Dieu, qui peuvent attirer sur moi sa bénédiction ; je les consacre à voire très-saint et immaculé Cœur, en vous priant de les enrichir de ses mérites, de me permettre d'adorer avec lui et par lui la très-sainte Trinité, le divin Cœur de Jésus, et d'implorer par lui et avec lui la grâce de ma conversion, et celle de tous les pécheurs. Ô Marie, ma bonne Mère, préservez-moi de tout péché. Ainsi soit-il.



(Extrait de Délices des pèlerins de la Louvesc ou Exercices de Dévotion qui se font à la Louvesc, et des réflexions spirituelles de J.M.B. Vianney, Curé d'Ars, 1857)




Reportez-vous à Litanies du Cœur douloureux et immaculé de Marie, Prière à Marie pour obtenir la conversion d'un parent, Méditation sur la dévotion envers Marie, Prière pour demander la salut des pécheurs, Cri des âmes pieuses pour demander à Dieu la conversion des pécheurs, Méditation : Compassion de la Sainte Vierge, Méditation : Compassion de la Sainte Vierge (suite), Méditation pour la Fête du Saint Nom de Marie et Discours sur la purification de Marie.














mardi 20 août 2019

Qui sont ceux qui trouvent du plaisir à penser à Dieu et qui sont plus capables de son amour



Extrait de "Traité de l'amour de Dieu" de Saint Bernard :


