mardi 18 février 2020

De l'heureux état d'une âme qui a établi sa perfection et sa félicité dans l'acquiescement au bon plaisir de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin


Extrait du CATÉCHISME SPIRITUEL DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE, TOME I, Composé par le R. P. J. J. SURIN, de la Compagnie de Jésus :


Saint Ignace de Loyola


De l'heureux état d'une âme qui a établi sa perfection et sa félicité
dans l'acquiescement au bon plaisir de Dieu



En quoi consiste ce bienheureux état ?

Dans la parfaite conformité à la volonté divine dont nous avons parlé au deuxième chapitre de cette troisième partie. L'âme à force d'estimer l'accomplissement de cette sainte volonté, à force de l'aimer et de le souhaiter, y trouve son repos et son bonheur, jusqu'à ne chercher sa satisfaction que dans le bon plaisir de Dieu, qu'elle préfère à toutes les choses de la terre.


Pouvons-nous prétendre à ce bienheureux état ?

L'Écriture sainte nous apprend que nous le pouvons, et la troisième demande de l'Oraison Dominicale ne laisse aucun doute là-dessus.


Y a-t-il en effet des Saints qui aient joui de ce bonheur pendant leur vie ?

Tous ceux qui sont parvenus à l'union intime, qui est le comble de la perfection évangélique, ont joui de ce bonheur, qui est un effet et une suite de la parfaite union. Il est vrai pourtant que cette disposition a éclaté particulièrement dans quelques Saints, comme il est aisé de s'en convaincre par l'histoire de leur vie. On peut mettre de ce nombre le fameux Pauvre dont Thaulere parle, et de nos jours S. François de Sales, un des plus grands zélateurs de la volonté divine, qui a le plus contribué à en inspirer l'amour à tout le monde.


Quels sont les avantages de cet état ?

Il y en a trois principaux ; savoir, l'élévation, la douceur et l'utilité.


En quoi consiste l'élévation de cet état ?

1°. En ce qu'il renferme le plus haut point de perfection où l'on puisse arriver sur la terre. 2°. En ce qu'il relève les moindres actions, et leur donne un mérite singulier aux yeux de Dieu. 3.° En ce qu'il fait l'occupation des Bienheureux dans le Ciel, et celle de Dieu même, qui est particulièrement grand, parce qu'il fait en tout sa volonté.


En quoi consiste la douceur de cet état ?

En ce qu'il nous donne un avant-goût de la béatitude, et qu'il est seul capable de faire notre félicité dans cette vie.


En quoi consiste son utilité ?

En ce que le motif qui domine dans cet état, c'est-à-dire, le bon plaisir de Dieu, donne à toutes les actions un mérite incomparablement plus grand que tous les autres motifs qu'on peut se proposer.


Que faut-il faire pour atteindre à cet état ?

Aimer la volonté de Dieu, s'appliquer à la connaître et à l'exécuter en toutes choses.


Comment peut-on acquérir cet amour ?

En se proposant les avantages que nous venons de décrire.


Quelles sont les règles dont on peut se servir pour connaître la volonté de Dieu ?

Il y en a quatre, qui sont, la foi, l'obéissance, l'inspiration et la raison.


Qu'entendez-vous par la foi ?

J'entends toutes les vérités révélées dans l'Écriture, et enseignées par l'Église, où il nous est aisé d'apprendre nos devoirs envers Dieu, envers le prochain, et envers nous-mêmes.


Qu'entendez-vous par l'obéissance ?

La volonté des personnes qui ont autorité sur nous pour régler notre conduite.


Qu'est-ce que l'inspiration ?

C'est, où une pensée que Dieu fait naître dans l'esprit, ou un mouvement qu'il imprime à la volonté, ou tous les deux ensemble. L'inspiration vient, ou immédiatement de Dieu, ou par le ministère des Anges ; elle supplée à la Foi et à l'obéissance, et nous porte à faire ou à ne pas faire certaines choses, qui ne sont ni commandées ni défendues.


Que faut-il entendre par la raison, qui est la quatrième règle ?

Il faut entendre les principes de la prudence, et les maximes par lesquelles les gens sages ont coutume de se gouverner.