Le Christ embrassant Saint Bernard
Mais il est important de savoir quels sont ceux qui trouvent leur consolation dans la méditation des vérités Divines. Car, sans doute, ce n'est point cette race maudite et rebelle à qui le Fils de Dieu donne sa malédiction par ces paroles : Malheur à vous qui êtes dans l'abondance des richesses et qui regorgez des plaisirs de la terre (Luc, 6). C'est bien plutôt celui qui peut dire en vérité : Mon âme a refusé toutes les consolations de ce monde (Ps. 76), et surtout lorsqu'il ajoute : Je me suis souvenu de mon Dieu, et mon cœur s'est trouvé comblé de joies et de plaisirs (Ibid.). En effet, il est bien juste que ceux qui ne veulent point tirer leur satisfaction des choses présentes soient consolés par la considération des futures, et que, méprisant tous les plaisirs qu'ils pourraient prendre dans la jouissance des biens de cette vie, ils reçoivent des consolations toutes particulières dans le souvenir des délices éternelles. Et c'est ici véritablement cette heureuse génération de ceux qui cherchent le Seigneur, comme dit David, qui cherchent non point leurs propres intérêts, mais bien la face du Dieu de Jacob (Ps. 23). II est donc vrai que ceux qui n'aspirent et ne soupirent qu'après la présence de leur Dieu ressentent beaucoup de douceurs et de plaisirs dans le seul souvenir de ses bontés, non pas à la vérité que cette simple vue soit capable de les rassasier pleinement, mais bien d'irriter leur appétit pour souhaiter avec plus d'ardeur d'en être bientôt rassasiés. Le Fils de Dieu, qui s'est voulu donner lui-même pour leur nourriture, le témoigne ainsi par ces paroles : Celui qui me mange aura encore faim de moi (Eccl. 24). Et celui qui a été nourri de cette Viande divine le dit en d'autres termes : Je serai rassasié lorsque je verrai votre gloire à découvert (Ps. 16). Mais cette satiété pleine et entière, dont on ne jouit que dans le Ciel, n'empêche pas toutefois le bonheur de ceux qui n'en ont ici-bas que l'appétit et le désir, vu qu'il est écrit : Heureux ceux qui ont soif et qui ont faim de la Justice, parce qu'ils seront un jour pleinement rassasiés (Matth. 5). Heureux, dis-je, ces faméliques de la sainteté, mais non pas ces misérables endurcis auxquels on fait ce reproche : Malheur à vous, race méchante et perfide (Eccl. 24) ! malheur à vous, peuple aveugle et insensé qui méprisez de penser à votre Dieu, et qui n'en pouvez supporter la présence qu'avec horreur et tremblement (Ps. 24). Et ce très-justement ; car, puisqu'à présent vous ne voulez pas être délivrés des embûches de ceux qui ne cherchent que votre perte, suivant cette parole de l'Écriture : Ceux qui veulent être des riches de ce monde tomberont infailliblement dans les filets du Démon (I. Tim. 6), il est bien juste que pour lors vous ne puissiez éviter d'entendre cette horrible parole qui vous sera dite au Jugement universel : Allez, maudits, dans le feu éternel (Matth. 25). Ô sentence rigoureuse ! ô parole épouvantable ! parole certes bien plus rude et plus insupportable que celles que l'Église fait tous les jours retentir doucement à nos oreilles en mémoire de la Passion de JÉSUS-CHRIST : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a en soi la vie éternelle (Joan. 6) ; c'est-à-dire : celui qui pense souvent à mes souffrances et à ma mort, et qui, à mon exemple, s'étudie souvent à la mortification de sa chair, celui-là est déjà par avance en possession de la vie éternelle. Ce qui veut dire en un mot que si vous souffrez ici-bas avec JÉSUS-CHRIST, vous règnerez un jour avec lui dans la gloire. Mais ce qui est de plus étonnant, c'est qu'aujourd'hui la plupart, ne pouvant goûter ce discours, retournent en arrière et répondent, plus par œuvres que par paroles : Ô que ce langage est difficile à supporter ! et qui est celui qui pourra l'écouter sans horreur (Ib.) ? De sorte que ces gens qui se sont éloignés du droit chemin, et qui n'ont point mis leur espérance en Dieu, mais plutôt dans l'inconstance des richesses de cette vie (Ps. 77), ne sauraient entendre parler de la Croix et des souffrances sans en ressentir des peines indicibles ; et le souvenir même de la Passion du Fils de Dieu leur devient tout à fait insupportable . Mais comment pourront-ils supporter en présence de leur Juge la pesanteur excessive de cette effroyable parole : Allez, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le Diable et ses Anges (Matth. 25). Il faut dire sans doute, pour parler le langage de l'Écriture, que celui sur qui tombera cette pierre en demeurera tout écrasé. Et qu'au contraire les âmes justes, qui, à l'imitation du grand Apôtre, ne s'efforcent que de plaire à Dieu, soit qu'ils en soient éloignés ou bien qu'ils lui soient présents, seront comblés de bénédictions éternelles, comme ayant mérité justement d'entendre de sa divine bouche : Venez, les bénis de mon père, entrez en possession du Royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde (Ibid.). Ce sera pour lors que cette génération malheureuse, qui n'a point voulu tourner sa pensée ni son cœur du côté de son Dieu, reconnaîtra par expérience, mais trop tard pour elle, combien le joug de JÉSUS-CHRIST, qu'elle a refusé de subir par sa superbe et son endurcissement, était doux, et son fardeau léger, en comparaison des tourments insupportables qu'il lui faudra souffrir éternellement. Non, non, malheureux esclaves des richesses, ne vous y trompez point, vous ne pouvez pas servir à Dieu et au monde tout à la fois. Vous ne pouvez point établir votre gloire dans la Croix de Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, et en même temps mettre votre espérance dans les richesses et les trésors de la terre. Vous ne pouvez point vous attacher aux biens périssables de cette vie, et ressentir tout ensemble combien le Seigneur est doux à ceux qui l'aiment ; et partant, puisque vous n'avez point voulu goûter à présent la douceur qu'il y a dans son souvenir, vous éprouverez infailliblement un jour la rigueur et la sévérité redoutable de sa présence.
Mais quant à l'âme fidèle, elle soupire incessamment après cette vision bienheureuse, et se repose doucement dans son agréable souvenir, et jusques à ce qu'elle se trouve en état de voir à découvert la gloire de son Dieu, elle prend toutes ses délices à se glorifier dans les ignominies de sa Croix ; c'est ainsi véritablement que l'Épouse et la colombe de JÉSUS-CHRIST se tient en repos et dort en assurance au milieu des combats, d'autant, ô mon Seigneur JÉSUS ! que par le souvenir de vos douceurs infinies elle est déjà comme parée de plumes argentées (Ps. 67), selon le langage du Prophète, qui sont la candeur de son innocence et de sa pureté ; et de plus, elle espère que votre présence la comblera de plaisirs, lorsqu'étant admise dans la joie et la splendeur des Saints, elle se trouvera toute environnée des lumières éclatantes de la sagesse divine. De sorte même que son corps en deviendra tout lumineux et tout brillant en or (Ibid.). Ce n'est donc pas sans sujet qu'elle se glorifie dès à présent de ce que la main gauche de son Époux est sous sa tête, et qu'elle est embrassée de sa main droite (Cant. 2), entendant par sa main gauche la ressouvenance de cette charité incomparable qui lui a fait donner sa propre vie pour ses amis, et par la droite, la vision béatifique qu'il a promis à ses bien-aimés, avec la joie surabondante qu'ils recevront de la présence de sa divine Majesté.
C'est aussi avec grande raison que cette vision Déifique et cette inestimable joie de la présence divine est établie en sa main droite, suivant cette agréable parole du Psalmiste : Les plaisirs et les joies sont en votre droite jusques à la fin des siècles (Ps. 13). De même que cette admirable charité dont nous venons de parler, et que nous ne devons jamais mettre en oubli, est justement attribuée à la main gauche, puisque c'est sur elle que l'Épouse s'appuie et se repose entièrement jusques à la consommation de la malice des temps, il est donc bien à propos que la gauche de l'Époux soit au-dessous de la tête de l'Épouse, puisque, se reposant sur icelle, elle y doit soutenir sa tête, c'est-à-dire l'intention de son esprit, de peur qu'il ne succombe et ne se laisse aller aux désirs terrestres et charnels, suivant ce qui est écrit dans la Sagesse, que l'âme est appesantie par le corps, qui est sujet à corruption, et que cette demeure terrestre rabaisse notre esprit par la multiplicité des soins qu'il lui faut prendre pour les affaires de ce monde (Sap. 9). En effet, si nous venons à considérer cette infinie et si obligeante miséricorde, cette charité sans intérêt, dont nous avons eu tant de preuves, cet amour surprenant et inespéré, cette invincible débonnaireté et cette douceur inconcevable ; si, dis-je, nous venons à considérer attentivement toutes ces choses, que ne doivent-elles pas opérer en nous ? Ne faut-il pas qu'elles retirent absolument notre âme de tout amour désordonné, qu'elles l'attirent et l'attachent à soi d'une façon extraordinaire, et lui fassent mépriser absolument tout ce qui ne peut être désiré qu'à leur préjudice ? Aussi est-ce à l'odeur de ces parfums que l'Épouse court avec allégresse, qu'elle aime avec ardeur, et que, se voyant aimée de la sorte, elle croit ne rendre qu'un amour faible et très-petit, lors même qu'elle s'est toute dévouée et consacrée à l'amour. Sentiment à la vérité très-juste ; car, en effet, qu'est-ce qu'un peu de poussière, quoique tout ramassé en soi-même pour mieux témoigner son amour, peut faire de considérable pour réciproque d'un si grand amour et d'une Majesté si relevée, qui l'a même prévenu dans son amitié, et qui s'est toute employée soi-même pour opérer l'ouvrage de son salut ? Saint Jean ne saurait plus fortement exprimer la grandeur de cet Amour divin que par ces paroles : Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique (Joan. 3). Où sans doute il parle du Père Éternel, de même que le prophète Isaïe dit du Fils, que son amour lui a fait livrer son âme à la mort (Is. 3). Et pour le Saint-Esprit, JÉSUS-CHRIST dit lui-même en saint Jean : L'Esprit consolateur que mon Père enverra en mon nom vous apprendra toutes choses, et vous inspirera tout ce que je vous ai déjà enseigné (Joan. 14). Il est donc vrai que Dieu aime, et qu'il aime de tout soi-même, puisque c'est toute la Trinité qui aime, si toutefois on peut user du terme de tout dans un sujet infini, incompréhensible et très-simple dans son essence.