Toutes ces règles sont-elles également sures ?

Non, sans doute, si on les considère en elles-mêmes ; il y en a qui se peuvent aisément se tromper ; mais c'est toujours par la faute de ceux qui les consultent. Quand on les entend bien, et qu'on sait les appliquer, on ne s'écarte jamais de la volonté divine en les suivant.


Quel ordre faut-il garder dans l'application de ces règles ?

La subordination qui doit être entre ces règles, demande que la Foi soit consultée la première ; que si on ne trouve pas dans la Foi l'éclaircissement de ses doutes, on ait recours à l'obéissance : que si l'obéissance ne s'explique point, on ait égard à l'inspiration ; et qu'au défaut de l'inspiration, on suive la raison humaine.
Une autre règle, qui se réduit à l'inspiration, c'est l'attrait intérieur que le Saint-Esprit donne aux personnes qui ont le cœur droit, et que S. Ignace, au commencement de ses constitutions, appelle la Loi intérieure, qu'il dit être plus puissante et plus efficace pour nous aider, que toutes les Lois extérieures. Cet attrait dirige la raison, et aide beaucoup à connaître la volonté de Dieu.


Comment faut-il consulter la raison dans le doute ?

Saint Ignace, que nous venons de citer, prescrit certaines règles qu'il faut suivre, pour bien choisir. 1. Se mettre dans une parfaite indifférence à l'égard des deux partis ; de sorte que l'inclination ne fasse pencher d'aucun côté. 2. Examiner et peser avec soin les raisons de part et d'autre. 3. Avoir recours à la prière. 4. Prendre l'avis des gens sages, et ensuite s'arrêtera ce qui paraît le meilleur, c'est-à-dire, le plus conforme aux règles que nous avons données.


N'y a-t-il point d'autre règle pour connaître la volonté de Dieu ?

Il y en a d'autres, telles que sont les Canons des saints Conciles, les Constitutions des Ordres Religieux, approuvées par le Saint Siège, les Ordonnances particulières des Supérieurs Ecclésiastiques, les Lois des Princes, et les ordres des Magistrats politiques. Mais toutes ces règles, et plusieurs autres, peuvent se réduire ou à la Foi, ou à l'obéissance.


Que demande l'exécution, qui est la troisième chose nécessaire pour arriver à l'heureux état d'acquiescement au bon plaisir de Dieu ?

Elle demande que la volonté de Dieu soit, 1. La matière de nos actions ; de sorte que nous ne désirions, nous n'aimions et nous n'entreprenions rien qui ne soit prescrit et réglé par cette volonté divine, 2. Qu'elle soit le motif de nos actions, et que nous ne nous déterminions jamais que par le désir de plaire a Dieu. 3. Qu'elle soit le principe et la première cause efficiente de nos actions ; ce qui s'accomplit, lorsqu'à force de nous rendre dépendants de l'Esprit de Dieu, nous l'engageons à se charger de notre conduite, et à donner le premier mouvement à tout ce que nous faisons. Et c'est alors que se vérifient ces paroles de saint Paul : Ceux qui sont poussés par l'Esprit de Dieu, sont enfants de Dieu.


Que faut-il faire pour meurt en pratique ce point de perfection ?

Il faut s'établir dans une fervente résolution de ne chercher, et de n'envisager en toutes choses que la volonté de Dieu. Cette pratique en renferme trois, qui sont le comble de la perfection, et que les Mystiques appellent la Conformité, l'Uniformité et la Déiformité. La conformité consiste à s'accommoder en tout à la volonté de Dieu, et à ne s'en écarter jamais. En se conformant à la volonté de Dieu, on s'accoutume à l'avoir toujours en vue, et à se la proposer toujours pour motif ; et c'est ce qu'on appelle Uniformité. Enfin, à force de s'affectionner à la volonté de Dieu, l'âme se purifie et se transforme jusqu'à devenir semblable à celui qu'elle aime, autant que la faiblesse humaine peut le permettre ; et c'est ce qu'on entend par la Déiformité.


À quelles personnes convient une telle pratique ?