Reportez-vous à Du premier, second et troisième degré de l'Amour, Du quatrième degré de l'Amour, par lequel l'homme ne s'aime plus que pour Dieu, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Prière de Saint Augustin pour demander l'amour divin, Litanies de l'amour de Dieu, Composées par le Souverain Pontife Pie VI, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Élan d'amour, Prière, Soupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, et Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur l'amour de Dieu.















Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin




Doux objet de mon cœur, ô mon Sauveur Jésus, vous dont les douceurs sont ineffables, les bontés infinies, les beautés ravissantes, je vous en supplie, répandez dans mon cœur la plénitude de votre amour, afin que je ne pense qu'à vous bénir et à vous aimer ; gravez de votre propre doigt, dans mon cœur, le doux souvenir de votre nom, de telle sorte que rien ne l'y puisse effacer. Gravez-y encore, votre volonté et vos saints commandements, afin que toujours les yeux de mon âme soient fixés sur vous et contemplent les merveilles de votre loi. Embrasez mon âme de ce feu divin que vous avez apporté sur la terre, et que vous désirez voir s'enflammer de plus en plus.
Ô Jésus mon Sauveur ! source inépuisable de douceur et de bonté, allumez dans mon cœur une vive flamme de votre amour, que rien ne puisse éteindre, qui s'accroisse sans cesse au souvenir de vos bienfaits, et qui me consume tout entier. Que je vous aime, ô mon Dieu ! et que tout pénétré de votre amour, je sois enfin délivré du poids de ces désirs mortels, qui accablent et affligent mon âme infortunée. Que je coure après vous, à l'odeur de vos parfums, jusqu'à ce que j'arrive à l'heureux séjour où j'espère contempler vos beautés ineffables... Je vous aime, ô mon Dieu ! mais, hélas! que ne puis-je vous aimer davantage ! Faites donc que je vous aime constamment, autant que je dois et que je voudrais vous aimer. Ainsi soit-il.



Reportez-vous à Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Soupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Qui sont ceux qui trouvent du plaisir à penser à Dieu et qui sont plus capables de son amour, Élan d'amour, Prière, Litanies de l'amour de Dieu, Composées par le Souverain Pontife Pie VI, De la réformation de l'Amour, de la Haine, du Désir et de l'Aversion, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur l'amour de Dieu, Saint Augustin, sur les augures, Litanies de Saint Augustin et Méditation pour la Fête de Saint Augustin.














Saint Augustin, sur les augures




Nous sommes de l'avis de saint Augustin dans un sermon contre les sorciers et les devins, intitulé sermon sur les augures, où il dit ceci : Frères, vous savez que je vous ai fréquemment et instamment rappelé votre devoir de ne pas suivre les coutumes des païens et des magiciens. Mais cela a servi de peu auprès de certains parmi vous. Pourtant si je ne vous en parle pas, je devrai rendre compte pour moi et pour vous au jour du jugement ; et il me faudra avec vous subir les supplices éternels. Aussi je veux m'absoudre moi-même devant Dieu ; je vous avertis encore et encore je vous adjure : que nul d'entre vous n'aille requérir des devins et des sorciers ; que sur aucune maladie nul ne les interroge. Car celui qui aura fait ce mal, quel qu'il soit, fera dépérir en lui le sacrement du baptême. Du même coup il devient sacrilège et païen ; et à moins que la pénitence aussitôt ne le sauve, il périra pour l'éternité... (Et plus loin il ajoute) : Que nul ne fasse attention aux jours pour sortir et pour rentrer ; car Dieu a fait toutes choses très bonnes ; et Lui qui a fait un jour a fait aussi les autres. Mais à chaque foi que la nécessité vous presse de faire quelque chose et de sortir, signez-vous au nom du Christ ; et disant avec foi le Symbole ou l'Oraison dominicale, allez à vos affaires en sécurité dans le secours du Seigneur (Sermon 278). Insatisfaits de ces paroles, certains superstitieux trop fils de ce siècle, voulant accumuler erreurs sur erreurs, dépassant le sens et l'intention de Scot et des canonistes, tentent de se défendre...


(Extrait de Le Marteau des sorcières ou Bréviaire des Inquisiteurs, par Henry Institoris et Jacques Sprenger, Inquisiteurs) Reportez-vous à Summis desiderantes affectibus, Bulle apostolique du Pape Innocent VIII, contre l'hérésie des sorcières pour lire d'autres extraits.



Incrédules, que faudra-t-il que le Seigneur fasse pour que vous croyiez ?! Seigneur, ayez pitié des aveugles, et donnez-leur la vue, nous vous en supplions !