Aux personnes de bonne volonté, c'est-à-dire, à ceux qui veulent le bien de tout leur cœur, et qui ne négligent rien pour leur perfection. Mais cette disposition est plus rare qu'on ne pense. Bien des gens qui se croient dévots, même plusieurs de ceux qui ont embrassé une sainte profession, et qui exercent les ministères les plus sacrés, en sont si éloignés, qu'on peut dire, qu'ils n'ont pas encore fait le premier pas. Pour avoir cette bonne volonté dont nous parlons, il ne suffit pas d'être homme de bien, et de faire plusieurs bonnes œuvres ; il est nécessaire d'entrer dans un certain ordre, et dans un certain chemin de perfection.


Quel est donc ce premier pas qui coûte tant à la nature ?

C'est une résolution fixe et généreuse d'écarter tous les obstacles à la sainteté, et de renoncer à toutes les satisfactions naturelles, pour ne se conduire que par la lumière divine, faisant tout le bien qu'elle nous fait connaître, sans y résister jamais. Comme peu de gens ont le courage de faire cette première démarche, il ne faut pas s'étonner qu'il y en ait si peu qui soient véritablement parfaits, et qui puissent prétendre aux avantages de ce bienheureux état d'acquiescement au bon plaisir de Dieu.


Quels sont les avantages de cette pratique ?

Il est naturel que cette sainte pratique de ne perdre jamais de vue la volonté de Dieu, produise trois excellents effets dans une âme qui la garde constamment. Le premier est une tranquillité inaltérable, que nul accident de cette vie ne peut troubler. Le second est une grande pureté d'intention, laquelle étant incompatible avec les moindres fautes, et n'envisageant rien d'humain, purifie bientôt l'âme ; de sorte qu'elle devient aux yeux de Dieu plus belle et plus éclatante que le Soleil. Le troisième est une parfaite liberté, qui consiste dans l'affranchissement de tout soin inquiet, et dans un entier dégagement de toutes les créatures. On est sans contrainte et sans embarras, parce qu'on ne dépend que de Dieu, qu'on ne cherche que Dieu, et que tout est indifférent, hormis la volonté de Dieu. De là vient dans la conduite, une admirable simplicité, qui fait le comble et le plus bel ornement de la perfection ; parce qu'elle met une âme au-dessus de toute considération humaine, et lui donne une noble élévation ; d'où regardant avec mépris tout ce qui tient de la créature, elle n'a plus d'égard et plus d'attention que pour le bon plaisir de Dieu.
L'âme ne goûte jamais mieux le bonheur de son état, que lorsqu'elle est parvenue à cette noble simplicité, d'où elle retire trois grands avantages. Car premièrement, la tranquillité dont elle jouit en Dieu, la remplit de joie. Secondement, la pureté de son cœur produit une ardeur vive et affectueuse, qui l'accompagne partout, et qui lui facilite les choses les plus difficiles. Troisièmement, quand il s'agit de travailler et de souffrir beaucoup pour Dieu, elle sent une force merveilleuse, et ne trouve rien qui l'arrête ou qui la gène : ce qui est le fruit de la parfaite liberté, dans laquelle elle s'est établie.


Sur quoi est fondé ce que vous avez dit de l'acquiescement au bon plaisir de Dieu ?

Sur cette vérité incontestable : Que rien n'arrive en ce monde sans la volonté de Dieu ; ce qui s'accomplit en plusieurs manières. Car, dit saint Augustin, il y a des choses que Dieu fait lui-même ; il y en a qu'il ordonne, et il y en a qu'il permet. On peut donc rapporter tout à Dieu, et se conformer en tout à sa sainte volonté, même à l'occasion des péchés qui se commettent dont Dieu ne peut pas être l'auteur parce que ces péchés entrent dans l'ordre de sa Providence, qui les fait servir à ses desseins, pour la gloire de ses Élus, et pour la confusion de ses ennemis. Une âme convaincue de cette vérité, ne peut perdre sa paix et sa tranquillité, quoiqu'il arrive ; parce que rien ne peut arriver, où elle ne reconnaisse la divine volonté, qui est la base et le fondement de sa tranquillité intérieure. Et comme c'est par estime et par amour qu'elle se conforme à la volonté de Dieu, la conformité produit la joie et procure une espèce de Paradis sur la terre.



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