Reportez-vous également à Sur le magnétisme, Vie de Saint Cyprien et Sainte Justine, Martyrs à Nicomédie, et Exorcisme de Saint Cyprien contre les maléfices, Transmission de la sorcellerie, et Exorcisme de Saint François de Sales pour les époux dont la fécondité du mariage est entravée par le démon ou par des maléfices,.















dimanche 18 août 2019

Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Comment M. Vianney parlait des saints



Extrait de "Esprit du Curé d'Ars, M. Vianney dans ses catéchismes, ses homélies et sa conversation" (1864) :

 
M. Vianney parlait souvent des saints ; il n'en parlait qu'avec des larmes. À entendre ses récits pleins de drame, de menus détails et de poésie touchante, on était tenté de croire qu'il avait connu ces bons saints, qu'il avait vécu avec eux dans la plus étroite intimité. Il savait d'eux des choses complètement inédites et qu'on croyait entendre pour la première fois. Dans la vie des serviteurs de Dieu, le côté légendaire était celui qui séduisait le plus son cœur. Il avait ce courage de la foi qui ne recule devant rien de ce qui peut renverser l'orgueil de la raison humaine et scandaliser les impies. « Le soleil, disait-il, ne se cache pas, de peur d'incommoder les oiseaux de nuit. » Il se séparait entièrement de cette école hagiographique des Baillet, des Tillemont et autres, qu'on a appelés des dénicheurs de saints, et qui mettaient une gloire étrange à limiter la puissance de Dieu, en écartant le surnaturel de presque toutes les vies où il leur arrivait de le rencontrer ; comme si la sainteté elle-même n'était pas la résultante de toutes les forces surnaturelles mises en action ! Pour lui, cette puissance adorable, qui se joue dans l'univers et qui est si souvent en Dieu au service de la bonté, ne brillait jamais d'un assez vif éclat. Ce qu'il y avait de plus prodigieux et de plus contraire au cours ordinaire des choses, était ce qui le ravissait le plus.
« Je crois que si nous avions la foi, disait-il, nous serions maître des volontés de Dieu ; nous les tiendrions enchaînées, et il ne nous refuserait rien. » Puis il ne tarissait plus sur le chapitre des condescendances divines à l'égard des saints ; il avait mille histoires à raconter, toutes plus belles et plus merveilleuses les unes que les autres. Il parlait d'un bienheureux qui brûlait du désir d'adorer, pendant la nuit, Notre-Seigneur dans le sacrement de son amour : il n'avait qu'à se diriger vers une église, les portes s'ouvraient d'elles-mêmes pour l'y laisser entrer.
— Un autre saint, étant dans une église prosterné devant une statue voilée de la très-sainte Vierge, avait tant envie de considérer les traits de la Mère de Dieu, que le voile qui couvrait l'image s'étant écarté de lui-même, Notre-Dame lui apparut belle et souriante.
— Un saint rencontra un jour un petit berger qui pleurait à chaudes larmes, parce qu'un de ses moutons venait de périr. Touché de compassion, il rappela cette pauvre bête à la vie.
— Il y avait une fois un saint qui avait acheté un champ, et celui qui l'avait vendu mourut bientôt après ; mais voilà qu'ensuite on lui chercha querelle sous prétexte que le champ ne lui appartenait pas, attendu qu'il ne l'avait pas payé. Il ne se troubla pas, mit toute sa confiance en Dieu et répondit à ceux qui voulaient l'inquiéter : « Donnez-moi trois jours, et je vous ferai voir un témoin. » Il passa ce temps en prières et en jeûnes, et le troisième jour, il se rendit à l'endroit où était enterré cet homme, rassembla ses ossements et lui dit : « Lève-toi, sors de la tombe et viens rendre témoignage à la vérité... » Alors on vit les ossements prendre la forme humaine, le mort se redresser et déclarer devant tous les assistants, que ce champ lui avait été bien et dûment payé.
— Il y avait un saint qui voulait bâtir un monastère, mais une montagne le gênait. Il lui commanda de se reculer, et la montagne se recula de cinquante pieds.
— On persuadait à un autre de commander à un gros rocher de changer de place : « Vous convertirez-vous si je le fais ? dit-il. — Oui. » Il commanda au rocher, et aussitôt on le vit disparaître en l'air.
« Voyez, ajoutait en pleurant le bon Curé, voyez jusqu'où Dieu est bon à ceux qui l'aiment ! Il fait des miracles pour rien, quand c'est un de ses amis qui les lui demande. L'homme commande en maître au bon Dieu quand il a un cœur pur. Saint François de Paule apprit un jour qu'on voulait faire mourir ses parents, parce qu'on avait trouvé un homme assassiné dans leur jardin et qu'on les accusait de l'avoir tué. Alors il dit : “Seigneur, faites donc que je me trouve près d'eux demain !” La nuit, un ange le transporta à quatre cents lieues, dans le pays où ils étaient. Le lendemain il dit devant tout le monde : “Faites apporter cet homme qui a été tué.” On l'apporte. Il dit alors : “Je te commande, au nom de Dieu, de déclarer si ce sont mes parents qui t'ont donné la mort ?” Voilà mon homme qui se lève et qui s'écrie devant tout le monde : “Non, ce ne sont pas tes parents.” Alors le saint dit encore au Seigneur : “Faites-moi emporter dans mon monastère ?” Pendant la nuit, l'ange le reprit et l'emporta ; il fit ainsi huit cents lieues. Le bon Dieu ne peut rien refuser à un cœur pur.
Saint Vincent Ferrier faisait tant de miracles, que son supérieur, craignant qu'il n'y rencontrât un piège pour son humilité, lui défendit d'exercer sans permission le pouvoir qu'il avait reçu de Dieu. Un jour qu'il était en adoration devant Notre-Seigneur, un ouvrier qui travaillait à la réparation de l'église, tomba du haut d'un échafaud. Le bon saint lui cria : “Arrêtez ! arrêtez ! Je n'ai pas le pouvoir de vous ressusciter.” Puis il alla en toute hâte demander la permission dont il avait besoin à son supérieur, qui ouvrit de grands yeux et ne comprit rien à la chose, étant persuadé que, dans tous les cas, la permission arriverait trop tard. Quelle ne fut pas sa surprise, lorsque, ayant suivi saint Vincent sur le lieu de l'accident, il vit suspendu en l'air le malheureux maçon qu'il s'attendait à trouver gisant sur le pavé ! “Allez, dit-il au saint ; faites donc tout ce que vous voudrez. Aussi bien, il n'y a pas moyen de vous en empêcher.” »

Ces histoires rencontreront peut-être des esprits dédaigneux. Pour nous, nous avouons de bon cœur qu'elles nous édifiaient et nous charmaient, qu'elles nous faisaient rire et pleurer. Elles empruntaient une séduction de plus de la tendre simplicité avec laquelle cet homme, resté enfant par le cœur, nous les racontait, s'animant par degrés, s'exaltant et s'attendrissant aux bons endroits. Rien ne nous paraissait plus délicieux et plus attrayant que ces larmes si fréquentes, ces sourires d'ange, ce naïf abandon à toutes les impressions, ces jeux innocents de l'âme, qui s'épanouit dans le sein du Père célestes, mêlés à des pensées si hautes, à des habitudes de vie si austères, à des sacrifices si pénibles, à un apostolat si laborieux. Dans un temps où là simplicité est morte dans les cœurs et tend à disparaître des rapports qui lient les hommes, quiconque a conservé le sens chrétien ne saurait étudier, sans émotion et sans envie, comment s'est révélée à l'âme de ce saint prêtre l'adorable parole du Seigneur : Qu'il faut devenir semblable à des enfants.
Jamais les travaux et les souffrances ne diminuaient l'entrain de la conversation du Curé d'Ars et ne le portaient à l'abréger. Sa gaité et sa bienveillance semblaient, au contraire, s'accroître au milieu des infirmités de la vieillesse. Cette sombre période a été supprimée chez lui, et remplacée par une fraîcheur d'imagination et de sentiment qui persistait sous les glaces de l'âge, comme l'éternelle jeunesse de la vie bienheureuse. M. Vianney n'a pas connu cette tristesse, qui fait qu'en déclinant la vie devient silencieuse, tout se décolore et l'âme elle-même reçoit de cette ombre, qui s'étend sur toute chose, une teinte mélancolique.
Les entretiens que nous eûmes avec lui, deux mois avant sa mort, nous ont rappelé souvent ce mot d'une femme, dont la mémoire est justement célèbre et vénérée : « Que les dernières pensées d'un cœur rempli de l'amour de Dieu ressemblent aux derniers rayons de soleil, plus intenses et plus colorés avant de disparaître. »



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